Losange - Atone (PREMIERE)

"Les mecs, j'ai ouvert le livre de la vie". Cette phrase, répétée à satiété un soir de juillet, sur la terrasse d'un balcon parisien, à un moment où le soleil chasse définitivement l'aurore, se détachait en surimpression de divagations électro-cosmiques signées Klaus Schulze. Pas question ici d'en noircir les pages, mais d'en saisir la portée, à la fois ascensionnelle, extatique et gravitationnelle. La même apesanteur ressentie lors de cette nébuleuse embardée avec ces doux rêveurs de Bitchin Bajas (lire). Preuve s'il en est que le voyage n'en est que plus beau, et libre, dénué de balises rythmiques incessantes et finalement implacables. La métronomie suggérée permet l'échappée belle, le pas de côté, la trappe temporelle, l'horizon tangent. Exactement, et j'en viens à mon sujet, ce que Benoit Baudrin et son Losange arrivent à immiscer dans l'entre-lacs de nos silences, instiguant, sur la base d'un minimalisme flanqué de quelques claviers et autres machines, un maximalisme spirituel et crépusculaire, scotché que l'on est dans la contemplation béate de la peinture jaunie de notre plafond. Il y a un peu plus d'un an, Losange déflorait la discographie d'un label, Johnkôôl records, pas tout à fait comme les autres (lire). Le 22 septembre prochain, paraîtra son premier LP dont le premier extrait, Atone, est à découvrir ci-après. Attention aux yeux.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Losange - Quartz (Johnkôôl records, 22 septembre 2017)

01. Atone
02. Minéral
03. Spleen Sidéral
04. Shadow
05. Techno Fleuri
06. Idoles
07. Écu
08. Feu Endormi


Pardans - Moonlit Bags Of Meat

La no wave est née du dénis des influences, celle de la new wave d’abord dont elle tire son nom, celle du punk ensuite et sa récupération des carcans rock. De la non-musique dans son sens traditionnel, voilà ce que, à la fin des années 70, faisait découvrir la no wave avec ses dissonances, ses expérimentations cacophoniques et bruitistes. Expression de l’intellect vers et pour le corps, parcourant la trame d’une musicalité atonale, la no wave agit comme un réflexe extenseur chez le toubib, guettant la réaction physique provoquée par des combinaisons allant de l’orchestration dissonante à l’improvisation aléatoire, sans chorus pour soutenir.

Apparentés au punk autant qu’à la no wave, les Danois de Pardans ont hérité de cette esthétique protéiforme, cherchant la structure sans jamais la définir, affleurant d’autres styles — jazz, blues, ska, drone — sans jamais les percuter. L’exercice est puissant et physique, en témoigne le clip Moonlit Bags Of Meat en avant-première ci-dessous où guitare, batterie, basse, violon, sax et voix s’entrechoquent entre douleur, extase et projections de sueur dans une frénésie complice et précoce, de celles qui ont contribué à faire la réputation scénique de groupes comme XTC avant leur virage commercial.

Heaven, Treason, Women est le premier album du jeune groupe originaire de Copenhague, ville déjà riche en formations punks, mais on sent derrière la juvénilité du projet une assurance totalement libérée et portée par un désir d’expérimentation. Le premier des huit morceaux ouvre sur une basse épisodique et dramatique prête à lancer son gimmick, rapidement rejointe par une bousculade de breaks aux cymbales explosives et les trémolos d’un violon triste, avant de laisser le sax accompagner de ses plaintes une voix grave et théâtrale qui résonnera jusqu’à la brutale cacophonie unissant tous les instruments pour quelques secondes d’éruption sonore. La tempête s’apaisera deux minutes avant de réveiller le volcan, à nouveau, pour conclure sur une session de punk hardcore.

Le ton est donné d’un album à l’expressivité sublime qui ne cessera de slalomer entre les approches et les ambiances, offrant de belles séquences inattendues comme cette mélancolique harmonie violon/sax à la fin d’Over The Alps, Into Milan ou cette interminable intro progressive et dissonante à Under The Sun, Under Your Dress, comme si Glenn Branca et Stephen O’Malley se battaient pour la même pédale overdrive. Entre urgence et apathie, la voix chante à peine, s’exclame, déclame, traîne ses glissements et sa douleur sifflante de baryton, accroche par son timbre et des lyrics brefs, collés bout à bout comme une prose hachée de points virgules. Expérience à vivre en live, les intéressés pourront prendre l’occasion de parfaire leur opinion le 30 octobre prochain au Klub à Paris.

Avant-première

Pardans - Moonlit Bags Of Meat

Tracklist

Pardans - Heaven, Treason, Women (17 septembre 2016, Third Coming Records)
1. Let Darkness Descend
2. Moonlit Bags Of Meat
3. Over The Alps, Into Milan
4. Blow Me (Some More Wind In My Sails)
5. Under The Sun, Under Your Dress
6. Eurostar
7. Her, The Money, The Heels
8. Roared With Delight (Digital Bonus Track)


House Of Wolves - Love Is A War

Au détour de deux albums aussi indispensables qu'atypiques dans le paysage musical actuel, Rey Villalobos, officiant sous l'appellation d'House Of Wolves, a su rendre ses lettres de noblesse au Folk empreint d'une extrême délicatesse et reprendre les choses là ou Elliott Smith les avaient si tristement laissées à l'orée de ce millénaire. Si son premier essai, Fold In The Wind, avait posé les bases de ce retour aux sources (lire ici), Daughter Of The Sea (lire ici), l'année dernière, avait dépassé nos plus folles espérances plongeant toute âme prête à se perdre dans ces compositions d'une  bouleversante authenticité et d'une rare pureté dans un état de douce béatitude.

L'annonce d'un nouvel album du Californien dont la sortie est prévue le 16 septembre prochain sur le label français Discolexique doit donc d'ores et déjà être considéré comme un événement majeur de cette année musicale, espérant que cette parution n'aura d'intimiste que la beauté des pépites qu'assurément elle contiendra. Pour vaincre cette attente déjà trop longue, Rey Villalobos nous gratifie d'une nouvelle composition, Love Is A War, hommage à son grand père ayant combattu durant la seconde guerre mondiale, qui apparaitra en bonus track sur l'édition vinyle de ce prochain essai à paraître. Une orchestration un peu plus poussée ne délaissant cependant nullement la fragilité et l'intensité émanant des compositions de ce songwriter hors-pair laisse présager de bien belles découvertes à venir. Pas encore les vacances, déjà vivement la rentrée !

Vidéo

House Of Wolves - Love Is A War
Vidéo par Tyler T. Williams


H.U.M. - Cat-man-Do (PREMIERE)

Après une première cassette l'année passée sur Bumtapes, We Are One, la triade pan-européenne H.U.M. composée des musiciens (H)eloïse Zamzam, Olmo (U)iutna et (M)ark Wagner - d'où le sigle pouvant s'étendre aussi à leurs ambitions musicales de fomenter un univers parallèle Hypnotic Ultrasonic Magick - , sortira le 17 juin prochain son premier album très justement intitulé Trinity Way sur l'excellent Rocket Recordings (lire) et bien décidé à explorer les tréfonds de "l'Inconnu" pour y déceler le "(Re)-nouveau". Sorte de chemin de la perception dévoyé, n'empruntant pas les raccourcis binaires qu'impose le quotidien pour se satisfaire des sinuosités exploratoires qu'offrent la méditation et la transe, l'ensemble s'inscrit dans le prolongement des expériences de chacun - Heloïse et Olmo ont fondé le micro-label Zamzamrec quand Mark Wagner a collaboré à de nombreux projets dont GNOD et Ahrkh Wagner - mais avec ce quelque chose en plus qui se cristallise sur l'expression d'une volonté commune d'expansion de la conscience, par le biais d'un prisme embrassant des vertus de l'improvisation: méandres psychédéliques, répétitions mantriques et syncrétisme noise. L'écoute, aussi immersive que psycho-active, en appelle biens d'autres et c'est avec un plaisir non feint que l'on présente ci-après la mise en images du morceau Cat-man-Do révélant bruyamment la fixité mystique d'un regard félin - nonobstant le jeu de mots.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

H.U.M. - Trinity Way (Rocket Recordings, 17 juin 2016)

1. L.O.V.E
2. L'Ame Agit
3. Cat-Man-Do
4. Welcome To The Sea
5. A Maze In Grace
6. Under Neith
7. Eternally Yours


Doomsquad - Pyramids on Mars

Deux ans après leur luxuriant premier album Kalaboogie (lire), le trio Canadien Doomsquad reprend ostensiblement les affaires là où il les avaient quitté, dans le prisme d'une nébuleuse ethno-électronique chapardant à tous les râteliers pour exhumer ses propres incantations mélodiques. Allie Blumas, Jaclyn Blumas et Trevor Blumas ne peuvent être plus clair sur Total Time, à paraître via Bella Union et Hand Drawn Dracula le 29 avril prochain, dans le refus de toute classification trop aisée, préférant, auréolés de quelques certitudes, laisser libre court à leur inspiration, leur affect et inévitablement à leur cosmologie, enfantant par là même avec ce disque une créature polymorphe et euphorisante que n'auraient aucunement renié les maîtres Rainbow Arabia et Gang Gang Dance - aujourd'hui dépassés dans cette science du syncrétisme. Après avoir révélé Solar Ass en février, dédié à un âne, les Doomsquad ont récemment laissé filtrer une mise en images bien pétée de Pyramids on Mars, signée Ghostprom & Trevor Blumas, dont on ne préjugera pas la signification mystico-chamanique.

Concours

Le 20 prochain, Doomsquad sera en concert à Paris au Klub en bonne compagnie de Mlada Fronta, Faar et Hante (Event FB). On fait gagner deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert.

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Vidéo

Tracklisting

Doomsquad - Total Time (Bella Union / Hand Drawn Dracula, 29 avril 2016)

01. Who Owns Noon in Sandusky?
02. Pyramids on Mars
03. Collective Insanity
04. It's the Nail that Counts, Not the Rope
05. Solar Ass
06. Farmer's Almanac
07. The Very Large Array
08. Eat the Love
09. Russian Gaze


Sapin - Stories (PREMIERE)

Ne vous fiez pas au nom, les quatre types de Sapin ne descendent pas les Vosges en schlitte mais s’ébrouent plutôt dans le varech ou pas loin, parmi leurs contemporains rennais de Madcaps et Kaviar Special (lire notre chronique) dont ils partagent la nostalgie du garage rock — et dont ils partagent aussi le label, puisque leur nouvel album Smell Of A Prick, dont est extrait Stories à découvrir ci-dessous, sortira le 6 mai sur Howlin Banana en coprod avec Beasts Records. Et c’est sans doute de sa proximité avec la mer que le quatuor extrait la teinte surf qui colore le morceau mis en images par Dana Colin à travers plusieurs saynètes loufoques qui tournent en dérision et avec force anachronismes quelques indélicats moments de l’histoire des religions.

Vidéo (PREMIERE)


All Night Wrong - Maximum Torso (PREMIERE)

Présenté il y a déjà quelques mois (lire), le premier EP des Parisiens d'All Night Wrong est paru sur Svn Sns Rcrds le 27 janvier 2016. Porté à l'écran par Adnan Farzat, Maximum Torso nécessitait une explication de texte d'Alexandre Poveda, moitié du duo.

"J'habite en face d'une salle de sport ouverte 24h/24, je n'ai pas la télévision mais le spectacle offert au travers des encadrements de fenêtres la remplace largement. Il y a un côté assez hypnotique dans cette répétition de gestes mécaniques qui ont pour but de sculpter le corps de ceux qui se soumettent à ces exercices. Je suis donc spectateur quotidien de ce petit manège et me retrouve malgré moi dans une position de voyeur.

Il y a aussi un petit côté homo-érotique dans ce contexte essentiellement masculin, comme une version grandeur nature des blogs narcissiques des adeptes de musculation qui posent pour des selfies mettant en valeur leurs pectoraux. En un sens ces images immortalisent les efforts intimes et secrets que font ces gens afin d'avoir un corps à exhiber publiquement ou tout simplement pour se sentir mieux dans leurs pompes, simplement nous ne sommes pas ici dans le résultat mais dans le côté moins glamour, plus crasseux, le travail.

Dans son texte David évoque cette idée d'exhibitionnisme qui est le pendant du voyeurisme, on veut montrer ce que l'on pense maîtriser mais bien souvent les choses débordent du cadre normé que l'on s'était imaginé. J'ai composé cette ligne de TB 303 en regardant ces gens transpirer. Elle est répétitive, lourde, pas très fine, à l'image de leurs efforts plus ou moins coordonnés. Un jour mon ami photographe Adnan Farzat qui était lui aussi fasciné par l'animation de l'immeuble d'en face m'a dit qu'il voulait filmer des plans ce à quoi je lui ai répondu qu'on avait la bande son qui allait avec.

On a éteint les lumières de chez moi, mis un scotch noir sur la petite lumière rouge de la caméra et, à la manière d'un Peeping Tom, il a laissé la caméra tourner comme lorsque l'on balade son regard avec insistance mais sans vouloir se faire prendre, avec des yeux qui traquent mais qui se cachent derrière le zoom d'une focale."

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

All Night Wrong - S/T (Svn Sns Rcrds, 27 janvier 2016)

A1. Brain Wave Parameters
A2. Acqua Alta
B1. Self-Proclaimed Psychic
B2. Maximum Torso


Momentform - Order (PREMIERE)

Ianis Lallemand n'est pas du style à effeuiller la discographie de son projet Momentform, somme toute de plus en plus remplie, via un même label, prenant ainsi acte d'affinités, que l'on observe partout ailleurs, presque trop confortables. Non, l'oiseau rare se fait volage lorsqu'il s'agit de retranscrire matériellement la beauté froide et mélancolique de ses compositions sur objet vinylique. Ainsi, après le W.T. Records de Willie Burns, le Londonien New Ideals (lire) et le label zurichois Lux Rec emmanché par le duo Daniele Cosmo & Dominik Faber (lire), celui qui nous a récemment concocté une mixtape quatre étoiles pour noctambules avertis, à réécouter par ici, vient émailler d'une lascive caresse synth-wave instrumentale les épaules déjà bien solide des Hollandais d'Electronic Emergencies - tout juste dealer d'un conséquent LP de Popsimonova et dont on a longuement parlé il y a peu (lire). Avec le maxi Lapse, sorti physiquement le 21 mars dernier à paraître digitalement le 11 avril prochain, le Parisien donne une coloration d'autant plus spectrale à ses tribulations que l'on se prend à ériger celles-ci en habillage sonore d'un monde définitivement déshumanisé, où les individus ploient sous l'arrogance de plus en plus démesurée de leurs propres constructions. Entremêlant considérations architecturales, notamment par le biais de ses vidéo-clip auto-produits comme celui d'Order à découvrir ci-après, et linéarités synthétiques minimalistes, l’orfèvre des claviers et boîtes à rythmes prend le pli, sans jamais tomber dans le piège de la redite, de figurer sensiblement un monde où l'homme n'est plus que contingence. Soit un pessimisme suspensif véritablement obnubilant.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Momentform - Lapse 12" (Electronic Emergencies, 11 avril 2016)

01. Monument
02. Path
03. Order
04. Memorial


IXVLF - Course (PREMIERE)

Le label Berlinois Unknown Precept, drivé d'une main de maître par un Jules Peter qu'on ne présente plus (lire), lance dans son grand bain contaminé de BPM corrosifs et de voix concassées l'énigmatique producteur Connor Clasen qui écrit la toute première ligne à la discographie de son projet IXVLF. Aux antipodes d'être dégueulasse pour une introductive missive sur bandes magnétiques intitulée Language Of et disponible depuis le 26 février dernier, tout en cousant ses salmigondis rythmiques d'une même tambouille crasse que les Nick Klein ou Profligate - en moins bas du front - que l'on retrouve sur cette même structure aux fondations biens ancrées entre techno et noise, loin des dancefloors mondains, le jeune homme , né à Saint-Louis mais résidant à Chicago, s'inscrit dans la parfaite filiation des précédentes cassettes du label dénombrant jusqu'à présent Maoupa Mazzocchetti (lire), S. English et Eindkrak (lire). Dire que l'on est addict est une bien faible litote, la vidéo de Course réalisée par Gaëtan Bizien écarquillant avec un certain plaisir délétère nos rétines. IXVLF sortira son premier EP vinyle sur Unknown Precept plus tard cette année.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

IXVLF - Language Of (Unknown Precept, 26 février 2016)

A1. Course
A2. Golden Horde
A3. Stregheria
B1. Dicot
B2. Corata
B3. Walls


The Savage Young Taterbug - The Paperstud

Shawn Reed, l'instigateur du label Night People 100% DIY 100% weirdo pour lequel on a une inaltérable estime (lire), prévient d'emblée sur la note de présentation cette première sortie vinyle de The Savage Young Taterbug : "pour ceux qui le suivent depuis ses débuts, l'attente a valu le coup". Qu'en est-il ? Charles Free, l'homme derrière Taterbug, a préalablement réalisé quatre sorties cassettes sur cette même structure dont l'inaugural River Mortis en 2009 distillant une noise-folk aux lointains accents soul. Capable en une poignée de morceaux de faire passer n'importe quel compositeur pour un incurable excité, le Californien à la voix délicieusement nasillarde délaisse quelque peu sur ce magnifique et récent effort Shadow of Marlboro Man, paru le 8 mars dernier dans un très soigné écrin vinylique, ses tâtonnements lo-fi pour offrir quelques scintillantes balades pop surfant sur les mêmes rivages d'un Jeans Wilder codéiné (lire). La vidéo signée John Pope de The Paperstud est une preuve tangible de sa formidable intemporalité.

Vidéo

Tracklisting

The Savage Young Taterbug - Shadow of Marlboro Man (Night People, 8 mars 2016)

01. The Paperstud
02. Taxi Fantasma
03. Victor the Vapor Rubber
04. Scotts Gravy
05. Well Done Honey and the Speaker Tan


H ø R D - Lines

Dans Focus On Light, debut album de H ø R D distribué par Giallo Disco Records, le Bordelais traduit la même amertume mélancolique que ses aïeux darkwave à l’imagerie gothique, de KaS Product à Trisomie 21, qu’il refroidit d’une synthwave industrielle, glaçante et sombre comme le jais des plumes qui recouvrent la pochette de ce premier effort. Happé par ses propres ténèbres, Sébastien Carl donne effectivement le sentiment de courir après la lumière, de s’égarer dans l’éternité d’une perspective diaphane dont les lignes se croisent aux environs de l’infini, peut-être même à l’horizon de l’existence, comme le sous-tend le clip du bien-nommé Lines à apprécier en avant-première ci-dessous.

Sur fond de fauconnerie tournée à l’action cam, la vidéo, dont l’unique ressort est une déroute agonisante à la conclusion implicite, est une allégorie à suspens sur la vanité de la fuite et les dérobades pour repousser l’inéluctable. La prédation comme thème, la clarté comme finalité, et l’omniprésente morbidité de notre condition vue à travers les yeux et les instruments de H ø R D résonnent comme une mise en garde. Car si au bout de la ligne on perçoit la lumière, elle est surtout salvatrice pour celui qui en connaît les dangers, sinon elle n’est que l’épilogue funeste d’une illusion du salut. On pourrait appeler ça le syndrome du moustique.

Vidéo

H ø R D - Lines

Audio

H ø R D - Focus On Light (Giallo Disco Records, 15 février 2016)


Tsantza - Surin I (PREMIERE)

Le duo Parisien réducteur de têtes Tsantza donnera une suite le 7 mars prochain à son premier maxi cassette, paru en octobre 2014 sur Svn Sns Rcrds (lire), via un second volume s'inscrivant dans une même lignée, à la fois tonale et graphique. Doublement animé d'une volonté d'économie de moyens dans le matériel utilisé et d'une démarche méthodique dans la restitution de leurs enregistrements live aux entournures improvisées, les deux échappés de Night Riders poursuivent leurs desseins analogiques avec des armes aussi tranchantes rythmiquement que celles préalablement usitées, taillant intentionnellement dans la lourdeur des entre-chocs électroniques. Imprimant rotativement une cohorte de motifs sonores savamment triturés en contre-fort d'un balancement matriciel tutoyant les tambours de l'occultisme, Tsantza affute avec superbe son Silex et pose à grands fracas ses Surin sur la table, dont le premier qui se voit affublé d'une vidéo auto-produite, à découvrir ci-après, presque aussi indiciblement dérageante que n'est hypnotisant son substrat hardware.

Video (PREMIERE)

Tracklisting

TSANTZA - II - Tape EP (Svn Sns Rcrds, 07 mars 2016)

1. Silex
2. Surin I
3. Surin II


Infinite Fields - Signal (PREMIERE)

Second maxi pour Infinite Fields, seconde sortie pour Quanta Records, label parisien par ailleurs grand pourvoyeur de podcasts. Après l'inaugural Fraction Of Time sorti l'année passée, aux linéarités club mais aventureuses, Aloïs Vandecandelaere et Michaël Laidet resserviront le 26 février prochain avec Volna une nouvelle saucée d'électronique onirique au carénage rythmique autrement plus intense. Se matérialisant dans l'espace sonore telles d'hédonistes odyssées à la production minutieuse que l'on retrouve du côté de la Border Community ou de l'Allemand Beach Coma, les chrysalides synthétiques du duo imprègnent l'écoute d'une sensation de voyage introspectif et immersif, précisément celle portée à l'image par Grama et Lucas Doppelt pour le single Signal à découvrir ci-après. Du fait d'une réalisation sensible et ludique, l'œil se love au cul d'une 308, objet de toutes les virtualités, si bien que l'ensemble fait admirablement corps pour soutirer une attention amplement méritée.

Vidéo (PREMIERE)

Audio

Tracklisting

Infinite Fields - Volna (Quanta Records, 26 février 2016)

A1. Olga
A2. Drawner
B1. Signal
B2. Olga (Apologue Remix)

InfiniteFields


Teto 2 - Here's To The Day (PREMIERE)

Le jeune label Brestois Scandinavian Crush, dont la première sortie signée Orange Red (lire) nous avait tout autant émoustillé que son objectif affiché de cultiver amoureusement le fantasme pop scandinave, sortira le 22 février prochain sur supports physique et digital l'énigmatique projet de Johan Norberg, originaire de Stockholm, dénommé Teto 2. Sorte de confrontation amniotique entre ambient et shoegaze, chill-wave et dream-pop, les instrumentations du Suédois s'intiment telles d’insouciantes réminiscences texturées des introspectives divagations chères au mancunien Vini Reilly et The Durutti Column, plongeant sa délicate prosodie mélodieuse entre structure rythmique répétitive et guitares à la verve chancelante. On se laisse porter sans effort, profitant même de la mise en image de ce second extrait à découvrir ci-après, Here's To The Day, pour prendre littéralement vacances de notre quotidien.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Teto 2 - Alta (Scandinavian Crush, 22 février 2016)

01. Atla
02. Outside
03. Here's To The Day
04. Moon
05. Happy All The Time
06. Million Miles
07. Sleep
08. Pale Blue Dot
09. Million Miles (RxGibbs Remix)


Bourgeois Earth - Where Is The Sun? (PREMIERE)

En plein contexte météorologique scélérat, Bourgeois Earth vient de Sydney tiédir nos oreilles engourdies d’une pop flâneuse comme un dimanche de mai avec Where Is The Sun?, premier extrait de son album Tomato, Tomatö à paraître prochainement chez Dinosaur City. L’esthétique résonne à l’anglaise (pizzicato/clavecin) mais contourne les pièges du genre par une approche DIY bricolée façon one man band, et les arrangements un peu trop classieux des cordes sont équilibrés par un fond cheap d’accords et rythmique minimalistes au synthé de brocante.

La pop de Nicholas Griffith flirte avec le lo-fi en évitant tout à la fois un parti pris crade et une prise au sérieux discréditante, et c’est traduit par une vidéo du même acabit, bidouillée de ses propres mains à partir de rushes capturés chez lui à Sydney ou chez ses parents. Faussement arty et agréablement potache, elle met en scène Griffith lui-même dans la peau d’un crooner de karaoké se caricaturant devant les haies et clôtures qui serviront de fond vert à son montage, dans lequel il n’hésite pas à balancer du flare sur des poubelles et à déboulonner tous les clichés bucoliques des clips de ces trente dernières années. Réjouissant. À ne pas louper, le solo de mélodica.

Vidéo (PREMIERE)