House Of Wolves - Love Is A War

Au détour de deux albums aussi indispensables qu'atypiques dans le paysage musical actuel, Rey Villalobos, officiant sous l'appellation d'House Of Wolves, a su rendre ses lettres de noblesse au Folk empreint d'une extrême délicatesse et reprendre les choses là ou Elliott Smith les avaient si tristement laissées à l'orée de ce millénaire. Si son premier essai, Fold In The Wind, avait posé les bases de ce retour aux sources (lire ici), Daughter Of The Sea (lire ici), l'année dernière, avait dépassé nos plus folles espérances plongeant toute âme prête à se perdre dans ces compositions d'une  bouleversante authenticité et d'une rare pureté dans un état de douce béatitude.

L'annonce d'un nouvel album du Californien dont la sortie est prévue le 16 septembre prochain sur le label français Discolexique doit donc d'ores et déjà être considéré comme un événement majeur de cette année musicale, espérant que cette parution n'aura d'intimiste que la beauté des pépites qu'assurément elle contiendra. Pour vaincre cette attente déjà trop longue, Rey Villalobos nous gratifie d'une nouvelle composition, Love Is A War, hommage à son grand père ayant combattu durant la seconde guerre mondiale, qui apparaitra en bonus track sur l'édition vinyle de ce prochain essai à paraître. Une orchestration un peu plus poussée ne délaissant cependant nullement la fragilité et l'intensité émanant des compositions de ce songwriter hors-pair laisse présager de bien belles découvertes à venir. Pas encore les vacances, déjà vivement la rentrée !

Vidéo

House Of Wolves - Love Is A War
Vidéo par Tyler T. Williams


Jardin - Naked Friends

On s’ennuie parfois des 90’s, cette décennie où on ne sentait alors que le manche du balais que la fin des Trentes Glorieuses nous a mis dans les reins, cette époque où le caractère social de la musique électronique se limitait surtout à prendre son ecsta et mouliner des bras avec ses potes. Mais Jardin n’est pas de cette génération, il est de celle, lucide et engagée, qui mélange le relâché de la danse et la conscience sociale. Parce que ouais, on peut mouliner des bras comme une éolienne et faire passer ça pour un geste écolo. Héritier du chiptune, de la tech house, de la vaporwave enfin, cette mouvance artistique 2.0 nourrie à l’internet des GIF à dauphin et sapée par Roberto Piqueras, Lény Bernay est lui aussi un écolo de la musique, triant consciencieusement les déchets laissés par la génération précédente et recyclant ce qui peut l’être. Et il en reste, à condition de connaître ses classiques en chopped and screwed, de travailler son sampling et ses boucles expérimentales et de savoir balancer quand il faut des kicks de gabber et des snares boulimiques qui avalent les aigus.

Bernay fait danser, et son dancefloor est un remblai de zone industrielle fait des gravats de notre société de consommation à l’implosion imminente. C’est un message fort qui rattrape la quasi absence de paroles par une crudité des titres sur le rapport social/amoureux (Mon Amour n’a pas de Sexe), l’esclavagisme moderne (Ambition SBAM+) ou la décroissance (Highway to Post-Capitalism). Et si dans son approche Jardin appelle à quelque fatalité mélancolique, c’est pour mieux s’en extraire, là par le clubbing, plus tard en brûlant les idoles, ce qu’il entame déjà dans un rapport subversif aux productions de ses aînés ravers. Naked Friends, à écouter en exclu ci-dessous avant la sortie prochaine de l’album Post Capitalist Desires sur Le Turc Mécanique, est un sobre mais efficace échantillon de la « dégénéredanse » de Jardin, instantané résiduel fixé le temps d’un Snapchat flou, en pleine spontanéité sociale aussitôt diluée dans une nouvelle effervescence. Produit assumé et critique d’une société cadencée à 140 BPM et fréquencée à 70 Hz, Lény n’a pas l’esprit du punk à nager contre le courant: né dans le flux, il en appuie le débit pour révéler ses contradictions et excès. Pour s’en rendre compte, le mieux est encore d’aller le voir en live à la release party de Post Capitalist Desires le 19 juin au Zorba (event FB).

Audio premiere

Jardin - Naked Friends (Live)

Tracklist

Jardin - Post Capitalist Desires (20 juin 2016, Le Turc Mécanique)
01. Mon amour n'a pas de sexe
02. Blackfish
03. Naked Friends (live)
04. Nuage Noir
05. Ambition SBAM+ (ft. Tiphaine Larrosa)
06. Highway To Post-Capitalist (ft. Loïc Lachaize)
07. Ghost Dance
08. Childhood Desires (Live)
09. I Believe In Chaos


Brian Case - DCIN (PREMIERE)

S'il a l'habitude d'envoyer des bordées de décibels avec son groupe Disappears à l'impeccable discographie sur Kranky, Brian Case livrera le 27 juin prochain via les labels Hands in the Dark et Negative Days un premier album solitaire dans la lignée ambient de son duo avec Justin Walter, Bambi Kino Duo - auteur de la récente cassette See Heat sur International Anthem Recording Company. Intitulé Tense Nature, l'album déploie une lumineuse circularité, étant échafaudé sur le concept de boucles sonores nourries de guitare et de batterie que notre homme a échantillonné, plongeant l'auditeur averti dans un entre-lacs de fausse quiétude, où les soupçons fantasmagoriques d'un univers dystopique s'amoncellent à mesure que les morceaux s’imprègnent d'abstraction, d'expérimentation et d'une certaine dose d'improvisation. Le vespéral morceau DCNI, à écouter ci après en exclusivité, en témoigne fidèlement.

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Brian Case - Tense Nature (Hands in the Dark, 27 juin 2016)

01. Active Enemy
02. Brother John
03. DCIN
04. Drum Gun II
05. Drum Gun
06. IKEE
07. Japanese Version
08. Pattern 1
09. Sisix
10. Zero Key
11. Tense Nature
12. 7D


H.U.M. - Cat-man-Do (PREMIERE)

Après une première cassette l'année passée sur Bumtapes, We Are One, la triade pan-européenne H.U.M. composée des musiciens (H)eloïse Zamzam, Olmo (U)iutna et (M)ark Wagner - d'où le sigle pouvant s'étendre aussi à leurs ambitions musicales de fomenter un univers parallèle Hypnotic Ultrasonic Magick - , sortira le 17 juin prochain son premier album très justement intitulé Trinity Way sur l'excellent Rocket Recordings (lire) et bien décidé à explorer les tréfonds de "l'Inconnu" pour y déceler le "(Re)-nouveau". Sorte de chemin de la perception dévoyé, n'empruntant pas les raccourcis binaires qu'impose le quotidien pour se satisfaire des sinuosités exploratoires qu'offrent la méditation et la transe, l'ensemble s'inscrit dans le prolongement des expériences de chacun - Heloïse et Olmo ont fondé le micro-label Zamzamrec quand Mark Wagner a collaboré à de nombreux projets dont GNOD et Ahrkh Wagner - mais avec ce quelque chose en plus qui se cristallise sur l'expression d'une volonté commune d'expansion de la conscience, par le biais d'un prisme embrassant des vertus de l'improvisation: méandres psychédéliques, répétitions mantriques et syncrétisme noise. L'écoute, aussi immersive que psycho-active, en appelle biens d'autres et c'est avec un plaisir non feint que l'on présente ci-après la mise en images du morceau Cat-man-Do révélant bruyamment la fixité mystique d'un regard félin - nonobstant le jeu de mots.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

H.U.M. - Trinity Way (Rocket Recordings, 17 juin 2016)

1. L.O.V.E
2. L'Ame Agit
3. Cat-Man-Do
4. Welcome To The Sea
5. A Maze In Grace
6. Under Neith
7. Eternally Yours


Appalache - End Of The Road (PREMIERE)

Bien entouré de ses proches - avec sa femme pour les chœurs, Romain Barbot, instigateur du label Blwbck et moitié de Saåad, pour l'artwork, Grégory Hoepffner d'Almeeva au mastering et The Ninous lorsqu'il s'agit de jouer sur scène - , le multi-instrumentiste Julien Magot remet en scelle son one-man-band Appalache avec un nouvel LP à paraître le 6 mai prochain, intitulé Tiny Love Billionaire, et ce, via Blèch Records - jeune label créé à cet effet. Après Sourire en 2012 co-réalisé par Bookmaker Records et BLWBCK (lire), puis Achievement March en 2013 sur le seul BLWBCK (lire), le Parisien revient en solitaire aux affaires, lui qui préside à la batterie du désormais ensemble Henryspenncer (lire), histoire d'assumer, avec une verve shinny pop aussi libérée que sa pilosité, un incontestable talent pour faire mûrir dans nos cerveaux harassés les germes des beaux jours et des voyages aux confins d'une Amérique fantasmée. Véritable ode rassérénée au bonheur de l'itinérance, Tiny Love Billionaire se dévoile par un premier extrait à découvrir ci-après, End Of The Road, gageure estivale au refrain entêtant et à la mélodie irradiée d'un soleil plus qu'accommodant. De quoi faire converger une sacré cohorte d'hédonistes à la release party de l'album prévue le 6 mai au Bus Palladium (Event FB).

Audio (PREMIERE)

Tracklisting

Appalache - Tiny Love Billionaire (Blèch Records, 6 mai 2016)

01. Be My Bed
02. Sail
03. Cairo
04. End Of The Road
05. Rich
06. No Way Out
07. Paul Hogan
08. Holly All Down
09. Swim In Clouds


Doomsquad - Pyramids on Mars

Deux ans après leur luxuriant premier album Kalaboogie (lire), le trio Canadien Doomsquad reprend ostensiblement les affaires là où il les avaient quitté, dans le prisme d'une nébuleuse ethno-électronique chapardant à tous les râteliers pour exhumer ses propres incantations mélodiques. Allie Blumas, Jaclyn Blumas et Trevor Blumas ne peuvent être plus clair sur Total Time, à paraître via Bella Union et Hand Drawn Dracula le 29 avril prochain, dans le refus de toute classification trop aisée, préférant, auréolés de quelques certitudes, laisser libre court à leur inspiration, leur affect et inévitablement à leur cosmologie, enfantant par là même avec ce disque une créature polymorphe et euphorisante que n'auraient aucunement renié les maîtres Rainbow Arabia et Gang Gang Dance - aujourd'hui dépassés dans cette science du syncrétisme. Après avoir révélé Solar Ass en février, dédié à un âne, les Doomsquad ont récemment laissé filtrer une mise en images bien pétée de Pyramids on Mars, signée Ghostprom & Trevor Blumas, dont on ne préjugera pas la signification mystico-chamanique.

Concours

Le 20 prochain, Doomsquad sera en concert à Paris au Klub en bonne compagnie de Mlada Fronta, Faar et Hante (Event FB). On fait gagner deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d'amour à l'adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert.

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Vidéo

Tracklisting

Doomsquad - Total Time (Bella Union / Hand Drawn Dracula, 29 avril 2016)

01. Who Owns Noon in Sandusky?
02. Pyramids on Mars
03. Collective Insanity
04. It's the Nail that Counts, Not the Rope
05. Solar Ass
06. Farmer's Almanac
07. The Very Large Array
08. Eat the Love
09. Russian Gaze


Accident Du Travail – Queen's Funeral

Le drone titille cette frange de la perception où l’oreille, sollicitée simultanément par plusieurs notes allongées, s’engourdit et définit un niveau de perception qui n’est plus celui du silence interrompu par le bruit, mais celui du bruit continu, hypnotique, préparatoire. C’est une sortie en douceur de la zone de confort habituelle qui nuance les autres sons, et sur laquelle Olivier Demeaux (tiers de Cheveu et moitié d’Heimat) et Julie Normal s’appuient pour façonner l’environnement de leur Très Précieux Sang, à paraître le 22 avril prochain en vinyle sous l’incarnation Accident du Travail et sur le label londonien The Trilogy Tapes.

Faisant suite à un précédent Noir Pays et s’étirant sur sept minutes, Queen’s Funeral se lit en effet comme une marche funèbre où le bourdon du campanile ne s’arrêterait plus de vibrer, suspendant le temps, filtrant les accords lents d’un organiste sans chœur pour le soutenir et le field recording qui sert de paysage à une déambulation mesurée et solennelle. Le souffle (le dernier de la reine?) exhalé par l’enregistrement même permet aux ondes Martenot de disperser leur douceur et leur polyphonie, et on appréciera l’usage minimaliste qui est fait ici de cet instrument voisin du thérémine plus couramment utilisé dans le classique contemporain.

Audio

Accident Du Travail – Queen's Funeral


Sapin - Stories (PREMIERE)

Ne vous fiez pas au nom, les quatre types de Sapin ne descendent pas les Vosges en schlitte mais s’ébrouent plutôt dans le varech ou pas loin, parmi leurs contemporains rennais de Madcaps et Kaviar Special (lire notre chronique) dont ils partagent la nostalgie du garage rock — et dont ils partagent aussi le label, puisque leur nouvel album Smell Of A Prick, dont est extrait Stories à découvrir ci-dessous, sortira le 6 mai sur Howlin Banana en coprod avec Beasts Records. Et c’est sans doute de sa proximité avec la mer que le quatuor extrait la teinte surf qui colore le morceau mis en images par Dana Colin à travers plusieurs saynètes loufoques qui tournent en dérision et avec force anachronismes quelques indélicats moments de l’histoire des religions.

Vidéo (PREMIERE)


Skeppet - Deluxe (FULL STREAM)

Le duo Skeppet, réunissant les multi-instrumentistes Andreas Malm et Henrik Wallin sur l'autel d'un psyché-kraut lo-fi, n'avait, mis à part son LP Phase 3 ‎sorti en 2004 sur le label Californien Not Not Fun Records, édité que quelques cassettes à tirages ultra-limité, plus qu'impossible à dénicher pour qui aime laisser divaguer son esprit sur une motorik cramée d'opiacés. C'est ainsi que la structure de Britt Brown a compilé en décembre dernier les travaux des deux Suédois sur la période 2006-2010, faisant par la même résonner leurs odes cosmiques à l’introspection et au voyage intérieur avec leur travail quotidien au sein du label Kosmisk Väg - ou Routes Cosmiques en français dans le texte. Soit une véritable mine d'or à découvrir ci-après en intégralité.

Audio (FULL STREAM)

Tracklisting

Skeppet - Deluxe (Not Not Fun, 18 décembre 2015)

01. Saluto!
02. Coast Rider
03. Inbjudan Till Trance
04. Perfekt Skugga
05. Inåt Landet
06. Tripolitania
07. Skog Och Jord
08. Sargasso


All Night Wrong - Maximum Torso (PREMIERE)

Présenté il y a déjà quelques mois (lire), le premier EP des Parisiens d'All Night Wrong est paru sur Svn Sns Rcrds le 27 janvier 2016. Porté à l'écran par Adnan Farzat, Maximum Torso nécessitait une explication de texte d'Alexandre Poveda, moitié du duo.

"J'habite en face d'une salle de sport ouverte 24h/24, je n'ai pas la télévision mais le spectacle offert au travers des encadrements de fenêtres la remplace largement. Il y a un côté assez hypnotique dans cette répétition de gestes mécaniques qui ont pour but de sculpter le corps de ceux qui se soumettent à ces exercices. Je suis donc spectateur quotidien de ce petit manège et me retrouve malgré moi dans une position de voyeur.

Il y a aussi un petit côté homo-érotique dans ce contexte essentiellement masculin, comme une version grandeur nature des blogs narcissiques des adeptes de musculation qui posent pour des selfies mettant en valeur leurs pectoraux. En un sens ces images immortalisent les efforts intimes et secrets que font ces gens afin d'avoir un corps à exhiber publiquement ou tout simplement pour se sentir mieux dans leurs pompes, simplement nous ne sommes pas ici dans le résultat mais dans le côté moins glamour, plus crasseux, le travail.

Dans son texte David évoque cette idée d'exhibitionnisme qui est le pendant du voyeurisme, on veut montrer ce que l'on pense maîtriser mais bien souvent les choses débordent du cadre normé que l'on s'était imaginé. J'ai composé cette ligne de TB 303 en regardant ces gens transpirer. Elle est répétitive, lourde, pas très fine, à l'image de leurs efforts plus ou moins coordonnés. Un jour mon ami photographe Adnan Farzat qui était lui aussi fasciné par l'animation de l'immeuble d'en face m'a dit qu'il voulait filmer des plans ce à quoi je lui ai répondu qu'on avait la bande son qui allait avec.

On a éteint les lumières de chez moi, mis un scotch noir sur la petite lumière rouge de la caméra et, à la manière d'un Peeping Tom, il a laissé la caméra tourner comme lorsque l'on balade son regard avec insistance mais sans vouloir se faire prendre, avec des yeux qui traquent mais qui se cachent derrière le zoom d'une focale."

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

All Night Wrong - S/T (Svn Sns Rcrds, 27 janvier 2016)

A1. Brain Wave Parameters
A2. Acqua Alta
B1. Self-Proclaimed Psychic
B2. Maximum Torso


Momentform - Order (PREMIERE)

Ianis Lallemand n'est pas du style à effeuiller la discographie de son projet Momentform, somme toute de plus en plus remplie, via un même label, prenant ainsi acte d'affinités, que l'on observe partout ailleurs, presque trop confortables. Non, l'oiseau rare se fait volage lorsqu'il s'agit de retranscrire matériellement la beauté froide et mélancolique de ses compositions sur objet vinylique. Ainsi, après le W.T. Records de Willie Burns, le Londonien New Ideals (lire) et le label zurichois Lux Rec emmanché par le duo Daniele Cosmo & Dominik Faber (lire), celui qui nous a récemment concocté une mixtape quatre étoiles pour noctambules avertis, à réécouter par ici, vient émailler d'une lascive caresse synth-wave instrumentale les épaules déjà bien solide des Hollandais d'Electronic Emergencies - tout juste dealer d'un conséquent LP de Popsimonova et dont on a longuement parlé il y a peu (lire). Avec le maxi Lapse, sorti physiquement le 21 mars dernier à paraître digitalement le 11 avril prochain, le Parisien donne une coloration d'autant plus spectrale à ses tribulations que l'on se prend à ériger celles-ci en habillage sonore d'un monde définitivement déshumanisé, où les individus ploient sous l'arrogance de plus en plus démesurée de leurs propres constructions. Entremêlant considérations architecturales, notamment par le biais de ses vidéo-clip auto-produits comme celui d'Order à découvrir ci-après, et linéarités synthétiques minimalistes, l’orfèvre des claviers et boîtes à rythmes prend le pli, sans jamais tomber dans le piège de la redite, de figurer sensiblement un monde où l'homme n'est plus que contingence. Soit un pessimisme suspensif véritablement obnubilant.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

Momentform - Lapse 12" (Electronic Emergencies, 11 avril 2016)

01. Monument
02. Path
03. Order
04. Memorial


Nisennenmondai - A' (Live In Dub)

Après une déja pléthorique discographie esquissée via les labels nippons Bijin Record et Beat Records, Masako Takada, Sayaka Himeno et Yuri Zaikawa, qui forment Nisennenmondai - trio dressant un pont lysergique, charriant l'hypnose, entre no wave anguleuse et kraut propulsif - , ont décidé de franchir le Pacifique, et pourquoi pas une étape, en transgressant la lisière d'un underground qu'elles ont déjà sillonné aux quatre coins du globe - dont une paire de fois à Paris (lire). Déboulant sur le On-U Sound d'Adrian Sherwood, le mec qui a sur son CV de producteur Primal Scream et Depeche Mode et qui a plus que collaboré à l'enregistrement dudit album, les Tokyoïtes remettent au goût du jour #N/A, initialement paru l'année dernière sur Beat Records, agrémenté de deux versions dub captées live par le même Sherwood. C'est l'une d'elle, A' (Live In Dub), dont on peut se fader les treize minutes et quelques ci-dessous avec un bonheur certain, qui mettra évidement la puce à l'oreille aux amateurs de grosses baffes scéniques.

Audio

Teaser

Tracklisting

Nisennenmondai - #N/A (On-U Sound, 1er avril 2016)

1. # 1
. 2 2 #
3. N ° 3
. 4 N ° 4
. 5 5 #
6. A-1 '(Live In Dub)
. 7 B-1 '(Live In Dub)


IXVLF - Course (PREMIERE)

Le label Berlinois Unknown Precept, drivé d'une main de maître par un Jules Peter qu'on ne présente plus (lire), lance dans son grand bain contaminé de BPM corrosifs et de voix concassées l'énigmatique producteur Connor Clasen qui écrit la toute première ligne à la discographie de son projet IXVLF. Aux antipodes d'être dégueulasse pour une introductive missive sur bandes magnétiques intitulée Language Of et disponible depuis le 26 février dernier, tout en cousant ses salmigondis rythmiques d'une même tambouille crasse que les Nick Klein ou Profligate - en moins bas du front - que l'on retrouve sur cette même structure aux fondations biens ancrées entre techno et noise, loin des dancefloors mondains, le jeune homme , né à Saint-Louis mais résidant à Chicago, s'inscrit dans la parfaite filiation des précédentes cassettes du label dénombrant jusqu'à présent Maoupa Mazzocchetti (lire), S. English et Eindkrak (lire). Dire que l'on est addict est une bien faible litote, la vidéo de Course réalisée par Gaëtan Bizien écarquillant avec un certain plaisir délétère nos rétines. IXVLF sortira son premier EP vinyle sur Unknown Precept plus tard cette année.

Vidéo (PREMIERE)

Tracklisting

IXVLF - Language Of (Unknown Precept, 26 février 2016)

A1. Course
A2. Golden Horde
A3. Stregheria
B1. Dicot
B2. Corata
B3. Walls


Terdjman - Ov Control

Patronyme avant d’être un pseudo scénique, Terdjman enracine son étymologie dans le mot arabe « tourdjoumân », un interprète ottoman. C’est la musique une fois encore vue comme vecteur universel, elle-même médium de l’interprète chanteur, mais se suffisant aussi — comme s’y entend Nicolas Armand quand il traduit par un jeu de modulations rauques et stridentes une angoisse métaphysique sur fond d’iconographie religieuse — d’une exploration sonore pour transmettre directement de l’objet au tympan, sans autre intermédiaire que les ondes parcourant l’espace, un message de l’affect. Au langage devenu superflu et contournant ainsi notre malédiction babélienne, Terdjman substitue le signifiant-son, la linguistique phonique et ses syllabes douées d’émotion brute à défaut de parole.

Dans Ov Control, son dernier LP à paraître demain sur Tripalium et en écoute intégrale et exclusive ci-dessous, le drogman parisien arrondit son vocabulaire d’une approche techno qu’on lui a déjà connue sur Alphonse Louis, et dont il infléchit le discours industriel d’incursions bruitistes (Skullfuck Ritual) et de sombres plages ambient (Séance Disciplinaire). C’est une oraison noire à la syntaxe ritualisée faisant le lien entre une liturgie cabalistique et ses formes les plus expressives, quelque part entre le kick pesant de Stella Matutina et la rondeur organique de l’éponyme et conclusif Ov Control. À l’oreille l’impression est double, sensation d’un côté, séquelle physique de l’autre, marquant l’écoute comme on marque le cuir d’une bible hermétique, de ce genre d’artefacts fétiches du black metal dont s’inspire Terdjman pour s’extraire des cloisonnements stylistiques de la techno contemporaine. On échappe au pire, le black metal c’est aussi ça.

La release party d'Ov Control se tiendra vendredi 1er avril au Supersonic en compagnie de Paulie Jan, Ramcé, Gakona et Paris Acid Boys - event FB.

Vidéo

Terdjman - Skullfuck Ritual

Full stream

Terdjman - Ov Control (Tripalium, 31 mars 2016)


Murray CY - 80s Cassette Edits

Alerte. Le dénommé Murray CY s'efforce, à raison, depuis 2014 de combiner via une série de compilations à la fois cette techno crade et bruitiste qui jase d'à peu près partout dans certains microcosmes, et cette nébuleuse expérimentale propre aux années 80, née du post-punk et de la musique industrielle. Via son label Contort Yourself, que l'on situerait à brûle-pourpoint à mi-chemin entre Clan Destine Records (lire) et Unknown Precept (lire), Le Glaswegien a ainsi tracklisté sur quatre EP vinyles des jeunes producteurs tels que Parrish Smith, Perseus Traxx, DJ Slugbug, Beau Wanzer, Prostitutes ou encore Volition Immanent - associant le précité Smith à Mark van de Maat - à certaines légendes et vétérans de l'underground EBM et synth-wave comme Zombies Under Stress, Esplendor Geométrico, Die Form ou Pankow - remixé notamment par Helena Hauff. Un art de l'équilibre donc, de la recherche et de la mise en cohérence historique de sonorités insufflant l'électronique dans la noirceur, mais aussi plus qu'une simple démarche de label, puisque piochant dans l'univers des diggers invétérés. Ce qui naturellement l'a poussé encore plus loin dans le cheminement emprunté, notamment par le dépoussiérage d'incroyables morceaux et groupes, pour la plupart oubliés et sortis à l'époque sur cassette, que notre homme a décidé de mettre à disposition en libre téléchargement via sa page Soundcloud. Une véritable mine appelée à connaître par la suite d'autres ajouts.

Audio

Tracklisting

Murray CY - 80s Cassette Edits (Contort Yourself, 11 mars 2016)

01. Portion Control - Collapsed (1983) (Murray CY Edit)
02. Tara Cross - Long Distance (1985) (Murray CY Edit)
03. Pornosect - Disinformation(1984) (Murray CY Edit)
04. JAR - Tag X (2nd Version) (1984) (Murray CY Edit)
05. Doxa Sinistra - Entomorbide (1982) (Murray CY Edit)
06. Influenza Prods - Muira Puamas (1986) (Murray CY Edit)
07. Brokenpaws & Weep O Mine Eyes - Vampires in the Trees (1988) (Murray CY Edit)