On y était : Villette Sonique 2015

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photo © Hélène Peruzzaro

Untold / Andy Stott / Gum Takes Tooth / Carter Tutti Void / Cabaret Voltaire par Thomas Corlin

Avec deux poids lourds historiques de l’indus/électro et deux des talents les plus affutés du clubbing contemporain, l’affiche du dimanche pouvait générer des attentes démesurées, difficiles à satisfaire. La soirée s’ouvre tôt surUntold, connu pour tailler une bass music brûlante et tordue. Probablement peu à l’aise sur ce créneau horaire (20h), l’Anglais se lance dans un live bizarrement séquencé qui penche volontiers vers le dub ou même le reggae, par touches légères mais clairement identifiables. Si les glissements subliminaux qu’il opère entre différents styles sont parfois brillants, quelque chose cloche dans ce patchwork hésitant entre UK bass abstraite et électronica de salon, mais néanmoins assez intrigant pour maintenir l’attention. Andy Stott la jouera beaucoup plus prudent, et sa tentative dancefloor à 21h tombera un peu à plat. Plus originale et mystérieuse sur disque, son electro/bass perd en saveur dans ce contexte. Le line-up de la soirée aurait pourtant pu l’inciter à se permettre une prestation plus barrée, mais il se contente d’un set très festivalier et assez prévisible, dont le souvenir s’estompera rapidement.

Si la jeune garde semble un peu maladroite, les anciens prennent la scène avec plus d’empoigne. Le trio Carter Tutti Void demeurera l’offre la plus satisfaisante de la soirée, et justifie de louper Gum Takes Tooth qui jouent simultanément dans le sous-sol. Monocorde, menaçant, leur live prend la forme d’une jam techno et nous capture dans une spirale gentiment psyché sans qu’on s’en aperçoive, et ceci avec un sens du dosage et de l’économie. Après coup, on a la sensation d’avoir vu le Moritz Von Oswald Trio en beaucoup plus dark et sévère - et beaucoup moins soporifique… Le concert aurait mérité une bonne vingtaine de minutes supplémentaires pour vraiment opérer, mais la régie ne l’entendait pas ainsi, Chris Carter se faisant même retirer sa bouteille d’eau pour signaler que le trio doit libérer la scène.

La vraie tête d’affiche qui a rempli la Grande Halle ce dimanche est bien évidemment Cabaret Voltaire. Le public goth et indus, qu’on a entendu râler ça et là durant les précédents sets, est au garde à vous, tout comme les vieux fans, qui déchanteront assez vite. Le groupe pionnier de Sheffield se résume aujourd’hui à un seul membre, Richard H Kirk, et opte pour une formule coup de poing un peu bourrine qui tend à rivaliser avec les grosses machines du dancefloor contemporain. Indéniablement, c’est efficace : sous des visuels stroboscopiques type VHS typiquement provoc’ (de Jimmy Saville à Kadhafi), Kirk se planque derrière ses machines avec un air grave, et enchaîne des tracks qu’il interrompt inopinément par des transitions volontiers décalées (dont un extrait d’émission radio en français, probablement samplée sur France Culture). Dans une cadence de turbine certes pas très raffinée mais crédible face aux standards de 2015, il revisite à sa manière le spectre techno, avec des clins d’oeil rave d’un côté, ou plus indus de l’autre (on entendra même une boîte à rythme vintage type « Nag Nag Nag »), et affirme son statut de précurseur de la dance music. S’il remporte l’approbation du jeune public, les puristes demeurent effarés par ce show-bulldozer typique de l’abattage auquel se résume souvent la musique live aujourd’hui - il suffisait de jeter un oeil à certains visages dans le public pour se faire une idée. Même si le bon goût n’est pas toujours au rendez-vous, la catharsis est totale, notamment sur les dix dernières minutes durant lesquelles Kirk cumule un joli magma électronique. En tout cas, on le saura : en 2015, Cabaret Voltaire sonne exactement comme une rencontre entre Vatican Shadow et les Chemical Brothers.

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photo © Hélène Peruzzaro

Untold / Andy Stott / Gum Takes Tooth / Carter Tutti Void / Cabaret Voltaire par Sonia Terhzaz

En effet, ce report n'aurait vu le jour s'il n'avait été participatif. N'ayant pu rester tout au long de la soirée, c'est avec le concours d'un ami que cette chronique aura pu être finie. Sans sa précieuse aide, il ne m'aurait été donné d'écrire qu'un ersatz de chronique, composé d'impressions vagues et lapidaires d'une soirée passée, au sein de la Grande Halle, au rythme des pulsations électroniques, obombrant mon coeur et mon esprit. La fin de journée sur la pelouse de la Villette était douce et paisible après un concert des Montréalais d'Ought très réussi, qui a su prolonger ma langueur printanière. Au chant à la fois fluide et débraillé, Tim Beeler (chanteur/guitariste d'Ought) était figure de liberté avec son élégante désinvolture, sa fière allure et sa belle tessiture. Je rêvassais, allongée entre les canettes qui jonchaient l'herbe mise à mal par des flots de corps pétris d'énergie rock, en repensant aux temps forts de cette journée, et aux doux moments d'amitié. L'envie de flâner prédominait et je réalisai, presqu'à contrecœur, que j'allais alors me confiner, laissant famille et amis, dans cet antre sombre et immersif, pour me plonger dans une écoute attentive. Cette entrée soudaine était réellement déroutante, telle une percée dans une faille spatio-temporelle. Il n'était que 20h à cet instant précis mais il était très tard dans mon esprit, comme si j'errais au bout de la nuit, à travers bois, au son des musiques électroniques et industrielles de clôtures de festival. J'aurais préféré « raver » en extérieur pour avoir une compréhension plus globale du moment auquel j'étais en train d'assister : j'aurais conversé mentalement et rêvé à des associations combinant une nouvelle idée de la nature/une nouvelle idée de la musique. Il en était autrement.

Tout a commencé avec Untold et je me suis aussitôt dit : « Ouh là là là là » (oui, je me suis juste dit ça) tant la confusion me gagnait. Comment écrire alors sur des émotions impalpables ? Je tentais de me laisser gagner par cette musique abstraite, par les pulsations répétitives aux accents dubstep, issus du dernier album Black Light Spiral (sorti en 2014 sur Hemlock) mais rien n'y faisait. J'observais alors les silhouettes voûtées découpées dans l'obscurité passer devant moi, oscillant entre la fosse pour le moins clairsemée, le fumoir et le bar, sous un mur de basses fréquences perméables dont la tonalité anxiogène commençait à nous gagner. La bonne humeur laissait place à la perplexité, puis tout s'est progressivement assombri, seul le sigle Red Bull Academy, réclame quelque peu grotesque, posée ostensiblement sur la table du DJ, me faisait décrocher un sourire passablement spontané. Je conviens que mon attitude n'était guère engageante. En revanche, ce n'était pas la sombre tonalité de la soirée que je déplorais, bien au contraire… Loin de moi l'envie de danser de manière extatique au son trépidant de la dance music, je cherchais et espérais justement retrouver cet autre aspect de la musique de club, bien plus introspective, sondant les tréfonds de l'âme, les dissonances troublantes, mobilisant diverses émotions, de la mélancolie à la terreur. C'étaient ces abîmes et failles qu'Andy Stott, le jockey de Manchester, tentait d'invoquer, avec son dubstep ponctué de claquements métalliques et industriels à retardement, de sons en sourdine, et autres bruits du dedans en gestation… L'effet n'était pas pour autant probant et, bien malheureusement, j'identifiais les voix féminines pré-enregistrées qui m'agaçaient quelque peu déjà à l'écoute de Luxury Problems (sorti en 2012 sur Modern Love) ou encore Faith in Strangers (2014) conférant à l'ambiance froide et industrialisée une chaleur enveloppante, aux accents world, si incommodante et à mon sens tout à fait inappropriée. Mais POURQUOI DONC faudrait-il, à chaque fois, nous affubler de ces voix car je n'y vois que de l'ambiant cheap and chill sans intérêt. C'est du chillstep en tout état de fait !

Je descendis ensuite au sous-sol avec les Anglais de Gum Takes Tooth, un duo londonien (pour changer, tiens) batterie + clavier, jouant dans un espace confiné des partitions rythmiques répétitives, une dance music tribale expérimentale et ritualisée. J'avais aimé le premier album Silent Cenotaph (Tigertrap Records, 2011) dont certains passages m'enthousiasmaient véritablement (Tannkjott) et espérais retrouver cette énergie noise primitive qui se perdait quelque peu dans le dernier album, Mirrors Fold (sorti en octobre 2014), incorporant des empilements de samples de voix éthérées (ouais ouais) dans un climat « d'ambiant » évoquant quelque peu le Lifeform des « Future Sound of London ». Les textures étaient travaillées malgré le fatras bruitiste créant une tension dialectique intéressante entre les pôles de de l'ordre et du désordre. En revanche, étant positionnée tout au fond et ne pouvant m'approcher davantage de la scène, je ratais quelque peu l'aspect performatif du concert, qui à mon sens était tout aussi constitutif.

Je n'avais pourtant qu'une seule et unique motivation sincère ce soir-là : assister au concert de Carter Tutti Void, alias Chris and Cosey (aussi membres de Throbbing Gristle, qui avaient d'ailleurs joué à la Villette Sonique quelques années auparavant, au temps de leur reformation) et Nik Void de Factory Floor, mais, au moment où tout pouvait commencer, le cœur n'y était plus et mes cartilages ont lâché, sans doute en raison des assauts rythmiques répétés et ce corps surmené qui n'arrivait plus à suivre, me contraignant à quitter honteusement la salle en boîtant. J'ai dû fuir avant qu'il ne soit trop tard pour me préserver de tout ce noir. Ainsi Pascal Joguet, mon ami éclairé, m'a transmis et retranscrit ses impressions. Il indiquait, comme je m'y attendais, que la prestation de Carter Tutti Void constituait le point d'orgue de la soirée avec « un son à la fois puissant et austère, où le rythme des machines faisait écho au jeu de guitares. L'ensemble était parfaitement construit et l'ambiance intemporelle, ne jouant pas sur la nostalgie 80's, et, même si, à certains égards, surgissaient des boucles caractéristiques, elles s'intégraient de façon cohérente à l'ensemble. Le tout était servi par des visuels géométriques en noir et blanc qui contribuaient pleinement à s'immerger dans l’univers post-indus. C'était très au point artistiquement, contrairement à la prestation délivrée par Cabaret Voltaire qui manquait cruellement d'énergie et d'esprit d'inventivité.

Richard H. Kirk se trouvait seul, contrôlait les séquenceurs (et pourtant disparaissait régulièrement de la scène) et présidait à la restitution d'un son techno vaguement industriel qui aurait bien pu illustrer une scène ardue de 21 Jump Street (moment où Johnny Depp, muni d'un mouchard planqué, fait semblant d'acheter de l'héro au vilain type, percé de toutes parts, qui vit dans l'arrière-salle d'un club sordide). Le montage vidéo valait son pesant de toc et enfilait des perles : des images du Che aux différentes scènes de brutalité policière dans les années 80 aux US, en Palestine, en Afrique du Sud ou encore en Rhodésie… Le morphing de Thatcher en Joker (celui de la série avec Adam West), la reine Elizabeth, la grève des mineurs, etc. On n'était pas là pour rigoler, mais plutôt pour se conscientiser politiquement à l'avant-garde de la création vidéo et de l'anarchisme in the youki et l'esprit de révolte, le scandale et la subversion devenaient soudain risibles et symboles de dérision. A son crédit, un peu dansant quand même dans le dernier quart d'heure - le public ayant de toute manière envie de transpirer un peu à une heure si avancée. »

En conclusion, et si nous mettions ces impressions en perspective : ce choix de programmation était néanmoins assez cohérent car cette soirée dressait des passerelles intéressantes entre des projets pionniers de la scène musicale électronique expérimentale et des projets plus récents s'inscrivant (plus ou moins bien) dans le prolongement d'un courant, d'une idée, et pour lesquels nous retrouvions des ambiances et esthétiques proches, communément sombres et angoissées .Je dirais pourtant que seul le duo londonien Gum Takes Booth pouvait se targuer d'une telle association ou filiation, le reste étant à mon sens largement capillotracté. Ne pouvions nous pas choisir d'autres Anglais ? Pour finir, cette soirée traduisait, une fois de plus, cette volonté, chère aux organisateurs de la Villette Sonique, de faire resurgir des figures mythiques de la scène post-punk expérimentale et les pionniers de l'« underground » (peut-être à une époque où ce terme avait réellement du sens). Avec les Jesus Lizard, Goblin, Throbbing Gristle ou encore Cabaret Voltaire, ce festival encourage ardemment les retours gagnants. Certes, ces concerts sont si exceptionnels que nous avons l'impression d'assister à un moment privilégié qui ne se reproduira sans doute jamais, comme si nous étions les uniques témoins chanceux des derniers soubresauts musicaux de nos héros, mais ils peuvent aussi s'avérer être désastreux. Quel est alors le sens de cette résurgence ? Si le groupe se reforme après plusieurs décennies, que ce soit pour une tournée commémorative ou pour relancer une carrière discographique, il est possible alors d'en questionner les réelles motivations et indubitablement cela se ressent.

Portofolio du festival par Hélène Peruzzaro & Clémence Oliver


Photoshoot : GONZAÏ NIGHT avec ETIENNE JAUMET et HARALD GROSSKOPF

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Photos © Hélène Peruzzaro

C'est dans une Maroquinerie blindée qu'Hartzine a assisté aux prestations d'Etienne Jaumet et Harald Grosskopf dans le cadre d'une Gonzaï Night le 28 février dernier. On a ouvert l’œil pour vous.

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On y était : Limbo Festival

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Photos © Clémence Bigel

Limbo Festival, du 23 au 27 janvier (Mécanique Ondulatoire, Point Éphémère & La Maroquinerie)

On y était le 25 janvier, un dimanche qui plus est, le soir parfait pour s'abandonner gentiment et se saboter doucement pour oublier cette âpre sensation… celle qui vous gagne en journée et que vous cherchez insidieusement à dépasser. Et bien c'était fait en allant voir les grands garçons de White Fence et Baston. Baston! Ce nom! Mais Y a personne qui y répond !. Un nom direct et franc qui augure de bons moments d'actions mais la musique n'était pas à la hauteur de ses prétentions. Du garage pop tropical comme l'indique le carton d'invitation mais aussi tropical que je ne suis orientale. C'est d'ailleurs souvent ainsi, les titres et les dénominations sont alléchantes, et t'invitent à t'immerger sans modération puis vient le temps de la déception et de la persécution. On est capillo-tracté de tous les côtés bon sang de bon sang. Ça sent la baston ! Puis on s'indigne et on redescend ! Les rennais de Howlin banana records, sont sympathiques et plutôt entraînants ce qui, pourtant, ne suffit absolument pas à effacer de son expression ces petits tics d'énervement, signes d’inassouvissement. Le temps s'est rapidement écoulé puisqu'ils ont joué dans l'urgence : parfait dans ces moments.

Les White Fence sont arrivés ou plutôt le projet du petit génie Tim Presley comme l'avait gentiment annoncé le chanteur de Baston. Nous nous frayions alors laborieusement un chemin afin d’entrer dans la fosse, de s’immerger davantage, de retrouver la rage, en se dodelinant timidement avec des sourires contrits pour gagner un micro bout de terrain dans cette foule compacte et intacte. Arrivaient ensuite les quatres chantres du style nonchalant/évanescent, Tim Presley et son archer, Cate Le Bon et son pantalon de survêt, et Dan Lead au port altier et le batteur Nick Murray. Tout était immaculé…. Les trois premiers titres issus du dernier album « For the Recently Found Innocent » , sorti en juillet 2014, annonçaient l’orientation délibérément néo psyché dans l’évolution du projet. En dépit du manque manifeste d’inventivité, il demeurait cette grâce, certes un peu fadasse, en comparaison des maitres à chanter que Presley invoquait, Syd Barrett (« Sandra (When The Earth Dies) »), et des maitres à jouer ( 13th Floor Elevators dans l’introduction de « Anger ! Who Keeps You Under ? »), ou encore Quicksilver dans l’intro également de «Wolf Gets Red Faced » pour ne citer que mes préférés. La liste est longue cependant de sons empruntés. Puis est arrivé le moment incandescent….sur le titre « Baxter Corner » issu d’un précédent album (« White Fence is Growing Faith » 2011). L’accélération du rythme s’est aussitôt faite sentir, le chant s’est rapidement éclipsé au profit d’une longue phase instrumentale d’une bonne dizaine de minutes, tout en progression. Le rythme était lancinant, entêtant, les distorsions jaillissaient de tous côtés, les échos nous hantaient, on retrouvait la fièvre du garage, les pulsations hypnotiques, les réactions psychotiques, tous les éléments des parties étaient enfin réunis pour nous faire véritablement décoller, pour nous faire replonger dans le passé barbiturique. La foule inflexible s’est mise à onduler, mes compagnons de soirée, dispersés aux quatre coins de la salle, se sont aussitôt rassemblés et l’unité s’est enfin réalisée. C’était un moment de communion réellement partagé avec l’ensemble de l’assistance. Et là ! Ce fut le point culminant, j’eus une vision ! Je levai les yeux au plafond et vis la croix ensanglantée ! La structure cruciforme du plafond peint en rouge de la maroquinerie était jonchée de taches d’humidité, d’alcool, de fluides mélangés, et d’expectorations et donnaient l’impression que les parois se mettaient à saigner. C’était le bon sang du bon dieu ! En retournant à la Maroquinerie quelques jours après pour assister au concert de Père Ubu, je me surprenais à jeter des regards de dévotion au plafond….

Un couple de russes au look Glam prononcé s’enthousiasmaient sans modération devant moi, je ne comprenais que le terme Kraaah oooot rock qui revenaient 2 ou 3 fois dans la conversation. Mais j’avais envie de leur dire qu’ils avaient bien raison.

Ce fut un très beau moment fédérateur autour du son, comme on en assiste rarement. Nous sommes sortis de là, dégoulinants, tels de pauvres chiffons suintants sortis de la machine à laver. De tels moments d’ébriété sont si rares finalement, en ces temps musicaux désincarnés, qu’on exagérerait bien volontiers la description de toutes ces sensations combinées. Alors sur-jouons l’exacerbation, intensifions nos moments, décuplons nos descriptions. Il en va de notre besoin vital de sensations!

Une fois ce moment passé, tout est redevenu pâle et édulcoré alors que nous rêvions juste de nous lover encore un moment dans le son. C’était dur de revenir à la réalité. Nous espérions, à chaque titre suivant, un nouveau départ tonitruant, un riff prodigieux, augurant de nouvelles envolées proprement psychédéliques. Mais il fallait s’assagir et apprécier dignement la frustration. En effet, s’il faut faire jaillir la beauté, s’il faut l’extraire de la médiocrité, il faut savoir la valoriser. Si tout n’était que qualité, serions-nous alors capables de l’apprécier à son injuste valeur ? Ne vaut-t-il mieux pas sélectionner scrupuleusement ce que l’on souhaite sublimer ? Il m’arrive, de me réjouir à l’avance du morceau prodigieux à venir, alors que celui même que je suis en train d’écouter, dans le même album, ne comporte que peu d’intérêt. Le titre raté crée une attente, une excitation propre à susciter les plus belles émotions ultérieurement.

Mais le mieux étant peut être de garder le meilleur pour la fin … Au fur et à mesure que les titres s’enchainaient, les White Fence perdaient des points. On ne reprochera rien au batteur Nick Murray (aussi batteur des Young Veins, Thee Oh Sees ou encore Cate Le Bon) qui aurait souhaité ardemment pouvoir faire décoller les morceaux de leur morne environnement. Il avait cette propension à vouloir tout dépoussiérer, sa fougue nous entraînait, mais cela ne suffisait pas à raviver les couleurs de leur palette compassée.

En revanche, on finissait par apprécier leur distinction, leur pâle présence, leur charme discret, incarnés par un chanteur dans la lignée des dandys anglais, et une Cate le Bon diablement sexy, toute de blanc vêtue, à la Bryan Ferry. Elle portait un ensemble 80’s pantalon cigarette et pull blanc dévoilant des seins pointus et engageants, mis en valeur par la saillie de la sangle de sa guitare, et adoptait une pose rock de garçon manqué Quoi de mieux pour faire frémir les garçons sensibles de l’assemblée. Élégant de but en blanc.

Sonia Terhzaz

Photos © Clémence Bigel


Photoshoot : Cliché & L'impératrice

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Photos © Patrice Bonenfant

L’objectif d’Hartzine était au Monseigneur à Paris le 9 décembre dernier à l’occasion du concert de Cliché & L'impératrice dans la cadre du Tuesday Live (lire). La prochaine, c'est le 16 avec Blind Digital Citizen et Strasbourg.

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Photoshoot : Juan Wauters à l'Apolo (BCN)

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Photos © Hélène Peruzzaro

I don’t like you, you’re a fool, ainsi commence N.A.P. North American Poetry le premier album solo de Juan Wauters sorti au début de l’année chez Captured Tracks. Échappé de The Beets, Juan Wauters s'est détaché du style mélancolico-garage-folk du groupe et livre ici douze chansons pop-folk lo-fi minimalistes et décontractées, parfois chantées dans sa langue maternelle : Escucho Mucho. Une esthétique frontale et épurée ou seule la guitare et la voix du natif Uruguayen nous entraine dans une heureuse confusion parfois espiègle, parfois plus réflexive.

Juan Wauters sera de passage au Trabendo le 10 Décembre prochain à l'occasion du Winter Camp festival partageant l'affiche avec BRNS, She Keeps Bees et Peter Kernel.

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Photoshoot : Mac Demarco au Bataclan

On y était : Mac Demarco, le 26 novembre au Bataclan - par Clémence Bigel.

Pour la troisième fois de l'année, Mac Demarco traînait sa silhouette nonchalante sur scène et ses morceaux indés à Paris avec cette fois-ci en première partie la pop sud américaine de Juan Wauters, prôné la consommation de cigarettes et de bières pour annoncer Viceroy (avec l'installation tout spéciale d'un Bistro sur scène, où ses amis ont passé leur temps à fumer et boire en regardant le concert), lancé des débats sur Jurassic Park tout en en reprenant pendant dix minutes le thème avec une voix de fausset, dit n'importe quoi, fait le tour de la salle en slammant sur Together, est revenu pour un rappel de vingt minutes de pur non sens. Et surtout, il a interprété ses chansons qui, bien que douces et calmes, rendaient la fosse invivable et nous a fait sourire encore et encore…

Photos © Clémence Bigel


On y était : Heart of Glass, Heart of Gold 2014

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Photos © Patrice Bonenfant

Heart of Glass, Heart of Gold, 19 au 21 septembre 2014 par Alex P.

La première édition ayant été une superbe fête (lire notre report), il allait donc de soi que l'on allait remettre le couvert pour la deuxième, toujours à Ruoms dans les gorges de l'Ardèche, toujours dans la joie et la bonne humeur.On arrive sur le site du festival un peu tard en ce vendredi 19 septembre, la faute à une Opel Corsa en fin de vie et à des routes barrées suite aux intempéries qui ont sévi dans la région les jours précédant le festival. On s'installe dans notre bungalow cinq étoiles, on se colle quelques bières en speed et il est déjà temps pour nous d'aller jouer aux DJ.

Mondkopf arrive sur la grande scène et dix minutes plus tard, c'est le déluge, scène inondée, public douché, les concerts en extérieur, c'est mort pour ce soir. Tant pis, on est chaud, on va ambiancer le bar jusqu'à l'ouverture du club avec le classieux représentant de Border Community, Wesley Matsell, puis mes copains de Red Axes. Si jamais t'as lu le report du dernier Baleapop, copie/colle le passage les concernant et ajoutes-y les mots-clés "kétamine", "voix de robot" et "petit zizi". Ça peut paraître un peu abstrait comme ça mais je te promets qu'aucun autre discours ne serait plus proche de la réalité, et puis la bienséance m'oblige à ne pas donner trop de détails, laisse ton imagination faire le taff.

Le lendemain, le soleil est revenu en force et comme on est d'humeur sportive, on va squatter le playground du site pour une partie de tour du monde endiablée remportée par notre Jérémy Lin à nous, le seul gars capable de scorer du milieu de terrain puis d'enchaîner avec un air ball sur un double pas. On retourne près de la piscine pour le concert de Taulard. Les quatre Grenoblois vont balancer leur post-punk à synthés avec énergie et sincérité, je me sens presque comme à la grande époque de l'Alternation. Leur live est encore plus convaincant que le disque et les paroles hyper déprimées pour des gens de leur âge procurent une sensation aigre-douce parfaite. Le monde est de plus en plus flingué, les jeunes doivent s'adapter. Notre voisin de bungalow, Matt Elliott, distillera ensuite ses arpèges de guitare beaux et délicats malgré sa nuit blanche forcée de la veille (on fait pas exprès mais on est vraiment débiles parfois, sorry Matt). Moodoïd investi la scène avec son space rock psyché et même si c'est bien foutu et que ça joue bien, je ne rentre pas dedans. Bravo aux musiciennes qui ont vraiment fait le boulot, la prestation du frontman en revanche n'a pas réussi à me convaincre.

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Le point d'orgue du festival arrive avec le roi de la fête du Moyen-Orient, Omar Souleyman, toujours accompagné de son fidèle claviériste. Ça doit être la quatrième fois que je le vois et comme à chaque fois, je me laisse prendre par la transe. Omar, t'es un grand. Vient ensuite La Femme, désagréable comme un verre d'eau glacée balancé sur ta peau nue alors que tu bronzais tranquille au soleil, une putain de blague de merde en somme. Je suis plutôt de ceux qui pensent qu'il faut respecter tout le monde, mais merde, y'a des limites. Et dire qu'Hartzine les avait fait jouer il y a de ça quelques années... Oui, tout le monde peut avoir un passé douteux. Après, ce qui est pratique au HoG HoG, c'est qu'il y a mille façons de s'amuser, donc je m'éloigne de la scène et y revient pour le concert de Cheveu. J'ai toujours eu un rapport particulier avec ce groupe : je l'ai vu un paquet de fois et j'ai des souvenirs de concerts géniaux comme de performances vraiment pourries, dur à expliquer. C'est donc avec un certain scepticisme que je me mêle au public pour voir ce qu'ils vont nous servir ce coup-ci. Il me faudra à peine un morceau pour comprendre que ce soir, ils ont décidé de sortir le grand jeu. Un set hyper serré et une débauche d'énergie impressionnante pour ce qui sera clairement l'un des meilleurs live du week-end. Et puis ce fût également l'occasion de voir notre rédacteur vedette enflammer le dancefloor et exécuter des mouvements dont je ne pensais pas capable un homme blanc.

On file ensuite au club pour le live sous amphétamines de Golden Teacher. Le contexte club tassé et moite est idéal, c'est la grosse fête. Les gars d'Optimo devaient assurer la suite de la soirée mais ces nazes ayant loupé leur avion, c'est Mondkopf qui les remplace au pied levé, en format DJ, histoire de se venger de la veille. Alors c'est peut-être cool pour lui mais ça l'est beaucoup moins pour nous. C'est mou, sans surprises, et ça me donne la triste impression de quelque chose de parfaitement inoffensif. Un jour sans pour Paulo. On se finira en famille au bungalow jusqu'au lever du soleil.

Le lendemain il fait toujours aussi beau, climat idéal pour la pool party orchestrée par Acid Arab. Ça envoie les youyous, ça s'éclabousse dans la piscine, c'est l'éclate, un truc entre spring break, Intervilles et une séance d'aquagym musclée, ça défonce, rien de mieux que de finir là-dessus. La prochaine édition reste pour le moment enveloppé de mystère et d'incertitudes avec entre autres un changement de site, mais faites confiance à l'équipe du Heart of Glass, Heart of Gold pour revenir avec cette formule unique qui, en deux éditions, a placé le festival sur la carte des événements qui comptent en France.

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Photoshoot : Ty Segall et JC Satàn à la Cigale

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Photos © Emeline Ancel-Pirouelle

Ty Segall et JC Satàn, La Cigale, Paris, le 21 octobre 2014

Le dernier album de Ty Segall, Manipulator, a beau ressembler un peu trop aux précédents, on n'arrive pas à se lasser du jeune Californien, particulièrement en live. Et il continue à nous donner raison puisque cette fois encore, son groupe a, en l'espace de quelques instants, transformé la salle en sauna, reprenant nouveaux et anciens tubes à toute bringue, sans oublier d'encourager les slammers, qui s'en sont donné à cœur joie tout le long du concert. En première partie, les Franco-Italiens de JC Satàn (lire l'interview) n'ont pas démérité, s'offrant même le luxe d'une apparition du président de Groland. On attend avec impatience d'écouter leur nouvel album (dont la date de sortie n'a pas encore été annoncée).



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JC Satàn

Ty Segall


On y était : Afropunk Festival 2014

Afropunk fest2On y était : Afropunk Festival, 23 et 24 août 2014 à New-York.

New York, la ville-monde, la grosse pomme que tout le monde a envie de croquer quitte à s'y casser les dents, une idée du rêve américain. Des cinq boroughs qui la composent, Brooklyn est sans doute celui qui cristallise le plus de fantasmes, à tel point qu'aujourd'hui, tout le monde veut son Brooklyn, l'une des dernières tendances parisiennes étant de dire que telle ou telle banlieue est ou est en passe de devenir "le nouveau Brooklyn". Soyons sérieux deux minutes et arrêtons avec cette idée aussi fausse que stupide et qui n'est autre qu'une émanation de la vague médiatique sur laquelle surfent allègrement nos politiques et technocrates pour vendre l'idée du Grand Paris. Parce qu'en vrai, ce projet n'a d'autre but que la spéculation foncière et immobilière, une grosse orgie de partenariats public-privé sur fond de gentrification, pas tout à fait la vision romantico-bobo que l'on nous met sous le nez et que beaucoup se laissent aller à croire. Et puis les banlieues ont leur propre culture et identité et n'ont pas besoin de Paris pour exister à ce niveau-là. Pour faire court, Paris ne sera jamais NYC et sa banlieue ne sera jamais Brooklyn, et vous savez quoi ? Ce n'est pas grave.

Quatrième ville du pays à lui tout seul, l'arrondissement cosmopolite accueille pour la quinzième année consécutive l'AfroPunk Music Festival à Commodore Park dans le quartier de Fort Greene. Comme son nom l'indique, l'événement met à l'honneur la communauté afro-américaine ou internationale à travers un panel d'artistes allant du hip-hop au punk en passant par la soul ou le métal - une programmation des plus éclectiques répartie sur quatre scènes.

Il fait beau, il fait chaud, ça sent la weed et il y a un sacré peuple, c'est clairement l'attraction du week-end. Coupes afro multicolores, spandex déchirés, bijoux de princesses nubiennes, gars déguisé en Kanye West version Yeezus, chapeaux en tout genre, c'est la foire au look, une sorte de fashion week ghetto, terrain de jeu idéal pour étudiant(e) en stylisme en manque d'inspiration. Mention spéciale aux mecs de la sécu sappés Nation of Islam style - le combo costard/noeud pap/Ray Ban, ça défonce (bon après tu divises le cool par deux, voire trois, si t'es pas renoi).

On démarre cette première journée avec Shabazz Palaces, la première signature hip-hop de Sub Pop. Le duo captive l'auditoire avec son rap tribal mystique, savant mélange de machines et de percussions acoustiques qui soutient des paroles écrites au scalpel et délivrées par le flow impeccable d'Ishmael Butler. On bascule ensuite dans une autre ambiance avec Fame School. Le duo de MC débarque sur scène accompagné d'un DJ et d'un batteur, et surtout avec une folle envie de se faire connaître. En fait, les mecs ne sont pas tellement là pour faire un concert mais plutôt une opération communication/street marketing fatiguée. L'attitude est exagérée et pas authentique pour deux sous : ça préfère balancer T-shirts, casquettes et autres CD promo dans le public plutôt que d'essayer de rapper correctement. La scène est ensuite envahie par leur crew, tout le monde gueule dans les micros, ça sature autant que le kick de l'instru, on comprend rien. Au moins ils ont l'air de s'amuser : ça se filme à l'iPhone entre potos, concours de selfies à la bien, c'est naze quoi.

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On oublie vite fait et on passe au set 100% no bullshit de Trash Talk. Les fouteurs de merde du hardcore californien vont tout simplement faire une démonstration de force et jeter toutes les phases mosh culture à leur disposition à la tronche du public, qui visiblement n'attendait que ça. Circle pit de l'enfer, crowdsurfing de compète, frontman possédé, bassiste qui grimpe sur le toit de la scène, ça part dans tous les sens, l'ambiance est électrique sur fond de hardcore métallique alternant courts passages sludge et frénésie fastcore, un peu comme si Lärm et Black Flag avaient fait des petits après une soirée trop arrosée au lait de soja frelaté. Le dernier morceau sera l'occasion pour le chanteur de virer les gens en les invectivant à aller voir les Bad Brains qui s'apprêtent à commencer sur la scène d'en face.

C'est sans leur mythique frontman H.R. que les pionniers du hardcore vont assurer le show au milieu du playground de Commodore Park (visible dans le chouette documentaire Doin' It In The Park de Bobbito Garcia et Kevin Couliau), celui-ci étant remplacé par le gars de Fishbone (rien que d'évoquer ce groupe me fait du mal) pour une partie du set, puis par Mos Def. Oui, c'est un peu bizarre. Il y a quelque chose de touchant à les voir se produire dans ce qui fut longtemps leur jardin, mais le concert ne me transporte pas. L'absence de H.R. sans doute, l'abus de phases reggae aussi. C'est dommage parce que le truc a une saveur particulière ici, surtout lorsque l'on connaît l'énorme influence qu'ils ont eu sur la scène en général et locale en particulier (on y reviendra) mais bon, l'envie de flâner à droite à gauche est plus forte. Sur le moment, mon coeur de coreux me fait me dire que je passe peut-être à côté de quelque chose en ne restant pas jusqu'au bout mais tant pis, j'ai envie de traîner sur le site et d'observer la faune.

Vient ensuite la bonne blague du jour : Body Count. Putain, j'aurais jamais cru voir ça en 2014, mais je suis obligé d'admettre que ça m'a ben fait marrer de voir Ice T et sa bande de darons rincés balancer leurs gimmicks métalcore à l'ancienne. C'est ultra beauf, mais voir la star de Law & Order (New York Unité Spéciale, en VF) interpréter Cop Killer, ça n'a pas de prix. En bonus, on a aussi droit à Coco, madame Ice T, qui headbang mollement sur le côté de la scène en tenant deux bulldogs au bout d'une laisse, priceless.
On part se mettre quelques pale ales dans la tête du côté de Bed-Stuy et on part voir John Talabot à l'Output, le club de Williamsburg. Cool soirée, qui me donne presque envie de parler du décalage entre les cultures club US et européenne, mais bon comme d'habitude hein, la flemme, la prochaine fois peut-être.

Réveil compliqué après les excès de la veille, on retourne sur le site du festival juste à temps pour chopper le set d'Unlocking The Truth, le groupe de métal des gamins de 12 piges qui s'est fait connaître après des concerts de rue remarqués du côté de Time Square ou autre, filmés et diffusés à fond sur YouTube. Alors évidemment, je me contrefous de leur heavy métal à l'ancienne et je me dis que le plan management/marketing prévu par Sony pour les p'tits gars doit pas être jojo, mais c'est super rigolo de voir le sérieux des trois gosses et l'aisance technique dont ils font preuve à leur âge - j'ai presque envie d'employer le mot mignon. Vient ensuite The Internet, formation soul cosy cheesy emmenée par la petite meuf androgyne d'Odd Future, puis retour sur le playground pour un moment particulier, le live des Cro Mags.

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Tout coreux que j'étais, je n'ai jamais été fan des Cro Mags (trop métal, trop tough guy peut-être) mais dire qu'il ne s'agit pas là d'un groupe important serait une connerie, leur premier album The Age Of Quarrel et leurs shows ultra violents ayant en partie changé la face du mouvement au milieu des années 80. Et c'est avec leur chanteur d'origine, John Joseph (par ailleurs auteur d'un superbe livre, The Evolution Of A Cro-Magnon, qui au-delà d'être un récit autobiographique et une histoire du groupe, est surtout un portrait saisissant du New York pré-Giuliani) que les monuments historiques du NYHC se produisent sur la même scène que leurs pères spirituels et mentors les Bad Brains la veille, émouvant. Le gars John est intenable, les plans de gratte crasseux s'enchaînent et les beats épileptiques achèvent de foutre le feu au public qui est là en masse pour célébrer ses gloires locales. Circle pit, karaté dancing style, machismo, discours politisé et fraternité, tous les codes de la scène y passent dans cette grosse kermesse intergénérationnelle.

On se prend ensuite une dose de platines avec le Tribute To DJ Rashad du collectif de Chicago Teklife, emmené par le frère du défunt pionnier du footwork. Rythmiques de TR-808 mongoles et indigestes, festival de claps et démos de danse, ça pique. Après cette session de lobotomie à la ghetto house, on se dirige vers la grande prairie du parc pour voir la tête d'affiche du festival, D'Angelo. Après une annonce d'annulation pour des problèmes de santé (on a l'habitude avec le lascar) et une communication des plus opaques de la part du festival, l'icône de la néo-soul est finalement bien là, sur scène, assis derrière son Rhodes avec The Roots en guise de backing band - le gars a reconstitué le plateau de Jimmy Fallon, tranquille. Celles et ceux qui voulaient admirer sa sangle abdominale légendaire seront déçus, l'ange noir ne décollera pas de son fauteuil pendant que Questlove et ses potes s'éclatent. Mélange de tubes et de parties improvisées, le concert ressemble plus à un jam entre potes avec des interventions de guests, un truc très ricain en fait, une réunion de stars en toute décontraction, une note de fin comme un bon burger bien gras.

Ah et aussi, l'AfroPunk c'est gratos, God Bless.

Texte : Alex P.
Photos : Patrice Bonenfant

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Photoshoot : Woods au Café de la Danse


Photos © Emeline Ancel-Pirouelle

C'est dans un Café de la Danse surchauffé qu'Hartzine a assisté à la prestation des New-Yorkais de Woods, entre orfèvrerie pop et fureur psyché. Et en tongs, à la cool.

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On y était : Baleapop #5

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Photos © Hélène Peruzzaro

On y était : Baleapop #5, du 6 août au 10 août 2014 à St-Jean-de-Luz

Je connaissais l'excellente réputation de l'événement depuis un moment déjà mais je n'avais jamais pu m'y rendre. Cette cinquième édition serait donc une première pour moi, et c'est avec enthousiasme que je quitte la pluie parisienne de ce mois d'août pourri pour le soleil et les vagues de la côte basque. Si je viens avec un regard de néophyte, ce n'est pas le cas des collègues qui m'accompagnent, habitués réguliers de la fiesta made in Euskadi. Cette année, le festival a pris une ampleur plus importante en terme d'affluence, affectant peut-être un peu son côté intimiste mais signalant clairement son importance grandissante dans la vie culturelle de la région. Alors ok, il y a quelques bourrés (bon, c'est un festival hein), des gamins débiles et des festivaliers qui se sont peut-être cru à Calvi, mais ce que je retiens avant tout c'est la bonne humeur générale, les sourires, la chaleur et la maestria du collectif Moï Moï dans la mise en place des festivités.

Cette année, Baleapop investi le parc Ducontenia à Saint-Jean-de-Luz ainsi que d'autres lieux de la ville, pour quatre jours de pur plaisir. Nous sommes jeudi et Lockhart ouvre le bal sur la petite scène avec son électro pop bien ficelée pour une agréable première surprise. Le soleil n'est pas encore couché, on est bien. Suivront ensuite l'indie des Bordelais de Botibol avec ses relents de rock à papa relou, la prestation du duo math rock local Viva Bazooka (si si, ça s'invente pas) pour les nostalgiques de The Redneck Manifesto ou Don Caballero et les représentants du label Moï Moï Polygorne, qui peignent des paysages sonores planants aux influences kraut et post-rock. Violence Conjugale prend le relais pour la performance défouloir mongole de la soirée. Insultes, drogues, alcool, fausse bagarre, mec éjecté de son fauteuil roulant et dédicaces à Estrosi sur fond de synth-punk répétitif et agressif. C'est assez pauvre musicalement mais on rigole bien. Faut dire que je suis assez client des plans dégénérés avec discours désaxés qui ne sont pas sans rappeler l'ambiance Cobra, même si ces derniers demeurent les maîtres en la matière. Lone clôturera la soirée avec un set bien garage UK 90's, spéciale dédicace aux kids.

Le lendemain midi, c'est apéro-brunch avec l'équipe Moï Moï et le maire de la ville (on pourrait parler longuement de la récupération politique des événements culturels mais bon, la flemme, quoi) pour la conférence de presse qui sera également l'occasion de présenter les différentes œuvres qui occupent le site du festival (Baleapop, ce n'est pas que la musique, mais un véritable effort pluridisciplinaire) avec de belles réalisations, comme le Tu m'existes de Baptiste Debombourg, son côté hollywoodien décalé et son caractère 100% recyclable, les quelques milliers de leds utilisées ayant été récupérées sur les décorations de Noël de la municipalité. Autre installation amusante qui a créé le buzz : le Cimetière pop de Thomas James, cause d'un scandale chez les grenouilles de bénitier du coin, occasion supplémentaire de souligner la stupidité des ces gens qui arrivent à conférer un caractère diabolique à une blague inoffensive à la Eric Pougeau.

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Côté concerts, Theo Verney démarre la soirée avec son rock garage puissant et son look tout droit sorti du Seattle de 1990. Suivront ensuite la pop grandiloquente de Petit Fantôme et les paysages psychédéliques de Forever Pavot, jusqu'à l'arrivée de Mykki Blanco. Une fois de plus, le mec prouve qu'il n'est ni le meilleur MC, ni le meilleur chanteur, mais bel et bien un performer hors pair avec qui il est difficile de rivaliser. Le show est articulé autour de son personnage transgenre et de son évolution du féminin au masculin, identité trouble entre maniérisme et machismo. Comme au Airwaves, il est accompagné de son DJ ultra grems qui envoie ses prod trappy en buvant de la vodka à la bouteille et en amorçant quelques routines voguing pétées avec ses bras d'albatros mal nourri. Mykki tient la scène, contrôle le déroulement des événements et le show débordera allègrement sur l'horaire pour finir en fête queer avec des tubes eurodance comme le Freed from Desire de Gala, en se foutant royalement de Karen Gwyer qui commence sur la petite scène. Mais l'Américaine ne se démonte pas et démarre timidement mais sûrement devant les quelques personnes présentes avec des plans rythmiques bien sentis pour se mettre dedans, avant de balancer les mélodies et de chauffer le public maintenant plus nombreux qui réagit avec enthousiasme à sa techno intelligente. Compositions exigeantes parfois dansantes et physiques mais avant tout mentales pour terminer la nuit avec ce qui sera clairement mon premier gros highlight du festival, bonheur.

Samedi après-midi, c'est fête à la plage avec les DJ-sets des Australiens Dreamtime, Sharky et DJ Biscuit et leur selecta qui alterne entre techno estivale et phases mongoles pour saucer les baigneurs alcoolisés - ça pue les vacances. Aujourd'hui, double dose de dancefloor avec la soirée techno du festival sur un court de tennis couvert, décor marrant mais pas idéal pour le son sous la grande verrière. Fairmont déroule avec sa classe habituelle et calera notamment une jolie reprise de Motas de Polvo de son pote Undo au milieu de son live deep et voluptueux. Ron Morelli enchaîne pour deux heures de guerre. Le mec ne prend pas de prisonniers, un babtou sensible avec le doigt bien ferme sur la gâchette de sa mitraillette techno, un putain de set intense de bonhomme aux goûts affutés. Laptops en rang d'oignon façon open space Google, DSCRD prend le relais. Visuellement, c'est pas top, et même si le kick est solide et que les roulements de claps sont peut-être mieux travaillés à cinq, je ne rentre pas dedans. La prochaine fois peut-être mais c'est pas gagné.

La journée du dimanche sera sans doute le point d'orgue du festival, confortant mon idée que les meilleures fêtes se passent souvent de jour et au soleil. Luke Abbott et Jack Wyllie présentent un live unique et inédit, fruit du baleaworkshop en résidence à l'auditorium Ravel de Saint-Jean-de-Luz. Synthé modulaire d'un côté et saxophone de l'autre, ils développent des mouvements ambiants cinématographiques aux motifs orientaux et pastoraux pour une méditation estivale à l'ombre des arbres. L'aussi discret que talentueux Mattheis lance véritablement la fête avec ses sonorités profondes et délicates qui ne sont pas sans rappeler l'école Border Community ou Beachcoma. Deuxième coup de coeur perso de l'édition, le jeune Hollandais envoie exactement ce qu'il faut sous le soleil. Pas le temps de se poser car les claques s'enchaînent. Syracuse fout le public en transe en plein cagnard avec son live terriblement dansant. Puissance analogique, hédonisme et crème solaire, on le savait déjà mais le duo enfonce le clou et prouve une fois de plus qu'il s'agit là d'un des groupes les plus intéressants de la scène parisienne - que dis-je, française. Red Axes passe derrière et tout de suite ça fait faiblard niveau son, la transition MS20/laptop ne pardonne pas. Les gars envoient un DJ-set cool mais somme toute anecdotique, avec un gros final digne de l'ambiance des pizzerias du sud-ouest, avec un petite touche Cape Cod bien flinguée, un délire de branleur mais au final on s'en fout, il fait beau. Le Moï Moï live band composé des différents membres et artistes de l'équipe clôture le festival avec sa réunion familiale tout en improvisations et téléscopages stylistiques osés et inventifs. C'est terminé mais on en veut déjà plus, on se revoit l'année prochaine. Milesker et musuak les gens.

Par Alex P.

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Photoshoot : Garorock 2014

Garorock 2014

Photo © Alexia Petitjean

Garorock, Marmande (47), du 27 au 29 juin 2014, par Alexia Petitjean

Malgré l’annonce d’un orage qui n’était pas sans rappeler le drame de Pukkelpop en 2011 et l’annulation forcée de la soirée du samedi, 65 000 festivaliers ont tout de même répondu présents pour cette 18ème édition. Parmi les têtes d’affiches, il y en avait pour tous les goûts, de Phoenix à Skrillex, en passant par Massive Attack, Franz Fernidand ou encore Shaka Ponk. Cependant Garorock a, cette année encore, fait la part belle aux découvertes parmi lesquelles on retiendra la prestation résolument garage des Américains de Parquets Courts, la puissance de The Marmozets ou encore Telegram, porte-drapeau du rock anglais.

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On y était : Sonar Festival 2014

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Photos © Hélène Peruzzaro

Sonar Festival 2014, du 12 au 15 juin 2014, par Alex P.

La fin du printemps et l’arrivée de l’été sont synonymes de fiesta et d’effervescence dans la cité catalane. On pense Primavera ok, mais l’événement majeur de la saison est sans nul doute le Sonar et le moins que l’on puisse dire, c’est que la grande messe ibérique de la musique électronique n’a pas failli à sa réputation : chaleur, soleil, prestations de haute voltige et atmosphère électrique. Le festival se déroule sur trois jours et trois nuits mais c’est sans compter le Off et ses fêtes qui s’enchaînent matin, midi et soir tout au long de la semaine aux quatre coins de la ville. En bons sportifs, on a décidé de se faire la totale et comme avec toute compétition de haut niveau, le physique est mis à rude épreuve mais si tu arrives à survivre dans la jungle du dancefloor, la récompense est au bout.

Après deux premières journées consacrées au tapas et à la playa, histoire d’avoir un peu moins des gueules de blanchots au milieu de cette foule au teint halé, on rentre dans le vif du sujet avec une première fête de journée au Monasterio, point culminant du Poble Español. Le cadre est magnifique au milieu des conifères et des feuillus avec une vue incroyable sur la ville en contrebas. Le sound system de free party est au top, tout est réuni pour que ça se passe à merveille ou presque. Presque, parce que comme la plupart des fêtes du Off, ce showcase Maeve est un gros truc de bourgeois, consos hors de prix et service d’ordre façon G8 à se demander si Obama ne va pas faire son apparition sur la piste de danse. L’autre truc frappant, c’est qu’on a l’impression d’être à un casting de mannequins, à croire que le paquet a été mis sur les petits culs et les beautiful people. Pendant le set de Baikal, les gens sont tellement timides que je commence presque à me demander ce que je fous dans ce plan semi-flingué, grosse erreur. Sur le coup j’ai oublié la règle de base : on ne force pas la teuf, c’est la teuf qui vient à toi, et à mesure que le public grossit, l’événement se retourne totalement sur lui-même. Le sosie de Vladimir Poutine et ses potes de la sécu sont dépassés, les gens ne sont plus aussi beaux, l’énergie est palpable. Matthew Johnson enchaîne avec une prestation live de house ultra rythmique aux sonorités baléariques, ça y est, on y est. Il terminera son set sur un mouvement plus deep et mélancolique avant de laisser la place à Mano Le Tough, qui va tabasser d’entrée avec de la bassline d’éléphant et alterner les moments aérés au bpm plus lent. Ça devient physique, un peu comme un bon Panorama Bar bien lourd du dimanche. Tale Of Us prend le relais et envoie un super live avant de terminer en back to back to back avec ses deux complices précités. Il est minuit, c’est passé super vite, mise en jambe parfaite et ça tombe bien puisque l’on enchaîne avec le Suruba showcase dans un club de plage de la Barceloneta. On vient surtout voir notre chouchou Fairmont programmé à 5h du mat mais en attendant, on se prend de la bonne grosse Miami Bass décérébrée à se croire dans une salle de sport pendant une séance de step sous amphètes. Et pour rajouter au côté débilo-fendard, c’est aussi l’occasion d’observer quelques beaux spécimens de la faune nocturne – spéciale dédicace à la grande Polonaise de deux mètres qui a proposé des choses que je n’avais encore jamais vues sur un dancefloor. Fairmont fait son apparition, il branche ses machines, on va pouvoir passer aux choses sérieuses. Et bien non, les lumières s’allument, tout le monde sort, il ne jouera pas et on ne saura jamais pourquoi. C’est pas faute d’avoir essayé de choper Jake pour essayer de capter ce qu’il venait de se passer mais il s’est évaporé aussi vite que la fin de la soirée. On profitera du lever de soleil sur la plage avant d’aller dormir quelques heures.

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Au réveil, on n’est pas super frais, mais c’est aujourd’hui que commence la sélection officielle du festival. J’abandonne donc les potes du Off (qui eux iront danser sur la plage avec Derrick May) pour aller au Fira Montjuic qui accueille le Sonar by day. L’espace est très agréable, la circulation entre les scènes est limpide et l’organisation impeccable. Après un tour au press bar, je déambule dans le hall consacré au Sonar +D, la sélection multimédia et technologie du festival qui mériterait un article à elle seule tant les différents projets exposés sont intéressants, entre circuit bending top niveau, prototypes d’instruments inédits, installation interactives, mapping et harpe lazer. Si les nouvelles technologies appliquées à l’industrie du spectacle t’intéressent, creuse le truc parce que c’est pour toi. En plus des différents stands, il y avait également tout un tas d’activités autour du +D, des workshops, des conférences, des performances, plein de trucs fascinants destinés à la génération 2.0. Désolé de n’évoquer la chose que brièvement mais je suis une feignasse et je suis déjà bien à la bourre sur mon papier donc si c’est ta came, vas-y, fais tes recherches, débrouille toi, tu ne seras pas déçu. Je continue ma balade et m’arrête quelques instants au Sonar Village et la grande scène extérieure sur laquelle est en train de jouer Machinedrum Vapor City. Je n’en retiens pas grand chose et pour cause, j’ai l’esprit ailleurs, Chris & Cosey ne vont pas tarder à jouer dans le SonarDome. Le couple légendaire de l’EBM ne déçoit pas tant la prestation est impeccable et la setlist bien ficelée, à la fois mentale et terriblement dansante. Les deux Anglais ne sont plus tout jeunes mais ils n’ont pas ramassé comme leur ancien collègue Genesis P. Orridge, tant physiquement que musicalement.

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Ça commence fort, le festival a à peine commencé que j’ai déjà reçu une bonne gifle, et ce n’est pas fini puisque je m’apprête à en recevoir une deuxième aussi sec. Sitôt les darons hors de scène, je file dans la salle de cinéma du SonarComplex pour le concert de Ben Frost. Le public s’installe confortablement dans les sièges et applaudit avec ferveur l’Australien expatrié en Islande lorsque celui-ci fait son apparition sur scène. Marque d’amour à laquelle l’intéressé répondra par un cinglant : « Keep it quiet, will you? » Ambiance. A croire que le côté froid et con de l’insulaire nordique a bien déteint sur le lascar. En même temps, ça cadre bien le truc et rappelle à tout le monde que l’on n’est pas là pour rigoler. Accompagné par les batteurs des Swans et de Liturgy, le mec est venu présenter l’émanation live de son dernier opus Aurora, pièce noise dantesque. Le son panoramique de la salle est pachydermique et super défini, je vis une expérience sonore et sensorielle intense calé au fond de mon siège. Les rythmiques tribales sont infernales, la polyrythmie est maîtrisée de manière martiale et suscite l’émerveillement en laissant palpiter la vie au milieu du chaos. Les envolées soniques passent le mur du son, de sensorielle l’expérience devient presque spirituelle, transcendantale. Le temps d’une petite heure je ne suis plus à Barcelone, je ne suis même plus sur terre, j’en ai oublié mon corps. Le dernier mouvement passé, il me faudra quelques minutes pour reprendre mes esprits et m’apercevoir que le journaliste ricain à la dégaine de frat boy installé à côté de moi ronfle comme un salaud, le mec a réussi à s’endormir, incroyable. Pour la peine, il se réveillera avec une bite dessinée au marqueur sur le biceps, il l’aura pas volé.

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Je retourne sur la scène extérieure pour l’événement de clôture de cette première journée : la performance live de Plastikman. Celui qui a transformé le son électronique d’une époque présente ici une adaptation de son spectacle Objekt donné au Guggenheim de New York en fin d’année dernière, installation massive articulée autour d’un immense monolithe/obélisque servant de support aux vidéos et autres projections lumineuses. L’expérience est réellement déroutante et impressionnante, Richie Hawtin continue à émerveiller avec ce son acid tout droit sorti des 90’s.

Retour sur les lieux le lendemain et je me prends FM Belfast en guise de comité d’accueil. Le truc avec ce groupe, c’est que la première fois que tu les vois c’est un peu marrant, mais à répétition ça tape salement sur le système leur histoire. Un truc à mi-chemin entre la fête à la saucisse de Vélizy et un groupe festif estampillé Solidays, ça suffit les clowneries. Direction le SonarHall, grand espace industriel travesti à grands coup de drapés de velours rouge en un truc entre le hall d’exposition et le vieux cinéma porno, sur l’écran duquel sont projetées les vidéos psyché et glitchées de Simian Mobile Disco, qui présente leur nouveau live, Whorl, exercice qui consiste à réinterpréter leur répertoire en remplaçant leur équipement habituel par un instrument chacun, synthé analogique d’un côté, séquenceur de l’autre. Montées en puissance autour d’arpégiateurs scintillants et de basses vrombissantes, progressions d’orgues synthétiques se terminant en vagues de drones, ce n’est pas ce qui se fait de plus original mais ça fonctionne bien, le public est en transe. Bon après, le public est tout le temps en transe en fait, on prend la fiesta au sérieux ici. Je pars jeter un œil aux Péruviens de Dengue Dengue Dengue dans le SonarDome et me prend une basse hyper lourde qui creuse un tunnel conçu pour faire bouger ton boule au ralenti tout en vibrant de la tête aux pieds, une sorte de dancehall sous kétamine, pas mal finalement, lorsque soudain tout part en vrille. Les cons balancent des ambiances mariachi et andines complètement débiles, c’est carnaval, et putain ça craint. Maintenant le public a apprécié, le côté caliente latino je suppose, les drogues aussi. Fallait sortir de cet enfer vite fait et trouver un moyen pour se laver les conduits auditifs. Je pars en direction de la salle de cinéma pour aller voir la performance électro expérimentale de l’artiste libanais Tarek Atoui qui, derrière sa table remplie d’instruments et de modules inventés par ses soins, va hypnotiser l’audience avec ses atmosphères rituelles cathartiques. En déclenchant ses séquences et en triturant ses effets à l’aide de capteurs, il place le geste au cœur du dispositif. Une prestation fine et touchante, les machines semblent être autonomes, méditation autour des interférences. Retour sur la grande scène et on continue dans le contraste avec Bonobo. Bon là les choses sont on ne peut plus claires, on sort l’artillerie lourde avec jusqu’à neuf musiciens sur scène, et c’est parti pour un gros live millimétré où rien ne dépasse, façon boulevard des hits. C’est pas tellement ma came mais la maîtrise du show est assez flippante. On ne sait pas s’il y a beaucoup de sincérité là-dedans mais ça dégage la puissance d’une machine à spectacle et finalement, tu viens aussi au Sonar pour voir quelques gros trucs. Mais ça va bien quelques minutes, retour dans le SonarHall pour Jon Hopkins et son live intense aux sonorités à la fois belles, hyper saturées et agressives. Dans l’éclairage écarlate du lieu, la foule ressemble à un tapis de braises rougeoyant sur lequel l’Anglais balance des sons à griller. BBQ du démon, mortel. Prise d’oxygène à l’extérieur avec le bon mix à papa de Theo Parrish pour se mettre bien puis place à la nuit.

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Malgré une programmation des plus alléchantes, je décide de squeezer la première soirée du Sonar by night pour rejoindre les potes au club The Apartment, situé à deux pas de la rambla, pour la soirée off Lost In A Moment du label techno allemand Innervisions. Au menu, Marcus Worgull, Âme et Dixon. Ces deux derniers étant fraîchement auréolés des distinctions de la part de Resident Advisor, le club est rempli au-delà de sa capacité. Résultat, quelques malaises, une chaleur étouffante et une lutte de tous les instants pour survivre sur le dancefloor, et bien sûr, de la house raffinée et intense jusqu’au petit matin.

Réveil difficile et retour au Sonar by day pour choper le spectacle du turntablist Kid Koala. Il fait 35°C et le mec est en costume koala à faire pâlir d’envie la communauté de furries ibériques, c’est à se demander comment il ne tombe pas dans les pommes. Pendant que la petite troupe de danseuses/hôtesses de l’air qui l’accompagne élabore ses routines, le Canadien revisite son répertoire en un medley géant sous forme de voyage dans l’histoire du hip-hop, du sample et du scratch.

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On s’arrête ensuite pour assister à la performance Machine Variation des canadiens Martin Messier et Nicolas Bernier. Déjà présents au Sonar 2010 avec leur installation La Chambre des Machines, les deux artistes manipulent ici une grande structure en bois. En actionnant des leviers, des ressorts et tout un tas de mécanismes, ils font émerger des compositions aux sonorités s’éloignant drastiquement des matériaux utilisés. Moment agréable, ludique et inventif entre expérimentation sonore et ingénierie.

On va ensuite mater Audion, nouveau projet radical de Matthew Dear avec son dispositif scénique constitué de volumes pyramidaux assemblés de sorte à créer une sphère au milieu de laquelle l’Américain prend place et qui sert de support à la vidéo. Surimpression de formes géométriques et de jeux de lumière qui ajoute au côté spectaculaire de ce son technoise tout en textures et rythmiques agressives.

Place ensuite à Who Made Who et leur électro-disco-pop sur-vitaminée. Les Danois, affublés de jolis petits ensembles assortis, envoient un show tout en puissance et même si leur musique n’est pas vraiment ce que je m’écoute chez moi, leur énergie et leur bonne humeur sont contagieuses. Et puis rien que de voir la collègue photographe à fond, c’était beau. On revoit le live de James Holden, ça fait trois fois en six mois maintenant, on ne va pas revenir dessus, mais tu t’en doutes, c’est toujours aussi génial.

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Le moment est ensuite venu de faire un tour au Despacio, histoire de voir ce que vaut cette « expérience club unique dont le public est le principal protagoniste » concoctée par James Murphy et 2ManyDjs (qui sont d’ailleurs derrière les platines pour faire danser les curieux) en collaboration avec McIntosh. La particularité de la chose consiste en une vingtaine de modules d’enceintes amplifiées disposées en cercle autour de la piste de danse de sorte à ce que le son soit absolument identique où que l’on se trouve. Un peu comme si tu dansais avec un casque mais sans casque, une autre idée de l’espace. On finira cette dernière journée de In par un bon set porno L.A. façon Boogie Nights dont DJ Harvey a le secret avant de nous rendre au Sonar By Night du côté de l’Hospitalet. On commence par la session souvenirs de jeunesse avec le live de Massive Attack. La prestation est XXL et leur répertoire est passé en revue donc on a forcément le droit à quelques moments grandioses - maintenant, le son des grands halls de gare n'a jamais trop été mon truc. On continue par une bonne session alcoolisée d'auto-tamponneuses devant Laurel Halo puis on enchaîne avec le DJ-set dansant de James Murphy. L'ambiance vire à la croisière s'amuse lorsque Chic accompagné du légendaire Nile Rodgers investit la scène et balance le répertoire du gratteux, compilation des tubes qu'il a pu écrire pour Bowie, Diana Ross, Madonna, Duran Duran ou encore INXS, qui fait l'effet d'un TOP 50 années 80 et qui te fait forcément penser à l'ancien habillage de Canal+.

Vient ensuite le moment fort de la nuit avec le back to back James Holden/Daphni. En ce moment on parle beaucoup (moi le premier) du Holden live, celui qui s'est affranchi du carcan du DJ-set et de sa mutation en musicien total et tout cela est vrai, sauf que là il a décidé de rappeler à tout le monde qu'il restait un DJ hors du commun. Son association avec Daphni est redoutable et le son est énorme. Les mouvements ultra rythmiques soutenus par des mélodies de basses abyssales se mêlent à des passages abstraits merveilleux puis plus stricts, un truc cérébral et animal à la fois. Une vraie purification cathartique parfaitement illustrée par le poto à côté de moi qui poussait des râles à la fois de plaisir et de renoncement les bras et la tête en direction des astres, sorte de colonne cosmique totalement flinguée. C'est flingué mais hyper beau, comme cet orage tropical qui éclate et qui te procure cette sensation si spéciale du cabrage sous la pluie et dans l'hystérie. Tiga clôturera sous le déluge et un levé de soleil apocalyptique, buenas noches cabrones.

Le réveil est de plus en plus difficile et les jambes de plus en plus raides mais on n'a pas le droit de craquer dans la dernière ligne droite. C'est le début de l'aprèm et on va dans la cour d'un hôtel boire des mojitos en bord de piscine au showcase off du label All Day I Dream fondé par Lee Burridge, DJ résident du Burning Man, qui va se faire plaisir jusqu'à minuit avec son pote Matthew DK à base de house orientalisante à quatre mains, bande-son idéale d'after prolongée. Dans un ultime effort d’acharnés, on ira se finir dans un club du centre-ville sur les sets de Marc Piñol et Hugo Capablanca et leurs sélectas rétro 80's. Je remarque tout de même que le gars Hugo ressemble à une version sous subutex de Patrick Eudeline et putain ça fait peur, c’est là que tu te dis que trop de fête ça peut être dangereux, heureusement que le Sonar ce n’est qu’une fois par an. Hasta luego Barcelona et gracias para todo.

Photoshoot Who Made Who


Photoshoot : Paris International Festival of Psychedelic Music 2014

PIFPM
Le tout premier Paris International Festival of Psychedelic Music s'est tenu à la Machine du Moulin Rouge et au Batofar du 4 au 6 juillet. Pendant trois jours, de 18h à 6h, la place a été donnée aux dérivés garage, psychédéliques et cosmiques du rock, du punk, mais aussi de la techno. Retour visuel sur les shows hypnotiques et transcendants de THE OSCILLATION, TOY, ZOMBIE ZOMBIE, etc. qui ont composé le deuxième jour du voyage. Par Clémence Bigel.

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Photoshoot : Unpleasant Meeting Festival à Ivry-sur-Seine

UPM 17 -® Clemence BIGELLe 1er mai 2014, jour de la Fête du Travail, a eu lieu au Soft d'Ivry, un squat à vocation culturelle et sociale, la 3e édition du UNPLEASANT MEETING FESTIVAL. Derrière ce nom, le seul Festival punk de l'Hexagone, organisé par ARAK ASSO, JOLI DESTROY et INSANE. A l'affiche jouaient, devant un public d'amateurs survoltés, les légendaires Cockney Rejects et Vice Squad, entre autres. Depuis la chaleur moite de la fosse, j'ai joué des coudes pour pouvoir saisir l'ambiance folle de la soirée, en voici les images. Par Clémence Bigel.