Rencontre avec Twin Daisies Records

l_562ac0612cbd46f288f5416566e0141cLe monde de la musique est rempli d'esthètes du quotidien aux convictions bien trempées. Le genre d'individus débordant d'enthousiasme et dont la capacité à transformer le réel  pourrait faire peur au plus forcené des syndicalistes.  Nous avons rencontré l'un deux, du côté de Nantes, là où justement la musique souterraine française est souvent parvenue à bousculer les partis-pris des décideurs d'en-haut. L'artiste en question n'est autre que Smith Smith, membre du groupe Lokka, dont le premier album Gold & Wax (Joint Venture Records, 2010) produit par le trop méconnu Oldman nous avait enfin permis d'écouter un groupe autre que canadien capable de nous réjouir avec autant d'envolées post-rock et qui, en défricheur patenté vient tout juste,  avec Twin Daisies Records, de créer sa petite entreprise de trésors cachés. Petit tour du propriétaire en une poignée de questions et surtout de réponses bien senties.

Que faisais-tu avant d'être patron de label ?

Je ne me considère pas vraiment comme patron de label mais je peux faire semblant ! Twin Daisies Records est encore jeune et pour le moment je me verrais plus comme quelqu'un qui tente de mettre des artistes en valeur avec peu de moyen... Sinon j'ai occupé mes dix dernières années à travailler en intérim avec quelques périodes de chômage.

D'où t'es venue cette idée un peu folle de créer, développer et gérer un label indépendant ?

Ça fait longtemps que l'idée à germé dans ma tête mais je ne me sentais pas la maturité de mener un tel projet... Et puis, au bout d'une petite dizaine d'années passées à autoproduire les albums de notre groupe Lokka et les compilations Molecules 5 j'ai eu le sentiment que c'était possible ! L'envie était au rendez-vous, j'avais tout le matériel à disposition et la foi alors je me suis lancé.

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Quels sont d'ailleurs les labels étrangers qui t'ont le plus influencé dans ton projet ? Autrement dit as-tu des modèles dans le domaine ?

Non je n'ai pas forcément de modèle type.  J'aime beaucoup les productions du label Constellation et j'apprécie les valeurs de Ruralfaune. A côté de cela il y a une multitude de micro-labels américains qui m'ont influencé par leur côté DIY...

Pourquoi d'ailleurs l'avoir décliné en sous-entités et quelles sont les particularités de chacune d'elles ?

Effectivement Twin Daisies Records est une sous-division de Joint Venture Records dont je suis aussi membre. Nous avons souhaité que nos projets communs ou personnels continuent d'être liés, cela devrait offrir d'ici peu une belle diversité musicale. Nous sommes trois à mener Joint Venture Records qui est en quelque sorte la maison mère qui produit les albums de Lokka, Fissa Fissa et bientôt Charles-Eric Charrier. (Oldman, ndlr) De mon côté j'ai lancé Twin Daisies Records en début d'année 2010 et Nico (un des membre de JVR) s'apprête à lancer Upupa Epops Records qui sera une nouvelle sous-division ! Nos labels personnels nous permettent d'exprimer d'autres visions avec une grande liberté tout en gardant le soutien et l'appui de Joint Venture Records.

Ton projet est marqué d'une identité et de valeurs fortes que tu défends, peux tu nous expliquer ce parti-pris ?

Il y a une telle ouverture sur la culture aujourd'hui via le net qu'il est un peu difficile de s'y retrouver parfois ! Tout me semble démesuré et flou, dématérialisé. J'ai tendance à me perdre... J'essaie juste de ramener cet ensemble vers une forme de simplicité en produisant de petites éditions limitées. Je souhaite que cela serve les personnes avec qui et pour qui je fais ça... Leur donner l'envie de perdurer et de mettre en avant leur travail. C'est cool d'avoir quelqu'un qui vous tend la main de temps en temps !

Est-ce plus facile à Nantes, ville , à l'instar de Bordeaux ou Angers, l'excellence musicale n'est plus à démontrer ?

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C'est vrai qu'il y a énormément de groupes intéressants à Nantes et que ça bouillonne ! Je viens d'ailleurs de produire 100 exemplaires de Pillow Pilots (Jf de Margo & Jc de Gong Gong).  Malgré tout, vis-à-vis de mon travail manuel de fabrication qui fait de moi un ascète je ne profite pas particulièrement du mouvement nantais. Et puis je ne cherche pas à devenir un label qui sortirait uniquement des groupes locaux, je préfèrerais trouver un équilibre entre le local et l'international.

Tu sors notamment tes albums sur format K7 ; est-ce que ça a encore un sens à l'ère du tout numérique ? L'objet musical n'a t il de valeur que sous un aspect physique et matériel ?

Je ne me pose pas la question de cette manière, ça m'aide à y répondre autrement. J'ai grandi avec les K7, j'ai aimé les K7 et j'aimerais produire des artistes sur K7.  Ca sonne un peu Francis Cabrel quand c'est dit de cette manière mais c'est aussi simple que ça. Et puis il y a des artistes qui désirent être produit sur ce format, ça revient beaucoup aux Etats-Unis tout comme le vinyle... Il me semble que les ventes de vinyles augmentent chaque année pendant que celles du CD s'effondrent, c'est assez significatif ! Les gens ont tendance à retourner vers l'objet et les belles pochettes et/ou téléchargent. Donc oui l'aspect physique et matériel apportent tout de même "une valeur" à un album mais ce n'est qu'un aspect. Le plus important reste la musique constituant cet album.

Comment imagines-tu l'industrie musicale dans dix ans ?

Sincèrement je n'en sais rien ! Peut-être comme un champ de bataille genre Verdun ! En tout cas il y aura encore des vinyles, c'est le seul truc dont je suis sûr !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu signes ? Comment les choisis-tu ?

Il y a deux choses qui comptent à mes yeux. Premièrement, il faut que le projet musical me touche sincèrement. Deuxièmement, il faut que je me sente en adéquation avec l'artiste et son projet. Quand ces deux conditions sont aux rendez-vous il n'y a plus de barrières et le reste se fait naturellement en général.

Peux-tu nous présenter tes prochaines sorties ?

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Hé bien il y a un album de Mike Bruno (USA) & un maxi de Pillow Pilots (France) qui viennent de sortir, pour parler un peu du présent. Sinon les prochaines sorties sont prévues pour la fin de l'année.
Il y aura un album de Berlikete (Italie) qui sortira sur CD-R. L'album est composé d'un seul morceau de 45 minutes qui ne cesse d'évoluer autour d'ambiances lourdes et hypnotiques... Une autre sortie suivra dans la foulée, ce sera D.En. Tout reste à définir, du coup je ne peux pas trop en parler ! Mais ce sera bien ! Dans les projets plus lointains, j'aimerais retravailler avec Mike Bruno.

Quels artistes rêverais-tu de signer ?

A Silver Mount Zion / Nisennenmondaï / Daniel Johnston.

As-tu des projets parallèles?

Oui quelques-uns. Je suis guitariste dans le groupe LOKKA, nous avons sorti notre premier album Gold & Wax en fin d'année dernière et nous travaillons en ce moment sur le prochain. Sinon je fais partie du collectif Molecules 5 et du label Joint Venture Records. Il m'arrive de sortir des albums en solo de temps en temps sous le nom de Smith Smith.

Pour finir, ta playlist idéale ?

01. A Silver Mount Zion - 1,000,000 Died To Make This Sound / 13 Blues For Thirteen Moons
02. Nirvana - Scentless Apprentice / With The Lights Out (disk 3)
03. The Velvet Underground - Heroin / The Velvet Underground And Nico
04. Daniel Johnston - Chord Organ Blues / Yip Jump Music
05. Oneida - Part 1 / Preteen Weaponry
06. Portishead - We Carry On / Third
07. Oldman - Ghosts / Two Head Bis Bis
08. Nisennenmondaï - Kyuukohan / Neji Tori
09. Mike Bruno - Halloween Moon / The Sad Sisters
10. P.i.l - Poptones / Metal Box
11. Sonic Youth - Stereo Sanctity / Sister
12. Angelo Badalamenti - The Pink Room / B.O. Twin Peaks (Fire Walk With Me)

Audio

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D.En -  Minutes


Thieves Like Us l'interview

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Après que Thibault ait défoncé allègrement le dernier LP de Thieves Like Us lors d'une récente publication, il me semblait évident de donner la parole à la défense. Pontus, batteur du groupe en question, s'en est chargé en citant un pote de Francis Zegut et en invoquant des arguments irrévocables tels la primauté des groupes jouant des « lives réellement lives » et le fait que nous, Français, ne comprendrons jamais réellement les musiciens étrangers.

Votre dernier CD a été mal reçu par mes collègues de la rédac et je me devais de faire contre-poids. Je pense qu'ils n'ont pas compris l'album qu'ils décrivent comme de la musique pour dancefloor juvénile. Perso, j'ai toujours perçu Thieves Like Us comme un groupe dédié à pas mal d'activités de la vie de tous les jours (cf. les pochettes de vos singles) mais en aucun cas comme un groupe « dancefloor ». Je suis dans le vrai ?

Déjà, on n'en a rien a foutre de ce qu'un jeune de seize ans avec des boutons pense de notre musique, ni de la musique en général. On fait de la musique parce que c'est un besoin. C'est notre vocation, il n'y a rien que l'on ne fasse mieux. C'est plus grand que des mots, des interprétations individuelles, et des fausses suppositions. Dirais-tu la même chose du blogging ? Le journalisme musical est, traditionnellement, un domaine qui attire les ratés. Pour citer notre ami David Lee Roth : "Les journalistes musicaux aiment Elvis Costello parce qu'ils ressemblent à Elvis Costello."

Maintenant pour répondre à ta question : Nous avons certains morceaux qui fonctionnent sur le dancefloor et d'autres qui fonctionnent mieux dans ton casque après une bouteille de Chablis et de la bonne herbe, mais nous ne sommes jamais juvénile, personne de réfléchi ne ferait cette supposition, ni ne la mettrait sur internet pour que tout le monde lise ça.

Drugs In My Body ressortait clairement du premier LP, le second semble plus homogène même si vous semblez accorder beaucoup d'importances au format single. Vous ne craignez pas de vous enfermer dans cette image de groupe à single ?

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Chaque année, internet raccourcit la durée d'attention de deux secondes. L'année prochaine elle n'existera plus. Personne ne télécharge un album entier sans avoir écouté au moins une chanson individuelle, les singles servent à attirer l'attention. Drugs In My Body servait comme appât (la dynamite ou le ver de terre) pour que les gens écoutent toute notre musique, même l'étrange album instrumental que l'on distribue gratuitement. Personnellement je préfère les albums, mais je suis une espèce en voie de disparition, et les albums le sont aussi, et cela fait un bon moment que je n'ai pas écouté d'album entier, du début à la fin.

Sur votre bio, j'ai lu que vous aviez créé le groupe en réaction à toute la musique électronique merdique que vous aviez écoutée/vue à Berlin. De quel type de musique parlez-vous ? Celle qui se fait derrière un laptop ? Vous concevez l'idée du live comme celle d'un groupe d'individus jouant de la musique avec de vrais instruments ?

Beaucoup de questions. La scène musicale en 2004, quand nous avons commencé a faire de la musique, n'était pas super. Le meilleur album de 2004 était Destiny Fulfilled. La scène berlinoise était particulièrement merdique, avec des gars perchés sur leur laptop, plissant les yeux à la foule... ou pire, des kids faisant des performances, se cachant derrière l'art pour ne pas montrer leur manque de talent et le fait qu'ils font du playback.Je comprends l'utilisation de loops et d'un backing track, même nous le faisons sur certaines chansons, mais ça devrait être aussi modéré que possible. Je comprends que tu ne puisse pas amener toute ta section cuivres en tournée, mais quand une personne est sur scène, elle devrait jouer ou foutre le camp. Jouer en live veut dire créer une experience unique, qui ne peut pas etre reproduite, qui ne peut seulement être appréciée par les personnes présentes.
Je pense que la scène musicale d'aujourd'hui est déjà bien meilleure, il y a un revival des lives réellement lives.

J'ai entendu dire que vous viviez désormais chacun dans une ville différente (Paris, Berlin et il me manque la troisième), ça ne doit pas faciliter les choses pour la vie du groupe, les concerts, etc. Comment vous organisez-vous ?

Trouver un endroit où vivre et travailler est toujours difficile, mais on est comme ça. On ne veut pas vivre à un endroit, ça devient ennuyant. L'herbe est toujours plus verte sur l'autre berge...

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Justement pour ceux qui ont quitté Paris récemment, que retirez-vous de votre passage dans cette ville ?

C'est une ville très belle et très individuelle, mais pour une personne pas française, c'est pratiquement impossible de vraiment s'intégrer. Je n'arrive toujours pas à me faire comprendre.

Vos paroles parlent parfois de filles froides et distantes. Pourtant en consultant la blogosphère, j'ai pu me rendre compte que vous aviez pas mal de retombées positives sur des blogs féminins quelque part entre une recette de cuisine et un accessoire Hello Kitty. Je dois en déduire que votre public féminin est un peu une arlésienne ?

Haha ! Il faut que tu me donne ces liens s'il te plaît ! Peut être que notre look est assez original pour un groupe, d'une manière un peu 70's. C'est peut être ce que les filles reconnaissent... Mais nous avons un nombre égal de fans mecs, homos, lesbiennes, travestis, transsexuels... des guérisseurs et des drogués. Peut être que tous nos fans ont un truc en commun : c'est des marginaux. Les gens qui aiment notre musique sont en général des gens qui n'ont aucune appartenance.

Votre but ultime est, il me semble, la création d'une BO, vous avez avancé là-dessus ?

C'est dans les mains des mauvais gens. Quand était la dernière fois que t'as vu un film sans une bande-originale merdique ? Des années 50 aux années 80, les bandes originales étaient composées par des artistes et compositeurs célèbres, et aujourd'hui c'est toujours un nerd dans un studio surround-sound en train de bidouiller son orchestre midi... C'est plus fait par des artistes. J'aimerais bien entendre comment sonnerait une bande originale composée par Ariel Pink.

Je vous laisse le mot de la fin, parlez-nous de vos projets, vos side-projects, vos envies...

Écoute Anima Latina par Lucio Battisti. C'est tout.

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Thieves Like Us - Forget Me Not

The Drums - Forever And Ever Amen (Thieves Like Us Remix)

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Poni Hoax l'interview

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Le 27 mai dernier, Poni Hoax donnait un concert à la Machine du Moulin Rouge, l'occasion pour ma petite personne de rencontrer deux des cinq membres talentueux d'un des groupes phares du label Tigersushi, tout auréolé de succès après deux premiers albums flamboyants. Sortie d'un EP très fun et très club, We Are The Bankers, nouvel album, nouveau label, tellement de questions et si peu de temps ! Voilà pour patienter une petite interview mitonnée spécialement pour vous !

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Rencontre avec Clara Clara

itw-clara-clara-1-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Un son lyonnais

On avait rencontré les trois de Clara Clara lors d'un concert au Point FMR, le 10 mars dernier, faisant coup double : la seconde soirée fêtant les dix ans de Clapping Music correspondait peu ou prou à la date de sortie de Comfortables Problems, second disque des Lyonnais, après AA paru confidentiellement en janvier 2008 sur SK records. Voilà pour le contexte de notre entrevue, attablés au café du Point FMR, où Amélie Lambert, François et Charles Virot ont répondu avec enthousiasme à mes questions un brin fouillis après une rapide mais efficace séance photo. Ah si, j'oublie de dire une chose importante : un peu partout sur la toile et dans la presse chiffonnée fleurissait ce nom à redondance bègue tiré "selon l'explication à la con d'un manuel d'espagnol qu'Amélie avait" (clarissimo ?). François poursuit : "Mais il y a aussi l'explication qui claque mais dont on a su qu'après la teneur ! Clara-Clara est une énorme œuvre d'art de Richard Serra qui a été installée aux Tuileries... Les gens du quartier trouvaient le truc horrible et ils ont tout fait pour la foutre à la décharge, ce qui a été fait !" A Amélie de trancher : "Ça fait longtemps qu'on l'a choisi, plus de quatre ans... pour la sonorité, c'est tout ! Et je ne m'appelle pas Clara !" Et l'excitation soudaine de la presse ? Hilarité générale, "ah bon ? C'est gentil de nous l'apprendre !" J'enchaîne sur une autre question existentielle, histoire de planter le décor pour de bon : Clara Clara, un groupe dijonnais ou lyonnais ? "Le groupe est de Dijon à la base mais ça fait sept ans que je suis à Lyon, on n'a plus aucun lien Charles et moi avec Dijon... Seule Amélie y habite encore." Je profite de l'occasion pour lui demander si la "scène active" dont il est question dans leur bio est bien celle de Lyon... "Oui c'est le mec de SK, qui est un label lyonnais, qui parlait de la scène locale... Mais si on se sent de Lyon, c'est avant tout parce qu'on répète dans un endroit qui s'appelle Grrrnd Zero où il y a pas mal de concerts organisés (dont on peut trouver un aperçu compilé et téléchargeable gracieusement ici) et un bon réseau de musiciens comme Chewbacca et Duracell. Tout le monde fait des groupes avec tout le monde ce qui renforce cette impression de faire partie d'un truc." Charles précise : "D'ailleurs j'ai un groupe avec le mec de Duracell, ça s'appelle Ours Bipolaire, mais c'est un peu en stand-by." Et de poursuivre sur l'identité musicale de Clara Clara : "On a des influences revendiquées comme The Ex ou Lightning Bolt... Le son du bassiste m'a vraiment impressionné..." François développe : "Au début on écoutait Deerhoof et Lightning Bolt mais avec le temps je ne les écoute plus du tout, genre le dernier Deerhoof oui mais le dernier Lightning Bolt, quasiment pas." "Animal Collective ? C'est pratique pour les journalistes d'en parler à propos de nous car au moins les gens connaissent... Mais le parallèle n'est vraiment pas évident, mis à part sur les voix du premier album... Mais bon. En fait, j'écoute essentiellement des groupes que je connais, des gens de notre entourage comme Duracell."

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Comfortables Problems

Conjuguant dans l'urgence et la spontanéité des structures pop alambiquées à la puissance distordue de leurs instruments respectifs (clavier, basse, batterie), les Clara Clara ont fait de Comfortables Problems la jonction entre ce qu'a pu faire le groupe sur son premier disque et ce que François a composé, en échappée solo, sur le boisé Yes or No (Clapping Music / Atelier Ciseaux). C'est ce compromis, savamment décliné du long de ces huit morceaux à la densité tourneboulante, qui fait de Comfortables Problems un disque rafraîchissant, intensément brut tout en restant pop. Que l'on se surprenne à taper du pied ou à secouer crétinement la tête sur Under the Skirt, One On One ou Paper Crowns n'a rien d'étonnant, bien au contraire, c'est presque la réaction normale d'un mec encore en vie. Mais s'il y a une chose qui fascine c'est cette capacité "à beuter" - comme le dit si joliment Amélie - sans jamais tomber dans l'assourdissement pur et simple comme une pelletée de groupe noise avant eux. Violent mais positif donc ? "C'est un peu l'esprit oui... Un son agressif et des compositions pas méchantes... Ce que j'aime avant tout, c'est jouer sur les deux terrains." Amélie d'ajouter : "Faire de la grosse pop ça perd de suite de son intérêt... On aime ce gros son de basse hyper rentre-dedans, super violent, et qui contre bien le coté poppy... D'ailleurs, je ne pense pas qu'on ira un jour vers une pop gentille, ça restera comme ça, l'énergie c'est trop important ! D'un autre côté, on va pas tomber dans le dark, on est des gentils ! Même si on ne sait pas trop ce qu'on va faire après..." François et Charles la coupent d'un grand éclat de rire... "Quoique le dernier riff est un peu darkos, c'est vrai ! Mais même si c'est sombre on fera pas la gueule sur scène pour autant !"

Contre les apparences et l'étiquette qu'on leur appose vite fait, bien fait, de chantres du bordel étayant leur science du bruit comme un gosse range sa chambre, la petite fabrique d'algorithmes pop se défend en arguant d'un abandon de l'improvisation au profit de la grande planification :  "L'idée de nos morceaux part du synthé, on rajoute le reste après. Amélie s'adapte lors des répétitions alors que Charles et moi on vient avec des trucs préparés." "Comfortables Problems on a mis huit jours pour l'enregistrer et par la suite c'est François qui a fait les voix et les arrangements, ce qui donne le côté plus abouti et qui évacue le stress lié au temps passé dans le studio... Huit jours c'est beaucoup pour nous, vu que toutes les précédentes sessions d'enregistrement ont duré au maximum une journée ! C'est vrai huit jours ça passe hyper vite mais les morceaux étaient écrits et joués avant, enfin... Comme on est toujours super organisé, on a dû écrire quelques parties pendant l'enregistrement..." Vrai, il n'y a plus d'improvisation ? "Non non, une fois la chose composée, on s'écarte pas trop de ce que l'on a prévu ! A une époque on faisait des impros sur scène, mais là on a arrêté, on en refera peut être... Enfin si... Mais c'est quand on se plante ! Au lieu de se bloquer sur un truc, on continue à jouer et on se dit : "Bah pourquoi pas"... Mais on ne recherche pas le bordel pour le bordel, c'est juste plus complexe et parfois on n'est pas hyper concentré sur ce qu'on joue... Moi perso je respecte mes parties, j'essaye quoi... Enfin on essaye tous ! (rires)"

Au-delà des voix, où l'on passe des cris du groupe au chant de François, ce qui change entre les deux albums c'est avant tout "la rythmique et le fait que François joue debout de la batterie : c'est plus carré ! Les synthés aussi... J'ai progressé, les lignes sont plus complexes... La basse ça reste en gros la même chose... Pour en revenir à la batterie, avant c'était du gros binaire, du gros bourrin, c'était l'efficacité qui primait, non mais c'est vrai (rires), on faisait pas trop dans la finesse et là, le fait de jouer debout..." François coupe Amélie dans l'hilarité générale : "Ah oui c'est vrai qu'au clavier c'était méchamment complexe ! C'était un scandale ! On l'appelait d'ailleurs..." Amélie ne le laisse pas finir (dommage, on ne saura jamais !) et persiste : "Non mais c'est vrai, jouer debout ça t'a réappris à jouer de ton instrument !" La petite tablée s'anime, je n'ai même plus à poser mes questions pour en avoir les réponses : "Non ça m'a désappris à jouer ! Je m'explique... Avant je gérais mon truc avec une batterie hyper minimale, genre cymbale, grosse caisse et caisse claire, et ça débordait... Je débordais à chaque fois des temps... Puis je me suis intéressé à The Ex et j'ai commencé à jouer des trucs plus complexes, avec plus d'éléments à la batterie... J'aurais pu continuer dans le style mais j'en ai eu marre et j'ai tout viré pour revenir à la forme originale et depuis je me démmerde avec ça... J'ai donc désappris la complexité ! Et puis, c'est plus facile de jouer de la batterie debout, ça donne plus de puissance... Et chanter aussi d'ailleurs car t'as plus de souffle... Et non ce n'est pas une histoire de style (rires)... Ouais, trop balèze de jouer avec un micro à la Madonna !"

J'en profite pour embrayer sur la petite révolution d'un chant conférant plus de consistance et d'originalité aux morceaux du groupe. François et Amélie se neutralisent, Charles se lance : "L'idée du chant est vieille en fait. Au tout début, François chantait accompagné de la flûte traversière d'Amélie, puis quand elle est passée au synthé François a arrêté de chanter..." "Disons que j'avais un peu perdu confiance dans ma voix" précise François... Charles renchérit : "Bientôt la tendance c'est presque de ne travailler qu'autour des voix mais là, c'est encore dans notre imagination... On traîne avec des groupes qui donnent envie de s'y mettre..." S'agissant de l'apport du chant, "c'est sûr ça donne un coté plus pop, les gens sont rassurés d'entendre une voix, c'est plus accessible... Même si avant les mélodies étaient vraiment plus pop." Amélie intervient, le sourire en coin : "C'était déguisé par contre ! Notamment parce que c'était le bordel en concert !" Et François de résumer : "Bon là disons que c'est plus carré, plus formaté (rires)... Je m'avance peut-être un peu trop là... Putain surtout avec les groupes qui jouent ce soir ! Tu es là ce soir ? Tu nous diras ?"

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Clapping & les à-côtés

L'appel de la clope se fait sentir, le temps s'écoule tel un sablier liquide entre mes doigts. "L'actualité de Clara Clara tu la connais, mais si tu veux, avec Réveille, autre groupe dans lequel je joue, on sort un vinyle, sur Clapping, et là on est en pleine tournée... Ce serait cool d'en parler et si tu as le temps d'écouter... Sinon seul avec ma guitare, comme tu as pu le constater..." Je saute sur l'occasion pour le sonder sur l'origine du décalage entre son jeu de scène au sein de Clara Clara, débordant d'envie, et seul face au public, d'une timidité sans égale. Au Midi Festival par exemple, "je n'avais pas peur du public... Je m'en foutais un peu, je ne me focalise pas dessus... Et puis ça juge à fond... Au Midi il y a un mec qui a écrit que je suis un con juste parce que j'ai un short que je l'ai déchiré exprès... Le mec a même remarqué que je n'avais pas les mêmes chaussettes... J'ai jamais pensé qu'un mec écrirait un truc pareil et franchement mes chaussettes et mon short ça sortait de la machine d'un ami... Le mec te taille alors qu'il ne parle même pas de musique ! Seul, j'avoue, c'est un peu particulier... Les gens te captent pas trop... Alors qu'en groupe, quoi qu'il arrive, on est ensemble. Ça détend... Comme hier soir avec Réveille quoi... Ok, hier j'étais peut-être un peu trop détendu ! (rires)" Avec un sens avéré de la formule laconique, Charles nous apprend qu'en plus d'Ours Bipolaire, il a un groupe, "Robe et Manteau, qui est actuellement en tournée avec Réveille et dans lequel je joue du synthé tandis que Jonathan gère la batterie... Pour le moment on n'a qu'une démo enregistrée à l'arrache avant notre départ mais une fois la tournée terminée on va composer à nouveau des morceaux qu'on jouera sans doute avec François..." Affaire à suivre donc.

"Avec Clapping ça se passe hyper bien ! Si on s'intéresse autant à nous c'est que Julien fait vachement bien son boulot ! Il m'a repéré suite à un concert que j'ai donné en solo et puis dans la foulée on a bossé sur mon premier album avec Clapping. Puis j'ai amené Clara Clara... On va continuer avec eux autant que possible même si au final on connaît pas trop les groupes de Clapping... sauf Karaocake... et puis Réveille forcément..." Amélie chambre, "François prend la possession du label en fait !" Directeur artistique ? "Non non, si je dois faire un truc ce sera un peut différent... ! (rires)"

Après quelques échanges d'adresses mails, on les laisse s'enquérir du programme de la soirée. Pour nous, direction le comptoir histoire de s'en jeter une avant d'en transpirer jusqu'à la dernière goutte. En rentrant chez moi, ligne 2, rame bringuebalante, je jette quelques mots sur mon calepin dont voici la teneur : les deux frères, aussi inséparables que dissemblables, enfouissent sous des allures je m'en foutiste parfois incomprises (voir ), un stakhanovisme musical se nourrissant bien plus de spontanéité et de rencontres que de mots châtiés pour en parler. Avec Amélie, ils forment le type de groupes qu'on a envie de voir réussir rien que pour leur décontraction et leur justesse musicale, entre saillie de basse corrosive et refrain entêtant. Quelques mois plus tard, mon opinion n'a pas évolué d'un iota et Comfortables Problems continue de cracher dans mes écouteurs.

C'est d'ailleurs bientôt l'heure du Midi Festival et Clara Clara en sera.

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Clara Clara - One On One

Vidéo


Young Marble Giants l'interview

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Quatuor avant-gardiste gallois formé par Alison Statton, Peter Joyce, Philip et Stuart Moxham, les Young Marble Giants sont les auteurs d'un unique Album Colossal Youth sorti sur Rough Trade, label collectiviste fondé par Geoff Travis et véritable plaque tournante indépendante de la création musicale anglaise d'alors. Chacun de leurs morceaux - aussi brefs que lumineux - résonne tel une ode assumée au dépouillement lo-fi et à un minimalisme érigé en véritable révolte à l'encontre de la fièvre névrotique punk. Développant un son aride, encensé plus tard tel un doux radicalisme, employant à la guitare pour ce faire la technique du muting (consistant à étouffer les vibrations des cordes en posant la main droite dessus), couplé à une basse au son rond et mélodique, "s'apparentant presque à du tricotage" selon les propres mots de Stuart, la musique des YMG tire avant tout son originalité du chant presque susurré d'Alison Statton au timbre si ordinaire mais pourtant terriblement séduisant. Adoubé par John Peel, célèbre animateur de la BBC Radio One et catalyseur de la scène musicale indépendante britannique, popularisant la si fameuse chanson Final Day du jeune combo, les YMG égrainaient selon Simon Reynolds une musique "pour introvertis, par des introvertis", Stuart Moxham déclarant à l'époque chercher "à obtenir un son semblable à celui d'une radio coincée entre deux stations, qu'on écouterait dans son lit, à quatre heures du matin, avec ses super sons d'ondes courtes et ces fragments venus d'autres fréquences". Dépassant les dissensions internes qui eurent raison du groupe après seulement deux ans d'existence, les YMG sont de retour et peut-être pas que pour une série de concerts événements. C'est en tout cas ce que nous révèle Stuart dans une interview retranscrite ci-dessous et qu'il a eu la gentillesse de nous accorder la semaine dernière.

"La musique des Young Marble Giants consistait en un singulier mélange : riffs nasillards en trémolo façon Duane Eddy, guitare rythmique tranchante à la Steve Cooper, cadences hachées par la new-vave de Devo" Simon Reynolds - Rip it up and Start Again, éd. Allia, p. 275.

Le "doux radicalisme" des Young Marble Giants, entre dépouillement des arrangements et calme des compositions, était-il une réaction envers le punk et l'agitation qui s'en suivit ?

Oui, ainsi que la volonté de se fondre dans la force du minimalisme en soi. Nous devions aussi parvenir à nous faire remarquer dans une province lointaine, raillée, traditionnellement ignorée par le monde de la musique londonien ; nous devions créer quelque chose qui sortait de l’ordinaire.

Rétrospectivement, quel regard portez-vous sur le succès immuable, populaire et critique et de votre album Colossal Youth (Rough Trade, 1980) ?

Nous avons donné le meilleur de nous-mêmes, et c’est extrêmement gratifiant de voir que cet album a connu une trajectoire quasi-verticale, sur le plan critique, du point de vue des ventes, comme source de chansons pour les bandes originales de nombreux films, et cetera (des titres secondaires de YMG apparaîtront dans la nouvelle série d’HBO « Bored To Death », par exemple). En gros, je peux vivre et mourir heureux parce que cette musique m’a permis d’accomplir en tant qu’artiste tout en m’assurant le statut d’immortel. Comme le dit la chanson, « Dreams can come true ».

Aviez-vous eu l'impression d'appartenir à la mouvance post-punk anglaise ? Quelle image en gardez-vous aujourd'hui ?

Je pense que oui. C’était une bonne chose, qui offrait aux gens la possibilité d’être vraiment expérimentaux. Je vous recommande la lecture de « Rip It Up And Start Again » (de Simon Reynolds), une excellente façon de se faire une idée de l’esprit de ce temps-là.

Vos projets respectifs (Weekend, The Gist...) ont-ils subi l'ombre de YMG ?

Jusqu’à présent, oui. Mais mon prochain album, “Personal Best”, sortira le 31 mai sur mon propre label (très post-punk) hABIT Records UK ; il s’agit d’un échantillon de mon œuvre après la dissolution d’YMG.

De quel groupe ou scène actuelle vous sentez-vous le plus proche ?

Je ne me suis jamais trouvé de points communs avec d’autres groupes.

Vous avez enregistré Colossal Youth en trois jours pour 1000 £. Le dénuement de vos arrangements et le minimalisme de vos compositions seraient-ils toujours les mêmes avec le développement actuel des technologies et des techniques d'enregistrement ?

Oui.

Vous sortez d'un silence de presque trente ans seulement interrompu par quelques concerts (entre 2006 et 2008) et une compilation (Salad Days, 2000). Quelles sont les motivations de votre actuel retour sur scène ? Votre futur proche est-il fait d'un prolongement discographique ?

La composition. Mais nous avons dévié vers le live, beaucoup plus facile. J’insiste toujours pour que le groupe se remette à composer, car je sais qu’il reste encore beaucoup de musique en nous.
Propos recueillis par Thibault. Merci à Stuart, Adrien & Hamza.

Video


Milkymee l'interview + session

milkÉmilie Hanak  alias Milkymee sera en concert le 24 mai prochain à l'International en compagnie des Konki Duet. En attendant, l'artiste, tout juste revenue du Japon, s'est installée sur le canapé de votre serviteur pour répondre aux quelques questions qu'il nous tardait de lui poser depuis la sortie de son second LP To All the Ladies in the Place with Style & Grace (Tsunami Addiction, 2010).

Mais ce n'est n'est pas tout, puisqu'en toute simplicité la belle nous a fait don de son style et de sa grâce sur deux titres live dont l'inédit A Little Bit Too Fast.

A noter enfin que son premier album album Songs For Herr Nicke (Tsunami Addiction, 2007) vous est grâcieusement offert ici.

Vidéo

Bonus


Suzanne The Man l'interview

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Le premier avril dernier, à l'occasion d’une soirée organisée par Les Boutiques Sonores - relatée en mots et en images par ici - nous avons rencontré le duo Suzanne the Man, histoire de faire un peu mieux connaissance avec Suzanne Thoma (chant et guitare) et Sonia Cordier (violoncelle), en plus de partager l'avenir proche du groupe qui tend à convertir bientôt son EP Let’s Burn sur un plus long format. Et il est à peu près certain que Suzanne que l'on avait découverte avec Octet et que l'on a récemment entendue sur le magnifique EP de King Q4 (à écouter ), n'est pas prête de s'arrêter en si bon chemin. En même temps si loin et si proche de leurs univers musical respectifs, la folk intimiste des enthousiasmantes duettistes se love, aussi bien sur scène que sur disque, au creux de nos oreilles et ce avec une grâce qui n'a d'égale qu'un dénuement bien senti des arrangements, laissant libre court à la voix au timbre gracile et chaleureux de Suzanne. Alors inutile de résister, dehors, il fait encore froid.

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The Black Box Revelation l'interview

En ce mercredi 14 avril de l'an 2010, c'est le coeur battant, les jambes tremblantes, les mains moites et les ongles rongés que je me dirige vers le Point Ephémère pour y mener ma première interview. En avance, je décide de me consacrer à quelques préliminaires destinés à me détendre. Direction le bar, donc, pour tenter d'y trouver un remède à mon stress. J'hésite longuement entre une bière et un shot d'alcool à brûler pour opter finalement pour la première solution - n'est pas Hunter S. Thompson qui veut. Dehors, les yeux noyés dans le canal, je pense un instant à m'y jeter, mais... hum, qu'est-ce qui flotte, là, un rat mort ? Bon. Un tenage (oui, du verbe "tiendre") de flash pour une séance photo plus tard, c'est déjà mon tour. Gasp.

J'annonce d'entrée à Dries-le-blond-trapu-hyperactif et à Jan-le-grand-brun-dégingandé qu'ils sont l'objet de ma première interview ; ils s'empressent de me rassurer à coups de grandes tapes dans le dos (bon, j'exagère un peu, mais leurs regards rassurants me font le même effet qu'une grande tape dans le dos). Armée d'un accent anglais digne d'une vache espagnole - j'ai renoncé à apprendre le flamand -, je me lance...

Mais avant de commencer, petit rappel de l'épopée de The Black Box Revelation. Déjà forts de deux albums studio (Set Your Head On Fire en 2007 et Silver Threats en 2010), Jan Paternoster et Dries Van Dijck, la vingtaine à peine soufflée, parcourent depuis plusieurs années les routes européennes et américaines en distillant leur blues-garage aux influences aussi classes que le Black Rebel Motorcycle Club et les White Stripes. Leur deuxième album, sorti il y a quelques mois (chronique), marque une évolution vers la maturité et la diversification des styles avec un virage psyché extrêmement bien maîtrisé. Voilà pour le décor.

bbr-itw-5-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour Hartzine

Vous avez commencé à jouer ensemble il y a longtemps ?
Dries (batterie) : Avec The Black Box Revelation, nous jouons ensemble depuis cinq ans déjà, mais avant nous étions tous les deux dans un autre groupe, avec le frère de Jan et un autre ami. Donc en fait nous jouons ensemble depuis sept ans, peut-être huit.

C'était un choix de former un groupe à deux ou ça s'est fait par la force des choses ?
Jan (guitare et chant) : Nous avons commencé dans un groupe composé de quatre membres, avec lesquels on a joué de la pop ordinaire pendant un ou deux ans. On venait de commencer à faire de la musique et ce n'était pas vraiment le style vers lequel on voulait aller. On a senti que si on commençait à jouer en tant que duo, juste moi et Dries, on pourrait commencer à faire un genre de musique différent, plus bluesy. C'était vraiment ce que l'on voulait.

Vous n'avez pas besoin d'un bassiste...
Jan : Non.
Dries : Non, pas du tout.
Jan : Nous n'avons jamais joué avec un bassiste. On pense qu'on a plus de liberté comme ça. Nous n'avons pas à partager notre espace avec quelqu'un d'autre, nous pouvons tout faire à deux. C'est bien, c'est une sorte d'aventure parce qu'on doit créer un mur du son juste à deux. C'est un risque à prendre : on peut ne pas produire assez de son, ou devoir jouer quelque chose différemment pour y parvenir ; on est obligé de devenir de meilleurs musiciens. Du coup, c'est tout le temps nouveau et fun.

Vous êtes très jeunes, vous avez déjà sorti deux albums, vous passez beaucoup de temps sur la route... Est-ce que c'est la vie que vous vouliez ?
Dries : C'est plutôt un rêve qui se réalise. Notre première tournée, il y a deux ans, c'était vraiment ça : faire beaucoup de concerts, enregistrer notre premier album... C'est la vie que nous voulons avoir, nous aimons ce que nous faisons.
Jan : A l'origine, on ne pensait pas pouvoir faire des tournées, devenir des musiciens professionnels et vivre de notre musique. Mais à partir du moment où on a commencé à jouer, c'est devenu de plus en plus grand, et on a compris que si on travaillait assez dur on pourrait faire ce dont on avait vraiment envie.
Dries : Au début, on pensait qu'on resterait un petit groupe, qu'on ferait juste des tournées en Belgique, dans des petites salles, mais on avait déjà envie d'aller partout en Europe.

Sur vos deux albums, on sent deux influences majeures : Black Rebel Motorcycle Club surtout, et les White Stripes aussi. Est-ce que c'est conscient ? Quelles sont vos autres modèles ?
Jan : Nous apprécions Jack White et tout ce qu'il fait, mais nous ne tenons pas absolument à jouer comme lui ni comme quelqu'un en particulier. Il n'est pas le seul que nous aimons : nous adorons aussi les Rolling Stones, Black Rebel Motorcycle Club en effet... Black Mountain, The Black Angels...
Dries : Beaucoup de groupes.
Jan : Notre musique, c'est un peu de chacun de ces groupes.
Dries : Et nous aimons tous les genres de musique. Nous sommes aussi influencés par le hip hop. C'est important pour avoir le bon groove.

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Comment décririez-vous votre style ? On parle à votre propos de garage, de blues, de psychédélisme...
Dries : C'est ça !
Jan : Le premier album était plus général, plus bluesy-garage, plus monolithique. Maintenant nous avons développé notre style en tant que musiciens, et notre musique est devenue plus psyché-bluesy, plus atmosphérique, avec plus de groove.
Dries : C'est plus original aussi, sur le deuxième album. C'est quelque chose de nouveau.

J'ai vu que vous enregistriez vos albums dans l'urgence. C'est pour garder l'énergie du live ?
Jan : Avant d'entrer en studio, nous nous assurons que nous savons ce que nous voulons y faire parce que nous ne voulons pas perdre de temps quand nous enregistrons. Si tu enregistres toutes les chansons d'un album en une ou deux semaines, tu gardes une espèce de pression, une bonne pression, qui te donne de l'adrénaline. Tu es meilleur si tu restes vraiment dans l'ambiance de l'enregistrement, si tu ne te disperses pas.

C'est plus créatif de faire ça en peu de temps ?
Dries : Oui, mais nous passons quand même beaucoup de temps à faire la pré-production. Avant d'entrer en studio, nous connaissons déjà la structure des chansons et la façon dont nous allons les enregistrer. Une fois que nous y sommes, nous ne perdons pas de temps à réfléchir à ça, nous avons juste à essayer de faire la bonne prise.
Jan : Nous passons beaucoup de temps uniquement à travailler le son, à vérifier que le groove est bon. Dans un studio, tu as beaucoup de choix à faire, beaucoup de micros différents, de compresseurs, etc. Il faut utiliser le bon. Le processus créatif se fait donc plutôt avant d'entrer en studio. Pendant l'enregistrement, c'est plus technique, mais c'est toujours créatif car beaucoup d'éléments entrent en jeu.

Vous composez la musique ensemble ?
Jan : J'arrive avec des démos, parfois acoustiques, parfois électriques. D'autres fois nous commençons juste à jouer ensemble une nouvelle chanson et nous regardons ce qui se passe. Si on y pense trop, ce n'est plus naturel, et nous voulons que notre musique soit aussi dépouillée que possible, donc nous préférons laisser les choses arriver. Puis nous commençons à travailler la structure.

Jan, c'est toi qui écris les paroles ?
Jan : Oui. Parfois, avant la musique, mais 90% du temps, je le fais après, parce que tu crées un son, une ambiance particulière, et ça a une influence sur les paroles. La musique elle-même raconte une histoire ; grâce aux paroles, on peut seulement mieux l'exprimer, en mettant des mots dessus.

Dries, tu ne ressens pas le besoin d'écrire ?
Dries : Non. J'ai essayé une fois, pour un album de remixes, mais ce n'était pas terrible. C'était dans le genre : "Hey, je marchais dans la rue, yeah man..." (Il commence à chanter en poussant des rugissements.)

Êtes-vous déjà en train de travailler sur un troisième album ?
Dries : Non, pas encore.
Jan : Non. (Rires.)
Dries : On a peut-être quelques idées mais...
Jan : Oui, quelques idées, mais on n'a pas commencé à travailler dessus. Dans un ou deux mois, je pense que nous nous y mettrons. Nous avons passé beaucoup de temps sur le deuxième album et pour l'instant, nous voulons juste prendre un peu de temps pour écrire, être sur la route et nous amuser. Le reste c'est pour le futur.
Dries : Futuuuuuuuur ! (Hum, je crois que Monsieur L'Hyperactif commence à en avoir assez de rester assis.)

A part ça, est-ce que vous auriez envie de travailler ou d'enregistrer avec quelqu'un en particulier ?
Dries : Jay-Z, oui ! Avec Jay-Z ce serait sympa, mais nous ne sommes pas assez célèbres pour lui.
Jan : On l'a rencontré dans un festival belge, il est vraiment gentil. Sinon, Iggy Pop, peut-être. Nous jouons avec lui à Lille dans deux jours. Je suis vraiment curieux de voir comment il est, si c'est un mec sympa ou pas. Peut-être qu'on enregistrera une chanson ensemble à Lille.
Dries : Yeah !

En tout cas vous n'êtes pas contre le fait d'enregistrer un morceau avec quelqu'un d'autre, pas seulement tous les deux...
Jan : A chaque fois qu'on nous l'a proposé, on a dit non, parce qu'on pensait que c'était trop tôt. Nous voulions d'abord...
Dries : ... développer notre propre son.
Jan : Oui, avoir d'abord notre propre son, reconnaissable par les gens. En travaillant avec d'autres artistes, on n'aurait pas vraiment fait notre propre truc. Maintenant nous faisons vraiment ce que nous voulons, nous sommes prêts.

Avez-vous d'autres projets en dehors de ce groupe ?
Jan : Non. Enfin, juste un... Nous avons enregistré un album de remixes, juste après le premier album. Nous nous sommes bien amusés avec les ordinateurs, mais nous ne savons pas vraiment comment ça marche. Nous étions curieux de savoir pourquoi autant de groupes font de la musique électronique donc nous avons essayé nous-mêmes. C'est assez difficile, mais c'est amusant. Mais les ordinateurs...
Dries : ... ce n'est pas vraiment notre truc.
Jan : Ça prend trop de temps de faire quelque chose de bien. Il faut toujours chercher le bon son, comprendre comment le programme fonctionne, etc. Avec les instruments c'est beaucoup plus pur, on est face à face, on joue ensemble... c'est de la musique.

Je dois avouer, au risque de paraître ringarde, que je suis bien d'accord avec eux.

Merci à Jérémy de chez Pias et à Hamza pour la traduction.

Yeasayer l'interview

yeasayer0003Photos © Patrice Bonenfant pour Hartzine

On les attendait impatiemment à Hartzine nos amis de Brooklyn, les Yeasayer. Ils étaient enfin de passage à Paris, le 19 mars dernier, pour présenter sur scène leur deuxième album Odd Blood. On a tout fait pour les interviewer jusqu'à presque harceler physiquement leur chargé de promo en France. Moi-même, j’ai pris quelques risques pour pouvoir les questionner sur leur nouvel album (me libérer de mon employeur un vendredi après-midi… j’adore mon boss !). Mais je ne regrette rien, quoique peut-être quelques longues nuits de sommeil en avril…
Allez ! Assez d’états d’âme, on retourne avec Chris Keating dans les loges du Trabendo.
Enjoy !

Vidéo

Bonus

Chers membres d’Hartzine qui n’ont pas pu se libérer pour l’interview, je pense que Chris a un petit mot pour vous.

Photos

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Atelier Ciseaux

logoacBonjour Rémi. Ce n'est pas dans les habitudes d'Hartzine que d'aller s'enquérir de l'état de la production musicale indépendante directement auprès des acteurs de l'ombre de ce réseau. Mais si les sorties de disques ont longtemps constitué un bon baromètre de celle-ci, il s'avère qu'à l'heure d'internet et de la proximité et du foisonnement que cette technologie engendre, ce baromètre est désormais obsolète. Le téléchargement légal et illégal modifie tant le comportement des artistes que celui des auditeurs, entre possibilité de faire résonner sa musique à l'autre bout de la planète tout en s'en faisant déposséder.

Tu es le fondateur d'Atelier Ciseaux, label qui tente d'allier exigence musicale, sortie vinyle et esthétique soigneuse de l'objet, et qui propose sur son site "toujours en construction" un catalogue de quatre références en tirage limité pratiquement toutes épuisés dont Yes Or No de François Virot ou encore le split 45t de Best Coast et Jeans Wilder. Originaire d'une petite bourgade de l'Est de la France, vivant entre Paris et Montréal, ton regard lorgne vers les Etats-Unis pour de multiples projets autres que celui d'Atelier Ciseaux. Et c'est en conversant par mail avec toi que l'idée de cette entrevue est née en plus de celle, que j'espère fructueuse, d'une tribune laissée à l'Atelier mais aussi à d'autres labels qui plus tard viendront s'y greffer. L'ambition d'un tel espace d'expression n'est pas la déclinaison mensuelle des déboires rencontrés par un label indépendant, même s'ils sont nombreux, mais plus la volonté de vous laisser nous confier vos coups cœurs... L'acte 1 a été brillamment fignolé avec Reno et le net-label Beko DSL. Place à l'acte 2 en ton estimable compagnie. D'ailleurs, tu ne viens pas les mains vides : en exclusivité pour nos lecteurs tu vas déflorer un secret pour le moment bien gardé, à savoir le 7' d'US.Girl que l'Atelier s'apprête à sortir en juin. On est gâté.

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D'où t'es venue l'idée et la volonté de créer un label indépendant ?

Je n'ai ni décors en carton pâte à te décrire, ni d'anecdotes très 'indie' à te raconter. Ces derniers temps, on cherche tellement à masquer un certain manque d'idées dans des biographies-refrains samplés en boucle. Je crois qu'Atelier Ciseaux s'est fait simplement, naturellement, voire même banalement. Il me semble qu'à 17 ans, comme beaucoup, je devais déjà m'imaginer un jour monter un label. Avec, à l'époque, Pavement en ligne de mire... ah ah ! A.C. existe seulement depuis fin 2008 mais avec le recul, je suis convaincu que c'est une bonne chose que ça se soit passé ainsi. Mes quelques activités liées à la musique (webzine, booking, promo...) commencent à avoir quelques années au compteur et quelque part tout ça a été comme un long 'brainstorming' - inconscient - ! Savoir concrètement comment tu as envie de faire les choses et - encore plus - comment tu ne veux absolument pas les faire. Si je devais essayer de citer quelques influences, je pense que j'irais plutôt piocher du côté de la scène punk DIY ! L'idée du label date de 2007, à l'époque on était deux (avec Marine) avec cette folle envie - et impatience - de sortir le LP de François Virot. Par la suite, j'ai continué le label seul et aujourd'hui on est à nouveau deux (avec Philippe).
Je ne suis pas certain d'avoir très bien répondu à cette première question. Je crois que je pourrais te donner dix fois plus de raisons pour lesquelles je n'imagine pas arrêter le label...

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Peux-tu nous expliquer la marque de fabrique d'Atelier Ciseaux ? Pourquoi privilégier le vinyle à l'heure du téléchargement ?

Je ne suis pas certain de me sentir très emballé / inspiré par ce débat / combat lié au téléchargement. A.C. a été créé dans l'air du 'download / add to friends', je suppose que c'est différent pour les labels qui ont vécu / subi le changement. Nos tirages sont limités et accompagnés d'un lien pour télécharger le disque en format mp3. On aurait démarré en 1995, peut-être qu'on aurait pressé 1000 copies au lieu de 350 mais à part ça...Pourquoi le vinyle ? Par envie, par attachement, simplement ! Mais tu vois on ne s'est pas entaillé la main avec un canif, ni signé de pacte 'croix de bois, croix de fer, si je sors autre chose que du vinyle, j'irai en enfer' ! Par exemple, on est en train de penser à une compile K7 et ce n'est pas dit qu'on ne sorte pas à nouveau autre chose que des disques comme on l'a fait avec le dvd.

La marque de fabrique... hum... difficile comme question, je sais pas ! J'espère qu'elle parle d'elle-même !

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Comment choisis-tu les projets sur lesquels tu as envie de travailler ?

Il y a quelques signes qui ne trompent pas : quand tes proches commencent à te détester parce que tu écoutes un morceau en boucle, quand tu commences à imaginer la pochette... Après vient ce petit claquement de dents quand tu appuies sur 'envoyer le message'. La suite ne t'appartient plus vraiment. Parfois ça le fait, parfois non ! Parfois c'est rapide, parfois ça rame ! Et puis parfois t'es surpris comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast. J'avais contacté Andrew (JW) pour savoir s'il comptait sortir le morceau Tough Guys en vinyle. Et puis un jour j'ai débarqué avec cette idée de split et une liste de groupes (avec Best Coast en numéro 1). Il a été super emballé par l'idée. Puis rien ! Plus de nouvelles pendant plusieurs jours. Et un matin, je reçois un mail de sa part me disant qu'il revient de Los Angeles et que Bethany est partante pour le disque. Le soir même, je recevais les deux morceaux, WOW !

Pour en revenir au choix des groupes, on ne fait aucun calcul mathématique compliqué avant de se décider. On connaissait / écoutait certains groupes avant la création du label, d'autres ont été découverts entre-temps.

Peux-tu nous dire quelques mots sur chacun des artistes avec qui tu as travaillé et que tu nous présentes ici (player ci-dessous) ?
Le premier disque a été le LP de François Virot, Yes or No, fin 2008. Guitare en bois qui braille et baskets à scratch. On l'a beaucoup comparé à Animal Collective, OUI et NON ! Je viens de regarder par curiosité sur Last Fm et les artistes similaires conseillés sont Tune-yards, Panda Bear... OUI mais NON ! Il y a quelque chose de spécial dans sa musique, un côté brut et touchant. François habite Lyon et joue également dans Clara Clara.

La seconde sortie date d'avril 2009, un 7"/ 45 tours, Vrais Noms/True Names, du duo Lucky Dragons. Luke et Sarah habitent Los Angeles. Folktronica ? Toute tentative de description serait un échec. Un océan au milieu d'une forêt. Leurs concerts sont à l'image de leur club de dessin, le SUMI INK CLUB, participatifs ! Laissons le player parler...

Le troisième  projet est un peu particulier puisqu'il s'agit d'un dvd-r. Trois courts-métrages d'Andy Roche qui joue également dans le groupe Black Vatican (Chicago). Esthétique du risque comme par exemple dans le court-métrage TETEDEMORT, chaque plan, chaque scène est un poster arraché dans la chambre d'un adolescent sous perfusion d'images télé-évangéliques. Références à des lieux enfouis sous un amas de guerre et de religion. La musique du dvd-r provient en majorité de morceaux de Black Vatican qui va sortir son prochain disque cet été sur Locust Music (nldr : voir en fin d'article).

La dernière sortie (janvier) est un split 7"/45 tours entre Jeans Wilder et Best Coast. Andrew (JW) vit du côté de San Diego et jouait avec Nathan Williams (Wavves) dans le groupe Fantastic Magic. Bethany Cosentino (BC), ex-membre du duo pyché-primitif Pocahaunted, habite Los Angeles. Pop fantôme, lo-fi surfant sur un bitume usé par la fin des années soixante. Deux morceaux hantés par l'été.

La prochaine sortie est un 7"/ 45 tours d'U.S Girls, Lunar Life prévu pour début juin. Balades pop rugueuses, destruction de bandes magnétiques, baignades lo-fi en eaux troubles et noisy. Dans sa musique flirtent les spectres de Bruce Springsteen, The Kinks et des Ronettes. Carte postale usée d'un rêve américain emballé dans un sac en papier kraft (en pre-order ici !)

Peux-tu nous dire comment tu imagines Atelier Ciseaux dans dix ans, toujours en construction ?
J'en sais rien, vraiment ! Le futur c'était hier matin. On pourrait plutôt essayer de miser sur les dix prochains mois. On n'a pas de fantasme de carrière, pas de pyramides à bâtir sur un ramassis de bonnes intentions. On a pas mal de projets / envies mais à moyen terme et quelque part c'est une liberté plutôt chouette.
Pour répondre - enfin - à ta question, je nous souhaite simplement de continuer à sortir des disques avec cette même envie, ce même stress. Les retours que l'on a eu jusqu'à présent sont super encourageants / touchants. J'espère secrètement - enfin plus maintenant - que pour les prochaines sorties, on arrivera à toucher plus de 18 personnes en France. On sort / a sorti principalement des groupes américains donc c'est logique qu'on ait des retours plus "importants" là bas. Mais, comme pour le split Jeans Wilder / Best Coast quand tu reçois des commandes du Japon, du Mexique, de la Pologne ou de la Grèce, tu te poses quelques questions et tu dis que c'est pas lié à la nationalité des groupes...
Gardons les interrogations sur l'avenir pour les soirées ravagées par l'ennui. Notre cinquième sortie est prévue pour début juin, un 7" de U.S. GIRLS. Je peux te dire qu'on est super impatients !

lunarlife_cover1

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Atelier Ciseaux ?

Bons, bons et... bons ! Vue la distance physique avec les groupes, la plupart des échanges / projets se sont développés / concrétisés par mails. Des kilos de caractères sur un écran brûlant. C'est clair que c'est frustrant, mais pour l'instant j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer la majorité des gens avec qui on a bossé. Avec François, c'est un peu différent vu qu'il habite à quelques heures de train mais également parce que je me suis occupé d'organiser ses deux dernières tournées. La rencontre avec Meghan / U.S. GIRLS a été assez épique ! En ce moment, j'habite Montréal, et en septembre dernier on a loué une voiture pour aller la voir jouer (avec Grouper) dans la banlieue de Philadelphie. 9 heures de route ! On s'est retrouvés dans un espèce de chalet en plein milieu d'un campus entourés par 12 college kids bien alcoolisés et en train d'halluciner sur le fait qu'on ait pu faire autant de kilomètres pour venir au concert. On a repris la route pour Montréal juste après le concert ! Intense !  Ce fut un chouette moment et une belle rencontre. Une fois rentré à la maison, j'avais 10 000
fois plus envie encore de sortir ce disque.

Enfin, quels sont tes projets annexes ? Quelles sont les structures ou personnes avec qui tu aimes travailler ?
En parallèle, je me suis occupé pendant deux ans d'un 'non'-label cassettes Atthletic duddes. L'idée était de recycler de vieilles cassettes audio abandonnées. Sur la face A, on enregistre les nouveaux morceaux et sur la face B, on conserve les titres originaux. Résultat : des splits improbables entre des groupes de noise et des stars de compiles hantées par le top 50 des années 90. Deux dernières cassettes avant l'été et Atthletic Duddes va s'arrêter !
J'ai également fait un peu de booking ces trois dernières années, organisé quelques concerts à Paris (Pochaunted, Lucky Dragons...) en 2009.Le reste de mes activités est de nature - plus - professionnelle donc je ne suis pas certain de l'intérêt d'en parler ici.
Au niveau des collaborations, bosser avec Jérémy Perrodeau a été un moment vraiment cool. J'ai débarqué un matin en lui demandant si ça pouvait le brancher de réaliser l'artwork pour le split JW / BC et en insistant sur le fait qu'on en avait besoin rapidement. 5 jours plus tard, c'était bouclé. Mortel !
Organiser les concerts de Pocahaunted / Lucky Dragons avec Jérôme (Boss kitty, ex Ali_fib), l'album de François avec Clapping Music, recevoir les flyers de Paula Castro...

Question subsidiaire : ta première tribune, tu nous la promets pour quand ?
Question suicidaire  ! En juin, ce sera bien (?) !

Prochaines sorties d'Atelier Ciseaux : US. Girls 7" - juin / pre-order : http://atelierciseaux.com/
Terror bird 7" Shadows in the hall (w/ La station radar) - Été 2010
Mathemagic/ Young Prisms split 7" - Été 2010

Vidéo


Tristesse Contemporaine l'interview

  • On a souvent pas grand-chose à dire et encore moins à demander à un groupe qui n'a qu'une seule chanson à son actif. Cela dit, quand le groupe a pour nom Tristesse Contemporaine, les cartes sont légèrement redistribuées. Logiquement s'ensuit une discussion sur le conservatisme religieux prôné par un mec qui s'appelle Hyppolite et le décompte du nombre de Suédois et de Japonais présents à la prochaine coupe du monde de football. Entre-temps vous aurez appris beaucoup de choses sur ce groupe à la fois proto & post d'un style musical pas encore identifé...
tristesse-contemporaine-3-webPhotos © Emeline Ancel-Pirouelle pour hartzine

On a très peu d'infos sur le groupe. Leo, tu joues dans Aswefall...

Leo : Oui.

Narumi, tu faisais des apparitions sur les lives d'Aswefall...

Narumi : Oui, je jouais sur le premier album.

Mike était dans Earthling...

Narumi : Et en fait, je jouais avec lui dans Telepopmusik, c'est comme ça qu'on s'est rencontrés.

Au sein de Tristesse Contemporaine, ça fait combien de temps que vous jouez ensemble ?

Narumi : Notre premier concert était au Pop In On s'est formés l'année dernière.

Leo : Ouais, c'est ça, à l'été, l'automne dernier. Après on se connaît depuis pas mal de temps. Mike et Narumi se connaissent depuis longtemps. Ça doit faire deux ans que Narumi m'a présenté Mike. On s'entendait bien et on a toujours parlé de faire un morceau ensemble. On a fait une chanson qui est désormais sur le second album de Aswefall. Puis j'ai commencé à travailler avec Narumi aussi...

Narumi : C'est à partir du moment où on a senti qu'on avait besoin de chant, qu'il manquait quelque chose, qu'on s'est dit : « Tiens, pourquoi pas Mike ? »

Leo : Oui, c'était très logique. Comme tous les deux, on aimait bien Mike, on lui a demandé de participer. Au début, on avait pensé, Narumi et moi, faire un groupe à deux. On a commencé à deux. On a ensuite un peu lié ces deux projets.

A l'heure actuelle, Tristesse Contemporaine est vraiment un groupe ou davantage un side project d'Aswefall ?

Leo : C'est plus un groupe...On se voit chaque semaine, on travaille ensemble.

Niveau line-up, si j'ai bien compris : Leo joue de la guitare, Narumi du synthé  et Mike chante. Tout ce qui concerne la batterie et la programmation, quelqu'un s'en charge en particulier ou vous bossez tous dessus ?

Leo : Le studio dans lequel on travaille, c'est mon studio que je partage avec un pote, Julien Plaisir de France. Après on enregistre beaucoup de rythmiques avec des micros. Des fois c'est moi, des fois c'est Narumi, des fois c'est Mike qui fait ça. Je gère plus le côté technique mais sinon tout le monde participe.

Concernant votre nom de groupe, c'est LE truc sur lequel tout le monde s'arrête. C'est purement pour le côté catchy un peu nihiliste ou pour la référence au bouquin d'Hippolyte Fierens Gevaert ?

Leo : C'est grâce au bouquin que j'ai trouvé le nom. J'ai travaillé  dans les livres anciens, place de la Sorbonne. C'était une librairie philosophique. Je fichais ce livre et j'ai trouvé le titre assez fort...

Narumi : On cherchait un nom français parce qu'aucun de nous n'est français mais ça fait longtemps qu'on vit à Paris, c'est ici qu'on travaille donc on voulait quelque chose de lié à la France et on a trouvé ce nom. On a tous commencé à lire le bouquin. J'ai pas pu terminer. Tu l'as terminé, Leo?

Leo : Non je ne l'ai pas terminé.

Narumi : Tout le monde a commencé à la lire. C'est assez intéressant...

Leo : Oui, c'est marrant.

... Ça traite des courants moraux et intellectuels du 19ème siècle, c'est ça ?

Leo : Oui, voilà. C'est un peu second degré... et un peu troisième aussi... et premier. Ça parle des gens des villes qui ne vont plus à l'église le dimanche et qui par conséquent perdent les valeurs fortes de la religion. Les gens se concentrent davantage sur des trucs très court terme et assez superficiels. Il parle beaucoup de ces choses-là et j'ai trouvé que même maintenant, 100 ans après...

... C'est encore d'actualité...

Leo : Oui, même encore plus. Toutes les questions actuelles sont basées sur ça, même plus maintenant...

... C'était visionnaire...

Leo : Bon, après je pense pas que ce soit un grand...

Narumi : ...écrivain

Leo : Lui est conservateur. J'ai eu l'impression qu'il voulait dire que si les gens allaient plus à l'église, on aurait moins de problèmes.

Narumi : A partir du moment où les gens ont arrété d'aller à l'église, il y a eu des problèmes...

Leo : ... si les gens reviennent vers l'église, tout ira mieux. Moi j'ai capté ça. Après, je ne lis pas très bien le français.

(S'ensuit une digression sur le fait que le bouquin  est reconnu en Belgique et peu en France et sur l'hypothese qu'il s'agirait d'une vision belge du monde...)

Leo : Finalement, ça collait avec ce qu'on voulait. On a hésité. Les gens disent : « Vous êtes pas français », mais ça fait très longtemps qu'on est sur Paris. On est peut être pas français mais au moins parisiens.

Narumi : Au début il y a beaucoup d'amis français qui étaient contre ce nom de groupe.

Vous aviez pensé à  quoi comme autre nom de groupe à l'époque ?

Leo : Il vaut mieux pas le dire (rires). On a cherché. Au moment où on a fini le premier titre, on s'est dit : « Si on fait écouter le morceau à quelqu'un, il nous faut un nom de groupe ». On a cherché pendant 2 ou 3 semaines.

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Il y a encore peu de temps, le mec de oOoOO me disait qu'à l'heure de la musique sur internet, les noms de groupes n'importaient plus, seul l'identité visuelle était primordiale. Sur votre blog, on voit que vous avez également une marque visuelle assez forte avec des références à la Nouvelle Vague notamment. Nom de groupe et visuel, ça fonctionne ensemble pour vous ? Vous ne pourriez pas vous baser que sur un visuel par exemple ? Le nom du groupe est très important ?

Narumi : Oui, c'est important

Leo : Après, je pense que c'est un « statement ». Je ne me rappelle plus du nom du groupe... un groupe suédois... This quelque chose.

Narumi : This quelque chose ? (rires) Un groupe français ?

Leo : Non, suédois...

... Ils font de la pop ?

Leo : C'est instrumental.

Narumi : Ah, dingdingding (en imitant le son d'une machine). C'est pas ça ?

Leo : Le truc, c'est qu'ils notent tous les morceaux de façon chronologique : 1, 2, 3, etc... En ce moment j'ai l'impression que... C'est pas très nouveau mais j'ai l'impression que c'est un peu la mode en ce moment.

Narumi : Je crois qu'il existait déjà un mec qui faisait ça.

Leo : Oui, ce n'est pas nouveau. Il y en aussi qui notent les morceaux par rapport aux tempos, des choses comme ça. Je pense que klf a fait ça. Personnellement, je suis pour. Je trouve que c'est un bon développement. Je pense que de la fin des années 90 à il y a encore quelques années, les gens voulaient faire de la musique « underground » qui cartonnait. Artic Monkeys, etc... il y a plein d'exemples comme ça. Des groupes qui se disaient underground tout en voulant devenir Coldplay. Leur but était assez évident, d'autant plus que leur musique était très pop.

Narumi : Ils cachent ça mais en fait...

Leo : Bah ils cachent mal car c'est très pop et ils veulent vendre ça comme underground. Comme les disques ne se vendent plus, ce genre de stratégie ne sert à rien donc les gens partent plus dans les trucs arty du type pop instrumental avec des titres chronologiques. Finalement, c'est ça qui sort de la masse car moins de gens pratiquent ce genre de musiques et c'est un moyen de se démarquer.

Narumi : C'est comme en Angleterre avec le retour du vinyle...

Leo : ... C'est le vrai esprit underground qui revient, je trouve.

(Leo se rend comtpe qu'il a le nom du groupe sur son portable... Il s'agit de This Is Head.)

Le visuel de vos lives est également tres marqué. C'est assez dépouillé  et au milieu Mike attire l'attention avec son masque. C'est nouveau pour lui de jouer masqué ?

Narumi : Il n'a jamais porté de masque mais il avait toujours besoin de quelque chose. Un déguisement, du maquillage...Il a besoin de se transformer que ce soit devant 3, 100 ou 1000 personnes.

Pas de second degré là-dedans comme d'autres peuvent le faire ? Je pense au chanteur de Mayhem qui joue déguisé en lapin au milieu d'un concert métal...

Leo : Non je n'ai pas l'impression qu'il y ait de second degré le concernant.

tristesse-contemporaine-4-web1J'ai du mal à définir ce que vous faites. Le morceau en eéoute sur votre MySpace (51 Ways To Leave Your Lover) est à la fois monolithique et aérien. Comment qualifierez-vous votre musique ?

Leo : J'ai le même problème pour Aswefall.

Narumi : Ça correspond davantage à nos humeurs. Tu peux passer d'un état « dark » à un état euphorique. Notre musique reflète beaucoup notre état d'esprit. C'est spontané, au feeling. Ces changements ne sont pas vraiment recherchés. On ne se dit pas : « On va faire un morceau comme ça, comme ci ». On écoute nos morceaux et on ajoute ou on retire ce que l'on veut pour que ça nous paraisse bien.

Leo : On fait un peu exprès de ne pas mettre qui fait quoi au sein du groupe car c'est un peu anti-musique. Pour notre live, il y avait marqué  que je faisais du synthé mais en fait c'est de la guitare qui est juste super traitée... Le seul qui a vraiment un rôle défini, c'est Mike, il est chanteur. Mais concernant le reste, il représente un tiers du groupe. Le morceau en question, on l'a presque fait en un apéro. On a pris quelques bières, on s'est amusés ensemble. Des fois on fait fausse piste, des fois bonne piste. Le genre de truc impossible à faire avec une guitare acoustique. On n'est pas non plus dans un truc techno. C'est un truc entre les deux.

Narumi : On est super concentrés sur le coté technique du traitement du son...

Leo : La démarche... On n'essaye pas d'entrer vraiment dans la musique électronique.

Narumi : Quand je parle de musique avec mes amis, je dis toujours ça : la musique est le seul art qu'on ne peut pas contrôler entièrement. Contrairement à la sculpture, la peinture dans lesquels il n'y a pas de hasard. C'est une histoire de moments, de personnes et de hasards. C'est prétentieux de dire qu'on contrôle à 100% ce qu'on fait.

Leo : On essaye de plus être dans l'erreur que dans la performance. Nous ne sommes pas instrumentalistes.

Narumi : Si les sonorités nous évoquent quelque chose, on suit.

Parler de vous comme un groupe pop, ça va donc être compliqué ? Mettre une étiquette sur Tristesse Contemporaine est quasi impossible ?

Léo : On n'a pas la prétention d'être unique au monde dans notre démarche. On n'est pas un groupe pop. On n'a pas cette volonté de suivre une route bien tracée.

Votre single sort chez Fondation Records. Il s'agira de leur première sortie « rock ». Comment s'est faite la rencontre avec ce label ? C'était également une volonté de leur part de se démarquer des autres labels purement techno ?

Narumi : Par l'intermédiaire de Robert Alves, notre cher ami, qui travaille chez Fondation. Il prospectait des groupes rock. Julien (Danton Eeprom) cherchait à developper Fondation autrement qu'avec des trucs techno. C'est tombé au bon moment. Robert voulait écouter notre morceau. On lui a fait écouter et ça lui a plu. Julien a tout de suite aimé.

Leo : Après ça a pris du temps...

Narumi : Il a sorti son disque, il était hyper occupé.

Leo : Mais ça ne nous a pas freiné, on a bossé sur les autres morceaux. On a quasiment fini l'album. On a 8/9 morceaux. On a commencé  à développer le projet live.

Vous avez également produit des édits de vieux morceaux. C'est un truc qui vous intéresse ?

Narumi : Ah Criminal, ah David... C'était pour le podcast...

Leo : Je l'ai fait pour une mixtape Télérama, plus pour Aswefall. J'aime bien. On va en faire plus, à deux ou à trois. Mais on fait pas ça très sérieusement. C'est un loisir.

Narumi : Je vais peut-être me mettre au djing à l'occasion. Je ne suis pas dj mais j'ai plein de vinyles.

Leo : Je ne pouvais pas mettre Chris Isaak dans le podcast comme ça. C'était trop bateau.

En conclusion, quels sont vos projets à moyen et long terme ?

Leo : L'album. C'est pas fait encore. En décembre, on s'était dit que le live nous permettrait de savoir où nous en étions. On a eu de bons retours. Pour moi c'est le test ultime. Sans avoir la prétention de dire que notre live est le meilleur du monde. Si tu te sens bien sur scène, ça veut dire que c'est bien.

Narumi : Le live nous a aidé à bosser les versions finales des morceaux. Ce qu'on ressent sur scène nous permet de modifier les morceaux. On a évolué parallèlement.

Leo : On espère sortir ça à la rentrée prochaine.

Audio

Tristesse Contemporaine - 51 Ways To Leave Your Lover (sample) by Fondationrecords


Chloé l'interview

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"L'Art, c'est la nature accélérée et Dieu au ralenti". Une maxime qui à elle seule pourrait bien résumer le parcours de Chloé. Sur des formats peu courus par les musiques de club, la Parisienne a eu tendance à ralentir l'allure. Après un acoquinage rapide à la pratique live, Chloé a récemment sorti son deuxième album One in Other (Kill The Dj). L'occasion était de parler de sens caché, de portes ouvertes et de spontanéité.

Je me rappelle de ta date au Confort Moderne (Poitiers) il y a deux ou trois ans, un de tes premiers lives pour The Waiting Room. Une certaine appréhension était palpable ce soir-là. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ta découverte de la prestation live ?

Pendant longtemps je n’étais pas attirée par le live particulièrement, en tout cas je n’avais pas envie de faire un live club, le djing me suffit pour ça. Au fur et à mesure est venue cette idée de faire un live au ralenti, en revisitant des morceaux en direct, de façon spontanée et improvisée, c’est une prise de risque mais c’est enrichissant.

Un live techno, c'est différent d'un live rock, on ne peut pas changer la setlist tous les soirs. Quels ont été les facteurs te permettant de faire évoluer tes lives ?

Le live m’a donc permis de proposer au public ma musique que je produisais en studio jusque-là. Ça a fait le lien qui me manquait entre le studio et le djing. Le live m'a permis d'affirmer mon style, de trouver des idées en direct. Mon live est un amas de mes sons d’albums, de remixes, de maxis, de collaborations, et de sons à venir, le tout joué de façon improvisée.

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Est-ce que ces éventuelles évolutions ont impacté l'écriture de One In Oher ? Y-a-t'il eu un "après The Waiting Room" ?

Après The Waiting Room, j’ai continué à faire des morceaux, comme si je travaillais sur mon album. C’est comme ça que j’ai commencé à faire One In Other, c’est la continuité de The Waiting Room. Aussi, certaines trames de morceaux de One In Other sont tirées d'idées de mes lives, d’extraits de diverses collaborations. Je me sers de toutes les matières que j’ai pour faire mes productions.

One In Other est plus franc, la rythmique est beaucoup plus appuyée et il y a même des morceaux orientés plus dancefloor et pourtant tout cela reste brumeux, bancal... Penses-tu avoir réussi à trouver le pont entre la piste de danse et la maison ? Le djing a-t-il eu plus d'importance dans ce deuxième opus ?

Pour moi ce disque a été fait plus spontanément, donc il est peut-être plus radical que le premier, en tout cas plus affirmé. The Waiting Room était plus intime, sombre, mais se terminait sur une porte ouverte. Avec One In Other j'ai pris la porte, je suis sortie. Le fait de confronter directement ma propre musique en live m'a permis d'affirmer mon style. Malgré tout, je continue toujours et encore à jouer avec les contrastes (fermé/ouvert, chaos/cosmos, sens apparent/sens caché, etc.). C’est sûrement le point commun entre tout ça (prod, dj, live). Ce sont mes modes d'expression qui me permettent d’accentuer les effets de styles. Le djing continue constamment de me nourrir, tout comme la production qui nourrit mes mixes, je me sers de l’un et l’autre, comme je l’ai toujours fait d’ailleurs.

Quelles étaient les lignes directrices de One In Other ? Qu'est-ce que tu voulais explorer à travers un second album ?

Ce sont les liens entre l'Un et l'Autre, et la façon dont se tissent ces liens qui m'ont donné un point de départ. Je voulais les mots "one" et "other" dans le titre, le rapport entre l'un et l'autre. On dit "l'un dans l'autre", "ni l'un ni l'autre", "l'un après l'autre", etc. Le mot entre les deux aurait pu être n'importe lequel, finalement. Après chacun interprète comme il veut le sens, qui est l'un, qui est l'autre, chacun y trouve sa propre réponse. Le tout dit de façon suggérée.

Ça ne sera une surprise pour personne s'intéressant de près à toi mais en écoutant ton nouvel album, j'ai retrouvé l'éclectisme propre aux compilations (CD et/ou digitales) de Robert Johnson. Peut-être plus qu'ailleurs, il se dégage un son des artistes/des djs gravitant autour de ce lieu. Un mélange subtil de son dur et moelleux, de rythmes lents mais entraînants. Qu'est-ce qu'il se passe là-bas ? Il s'agit réellement d'un lieu de référence pour toi ?

Le Robert Johnson fait partie de ces rares lieux, un peu commme le Pulp, où l’on ressent une réelle liberté d’expression, c’est un petit endroit convivial, le sound system est dément, et le dj joue autant de temps qu’il le souhaite, ça peut durer longtemps, ça permet vraiment d’installer son ambiance. Je n’y ressens aucune contrainte.

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A ce titre, peux-tu nous présenter le projet Plein Soleil qui a sorti un maxi chez Robert Johnson ? Où en êtes-vous de ce projet ?

Plein Soleil est un duo électronique qu’on a créé avec Krikor en 2008. On a sorti deux maxis jusque-là (un sur le label Live At Robert Johnson, Casus Belli, un autre sur Resopal, Let’s Sway) et fait quelques remixes (Losoul entre autres). On prévoit d’autres maxis à venir dont un sur Kill The Dj Records.

D'ailleurs tu sors très peu de maxis... Le long format a plus d'importance à tes yeux ? Avec le digital, ce format vaut-il encore la peine d'être exploité ?

J’ai sorti pas mal de maxis avant mon premier album (liste ci-dessous), les albums sont une continuité logique, je continuerai à en faire malgré la crise du disque parce que j’ai toujours besoin de faire de la musique, et d’en écouter. Je n’ai jamais calculé en terme de marketing si c’était bien de sortir un disque ou pas, sinon je n’aurais même pas fait d’albums. A mes débuts je ne me concentrais que sur les maxis, aujourd’hui je me lance dans les projets d’albums, j’ai aussi plus de remixes, et de collaborations, et quand c’est possible des maxis.

* Plein Soleil - Casus Belli (Playhouse, 2009)

* Plein Soleil - Let’s Way (Resopal, 2008)

* Be Kind To Me (Kill The Dj, 2007)

* Suspended (Kill The Dj, 2007)

* Afterblaster avec Alexkid, 2006

* Point Final/Hand In Hand avec Sascha Funke (Bpitch Control, 2006)

* Around (Kill The Dj, 2006)

* What's The Matter (Karat, 2006)

* Troubles (Karat, 2005)

* Take Care (Crack'n Speed, 2005)

* The Flick Of The Switch (Dialect, 2004)

* The Forgotten EP (Karat, 2004)

* Erosoft (Karat, 2002)

J'ai vu que tu allais soutenir la sortie de One In Other par des dj sets à droite à gauche dans les mois à venir, comptes-tu le défendre également en configuration live ?

Je vais continuer à tourner dans les clubs et festivals en dj, mais je suis aussi en train de préparer un live avec les artistes visuels berlinois Transforma. On présentera le live en exclusivité le 15 mai au festival Les Nuits Sonores à Lyon, et à Paris à l’Alhambra le 17 juin.


oOoOO l'interview

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Après Cosmetics, continuons l'exploration de la face sombre de la musique de blog. oOoOO : nom énigme, line-up énigme, musique énigme... Les quelques réponses suivantes ne vous en diront pas plus sur l'identité  de la personne derrière ce projet. Cela dit, vous en saurez davantage sur ses trucs de geek de studio et son amour pour Chris Isaak et la littérature white trash....

Bonjour, tout d'abord, tu/vous peux/pouvez nous en dire plus sur toi/vous. Qui es/êtes-tu/vous ? L'image de la jeune fille dans l'onglet influence sur myspace est assez effrayante, elle fait partie du groupe ?

oOoOO : Non, mais j'aurais aimé. À l'heure actuelle oOoOO c'est juste moi, et parfois Mlle Lisa. Mais bientôt il y aura un autre membre à temps plein.

Quand j'ai montré votre myspace à mes amis, la plupart d'entre-eux se sont arrêtés sur le nom du groupe. J'ai de plus en plus de difficultés à me souvenir des noms de groupes alors le vôtre me convient, mais comment puis-je le prononcer ? Et que puis-je répondre à mes amis qui cherchent un sens ?

oOoOO : Je ne sais pas comment le prononcer. Mais ce n'est pas grave car tout se passe sur internet désormais. Les noms de groupe ne sont plus nécessaires. Il y a juste besoin d'un visuel pour identité. Ce qui est une bonne chose car je n'ai jamais été à l'aise avec les noms de groupes. La musique doit être indicible.

J'ai découvert votre musique dans un mix que mon frère m'avait fait. Le titre seaww était placé entre un track de Gatekeeper et d'autres trucs ambiant provenant du catalogue Kompakt. Je me suis dit ok, encore un titre horror électro. En allant sur ton MySpace, le lecteur s'est mis en route sur la piste No Shore, qui m'a tout de suite évoqué Boyd Rice et d'autres trucs néo folk assez obscurs. Après cela, j'ai écouté votre remix de deux vieux tracks club... un sacré grand écart. Sens-tu une filiation avec tous ces artistes et / ou ces genres ?

oOoOO : No Shore est une vieille chanson. J'avais l'habitude de faire des trucs plus orientés dark folk. Je vais y revenir un jour, mais maintenant je veux juste faire des tracks électroniques. J'aime tous les genres de musique, mais surtout les choses sombres. Je suis bon pour trouver de l'obscurité dans un rien, et parfois dans la musique la plus optimiste qui soit.

J'aime beaucoup ce travail sur les voix avec ces effets dans des tonalités graves. Comment fais-tu ça ?

oOoOO : Parfois, je bouge entièrement la totalité du morceau vers le bas, voir même je le ralenti . Il y a toujours une tentation, après avoir terminé le morceau, de rendre la version finale plus lente que prévu initialement. Tout sonne mieux comme ça. Parfois, j'enregistre la voix sur une tonalité plus élevée, puis je baisse la tonalité pour coller à l'instrumentation.

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Tu joues ça sur scène ou ça reste du domaine du studio ?

oOoOO : Pas de show pour le moment. J'ai travaillé avec un ami ces derniers temps et nous voulons mettre un set live en place ensemble. Je pense que nous jouerons quelques concerts cet été.


En naviguant sur votre myspace, j'ai réalisé que de nombreux groupes utilisent actuellement des sons de plus en plus durs et sombres. 2010 = tristesse + ténèbres ?

oOoOO : Ouais, ça semble être le cas. C'est intéressant de voir combien de personnes font de la musique sombre et étrange en ce moment. La désolation est en train de tout saturer car les gens sentent que l'illusion du progrès est terminée. L'idée de progrès est devenue quelque chose de pathétique; les seuls trucs synonymes de progrès sont désormais les espaces de stockage de plus en plus importants sur un lecteur mp3 ou les applications de plus en plus distrayantes de l'iPhone. De toute évidence nous vivons l'agonie du progrès. La plupart d'entre nous allons sans doute avoir des vies plus difficiles que celles de nos parents.

Quels sont les derniers trucs cool que tu as écoutés ?

oOoOO : J'aime vraiment beaucoup ce groupe / type appelé Balam Acab. Broadcast & the focus group ont sorti un album vraiment bon à l'automne et je commence à peine à entrer dedans. Sans oublier Tammy Wynette et Connie Smith.

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En ce qui concerne la littérature, quels livres as-tu dans les mains en ce moment ? Quelles sont tes références intemporelles ?

oOoOO : J'étudiais la littérature à la fac jusqu'à ce que j'abandonne il y a environ un an et demi. Depuis, j'ai pris une pause concernant la littérature. Mais je viens de lire Veronica de Mary Gaitskill  et c'est incroyable ! Je précise, ce n'est pas du tout un grand roman, mais les observations des gens sont si cruelles, et je n'ai jamais lu quelque chose décrivant de manière aussi proche ma propre façon d'être dans le monde. C'est l'histoire de cette jeune mannequin qui hait l'ennui, le lieu stupide d'ou elle vient et les gens médiocres qui y vivent. Elle veut vivre dans une région idéale où seuls quelques élus résident et passent leur temps à rire, écouter de la musique et se bourrer la gueule pendant que  les autres pourrissent de jalousie derrière leurs bureaux de merde. Mais tout en cherchant à atteindre cet objectif, elle sait que ce désir est une sorte de maladie, et que, même si elle pouvait l'atteindre, elle serait toujours misérable.

Si tu devais résumer ta vie à San Francisco en 5 morceaux, quelle serait la playlist ?


oOoOO : Patrick Cowley - Warp Mind

Noel - Silent Morning

Cristina Monet - Is That All There Is?

Chris Isaak - San Francisco Days (Remix Drag)
(ndlr : a défaut du remix, la video de l'original en lien)

Grateful Dead - Viola Lee Blues (de la bande originale de Petulia)

Actuellement, sur quoi travailles-tu ? Quels sont tes projets pour l'avenir proche ?

oOoOO : Je travaille sur un remix pour un groupe assez connu. Une fois que j'en aurai terminé avec ça, j'ai quelques démo que j'ai besoin de transformer en chansons. Je vais sortir un EP 4 chansons sur Tri Angle Records, probablement en juin. Et j'espère commencer à jouer live.

Audio


oOoOO – NoShore

Video


Axel And The Farmers l'interview + session

axelAprès deux EP bien sentis et une mention spéciale pour l'un des titres rock les plus revigorant de l'année 2009 (Dream#7), on espère voir le grand Axel  et ses Farmers transformer leurs belles promesses sur un long format, histoire de prolonger un peu plus notre plaisir et de se dire enfin que nous aussi sacrés Français on est capables de faire danser les Anglais. En attendant nous le retrouvons pour une interview et une session live exclusives.

Interview

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We Have Band l'interview + Session

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Venus à Paris promouvoir leur premier album, précédé d'une brouette d'EP's sur lesquels nous avons tous dansé à différents degrés d'alcool dans le sang, le trio We Have Band (sans triolisme aucun, bande d'obsédés) nous a fait le plaisir de répondre à une mini interview comme nous en avons le secret. Et de nous improviser une session acoustique, mini elle aussi, avec Divisive et WHB en mode détendu de la gratte. Leur album est sorti le 6 avril, et ils seront en concert à Paris le 16 avril, ne les ratez pas !

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Bonus