On y était : Sonar 2016

On y était : Sonar 2016, du 16 au 18 juin à Barcelone, en texte et en images

Les années passent et certaines choses ne changent pas, nous sommes mi-juin et je suis à Barcelone pour le Sonar.  Cette fois-ci en revanche, j'avais envie de faire les choses différemment, plutôt que de faire mon marathonien à essayer de voir tout ce qui passe et à enchaîner trois événements off par nuit j'ai pris le parti de me la jouer plus relax, de me concentrer simplement sur quelques trucs, de profiter des potes en vacances, de bouffer gras et d'aller dépenser mes thunes chez Discos Paradiso. Cette fois-ci je comptais rentrer avec des disques dans mes bagages plutôt qu'avec un sévère cas de tremblotte et des cernes dignes des corpse paint les plus trüe. Je me suis également débrouillé pour prendre mes billets d'avion n'importe comment et arriver après la master class de Brian Eno et les concerts de Lady Leshurr et de King Midas Sound + Fennesz, histoire d'alléger mon planning un peu plus et de passer à côté de trucs qui m'intéressaient beaucoup.

Au lieu de ça, à mon arrivée, je tombe sur The Black Madonna du côté de la grande scène extérieure. L'Américaine est une régulière du Panorama Bar mais elle est surtout la DJ résidente et la directrice artistique du Smart Bar à Chicago, ce qui n'est pas rien quand on connaît l'histoire du lieu. Les premiers sons sur la playlist sont très feria, plutôt grossiers, et j'ai bien l'impression qu'on est partis pour assister à quelque chose de bien moche avant qu'elle ne se décide à envoyer des morceaux plus early house pour une ambiance sonore style amour entre hommes et multi-ethnicité façon Paradise Garage ou Warehouse, ce qui est de bien meilleur goût et fonctionne tout autant auprès des mongols dans une fête en plein soleil.

Je bouge de scène et me cale pour le live de Insanlar, projet live du DJ et producteur turc Baris K et du compositeur Cem Yildiz au saz et au chant. Les deux complices sont accompagnés sur scène par différents collaborateurs, aujourd'hui un batteur et un percussionniste. Le groupe fait doucement monter des constructions rythmiques lentes et hypnotiques sur un fond de drones, comme en apesanteur dans un liquide amniotique avant de laisser pénétrer des éléments de musique folklorique ottomane et des accents rock pour accoucher d'une énergie smooth mais implacable et surtout terriblement contagieuse. Les nappes de synthés se mêlent aux phrases de saz et la litanie de cette voix noyée d'écho est ponctuée par les attaques de toms ou de darbouka. Malgré mes nombreux loupés de la journée j'aurai quand même découvert un live intéressant, finalement c'est un peu ça le Sonar, il a toujours quelque chose à apprécier même lorsque l'on passe à côté de ses cibles initiales.

© Sonar
© Sonar

Il est ensuite temps de bouger dans une galerie à l'extérieur du Sonar où se tient une sauterie sponsorisée par Ableton histoire de s'enfiler des bières gratos. Une DJ au style très health goth enchaîne les saucisses techno allemandes pendant que la marque préférée des amateurs de MAO présente en display sa dernière gamme de contrôleurs (sûrement une grosse banane). Mais ce soir c'est soirée déconne donc on part se terminer au showcase L.I.E.S. dans cet horrible lieu qui pourrait aisément faire figure de cercle de l'enfer dans l'œuvre de Dante : le Razzmatazz.

Par chance on évite les grandes salles remplies d'étudiants Erasmus pour se retrouver au Lolita, la plus petite scène de cet hypermarché de la nuit. L'ami 45 ACP envoie un set dark et sérieux, ça tape où ça faut même si je dois admettre que j'ai plus un faible pour ce qu'il fait sous D.K., son autre alter ego, mais bon les deux entités sont bien trop différentes pour être comparables. Ron Morelli et Low Jack enchaînent en b2b et le but semble clair : envoyer de la violence façon Panzer Division. Faut dire que ça colle pas mal à l'atmosphère essentiellement masculine matinée de sportswear qui règne ici, une lumière néon et je me sentais presque comme dans la salle de sport en face de chez moi. Le reste de la soirée ressemblera à une fin de soirée classique au Razzmatazz, à savoir une course d'orientation dans la fange humaine. Quand on sort de là on se sent un peu comme le personnage de Tim Robbins dans cette scène de The Shawshank Redemption où il retrouve l'air libre après avoir rampé dans un tunnel rempli d'excréments.

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Le lendemain on est fatalement un peu sale et le live d'Ata Kak tombe à point nommé pour se décrasser. En plein soleil, le jeune Ghanéen de cinquante piges va rééditer sa superbe performance de la Villette Sonique toujours accompagné de son backing band de feu et de sa joie communicatrice.

On enchaîne très brièvement avec le sound system de Congo Natty qui a dû faire vibrer tous les adeptes du carnaval de Notting Hill parmi lesquels beaucoup ont dû oublier de voter "stay" (on vous a vu les Anglais, sous prods et bière avec des coups de soleil en guise de t-shirts), avant de patienter sagement devant la scène du SonarDôme pour LE truc que je voulais voir par dessus tout : le live de Timeline, dernière incarnation scénique du mythique collectif de Detroit, Underground Resistance.

Après une introduction par un Monsieur Loyal estampillé UR qui aura fait l'effort de s'adresser à la foule en espagnol, "Mad" Mike Banks, fondateur et figure de proue de l'équipe, prend le contrôle des opérations derrière ses synthés et ses séquenceurs, sac à dos sur les épaules, casquette bien vissée sur la tête, comme un putain de pilote d'hélicoptère. A ses côtés le DJ/producteur Mark Flash assure la section rythmique à base de loops sur platines et de percus tandis que Jon Dixon de Galaxy 2 Galaxy aux claviers et De'Sean Jones au saxophone sont font plaisir sur les thèmes et les improvisations mélodiques.

Pendant plus d'une heure les quatre bonhommes vont nous faire voyager dans l'univers musical de la Motor City, du jazz à la house en passant par des clins d'oeil Motown et des mouvements purement techno, l'expérience est intense, jouissive. Plus qu'un simple état des lieux ou un medley bien senti, leur performance repousse les définitions de la musique noire moderne, une musique encrée dans une histoire riche, mais plutôt que de porter un regard nostalgique sur un illustre passé, Underground Resistance fixe le futur droit dans les yeux et transcende les genres pour finalement faire éclater les chapelles musicales et emmener l'auditeur dans cette énergie hors du commun. Je retiendrai également ce moment magique où Jon Dixon a quitté ses workstations pour venir au devant de la scène et se lancer dans un question/réponse keytar/saxo épique avec le gars De'Sean pendant que Flash maltraitait son pad de percus comme un joueur de djembé énervé et que Banks alternait leads free et motifs kraftwerkiens.

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Après cette immense claque je passe devant le live de Santigold comme une somnambule et je quitte la site du Sonar pour rejoindre les potos dans un événement off en bord de plage avec au menu Marcellus Pittmann et notre chouchou de chez Rush Hour, Hunee. Au Sonar on rencontre toujours des gens qui ne jurent que par le off, alors OK, observer une faune décomplexée par la prise massive de drogues dans des lieux qui sortent plus ou moins de l'ordinaire peut avoir un côté sociologiquement intéressant voire carrément amusant mais le truc à savoir, c'est que ces mêmes gens n'ont jamais mis les pieds au Sonar "in". En fait le clivage est assez simple, le in pour écouter de la musique et le off pour se cramer le cerveau comme un débile. Ça peut paraître un peu simpliste et radical comme distinction mais c'est frappant tant on peut constater à quel point la plupart de DJ sur les événements off ne se prennent pas la tête dans ce qu'ils proposent, à savoir des tracks de teuf bien flingués sur un fond de tech house pour jeunes fatigants et fatigués. Cerise sur le gâteau Hunee ne jouera même pas, la faute à un vol annulé en provenance d'Italie.

A ce moment là je me dis que j'aurais sûrement dû aller voir Jean-Michel Jarre histoire d'en dire quelque chose ici mais finalement non. JMJ est l'un de mes premiers gros souvenirs de concert, en 90 à la défense, sur les épaules de mon père, je me souviens de la foule et des rayons laser, peut-être qu'inconsciemment je ne voulais pas altérer ce souvenir d'enfant de sept ans et puis surtout qu'est-ce qu'on en a à foutre de Jean-Michel en 2016 sérieux ? Finalement on va au DJ set de Lena Willikens dans le bar d'un hôtel chic pour boire un mojito et boucler cette journée.

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Dernier jour du Sonar by day avec en guise d'intro le concert de BadBadNotGood, les canadiens connus pour avoir collaboré avec pas mal de noms du hip-hop comme Ghostface Killah, Danny Brown ou la clique Odd Future. Pour faire court, je me suis profondément ennuyé devant leur pseudo jazz de blancs sortis du conservatoire. C'est lisse et sans relief, c'est faussement détendu, c'est du jazz de blancs. Je pars ensuite voir ce que donne Yung Lean sur scène. Entre nous, j'y allais uniquement pour mesurer le degré de flingage de l'affaire tant le rappeur YouTube suédois de dix-neuf ans ne m'a jamais rien inspiré de bon et je n'ai pas été déçu. Par son public d'abord constitué majoritairement de gamins de seize à dix-huit ans entre looks kawaï, joggings fluo et regards tristes d'emo kids, puis par son bordel à la croisée des chemins entre un son trap, des gimmicks pop, des auto-tunes et une capacité vocale digne d'un chaton qui s'imagine en roi de la jungle, le tout devant des projections de manga. Faut bien que les jeunes s'adaptent on est d'accord, mais le mélange rap/manga/carte 12-25 est à la musique ce que le Danao est à la boisson, y avait qu'un connard pour imaginer l'association du lait et du jus de fruit.

En déambulant je tombe ensuite sur le set bien cool de Sassy J la DJ helvète qui a fait des sorties chez Trilogy Tapes puis sur la prestation de Lafawndah, parisienne d'origine irano-egyptienne expatriée à New York que je ne connaissais pas du tout et qui m'a fait une très belle impression avec sa grosse présence scénique, sa voix puissante et sa singularité. Sa musique est un mélange particulier de sonorités orientales, de rythmiques tribales et de R'n'B mâtiné d'accents grime, électro voire parfois carrément club, que certains qualifient de "ritual club music". Pas nécessairement ce que je m'écouterais chez moi spontanément mais une belle découverte scénique tant la pote de Kelela (qu'on a également vu mais dont j'ai oublié de vous parler, mais les deux ont un truc assez proche) transpire l'honnêteté et l'originalité.

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Le lendemain on clôt les hostilités avec un nouveau DJ set de 45 ACP dans un club plutôt mignon situé dans le Poble Espanyol. La suite sera nettement moins intéressante avec notamment Bambounou et sa tech house aussi prévisible qu'un tacle en retard de Di Meco. Si vous ne connaissez pas le garçon je vous encourage vivement à regarder ce petit bijou audiovisuel situé tout en haut de l'échelle du gênant avec la meilleure tchatche qu'il vous sera donnée d'entendre sur le sujet ô combien sensible du chauffage central. Je pourrai certainement vous balancer d'autres anecdotes débiles mais on va s'arrêter là pour cette fois et encore merci au Sonar qui m'a permis de faire des découvertes intéressantes même si sur le papier cette programmation 2016 était plus légère que celles des années précédentes (sauf pour les gros nostalgiques des années 90 tant il y avait de quoi faire à ce niveau là).

A la proxima chicas y chicos.

Photoshoot

par Hélène Peruzzaro


Battles à la Cigale le 25 mars 2016

Battles revenait dispenser ses liquides sommations à la Cigale, fin mars dernier : après une date vacillante à la Villette Sonique, l’année dernière, le trio revenait cette fois-ci à Paris, assuré d’un nouvel album sorti il y a quelques mois sur Warp, La Di Da Di.

Crédit photos: Cédric Oberlin

La première chose qui frappe lorsque l’on voit Battles sur scène, c’est que Ian Williams ressemble de plus en plus à Jim Carrey. Clairement. Sans mentir. Il y a quelque chose. Il verse régulièrement dans la grimace, la plupart des riffs qu’il joue affichent une bouche tordue, des sourcils relevés, une langue qui se déploie. Ses pas de danse sont chaloupés, mollassons, collent au maximum les sonorités qui s’extraient de sa guitare, parfaitement extra-terrestre. C’est criant, sur scène, amplifie à l’extrême cet effet d’énorme et globale boule de chewing-gum à l’écoute de la musique de Battles. Bien sûr, cette vision des choses s’inscrit dans la parfaite continuité de l’identité visuelle du groupe, mais la musique des trois Américains est par elle-même intensément colorée, élastique et malléable. Très enfantine, finalement, comme la nouvelle obsession d’un gamin qui découvrirait un nouveau jouet, une nouvelle façon de canaliser son attention, qui l’obligerait à retirer le maximum de cette situation par une série d’opérations précises et minutieusement misent en action.

© Cédric Oberlin
© Cédric Oberlin

C’est-à-dire que la musique de Battles se traduit de façon assez riche par le comportement de ses membres sur scène : Williams – le gosse et facétieux –, Stanier – le puissant et déterminé – et Konopka – le sobre et appliqué. Toute cette équation se retrouve doctement compilée dans ce que donne la musique du groupe. L’attitude de Stanier prend d’ailleurs le contre-pied de celle de Williams : humainement besogneux derrière son kit - la mine est particulièrement sévère et contractée lorsqu’il essaye d’atteindre cette cymbale haut-placée – il frappe durement ses toms comme au premier jour, lorsqu’il terrorisait les foules chez Helmet. Plus qu’accompagner les divagations de ses deux collègues, il les maîtrise, les assujettit, puis leur montre le chemin. Stanier insuffle une telle dynamique au groupe – solide, impérieuse, essentielle – qu’il dirige robustement la musique du trio et l’enferme dans une espèce de marche forcée donnant au groupe cet aspect si particulier. Konopka, lui, est en arrière, plus discret. Il gère obscurément ses boucles de manière studieuse, assurant une base certaine et tranquille sur laquelle Stanier et Williams peuvent aisément s’embarquer.

© Cédric Oberlin
© Cédric Oberlin

Battles peut alors soit amuser ou fasciner, soit carrément repousser, mais difficilement laisser indifférent, tant ce mélange peut parfois sembler instable, risqué, voir carrément hors de propos ; particulièrement lorsque les couches et boucles s’accumulent jusqu’à provoquer une lourde indigestion, lorsque les sons de synthé s’encroûtent sans peine dans le pire du ridicule ou que les morceaux s’étirent en longueur comme d’interminables suites d’impuissance. Mais à son meilleur, Battles parvient à des cimes quasiment naturelles, d’une évidence assez lumineuse et d’une redoutable efficacité. C’est cette ambivalence qui capte dans ce groupe, cette façon qu’ils ont d’associer le pire et le meilleur, le hors-sujet comme le judicieux dans un univers à l’imagerie profondément travaillée.

© Cédric Oberlin
© Cédric Oberlin

Quoi qu’il en soit, le trio, ce soir, à la Cigale, aura opté pour l’efficacité : mieux calibrés qu’à la Villette Sonique, le Américains auront habilement déroulé leur art, avec quatre morceaux du petit dernier à la clé, les quasi-classiques Atlas, Futura et Ice Cream en point d’orgue, et deux titres issus des premiers EPs, comme pour mieux souligner le chemin parcouru par le groupe depuis maintenant plus d’une dizaine d’années.

Setlist

01.       Dot Net
02.       Ice Cream
03.       FF Bada
04.       Futura
05.       Hi/Lo
06.       Atlas
07.       Summer Simmer
08.       B + T
09.       The Yabba


On y était : Teen Daze et Teknomom à Mains d'Oeuvres

Teen Daze et Teknomon, Mains d’œuvres, Saint-Ouen, le 31 janvier 2016

Seconde soirée de concerts pour Mains d’Œuvres depuis la reprise de la programmation: la salle accueillait en son sein le sympathique Jamison, plus connu sous l’alias Teen Daze, dans le but certain de sereinement auréoler le dimanche soir d’une pleine couronne de sérénité. Au-delà de ces niaises et basses considérations, le Canadien venait prioritairement présenter son dernier album, Morning World, épaulé pour la première partie du duo parisien de Teknomom, affilié à la sémillante famille du Turc Mécanique.

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All images © François-Marc Loze

Il faut l’avouer : la musique de Teen Daze est belle. Elle s’allonge et s’enroule autour de la conscience, la prend à part pour la soulager, pour lui dicter une réalité parallèle. Une vision des choses passablement engourdie qui se repose paisiblement sur le mol édredon de la rêverie : cela s’agite comme les ondes un peu brumeuses de l’esprit, lorsque l’on ferme les yeux, que l’on se concentre, que l’on visualise cet horizon bourdonnant, chaleureux, un brin vert d’eau, qui s’écoule tranquillement comme un flot de saines pensées. On se perd assez facilement à travers cette atmosphère éthérée, un peu chancelante mais toujours juste, dirigée par une ample rythmique, peut-être à la façon d’un élégant personnage qui s’élance d’un pas large et léger à la fois.

La première partie du concert lorgne vers les morceaux les plus doucereux du Canadien, conversant régulièrement avec son micro, jusqu’à ce que celui-ci se hisse lentement vers la partie la plus élevée de sa setlist, renforce la rythmique et durcisse l’intensité sur les quelques derniers titres. Étrange ambiance pour un dimanche soir, qui ne se prête pas nécessairement à cette débauche d’énergie, que l’on verrait plus à propos en club passé minuit, mais qui ici interpelle – pas de façon négative, au contraire, car donnant un effet intriguant au décalage, presque tendre, assez caressant. Les vapeurs soufflées par le synthétiseur résonnent alors comme une suite de couleurs se déployant dans l’intégralité de la salle avec la force d’une exclamation. Le Canadien aura joué une méthodique sélection de sa florissante production, puisqu’il compte pas loin de six albums, pour pas moins du double d’EP. Parfait concert du natif de Vancouver.

Il fallait voir Teknomom, en première partie. Teknomom joue une musique plus ou moins lente, se hissant progressivement et durement vers d’inatteignables sommets : c’est assez plaisant d’entendre ces longues plages s’étirer et prendre leur temps. Disons que c’est assez solennel, que cela se présente de manière presque cérémoniale : les mélodies s’interprètent comme une personnalité voilée, parfois froide, souvent distante. Quelque chose de taiseux, assez sombre et discret, presque ample et majestueux dans son minimalisme. J’apprécie la façon dont cette musique se déploie de manière sobre et parcimonieuse, le détail lourd de conséquence et l’émotion camouflée par une sourde tension, une indicible volonté d’agir, certainement troublée par les méandres d’un esprit retors, prêt à accomplir le mal, prêt à semer les germes du vice sur le chemin tout tracé par sa destinée.

Disons que ces gars-là, c’est du sérieux. On a à faire, à travers cette musique, à quelqu’un qui ne se dévoile que peu, découvrant ses pensées à travers une paire d’idées murmurées, presque glissées comme on indiquerait par énigme la juste voie, le droit chemin, la véritable route vers l’infini. La musique de Teknomom se développe en effet comme un charme, très langoureusement, presque sensuellement, de manière autrement subtile, apparaissant à la fois vive et secrète comme un mystère. Le duo aura laissé s’exposer quatre mouvements d’une dizaine de minutes chacun avec, à chaque reprise, une ineffable propension à se diriger tel le fatal serpent vers les sombres et obscures cavernes de la menace. Fameux concert des deux parisiens, nous pouvons le dire.

Photos © François-Marc Loze

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Setlist TEEN DAZE

01.Narrow Road, Too Deep
02.Along
03.New Life
04. Waves
05. It Start at the Water
06. Shine on You, Crazy White Cap
07. Another Night
08. Homesick
09. Carmel
10. Sunset Theme
11. Divided Loyalties
12. Célébrer


Photoshoot : The Underground Youth au Point Ephémère

The Underground Youth, c'était le 3 novembre dernier au Point Ephémère, encore une fois grâce à Dead Boy et cette fois-ci avec les français de Biche et Future en première partie du groupe psych wave de Manchester. Une belle claque, nette et froide, qui nous laisse hypnotisés au fil des chansons principalement tirées de Sadovaya (2010) et Delirium (2011), depuis Lost Recording qui ouvre le set jusqu'au zenith porté par Rules of Attraction pendant laquelle le groupe descend au milieu du public partager sa transe... Retour en images.

Photos © Clémence Bigel


On y était : Acid Mothers Temple à Petit Bain

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Photo © Yoan-Loïc Faure

On y était - Acid Mothers Temple et Noyades, le 6 novembre 2015, Petit Bain, Paris

Je me préparais à quitter le pont pour une étrange croisière dans les méandres de la psyché et larguais les amarres pour voguer en direction des eaux territoriales. Je ratais ce soir là le prêche occulte de Sphaeros et arrivais juste à temps pour le concert de Noyades

« Noyades » à « Petit Bain », tout un programme marin ! Tel est le nom du trio lyonnais qui a performé avant l'arrivée des Acid Mother's Temple. Outre l'époilante association, que je ne manque pas de souligner lourdement, le choix de programmation était très opportun. Je les voyais pour la deuxième fois dériver sur le fleuve de la sainteté, après une première apparition remarquée, quelques semaines auparavant, en première partie de Cosmic Dead dans une péniche avoisinante. Sans doute étaient-ils galvanisés par l'enjeu de taille qui les attendait, celui d'officier avant les mythiques japonais, car ils se sont magistralement imposés. L'union fait la trinité et nos trois larrons se sont sublimés. Sans aucun doute fallait-il souligner ce soir là une drôle de particularité : le son émis par la basse de Vince, sosie interlope de Lucky Dube, était particulièrement audible. Les riffs de guitare avaient beau s'en donner à cœur joie nous n'en discernions pas moins la ligne de basse mélodique qui rivalisait sans peine jusqu'à finir par triompher à certains moments. On aurait pu ainsi arguer un défaut de sonorisation mais sous cet apparent équilibre imparfait et ce changement de paradigme, l'harmonie était respectée et nous suivions du regard les prouesses digitales respectives de nos deux guitare héros. Leurs sveltes et longilignes silhouettes se mouvaient d'une manière affolante et je manquais de défaillir à la vue du grand écart (approximant les 170°) initié par le crane bassiste. Leurs chevelures ondoyaient perpétuellement vers l'avant, obstruant la face de ... de nos protagonistes pour un effet shoegazing en bande organisée. C'était finalement pour Jessie que mon cœur battait, qui, reclus dans sa tranchée nous canardait inlassablement, faisant monter graduellement l'intensité et la fréquence des détonations. Le lancement dans la foule d'une bouée de sauvetage a clôturé le set de Noyades. Un peu à l'image du désespérant bouquet lancé à une célibataire esseulée, la capture de cette bouée m'aurait sans doute servi à me jeter dans la seine en cas d'accès de folie intempestif causé par une idylle déçue avec quelque ascète japonais… Il n'en a rien été. La folie a été malheureusement maîtrisée et tout s'est parfaitement déroulé.

Les Acid Motherfucking Temple dont ensuite entrés en scène. Je partageais quelque peu le sentiment de Lamerville40 sur son post YouTube figurant au bas du clip de Pink Lady Lemonade, titre issu de Devil's Triangle joué en toute fin de set et tout simplement éblouissant, indiquant que rien ne permettait de mieux apprécier cette musique aux contours indistincts que dans les conditions du réel. C'est surtout au travers de la performance que la magie s'opère, laissant libre cours à l'improvisation créatrice et initiatrice. Les effets et réactions sont imprévisibles à l'image de leurs orientations musicales passant du prog, au stoner aux ballades éthérées pour finir dans un chaos bruitiste constitué d'une armada de fuzzs spatiaux aux constantes interférences.

Higashi Hiroshi, le preux chevalier électronique, à la chevelure d'une blancheur irradiante, se laissait doucement bercer les yeux fermés par les ondes soniques surpuissantes émanant de son clavier. Sa noble expression touchait au sublime et j'admirais cet homme qui de sa reine indifférence suscitait des émotions contrastées, entre amour et crainte partagés. Tababa Mitsuru (Zeni Geva, Boredoms) penchait quant à lui du côté dyonisiaque et visait de par son accoutrement, ses mimiques et son chant à célébrer l'hubris sous tous ses aspects. La théâtralité prévalait, mais il s'agissait d'une théâtralité naturelle sans profusion d'effets, et chacun des membres incarnait un rôle spécifique propre à la résolution du drame psychédélique. Il ne manquait plus que les Mugen nô, des apparitions fantomatiques, qui dans la tradition théâtrale japonaise représentent démons et divinités. Pour finir, Makoto Kawabata levait sa guitare au ciel pour envoyer des riffs à la terre et les faire voltiger au dessus de nos têtes. Sa guitare encore frémissante a ensuite été suspendue en équilibre instable sur une corde et oscillait dangereusement telle une épée de Damoclès prête à s'abattre sur nous.

Pourtant, malgré la recherche de sensations et la démence de leur son, les musiciens ne perdaient jamais la raison. C'était ce paradoxe qui était plaisant, à l'image d'un groupe qui ferait scéniquement l'apologie de la folie sans pour autant y avoir un jour succombé. A cela pourrait-on avancer: comment l'incarner quand on ignore ses effets? Faut-il avoir vécu? Faut-il avoir aimé? Bah, ce sont des japonais! Même sobres et bien élevés, ils n'en restent pas moins incroyablement barrés (ça c'est de l'analyse poussée!). Les émotions entraient en collision et nous passions de l'émotion à l'hilarité tout au long de la soirée. Leur interprétation de Pink Lady Lemonade, en fin de set, a constitué une des plus belles performances à laquelle il m'ait été donné d'assister.

Sur Benzaiten (Acid Mothers Temple & The Melting Paraiso U.F.O) je les écoutais manier cette langue inconnue, à l'intonation martiale et au rythme saccadé, quand, tout à coup ils se sont mis à parler en anglais: Ce qui, à première vue, pouvait sonner comme un prêche chamanique, n'était en réalité qu'une intervention fortuite faisant la promotion de leur merch. Quelle n'était pas notre soulagement! Aucune parole satanique n'était proférée, aucun message politique ne nous parvenait, juste la simple et juste réalité économique d'un groupe en proie aux contingences mercantiles. Cet intermède était finalement à l'image de cette excitante prestation : un spectacle tragi-comique joué par de prodigieux acteurs maniant l'art de la démesure et de l'ubiquité."


On y était : Festival ERA

On y était : 4/25 juillet 2015, MASÍA CAN GASCONS

Il y a quelques semaines la team Hartzine débarquait au fin fond de la campagne catalane afin de découvrir le Festival ERA, soit le Festival Rural de Musica Alternativa i Electronica. A quelques kilomètres de Girona, ce petit festival propose un évènement à taille humaine, privilégiant la qualité à la quantité en mêlant têtes d’affiches internationales (Gold PandaThe Antlers) et groupes issus de la scène locale (DeloreanJupiter LionEl Ultimo Vecino).

Pour cette troisième édition, le festival se partageait sur deux jours, avec une pool party électronique ambiancée notamment par Ricardo Tobar, Marc Piñol, Undo et le le festival "boutique" avec concerts, lives électroniques et djsets.

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Arrivé sur les lieux à 14h pour la pool party, Abu Sou du crew Discos Paradiso (disquaire emblématique de Barcelone) déroule un set balearico disco impeccable, parfait pour découvrir le lieu et chiller. Imaginez une maison de maître avec piscine perdue au milieu des champs, quelques tireuses à bière, un photomaton, un terrain de volley, quelques petits stands de créateurs et fringues vintage et au fond un berger et ses brebis. Cadre idyllique, l'ambiance est décontractée, les festivaliers se posent tranquillement dans l'herbe, on prend le soleil tout en sirotant une petite Moritz. La jauge limitée à 500 personnes, permet de jouir pleinement du lieu, "on est bien Tintin" comme dirait l'autre. Côté musique, la transition devient un peu plus putassière avec deux jeunes DJ, Optmst et Vallès (venant respectivement de Barcelone et Ibiza) qui balancent de la house un peu bitch - pour le coup ça colle moyennement à nos oreilles, on en profite donc pour se caler quelques shots de Jägermeister offerts gracieusement par des promoteurs vêtus de combis latex noir et orange, ça fait un peu mal aux yeux et à la tête. On rentre ensuite sérieusement dans le vif du sujet avec Marc Piñol. Habitué aux sets impeccables, celui ci ne fera pas exception à la règle. Le catalan, journaliste et DJ depuis la fin des 90's, cajole nos oreilles avec son set electro/disco sexy à souhait un peu darkos sur les bords. Les gens commencent à être un peu imbibés, ça se trémousse et ça se roule des pelles dans la piscine. Le live de l'ami Ricardo Tobar ne sera finalement qu'un DJ set pour cause de souci technique, on est un peu déçus de ne pas découvrir le nouveau set qu'il a confectionné pour la sortie de son dernier LP Collection mais son DJ set à la techno psyché/chamanique oscillant entre sonorités aériennes et rugueuses est implacable. La foule danse et les gens font bien plus que s'embrasser dans la piscine. Le festival se clôture avec Undo, dont on a gardé un mauvais souvenir depuis l'an dernier et son set au festival MiRA où il avait choisi de nous faire saigner les oreilles avec sa techno d'autoroute. Cette fois-ci ce ne sera pas le cas, belle transition avec Ricardo, son set équilibré et nuancé tout en étant rentre-dedans quand il le faut sera parfait pour terminer cette pool party.

Il est deux heures du matin, c'est fini. Les festivaliers retournent à la ville grâce aux navettes de bus mises à leur disposition. Tout le monde est heureux, ça chante, ça danse et la fête continue pendant l'heure de trajet qui ramène tout ce petit monde Plaza de España à Barcelona.

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Deuxième volet de la saga ERA, le festival "boutique" se déroule une dizaine de jours plus tard. Cette deuxième journée est plus orientée musique indé avec des lives rock, des lives électroniques et des DJ sets. Cette fois-ci le festival se déroulera sur la totalité du domaine de Can Gascons, deux scènes sont montées pour l'occasion, le coin buvettes/sandwich est beaucoup large et la jauge est étendue à 2000 personnes. On part donc sur les coups de 16h avec la superbe navette de bus, notre chauffeur a la pêche il double les camions sur l'autoroute d'une main tout en mangeant des cacahuètes, on est rassuré.  A peine arrivé, quelques minutes plus tard commence le premier concert, El Ultimo Vecino, groupe synth-pop de Barcelone emmené par Gerard Alegre Dòria. Début timide, pas évident d'ouvrir un festival à 18h, mais le groupe se met à l'aise au fur et à mesure et la foule commence à danser sur cette synth-pop aux guitares cristallines. On part ensuite découvrir le "coin VIP" situé au bord de la piscine, la tireuse à bière en libre service nous fait de l'œil. On décide de se caler là un petit moment, et on retrouve Marc et Carles de l'orga, dans le speed mais toujours dispos et souriants.

Quelques bières plus tard, El Ultimo Vecino nous rejoint et on décide de taper la discussion (cf. plus bas), assez dur envers eux-mêmes, tendance à l'auto-flagellation, on essaie de les rassurer sur la qualité du concert qu'ils nous ont donné une heure plus tôt. Pas facile de laisser notre amie la tireuse à bière, mais on décide d'aller faire un petit tour sur la seconde scène, Lili's House et son combo pop/folk/ukulélé plein de clichés aura raison de nous, on reste cinq minutes pas plus et on repart se lover près de notre tireuse à bière préférée. On y croise Ekhi de Delorean, disparu des radars depuis un petit moment, ils ont sorti deux titres quelques jours plutôt, dont Crystal - titre au mood Hot Chipien. Bien sympatoche, les basques installés à Barcelona, sont ravis de reprendre la route des concerts et des festivals mais nous livrent quand même leur difficulté à finaliser leur album studio (conversation dans son intégralité plus bas). Nous laissons les basques et la tireuse à bières pour aller voir ce qui se passe sur la petite scène. Bel Bee Bee y joue une pop chaude et mélodieuse. Le duo guitare-synthé nous scotche par sa présence, et il n'y a pas que nous, le public est captivé. Très belle surprise que ce concert de Bel Bee Bee ! On retrouve ensuite les américains de The Antlers, live sans surprise mais impeccable - très pro, ça manque un peu de spontanéité mais on ne leur en veut pas.

On enchaîne ensuite avec Delorean, live puissant - c'est simple t'as pas le temps de prendre une montée - c'est un climax de 50 minutes. Grosse claque dès le début du show - énergie et intensité, le public est fou et saute partout - on ressortira de ce concert totalement rincé. On en profite donc pour retrouver notre tireuse à bière et on tente d'essayer de se nourrir. Manque de bol la majorité du public a décidé au même moment de se sustenter. Queue interminable pour choper des sandwiches, notre patience légendaire nous fait jeter l'éponge très vite et on décide de se nourrir de houblon.  Pleine lune au dessus de la scène où se produit Jupiter Lion, trio de Valence signé sur le label barcelonais BCore disc. Rock tendance kraut, aux rythmes hypnotiques, on est bien captivés ça nous fait presque oublier le vent un peu frisquet qui vient de se lever. Petite pause au coin VIP pour essayer de se réchauffer et prendre des forces. La pause se transformera pour moi en un vrai KO et gros dodo sur un des canapés au chaud... Je manque donc les lives de Gold Panda et Sau Poler. Beaucoup de regrets d'avoir loupé le concert de Sau Poler, dont le dernier maxi Paradoxes of Progress sorti l'année dernière avait éveillé ma curiosité. On essaiera de se rattraper dans les mois qui viennent, pour capter le catalan dans une interview.

Mon acolyte "chaton-patou" vient me réveiller quelques heures plus tard pour capter la navette de retour vers Barcelona. Malgré le gros coup de mou de fin de festival, on garde de très bons souvenirs. Tout comme son penchant basque Baleapop, le festival Era va devenir un rendez-vous régulier pour la team Hartzine.

Interviews

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Voici quelques conversations de El Ultimo Vecino, Delorean et Bel Bee Bee captées lors de nos pauses tireuses à bières au coin VIP. Nous en voulez-pas, "c'est un peu décousu mais moi je vous retranscris ça pèle-mêle" - la faute au houblon.

El Ultimo Vecino

"J'ai commencé à la maison à écrire des chansons. J'avais fait d'autres disques plus éclectiques ou bizarres - pas facile à écouter. Pas vraiment expérimental mais pas non plus vraiment facile d'accès. J'ai alors décidé de faire un disque avec un son qui se rapprochait plus de ce que j'écoutais quand j'étais plus jeune. C'est comme ça que El Ultimo Vecino a commencé. J'ai donc écrit et composé plusieurs chansons, et avant de faire le master, j'ai parlé à des amis - qui sont maintenant mon groupe - en leur demandant d'écouter ces compos et de répéter ensemble. Ce que nous avons fait jusqu'à la sortie du disque. Ce qui me plaît c'est que nous ne sommes pas un groupe typique. Personne n'a de fonction fixe. Je crée quelques chansons mais lors de nos répétitions, il y a beaucoup de créativité et de liberté pour emmener les chansons à leurs versions live.

Mes influences, je suppose coïncident avec beaucoup de groupes que j'écoutais quand j'étais plus jeune, des groupes de pop électroniques comme Joy Division, New Order, The Smiths. J'aime aussi beaucoup Phil Collins, The Police... Des groupes d'ici, il y en a un qui est très important pour moi qui est El Ultimo de la Fila. C'était un groupe très très connu en Espagne, c'était au même moment que les Smiths. A cette époque, dans le rock il y avait beaucoup d'arpèges et de sons cristallins. Ça m'a beaucoup marqué, cette façon de jouer de la guitare. En réalité toute la musique qu'écoutait mes parents à la maison est la musique qui m'a influencé. Principalement c'étaient des groupes britanniques, pas mainstream mais pas non plus au cœur de l'underground. Des fois des gens de Barcelone, qui s'y connaissent beaucoup plus que moi dans les groupes undergrounds espagnols des 80's, me demandent si je me suis inspiré de tels ou tels groupes - mais la plupart de temps je ne connais pas les références qui me citent. Je connais plus les groupes anglais des 80's que la scène espagnole de cette même époque.

Mon processus créatif est très simple. Premièrement je me déprime beaucoup, je pense que je ne peux rien faire, rien composer. Ensuite passe un peu de temps et peu à peu je compose à nouveau. Bon en réalité, je suis en train de décrire mon cas en ce moment parce que je suis dans un crise créative très importante car nous devons sortir un disque à la fin de l'année. Nous avons sorti un disque il y a une paire d'années, d'abord un LP puis quelques mois plus tard, le maxi Tu Casa Nueva qui a beaucoup plu et j'aimerais bien continuer dans cette même lignée. Mais c'est très difficile, je ne sais pas pourquoi, en ce moment même je ne peux pas vraiment décrire mon processus créatif, car je ne le connais plus moi-même.

Ce maxi est sorti avec Canada Editorial et Club Social (un label de Madrid). Ils ont co-édité. Cette rencontre s'est faite car nous avons sorti notre premier disque sur un autre label mais le traitement qu'ils en ont fait ne nous a pas plu et donc je suis allé toquer à la porte de Canada et ils nous ont ouvert leur porte immédiatement. Tu sais c'est comme quand tu appelles quelqu'un au téléphone, et que la personne décroche dans l'instant et que tu demandes "pourquoi tu décroches si rapidement ?" et que la personne te dit "j'étais sur le point de t’appeler" - c'est exactement comme ça que ça s'est passé avec Canada, c'était génial. Nous avons aussi contacté Club Social car ils sont basés à Madrid, qu'ils sont beaucoup actifs et qu'ils ont plein de contact avec la côte-ouest des US.

Nous nous entendons très bien avec Clubz, qui est un groupe mexicain. Nous sommes allés là-bas et avons joué avec eux, nous avons fait un remix qu'a édité Canada. Nous ne faisons pas la même musique mais nous pouvons jouer ensemble parfaitement. Nous nous entendons super bien. De Barcelone, Mujeres, est un groupe que j'aime bien au niveau stylistique."

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Delorean

"Je crois que la meilleure façon d'expliquer notre musique est que chaque disque se définit comme un projet différent. Pour Subiza nous voulions un album très animé, très mélodique, très pop. Pour Apar, nous voulions quelque chose de plus classique avec un peu d'influence pop-rock des 80's avec plus de guitares. Aujourd'hui nous sommes dans un processus de faire que l'album sonne beaucoup plus électronique. Mais une musique électronique un peu différente, plus inspirée par des musiques aériennes. Je crois que Crystal et Bena sont les deux chansons qui font le pont entre Apar et ce qui va être notre prochain disque. Je ne pense pas que ces deux nouvelles chansons seront incluses dans le prochain album, elles sont véritablement un lien qui unit ce que nous faisions avant et notre musique vers laquelle nous tendons. Ce sont des chanson lentes, le rythme est lent, ce qui n'était pas le cas avec Subiza par exemple. C'est aussi moins rock, le son est beaucoup plus contenu. Crystal a comme une ambiance un peu plus obscure et plus chic.

Le prochain disque n'est pas encore fini mais nous travaillons beaucoup et je crois que nous avons fait une bonne moitié du boulot. Ceci dit il y a des jours où nous pensons que la moitié du disque est faite, et il y a d'autres jours où nous pensons que non... Nous soulevons beaucoup d'idées, chacun présente des choses sur lesquels chacun a travaillé et à l'heure actuelle nous essayons de définir plus précisément le projet. Nous avons sélectionné les idées les plus solides et nous essayons de finaliser peu à peu le son brut du projet qui est déjà quand même pas mal défini, nous affinons de plus en plus notre sonorité. Nous aimerions terminer avant la fin de l'année pour le sortir l'année prochaine. Je ne sais pas si nous le sortirons chez True Panther puisque notre contrat s'est terminé - en ce moment nous sommes libres. Avec Apar se sont achevés tout les contrats et compromis que nous avions avec les labels et éditeurs et nous préférons maintenant nous concentrer essentiellement sur la musique. Quand nous aurons notre disque terminé et que nous saurons ce que nous avons fait, nous essaierons de trouver un label qui convienne au disque.

Nous composons tous avec notre ordinateur. Nous avons chacun un mini-studio à la maison et nous avons aussi notre propre studio en commun. Ce que nous faisons, c'est que nous composons chacun de notre côté et ensuite nous partageons nos idées. Nous voyons ensuite ce qui nous plaît le plus et ce qui semble le plus adéquat avec l'orientation que nous souhaitons faire prendre au disque. Par exemple, une chanson que j'ai commencé à composer peut être complétée par Guille ou Igor et vice versa. Nous avons découvert le monde du cloud. Avec Dropbox, on télécharge les projets et on y a accès à n'importe quel moment. Nous travaillons et partageons tout le temps même si nous ne sommes pas réunis dans un même lieu. Je suis par exemple à la maison en train de composer et je vois un message Dropbox me disant que tel fichier a été ajouté, etc. C'est comme être plus unis, tout est beaucoup plus rapide. Avant nous travaillions tous sur le même ordinateur et sur le même projet donc par exemple Guille travaille sur un son à l'ordinateur, puis il me vient une idée et je ne pouvais pas accéder à l'ordinateur donc je ne pouvais pas travailler... Notre façon de travailler est différente aujourd'hui. Nous ne sommes pas ensemble mais nous écoutons tout ce que nous faisons au moment même ou nous le faisons.

Le seul problème c'est que nous avons chacun du mal des fois à nous arrêter sur une idée ou un son en particulier. Tu peux être avec une idée, tu la tournes dans tous les sens, avec le temps tu la modifies encore plus parce qu'il te vient de nouvelles idées et toi-même tu épuises cette idée qu'elle soit bonne ou mauvaise ou alors au contraire tu arrives à maitriser ton idée. Être musicien, c'est essayer de faire coïncider tes idées avec la vie réelle, le temps qui passe, ton souhait de vouloir sortir un disque à un moment précis et finaliser chaque idée que tu peux avoir. Jusqu'alors tous les changements sont valides. Il y a un moment où tu dois mettre fin à toute cette recherche et expérimentation et il y a des fois ou tu ne sais pas si l'idée t'a étourdi ou si l'idée est finalisé. C'est sûr qu'il existe un risque de trop changer et d'aller trop loin dans l'expérimentation des choses. C'est ce qui s'est passé ces deux dernières années. Je ne sais pas si ça nous aide ou non mais le fait de travailler ensemble permet aux autres d'y voir plus clair sur tes propres idées dans lesquelles tu t'es perdu.

Nous n'avons pas de producteurs, nous sommes seuls, c'est plus difficile de prendre des décisions c'est sûr - nous faisons quand même des essais avec un producteur pour voir... C'est sûr que notre processus créatif est très lent, et nous ne sommes pas des plus rapides, disons. Nous avons besoin de laisser les choses se reposer, nous avons besoin de temps, nous ne sommes pas des gens qui savons instantanément si les sons et la composition sont parfaits. Nous enregistrons en un jour, nous avons besoin ensuite d'écouter plusieurs fois et nous avons besoin d'avoir tous le même feeling avec la chanson. Nous ne voulons pas avoir d'avis contradictoires mais nous voulons que chacune de nos idées aillent vers la même direction et le même sens.

Je crois qu'avec Delorean, les albums vont en changeant parce que nous même trouvons des nouveaux processus créatifs différents pour composer et faire des chansons. Quand nous avons commencé le groupe, nous faisions des jam sessions ensemble et nous avons appris à nous servir de différents systèmes, instruments. Depuis 2008, nos albums avaient une idée de production, un son fort et bien défini tout au long de l'album. Maintenant nous sommes plus ouverts à ce que les chansons d'un même disque soit différentes entre-elles. Nous avons bien entendu une idée claire du concept du disque : musique électronique qui se danse plus ou moins mais tout ce sera plus nuancé tout au long du disque.

Nous travaillons beaucoup avec Ableton live et Igor compose beaucoup avec un ancien synthé Nord Lead. Nous avons beaucoup de synthés des 70's, des Moog, Roland, Juno 106. Le Nord Lead 2X, nous l'utilisions avant pour les lives et nous le redécouvrons en ce moment dans notre travail de studio. Nous avons trouvé des nouveaux sons que nous utilisons. Nous sommes vraiment de ces gens qui, s'ils trouvent une machine qui donne un bon feeling, passent leur temps dessus, à chercher de nouveaux sons qui donnent des idées pour ensuite construire des chansons. Nous sommes tous plus ou moins "nerds", nous achetons de boîtes à rythmes 707, 727, 606 et certains passent même des fois leurs journée sur les sites de synthés, ou se créent leurs propres synthés modulaires. Au final, une chanson se divise entre la composition et la production, c'est une moyenne de ces deux choses. Uniquement avec de la production tu n'as pas une bonne chanson, et uniquement avec de la composition tu n'auras rien de bon non plus. Tu dois équilibrer tout ça, et ne pas s'obséder soi-même avec les machines.

Je ne sais pas si notre prochain album aura une influence en particulier. Chacun écoute des choses bien différentes chez soi. En ce moment j'écoute tous les disques Warp de la fin des 90's, Plaid, Autechre. L'autre jour j'ai aussi écouté toute la discographie de Modeselktor, je suis beaucoup fan. Alors que les autres membres n'écoutent pas vraiment tout ça. Il y a un label anglais qui fait du Balearic qui s'appelle Aficionado Recordings qui est très bien. Igor écoute aussi beaucoup de rap.

Nous souhaitons changer notre live car il est maintenant très rock, enfin la formation est très rock avec batterie, guitare etc. Comme le prochain disque sera très électronique nous voulons que le live soit très électronique aussi. Je crois que ce sera la première fois dans notre carrière que nous définissons un live électronique. Je ne sais pas si nous ne serons sur scène qu'avec nos ordinateurs, ou si nous aurons un live plus comme Caribou par exemple, avec une batterie. Nous devons y réfléchir mais ce dont nous sommes sûrs, c'est que nous ne voulons pas d'un live indie-rock. Depuis de nombreuses années, nous avons un live très intense avec une ligne rythmique très élevée. je crois que maintenant nous voulons tous faire quelque chose plus nuancé, électronique mais arriver à avoir différentes intensités. Je crois que nous aimerions composer le live comme si c'était un autre disque. Mais bon avant tout cela, nous devons terminer notre disque, pour le moment nous spéculons beaucoup..."

Petite anecdote footballistique de la part d'Ekhi : "Il y a trois ou quatre ans dans le quartier de Gracia à Barcelone, nous étions en train de boire des gins tonic avec des amis dans un rade et nous voyons ce mec énorme assis, il ressemblait à un hippie avec des cheveux longs et une barbe. Et d'un coup je réalise que c'est Cantona. Mon idole. je suis tout excité, j'ai le cœur qui bat à fond et je me demande "qu'est-ce que fout Cantona dans un tel rade ?" Je suis allé lui parler et il a été super sympa. C'est le seul moment de fan que j'ai eu dans ma vie."

Bel Bee Bee

"Ce projet est né parce que je faisais de la musique toute seule à la maison. J'ai commencé à mettre quelques chansons sur Youtube, et des programmateurs ont commencé à m'appeler pour faire des concerts. Peu à peu je me suis alors rapproché de quelques personnes pour pouvoir jouer ma musique en concert. Une de ces premières formations, ce fut avec mon ami Leo. C'était vraiment avec un groupe avec batterie etc mais j'avais quand même conservé un peu le format machine parce que mes amis venaient de la péninsule et moi étant de Gran Canaria, je devais quand même rester autonome vis-à-vis du live. Aux Canaries, il y a une scène musicale très intéressante, beaucoup de choses se passent en ce moment. Il y a beaucoup de mouvements.

J'ai donc commencé à faire de la musique vers les onze ans, à jouer de la guitare. A quatorze ans, j'ai commencé à chanter des chansons puis je me suis dit que j'avais envie de composer mes propres chansons plutôt que de chanter celles des autres. Et donc à 17 ans j'ai commencé à faire des concerts avec Leo et partir en tournée hors de l'île.

Mes influences sont toute la musique que j'écoute. Pour le meilleur ou pour le pire vous êtes de toute façon influencé par tout ce que vous écoutez, n'est-ce pas ? Dernièrement j'ai beaucoup écouté Bon Iver et Bjork. Au moment de composer, il te vient une idée dans la tête que tu développes. Puis quand je commence à répéter avec Leo, il y a comme un second moment de création qui développe encore plus l'idée que j'avais eu."

Leo : "Quand j'ai rencontré Belen, nous étions au Conservatoire et ce fut plus qu'un simple échange. Elle m'a apporté beaucoup de liberté en terme de composition et d'arrangements. Elle sait donner beaucoup de liberté et dans un même temps elle sait très bien diriger et dire les choses quand il faut les dire. Ça te donne beaucoup de motivation et c'est aussi facile de s'adapter. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'avoir une grande formation de musiciens pour transmettre quelque chose. Simplement, les gens s'identifient et c'est très bien de voir comment les rapports entre deux personnes, en l'occurrence elle et moi se développent peu à peu. L'amitié influe beaucoup, la confiance aussi. Nous avons aussi des goûts similaires, ce qui influence grandement notre façon de travailler et composer ensemble. Mais c'est toujours un processus divertissant. Je l'ai toujours vu ainsi".

Belen : "Nous avons sorti un disque, nous sommes partis en tournée, la prochaine étape maintenant est d'un peu se reposer. En fait, je vais continuer à composer un peu pour essayer de sortir un autre disque. Mais c'est sûr qu'il y a une première étape qui se termine pour nous. Après la pause nous verrons ce qu'il se passe."

Photos Pool Party © Hélène

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Era Festival © Patrice

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Photoshoot : Acid Baby Jesus au Point Ephémère

L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 15 octobre dernier pour le concert garage des athéniens d'Acid Baby Jesus.

Photoshoot


On y était : Public Image Limited au Trianon

Public Image Limited, Trianon, le 6 octobre 2015, par Jano

Aller voir PIL en 2015, c'est essentiellement aller voir Johnny Rotten. Car en 2015 Public Image a-t-il un sens au-delà de l'icône punk absolue? Déjà en 1992, date de la première dissolution du "groupe", suite au quelconque This What is not, la marque Public Image Limited a depuis longtemps été vidée de son aura vénéneuse. Au line up original, auteur de 3 premiers albums expérimentaux et prégnants, a ainsi succédé une seconde partie de discographie sans queue ni tête sur laquelle Rotten, désormais seul véritable maître à bord, essaye de mettre sur pied tant bien que mal (mais plutôt mal) une sorte de post punk FM (cette hérésie!), le tout en continuant à se croire plus malin que tout le monde... Peut être depuis The Great Rock'n'roll Swindle, l'ex frontman des Sex Pistols avait-il compris que quelques postures pleines de défiance et un sens de la répartie façon slogans punk suffisaient parfois à faire passer les foirades les plus indignes pour du génie dilettante. Cultivant son image de fouteur de merde ultime, notre pourri devient selon la formule consacrée la personnalité que l'on adore détester (ou l'inverse), un paradoxe ambulant du paysage rock, ratant globalement ses disques mais devenu un client médiatique incontournable aux sorties régulièrement jubilatoires.

C'est cette figure d'un Rotten cartoonesque et toxique que l'on espère retrouver en ce début octobre sur la scène d'un Trianon à peu près plein, histoire de faire oublier les temps faibles d'un répertoire qui risque d'alterner entre la noirceur hypnotique de l'indépassable Metal Box et les compositions parfois indigestes de la suite. Mais c'est l'assez convaincant dernier album What The World needs now qui est à l'honneur avec en ouverture le single mordant Double Trouble, enchaîné comme sur l'opus avec un Know Now lui aussi frontal. Et quand déjà suit le crowd pleaser This is not a Love Song, sur lequel Rotten s'adonne à un exubérant numéro de Catasfiore punk à base de R qui raclent et de dernières syllabes en trémolos (ses 2 effets signatures), on se dit que pour un temps on oubliera les considérations de setlist, pourvu que l'on ait l'ivresse live. Les grooves menaçants du PIL première période se font malgré tout longuement attendre et quand la fosse du Trianon entre finalement en ébullition sur le dancefloor anxiogène de Death Disco c'est pour derrière retomber aussitôt dans les ringardises 80's de Warrior et The Body. Bref du Rotten 200% pur jus de tête à claque, s’entêtant à maintenir sous perfusion live un répertoire qui avec un géniteur moins illustre aurait disparu des consciences depuis un moment. Pour bien nous faire sentir la mesure du gâchis on a même droit en première clôture à une version extended particulièrement possédée de Religion avec des basses à décrocher les balcons. Le rappel est tout un symbole avec le séminal Public Image passant telle une comète, mais traînant derrière lui, comme un boulet, le stadium rock démago de Rise. Johnny Rotten pour le meilleur et pour le pire...

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Photoshoot : Juan Wauters & Caandides au Point Éphémère

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L’objectif d’Hartzine était au Point Éphémère à Paris le 2 octobre dernier avec les lives de Caandides (Cracki Records) et de Juan Wauters (Captured Tracks).

"L'autisme romantique, c'est le futur"

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CAANDIDES


Photoshoot : Rock En Seine 2015

Bienvenue dans le DisneylandTM du Rock, ou de ce qu’il en reste. Dans le rôle de Mickey ou autres Pluto, vous trouverez des gens peints en fluo, des mecs en costume de Tigrou et des filles tout droit sorties des pages revival 70s du dernier catalogue H&M. Votre patience sera mise à l’épreuve à chaque instant : pour commander une bière, pour faire pipi, pour commander une bière, pour faire pipi, pour commander…

Faire une critique constructive de ce que j’ai vu pendant ces trois jours sera compliqué, tous les groupes que j’ai entendus sauf un sonnant selon la formule suivante : SP = V + B2 + f(x)
où SP : son perçu ; V : voix ; B : batterie ;
f(x) : gloubibloulgadetouslesautresinstrumentsprésentssurscène

Jour 1

J’ai entendu le premier tiers du concert de Jacco Gardner en attendant que le photographe devant moi dans la file pour récupérer les pass finisse de réciter l’intégralité de sa généalogie Linkedin et se décide si oui ou non, ou enfin peut-être, mais finalement je ne sais pas, il souhaitait prendre des photos de The Offspring. J’ai utilisé toute la panoplie de soupirs et d’expressions faciales traduisant l’exaspération de mon répertoire, et croyez-moi, je suis plutôt douée en la matière, mais rien n’y a fait. Enfin arrivée devant la scène je dois avouer que la musique de Jacco Gardner a quelque peu souffert de la formule énoncée plus haut. Ses mélodies survivent à ce traitement mais y perdent tout de même en finesse. Ce qui est un peu embêtant quand on joue dans le registre de l’orfèvrerie pop.

Franz Ferdinand & Sparks. Voir ce groupe m’a fait l’effet de regarder des gamins piaillant complètement surexcités à la vue d’une balançoire ou un truc quelconquement chiant dans un parc. Une sensation de vide intérieur face à une exaltation primitive et sincère. Le sentiment de mourir un petit peu plus chaque jour. En d’autres termes, l’intérêt que je porte à ce groupe est inversement proportionnel à ma stupéfaction face à l’emballement du public. Je me suis sentie vieille et décrépite alors que je regardais un groupe vieux et décrépit mais plein d’entrain.

Venons-en à la galéjade de cette édition. The Offspring, c’est le groupe crétin par excellence. Aucune subtilité, aucun talent, un chanteur dont l’apparence et la voix rendraient épileptique n’importe qui, et pourtant, ça marche. Ça marche suffisamment pour avoir vendu un peu plus de 30 millions d’albums au cours de leur (trop) longue carrière. Alors oui, le nombre de ventes est loin d’être un gage de qualité mais disons pour être plus précis qu’ils sont arrivés à vendre leurs disques à des gens qui se targuent aussi d’écouter Arvo Pärt tout en lisant Eschyle dans le texte (je le sais de source sûre). Donc certes, derrière un certain dédain affiché, impossible de refréner complètement un sentiment de jubilation dès la détection des premières notes de Come Out And Play. Après, je ne sais pas, une interview programmée m’a empêchée de me trahir en tant que fan refoulée d’un groupe certes catastrophique, mais capable de transporter un être humain vingt ans en arrière avec trois accords de guitare.

Retour d’interview et début du concert de Kasabian. On sent tout de suite les groupes qui ont l’habitude de jouer devant des publics de stade et encore plus ceux qui aiment ça. De mémoire (Benicassim 2005), je ne me souvenais pas que Serge Pizzorno aimait à ce point se tortiller sur scène en costume moulant, par contre Tom Meighan a toujours été un showman. Dans un sens, c’est le groupe parfait pour ce genre de manifestation, les morceaux sont efficaces et dans leur genre, ils assurent. D’un autre côté, il n’y a pas de surprises… mais c’est pas tellement ça qu’on attendait.

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Jour 2

Sans jouer au chauvinisme de bas étage (c’est pas mon genre) c’est vrai qu’Etienne Daho c’était bien. Surtout la reprise de Gainsbourg…

Interpol, contrairement à Kasabian, n’est pas fait pour jouer dans ces conditions. Excepté le guitariste, le groupe ne fait pas trop d’efforts pour dissimuler son manque d’enthousiasme. Disons-le sans ambages, le son est massacré. Ce n’est pas tant lié au groupe qu’à une incompatibilité avec le lieu. C’est vraiment dommage.

Je n’ai jamais trop compris l’engouement pour The Libertines. Les chansons sont correctes mais le groupe ne m’a jamais bouleversée pas par son inventivité. Chacun de leurs morceaux serait comme un film où on sait à l’avance ce qui va se passer dans la scène suivante. Confortable mais ennuyeux, un genre de Law & Order musical. Par contre, Carl Barat et Pete Doherty ont un message à faire passer : ils s’aiment. Oui… bon… ok… ces deux là ont joué le drame du couple qui s’aime, se déchire, se rabiboche, divorce avant de se marier, etc teeellement de fois (selon mon estimation) que ça fait bien longtemps que ça n’intéresse plus personne.

Jour 3

Dernier jour et on était tous un peu foufous à la perspective de voir Tame Impala qui a été propulsé comme chacun sait de groupe rock puis pop psyché plus que sympathique qui remplit sobrement un Olympia à un mega monstre qui se paie un Zénith en janvier prochain. Comprendre que maintenant Kevin Parker dit des trucs comme « Paris! Put your hands in the air! » sur scène et que tout le monde a l’air de trouver ça normal. Ne me demandez pas pourquoi, mon cerveau n’a toujours pas réussi à analyser ce phénomène mais leur dernier album Currents me fait irrémédiablement penser au dernier album de Katerine Magnum. Ce n’est pas forcément un problème mais c’est tout de même assez invraisemblable. En attendant, je fais mes adieux au Tame Impala de 2010 et son incroyable concert à la Maroquinerie. L’impression globale que m’a laissée leur performance à Rock en Seine est celle d’un groupe qui ne s’est pas encore totalement familiarisé avec ce nouveau statut. Il y a une sorte de maladresse touchante à voir Kevin Parker encore un peu gêné dans sa façon de s’adresser à ce public nouvellement acquis.

On s’en doutait un peu mais les Chemical Brothers sont ceux qui s’en sortent le mieux en termes de rendu sonore. Le show est surpuissant. Pourtant pendant un moment, je me suis dis qu’ils étaient finalement restés assez sobres dans la mise en scène (sobres à l’échelle de Jean-Michel Jarre entendons nous bien) mais ça c’était avant de voir débarquer sur scène deux putains de robots géants animés avec des yeux jetant des lasers. J’ai pris ça comme une touchante attention personnelle. Je préfère donc être honnête, mon avis est complètement biaisé. Ce concert était génial.


Hz V5 Is Coming à Petit Bain

Couverture

Photos © Patrice Bonenfant

L’objectif d’Hartzine était à l'Apérobarge du Petit Bain à Paris le 1er septembre avec les lives de Tsantza et du tout nouveau projet Green Peak, le tout saupoudré du set très poivré DJ SPT V5 is coming soon!

Photos


On y était : Baleapop #6

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Photos & vidéo © David Fracheboud

On y était : Baleapop #6, du 5 au 9 août 2015 à Saint-Jean-de-Luz.

Après l'excellente ambiance de l'année dernière on avait hâte de remettre ça du côté de Saint-Jean-de-Luz et comme l'an passé, le parc Duconténia, cadre très agréable en centre-ville, sera le cœur de cette sixième édition du Baleapop. J'arrive le jeudi, à temps pour choper le live de High Wolf. J'avais déjà vu le breton un certain nombre de fois et je crois que je préférais son approche plus ambiante des débuts. Là, l'ensemble est plus attendu, les beats africains et les motifs ethniques synthétiques répétitifs ne prennent pas malgré leur caractère dansant/transe. Le problème vient peut-être du dispositif du gars : une gratte et un sampler. Tous les sons rythmiques et les nappes provenant de la même source (le sampler donc), les éléments ne sont pas ou du moins trop peu spatialisés les uns par rapport aux autres, sans réelle dynamique, ce qui rend l'ensemble finalement assez plat, dommage, d'autant plus que le mec brille pas mal en ce moment avec son autre projet Black Zone Myth Chant.

Si l'une des qualités du festival est de faire de la place aux groupes locaux, une prog en comprenant trop peut risquer de paraître faiblarde et c'est malheureusement le cas ce soir mais bon, restons vacances. On se tape ensuite un groupe brésilien, Fumaça Preta, le genre de musique qu'un gars aviné en train de faire griller du churrasco écouterait en matant des meufs mal roulées danser avec des plumes dans le cul. Big up pour l'utilisation du spandex en revanche.

C'est ensuite au tour d'Odeï, exception qui confirme la règle par rapport à ma tchatche sur les groupes locaux. On a affaire à un vrai live avec de bons musiciens qui savent bien faire le job. Des projections vidéo de motifs géométriques à l'esthétique 90ies décorent la scène, les montées harmoniques sont parfois un poil pompier mais l'ensemble reste bien classe. Le vibraphone introduit une touche intéressante et il y a dans la musique d'Odeï ce mélange marrant difficile à expliquer propre au collectif Moï Moï, entre modernité et tradition made in Euskadi. Paranoid London clôture la soirée avec leur acid bien racée et ils arriveront à chauffer le public en se contentant du minimum syndical, loin du niveau de leur performance au dernier Sonar.

antinote

Le lendemain direction la plage pour le showcase Antinote. Le label parisien a aligné un trident offensif de haute volée cet après-midi avec Zaltan, Geena et D.K. pour un B2B2B avec une belle animation collective. Si les artistes jusqu'à présent sortis sur le label sont tous de qualité, ce trio présente l'avantage d'être hyper cohérent dans les choix musicaux, un bon bloc équipe si tu préfères. Entre French Boogie, House mongole matinée de flamenco et autres chelouseries entre passéisme et modernité décalée, on passe une super journée. Mention spéciale à ce track balancé tel une boule puante dans une salle de classe par le gars Zaltan, d'après les maigres informations en ma possession il s'agirait de Rien d'un certain Jean-Claude (Quentin, balance moi le track steuplé, je galère avec les internets).

Retour au parc pour la soirée et on démarre par une petite balade afin de checker la sélection artistique du festival. Parmi les différentes œuvres proposées nous retiendrons surtout l'installation de Polar Inertia qui reproduit la sensation d'être piégé dans un épais blizzard polaire tout en proposant une expérience immersive et ludique.

Du côté de la petite scène Flavien Berger fait sonner les premières notes de sa pop gracile et plutôt classe. Le tout est distillé avec maîtrise même si l'on sent bien la culture Burgalat du bonhomme, le côté tendancieux en moins. Je ne passe pas un mauvais moment mais c'est quand même assez précieux comme délire et les petits discours pétés entre les morceaux étaient de trop. Le pays basque décidera ensuite de nous gratifier d'un aspect pas si inconnu de son climat mais qui pour le coup tombe super mal : la pluie. La putain de pluie même tellement on va bien se faire saucer. Résultat : on essaye de résister en s'abritant comme on peut pour capter des bribes de Camera et Jessica 93 avant de vite déclarer forfait même si le reste de la prog du soir me branchait pas mal.

parapluie

Le samedi se passera également sous la pluie, Baleapluie.

La charmante équipe du festival va essayer de palier au problème en trouvant une solution pour abriter le public mais le taux d'humidité et la grisaille flinguent un peu l'ambiance habituellement si hédoniste de Baleapop. Ceci étant dit, fait assez remarquable pour être noté, la grosse équipe de bénévoles garde le sourire malgré les circonstances et l'accueil reste au top. Finalement c'est eux les vraies stars de cette édition.

On capte le DJ set peu inspiré, pour ne pas dire pauvre, de La Decadanse puis c'est au tour de Lena Willikens d'envoyer un bon set bien deep qui pour le coup passe très bien sous la pluie. La meuf a dû refaire ses EQ ou ses sons sur clefs USB sont de meilleure qualité, je ne sais pas, mais tout de suite ça sonne mieux, deutsche qualität. Sonorités post indus, rythmiques tribales, festivaliers pieds nus dans la boue avec des parapluies de branchages, c'est cool. Superpitcher enchaîne et sans son binôme, la moitié allemande des Pachenga Boys va nous faire chier du coup direction la petite grotte dans laquelle l'équipe de La Fête Triste passe des disques. La sélection est pointue et bien mortelle, je kiffe mais putain la pluie... Baleatriste. Cette année la formule du festival a un peu changé, il faut toujours composer avec la municipalité donc de nouvelles choses ont dû être tentées, comme ce samedi soir sous forme de parcours dans différents lieux/bars de la ville à la place de la soirée club. On découvre le bel intérieur du bar éphémère Chez Renauld et on boit des coups avec les potos mais le merdier tourne vite au parcours du combattant entre espaces bondés et bourrasques de flotte.

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La programmation du lendemain est peut-être celle qui me motivait le plus mais des obligations m'emmènent loin de Saint-Jean-de-Luz, je suis vert mais que veux-tu ? Entre temps pourri et planning perso mal branlé c'est parfois la poisse. Mais je me console comme je peux, l'année prochaine Baleapop sera toujours là et le 7 c'est mon chiffre porte-bonheur.

Vidéo


Photoshoot : Hartzine fait son Summer Here Kids

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All photos © Patrice Bonenfant

L’objectif d’Hartzine était (forcément) au Trabendo à Paris le 2 juillet dernier à l’occasion de la Soirée Summer Here Kids programmant sans faute de goût au Trabendo le jeune Hollandais Parrish Smith, la néo-Française Valentina Mushy aka Phantom Love et les deux formations affiliées à l'écurie francilienne Svn Sns Rcrds, Night Riders et All Night Wrong. Il faisait chaud.

Photos


On y était : Pissed Jeans @ Le Batofar

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All photos © Cédric Rizzo

On y était : Pissed Jeans au Batofar le 20 juin 2015 - Par Samuel Falafel

Les Pissed Jeans, ces infâmes bandits aux disques servant à la louche morgue de vandale et défonce véritable, venaient, pour la deuxième fois de leur courte mais vénérable existence, saccager la ville de Paris sur la scène flottante du Batofar. Autant dire que ces bons bâtards ont tout pété, point de surprise : ce qui se présentait déjà comme une avalanche de coups de mule sur enregistrement s’est révélé hautement définitif dans les conditions du live.

Ces renégats n’en font qu’à leur tête, une tête bien pleine d’une graisseuse et liquide boue qu’ils ont indécemment prit plaisir à brutalement verser sur nos frêles corps de sages mélodistes. Ce fût abject, crasseux, rural et sauvage : j’admire cette façon qu’ont ces parfaits crétins d’envoyer paître toute forme de réflexion, posant une colère maladive, virulente, presque abâtardie, se laissant traîner dans la saleté comme quelques enfants demeurés trop heureux d’agir comme les pires souillons. Tout est grossier, franchement  déplacé, les riffs fusent comme des masses d’argiles liquides : Bradley Fry gigote comme une anguille, balance sa guitare et molarde de son ampli une lourde et malpropre once de purin électrique.

Qu’il est bon d’encrasser nos simples et virginales figures, et qu’il est doux de nous faire asperger de cette sainte huile à la triple épaisse couche de larsens : le souple, l’agile, l’insaisissable Matt Corvette nous le rappelle à chaque instant, sur chaque mesure, entre chaque morceau, et s’équilibre à la perfection sur cette fine ligne qui sépare l’ivresse du génie. Il larde le premier rang de ses regards lubriques, ondule sensuellement son bassin, multiplie les poses équivoques : l’antithèse absolue d’un chanteur de bon rock. C’est ce juste entre-deux qui séduit le plus, cette espèce d’attitude dont on ne sait si elle naît d’une déficience mentale profonde et vicieuse ou d’une arrogante posture de jeune premier, distribuant son ironique mépris par souveraines pelletées : les deux cas m’enchantent fort, je ne demande que cela, de toute façon, me faire traîner dans cette insalubre fange, en ressortir purifié comme le premier des nouveaux-nés, vaincre ardemment les tyranniques signes de la bienséance. Moins définitifs qu’à Londres - l’année dernière lors de l’effondrement du Jabberwocky d’ATP - mais peut-être plus sérieux et efficaces, les Pissed Jeans d’Allentown n’oublieront nullement de nous gratifier de leur exceptionnelle connerie lors du rappel, qui verra paraître Corvette à la basse et Fry à la batterie pour une courte touchette grindcore, tandis que le batteur et son bel air de bon benêt nageait torse nu dans la foule. Le bassiste, quant à lui, avait disparu. Fantastique tacle à la gorge, concert d’honneur et d’excellence, si ces bons garçons repassent en France, voyez-les.

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On y était : Sonar Festival 2015

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On y était : Sonar Festival, 18 au 20 juin 2015 à Barcelone - Par Alex P. & photos par Hélène Peruzzaro

L'édition précédente à peine terminée, on se préparait déjà mentalement et physiquement à cette cuvée 2015 du Sónar. Un an, ça passe vite, et voilà, on y est, prêt à se frotter aux samouraïs du dancefloor du monde entier dans la chaleur catalane. Le Sónar c'est officiellement trois jours et deux nuits mais en vrai, c'est une compète qui se joue sur une semaine, événements off obligent. La première soirée sera d'ailleurs un préambule plutôt soft avec le concert de Steve Gunn dans un petit club du centre-ville, même si la tournée des bars qui a suivi a mis un peu de piment dans l'histoire et dans mon crâne.

Le lendemain, on continue mais ce coup-ci, c'est un entraînement à balles réelles avec le showcase Hivern Discs au Monasterio, point culminant du Poble Espanol. Dorisburg est déjà sur scène et envoie un live machines pas dégueu d'une house aux contours mélodiques et sombres pour une ambiance finalement très relax dans un cadre bucolique. Barnt enchaîne et muscle le jeu avec sa techno hypnotique matinée de beats indus. C'est cool mais le garçon se démerdera quand même pour claquer deux, trois pains assez embarrassants, ce qui l'a d'ailleurs peut-être poussé à terminer son set façon saucisson avec des tracks bien bas du front.

Côté public, on est sur un mélange de cagoles de haute voltige, de touristes ricains aux larges torses et d'aryens quasi à poil droits sortis d'une jaquette DVD de porno gay, le tout encadré par une sécu commandée par une version bodybuildée de Didier Drogba. Je note cependant avec grand plaisir le retour de la banane comme accessoire indispensable à l'élégance des jeunes gens modernes.

Joy Orbison détend l'atmosphère avec un set entre tam-tam et rayons lasers bourré de vocaux pour carrément finir sur une ambiance disco-funk. Viens ensuite la surprise du chef, le créneau 21h30-23h stipulant simplement "guest". C'est finalement Jamie XX qui fait son apparition derrière les platines. Je dois dire que, même si je conchie son groupe et que je ne suis pas un grand fan de sa sauce en général, le mec va balancer un DJ-set aux allures de sans faute, propre comme un Stephen Curry derrière la ligne des trois points. En bon patron de label, John Talabot clôture l'affaire comme il sait si bien le faire, il est minuit et demi et on se dit que c'est une bonne idée d'aller de finir au Moog, mini-club en plein barrio chino, devant DJ Haus et Legowelt. La sélection officielle n'a pas encore commencé que je suis déjà carbo, comme un claquage à l'entraînement d'avant match.

Mais c'est dans le combat que les vrais joueurs se révèlent et le lendemain après-midi, on est prêt pour retourner au charbon, celui du By Day cette fois. On tombe sur Kindness sur la grande scène extérieure et ce que je remarque, c'est que le type est finalement plus occupé à sautiller sur scène et à taper dans ses mains qu'à faire de la musique, laissant ça à son backing band afro beat par moment et carrément nu soul le reste du temps. Le tout ressemble finalement plus à un jam incorporant même des medleys de reprises qu'à un véritable concert. Je pars m'enfermer dans la salle de cinéma du Fira Montjuic pour assister à la performance audiovisuelle The Well, collaboration entre Koreless et l'artiste Emmanuel Biard. Cette collaboration soutenue par le festival mancunien Future Everything consiste en un dispositif complexe et évolutif. Le jeune Gallois commence par envoyer de grosses déflagrations d'infra basses, la scène est inondée de fumée, les arpèges de synthé montent doucement et les mélodies se croisent. Un grand film plastique sur lequel la lumière rebondit est tendu au fond de la scène et réagit comme la surface d'une mare dans laquelle on aurait jeté un caillou à chaque coup de kick. L'utilisation du glitch est de plus en plus marquée et le spectacle continue d'évoluer, on fait pivoter un grand miroir circulaire et des rayons lumineux se mettent à dessiner un sorte de plan à tisser laser, encore mieux que la harpe de Jean-Michel. On pivote le miroir une dernière fois pour transpercer l'audience de ces rayons laser, le résultat est saisissant, je suis hébété - faut dire que les quelques lattes de blue kush inhalées juste avant m'ont bien aidé à fondre dans mon siège.

On reprend l'air deux minutes avant de repartir pour une courte apnée avec la fin du concert de Nazoranai, supergroup composé de Stephen O'Malley, de l'Australien Oren Ambarchi et de Keiji Haino, figure de proue de la scène expérimentale et psychédélique japonaise. Feedbacks assourdissants de guitares saturées, rythmique doom et phrases de synthés vrillées, le Sónar Dome est quasi vide, l'ambiance est chelou, les gens n'ont rien compris mais putain, je rigole bien quand même avec ma blue kush.

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All photos © Hélène Peruzzaro

Vient ensuite le tour d'Alejandro Paz et là l'atmosphère va changer du tout au tout, en même temps difficile de faire pire contraste. C'est parti pour une heure de grosse body music latino avec le poto qui toast en short comme au barrio. Et pour saucer, ça sauce, gosse bassline, gros dancefloor, joooooder comme on dit ici, tu réfléchis pas, avec lui c'est tu danses ou tu te casses.

Direction le Sonar Hall pour le concert d'Autechre. La salle est entièrement plongée dans le noir, on ne voit rien, le malaxage de neurones et de côtes flottantes peut commencer. Je dois avouer que bien qu'adorant Autechre, je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec ce live, j'avais même un peu peur de me faire chier, pour tout dire, mais cette crainte est vite dissipée. L'ambiance est immersive et à part un bref moment durant lequel la salle sera inondée de lumière (ce qui a eu pour effet d'exciter tous les Robert Gil de Catalogne et d'Europe), la grande halle est immédiatement replongée dans le noir. On ferme les yeux et on plonge dans un espace en quatre dimensions fait de textures, de mélodies sous-jacentes et de parasites rythmiques. Une transe en alerte à la fois taxante et incroyablement méditative. Et puis j'ai glissé, je ne me souviens plus trop, j'ai rouvert les yeux et j'ai eu comme l'impression d'avoir fait un rêve prémonitoire. Après ça, tout le reste semble insignifiant et plutôt que d'aller se remettre du son dans les oreilles on passera la soirée avec l'ami Ricardo Tobar à pillave tout ce qu'il y avait à pillave et à disserter sur les bienfaits du pisco et la notion de bookeur pété.

Deuxième jour du By Day, j'arrive juste à temps pour choper le live de Vessel, sorte de rituel tribal et industriel accompagné de projections vidéo rappelant le boulot des actionnistes viennois. C'était l'un des artistes que j'étais le plus curieux de voir et, torse nu derrière ses machines, il m'a mis une grosse gifle. C'est un peu con dit comme ça mais c'est exactement ce que j'avais envie de voir à ce moment-là.

Vient ensuite le tour de la sensation féminine UK hip-hop, Kate Tempest. Trop souvent réduite au qualificatif de version meuf de The Streets, la petite rouquine boulotte et son groupe composé d'un batteur, d'une claviériste et d'une choriste va prendre le contrôle de la scène. Flow tranchant, voix sûre, elle a l'assurance d'un vétéran mélangée à la fraîcheur et la candeur de quelqu'un d'hyper sincère et de content d'être là. Son concert sera interrompu par une coupure son mais c'est pas grave, elle peut se consoler en se disant que le taff a été fait et bien fait.

Je me cale ensuite en plein cagnard pour choper un bout du set d'Owen Pallett et son violon avec sa came grandiloquente cul-cul suivi du DJ-set d'Arthur Baker. Le papa ricain de la production, qui a notamment bossé avec des gens comme Afrika Bambaataa ou New Order, a décidé de partir dans un délire estival, ce qui ne passera pas inaperçu auprès de la frange la plus drogue des festivaliers. Gros bide, barbe, combo cheveux longs/calvitie et selecta pour gens désinhibés, lui dans un truc bien carnaval comme le Burning Man, ça doit être un carnage.
Petit tour du côté des stands du Sonar +D et de la Novation Synth Heritage Exhibition où les gens peuvent manipuler les modèles phares de la marque ainsi que d'autres machines cultes comme la TR 808, 909 ou encore un clavier Oscar. En bon nerd, je vais passer près d'une heure a tripoter la 808 et la 909, que du fun. Il est temps de retirer le casque que j'ai sur la tête et de retourner voir ce qu'il se passe dans le festoche.

Je tombe sur DJ Ossie dans le Sónar Dome et le Londonien va me casser les pieds, voire même carrément me déprimer avec son mix ultra putassier digne des pires campings de la Costa Brava. Le gars va même balancer Gypsie Woman de Crystal Waters en filmant le public avec son iPhone en bougeant, tout content à l'idée d'envoyer une jolie carte postale vidéo à sa maman. On enchaîne avec une session d'hypnose sensuelle avec le live de Xosar qui est accompagnée à la vidéo par Torn Hawk, qui diffuse ses visuels sur des écrans disposés sur les côtés de la scène et qui honnêtement ne servent pas à grand chose tant le regard est attiré par la belle créature à la gestuelle bizarre au milieu de la scène qui manipule ses machines pour délivrer une performance labyrinthique et mentale tout en tapant en-dessous de la ceinture.

Asap Rocky

Il est temps de bouger sur le site du By Night pour choper le concert d'A$AP Rocky. Le pretty flacko est évidemment accompagné de son A$AP Mob, et c'est parti pour un gros show à l'américaine. Le mec n'est clairement pas un rappeur de scène, faisant le minimum syndical au niveau du micro, laissant le soin à ses acolytes de gueuler à sa place tout en bougeant partout en prenant de belles poses pour les photographes. Ce n'est pas une grosse performance de musicien, d'accord, mais on est en présence d'un entertainer et c'est finalement plaisant à mater, surtout pour le côté débauche comme sur Wild for the Night, où des canons à fumée et à confettis vont nous faire croire l'espace d'un instant qu'on est en plein spectacle de la mi-temps du Superbowl.

On part faire un tour du côté du Sonar Car, la petite scène devant le stand d'autos-tamponneuses, pour choper Powell et son délire musclé, puis le live de Paranoid London. Le duo est accompagné de Mulato Pintado, sorte de MC au look improbable, comme si John C. Riley avait eu le rôle de Dennis Hopper dans Easy Rider avec un bob de pêcheur sur la tête. La TB 303 tourne autant que ta soeur et la 808 de cochon met de bonnes claques aux fesses. Gros défouloir, cabrage violent, katas sur le dancefloor. Et puis faut dire que mettre des auto-tamponeuses devant une scène techno dure, c'est à la fois le truc le plus con et le plus cool qui soit. En plus d'en n'avoir rien à foutre des limitations sonores, nos amis espagnols ont vraiment le goût de la fête et savent comment introduire juste ce qu'il faut de mongolisme pour rendre le moment parfait.

Petite pause pour retourner dans le grand hall et jeter un oeil au live de Die Antwoord. Les narvalos d'Afrique du Sud sont typiquement ce genre de gros monstre débile que tu ne vois qu'en festival (moi en tout cas). Le bordel commence par une projo d'un gros plan sur le visage de leur poto atteint de progéria et décédé récemment, histoire de bien appuyer sur l'imagerie freak qui constitue leur fond de commerce avant d'enchaîner sur leurs titres plus flingués les uns que les autres. A chaque morceau son changement de costumes et de mise en scène, on est en pleine Foire du Trône, entre pyjamas Pikachu et vidéo de petits bonhommes en couleur avec des bites géantes qui volent en éjaculant dans le ciel, trop c'est trop.

On se balade ensuite façon zapping pour prendre quelques bourrasques de Randomer, survoler un peu le live de Tiga et capter quelques morceaux de Hot Chip qui finiront d'ailleurs sur une reprise du Dancing in the Dark de Bruce Springsteen, comme une dédicace à la collègue photographe qui m'accompagne, puis retour devant les auto-tamponneuses pour un DJ-set toujours aussi impeccable d'Helena Hauff. Sexy austère, sympa mais sévère, de la punition qui fait plaisir, du cabrage de compète frère.

Instant détente mérité au bar presse sur fond de Jamie XX et de parties de jeux vidéos sur bornes d'arcade. Sur la sortie, on chopera un bout de Skrillex et de son brostep pour fils de pute, soit le truc le plus blanchot qu'il m'a été donné de voir depuis la vendange de Dugarry en finale de la coupe du monde 98, un truc entre le sentiment de haine et le rire gêné.

Troisième et dernier jour du By Day, je retourne tripoter quelques synthés avant de capter le set de Valesuchi. La Chilienne de chez Comeme envoie un délire chaloupé bien cool avant de laisser là place à Zebra Katz. Je suis le rappeur de Brooklyn depuis son Ima Read de 2012 et j'étais vraiment curieux de voir ce que ça donnait en live et tout ce que je peux dire, c'est que le lascar ne m'a pas déçu.

Après une intro consacrée au Everybody's Free de Quindon Tarver, notre beau gosse en salopette blanche fait sonner les infra basses et entame une démonstration de contrôle scénique. Le mec dégage une grosse puissance, son flow axé sur une articulation et une diction parfaite est impeccable et son art rap dur soutenu par des productions de Leila Arab va foutre le public en feu. De phases ghetto club au bain de foule en passant par des petits enchaînements voguing queer, le mec étale les différentes facettes de sa personnalité trouble et met le public dans sa poche malgré la singularité du propos. Un futur grand.

Un dernier petit tour du coté du Sonar Planta pour apprécier la belle installation réalisé par le studio berlinois ART+COM intitulée RGB/CMY Kinetic, et rideau histoire de profiter des douceurs de Barcelone avant de reprendre l'avion direction Paris en compagnie de Blaise Matuidi. Sonar, més que un festival.

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