On y était : Saudaa Group, Lubomyr Melnyk & Charlemagne Palestine à la Maroquinerie

On y était : Gonzaï Night w/Saudaa Group, Lubomyr Melnyk & Charlemagne Palestine le 17 octobre à la Maroquinerie

Saudaa Group est le projet solo d’Alexis Paul. Un orgue de barbarie se dresse sur scène : cet instrument impressionne vivement, semble sortir de l’imaginaire. Alexis ne cesse d’actionner une manivelle pour opérer une boucle sur cette machine et en extirper une suite de rêves un peu oubliés, une chaîne d’agréables et troubles souvenirs comme lentement effacés par le grain des années. Cela sonne comme un coin chaud, quelque chose qui chahuterait l’ombre, l’onde hésitante et vacillante d’une bougie. Le début est tendre, comme une façon de sourire déçu, enroulant sa pensée à travers d’infinis parchemins de réflexion. Puis cela s’inquiète, s’assombrit, s’approfondit pour réagir par cet accès brut à la rythmique : on trouve toujours en toile de fond cet appel, cette espèce de vertigineuse pente sonore, bourdonnement constant irradiant de beauté, resplendissant par sa propre évidence. Il est attrayant de le voir manipuler cet instrument : l’orgue conserve une part de mystère, cache sa réelle nature, dissimule sa véritable responsabilité à travers les strates de sons libérées, renforçant le côté presque onirique de la prestation, s’ajoutant au mystère voilant ses compositions et permettant notamment à ces vingt-cinq minutes de lentement sombrer dans un épais brouillard des sens, fameusement applaudi par la salle.

Lubomyr Melnyk joue droit. Reste sereinement stoïque face au continuel déferlement de notes qui se cognent avec la plus doucereuse des logiques. Rivers & Streams, c’est le nom de son dernier album. Lubomyr Melnyk révère les courants et les rivières, cela ne fait aucun doute : l’eau, matière première à toute vie, imprègne sans égards ses longues compositions. Cette descente de sons, infinie, ce flot continu de ritournelles qui s’entrecroisent et s’accumulent pour construire, petit à petit, un éternel repaire de résonance : cela atteint cet état difficile où les sonorités rebondissent les unes sur les autres, où celles-ci se transforment discrètement en une espèce d’onde fuyante et bourdonnante, où l’unité même de la pièce ne s’achève que lorsque toute cette armada de mélodies s’élève en un point central, donnant sens à toute chose. Il est captivant de voir son buste se figer lorsque sa paire de bras s’activent de manière régulière, parcourant le piano tel une pendule dorée minutieusement réglée sur les brillantes et majestueuses pulsations de son instrument ; d’autant plus que le bougre se permet d’abaisser les paupières durant chacun de ses morceaux, profondément immergé à travers ces tumultueuses et magnifiques cavalcades. Splendide concert donné par l’ukrainien.

Charlemagne Palestine

On se trouve maintenant en présence de Charlemagne Palestine. L’homme investit la scène. Il se présente avec moults attributs que l’on pourrait qualifier de « bigarré », arborant un costume aux mille couleurs et disposant son escouade de peluches autour du piano, comme pour mieux en absorber les colossales vibrations qui en sortiront quelques minutes plus tard. Le bonhomme se faufile posément entre ses instruments, nous fait apprécier le tintement régulier d’une paire de verres à pied pour finalement nous servir le plus gros de son œuvre. Car, par la suite, il ne sera question que de piano. Charlemagne Palestine racle les cordes de son piano. Il en extrait ce que l’on appelle la « substantifique moelle » : il exige et force cet instrument à élargir ses limites en projetant les notes les unes contre les autres, provoquant collisions qui, misent bout à bout, ordonnancent une gigantesque montagne de sonorités agiles et vivaces comme le bruissement d’un millier de feuilles d’arbre. A la manière de Melnyk, on retrouve ici cette insidieuse volonté de s’égarer dans les vastes brumes sonores déployées ; seulement, la méthode de Palestine est plus radicale, s’articule précisément sur les frottements alternés et incessants d’une étincelante poignée de cordes. Les sons s’arrangeant les uns aux autres ne cessent de s’entremêler comme un groupuscule grouillant de corps vivants, chacun possédant sa propre identité et se brassant les uns aux autres dans une danse frénétique ouvrant avec force le champ d’une infinie collection de possibles. Les mélodies croisent le fer et s’écartèlent à tel point qu’une sourde voie se creuse à travers cet inarrêtable amas de notes, resplendissantes au début comme étouffantes vers la fin, immense et menaçant nuage noir qui mit un terme à une vertigineuse demi-heure. Trente minutes qui n’auront pas suffi à un public demandeur : Charlemagne Palestine ayant été, à ce qui se disait, hautement troublé par la performance de Lubomyr Melnyk, il décida d’abréger sèchement sa performance.  Il n’en reste pas moins que celui-ci aura parfaitement géré son affaire en parsemant l’assemblée des fréquences les plus inédites que peut produire son instrument de prédilection.

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On y était : Positive Education à Saint-Etienne

Positive Education, St Étienne, du 7 au 10 octobre

Déjà 3 ans que les larcins de Positive Education commettent des actes de tapage nocturne plus notables les uns que les autres. Si ils ont réussi à faire déplacer dans leur fief stéphanois de grands manitous de la techno à l’image de Jeff Mills et de Paula Temple, c’est lorsqu’ils reçoivent des musiciens s’affairant à triturer la noise et l’expérimental que leurs cœurs battent à l’unisson. Poussé par l’envie de prouver que St Étienne en a sous le coude, le collectif Positive Education créé l’édition immaculée de son festival techno aux larges penchants new wave et post punk et y lie une programmation difficilement égalable tant elle dégouline de saveurs analogiques, valorisant artistes Stéphanois et grands gourous internationaux.

C’est un torrent impétueux qui s’abat sur la ville de St Étienne le weekend du 7 au 10 octobre, remplaçant les cris des supporters de l’AS St Étienne par des flots techno et post punk vivifiants. La ville nous capture et nous pousse dans ses recoins les mieux gardés entres souterrains bétonnés, bars intimistes et lieux empreints d’histoire.

La sauterie commence pour nous le jeudi soir. Les yeux aussi brillants que la brume n’est insistante, l’on se rend à la Tanière ce soir là, habités par le secret espoir de s’enquiller quelques litrons de jus de houblon avec Helena Hauff. On se retrouve happés d’entrée de jeu, admirant l’aplomb des deux malfaiteurs en place ; Judaah, digger émérite du collectif Brother From Different Mother et DJ 7, activiste de l’underground lyonnais chez Groovedge, qui nous font comprendre dès la première décharge techno qu’on ne s’est pas trompés de festival. Notre état d’euphorie laissera place à quelques crises d’épilepsie face à l’univers visuel ultra psyché du groupe local Maha. Occulté dans un coin de la pièce, le synthé s’éveille pour délivrer un son à la fois déchirant et triomphant, limé et déconstruit par les cris du chanteur qui nous balade entre chaos et sentiment d’accomplissement. Habités par ces sentiments confus et un peu ramollis, nous avons pu compter sur l’arrivée d’Helena Hauff pour nous remettre dans le droit chemin. Si la discrète et pourtant très charismatique hambourgeoise était attendue comme le messie ce soir là, on en comprend vite les raisons : techno subtilement tapageuse, références new wave en règle et poussées rock anarchiques font de son set un des meilleurs que l’on ait entendu. La flèche allemande se promène de Tribantura à Pierre Normal aux titres de l'excellent opus Discreet Desires avec une facilité déconcertante. Sur un malheureux mais inévitable arrêt de ce prodigieux spectacle en plein milieu du rappel, nous voyons la fin de notre première soirée se dessiner.

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All photos © Malo Lacroix

Dès le lendemain, le potentiel enfoui de la ville en terme de lieux alternatifs apparaît très clairement. Fièrement dressée dans les rues sombres de St Étienne, la Coopérative est un de ces lieux qui nous font sentir privilégiés dès le pas de la porte franchi. Anciens entrepôts Emmaüs servant désormais de studios d’enregistrement, les souterrains en enfilade de la Coop invitent à la débauche post punk et techno. Underground au sens littéral, le choix de ces couloirs bétonnés prend tout son sens lorsque la techno industrielle d’Hélione et de Rough Copy en b2b nous traine jusqu’à elle. Celui qu’on a hâte de voir, c’est Das Ding, pionnier de Rotterdam, aussi détendu que sa musique n’est exaltante qui a élu domicile dans la salle post punk. Das Ding c’est avant tout l’histoire singulière de Danny Bosten, ce bidouilleur qui va pondre dans les années 80 le chef d’œuvre Highly Sophisticated Technological Achievement avec les moyens de l’époque, en écouler une dizaine de cassettes et le voir se retrouver après 30 ans d’anonymat sur le pointu label Minimal Wave. Le Rotterdamois nous livre un set techno minimal parfaitement équilibré où les beats mythiques de la TR-808 fusionnent avec des nappes analogiques jamais vieillissantes. Son set est une ode à la machine sous toutes ses formes et aux possibilités infinies qui ont découlé de l’invention de l’analogique.

C’est ensuite HxB, fondateur du label Hexibeats, qui va faire faiblir les murs des garages de la Coop à coups de techno tantôt chaloupés, tantôt brutaux. De l’autre côté du couloir, Container prouve aux mélomanes surexcités toute la subtilité que peut avoir la techno à travers la noise ou l’expérimental et son don de provoquer des émotions aussi différentes que délectables. C’est le même type de leçon que fait passer le stéphanois à l’énergie débordante Woodwireavec un set où techno et UK garage s’acoquinent avec brio. L’avant-dernière soirée du festival se finit dans une hystérie générale que ne va pas avoir de mal à capter PEEV, catalysant toute l’énergie du lieu et des festivaliers béats à l’aide de sonorités électro supra efficaces, s’apparentant à de la jungle ou de la drum au fur et à mesure de l’avancement du set. C’est sur cette tornade que le vendredi soir s’achève, ne nous donnant qu’une envie à nous tous : continuer la soirée en se laissant guider par les très accueillants Stéphanois.

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Le lendemain, persuadés d’avoir déjà mis les pieds dans le lieu le plus atypique de la ville, nous nous dirigeons vers le Musée de la Mine. Trois pas et toutes nos certitudes s’écroulent. Un mastodonte de fer géant se dresse face à nous et nous invite à nous engouffrer derrière lui. On se retrouve alors dans un lieu à la limite du réel où le temps s’est arrêté. Après les minutes passées à s’émerveiller devant les vieilles machines d’extraction et la salle des compresseurs que l’on devine derrière les carreaux, il est temps pour nous de nous aventurer dans l’antre de cet impressionnant bâtiment. C’est alors que le moindre son devient immédiatement organique, que chaque crissement est enveloppé par l’ambiance du lieu. La salle des pendus dans laquelle a lieu la dernière soirée de Positive Education a le don de faire se décupler les émotions.

Vêtements de mineurs d’époque dessinant des silhouettes pendues au dessus de nos têtes, rideaux de chaînes flottant dans l’air, lignée de douches laissées là comme si les travailleurs étaient encore présents. On se croit dans une chapelle abandonnée, un lieu où l’on sent une présence, où les sons déstructurés n’auraient pu trouver meilleur refuge. Niveau programmation, la déception de ne pas compter à l’appel de cette soirée Powell et Ekman comme il était prévu s’efface lorsque l’on apprend que Cut Hands et Jan Melnick les remplaceront au pied levé.

Moyö, du label franco-japonais Mind Records, maison de l’excellent Bataille Solaire, a l’honneur d’être le premier à faire revivre les murs de la salle des pendus, il fait se côtoyer basses ténébreuses et voix robotiques au milieu d’une deep techno qui colle au lieu. C’est Broken English Club armé de sa techno grinçante industrielle qui nous propulsera définitivement dans un monde parallèle. On peut alors entendre les machines en ferraille autour de nous se frotter lascivement les unes contre les autres alors que la fumée provenant du sol nous entoure peu à peu. Les sons perçants et tranchants sont relevés par des scintillements analogiques provoquant chez le public un sentiment de flottement ô combien apprécié. Flottement ébranlé de temps à autre pour se délecter des sons de la flûte enchantée de Broken English Club, braillant entre deux percussions. La lourde tâche de passer après le prodige londonien est attribuée au berlinois NGLY, signé chez L.I.E.S, qui nous charme dès la première note avec ses loops infinies et son électro hypnotique ultra cadencée. Au tour de Cut Hands de nous désarmer. Les lumières provenant de la scène s’entrechoquent contre les énormes murs de béton de la salle tandis que les rythmes très soutenus de la noise résonnent englobant sonorités africaines, d’Amérique du Sud ou encore l’improbable samba sur des airs de trance. Alors qu’on commence presque à imaginer les silhouettes suspendues des mineurs en train de se déhancher, Jan Melnick, preux équipier de la Fête Triste apparaît pour débuter le set qui clôturera ce tourbillon sonore du mois d’octobre, rejoint par son compère Moyö. C’est ainsi, dans un vent de techno brute, de house et d’amour fraternel que le festival touche à sa fin, nous faisant nous rendre compte de l’expérience complètement singulière que nous venons de vivre. Quelques jours syndicaux seront nécessaires pour arriver à se détacher de ce monde utopiste. Dans lequel on replongera la tête la première l’année prochaine.


On y était : Lou Barlow au Point Ephèmère

Lou Barlow au Point Éphémère, le 4 octobre 2015

Brace the Wave est le dernier album de Lou Barlow. Six années après le lumineux Goodnight Unknown, l’enfant du rock revenait apaiser les consciences de moult adulescents ce soir d’octobre par l’habile truchement d’une guitare, d’un ukulélé et d’un synthé mollasse. Plus d'une heure et demie de morceaux qui donnaient tous, les uns à la suite des autres, la virile impression de posément s'écouler à travers les sinueuses et graciles courbes de la mélancolie. Ils se ressembleraient presque tous, ces titres, portant pour chacun la même trace d'évidente peine et de fragile espoir, laissant un par un la même vague image d'un ami rassurant. Car, bien évidemment, Lou Barlow, tout le monde le connaît.

Clairement. Lou Barlow, tout le monde le connaît. Dinosaur Jr., Sebadoh, Folk Implosion: tout ces groupes souillons comme salaces sauçant du larsen à tout va. Personne n’omet cela, personne n’ignore sa brillante carrière. Absolument personne. Et pourtant. Quelque chose cloche. Dans l’apparence. Quelque chose ne va pas. Observez un instant, la réponse est claire. Cet enfant est un maléfice hygiénique. Il est impossible de se présenter de la sorte. Faire le rock n’excuse pas tout. Une chemise, certes. Cela vous rend élégant. Attire l’œil, le regard. Vous jouez la séduction. Clairement. Deux chemises : mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ? L’une sur l’autre ? Comment voulez-vous ? Comment considérer cette folie ? Putain de merde, mais cela veut dire qu’il transpire doublement ? Ce n’est pas envisageable. Je ne peux pas envisager ce genre de réalité. Je ne veux pas. On n’enfile pas une chemise sur une autre chemise. Diable. C’est élémentaire.

Lou Barlow

Ce n’est pas tout. L’animal est fort poilu. Cela recouvre son visage. Comment voulez-vous percevoir une quelconque émotion, l’apparence d’une saine constitution sous cette brouillonne muraille de poils qui recouvre son museau... ? C’est pourtant simple : à travers une élégante collection de morceaux touchant sans peine la grâce de ceux qui ont vécu. Lou Barlow est touchant. Il est tendre, doux comme un agneau, laisse pendre quelques histoires, entre chaque morceau, quelques histoires drôles. Seul, il gratte son ukulélé, valorise chaque émotion sur sa guitare, se laisser aller au synthé. Il n’y a rien à redire : il faut mettre en avant le fait équivoque qu’il joue la musique idéale pour une fin de semaine, un dimanche soir d’honorable paresseux. On espère se ressourcer, goûter des chansons qui n’ont pas d’âge, qui semblent s’adresser comme parler à tout le monde. La majorité de son dernier album est jouée, plus, bien évidemment, une paire de titres de ces anciens projets, de Dinosaur Jr. comme de Sebadoh. Fameuse performance de l’américain, toujours aussi prompt lorsqu’il s’agit de sérénader tranquille une assemblée à tête reposée.

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On y était : Public Image Limited au Trianon

Public Image Limited, Trianon, le 6 octobre 2015, par Jano

Aller voir PIL en 2015, c'est essentiellement aller voir Johnny Rotten. Car en 2015 Public Image a-t-il un sens au-delà de l'icône punk absolue? Déjà en 1992, date de la première dissolution du "groupe", suite au quelconque This What is not, la marque Public Image Limited a depuis longtemps été vidée de son aura vénéneuse. Au line up original, auteur de 3 premiers albums expérimentaux et prégnants, a ainsi succédé une seconde partie de discographie sans queue ni tête sur laquelle Rotten, désormais seul véritable maître à bord, essaye de mettre sur pied tant bien que mal (mais plutôt mal) une sorte de post punk FM (cette hérésie!), le tout en continuant à se croire plus malin que tout le monde... Peut être depuis The Great Rock'n'roll Swindle, l'ex frontman des Sex Pistols avait-il compris que quelques postures pleines de défiance et un sens de la répartie façon slogans punk suffisaient parfois à faire passer les foirades les plus indignes pour du génie dilettante. Cultivant son image de fouteur de merde ultime, notre pourri devient selon la formule consacrée la personnalité que l'on adore détester (ou l'inverse), un paradoxe ambulant du paysage rock, ratant globalement ses disques mais devenu un client médiatique incontournable aux sorties régulièrement jubilatoires.

C'est cette figure d'un Rotten cartoonesque et toxique que l'on espère retrouver en ce début octobre sur la scène d'un Trianon à peu près plein, histoire de faire oublier les temps faibles d'un répertoire qui risque d'alterner entre la noirceur hypnotique de l'indépassable Metal Box et les compositions parfois indigestes de la suite. Mais c'est l'assez convaincant dernier album What The World needs now qui est à l'honneur avec en ouverture le single mordant Double Trouble, enchaîné comme sur l'opus avec un Know Now lui aussi frontal. Et quand déjà suit le crowd pleaser This is not a Love Song, sur lequel Rotten s'adonne à un exubérant numéro de Catasfiore punk à base de R qui raclent et de dernières syllabes en trémolos (ses 2 effets signatures), on se dit que pour un temps on oubliera les considérations de setlist, pourvu que l'on ait l'ivresse live. Les grooves menaçants du PIL première période se font malgré tout longuement attendre et quand la fosse du Trianon entre finalement en ébullition sur le dancefloor anxiogène de Death Disco c'est pour derrière retomber aussitôt dans les ringardises 80's de Warrior et The Body. Bref du Rotten 200% pur jus de tête à claque, s’entêtant à maintenir sous perfusion live un répertoire qui avec un géniteur moins illustre aurait disparu des consciences depuis un moment. Pour bien nous faire sentir la mesure du gâchis on a même droit en première clôture à une version extended particulièrement possédée de Religion avec des basses à décrocher les balcons. Le rappel est tout un symbole avec le séminal Public Image passant telle une comète, mais traînant derrière lui, comme un boulet, le stadium rock démago de Rise. Johnny Rotten pour le meilleur et pour le pire...

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On y était : Unknown Precept au Garage MU

Soirée UNKNOWN PRECEPT, Garage Mu, 25 septembre 2015

Le Garage Mu n’ayant pas l’autorisation d’après minuit, le timing de ce showcase parisien d’Unknown Precept est plus que serré, au point qu’on n'aura pas senti la soirée passer. C’était un bloc cohérent, nerveux, de quatre lives dessinant l’esthétique d’un petit label qui utilise l’électronique d’une manière crasseuse et excitante comme on l’aime. À l’image de Nick Klein qui ouvre les hostilités en faisant grésiller ses pads juste comme il faut pour un moment de technoise/bondage saturé et bien agencé. Sur la fin de son set, il travaille sur une boucle rythmique tronquée qui donne l’impression d’un stop/play permanent et crée une tension différente qu’on aurait voulu voir se développer.

Mais ici il n’y a pas une minute à perdre, et Maoupa Mazzocchetti enchaîne avec le show le plus fun et enthousiasmant du lot. Plus pop et smart que dans ses prods, il endosse en live un rôle d’entertainer minimal wave, se montre très à l’aise au micro, et fait sortir un émoustillant funk froid de ses machines, le genre de performance rafraîchissante dans le contexte austère de l’électro de garage.

On baisse un peu en régime avec Miguel Alvarino, dont le set plus propre, un peu hésitant, dénotait avec le souffre et la poussière auxquels on s’était accoutumés, et aurait peut-être fait plus d’effet en ouverture. Pour terminer en beauté, Profligate redresse sèchement la barre et saccage tout avec une séance de workout hardtek-ebm autoritaire, assez éloigné de ses productions. C’est méchant, sale, régressif, drôle, et c’est tout ce qu’on est en droit d’attendre de l’électro-indus indie du moment. Unknown Precept à tout ce qu’il faut en magasin à ce titre-là.

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On y était : Levitation France 2015

Succédant à l'Austin Psych Fest, Le festival angevin « Levitation France » consacrait également sa programmation à l'exploration de musiques dites psychédéliques ou tout simplement joyeusement bordéliques, avec un line up plutôt cohérent, à l'occasion de cette 3e édition, permettant au spectateur de rencontrer quelques figures tutélaires pionnières ou les nouveaux chantres de ce renouveau néo-psyché dans le but d'en apprécier ses formes variées. Pendant deux jours, une vingtaine de groupes se sont ainsi produits dans la salle du Chabada et sa scène en plein air. Nous voguions d'un espace à l'autre, le plus aisément du monde, et assistions à la quasi-totalité des concerts car les temps de passage ne se chevauchaient que peu et concourraient à la création d'un cadre propice à la flânerie et à la joyeuse errance.

Au-delà de la spécificité du genre, le phénomène de Lévitation étant l'état de suspension d'un corps ou état de transe auquel le spectateur serait convié à l'écoute de ces musiques hypnotiques. Qu'est ce qui aujourd'hui serait proprement psychédélique, et quel en serait le groupe le plus emblématique? Les voies sont diverses , les exemples prolifèrent et la recherche s'avère fastidieuse mais à l'échelle de cette programmation nous pouvions peut être mettre en exergue quelques tendances: constructions rythmiques peu complexes et hypnagogiques basées sur la répétition (The Lumerians / KXP / Super), envolées instrumentales inspirées et solos lyriques dans une veine prog (Dungen), mélodies éthérées planantes (Death and Vanilla, Melody Echo Chamber, Tess Parks & Anton Newcombe), musiques noires messianiques et orgiaques (Indian Jewelry, KXP), expérimentations diverses notamment au moyen d’instruments atypiques (la theremin chez Octopus Project), effets de distorsions et sons saturés (Destruction Unit, Wand), sentiment d'étrangeté et son atmosphérique (Wire), musique de transe (Blanck Mass). Certains groupes n'entraient pourtant dans aucune des catégories et ne faisaient pas de leur bizarrerie vertu mais nous impactaient autrement (Melvins, King Khan & BBQ).

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C'était aussi le cas de Solids, le jeune duo canadien qui profitait d'une petite tournée européenne, à l'occasion de la sortie de leur LP Blame Confusion (Fat Possum Records), pour officier en tout début de soirée sur la scène en plein air du Chabadabada. Le jeu était nerveux mais tout plein de ce charmant entrain, signe d'une jeunesse sainement épanouie dans le bruit et la saturation. J'ai alors été victime de la première hallucination sonore due très probablement à l'ingestion d'une tranche de mortadelle surgrasse et avariée, assimilant ainsi le titre Off White de Solids à l'intro frénétique de Bruise Pruistine du premier album de Placebo (pas spécifiquement pour le côté Emo même si dans les deux cas, ils s'en donnent à coeur joie!). Quel possible aparté serait-il possible de faire après cette honteuse révélation si ce n'est considérer que Placebo aurait sans doute perduré dans la catégorie " rock indé " (hé hé) si les naseaux de Brian Molko n'avaient pas été aussi inusités. Remplacez les par ceux de Ian Vanek chanteur épique lo-fi de Japanther, trempez les dans l'huile et dans le sirop d'érable et nous nous rapprochons bien heureusement de leur rythmique pop punk décomplexée au son de guitare début 90's et de leur chant possédé. Sur scène, face à nous, se dressait une banderole guerrière déployée représentant un os humain noué, objet détourné dont l'aspect « solids » de la matière avait été rendu mou (type de détournement très art contemporain) et cet emblème était finalement à l'image de cette musique aux effets antithétiques : bruyante violente / hypersensible.

Le cheminement se prolongeait ensuite à l'intérieur du Chabada badaboum pour découvrir le groupe finlandais KXP qui offrait une performance ritualisée reposant essentiellement sur des effets scéniques calibrés et des accoutrements profilés : capes longues et sombres, capuches de druides obombrant les visages des 2 batteurs, dont la surenchère rythmique n'était d'aucune utilité dans ce cas précis mais contribuait une fois de plus à intensifier l'impact visuel. Force est de constater la récurrence de projets électro jouant sur des attitudes visuelles outrancières, avides d'occultisme et d'imagerie sectariste souvent à essence rétro futuriste. L'étrangeté se cantonne bien souvent aux seuls attributs vestimentaires et effets visuels divers (projections, logos et blasons, visages masqués…). La musique est constituée de longues plages électroniques hypnotiques basées sur la répétition plongeant le spectateur dans une immersion catatonique, privilégiant l'effet de transe à l'écoute active. Les groupes KXP et Lumerians rendaient bien compte de cette faction électro chamanique.

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Une autre formation spé reprenant cette posture retenait tout particulièrement mon attention. Le groupe texan Indian Jewelry se présentait comme un bon groupe de play back non synchronisé d'obédience arty, à l’attitude scénique et aux accoutrements bigarrés. Leur incohérence était protéiforme tant sur le plan auditif que visuel et c'est finalement dans ces illogismes que résidait leur intérêt. Quant à la musique : Était-elle synthétique ou analogique ? Toute cette MASCARADE baignant dans un flou artistique indéterminé, entre électro indus minimale ambiant drone et réverbérations psychédéliques, tendait vers un art informel. La performance scénique à l’artificialité second degré refrénait malheureusement mes envies d’élévation vers de nouveaux paradis narcoleptiques édulcorés présents à l’écoute de leur dernier LP vieillissant Peel It (2012 sur Reverberation Appreciation Society). Ouf ouf ouf s'esclafferait Barzy du bébête show. Ils étaient drôles ces hippies obscurantistes texans, un peu dans la lignée des somnanbules d’Excepter.

Un autre groupe texan présent à Lévitation, répondant au doux nom surréaliste d'Octopus Project, évoluait aux confins de l’électro indolente des Indian Jewelry et distillait une happy-pop instrumentale survitaminée, voire illuminée à l'image du titre Music is happiness (sur One Ten Hundred Thousand Million). Contrairement à la plupart des autres prestations, les sonorités étaient claires, les modulations constantes et les enchaînements d'une précision millimétrée (musiciens munis de métronomes à oreille) pour une parfaite combinaison instrumentale mi digitale mi électronique. Autre distinction importante : la tonalité était différente, délaissant la mélancolie et les ambiances ténébreuses pour faire place à la jubilation, voire même à la béatification (Dan Deacon n'est pas loin). Cette prestation avait, entre autres qualités, celle de nous extraire de notre langueur et de la répétitivité (mot clé qui figurera comme un marqueur de métadonnées) même si finalement l’extrême précision avait tendance à perturber la pleine immersion.

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Vous l’aurez ainsi compris, Austin s'invitait cette année à Angers, rendant hommage à ce jumelage particulier entre les deux villes. Tant sur le plan de la programmation, culinaire, ou des animations, l'esprit texan était vivant. Austin a son « Levitation» depuis maintenant 8 ans et voyait se reformer cette année les « 13th Floor Elevators », chantres exemplaires pourtant outsiders de la musique psychédélique avec un roky ranimé artificiellement. A Angers, nous pouvions nous targuer d'une autre résurrection, celle d'Anton Newcombe, pionnier du renouveau de la scène néo psyché profitant d'un formidable bain de jouvence dû à sa collaboration avec Tess Parks. Tess chante comme Hope Sandoval de Mazzy Star et le fantomatique Anton ne sait rien fait d'autre que du Brian Jonestown Massacre. C'est donc un succédané d’ersatz… un erzats de succédané d'avatar de simili substitut palliatif de titres interchangeables, folkeux et langoureux basés sur la répétition et la déclinaison d'un même titre inlassablement.

Redite et répétition également pour Arish Ahmad Khan aka King Khan et Mark Sultan mais bien salutaire pour ceux qui préfèrent le rock'n'roll primaire grand guignolesque aux introspections psychédéliques. L'aspect performatif triomphait une fois de plus incitant à la danse tous les vaillants gorets surexcités dont je faisais fièrement partie. « To hell with psychedelic music and long life to rock n roll » scandaient-ils comme s'ils avaient infiltré un réseau ennemi pour mieux le dissoudre de l'intérieur, distillant par tous les orifices leur garage tonitruant. Hilarant! Dans cette guerre des gangs autoproclamée, triomphaient les californiens de Wand en ripostant allègrement avec leur psych rock oxymorique, aux envolées lyriques lumineuses mais aux riffs ultra puissants. Les titres en live étaient adroitement retravaillés conférant davantage de densité à des morceaux à priori imparfaits. Dans sa conquête de l’ubiquité, Wand excelle en toute liberté, à en croire ses constants emprunts mais ô combien opportuns. J'étais complètement passée à côté de leur prestation à l’occasion de la dernière édition du festival This is not a love song à Nîmes et ne peux désormais que déplorer cette grossière erreur d’appréciation qui me fait perdre à jamais toute crédibilité !

Autre son à l'ambivalence digne d'une figure de style, celui de Destruction Unit dont les parties jouées étaient si antinomiques qu'on avait l'impression d'assister à la réunion de deux styles musicaux radicalement différents, entre punk et space rock. Le duo rythmique incarné par le batteur Andrew Flores, accoutré tel un joueur de poker, et l'excellent bassiste Rusty Rousseau, était rapide, efficace et sans ostentation. Les autres membres en comparaison balançaient des gros FUZZS outranciers à tout va pendant toute la durée du set et se donnaient en spectacle à l'instar du guitariste hermaphrodite Nick Nappa au comportement scénique digne d’un chimpanzé en prédation. Le set s'est terminé en un florilège expérimentations bruitistes donnant l'impression d'assister à un pastiche de la scène d'introduction de 2001 l'odyssée de l'espace (ou même sa parodie dans Zoolander) dans lequel chacun des guitaristes découvrait son instrument pour la toute première fois, inspectant l'objet sous toutes ses facettes, le manipulant dans tous les sens avec stupéfaction et fascination. Aucune surenchère visuelle palliative pour les Melvins qui, tout en restant d’une placidité absolue, en dépit d’un style vestimentaire complètement incongru (traditionnelle tunique médiévale pour Buzz Osbourne et coiffe de fakir pour Jared Warren), nous envoyaient valdinguer le plus violemment du monde par le truchement d’un son surpuissant renchéri par le jeu à l’unisson des frappeurs Coady Willis et Dale Crover pour un effet de pesanteur et de répétitivité absolu. Cette prestation allait finalement de pair avec la programmation à l’exception que nous ne lévitions pas mais nous engluions dans les marécages de la déraison. La plus belle des morts assurément !

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Autre douce agonie… celle des membres de Wire, présents à Lévitation pour n’interpréter que l’intégralité des titres de leur 13e album « Wire » sur leur propre label Pinkflag. C’est tout à leur honneur car il ne s’agit pas d’un concert de reformation commandité pour plaire à une poignée de nostalgiques grabataires désireux d’écouter l’intégralité de leur album culte. Certes ! Tout de même… J’étais, quant à moi, autrement nostalgique à l’écoute de ce son doucereux et atmosphérique, de cette voix soyeuse et monotone. Leur musique était nimbée de mélancolie, même les titres les plus énergiques semblaient avoir été contaminés par cette sirupeuse neurasthénie et manquaient de relief. Le temps passant leur énergie se tarit immanquablement même s’ils restent malgré tout pertinents. La plus belle des sensations de ce festival aura sans aucun doute été celle suscitée par la lumineuse performance des suédois de Dungen. La perspective de leur venue à Angers a même été le catalyseur de ma participation au Lévitation. Grand bien m'en a pris car…..ça dé-chi-rait : A la fois pour le niveau de technicité au service d'une esthétique pop-psyché particulièrement recherchée et d'une rare élégance, que pour le côté épique et pastoral renforcé par ce chant en langue suédoise et ces longs solos de guitare, piano ou même …. de flûte traversière. Mmmm alléchant n'est-ce pas ? En effet! J'aime les gentils Dungen d'amour pur et l'emploi du « Je », dans ce cas précis, se justifie d'autant plus. Des explosions de joie éructaient de nos corps d'hippies convertis et nous dansions tels des faons sur les truculentes mélopées scandinaves accompagnées du doux clairon de la flute de pan. Après avoir joué plusieurs titres du très bon Allas Sak ( sorti en 2015 sur Mexican summer ) les tubes ( Ouais c’est bien les tubes !) Panda et Du e for fin for mig de l'album Ta det Lugnt (2004) ont clôt ce merveilleux moment de poésie bucolique.

La suite était ensuite logique avec Melody Echo’s Chamber. Selon la formule des 6 degrés de séparation, évoquant la possibilité que toute personne peut être reliée à n'importe quelle autre, au travers d'une chaîne de relations individuelles comprenant au plus six maillons: Melody Prochet, ex de Kevin Parker (fan de Dungen) qui lui a produit son album, était accompagnée du guitariste et bassiste Benjamin Glibert, aussi membre d’Aquaserge à l’instar de Julien Barbagallo désormais membre de Tame Impala. Belle consanguinité musicale en effet. La voix fluette de Melody, arrangée et édulcorée sur l’album, disparaissait complètement au profit de l’excellente instrumentation. Le sujet principal du tableau figurait à l’arrière-plan dans une composition aux arrangements raffinés et déliés. Impressionnants sur Crystallized, Pablo Padovani au clavier (Moodoid), Benjamin Glibert, Jérôme Pichon à la guitare et Stéphane Bellity étaient les véritable héros de cette belle odyssée sonore psychédélique et les parfaits représentants de ce Lévitation France.

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On y était : Solids à l'Espace B

Solids venait parcourir l’Europe sur l’intégralité du mois de septembre, dont un arrêt à Paris, à l’Espace B, histoire de défendre leur premier album, Blame Confusion: dix morceaux affichant sans pression ce qui est probablement le plus haut capital sympathie entendu depuis un certain temps. Ils sont deux, batterie et guitare, font pleine face au public, et déroulent avec aisance une piste toute lisse de riffs férocement étourdissants. C’est à la fois brut et saisissant, je veux dire que cela bouscule et rassure à la fois : le jeu ample et souple du batteur, détachant athlétiquement chaque membre de son auguste buste pour gravement violenter ses cymbales, les mélodies évasives du guitariste, le genre de suite de notes qui formalise et conditionne une véritable présence, celle d’un ami proche, ce type de tonalité qui fonctionne comme une pommade ou un parachute, des bras dans lesquels se reposer. C’est très plaisant. C’est-à-dire que ces airs, ces frissons, ces sensations, cela me fait penser à cet état proche de l’ivresse, là où l’on se laisse tendrement écouler dans un torrent d’échos, le sourire signant un visage, rentrer dans cette espèce de brume où la distorsion prend l’ensemble de l’espace, où seule surnage une paire d’accords auxquels on se raccroche, dans lesquels on se laisse langoureusement traîner. Cela possède quelque chose de profondément grisant. Ça me plaît. D’autant plus que les canadiens ne lésinent pas sur les moyens, vraiment. Deux forts amplis se tiennent droit devant nous, crachent une épaisse masse de décibels, bastonnent bien plus lourd que sur disque, et le batteur trace ces espèces d’autoroutes infinies qui plongent littéralement dans un tourbillon d’étourderie, on en sort comme profondément groggy, c’est putain de délicieux. Concert parfaitement réjouissant des canadiens, que l’on retrouvera deux jours plus tard au Levitation.

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On y était : Baleapop #6

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Photos & vidéo © David Fracheboud

On y était : Baleapop #6, du 5 au 9 août 2015 à Saint-Jean-de-Luz.

Après l'excellente ambiance de l'année dernière on avait hâte de remettre ça du côté de Saint-Jean-de-Luz et comme l'an passé, le parc Duconténia, cadre très agréable en centre-ville, sera le cœur de cette sixième édition du Baleapop. J'arrive le jeudi, à temps pour choper le live de High Wolf. J'avais déjà vu le breton un certain nombre de fois et je crois que je préférais son approche plus ambiante des débuts. Là, l'ensemble est plus attendu, les beats africains et les motifs ethniques synthétiques répétitifs ne prennent pas malgré leur caractère dansant/transe. Le problème vient peut-être du dispositif du gars : une gratte et un sampler. Tous les sons rythmiques et les nappes provenant de la même source (le sampler donc), les éléments ne sont pas ou du moins trop peu spatialisés les uns par rapport aux autres, sans réelle dynamique, ce qui rend l'ensemble finalement assez plat, dommage, d'autant plus que le mec brille pas mal en ce moment avec son autre projet Black Zone Myth Chant.

Si l'une des qualités du festival est de faire de la place aux groupes locaux, une prog en comprenant trop peut risquer de paraître faiblarde et c'est malheureusement le cas ce soir mais bon, restons vacances. On se tape ensuite un groupe brésilien, Fumaça Preta, le genre de musique qu'un gars aviné en train de faire griller du churrasco écouterait en matant des meufs mal roulées danser avec des plumes dans le cul. Big up pour l'utilisation du spandex en revanche.

C'est ensuite au tour d'Odeï, exception qui confirme la règle par rapport à ma tchatche sur les groupes locaux. On a affaire à un vrai live avec de bons musiciens qui savent bien faire le job. Des projections vidéo de motifs géométriques à l'esthétique 90ies décorent la scène, les montées harmoniques sont parfois un poil pompier mais l'ensemble reste bien classe. Le vibraphone introduit une touche intéressante et il y a dans la musique d'Odeï ce mélange marrant difficile à expliquer propre au collectif Moï Moï, entre modernité et tradition made in Euskadi. Paranoid London clôture la soirée avec leur acid bien racée et ils arriveront à chauffer le public en se contentant du minimum syndical, loin du niveau de leur performance au dernier Sonar.

antinote

Le lendemain direction la plage pour le showcase Antinote. Le label parisien a aligné un trident offensif de haute volée cet après-midi avec Zaltan, Geena et D.K. pour un B2B2B avec une belle animation collective. Si les artistes jusqu'à présent sortis sur le label sont tous de qualité, ce trio présente l'avantage d'être hyper cohérent dans les choix musicaux, un bon bloc équipe si tu préfères. Entre French Boogie, House mongole matinée de flamenco et autres chelouseries entre passéisme et modernité décalée, on passe une super journée. Mention spéciale à ce track balancé tel une boule puante dans une salle de classe par le gars Zaltan, d'après les maigres informations en ma possession il s'agirait de Rien d'un certain Jean-Claude (Quentin, balance moi le track steuplé, je galère avec les internets).

Retour au parc pour la soirée et on démarre par une petite balade afin de checker la sélection artistique du festival. Parmi les différentes œuvres proposées nous retiendrons surtout l'installation de Polar Inertia qui reproduit la sensation d'être piégé dans un épais blizzard polaire tout en proposant une expérience immersive et ludique.

Du côté de la petite scène Flavien Berger fait sonner les premières notes de sa pop gracile et plutôt classe. Le tout est distillé avec maîtrise même si l'on sent bien la culture Burgalat du bonhomme, le côté tendancieux en moins. Je ne passe pas un mauvais moment mais c'est quand même assez précieux comme délire et les petits discours pétés entre les morceaux étaient de trop. Le pays basque décidera ensuite de nous gratifier d'un aspect pas si inconnu de son climat mais qui pour le coup tombe super mal : la pluie. La putain de pluie même tellement on va bien se faire saucer. Résultat : on essaye de résister en s'abritant comme on peut pour capter des bribes de Camera et Jessica 93 avant de vite déclarer forfait même si le reste de la prog du soir me branchait pas mal.

parapluie

Le samedi se passera également sous la pluie, Baleapluie.

La charmante équipe du festival va essayer de palier au problème en trouvant une solution pour abriter le public mais le taux d'humidité et la grisaille flinguent un peu l'ambiance habituellement si hédoniste de Baleapop. Ceci étant dit, fait assez remarquable pour être noté, la grosse équipe de bénévoles garde le sourire malgré les circonstances et l'accueil reste au top. Finalement c'est eux les vraies stars de cette édition.

On capte le DJ set peu inspiré, pour ne pas dire pauvre, de La Decadanse puis c'est au tour de Lena Willikens d'envoyer un bon set bien deep qui pour le coup passe très bien sous la pluie. La meuf a dû refaire ses EQ ou ses sons sur clefs USB sont de meilleure qualité, je ne sais pas, mais tout de suite ça sonne mieux, deutsche qualität. Sonorités post indus, rythmiques tribales, festivaliers pieds nus dans la boue avec des parapluies de branchages, c'est cool. Superpitcher enchaîne et sans son binôme, la moitié allemande des Pachenga Boys va nous faire chier du coup direction la petite grotte dans laquelle l'équipe de La Fête Triste passe des disques. La sélection est pointue et bien mortelle, je kiffe mais putain la pluie... Baleatriste. Cette année la formule du festival a un peu changé, il faut toujours composer avec la municipalité donc de nouvelles choses ont dû être tentées, comme ce samedi soir sous forme de parcours dans différents lieux/bars de la ville à la place de la soirée club. On découvre le bel intérieur du bar éphémère Chez Renauld et on boit des coups avec les potos mais le merdier tourne vite au parcours du combattant entre espaces bondés et bourrasques de flotte.

baleaboue

La programmation du lendemain est peut-être celle qui me motivait le plus mais des obligations m'emmènent loin de Saint-Jean-de-Luz, je suis vert mais que veux-tu ? Entre temps pourri et planning perso mal branlé c'est parfois la poisse. Mais je me console comme je peux, l'année prochaine Baleapop sera toujours là et le 7 c'est mon chiffre porte-bonheur.

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On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 3

La Route Du Rock 2015

On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 3

Les organismes se fatiguent peu à peu, mais c'est avec abnégation et le soleil en pleine poire qu'on revient le samedi au Fort Saint-Père, qui plus est tôt, pour ne pas rater l'ouverture de la soirée assurée par ce gredin d'Only Real: une entrée en matière idéale, tant la musique du londonien semble parfaite pour adoucir les gueules de bois les plus sévères mais aussi réveiller les palais les plus assoiffés: même s'il s'en défend, Niall Galvin s'inscrit dans une tradition slacker du haut du panier qui fait toujours plaisir, et tape juste avec sa pop bancale et son chant half spoken. On pense à Demarco, Malkmus et The Streets à l'heure de l'apéro, et c'est plutôt bon signe. Puis c'est au tour du duo Kiasmos d'ambiancer le fort, sur le créneau horaire apéricube par excellence: le duo l'a bien compris et balance sans cérémonie son IDM bien smooth, à consommer avec une paille. Ça s'écoute de loin, ça n'agresse pas l'esgourde, c'est anecdotique. Par la suite, les filles de Hinds, elles, auront à cœur de convaincre le public qu'elles ne sont pas seulement là pour promener leurs quatre jolis minois sur scène. C'est plutôt réussi, tant la garage pop juvénile des espagnoles se révèle être un agréable coup de fouet musical, plein d'envie et de plaisir. Burger Records a sans doute eu le nez fin sur ce coup.

Il était temps par la suite de passer aux choses sérieuses avec The Soft Moon, gros morceau de la soirée. Devant un public étonnamment sage, Luis Vasquez balancera lui aussi sans précaution aucune sa sauce coldwave, entamant pied au plancher un set presque parfait. Au travers du récent Deeper, Vasquez a dépassé les frontières qu'il s'était lui-même fixé précédemment, laissant une plus grande place à son chant et allant gratter du côté de l'indus, du lofi, de la pop. Le résultat n'en est que plus riche, et le romantisme synthétique et lugubre de Vasquez impressionne par sa puissance et son pouvoir évocateur.  Avec la volonté affichée de ne pas faire de prisonniers, le combo nous sera  apparu hier soir définitivement implacable, au travers d'un concert rare. L'autre moment rare, on l'aura vécu juste après grâce à Spectres, qui aura brillamment réussi  à reprendre le flambeau tendu par The Soft Moon: là aussi ça joue vite, ça joue -très- fort, et c'est sacrément abrasif. Guitares saturées, fûts éventrés, la bande de Bristol aura séché tout le monde sur place avec ses cabrioles soniques surfant sur la frontière séparant shoegaze et noise. Impec. On en dira pas forcément autant de Foals, qui en remplaçant au pied levé le chapon de Reykjavik s'est visiblement senti investi d'une mission sacrée. Il va sans dire, donc, que le groupe d'Oxford donne tout ce qu'il a pour faire le show, pour créer l'évènement. La conséquence directe en sera un manque de sobriété, de spontanéité, qui donnera un léger parfum de toc au set des anglais. Non pas que tout cela soit foncièrement mauvais: Foals a de belles cartouches à décocher, et ne s'en prive pas, pour le plaisir de la foule. Mais en trainant bien trop en longueur, les anglais auront fait tout de même apparaitre progressivement quelques effluves d'ennui bien inutiles et évitables. Tout de même satisfaits de la qualité globale de la soirée, on se sera même décidés à rester pour Daniel Avery, le pape de la Fabric, dont on sera restés malheureusement imperméables à la sauce: le gars a du chemin à faire avant de pouvoir faire une once d'ombre à Andrew Weatherall. Dont acte. A demain pour un programme sacrément chargé, et des paupières de plus en plus lourdes, façon 16/9.


On y est: La Route Du Rock #25 - Jour 2

La Route Du Rock 2015

On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 2

Petite descente de Suze en ce second jour de festival, après une première soirée dantesque durant laquelle Sun Kil Moon et surtout The Notwist auront bien savonné la planche à leurs colistiers: difficile en effet de passer sans encombre l'étape du contrôle qualité quand la barre a été placée si haut dès le concert inaugural. À ce petit jeu, rares auront été hier soir les groupes à réellement nous taper dans l'œil. Une promesse aura au moins été tenue pendant cette première soirée au vénérable Fort de Saint-Père: malgré une météo bien dégueulasse pendant une bonne partie de la journée, on ne patauge pas cette année dans une fosse à purin, et ça suffit à mettre de bonne humeur à peu près tout le monde. Life's a -dry- pitch. Wand, en ouverture, aura su en profiter et convaincre le public déjà présent avec, à vrai dire, pas grand chose: "Tu l'as vue ma grosse pédale fuzz?". Des titres plats, servis tièdes, et en dessert une reprise de The End des Doors à chialer, au choix, de rire ou d'ennui. Comme quoi, certains protégés de l'omniprésent Ty Segall méritent juste de tomber du nid, droit sous les roues d'un 30 tonnes.

Le Thurston Moore Band, sans surprise, remontera le niveau d'un claquement de fût, même si l'on regrettera l'absence de Steve Shelley. L'ami Thurston n'en finit plus de rajeunir depuis la fin de Sonic Youth, et ça s'entend: ça joue vite, ça joue fort, ça joue juste, voire un peu trop juste. On a déjà connu Moore plus audacieux dans la dissonance, mais peu importe. Le groupe, visiblement content d'être là, a de l'énergie à revendre et vrille les tympans bien comme il faut, faisant tout le nécessaire pour placer définitivement la soirée sur de bons rails. Et c'est au tour de Ty Segall, justement, d'assurer la suite avec ses acolytes de Fuzz. Cette fois à la batterie, le californien, maquillé comme la Ford Falcone de Gene Simmons, aura envoyé du bois sans se poser de question: un shoot sonique et sonore sec comme un coup de trique, débarrassé de tout maniérisme superflu et à la sauvagerie communicative. De quoi déclencher quelques batailles d'apéricubes dans la fosse, et énergiser encore un peu plus un public en mal de sensations fortes. Malheureusement, le soufflé retombera durant la prestation d'Algiers, qui eux, question maniérisme, se posent là. Avec leurs protest songs bourgeoises, mélangeant post-punk et gospel sans le moindre sens de la sobriété - s'agissant même de la gestuelle de Franklin James Fisher - on s'ennuie ferme et on sourit poliment devant cette tentative lolcat de concert pop et politique, qui sonne bien creuse.

Fort heureusement, Timber Timbre effacera rapidement ce mauvais moment, avec une prestation de haute volée. Le décor est planté en moins de deux, et l'ambiance est du style velours et merisiers. Tout en tension rentrée et sophistication bienvenue, Timber Timbre aura délivré un set crépusculaire à la puissance évocatrice étonnante. Se permettant même de jouer sans complexe dans la cour des Tindersticks - arrangements somptueux, claviers brûlants - les Timber Timbre auront tenu leur rang sans la moindre difficulté apparente, et réchauffé les cœurs fragiles. Après cela, tout ira très vite: que dire de Girl Band? Pas grand chose, si ce n'est que les nouveaux petits irlandais de chez Rough Trade auront fait beaucoup de bruit, avec les guitares, avec le chant, avec les fûts. Ça amuse les gamins en manque de consultation ORL, ça laisse le temps aux autres d'aller se taper une bonne frite. Et puis vint Ratatat, visiblement très attendu par la foule, et bien décidé à faire le show. A grands renforts de lasers et projections vidéos animalières, les mecs feront le job, s'agitant aux quatre coins de la scène et enchainant leurs vignettes électro pop instrumentales, arrosées de guitare tranchante. Bon, avouons-le d'emblée, c'est pas notre came, et l'intérêt semblait davantage résider dans la scénographie que dans la musique, bien trop scolaire. Suite à ce constat bien froid et devant la perspective d'un samedi bien chargé et prometteur, on s'arrêtera donc là, pliant les gaules avant l'arrivée de Rone. Une première soirée au Fort finalement mi figue, mi raisin, donc, mais qui aura tout de même donné lieu à de beaux moments. Vivement demain.


On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 1

The Notwist - 760

On y est : La Route Du Rock #25 - Jour 1

"I'm sorry that Björk cancelled". Dès l'arrivée de Mark Kozelek et ses sbires sur la scène de La Nouvelle Vague pour cette soirée d'ouverture au programme royal, on aura donc eu droit à la première mouture d'une plaisanterie qui risque bien de devenir le running gag du festival, à l'heure ou le chapon de Reykjavik fait marrer la toile au travers de ses justifications vaseuses pour l'annulation du reste de sa tournée. Fort heureusement, le line up de La Route Du Rock ne tenait pas qu'à la venue de la diva, loin de là, et Sun Kil Moon aura démarré cette nouvelle édition de manière idéale. Non pas que Kozelek ait brillé par sa chaleur humaine, digne de celle d'un vétéran du Vietnam en manque de neuroleptiques et de bourbon, mais le génie excuse quand même pas mal de choses: avec ses compositions sombres, mais à la causticité lumineuse, l'américain aura non seulement hier soir satisfait à coup sûr ses fans de la première heure, mais aura aussi sans doute remporté la timbale auprès d'un public plus large, intrigué, voire hypnotisé par ces chansons à la beauté noire, traversées régulièrement par la mort mais scandées avec un tel élan vital qu'elles en deviennent dangereusement perçantes, hantant les recoins les plus cachés de l'âme humaine. Un concert débuté sur la pointe des pieds, mais qui prendra progressivement du corps et de l'ampleur, jusqu'à un final sous haute tension qui finira de nous convaincre.

La voie était donc ouverte idéalement pour l'arrivée sur scène de The Notwist, très attendus à l'heure de rejouer intégralement leur album Neon Golden, sorti il y a déjà 13 ans. Un bon moyen, pour de nombreux groupes d'un seul disque "culte",  de payer ses arriérés d'impôts. Les Allemands, eux, qui n'ont jamais connu de véritable panne d'inspiration au cours de leur carrière, ne mangent pas de ce pain là. Ou du moins, ils y mettent les formes: car l'évènement aura bien lieu, au-delà des espérances. Un concert dantesque, monstrueux, inspiré, dans une Nouvelle Vague transformée en étuve. Pourtant, Markus Acher, tout en modestie, avait bien caché son jeu: "On va rejouer un disque sorti il y a quelques années, mais un peu différemment" lancera-t-il au public déjà acquis à la cause du groupe. Il se passera évidemment bien plus que cela. Avec une puissance de feu stupéfiante, The Notwist va ainsi dérouler sa collection de classiques instantanés comme autant de déflagrations sonores dont on ne sort définitivement pas indemne. On évitera de se perdre dans un listing sans fin, tout en retenant pour longtemps, la larme à l'œil, les petites révolutions soniques entendues au travers d'un Neon Golden technoïde et hypnotisant, d'un Pilot transfiguré de 10 minutes, lancé au public comme une allumette sur un bidon d'essence éventré, ou encore d'un Trashing Days à se taper le cul par terre. Que cet album soit intemporel, on le savait déjà. Qu'il puisse nous surprendre encore autant aujourd'hui, beaucoup moins. Cela grâce au génie mélodique d'un groupe décidément précieux: à la sortie du récent Close To The Glass, on écrivait dans nos pages qu'il était "impressionnant de constater à quel point The Notwist est capable de trouver un point d'équilibre parfait entre expérimentation et classicisme, extraversion et sobriété de chaque instant". Ce constat ne nous sera jamais apparu autant d'actualité, alors que l'on parle bien d'un album vieux d'une grosse décennie. Pas avare de sucreries à l'endroit de son public, le groupe finira même son concert en nous offrant une dernière brochette de tubes en forme de mini best of , en enchaînant tranquillement des bijoux comme Kong, Boneless ou Gloomy Planets. La 25e Route Du Rock peut dérouler sans pression le reste de son programme: pour le public présent hier soir, le contrat de confiance est d'ores et déjà presque rempli.


On y était : Paris International Festival of Psychedelic Music

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Photo © Hellena Burchard

On y était : Paris International Festival of Psychedelic Music, Paris, le 3 juillet 2015 à La Machine du Moulin Rouge

"Tout comme Alice au pays des merveilles qui "se demandait (dans la mesure où elle était capable de réfléchir, car elle se sentait toute endormie et toute stupide à cause de la chaleur) si le plaisir de tresser une guirlande de pâquerettes valait la peine de se lever et d’aller cueillir les pâquerettes", il fallait réfléchir à deux fois avant de se persuader d'entrer dans la machine et affronter les fiévreuses pulsations rock psychédéliques que nous promettait cette soirée caniculaire. Pas moins de cinq formations se sont succédé en quelques heures seulement, au rythme d'un marathon, pour distiller des hallucinations sonores ayant pour effet de nous déréaliser.

L'envie de fraîcheur nous attirait irrémédiablement dans les soubassements. Nous nous promenions çà et là pour découvrir le décor de carton pâte aménagé à cette occasion, constitué de champignons et autres sculptures florales surdimensionnés. Le décor était enfantin et presque ironique à l'image du premier groupe qui officiait en cette toute première partie de soirée. Rendez-Vous, un hybride synth pop cold wave français conformes en tous points stylistiques à cet âge d'or romantique ou triomphaient synthétiseurs et boîtes à rythmes. Les titres entêtants de The Others ou Plasticity issus de leur premier EP sorti cette année (sur Zaprudder Records) étaient emprunts de cette énergie et sincérité "juvénilescente", qui les rendait attachants même si l'effet suscité était hilarant. Le côté re-enactment ostensiblement affiché jusqu'aux moindres détails semblait malheureusement parodique à l'image d'un faux groupe de synth-punk qui aurait été créé pour accompagner un défilé de mode branché. "Au synthé, nous avons Elliott Berthault, jeune éphèbe à la tonsure décolorée façon Martin Gore qui arbore ce soir un t-shirt "indépendant", écrit en français (attention) sobre et seyant"….

En quittant des yeux la scène pour contempler l'assemblée, je remarquai alors toutes les coupes de cheveux strictes et déstructurées qui proliféraient sur les têtes de ces jeunes et beaux visages. Cette homogénéité laissait perplexe... L'âge moyen du public allait-il augmenter au cours de la soirée et finalement quel public visait cette programmation? Qu'en était-il de Clinic? Force est de constater que la salle s'était considérablement vidée à leur arrivée.

Nous sommes ensuite entrés au vif du sujet psyché avec Wall/Eyed, propice à l'immersion lascive dans un environnement hypnotique quasi transcendantal. La belle pochette de l'EP intitulé A Quest, une photographie de jeunes vierges en prière sur un vieux papier dont les plissements les font onduler comme de charmantes danseuses de Tiki, ne laissait planer aucun doute sur l'aspiration musicale quasi mystique du groupe. Les ambiances étaient plutôt réussies, faites de riffs shoegaze entêtants, d'échos démultipliés et d'arrangements de guitare space rock. La voix du sympathique Nicolas Prokopialis était élancée et élégiaque et tout concourrait finalement à assurer le plus bel effet… Mais il manquait ce petit plus, ces irrégularités et infimes sonorités vectrices d'étrangeté qui ne peuvent qu'intensifier notre perception et notre appréciation et, en dépit des invocations, les voix du seigneur étaient impénétrables… Je prêtai alors attention aux paroles en français du titre Mirror et m'interrogeai sur les niveaux de lecture insondables: "Prosterne-toi, poussiéreusement (oui oui c'est bien ça) devant ton maître / Là contemple sa grandeur brisée décadente falsifiée / Crois moi Dieu c'est toi".

Ouais ouais ouais…

LTM-Jessica-93-2

Je retrouvai en courant ma Jessica du 93 dans le sous-sol humide de la Machine, qui ne se permettrait pas ELLE de verser dans la parodie, quoique, sous ce corps fragile penché en avant et ces riffs désespérés, pouvait-on y voir la plus belle expression du mal-être adolescent se réfugiant dans une pratique solitaire DIY esseulée (sans parler de Pornography). Cette musique sombre et viscérale aux inlassables boucles réverbérées nous entraînait dans les méandres tourmentés de l'âme. L'équilibre entre la voix "complaintive" de Geoff et sa musique hypnotique agressive permettait cette totale immersion. Comme il est parfois si bon de s'ennuyer, je me complaisais dans cette mélancolie qui devenait source de plaisir à l'évocation d'un passé doux-amer consommé et semblait crier toute la solitude de l'homme. J'observais au premier rang ces ribambelles de têtes/girouettes vriller de bas en haut, de gauche à droite, à contre sens, à contre courant, comme happées par l'envoûtement. Il n'y avait que Geoff qui réussissait ce soir là à exalter véritablement son public le plongeant dans une transe abyssale. Jessica, toi seule sait, parce que tu as écouté, senti et compris ce que d'autres n'ont pas su assimiler.

Le garage hybride des sept australiens de King Wizzards and the Lizard Wizzard, qui sortaient cette année leur cinquième album intitulé Quarters s'est ensuite frotté à un public déchaîné, avide de pirouettes aériennes en tous genres. Le public était si possédé par les sonorités garage qu'il semblait se désintéresser complètement des moments folk et psyché qui venaient ponctuer ces riffs endiablés, couvrant par ses applaudissements les quelques modelés sonores réellement dignes d’intérêt. Le titre fleuve The River, rappelant l'album Just a Poke de Sweet Smoke, une petite perle dans ce brouhaha garage standardisé, n'était malheureusement pas au goût des gentils abrutis qui ne pensaient qu'à pogoter. Nos chairs huileuses s'entrechoquaient violemment sous la chaleur harassante qui s'abattait. Nous n'étions qu'un tas de vers grouillants en adoration luttant pour la survie dans un environnement tropical et hostile. Le svelte Stu Mackenzie nous illuminait de sa joyeuse présence désinvolte et slamait magnifiquement pour clôturer cette belle prestation, parcourant majestueusement toute l'étendue de la marée humaine infestée.

C'est alors que nous nous engouffrions dans la salle tarabiscotée du sous sol pour assister au concert du trio berlinois Camera. Que d'incessants et épuisants va et vient alors que nous rêvions simplement de nous figer dans la glace. L'excitation était à son comble à l'issue du concert précédent et les AAAAAllemands ont su réguler nos pulsations par le truchement d'une musique répétitive et primitive . Un seul et unique titre s'est étiré tout le long telle une transe robotique, martelée inlassablement par l'excellent percussionniste autiste Michael Drummer. L'écoute de l'album Radiate sorti en 2012 n'est pas d'un grand intérêt mais ce sont les performances live réalisées dans divers lieux insolites, parkings, lieux désaffectés et autres espaces urbains qui se révèlent être particulièrement intéressants, faisant intéragir cette musique motorik avec l'espace environnant et le public.

Je remontai à la surface, un peu avant la fin du set, pour ne rien rater du concert de Clinic et découvrais avec étonnement que la salle s'était considérablement vidée. Nous partîmes 500 mais par un prompt renfort nous nous vîmes 50 en remontant. Ils sont apparus sur scène, affublés de leur traditionnel accoutrement munis de masques et blouses de chirurgiens. Je retrouvais cette voix molle et haut perchée d'Adrian "Ade" Blackburn, rappelant les lamentations tonales de Thom Yorke (qui a toujours cité Clinic comme une référence majeure) préférant les titres de leur premier album International Wrangler sorti en 2000. Les deux derniers LP aux accents dub m'intéressaient beaucoup moins. Je préfère tant la singularité de leurs débuts. Belle surprise ce soir là, le titre Porno, du tout premier EP I.P.C. Subeditors Dictate Our Youth (1997), une belle balade dans un univers post punk chaotique. Le magnétisme de ce groupe est très mystérieux, leur présence quasi fantomatique, comme des figures passéistes devenues anachroniques alors qu'il n'a pourtant jamais quitté la scène musicale. Leur déguisement has been abondait également dans ce sens, évoquant les accessoires théâtralisés des Residents (chapeaux haut-de-forme et globes oculaires démesurément agrandis) ou les tenues de flic du groupe de post punk Crime. On retrouve chez Clinic, comme pour les groupes précédemment énoncés, cette veine arty cultivant l'étrangeté distillant des mélodies expérimentales délibérément dissonantes. J'étais très touchée par leur prestation démodée, en revanche je déplorai largement le peu de sons émis par le synthétiseur vintage, arrangé comme un orgue désaccordé, mais qui n'était guère audible ce soir là. C'est pourtant ce qui me plaisait le plus chez ce groupe. Les petits bruits du cloaque m'ont manqué mais je les retrouverai !


On y était : Lightning Bolt au Trabendo

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All photos © Emmanuel Lavergne

On y était : Lightning Bolt, le 30 juin 2015 au Trabendo - Par Sébastien Falafel

Lightning Bolt – soit l’un des plus légendaires duos fouteurs de zbeulh dans les conditions du live – a récemment publié Fantasy Empire sur Thrill Jockey (lire), pour le tarif habituel : l’auditeur s’avère sévèrement rudoyé par une riffaille barbare et nécessairement insensée ; c’est tout à fait excessif, parfaitement irraisonné, et, bien entendu, définitivement plaisant. C’est d’ailleurs pour cela qu’il fallait, comme à chaque fois que ces jeunes stoïques passent sur Paris, être présent au Trabendo, le 30 juin dernier, tant ces excellentes personnes ont sereinement ravagé une foule ferme et compacte, prête à recevoir les dures graines de la démence ensemencées à coups d’élégante batte par les deux américains de Providence.

Car Lightning Bolt caractérise si bien ce mécanisme définitif, cet instant d’abandon : j’admire cette folle propension à taper crânement dans le lard, à produire toutes les bassesses de l’hystérie, incessantes remontées électriques d’énormes coups de semonce. On s’embourbe plaisamment dans les tumultueuses affres de l’irrémédiable dépense physique, c’est une enfantine sensation, lorsqu’on ne taille pas plus haut que trois pommes et que l’on souhaite ardemment s’exciter sur la première distraction venue, la bouffer toute crue, ne jamais s’en repaître, répéter inlassablement le même rituel, c’est profondément névrotique, mais superbement libérateur. Car au-delà de l’aspect tellurique que provoque la musique du duo, de l’immense délire épileptique qui jaillit de leurs amplis comme mille fantômes hurlants, se dessine cette très pure ambition d’une répétition sans fin, presque absurde, sans lendemain, avec pour seul objectif d’inlassablement se briser la face contre le même mur. Cette volonté cérémoniale et jusqu’au-boutiste d’atteindre la maximum de saturation, ce fait magnifique d’aborder le plus extrême de la transe à coups d’infatigables comme impossibles jeux de riffs et d’irrationnels coups de toms. Telle sera la teneur des quelques premiers morceaux joués ce soir, tous issus du dernier album, se plaçant avec une discrète noblesse dans la traditionnelle volonté du groupe de défoncer sans une once d’émotion toute forme de réflexion.

Mais ce sera toujours sur ses vieilles gloires que Lightning Bolt fera paraître le spectre agile de l’excellence et de l’infini, à grands coups d’infamantes et monstrueuses vagues de frénétiques bourrinades, telles que cette fameuse et incroyable bombonne de vie qu’est Megaghost. Cet incroyable passage au milieu de ce morceau me filera toujours les plus électriques des frissons : cette ultime et définitive charge, lorsque la basse ne se contente même plus d’extorquer d’hystériques mélodies de ces quatre putains de corde mais terrasse librement le pêcheur de précieuses bastonnades et de mortels soubresauts, jusqu’à ne plus sentir que la terre qui vibre, qui s’écroule, qui s’effondre. C’est fantastiquement beau, c’est profondément resplendissant dans la mesure où le groupe ne fait que s’enfoncer et s’enterrer dans son délire terrible jusqu’au plus profond des entrailles d’une positive illumination. Même perception pour la paire de morceaux suivants, Colossus et son riff de damné qui pourrait aisément venir défier, le menton levé et les yeux brillants, une armée complète d’infâmes scélérats, et Dead Cowboy, avec cette si merveilleuse trace de lumière façon poussière d’étoile, qui vient sèchement sabrer la dynamique de pur jobard d’un morceau qui résume à lui tout seul la beauté d’un groupe comme Lightning Bolt : cette volonté sans cesse écrasante et toujours plus affirmée de vertement s’ensevelir sous une avalanche de gravats tremblants, sans bornes, sans limites, sans vision et sans espoir.

Brian Gibson, le placide et mutique Brian Gibson, celui-là même qui projette des riffs aussi larges et lourds que des troncs d’arbres centenaires, n’apparait pas le moins du monde troublé par l’intenable cascade de ciment électrique ramonées par ses quatre grosses et grasses cordes, et ne bougera pas d’un sublime iota lorsqu’il entamera l’hymne perfide de toute une salle baignant sans déplaisir dans une intense sueur de joie : Dracula Mountain, dernier morceau du set, quasiment torché, mais porté aux nues par une masse globale d’imprudents venu gouter aux vertes remontrances d’un duo toujours aussi impressionnant, notamment l’illustre Chippendale, battant la mesure comme jamais et convulsant comme un possédé ses massifs bâtons à la main. Aucune surprise, le duo de Providence aura étalé le revers d’une main pleine de générosité, d’abondance, et, surtout, d’une parfaite et joyeuse brutalité à l’encontre de l’intégralité de la foule.

Vidéo


On y était : MIMI 2015

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All photos © Edouard Hartigan

On y était : Festival MIMI, du 1er au 5 juillet 2015 à l'Iles du Frioul

À une époque où les festivals sont devenus des enjeux économiques et où leurs line-up se confondent, des entités comme le Mimi font un peu figure de résistance. À Marseille, ville où le la musique a pourtant plus de mal à s’implanter, les nouveaux évènements pullulent désormais, avec plus ou moins de bon goût et de pertinence culturelle. Rien pour autant qui ne concurrence le Mimi, à ranger plutôt sur le créneau alternatif d’un Sonic Protest, et cantonné à un formule de deux concerts par soir. Très identifié, jusqu’auprès des non-initiés grâce à son impayable spot insulaire, le festoche nous sert cette année une trentième édition qui condense toutes ses qualités. Et peu importe si certaines ambitions de programmation pour cette date anniversaire ont du être abandonnées (Eno ou David Sylvian ont été considérés en coulisse pendant un temps), le Mimi fait déjà des miracles avec un budget modeste pour une telle organisation.

E.E.K

Même les propositions les plus exigeantes se font accessibles à tous les publics sur les Îles du Frioul. C’est le cas d’Aki Onda, qui ouvre le jeudi soir avec une prestation plus proche de l’installation sonore que du concert. La configuration est celle d’un atelier, et le Japonais dispose dans l’espace, à l’instinct, des field recordings qu’il a recueillis ces derniers jours dans la ville (vagues, ambiance de crèche, bruissements divers), et quelques sifflements de micros. Son approche est raide mais figurative, et lorsqu’elle pencherait un peu trop vers l’un ou l’autre, il décale le point de vue en déposant une mini-baffle dans les gradins, avec cet air impassible de celui qui pourrait faire un sale truc à tout instant dans un Takeshi Miike. Pourtant, sa conclusion se résumera à des vagues dark-ambient décentrées, ponctuées de billes tombant dans des cymbales amplifiées, sans plus de fracas. On retrouvera cette précision et cette science du silence sous une forme plus spectaculaire avec les Percussions de Strasbourg qui lui succèdent. Le premier mouvement du Drumming de Steve Reich claque dans les ruines de l’Hôpital Caroline, c’est une introduction sèche et élémentaire au programme de ce soir. Deux autres longues pièces donneront l’occasion à l’orchestre de s’emparer de l’imposant matériel affrété sur l’île : des mouvements brusques, drôles, un théâtre maîtrisé et tendu, où le sonore est massif mais furtif, et fait de cris, de rafales, et de vides.

01 - Acid Mother temple

En ouverture du vendredi, les quinze claviers des Anglais d’HIMMEL s’annulent un peu dans ce mix adapté au plein air, et le climax auquel l’ensemble aspire n’a pas lieu - reste la sensation, pas désagréable, d’avoir assisté à une jam légère entre Bitchin Bajas et Tortoise. Après eux, les discrètes légendes galloises des Young Marble Giants prennent la scène, et assurent la caution tendresse de cette édition. Ils retranscrivent aussi simplement que possible l’unique LP et quelques singles qu’ils sortirent en 1980, dont le reflet si pur, la facture si sommaire, ont traversé les époques avec une grâce unique. À un volume si faible qu’on couvrirait le groupe entier en demandant du feu à son voisin, ces tubes de peu font doucement couler leur mélancolie de table de chevet - ou résonner le micro-funk de leurs lignes de basse pour certains. Tout aussi attachants, les musiciens passeront la semaine dans la ville à faire du tourisme - et à fondre sous la langue quand on discute avec eux.

Le dimanche de clôture prend la forme d’un volcan nippon, compact et abondant. Collaboration franco-japonaise mélangeant électronique, cordes et rock, Gunkanjima ouvre sur un rituel bruitiste, puis vire progressivement hystérique façon Plastic Ono Band/Boredoms, flirte avec un rock-fusion un peu limite, pour chaque fois se rattraper avec l’étincelle de folie nécessaire. Sous sous leur incarnation « Cosmic Inferno », les piliers du psych-rock Acid Mothers Temple en donnent à tout le monde, du prog au disco, avec l’empoigne et le chamanisme d’un Psychic TV japonais sous tension. C’est bien plus friendly qu’on ne l’aurait cru, mais le magma opère, et ce jusqu’au traditionnel bain de nuit sur le trajet du retour.


On y était : Dead Rider @ Espace B

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On y était : Dead Rider, le 16 juin à l'Espace B - par Samuel Falafel.

Dead Rider venait assurer vertes pantalonnades et style de patron début juin, à Paris, en massive présence d’une trentaine de personnes qui n’avaient point d’autre choix que de se laisser glisser dans la moite et trouble atmosphère d’un groupe qui, de manière on ne peut plus claire, s’en bat sagement les couilles. Retournons donc patiemment sur cette soirée, sobrement accueillie par l’Espace B.

J’aime ce style. J’aime leur attitude de maraudeurs. J’aime cette interlope collection de délectables anormalités. Ces personnages possèdent l’élégance et l’aplomb de ceux qui se lancent sans gêne aucune dans la plus crapuleuse et lascive des décontractions. Todd Rittmann arbore sur son vierge crâne un bob qui donne cet air louche au bonhomme, cet air de vieille ganache complètement tarée : cela le rend parfaitement charmant, aguicheur, mesurant chacun de ces amples et imprévisibles mouvements. J’adore ça. Putain, vraiment, c’est très excitant. Cette ambiance étrange aux humides contours s’appose doucement sur la foule, perle lentement comme une goutte de sueur sur le front d’un athlète massivement bodybuildé, c’est extrêmement délicieux, d’autant plus que ses associés ne sont pas en reste, proposent une allure de nababs : je n’arrive décidément pas à choisir entre le batteur – son diaphane béret comme ses gestes nerveux traduisant une haute démence – et le mec au synthé, au visage sobrement habité par l’envie d’émasculer tout un chacun, au regard absent, froid et pervers, souvent perdu dans un sombre coin de mur.

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All photos © Céline Non

Ce groupe possède un style définitif, de celui qui sublime et fait même écho à la musique ici déployée. Car, musicalement, on se situe sans peine dans la noblesse d’esprit d’un groupe comme U.S. Maple – soit l’ancienne bande légendaire de Rittmann – sauf qu’ici, précisément, s’ajoute à l’atmosphère élastique, mollasse et sexuelle une délétère ambiance d’une ringardise absolu, parcourue d’improbables passades de riffs, de psychotiques revirements de situations et de basses et félones sonorités. Dead Rider déroute complètement, c’est cela qui fait que ce groupe défonce, que l’on assiste enfin à quelque chose qui semble parfaitement personnel et renvoie sauvage au seuil de la porte d’un monde nouveau - certes peuplé d’infâmes solos et d’absurdes gimmicks funk - mais dont il est bon de laisser passer la fraîche élégance sur nos frêles corps défraichis, tel le vent révélateur de la pleine Vérité. Putain de concert, honnêtement, jetez-vous sur les disques si vous le pouvez.