Rat Columns

David West, artiste hyperactif membre entre autres de Rank/Xerox, Lace Curtain ou Total Control, revient ce mois-ci avec son projet solo Rat Columns et un tout nouvel album 'Candle Power' sorti chez le label anglais Upset The Rhythm. Mosaïque indie pop douce-amère où s'entremêlent guitares cristallines, influences synthétiques ou même garages lo-fi, David West a composé un album aux atmosphères éloignées et contrastées qui cohabitent en parfaite harmonie. Rat Columns sera en concert le 25 Avril prochain au Supersonic (plus d'info sur l'event facebook) en attendant découvrez un extrait de son nouvel album ainsi que sa "Spring Rain" mixtape et ses réponses à notre Out of the Blue interview.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens de Kondinin, une petite ville de campagne à l'Ouest de l'Australie. C'est une province rurale entre Perth, la capitale, et le désert. C'est très beau, du genre sec et brulé par le soleil, avec beaucoup de rochers, des kangourous, des émeus, ce genre de trucs.

I'm from a small country town in Western Australia called Kondinin. It is a farming area between Perth, the capital city, and the desert. It's quite beautiful, sort of a harsh and sunburnt beauty, with lots of big rocks, kangaroos, emus, that kind of thing.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Comme tout le monde, vers l'obscure marécage boueux.

The same place we are all headed, back to the dark and murky ooze. 

Pourquoi la musique ?
Why music?

J'ai vu Sonic Youth quand j'étais jeune, pendant des vacances en famille. Ça a changé ma vie.

I saw Sonic Youth as a young person, on a family holiday. It changed my life! 
Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Chasseur de trésors de la plage à plein temps, ça me semble pas mal.

Full-time beach-combing seems pleasant.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J'ai bien peur de ne jamais avoir eu d'épiphanie majeure. Peut-être la pensée qu'il est effectivement possible de fournir trop d'efforts pour atteindre quelque chose.

I don't think I've had any major epiphanies, I'm afraid. Perhaps the thought that it is indeed possible to put too much effort into something.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Au coin de la rue, c'est sûr !!!

Definitely just around the corner!!!

Le revers de la médaille ?
Any downside?

A quoi ? J'en sais rien, à la musique ? La perte d'audition, j'imagine.

Downside to what, I wonder...a downside to music? Hearing damage, I guess.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

C'est clair ! C'est à ce moment que la vraie vie commence... Lorsque la douleur d'être un artiste se dissipe et que tu peux enfin VIVRE. J'ai hâte d'y être.

Definitely! That's when life begins...when the pain of being an artist subsides and you can finally just LIVE. I'm looking forward to it.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Probablement m'accorder excessivement et me détendre les mains.

Probably excessive tuning and the wringing of hands.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Mes amis de la musique que je ne vois pas assez souvent. Robert Pickle !

My musical friends that I don't see enough. Robert Pickle!

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Je peux seulement espérer que je n'y suis pas encore parvenu... Peut-être que mon premier disque vinyle en fait partie. Le vinyle c'est définitif !

I can only hope the climax is yet to come....maybe the first vinyl record was a personal apex. Vinyl is final!

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Relax et engage un ingé son professionnel.

Relax and hire a professional mixing engineer.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Chasseur de trésors de plage à plein temps !

Full-time beach-combing!

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

J'adorerais écrire quelques bonnes chansons sans les essouffler par excès de dilettantisme et de gribouillage.

I would love to write some good songs and not beat the life out of them with excessive dabbling and scribbling.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Je n'y crois pas vraiment, comme dit le Chef Wiggum, "Si ça fait du bien, fais le." J'aime bien les sandwiches à la crème glacée un peu classe.

I don't particularly believe in guilty pleasures, like Chief Wiggum says, 'if it feels good, do it'. I quite like high-brow icecream sandwiches.

Audio

Mixtape exclusive

"Spring Rain Mixtape" par David West :

VIEW FROM MY WINDOW - HIROSHI YOSHIMURA
YOUR SKIN AND MINE - SAD LOVERS AND GIANTS
LOVE WITHOUT SOUND - WHITE NOISE
TRACK 2 - GAS (POP LP)
GIRL - T REX
LONELY GIRL - SAGITTARIUS
MODI I (EXCERPT) - PIERO MILESI
A WALK ACROSS THE ROOFTOPS - THE BLUE NILE
TRACK 2 FROM KAKASHI LP - YASUAKI SHIMIZU
MODI I (EXCERPT) - PIERO MILESI
TOWARDS TOMORROW (EXCERPT) - DELIA DERBYSHIRE
RADIANCE III (EDIT) - BASIC CHANNEL
MAKE IT EASY ON YOURSELF - THE WALKER BROTHERS

Traduction : Matthieu Ortalda


Kontravoid

Après un silence de plusieurs années et la sortie de son premier excellent album chez Pretty Pretty Records et du 7" Native State chez Cititrax/Minimal Wave, le canadien Cam Findlay aka Kontravoid (ancien batteur de Crystal Castles) revient avec un tout nouveau EP auto-produit : So It Seems. Si l'on y retrouve ses influences indus et new wave, le nouveau son du canadien est plus frontal et plus tendu que sur ces précédentes sorties. Les rares traces mélodiques pop ont disparu, on est ici dans le dur, le sombre, la punition. Impitoyable et écrasant, le nouveau titre de Kontravoid fait mal et cela fait du bien. Il sera en tournée américaine au mois de mai, espérons qu'il fasse un détour par chez nous. En attendant, voici ses réponses à notre interview Out Of The Blue et découvrez en exclusivité le titre So It Seems.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Toronto.

Toronto.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Avec un peu de chance, vers de meilleures et plus grandes opportunités, je reste toujours ambitieux.

Hopefully on to bigger and better opportunities, constantly staying ambitious.

Pourquoi la musique ?
Why music?

J'ai toujours aimé composer et expérimenter avec des instruments électroniques, jouer de la batterie ainsi que travailler avec d'autres musiciens et contribuer à divers projets. J'ai toujours ressenti ça comme une attraction naturelle.

I’ve always enjoyed writing and experimenting with electronic instruments, playing drums, as well as working with other musicians and contributing to various projects. It’s always felt like a natural thing that I’ve been drawn to.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J'aime travailler dans le cinéma donc peut-être quelque chose dans cette industrie.

I like working in film, so probably a position in that industry.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Découvrir que j'étais medium.

Finding out I'm psychic.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Apprendre à jouer de la batterie.

Learning to play drums.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Ça fait trop de bruit !

They're too loud!

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Absolument, tellement de choses sont possibles.

Absolutely, so many things are possible.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Flipper sur de petits détails et faire les cent pas de manière incontrôlée.

Freak out over minor issues and pace uncontrollably.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Brian Eno et Steve Jobs.

Brian Eno and Steve Jobs.

Quel serait le climax de ta carrière ?
What would be the climax of your career?

Faire des concerts avec un son parfait, de supers visuels et de beaux éclairages.

Playing shows with perfect sound, great visuals and great lighting.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Fie-toi davantage à ton instinct, ne laisse pas les gens influencer ta vision négativement.

Trust your instinct more; don’t let people negatively influence your vision.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Ayant 7 ou 8 chiens, probablement.

Probably owning 7 or 8 dogs.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Simplifier la production, prendre mes distances avec l'ordinateur et créer une méthode d'écriture plus organique.

Simplifying the production, moving away from relying on a computer and creating more of an organic writing method.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Acheter et vendre du matos sporadiquement et empiler des conneries dont je n'ai pas besoin.

Buying and selling gear sporadically, and hoarding junk I don't need.

Vidéo

Écoute exclusive


Thieves Like Us

Again and Again, album culte de Thieves Like Us c'était il y a déjà sept ans. Depuis le groupe a changé plusieurs fois de format, de labels (Kitsuné, deBonton, Captured Tracks) et a connu un succès plus ou moins mitigé au grès des sorties. Après une absence de presque cinq ans, le groupe revient avec un nouvel album éponyme, sorti sur le label de leur début, Seayou Records. Come back grandement réussi pour Thieves Like Us, la pop complexe du groupe balaie ici un large éventail d'émotions entre ambiance dance floor insouciants et moments plus mélancoliques et introspectifs. Pour célébrer ce nouveau disque, découvrez une mixtape exclusive concoctée par Andy Grier et ses réponses à notre interview Out of the Blue. Enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

J’ai grandi sur des bases militaires américaines, entouré par de froids guerriers qui s’entraînaient pour la guerre froide.

I grew up on U.S. Military bases, surrounded by cold warriors, training for the Cold War.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

En route pour la prochaine guerre mondiale.
On my way to the next World War.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C’est comme le journalisme mais avec la possibilité de groupies.

It's like journalism but with the potential for groupies.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Le journalisme.
>
Journalism.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Poser la “bonne” question est bien plus important que d’avoir la réponse.

To ask the 'right' question is far more important than to receive the answer.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Et bien, si la vie est un travail en cours, je ne pense pas qu’il ne puisse y avoir qu’une seule révélation artistique. C’est la somme de plusieurs choses. Je considérerais que j’ai réussi si je peux payer pour mes propres funérailles. Personne d’autre ne paiera pour ça.

Well, if life is a work in progress, I don't think that there can be a single one artistic breakthrough. It's a sum of things. I will consider myself successful if I can finance my own burial. No one else will pay for it.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

La musique est un moyen viable de communication, d’informer, de renforcer l’esprit, une forme de guérison. C’est difficile de voir la plupart des musiciens renoncer à ça, et pour l’argent, ou la célébrité. Je crois que les artistes Dub et Reggae continuent à transmettre un certain message social.

Music is viable means of communication, reporting, fortifying the soul, a form of healing. It's difficult to seeing most musicians forego this social responsability and for for cash, or fame. I do think DUB and REGGAE artist are still transmitting some sort of social message.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je n’ai pas atteint la mort artistique, donc je ne peux pas vous donner une réponse pour une expérience que je ne connais pas.
I haven't reached an artistic death, so I cannot give you an answer to an experience I do not know.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Un rituel avant de monter sur scène ou des groupies ???? On n’a pas vraiment de groupies… Tout espace pouvant servir à quelque chose de la sorte est pris par notre concentration sur les balances.

Pre stage ritual or groupies???? We don't really have groupies.. Any space for observing such a thing is taken up by focusing on sound check.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Des amis que je connais depuis les années 90 qui ne sont pas des musiciens très connus. Ils sont tous à New York. Je suis en exil depuis 2002 donc on n’a pas eu l’occasion de travailler ensemble.

Friends I know since the 1990s who are not well known musicians. They are all in New York City. I've been in exile since 2002. so, we haven't gotten the chance to work together.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je n’ai pas une notion du temps très linéaire. Et nous ne somme pas non plus nimbés de glamour. Donc ce sont souvent des souvenirs très basiques de tournées, comme se promener de nuit à Tokyo et s’arrêter manger des nouilles dans un restaurant à 4h du matin, ou regarder le soleil se coucher en attendant d’embarquer dans l’avion dans un aéroport mexicain, généralement de petits souvenirs de choses simples.

I don't really have a very a linear sense of time. Nor are we veiled in glamour. So, it's often very mundane tour memories memories, like taking a night walk in Tokyo and stopping for noodles in a restaurant at 4 am, or watching the sun go down waiting to board our flights in some Mexican airport, usually little memories of small things.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Comme il est impossible de voyager dans le temps et de donner des conseils à mon moi enfant, je préfère donner des conseils aux plus jeunes. Je conseille de travailler dans une usine pendant, disons, 90 jours. On développe une relation entre les mouvements de son corps, l’espace physique et les objets. Ça donne aussi une notion de la difficulté d’un travail répétitif, d’être exploité et peut-être que vous prendrez plus en considération que chaque bien ou objet que vous achetez ou que vous avez autour de vous vient le plus souvent d’une usine et a été fait par une autre paire de mains humaines. Il y a une histoire derrière cet autre être humain. Ce qu’ils ont mangé le matin. Quelles étaient leurs pensées sur le chemin du travail. Leur cigarette pendant la pause déjeuner.

As it is impossible travel back in time and advise my younger self, I would rather give some advice to younger people. I do recommend working in a factory for say, 90 days. You develop a relationship between your body movements, physical space, and things. It also gives you a sense of the difficulty of repetitive work, sweatshop work and perhaps you will take into consideration more that every good, or object we buy or have around us most often comes from a factory, and is most often by another set of humans hands. There is a story behind that other human. What they ate in the morning. What their thoughts were on the way to work. Their cigarette during their lunch break.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

je ne peux pas vraiment me voir d’ici un an. Je ne pense pas vraiment à moi-même en termes linéaires. C’est en dehors de mon processus de pensée. Où seras-tu ? Où sera l’ordinateur sur lequel je tape ces lignes ? Est ce que l’écran sur lequel tu lis ce texte sera depuis longtemps érodé par le temps ?

I cannot really see myself past next year. I don't really think of myself in linear terms. It's outside of my thought process. Where will you be? where will the computer be I am typing this on? Will the screen you are currently reading this text on have long been eroded by time?

Comment voyez-vous évoluer votre musique?
How do you see your music evolve?

Je ne sais pas si elle évolue. C’est un peu comme un jeu. On devient meilleurs avec les règles. Peut-être que quelqu’un connaît les trucs, sait comment obtenir ce son là, ou cet autre, ou sait comment se forcer à écrire d’une certaine façon. Mais avec tout ce savoir vient une certaine préméditation. L’innocence est perdue. Est-ce qu’une pièce préconçue et étudiée représente une évolution ou est supérieure par rapport à quelque chose dans l’inconscience de l’innocence de la jeunesse...

I don't know if it evolves. It's a bit like a game. One gets better at the rules. Perhaps one knows the tricks, knows how to get this sound or that sound, or knows how to push themselves to write in a certain way. But with all this knowledge comes a certain premeditation. Innocence is loss. Is a well thought out and drafted piece of work an evolution or superior, to something done so thoughtlessly in the innocence of youth…

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Oh, ceux là disparaissent quant on “touche le fond”.

Oh those fall away when you hit "rock bottom".

 

Mixtape

Vidéos


Alpine Decline

Depuis 2010 et la sortie de leur premier album, Alpine Decline, le duo guitare/batterie originaire de Los Angeles et expatrié a Pékin, n'a cessé de nous régaler à chaque sortie de disque entre pysché et shoegaze où leurs explorations soniques où ce mêlent distorsions noises et sens mélodique aiguisé. Alors qu'au printemps dernier sortait leur album Life's a Gasp, produit par Yang Haisong (P.K.14), sorte de lettre d'amour/haine dédiée à leur ville d'adoption on a décidé de soumettre le duo hyperactif à notre interview Out of the Blue, ils nous font cadeau d'un titre inédit, teaser de leur prochain album à venir...

D'où venez-vous ?

Where do you come from?

Pauline : On s’est rencontrés à Los Angeles, où j’ai grandi. Jonathan, lui, vient de l’Ohio.
Pauline: We met in Los Angeles, where I grew up. Jonathan is from Ohio.

Où allez-vous ?

Where are you headed?

Jonathan : Vers le futur.

Pauline : À grande vitesse, a priori.

Jonathan : Quand est-ce que ce sera publié ? On y sera déjà à ce moment là, probablement...

Jonathan:  Into the future. Pauline:  Quickly, it seems. Jonathan: When will this be published?  We might already be there…

Pourquoi la musique ?

Why music?

Jonathan : Pauline et moi jouons de la musique depuis aussi longtemps qu'on puisse s'en souvenir. Lorsque l'on a créé Alpine Decline, on jouait déjà tous les deux dans des groupes depuis très longtemps. Mais Alpine a changé un peu notre objectif, la musique est devenue pour nous une véritable quête déterministe.

Jonathan: Pauline and I were both playing music from before our earliest memories. But when we started Alpine Decline and we’d been playing in bands for a long, long time, and the objective changed. We started to use music as a more deterministic pursuit in our lives. 

Et si vous n'aviez pas fait de musique ?

And if music wasn't your thing?

Pauline : C'est évidemment très clair pour nous aujourd'hui, si nous avons eu d'autres options à un moment de nos vies, nous nous en sommes vraiment éloignées il y a très longtemps.

Pauline: It’s clear at this point in our lives, if there ever were other options, they branched off from our path long ago.

Une épiphanie personnelle ?

An epiphany of yours?

Pauline : Toutes nos épiphanies sont très bien décrites dans nos albums.

Jonathan : Nous recommandons au lecteur de se fier uniquement aux paroles de morceaux tirées de sources officielles, ou d'écouter avec une grande attention, l'oreille collée aux enceintes, pour comprendre ces épiphanies. Une correspondance directe est aussi la bienvenue.

Pauline: All our epiphanies are well documented in our albums.  

Jonathan: The reader is kindly advised to only trust lyrics from official sources, or listen very, very closely with your ear pressed against the speakers to make out the epiphanies. Direct correspondence is also welcome. 

Une révélation artistique ?

Your artistic breakthrough?

Pauline : Créer Alpine Decline a vraiment réaligné notre perspective de vie et ce que nous faisions en tant que musiciens, ce que nous cherchions à accomplir avec.

Jonathan : Personnellement, je l'ai ressenti comme les différentes étapes d'un lancement d'une fusée, on s'est extrait de la scène dont on était issu, on a largué les réacteurs et on a plongé dans l'espace.

Pauline : Est-ce que Pékin c'est l'espace, dans ton analogie ?

Jonathan : Une métaphore imparfaite.

Pauline : Mhmm.

Pauline: Creating Alpine Decline really realigned our perspective on what we were doing as musicians, and how we were trying to go about doing it.  

Jonathan: Yes, personally it felt like the stages of a rocket launch, where we first blew up the scene we’d been in, then dropped the boosters and punched into space.

Pauline: Is Beijing “space” in this analogy?

Jonathan: It’s an imperfect metaphor.

Pauline: Mhmm.

Le revers de la médaille ?

Any downside?

Pauline : Il y en a tellement. Tu connais beaucoup d'artistes qui ont des vies confortables et stables ?

Jonathan : Il y a quelques instants de plaisir mais ils sont profonds. Ils n'effacent pas les moments difficiles, mais si on prend du recul, considérer la musique comme un style de vie à part entière est un process qui - si tu le suis jusqu'à ta mort - te transformera en une personne particulière, avec des connaissances bien spécifiques, j'ai toujours été attiré par ça.

Pauline : Mais ça ne fonctionne que si tu suis ça jusqu'à ta mort. Ça ne marche pas si tu arrêtes avant.
Pauline: There are so many. Do you know many artists living comfortable, stable lives?

Jonathan: The pleasures are few but profound. It’s not that they outweigh the downsides, but the big picture is that music-as-a-way-of-life is a process that -- if you stick with it until you die -- will shape you into a particular kind of person, with a particular set of insights, and I’ve always been attracted to that.

Pauline: But you have to stick with it until you die.  It doesn’t work if you quit before then.
Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Is there life after artistic death?

Jonathan : La vie est courte, la mort est longue et le succès est très très loin.

Jonathan: Life is short and death is long, and success is very far away.

Un rituel de scène ?

Your pre-stage ritual?

Jonathan : C'est obscène et vicieux.

Pauline : Ca n'est pas pour les âmes sensibles.

Jonathan : Ou pour ceux qui ont l'estomac fragile.

Pauline : C'est bien plus intéressant que ce qu'il se passe sur scène.

Jonathan : On ne nous autoriserait pas à le faire sur scène.

Jonathan: It’s obscene and vicious.

Pauline: Not for the faint of heart.

Jonathan: Not for the weak of stomach.

Pauline: Far more interesting than what goes on onstage.

Jonathan: They would never allow that onstage.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Who would you work with (musically or not)?

Pauline : On préfère plutôt travailler à l'envers - au lieu de choisir quelqu'un avec qui nous voudrions travailler en espérant que l'on parvienne à s'entendre humainement, nous essayons de convaincre ceux dont nous sommes proches de travailler avec nous. Même s'ils ne sont pas les plus grands experts dans leur domaine.

Pauline: We sort of work backwards – instead of choosing someone we want to work with and hoping we connect personally, we just try to convince the people that we connect with personally to work with us. Even if they aren’t the most expert in whatever we’re doing together.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

What would be the climax of your career?

Jonathan : Il est sûrement préférable de nous voir comme des moines. Les moines n'ont pas de carrière en méditation ou en chant. Leur pratique n'a pas vraiment de climax.

Pauline : Sauf s'ils atteignent l'illumination...

Jonathan : Tu aimes bien descendre mes métaphores aujourd'hui.

Pauline : Qu'est-ce que tu veux dire par "les moines n'ont pas de climax" ?

Jonathan : Je crois que pour nous il s'agit plutôt de continuer à travailler encore et encore jusqu'à ce qu'émerge une sorte de grande révélation finale. Aucun album ne touche du doigt parfaitement cette véritable révélation mais peut-être qu'à la fin, cette révélation essentielle émergera de ce que nous avons créé collectivement.

Jonathan: Maybe it’s better to think of us more like monks.  Monks do not have a career of meditating and chanting.  Their practice doesn’t have a climax.

Pauline: Well, if they achieve enlightenment…

Jonathan: You are really coming down hard my analogies today. Pauline: Well, what are you saying?  “Monks don’t climax?”

Jonathan: I think it’s more about making a body of work that kind of circles around some big revelation.  No one single album quite pins it precisely or perfectly, but maybe by the end, the picture will emerge from looking at it all collectively.  

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ? Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Pauline : Il n'y a rien que je pourrais me dire à moi-même que j'aurais écouté étant jeune.

Pauline: There’s nothing I could have said to myself that I would have listened to.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

How do you see yourself thirty years from now?

Jonathan : Des vieux fous rigolant des voix que nous entendons dans nos têtes, en se souvenant très mal de notre passé.

Jonathan: Old fools laughing to ourselves at the voices in our head and misremembering our past.  

Comment voyez-vous évoluer ta musique ?

How do you see your music evolve?

Jonathan : Je n'ai pas de véritable réponse à cette question. C'est un sujet tellement compliqué, très bordélique, que je préfère généralement l'éviter pour ne pas avoir à me perdre dans mes pensées.

Jonathan: That’s not really something I could give a clean answer to… it’s such a big, messy topic that in general I prefer to just avoid tangling up my thoughts with it.


Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?

Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Jonathan : J'aime beaucoup boire et fumer dans des chambres d'hôtel délabrées de villes du tiers-monde.

Pauline : J'adore les Nutter Butters.

Jonathan: I’m particularly partial to drinking and smoking in run-down hotel rooms in third tier cities.  

Pauline: I like Nutter Butters.  

Écoute exclusive

Dawn Education by Helicopter est un morceau tiré des sessions réalisées l'hiver dernier à Taipei, qui se sont transformées en ce qui sera notre prochain album Action Moves Away from the Center. Contrairement à nos autres albums, on a choisi de n'utiliser ni batterie ni guitares sur celui-ci, il a été produit entièrement à partir de synthés modulaires. Le disque devrait sortir fin 2017. Pour ceux qui préfèrent les guitares et la batterie, nous enregistrons à Pékin la suite de Life's A Gasp, ça s'annonce vraiment bien.

Dawn Evacuation by Helicopter is a track culled from the sessions last winter in Taipei that resulted in our forthcoming album Action Moves Away from the Center.  Unlike our other albums, Action Moves Away from the Center has no drums or guitars -- it was produced entirely on our modular synths.  Look out for this record later in 2017.  If you prefer guitar and drums in your music, we are currently in Beijing recording the follow up to Life's a Gasp, and it's turning out to be a real doozy.

 

Video

Photo en pj. © Nicholas Marshall


Éric Chenaux l'interview

Pratiquer un instrument de nombreuses années crée une familiarité, un confort mais parfois le sentiment que la découverte ne sera plus au rendez-vous, la passion reste intacte mais l’inconnu et le plaisir qui vont de paire s’estompent. La guitare est, probablement avec le piano, l’instrument le plus pratiqué dans le monde, de ce fait surprendre ou, mieux, innover semble chose ardue. Cela fait pourtant longtemps qu’Eric Chenaux étire le chant des possibles de la six cordes, créant un nouveau langage, une ondulation, un fil fragile mais ludique qui s’articule autour de mélodies désarticulées.

Initialement basé à Toronto, il y est une figure de proue de la scène DIY et expérimentale, tout d’abord en tant que frontman d’un groupe de post-punk, Phleg Camp, à la fin des années 1980, puis dans la scène de la musique improvisée, du non jazz, notamment en tant que co-fondateur du label Rat Drifting en 2002, avant de s'établir en solo chez Constellation depuis 2006. Un parcours musical varié, aux collaborations et rencontres multiples (Sandro Perri, Josephine Foster, Radwan Ghazi Moummeh, Eloïse Decazes, Norberto Lobo) mais aussi dans la danse contemporaine et le cinéma. Il revient en 2017, avec deux albums à paraître cette fois chez Three:four Records, un premier en compagnie de Norberto Lobo le 24 mars et le deuxième avec Eloïse Decazes.

Installé depuis quatre ans à Paris et plus précisément à Saint-Ouen, c’est chez lui que nous nous retrouvons autour d’un apéro charcuterie-fromage-vin pour parler de sa future tournée japonaise, de ses prochaines sorties, de ses rencontres, de Constellation et de l’apprentissage du français notamment... (qu’il parle très bien d’ailleurs)

Interview

Quelle est ta relation avec le français ? C’est ton deuxième album avec Éloïse [La Bride, à paraitre le 14 avril, ndlr],le français y est très littéraire et évoque des contes ou des chants de troubadours médiévaux.

Le premier était assez moyenâgeux, comme des complaintes. Le deuxième, c’est plus des ballades traditionnelles, pas nécessairement du Moyen-Âge.

Ça m’a fait un peu penser à Josephine Foster, particulièrement l’album A Wolf In Sheep’s Clothing que j’aime beaucoup, notamment à la très belle reprise de schubert An Die Musik.

Oui, c’est un très bon album.

Tu as travaillé avec elle ?

Oui, plusieurs fois. Une fois en duo et une autre avec une pianiste et son mari, pour cet album justement, à Londres, lors d'un festival de musique expérimental et on a partagé des dates, on est amis.

Dans cette reprise, il y a d'ailleurs cette guitare saturée qui arrive sur la fin, très free, qui pourrait un peu se rapprocher de ton jeu.

Oui, c’est un musicien de Chicago ou Boston, il est incroyable, je crois qu’il a joué qu'une fois avec elle, je ne le connais pas mais je lui ai demandé qui était ce mec ; il joue fort et avec beaucoup de liberté, et surtout il joue joyeusement.

Justement, sur ton album avec Norberto Lobo, on a l’impression que ta guitare est moins narrative, que c’est plus une texture libre par rapport à d’autres de tes albums sur lesquels il y a une mélodie et après une destruction qui se fait autour de cette mélodie. Là on commence directement par cette destruction, cette texture, ce magma.

Oui, oui, l’album de Norberto est, d’une manière, plus un type de musique proche de celui que je faisais à Toronto. Quand j’ai commencé à faire des chansons, c’était plus basé sur l’improvisation free, cérébrale. Les deux sont parallèles pour moi, les impros sont comme un monde, un espace qui utilise un peu de composition mais pas trop ; une chanson, c’est un espace qui utilise quelque chose de prédéterminé, une mélodie en général, des accords et une clef, une base en fait. J'adore les chansons et je suis toujours étonné par le manque d’improvisation dans les chansons. Burt Bacharach a composé des chansons incroyables pour Dionne Warwick, tellement belles, les arrangements et les structures font des détails. Et ces détails, je n’arrive pas à les composer, je n'en suis pas capable, enfin je ne sais pas si je le suis mais j’en ai aucune envie. Pour moi, les chansons sont des détails qui proviennent de l’improvisation. Et c’est une manière d’entrer dans le monde des détails, c’est dans ces détails qu’on trouve l'univers d’une chanson. Les petits bruits, le souffle d’un chanteur, le posé sur un piano, un bend, ce sont les choses comme ça qui me plaisent et qui deviennent un monde pour moi, un intervalle, une perception de la chanson qui provient de ces détails et comment jouer dans ces intervalles, ces frictions, ces hallucinations, ces attractions, ces... beaucoup de mots qui finissent en -ion avec des bases latines, et féminins.

Ah ! Ah ! Ah !

Est-ce que tu sais ce qui détermine le genre des mots ? Pourquoi ces mots sont masculins ou féminins ?

C’est en général d’après une base latine, les mots qui finissent en -ure, -ette, -ie et -ion sont généralement féminins. Mais par exemple, un mot moderne comme "selfie" finit en -ie, comme photographie, etc. qui sont généralement féminins, mais celui-ci est masculin. Pourquoi, qui a déterminé ça et sur quels critères les académiciens ont choisi, je n'en ai aucune idée...

C’est incroyable de se dire que les académiciens prennent une journée pour se dire que "selfie" doit être masculin !

Justement, toi, par rapport au français, apprendre une nouvelle langue, c’est comme apprendre une nouvelle mélodie, une musique, et en plus tu es Canadien, tu viens de ce pays bilingue.

Il y a une association entre le français et le Canada, une histoire mais si tu ne passes pas de temps au Québec, au final tu ne penses pas vraiment au français ; tu vois tout le temps les deux langues, au supermarché, partout mais tu n’y penses pas vraiment. En tout cas, en ce qui me concerne. Quand je suis rentré à Toronto, j’ai été frappé par le nombre d’amis qui pouvaient parler français alors qu’avant mon arrivée ici je m’en foutais. Mais en fait tout cela vient de l’école. Parmi ces amis de Toronto, il y en a deux qui sont batteurs et qui sont mes favoris.

Est-ce qu’il y en a un qui a joué sur Love Don’t Change ?

Oui, c’est Nick Fraser.

Il est incroyable !

Oui, il est... pfiou ! J’ai beaucoup joué avec lui et le voir jouer est étonnant parce que tu n’as pas l’impression qu’il tape, au contraire. Quand tu regardes les autres batteurs, tu vois les gestes et l’amplitude, pas lui.

C’est ce que je te disais la première fois que je t’ai vu, ce morceau ne m’a jamais quitté, il m’accompagne tout le temps, et quand tu parlais de ces intervalles, je trouve que ce morceau en est un parfait exemple. Est-ce qu’il joue aussi sur Impossible Spaces de Sandro Perri ?

Hum, oui, peut-être une chanson... non, je crois que ce sont d’autres batteurs en fait. Mais il y a plein de batteurs incroyables à Toronto. Le père de Nick Fraser est en charge du bilinguisme au gouvernement et en tournée Nick parle aux concerts dans les deux langues, avec un gros accent d’Ottawa. Entre Mariette [sa compagne, ndlr] et moi, au début, je ne parlais pas quasiment jamais en français. Quand je suis arrivé ici, c’était difficile.

Tu n’as pas de membre de ta famille qui est francophone ?

C’est encore plus triste parce que c’est normalement ma première langue, j’ai grandi en Suisse. Je suis né aux Etats-Unis mais je suis arrivé à l’âge de deux ans à Vevey, en Suisse, mon père est Suisse portoricain et ma mère est de Suisse romande. Mon père, lui, parle cinq langues, il a grandi avec trois langues. Avec ma grand-mère, je parlais français et espagnol. Mais j’ai tout oublié. Petit, j’étais le traducteur de ma classe parce qu’il y avait beaucoup d’Américains dont les parents étaient là pour l’entreprise Nestlé.

je vous épargne une digression sur la linguistique et la grammaire française….

Il y a quelque chose que j’ai vraiment beaucoup aimé au début de ton concert à l’Espace En Cours, c’est ta façon de présenter ton concert, cette approche assez humoristique et décontractée, c’était la première fois que je voyais ça en fait, tu spoiles ton concert en disant à l’avance le nombre de chanson, leurs durées, qu’il n'y aura pas de rappel...

Oui, ça, ça me vient de Hitchcock, il commence à introduire son film en disant directement qui est le tueur et j’adore ça. Ces teasers, c’était drôle, prétentieux mais sarcastique et au final tu oubliais qui était le tueur et tu te laissais prendre au jeu. Dans le monde de la musique improvisée, dans le jazz, c’est tellement rare que les personnes parlent, c’est un peu formel et silencieux. Dans la musique traditionnelle ou folklorique, on introduit la chanson en racontant parfois son origine et j’aime beaucoup ça. Les musiciens que j’adore de la musique traditionnelle folk britannique font ça, je ne fais pas partie du même monde musical mais je ne suis pas timide et plutôt à l’aise sur scène donc je veux partager ça avec le public, ce sentiment d’être à l’aise et de partager un moment qui ne soit pas formel.

Parfois tu vas à des concerts et tu sens que l’artiste sur scène est gêné ou stressé et tu compatis un peu, ça je ne veux pas que ça m’arrive, jamais, je veux qu’on sente que je suis à l’aise. Ce qui n’est pas toujours le cas évidemment mais je ne le montre pas. Et donc ça me vient d’Hitchcock, je révèle le mystère dès le début mais je maintiens le suspense, le plaisir pendant le temps du film pour Hitchcock et du concert pour moi. Je dis à l’avance que je jouerai six ou sept chansons, qu’il yen aura des longues, des courtes et que ce sera tout. Peut-être qu'en tant que spectateur, tu vas compter mais tu ne sauras pas combien de temps les chansons vont durer et tu seras peut-être plus réceptif, d’une certaine manière moins stressé, par le concept formel de temps et tu te concentreras plus sur les détails.

La personne qui était avec moi à ce concert, et qui n’est pas nécessairement très familière de ce genre de musique et de son public, ton "effet Hitchcock", ça l’a mise plus à l’aise, ça a créé une atmosphère de familiarité.

C’est très très important pour moi d’éviter le narcissisme de l’artiste sur scène et d’être généreux, d’avoir une relation, un échange avec le public. Après, quand tu es sur scène, c’est pas toujours facile, évidemment tu veux que les gens partent en étant contents parce que tu en dormirais mieux la nuit mais il ne faut pas que cette envie fausse l’échange. Parfois, t’as pas dormi ou ça ne va pas dans ta vie et tu te demandes où trouver la force de créer cette connexion ; pour moi, c’est un rapport au temps et à comment le gérer. Et je pense que l’improvisation contribue à ça, tu te perds toi-même dedans, tu t’aventures. Au début, quand je suis arrivé à Paris (il y a quatre ans), j’étais un peu nerveux de jouer, c’était mon nouveau chez moi alors c’était important pour moi - j'ai peut-être joué deux mille fois à Toronto, la nervosité n’existait plus du tout.

Je peux te demander pourquoi tu es venu à Paris ?

Pour la personne avec qui j’habite, Mariette.

J’ai le souvenir d’un concert, il y a quelques années à Londres, ce soir-là je me suis rendu compte pour la première fois que c’était impossible que la personne à côté de moi entende le morceau de la même manière que moi. En fait, pour moi, la musique et son parcours, son trajet vers l’auditeur est plus pur et direct que n’importe quel autre art. On dit "seeing is believing", il faut le voir pour le croire, on ne peut pas croire directement avec ses oreilles.

Pour toi, la musique serait l’art majeur ?

Non, pas du tout, mais c’est le côté de l’abstraction de la musique qui est pour moi majeure. En général, à un concert, je ferme les yeux, ça soulage d’abandonner la vue, de laisser du répit aux yeux et de se laisser porter. Il y a un côté hallucinatoire dans la musique, on ne la comprend pas. Quand tu vois quelque chose et qu’elle est matérielle, tu la comprends. Une musique n’est pas nécessairement narrative comme les autres arts. Il y a aussi cette ambivalence dans la musique, par exemple la soul qui a des paroles super tristes sur une musique très rythmique, comme James Brown, et cette manière de communiquer propre à la musique n’est pas de l’ordre du langage.

Je comprends mieux ta notion de trajet et de parcours maintenant. Quand j'habitais à Halifax, j’étais allé voir Leonard Cohen, il a joué 4h30 et des poussières et il disait en s’adressant au public "ok les gars, c’est samedi soir et si vous devez vous lever demain matin pour profiter de votre dimanche, allez-y parce que nous, on est là encore pour un moment" et j’ai bien aimé ce truc simple et direct d’enlever le masque et de dire "nous, on fait le boulot mais si vous en avez marre, allez-y", un peu comme toi qui annonce direct le menu en disant "... après vous devez prendre le métro donc je préfère vous prévenir", désacraliser un peu le truc.

Oui, je suis d’accord, j’essaie de garder aussi l’équilibre entre l’aspect rêverie de la musique et l’aspect humain, ouvert, et de jouer avec les deux. Ça ne marche pas toujours, ça prend du temps mais l’idée est de créer un espace ensemble.

Chez toi, il y a d’ailleurs un équilibre qui est intéressant entre la chanson et la destruction de cette chanson, il y a Éric Chenaux qui partage sur scène, qui joue avec le public, qui utilise des effets pour la guitare d’une façon ludique et, en même temps, la beauté de l’improvisation.

En fait, je ne joue pas de la guitare ou des effets, je joue avec mon corps. J’adore les effets, la wah-wah et j’adore les filtres parce que, pour moi, l’oreille est un filtre ; je voudrais les modifier, les multiplier, jouer avec vos oreilles. C’est presque une danse, l’idée n’est pas de cumuler des effets, c’est de créer une relation entre eux et que le tout soit une danse - pas un ballet mais plutôt "dancing like a fool", un peu de la même façon qu'a Buster Keaton de tomber, un peu de grâce et un peu de folie.

J’aime vraiment ces rapprochements que tu fais entre Hitchcock, Keaton et ta musique parce que je trouve que, par exemple, Warm Weather est très gracieux, direct et d’autres morceaux gondolent. Il y a souvent cet équilibre chez toi. Et c’est un peu pareil avec ton label Rat Drifting où il y a du jazz pointu et d’autres choses, plus directes.

Oui, il y a aussi des groupes, dans lesquels je ne joue pas d’ailleurs, sur mon label qui font des trucs plus mélodieux.

Et il y a aussi ce truc avec Constellation, de se dire qu'il y a Godspeed You Black Emperor et Éric Chenaux. Constellation était un label super important pour la scène dite post-rock...

Ca, je dirais que c’est surtout en France où les premières années de Constellation semblaient vraiment importantes. Je pense à ça souvent parce que quand je faisais mes premières dates ici, personne ne me connaissait mais le côté Constellation m’a ouvert beaucoup de portes. Cette relation particulière, française, avec l’Amérique du Nord et, de manière générale, la curiosité culturelle (le jazz au début du vingtième siècle, la littérature, Fitzgerald, etc.), j’adore ça ici. Vous êtes des amateurs dans le bon sens du terme, dans le sens d’amour. J'aime bien le fait que ce mot amateur puisse avoir deux existences complètement différentes.

Je t’ai découvert avec Constellation, je ne sais pas si je serais allé découvrir Éric Chenaux si cela avait été étiqueté "musique improvisée jazz".

Oui, moi non plus !

En fait, si on me demande quels sont mes albums préférés de Constellation, je dirais Sloppy Ground et Impossible Spaces de Sandro Perri.

Impossible Spaces n’est pas un album que j’écoute suffisamment. En fait, j’adore Tiny Mirrors, et pas parce que je joue dessus hein, mais je trouve que les morceaux sont très beaux. Sandro nous avait entendu avec des musiciens de Rat Drifting, il voulait nous inviter sur un album et on a juste joué ensemble de façon naturelle - même si Sandro aime beaucoup l’editing -, mais oui, Impossible Spaces est super, il est plus contrôlé, je crois qu’après cet album il a dû avoir quelques cheveux gris parce qu’il a eu pas mal de travail.

Tu te souviens quand tu as commencé à jouer de la guitare et qu’est-ce qui t’as influencé ?

Non, pas vraiment. Mon père était un grand amateur de flamenco, et spécialement de Carlos Montoya, très célèbre. C’était le premier, je crois, à jouer seul, juste assis sur une chaise et, avec mon père, j’en ai vu plusieurs. Jeune, j’adorais la musique évidemment mais mes parents n’en jouaient pas, ma grand-mère jouait du piano mais c’est tout.

Plus jeune, tu jouais dans un groupe de post-punk, Phleg Camp.

Oui, un groupe post-punk des années 1980. On a beaucoup tourné aux Etats-Unis à l’époque, j’avais dix-huit ans, je vivais quasiment sur la route et j’étais à la fac en même temps.

Et t’étais le guitariste/chanteur, c’est bien ça ?

Oui, c’était quelque chose ! Le groupe était pas mal, un peu funky en fait.

Dans l’album avec Norberto, je voyais le terme various electronic, est-ce que vous avez utiliser d’autres instruments ou ce sont des effets ?

Des effets. Parfois j’utilise le terme various electronic et parfois juste guitare mais pour celui-là ça marchait bien.

Tu joues d’un autre instrument ?

Non, pas du tout, le seul dont je joue un peu mais pas bien, c’est du violon et juste de la musique traditionnelle irlandaise. J’adore le piano, c’est peut-être mon instrument préféré mais tu peux pas faire de bends et j’adore les bends.

C’est sûr que quand on t’écoute, on s’en rend vite compte !

Oui, everything bends.

D’ailleurs, par rapport à ton manche, la tension et tout...

J’ai de la chance, je ne sais pas comment elle reste accordée et comment elle tient, c’est une super guitare.

C’est quoi, d’ailleurs, ta guitare ?

Gibson 1962, super instrument.

Elle bouge pas ?

Si, un peu, il y a aussi le fait que je l’accorde bizarrement et que j’utilise des cordes épaisses, des gros tirants mais oui, je ne comprends pas, je suis chanceux.

Tu l’as depuis combien de temps ?

Ça fait dix-huit ans.

Gibson, en général ?

Non, c’est ma première, en fait j’ai juste deux guitares : la Gibson et celle-ci (il me montre une vielle guitare classique nylon) que j’ai trouvée dans la rue. J’adore les guitares simples et je n’ai aucune envie d’avoir une autre guitare électrique.

C’est marrant, ça.

Oui, je sais, je ne suis pas un passionné de guitares.

En même temps, c’est ça que j’adore dans ton jeu, c’est que tu es hors guitare comme tu disais tout à l’heure, on sent que c’est un truc organique, ça n'est plus vraiment un instrument, il suffit d’entendre quelques notes pour se dire c’est Éric Chenaux. C’est rare ça.

C’est que je n’ai aucune idée, en fait je suis un très mauvais guitariste, j’en connais des incroyables. Moi, je n'ai aucune technique et je joue comme si j’en avais une incroyable, je joue comme si j’étais super doué mais c’est pas le cas, peut-être que c’est pour ça que je sonne comme ça.

J’ai du mal à y croire

Non mais peu importe, c’est une idée intéressante, l’idée que tu puisses juste te lancer sans savoir où. Après je joue beaucoup, je suis assez à l’aise sur cette guitare mais je suis assez merdique en fait. Mais surtout, j’adore ça, il faut que ça soit un plaisir, du bonheur, je joue comme si c’était une fête. Je n’aime pas l’idée de virtuose. Il peut y avoir un truc d’équilibriste, un truc presque contraire mais joyeux. Quand il y a des guitaristes qui parlent de la technique en disant qu'il faut faire ça et ça, j’ai presque envie de faire exactement le contraire et pas juste par esprit de contradiction. Par exemple, un guitariste que j’adore, c’est Derek Bailey (il met un CD), un guitariste d’improvisation qui a vraiment changé la guitare au vingtième siècle. Je cherche et je prends des trucs qui tombent des poches des artistes que j’aime bien, je recycle ce qu’ils jettent en quelque sorte. J’aime utiliser les trucs qui sont délaissés, je sais pas si tu vois ce que je veux dire.

Si, si, je crois.

C’est pas intéressant pour moi de prendre quelque chose qui est connu, qui a une histoire.

Et sinon, qu’est-ce que tu as pensé du concert de Danny Oxenberg et Bear Galvin ?

Je dois dire que j’ai pas vraiment écouté ce concert après la première partie que j’ai vraiment adoré (75 Dollar Bill), Mariette s’occupait de la buvette à l’extérieur et avait un peu froid alors je suis resté avec elle. Mais j’adore les Supreme Dicks.

En fait, j’aime bien par rapport à ce qu’on se disait. Eux ont commencé leur concert par une reprise de Simon & Garfunkel et ils ne savaient pas vraiment la jouer, c’était une reprise un peu désastreuse mais c’était tellement sincère...

Oui, leur sincérité était incroyable.

Et cela marche bien avec l’idée de recycler le virtuose, de l’apologie de la maladresse en quelque sorte.

Tout à fait, et les Supreme Dicks, c’est vraiment cool. Revenant sur l'album de Derek Bailey qu'on écoute : et donc cet album, c’est avec une danseuse qui improvise…

Tu aimes beaucoup la danse, non ? t’as déjà travaillé avec des danseuses ?

Oui, c’est super important pour moi. C’est un art qui me touche beaucoup.

Du coup, pour toi, l’image, c’est très important parce que tu as travaillé pour la danse mais aussi pour le cinéma ?

En effet, j’ai fait des bandes originales de films dont une il y a trois ans.

Sinon on était tous les deux au concert de Mike Wexler, tu en as pensé quoi ?

J’ai bien aimé.

Son approche de la guitare, c’est un peu le contraire de toi, je trouve.

Oui, il est très carré, c’est bien pensé, il y a du travail, j’aime beaucoup, mais la vie sans improvisation, c’est difficile pour moi.

Maxime et Gaëtan (Three:four Records), tu les as rencontrés quand et comment ?

Ça, c’est intéressant, je les ai rencontré par Arlt. Eloïse et Florian m’ont contacté via MySpace il y a huit ans, je crois. Ils m’ont dit "on aime bien ce que tu fais", j’ai écouté leur musique et je me suis dit "putain c’est pas mal, j’aime bien" alors on s’est écrit, on partagé des concerts ensemble et à cette tourné-là, j’ai rencontré Mariette. Maxime, c’était deux ans après et c’était via Radwan de Jerusalem In My Heart - chez Constellation aussi et cofondateur du mythique studio montréalais Hotel2tango. Gaëtan, c’était par une compilation que Maxime a faite pour Three:four Records.

The Byre, vous l'avez enregistré à Lausanne avec Norberto ?

Oui, c’était une résidence que Gaëtan nous a demandé, on a essayé et je pense que ça a bien marché.

Le disque de Derek Bailey se terminant, j’en profite pour lui demander s'il écoute d’autres types de musique et s'il y en a qu’il n’écoute pas.

Je n’écoute pas de salsa, c’est trop rapide. Le reggaeton, c’est un peu trop macho pour moi, par contre j’écoute beaucoup de reggae.

Tu vas encore travailler avec Constellation ?

Oui, bien sûr ! Heureusement, je continue, j’enregistre un nouvel album en avril.

Ça veut dire que tu vas sortir trois albums en 2017 ?!

Je crois qu’il sortira en 2018, celui-ci.

Mais techniquement, ça aurait été possible ?

En principe, trois c’est toujours possible - même plus parce que j’ai un autre album pour Three:four.

En plus de celui avec Norberto et Eloïse ?

Oui, c’est un album expérimental et instrumental.

Et tu chantes ?

Non.

En fait, cela fait trois disques où tu ne chantes plus vraiment.

Oui. Mais pour celui de Constellation, je chante.

En parlant de Constellation, qu’est-ce que tu penses de Off World ?

Il y a des titres que j’aime plus que d’autres. Avec Sandro, il y a toujours une tonalité un peu sombre et j'aime moins quand c’est le cas mais il y a des morceaux incroyables, et le prochain Off World sera incroyable.

Je me demandais, où est-ce que tu répètes ?

J’ai un studio à Belleville, rue du Faubourg du Temple, juste au-dessus du métro, je peux y travailler souvent, c’est des amis et j’ai mon créneau le matin.

Tu es du matin ?

Oui, je suis plus créatif, j’ai plus de dynamisme, et après je peux aller nager.

Qu’est-ce que tu penses de Paris ?

C’est étrange comme lieu, c’est évidemment joli et j’en suis tombé amoureux - moins le métro et la ligne 13 mais j'ai mon Kindle alors ça passe.

Tu pars au Japon bientôt, pour une tournée, je crois que ce n’est pas la première fois ?

Non, c’est la troisième et toujours la même tournée : deux semaines, dix concerts.

Deux semaines, c’est bien comme durée, non ?

Plus c’est possible mais pas beaucoup plus. Moins pour le Japon, c’est impossible, il y a trop de trucs merveilleux à manger sur place !

Et tu y vas seul ?

Ryan Driver vient mais je joue seul et lui aussi.

Mais vous n’allez pas vous retrouvez pour jouer ensemble comme vous l’avez fait ?

Hum, je ne sais pas, c’est difficile de jouer des chansons avec moi, c’est un chemin sinueux... on va voir.

C’est plus difficile de jouer avec toi que toi avec quelqu’un d’autre ?

Je ne sais pas, je ne pourrais pas dire ça mais la façon que j’ai en ce moment de jouer mes morceaux est difficile. Cela dit, quand j’ai joué avec Christine Abdelnour (saxophoniste), ça a super bien marché.

Tu penses que ça pourrait dépendre de l’instrument aussi ?

C’est plus la manière de penser et de jouer.

Parce que je trouve qu’avec le piano, l’approche expérimentale est plus limitée.

Oui, tu as raison, tu dois plus connaitre le morceau avec un piano je crois. Le saxo peut juste faire un souffle, un bruit.

Un peu comme Colin Stetson, qui était chez Constellation ?

Oui, tout à fait. Par contre, il n’y est plus, il a sans doute trouvé quelque chose d’autre qui lui correspondait mieux.

Il a beaucoup changé, ce label : Tindersticks, Vic Chestnutt, etc. 

Oui, ils évoluent bien je trouve. Mon favori, c’est… j’aime beaucoup Sandro et Feu Thérèse, surtout l’album Ca Va Cogner, je le trouve incroyable, ce sont les gars de Fly Pan Am et c’est de la musique vraiment fun… c'est un peu le Gainsbourg porno français.

En ce moment, j’écoute beaucoup de musique japonaise comme Haruomi Hosono et le Yellow Magic Orchestra ou Midori Takada, et comme tu pars d’ici peu au Japon...

Ah oui, j’adore ! Est-ce que tu connais Asa Chang & Junray ?

Non.

C’est superbe, il faut que tu écoutes ! On adore ça avec Sandro.

(il met une vidéo qu’on commente en parlant de Boredom)

Est-ce que tu utilises des pédales de loop ?

Non, jamais, je n’aime pas ça, je n'aime pas les motifs ni les trucs qui se répètent. Pour moi, il faut un fil continu et le loop est absolument contraire à cette idée.

Tu vas jouer où au Japon, dans des salles de concert ou dans différents lieux ?

Ça va être très différent chaque soir, entre des théâtres de deux cents personnes et un magasin de vêtements pour soixante personnes, et à Tokyo dans des clubs et des bars.

Bonne tournée en tout cas et merci pour l’invitation.

Merci à toi.

Mixtape

Sun Ra - I Dream Too Much
Jeanne Lee - Your Ballad
Thelonious Monk - Chordially (Improvisation)
Betty Carter - Spring Can Really Hang You Up The Most
Robert Ashley - Outcome Inevitable
Chris Connor - High On A Windy Hill
Derek Bailey & Min Tanaka - Rain Dance


Bye Bye Ocean l'interview des trois ans

Bye Bye Ocean est dans doute l'un des collectifs qui a permis à la nuit parisienne de s'émanciper et de s'hybrider toujours plus. Pour le troisième anniversaire de ce crew maintenant historique et toujours aussi dynamique, on a fait une petite interview avec eux.

Comment ça a commencé, cette aventure collective ?

Tout a commencé il y a trois ans. À l'époque, il y avait une grande différence entre les soirées qui étaient proposées et ce qu’on écoutait réellement avec Camille - Thomas nous a rejoint plus tard. C'était en 2014, l’éclectisme musical en club à Paris était plus réduit et l'on a eu envie de proposer quelque chose de différent.

Pourquoi Bye Bye Ocean et pourquoi cette musique ?

Le nom nous est venu comme ça, c’est un mélange d'idées. On s’est dit qu'il était bien figuratif et offrait une image intéressante, assez apocalyptique qui pouvait inspirer les artistes avec lesquels on voulait collaborer. Musicalement, on a toujours agi en fonction de nos goûts du moment et si l'on devait mettre un terme aujourd’hui sur ceux du moment, ça serait la musique club expérimentale, sans style proprement défini.

Il y a une constellation qui s'est créée au fil du temps avec Stock71 et Permalnk, ce sont les mêmes protagonistes dans tous les projets ?

Il y a des affinités mais les entités et projets sont tous bien distincts. Les protagonistes ne sont pas exactement les mêmes et les envies sont différentes. Tous ces projets fonctionnent de manière très personnelle, la base commune étant de ne pas se fixer de limite.

Est-ce qu'avec vos soirées et celles, disons des copains, je pense à I've Seen The Future par exemple, Paris a fini par devenir plus émancipé ? Plus monstrueux ?

Grave, c’est un mouvement collectif, les soirées sont de plus en plus variées, une nouvelle forme de fête à vu le jour depuis quelques années. Évidemment, gros respect pour les copains d’I've Seen The Future et leur programmation de malade, big up aux Parkingstones également, qui révolutionnent la nuit parisienne en mélangeant live, performance et gros son club. Il y a aussi les soirées de Betty et Teki qui jouent leur rôle dans le fait de ramener toujours plus d’artistes d’horizons différents. Il fait bon sortir à Paris ces temps-ci.

On aime assez parler de musique monstrueuse pour parler de la musique que vous défendez, ça vous quoi, cette idée de monstre ?

On parlerait peut-être plutôt d’hybridation, un mélange de style, une expérimentation. Ou alors peut être pas un monstre mais un alien.

Votre programmation est assez impressionnante, Lotic, Rabit, Angel Ho, M.E.S.H., nunu, Celestial Trax, etc., comment cela se passe de votre côté, ces programmations, ces envies ?

Ça marche au coup de cœur, c'est assez personnel finalement. C'est avant tout l'envie d'inviter des artistes peu connus qui sont très rarement invités en France alors qu’ils tournent davantage à l’étranger. Nos line-ups sont toujours des cadeaux qu’on se fait à nous-mêmes et nous pensons arriver à transmettre le plaisir que cela nous fait à notre public.

Qu'est-ce que ça fait, d'avoir trois ans et de les fêter avec M.E.S.H., qui est sans doute un des types les plus brillants de sa génération ?

C’est un peu fou, on ne savait pas où cela allait nous mener, on n'a jamais eu de prétentions particulières mais on est très fiers et très heureux de fêter ça avec la famille samedi. Beaucoup de rencontres incroyables. Ça va être particulièrement intense, avec le grand manitou M.E.S.H. qui a marqué sa première venue et qui nous soutient tout particulièrement depuis.

Vous envisagez des évolutions pour la Bye Bye Ocean, qui est maintenant devenue une institution des nuits à Paris ? C'est quoi, le futur de Bye Bye Ocean ? Toujours autant d'envie et de sueur?

On ne pense pas à changer de lieu, la Java fait partie des symboles de cette soirée. Toujours autant envie de sueur, oui, pour un petit bout de temps encore. Pourquoi pas quelques ouvertures, un peu de footwork ? Un peu de live ? Un peu plus d’accessoires et de déco pendant les soirées comme pour ce troisième anniversaire...

Merci Bye Bye Ocean, longue vie !


Exit Someone

Au début de l'année, Atelier Ciseaux sortait le premier EP cassette d'Exit Someone groupe montréalais formé de June Moon (Forever) et Thom Gillies (Vesuvio Solo). Dry Your Eyes est composé de six titres pop doux et romantiques. Lorgnant clairement vers les 80's avec ses nappes de synthé, ses beats légers et ses notes de sax et deflûtes, le son voluptueux d'Exit Someone vous caresse dans le sens du poil et fait mouche, notamment sur le titre Sydney, The List Goes On. Découvrez l'univers du couple venu du pays de la poutine grâce à notre mini-interview Out Of The Blue et écoutez leur mixtape exclusive - enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

June : Je suis née sur une île magique, pour de vrai.

Thom : C’est vrai.

June: I was born on a magic island, for real.

Thom: It’s true.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

June : Ici, là, partout.

June: Here, there, everywhere.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Thom : Bach.

June : Tu plaisantes ? La musique, c'est la vie.

Thom: Bach.

June: Are you kidding me? Music is life.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

June : J’aurais pu être danseuse !

Thom : Pareil.

June: I coulda been a dancer!

Thom: Same.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

June : Prends soin de ton corps avec une bonne nutrition et profite des avantages liés à l’élévation de ta vibration.

June: Honour your body with good nutrition and enjoy the benefits of raising your vibration.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

June : Se libérer de son ego.

Thom : Ne pas avoir d’attentes.

June: Letting go of ego.

Thom: Zero expectations.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

June : La réincarnation, bébé.

June: Reincarnation bb.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

June : Je fais quelques exercices de base, je m’échauffe la voix, quelques étirements et un peu de d’alcool fort pour me sentir bieeeeen.

Thom : Se vider l’esprit.

June: I do some grounding exercises for sure, definitely a vocal warm up and some stretching, and a little bit of hard liquor to feel meltyyyyyy.

Thom: Empty your mind.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

June : Je suis obsédée par Mind Bath. Mind Bath ! Regarde-moi !

Thom : Mike Mills (pas le bassiste).

June: I’m obsessed with Mind Bath. Mind Bath! Look at me!

Thom: Mike Mills (not the bass player).

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Thom : J’aurais pu être un danseur…

Thom: Coulda been a dancer…

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

June : N’aie pas peur d’utiliser ta voix.

Thom : Connais-toi toi-même.

June: Don’t be afraid to use your voice.

Thom: Know thy self.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Thom : Au bord de la mer.

Thom: Seaside.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

June : Je veux continuer à évoluer, chaque jour.

Thom : Comme un grain de poussière dans le cosmos.

June: I just want to keep evolving, everyday.

Thom: Like a speck of dust in the cosmos.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure? (musically or not)

Thom : Les lettres de Robert Lowell.

Thom: Letters of Robert Lowell.

Ecoute exclusive

Vidéo

Tracklist

Exit Someone - Dry Your Eyes (Atelier Ciseaux, 17 janvier 2017)

01. Fade 2 Black
02. Sydney, The List Goes On
03. Austrian Amnesia
04. Forbidden Colours
05. Love In The Days Of Rage
06. Security Lies


Soft Error

Un pied à Marseille et l'autre en Angleterre, le duo Soft Error a sorti au tout début de l'année un album chez Village Green, Mechanism, album qui, à la lueur d'un cadrage synthétique rigoureux, diffuse une atmosphère cinématographique et tamisée, à quelques saillies kraut près. Les neuf titres planants décrivent autant de courts-métrages aux atmosphères diverses, très imagées et évocatrices de drames internes tournés en slow-motion. Presque éloge de la lenteur, Mechanism a cette placidité d'un son très sûr de lui. L'affaire est sérieuse et navigue entre passé et futur, vaisseau qui a belle allure et des visions plein les mailles serrées d'un ouvrage fait de boucles et de répétitions, construction géométrique et très contemporaine qui se fraye un chemin dans l'étendue des possibles.

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Le premier vient de l’Essex, en Angleterre, et l’autre de Marseille, en France, mais nous avons commencé à trainer ensemble à Londres où l’on vivait et travaillait tous les deux.

One of us is from Essex (England) and the other one Marseille (France) but we started to hang out together in London where we both used to live and work.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Aucune idée, c’est justement ce qui est drôle.

No idea, that’s the fun of it.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Il n’y a jamais eu d’autre option - depuis mon plus jeune âge, on jouait déjà chacun dans des groupes qui faisaient des reprises d’autres groupes.

There has never been any other option - from a very young age we were either in covers bands bands.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

On ferait toujours de la musique, juste pas professionnellement.

We’d still be doing it, just not professionally.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Entendre les premiers mixes de l’album au studio Valgeir Sigurðsson en Islande, là où tout le projet s’est monté - c’était vraiment un beau moment.

Hearing early mixes of the album in Valgeir Sigurðsson’s studio in Iceland where the whole project came together - that was a really lovely moment.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Notre premier karaoké.

Our first karaoke.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Le disque a été tellement long à se faire que c’est tout à fait normal d’être passé à travers des hauts et des bas pendant tout ce temps. Mais être heureux du résultat valorise toutes les baisses de régime et les points négatifs du parcours.

Album’s take so long to make it’s only natural to go through up and downsides throughout the process. But if you're happy with the album at the end of it all it makes all the dips and low points along the way worth it.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr, peut-être qu’on dirigera un pub lorsqu’on arrêtera de faire des disques, ça serait incroyable.

Of course, maybe when we stop making records we’ll run a pub which would be amazing.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

C’est toujours spécial, juste avant de monter sur scène. Il n’y a rien qui ressort particulièrement. On attend toujours ce moment unique et spécial dans un set, celui dont le public, avec un peu de chance, se souviendra.

It's always special just before going on stage. There's not one specific thing that stands out. You’re always looking forward to that one special moment in a set which hopefully the audience can take home too.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Olympique de Marseille !

Olympique de Marseille !

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

N’importe quelle carrière dans la musique est déjà une réussite, le climax est juste d’être capable d’écrire et de sortir des disques.

Any career in music is already such an achievement, the climax is just being able to write and put records out.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Va plus vite et aie confiance.

Go quicker and be confident.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ? Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see yourself thirty years from now? How do you see your music evolve?

Artistiquement morts, à diriger un pub.

Artistically dead, running a pub.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Les pubs !

Pubs !

Écoute exclusive

Tracklist

Soft Error - Mechanism (Village Green, 12 janvier 2017)

01. Silberblick
02. Hyena
03. You Caught Up
04. Southend After Everyone Has Left
05. Turncoat
06. Motorbath
07. Bad Habits
08. Ridges
09. Everybody Runs


Maresme

Si vous suivez Hartzine, vous savez que nous avons une affection particulière pour Pedro Magina, que ce soit au sein de Gala Drop ou bien pour ses projets solo. Après avoir sorti deux excellents albums respectivement sur les labels Not Not Fun et Crash Symbols, le Portugais s'associe cette fois au Catalan Cristian Subira pour former le nouveau projet : Maresme. Un brin new age, un brin baléarique, la pop sensible et expérimentale bien chill de Maresme tombe à pic pour l'arrivée du printemps. Le premier album, Golden Coast, sortira ce mois-ci chez Foehn Records, label indé de référence de Barcelone. En attendant, plongez dans l'univers de Maresme avec notre mini-interview et découvrez en exclusivité leur nouveau vidéoclip : Waikiki. Relax and enjoy !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Porto & Barcelone.

Porto & Barcelone.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

À Ibiza.

To Ibiza.

Pourquoi la musique ?
Why music?

La musique est un langage universel. C’est un moyen de communiquer pour nous. On ne peut pas passer une journée sans écouter, jouer ou simplement penser à la musique.

Music is a universal language. Is a way for us to communicate. We can't live one day without hearing, playing or only thinking about it.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

On serait juste assis là, en silence. Conscient du moment présent. Immobile. Le calme absolu. L’état d’être juste assis.

We’d just be sitting silently. Being aware of the moment. Being still. The state of absolute stillness. The state of just sitting.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Tous les rêves qui deviennent réalité et qu’on ne savait même pas qu’on avait.

All dreams that come true which you never even knew you had.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Faire simple.

Making it simple.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

À quel point il est facile de compliquer les choses simples.

How easy it is to complicate simple things.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

On ne croit pas à la mort artistique parce qu’on ne cessera jamais de créer. Pas seulement de la musique, on peut créer tout ce qu’on veut jusqu’à notre mort. Une fois que ce sera arrivé, notre art perdurera.

We don’t believe in artistic death because we will not stop creating. Not only music, we can create whatever we want until we die. Once that happens, our art will remain.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Secrets de salle de bains.

Bathroom secrets.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Trop de gens pour tous les mentionner. Mais clairement Paul McCartney et Brian Eno.

Too many people to mention. But definitely, Paul Mccartney and Brian Eno.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Jouer un concert de sept ans au Tibet.

Playing a seven year's show in Tibet.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Le futur a l'air génial. Continue.

The future looks great. Keep going.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

À apprécier la vie autant que je l’apprécie aujourd’hui.

Enjoying life as much as we’re enjoying now.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique).
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Free, de Ultra Nate.

Photo : Valentina Gaspari
Traduction : Marie-Eva

Écoute exclusive

Audio


Pedro Vian

Beautiful Things You Left Us For Memories est le titre du tout premier LP du producteur catalan Pedro Vian sorti au mois de novembre dernier. Assez discret, Pedro Rufi (de son vrai nom) a déjà sorti quelques EP notamment chez Hivern Discs et Mathematics Recordings. Mais c'est surtout au sein de son propre label Modern Obscure Music qu'il s'active depuis trois ans maintenant à sortir des pépites obscures et subtiles aux sonorités technoïdes. Ce premier album explore au fil des tracks différentes voies, certaines plus ambient, certaines plus pop mais reste toujours très accessible. Rythmes organiques et mélodies cotonneuses, les expérimentations musicales de Pedro Vian sont chargées d'émotions réconfortantes et défiantes à la fois, donnant à cet excellent album un supplément d'âme que l'on retrouve rarement ailleurs. Découvrez notre interview de Pedro Vian ainsi qu'une track inédite en écoute exclusive.

 

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je suis de Barcelone, en Espagne.

I come from Barcelona, Spain.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Depuis 3 ans, je gère mon propre label, Modern Obscure Music. Par le passé, j’ai sorti des disques sur Hivern Discs et Mathematics Recordings.

I’m running my own label Modern Obscure Music, sine three years ago. Before, I released on Hivern Discs and Mathematics Recordings.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que c’est ma vie.

Is my life.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J’aurais bien aimé être architecte.

I’ll love to be an architect.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

La mort est au coin de la rue.

Death is around the corner.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Trouver mon propre son.

Have my own sound.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je ne m’en souviens d’aucun.

I don’t remember any.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr, ton travail est toujours là et fera toujours parti de toi.

Yes, your work still alive and part of you too.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je cherche à me détendre, tout simplement.

Just to be relaxed.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Ony Ayhun

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je ne pense jamais à ce genre de choses.

I don’t think this kind of things.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Fais ce qui te plaît, pas ce qui plaît aux autres.

Just do what you want, not what they want.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Vivre très loin dans les montagnes.

Living far away in the mountains.

Comment vois-tu ta musique évoluer ?
How do you see your music evolve?

Dans une direction sincère et honnête.

It evolves in a sincere way.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique).
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Travailler seul dans un endroit calme, c’est vraiment ce dont j’ai besoin pour faire de la musique.

Work alone in a quite place is all I need to make music.

Photo : Adrià Cañameras
Traduction : Dom

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Pedro Vian - Beautiful Things You Left Us For Memories (Modern Obscure Music, 09 novembre 2016)

01. Pandora
02. Inivisible Objects
03. Copelands
04. Nine is Nine
05. Miralls
06. 801 Nite feat. Carla Perez Vas
07. Le Fou
08. Maia
09. Indian Strings
10. Start Again


Noga Erez

Israël, et tel Aviv en particulier, nous a apporté ces dernières années une pelleté de projets musicaux emmenés par des artistes excitants, que ce soient nos chouchous de Red Axes et Moscoman ou bien les brillantes Hila Ruach et Keren Dun. Il y a quelques mois apparaissaient sur la toile, avec le video clip 'Dance While You Shoot', une nouvelle venue : Noga Erez. Derrière ce nom se cache en réalité deux personnes la productrice et compositrice Noga Erez et le producteur Ori Rousso. Noga a fait ses armes en tant que percussionniste du groupe indie The Secret Sea puis a mis les voiles pour se concentrer sur son propre projet musical. Il en ressort une electro-pop puissante et tirée au cordeau avec beats minimalistes acérés où vient se caler la voix hypnotique de Noga. Le second titre 'Pity' sorti il y a tout juste une semaine, est tout aussi tendu que le premier avec beats incisifs et flow insoumis. En l'espace de deux excellents titres, Noga Erez a déjà posé des bases solides d'un premier album qui se veut prometteur. Celui-ci devrait voir le jour au printemps sur le label City Slang. En attendant découvrez un peu plus l'univers de l'Israelienne et ses influences grâce à notre interview et sa mini mixtape.
D'où viens-tu ?
Where do you come from?

J’habite à 30 minutes de Tel Aviv, en Israël.

I live 30 minutes away from Tel Aviv, Israel.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Où je peux jouer ma musique.

Anywhere I can play my music.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C’est le meilleur et le plus précis moyen de communication que j’ai trouvé jusqu’ici.

It's the best, most accurate form of communication that I have found so far.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Je cuisinerais et je pleurerais.

I'd cook and cry.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J’ai toujours su que la musique avait un effet bénéfique sur le corps et sur l’esprit. Un jour je suis allée courir pendant des vacances en Grèce, la première fois que j’allais courir sur une montagne avec beaucoup de dénivelé. À un moment, j’étais si fatiguée, assez loin de l’hôtel et un peu paniquée. Le morceau Berlin de Modeselektor est arrivé dans la playlist et mes pieds, que je pensais presque incapables de me ramener, se sont mis à courir à nouveau.

I always knew music has a great effect on the body and soul. One day I went for a run during a vacation in Greece, the first time I ran on a mountain with lots of inclines. At a certain point I was so tired, a long way from the hotel and kinda panicked as well. The song "Berlin" by Modeselektor shuffled into the playlist and my feet, which I thought were almost unable to take me back, started running again.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Rencontrer Mr Ori Rousso, l’autre moitié de Noga Erez.

Meeting Mr. Ori Rousso, the other half of Noga Erez.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je suis nulle pour rester en contact avec les gens.

I am terrible at keeping touch with people.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui, bien que douloureuse.

Yes, albeit a painful life.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Non, ça me stresse.

No, that just makes me nervous.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Mykki Blanco.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

J’espère la mort.

Hopefully death.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Être plus détendue.

Don't try too hard.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

J’ai déjà du mal à m’imaginer dans une semaine.

I barely see myself a week from now.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique).
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

J’imagine qu’à un certain moment, j’adorerais faire un album acoustique. Ou juste piano et voix. Ou un disque expérimental instrumental. J’aimerais pouvoir tout faire.

I guess at some point I would love to make and acoustic album. or even just piano and vocals. or an instrumental experimental album. I wish I could do it all.

Vidéos

Écoute exclusive

photos © Tonje Thielsen


OLI HEFFERNAN L’INTERVIEW

L’admission du vide et sa gestion est une étape décisive dans une vie, sujet de dépression pour nombreux et moteur pour d'autres. C’est sûrement le cas d’Oli Heffernan,ou de l’art d’être prolifique et de combler par de la matière sonore. Basé à Middlesbrough, Oli est musicien depuis l’âge de 14 ans, et en a 35. Cela fait donc plus de vingt ans qu'il fait de la musique selon un principe simple, le seul réellement valable et sincères à mes yeux : il fait de la musique pour le plaisir.
L’authenticité et l'approche lo-fi DIY transpirent dans tous les projets dans lesquels il est impliqué, que ce soit au sein de Detective Instinct, de King Champion Sounds, de Year Of Birds…Enregistrer, cumuler les projets,les expériences, mais surtout, jouer. Car si la musique est un Art, c’est avant tout pour beaucoup un jeu, Le Divertissement, la passion qui remplit une vie.

Entretien avec Oli donc, histoire de faire un peu de compta sur son nombre de groupes, de faire un « petit " point sur son année 2017 et de s’interroger sur l’extensibilité de son emploi du temps et sur l’inaltérabilité de sa passion et dévotion pour la musique.

Pour commencer, peux-tu s’il te plaît te présenter ainsi que les groupes dans lesquels tu es impliquées ( il y en a tellement !! )
First can you please introduce yourself and present the bands you’re involved in ( so many !!! ) 

Mon nom est Oli Heffernan, j'ai 35 ans et je vis et travaille à Middlesbrough (Nord-Est de l'Angleterre)Je joue de la guitare et crie dans Year Of Birds , je joue de la basse de l'orgue / piano dans King Champion Sounds, je joue de la guitare dans Shrug  j'enregistre solo en tant qu' Ivan The Tolerable et j'écris et enregistre toute la musique de Detective Instinct. J'ai aussi un travail à temps plein en tant que graphiste pour une entreprise de verre. Je vis avec Danni (guitare King Champion Sounds / Year Of Birds batteur / amie / protecteur de santé mentale) et nous avons 3 chats. Je suis un gros fumeur, adepte du foot à cinq, passionné de cyclisme et collectionneur de livres de poche Penguin.

My name is Oli Heffernan, I’m 35 years old, and I live and work in Middlesbrough (North East England)I play guitar and shout in Year Of Birds, play bass and organ/piano in King Champion Sounds, I play guitar in Shrug, I record solo as Ivan The Tolerable, and I write and record all the music for Detective Instinct. I also have a full time job as a graphic designer for a glass company. I live with Danni (KCS guitar/Year Of Birds drummer/girlfriend/sanity protector) and we have 3 cats. Heavy smoker, five a side footballer, keen cyclist and collector of Penguin paperbacks.

017 semble être une année assez chargé en ce qui te concerne , tu peux nous dire ce que tu as sur le feu ? 
2017 seems to be a busy year for you, can you tell us what’s coming?

J'essaie de faire que chaque année soit une année bien remplie. Je tourne en rond si je n'ai pas de choses sur lesquelles bosser - je suis du genre à me paumer sinon. Alors oui, occupé comme toujours! Il y a une tournée King Champion Sounds aux Pays-Bas et au Royaume-Uni fin février / mars - ce qui est genre la moitié de la promo pour notre dernier LP, et nous avons enregistré un nouveau 2 titres 7 "pour cette tournée, qui est sorti assez rapidement et parfaitement à temps pour respecter la date limite pour le pressage. Ensuite, nous faisons une petite pause de King Champion Sounds, puis il va falloir savoir où aller après la sortie du dernier double album! Une truc dur à suivre donc faut bien le faire ... ... MAIS ... ça me donne plus de temps pour me concentrer sur les trucs de Year Of Birds pour le reste de l'année, ce qui est bien! Nous avons un nouveau LP qui sort le 17 mars via le merveilleux Odd Box Records, donc nous allons faire des concerts et pas mal d’autres trucs et voir où ça va - nous étions un trio l'année dernière, mais on a récemment chopé un bassiste donc je peux retourner jouer de la guitare (ce qui est beaucoup plus facile à faire en chantant!)

Ce sont donc mes plans concrets pour 2017 - nous avons décidé de faire moins de tournées cette année, car Danni et moi aimerions vraiment prendre des vacances sans musique! Je n'ai pas eu de réelles vacances en 7 ans donc ce serait agréable si on arrivait à en prendre ! Haha

Il y aura probablement aussi plus de cassette d’ Ivan The Tolerable, un nouvel EP de Houseplants et il se peut que je balance un nouvel album de Detective Instinct ... mais nous verrons ... Danni et moi parlions aussi de quelque chose de nouveau cet été impliquant moins de guitares et plus de boîte à rythme, donc y a ça aussi ... .mais c'est clairement tout ... .haha

I try and make every year I busy year. I don’t function well as a person if I don’t have things to work on – I kind of get lost in myself. So yeah, busy as ever! There is a KCS NL/UK tour late feb/march – which is kind of the back half of the promo for our last LP, plus we recorded a new 2 track 7” for this tour, which came out nice considering how quickly we did it to meet the deadline for pressing. Then we are having a little break from KCS while we figure out where to go after the last double album! A hard thing to follow so we wanna get it right…..BUT….that gives me more time to concentrate on YOB stuff for the rest of the year, which is nice! We have a new LP out on March 17th via the ever wonderful Odd Box Records so we will be doing gigs and stuff around that and beyond and see where that goes – we were a 3 piece for the last year but have recently just got a bass player so I can go back to playing guitar (which is MUCH easier to do while singing!)

So that’s my concrete plans for 2017 – we decided to do less touring this year as Danni and I would quite like a none-musical holiday!  I haven’t had a proper holiday for 7 years so that will be nice if we can get it sorted! haha

There will also probably be some more Ivan tapes, a new Houseplants EP and I MIGHT start a new Detective Instinct album….but we’ll see…Danni and I were also talking about something new in summer involving less guitars and more drum machines, so there is that too….but that’s DEFFO it….haha

Tu as deux projets solos ( Ivan The Tolerable and Detective Instinct ) l’un est garage et l’autre post-punk Krautrock , est-ce qu’on doit s’attendre à un autre projet solo d’un genre différent ?
you have two solo projects ( Ivan The Tolerable and Detective Instinct ) one is garage and the other post-punk krautrock, should we expect another solo project for another genre ?

En fait j’en ai aussi deux autres ! Magic Smoke Chords - qui est une sorte de cutups et de field recordings / samples etc (Je l'ai négligé au cours des deux dernières années, mais c'est trouvable si tu cherches ) et Houseplants  avec Leighton de Country Teasers dans lequel j’enregistre la musique et il chante (Nous avons sorti notre premier mini album sur  l'année dernière)

Je ne planifie jamais de nouvelles choses, ça se passe quand ça doit se passer - mais je suis assez occupé là donc je vais probablement m'en tenir aux plans ci-dessus pour 2017 et voir ce qui se passe ....

I actually have two more that I do! Magic Smoke Chords – which is kind of cutups and field recordings/samples etc (I’ve neglected this over the last couple of years, but it’s all out there if you look for it) and do Houseplants with Leighton from Country Teasers where I record the music and he adds the vocals (We had our first mini album out on Monofonus Press last year)

I never plan new stuff, it just sort of happens when it wants to – but I’m pretty busy at the minute so probably just going to stick to the above plans for 2017 and see what happens….

Tu es multi-instrumentalise, ( guitariste chanteur dans Year Of Birds, Bassiste chez King Champion Sounds , et tu fais tout dans tes projets solos ) mais quel est ton premier instrument, celui de prédilection et est-ce celui avec lequel tu composes ?

You’re a multi-instrumentalist (guitarist singer for Years of birds, Bass for King Champion Sounds, and everything for your solo projects …) but what is your favourite and first instrument, is it the one you’re writing songs with ?

La Basse. Toujours la basse. C'était mon premier instrument et ce sera toujours mon préféré. J'écris la plupart de mes chansons à la basse aussi, et je l’ai toujours fait. Si je devais juger mon niveau de compétence, je dirais que je suis un bassiste assez potable, un guitariste passable, un joueur de clavier amateur et un batteur terrible - mais je peux faire ce dont j'ai besoin sur la plupart des instruments pour que ça passe ! Je ne sais pas vraiment chanter mais je m'en fous, je peux écrire de bonnes paroles et les crier sur le temps - quelle est la différence? Haha. J'ai une règle de non SOLOS pour tous les instruments et j’adore la répétition donc ma capacité technique est suffisante pour exécuter mes idées basiques. Je crois honnêtement que le bon goût et de bonnes idées représentent 90% pour faire un bon disque - la technique c'est une toute petite partie. Les gens qui peuvent jouer des instruments dans les règles de l'art doivent probablement se foutre de ma gueule, mais je les emmerde ! Ce sont ceux qui sont responsables de toute la musique ennuyeuse, insipide, à chier dans le monde. Tu sais? les fans de rock classique, les fans de Coldplay, le rock à papa ... .toute cette merde. 100% mâle, 100% à chier.

Bass. It’s always the bass. It was my first instrument and will always be my favourite. I write most of my songs on bass too, always have. If I had to judge my own skill levels I think I’m a decent enough bass player, an ok guitar player, an amateur keyboard player and a terrible drummer – but I can do what I need to on most instruments to get by! I can’t sing really but I don’t care, I can write good words and shout them in time – what’s the difference? haha. I have a NO SOLOS rule for all instruments and love repetition so my technical ability only needs to be high enough to execute my simple ideas. I honestly believe that good taste and good ideas account for 90% of making a good record – ability is a small part of it. People who can actually play instruments in a ‘by the book’ way probably laugh at me but FUCK THOSE GUYS! They are the people who are responsible for all the boring, insipid, weak-as-piss music in the world. You know? Yr classic rock fans, yr Coldplay fans, Dad rock….all that cack. 100% male, 100% shite.

Dans Detective instinct il y a de nombreuses prestigieuses collaborations  ( Jad Fair , Mike Watt…) , comment as-tu rencontré ces gars et comment était-ce de bosser avec eux ?
On detective instinct there’s a lot of prestigious featuring ( Jad Fair , Mike Watt…) , how did you meet these guys and how was it working with them ? 

La plupart des mecs impliqués je ne les ai jamais rencontrés ! J’ai juste demander à des gueules dont j’aime le travail et on est parti de là - ça c'est surtout fait par e-mail! Très moderne! Donc je n'ai jamais rencontré Jad Fair, Jim de Radar Brothers, Kevin de Trumans Water, Karen Schoemer ou Emily Ryan dans la vraie vie! J'ai joué avec Watt beaucoup de fois donc nous nous connaissons assez bien je suppose et je suis dans des groupes avec Jos (GW Sok), Danni et Leighton donc nous nous connaissons de cette façon …

C'est quand même une bonne façon de travailler! J’enregistre une chanson je l’envoie à la personne dont je pense que la voix irait bien et en général ça le fait.Par contre je suis vraiment impatient donc je les harcèle pour qu’ils se magnent, j’espère qu’ils ne m’en veulent pas ! Mais ça se passe assez rapidement et sans douleur - ils défoncent tous dans ce qu'ils font et ne me laissent jamais sur le carreau, en dépit des délais stupides que je leurs collent ! Presque tout ce sur quoi je bosse est auto-enregistré dans des maisons ou salles de répètes ce qui est vraiment cool. Je déteste les studios d'enregistrement - je ne pense pas y être allé depuis 7-8 ans maintenant! Pas mal hein? Ils ne sont pas propices à un bon travail je trouve …T’es sois limité par le temps et du coup tu te précipites ou t’en as trop à plus quoi savoir en foutre, et ça se termine jamais bien ...

 Most of the other folk involved I’ve never actually met! I just asked people whose work I liked and we went from there – it’s mostly done via email! Very modern! So I’ve never met Jad Fair, Jim from Radar Brothers, Kevin from Trumans Water, Karen Schoemer or Emily Ryan in real life! I’ve played with Watt a lot of times so we know each other fairly well I guess and I’m in bands with Jos (GW Sok), Danni and Leighton so we know each other that way…


It’s a good way of working though! I just record songs and send them to the person I think will do the right vocal for it and it usually comes out nice. I’m really impatient though so I’m constantly hassling them to hurry up, so I hope they don’t mind! But it normally comes together pretty quickly and painlessly – they are all ace at what they do and never leave me hanging, despite the stupid deadlines I put on things! Almost everything I am involved with musically is self-recorded in houses or practice rooms which is really good. I hate recording studios – I don’t think I’ve been in one for about 7-8 years now! Not bad eh? They are not conducive to good work I find…you are either clock watching and rushing or you have too much time to fuck with what you are doing, and that never ends well…

Ta vie est complètement dévouée à la musique ( entre tes groupes , le label et feu ton disquaire ) , te rappelles-tu ce qui t’as amené à t’intéressé à la musique pour la première fois et ce qui t’as fait devenir un musicien ? Est-ce que ça te plaît toujours autant après 20 ans que tu enregistres et sors des albums ?
your life is completely devoted to music ( between your bands, the label and your past record shop ) , do you remember how you got interested in music for the first time and what made you become a musician ? Do you still enjoy it as much as it’s been 20 years that you record and release albums ?

Mon magasin de disques a fermé en 2012, mais ça ne me manque pas! C'était super difficile de rester à flot et je ne suis pas un homme d'affaires haha. Je ne le regrette pas - c'est un truc que j’ai toujours voulu faire donc je m’y suis investi mais ça n'a pas marché. Tant pis! Le côté label est dur aussi vu que je suis trop occupé par mes propres trucs pour sortir quelqu'un d'autre .... Mais ça arrive encore si un truc attire mon attention.

Ça fait 21 ans depuis mes 14 ans et mon premier enregistrement ! WOW ! Ça me parait pas si loin! Je ne considère vraiment mon travail que, de l'année 2009 à maintenant - c'est là que je me suis senti à l'aise avec ma pratique et que j’ai cessé de m'inquiéter de ce que les autres pensaient, et ai commencé à faire de la musique que je voulais faire - et j'ai fait beaucoup mieux depuis . Quand c'est fait à ma sauce, c'est le truc que je préfère dans le monde faire. J'essaie de faire le moins de concerts car je préfère l'enregistrement au Live - je n'aime pas être à la merci des ingénieurs du son ha-ha, en plus les concerts ça peut être beaucoup de travail pour très peu de satisfactions. Je suis assez antisocial - donc le truc de 'rencontrer de nouvelles personnes’ ça le fait pas pour moi, je trouve ça difficile de socialiser mais j'aime jouer de la musique à toute blinde donc faut faire le taf !

Well, my record shop closed in 2012 but I don’t miss it! It was super hard to stay afloat and I’m not much of a business man haha. I don’t regret it though – it’s something I’d always wanted to do so I had a crack at it but it didn’t work. Oh well! The label side is hard too as I’m too busy with my own stuff to do justice to releasing someone else’s….but it’s always going if something takes my fancy.

Its 21 years since the 14 year old me made his first recording! WOW! Doesn’t feel like that long! I only really consider 2009ish to present as my proper work though – that’s when I got comfortable with my own ability, stopped caring about what other people think, and started making music that I wanted to make – and I’ve done much better since then. When it’s done on my own terms, it’s my favourite thing in the world to do. I try to keep gigs to a minimum as I prefer recording to playing live – I don’t like being at the mercy of sound engineers ha-ha, plus gigs can be a lot of hard work for very little reward. I’m pretty antisocial – so the whole ‘meeting new people’ side of it does very little for me, I find it hard to socialize but I love playing loud music so you gotta do what you gotta do!

Third Uncle est un label DIY basé dans l’Indiana qui a sorti ton premier disque de Detective instinct et Sick Room est un label basé à Chicago qui a sorti le second, comment es-tu entrer en contact avec ces labels et en tant que propriétaire d’un label toi-même, que penses-tu être la chose la plus agréable et désagréable ?
Third Uncle is a DIY label based in Indiana that released your first record for Detective Instinct and Sick Room Records is a label based in Chicago  that released your second, how did you get involved with these two labels and as a label owner yourself what do you think is the most pleasant and hard thing about it ?

 Je suis tombé sur Third Uncle quand je cherchais un label pour sortir l'album - je voulais que ça soit sur un label américain comme la plupart des personnes qui y ont contribué étaient de là-bas et j'ai pensé qu'il se vendrait mieux (naïf - bah non, Haha) donc j'ai trouvé Third Uncle,un label qui partageait les mêmes valeurs et croyances en un 'Outsider art' que moi et je leur ai envoyé l'album. C’était vers 2009? Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que j'ai rencontré Billy Stines - le mec qui le gère - et nous gardons régulièrement contact depuis ! C’est un gars merveilleux avec beaucoup de temps et d'énergie pour de bonnes choses! Il a sorti beaucoup de mes trucs depuis - le 1er LP de DI , 2 7" de Detective Instinct, un LP de Year Of Birds , un 7"de Year Of Birds et un 7"d'Ivan The Tolerable donc oui - c' est un de mes sauveurs! Il se fait probablement peu ou pas d'argent sur mes sorties, et pour cela, j'ai encore plus de respect pour ce qu'il fait - son label se porte vraiment bien ces jours-ci cependant! Alors, c'est génial! Honey Radar, Queen Of Jeans, Jad Fair ... il a fait beaucoup de choses avec Chunklet aussi , donc - vas-y Billy!

Sickroom  c'est une autre histoire! Mes premières sorties de Detective Instinct c'étaient quatre Eps juste en téléchargement (Mike Watt, Leighton, GW Sok et Jimmy McGee) - Ryan (le patron de Sickroom ) les a entendus par l'intermédiaire d'un ami commun et a demandé s'il pouvait faire un 7 "de chacun - à sortir tous le même jour - alors j'ai dit oui (qui ne l'aurait pas fait?! Y'avait pas un seul label qui m’avait sorti quoi que ce soit d’ici là) donc on est parti de là! Un autre grand label qui a publié des trucs géniaux! Il a aussi sorti mon dernier LP- ce qui m'a vraiment plu - l'un de mes favoris de tout ce que j'ai fait - ça s'est vraiment bien goupillé, c 'est donc une autre personne à qui je dois beaucoup …

Je n’ai jamais rencontré aucun des deux en chair et en os- mais leur aide et leur foi en mes putains de projets signifie beaucoup.

I found Third Uncle when I was looking for a label to put the album out – I wanted it on an American label as most of the people who contributed to the album were from over there so I figured it would sell better (naïve – it didn’t! haha) so I found Third Uncle as a label that shared the same values and beliefs in ‘Outsider art’ as me and I send them the album. This would be about 2009? Anyway, that’s how I met Billy Stines – the dude who runs it – and we have kept in touch regularly since then! Hess a wonderful guy with a lot of time and energy for good things! he’s put out LOTS of my stuff since then – THE 1st DI LP, 2 more DI 7”s, a YOB LP, a YOB 7” and an IVAN 7” – so yeah – he's one of my saviors! He probably makes little to no money on any of my stuff, and for that I have even more respect for what he does – his label is doing really well these days though! So that’s great! Honey Rader, Queen Of Jeans, Jad Fair….he’s been doing a lot of stuff with Chunklet as well so yeah – go Billy!


Sickroom is a different story! My first DI releases were four download-only Eps (Mike Watt, Leighton, GW Sok and Jimmy McGee) – Ryan (Sickroom bossman) heard them via a mutual friend and asked if he could do a 7” run of each – all to be released on the same day – so I said yeah (who wouldn’t?! I’d never had a proper label release anything id done until this point) and we went from there! Another great label that has released some great stuff! He put out my last LP too – which I was really pleased about – one of my favourites of all the things I’ve done – it came together really well, and Ryan got it out there so another person I owe  a lot to…

I’ve never actually met either of them in the flesh – but their help and belief in my shit means a hell of a lot.

Comment as-tu rencontré Fred Paquet ? ( je suis moi-même rentré en contact avec Oli via Fred )

How did you meet Fred Paquet ?

J'ai rencontré Fred à Paris l'année dernière! Il a fait jouer King Champion Sounds dans un cool lieu, le Café Olympic. La moitié d'entre nous sommes restés à son appartement après et il nous a fait le petit-déjeuné et nous avons parlé de disques, d'être disquaire puis après le petit déjeuner nous sommes allés dans son magasin! WOW! Un endroit génial! J'aurais pu dépenser une fortune si je l'avais, mais je ne l'ai pas donc j'ai acheté le premier LP de Chrome et le LP de Meatbodies et Danni a acheté un disque français et un livre de Daniel Clowes je crois. Nous avons bavardé un peu quand je suis rentré à la maison et il a acheté plein de mes trucs à vendre dans sa boutique, donc c'est sympa. Fred défonce - un des bons! Je suis impatient de retourner dans son magasin un de ces quatre.

I met Fred in Paris last year! He put KCS on at a nice venue called Café Olympic. Half of us stayed at his flat afterwards and he made us breakfast and we chatted about records and such (I used to have my own record shop in Middlesbrough) then after breakfast we went to his shop! WOW! Such an awesome place! I could have spent a fortune if id had it, but I didn’t so I bought the first Chrome LP and the Meatbodies LP and Danni bought a French record and a Daniel Clowes book I think. We chatted a bit when I got home and he bought a load of my stuff to sell in his shop so that’s nice. Fred is ace – one of the good guys! Im very much looking forward to going back to his shop sometime.

 

Mixtape

1. Merchant Vessel Elision - Detective Instinct ( Black Floral LP 2014 )
2. The Year 500 - King Champion Sounds ( Song For The Golden Hour 2014 )
3. The Dealer - Detective Instinct ( Schloemer Songs 2013 )
4. Textbook Frown - Year Of Birds ( Jaw 2013 )
5. The Second Noel - Ivan The Tolerable ( Decemberism 2015 )
6. Spastic Backhand - Year Of Birds ( Cakesale EP 2013 )
7. Sand And Water - Ivan The Tolerable ( Family Sandwich 2014 )
8. Old Inky Breath - Ivan The Tolerable ( Splatter Bible 2015 )
9. Fat - Year Of Birds ( White Death To Power Alan 2017 )
10. Third Storey Walk-Up - Detective Instinct ( Falling In Lilacs 2013 )
11. Khufu's Horizon - Ivan The Tolerable ( Theamata 2015 )
12. Mice Rats Roaches - King Champion Sounds ( To Awake In That Heaven Of Freedom 2016 )
13. The Landlord - Ivan The Tolerable ( Crathorne Final 2016 )
14. Wrap It And Bin It - Houseplants ( Houseplants 2016 )
15. Crack Attack - Detective Instinct ( Black Floral LP 2014 )


Antoni Maiovvi

C'est depuis qu'on est retombés sur Psychoplasmics, EP d'Antoni Maiovvi sorti chez Crimes Of The Future il y a déjà deux ans qu'on a eu envie de lui consacrer une petite tranche de nos rendez-vous Out Of The Blue du mercredi. Stasi disco comme on le décrit, aussi branchée dancefloor gore que l'hémoglobine trafiquée des films de séries B, les tracks du Britannique affichent depuis toujours une couleur cinéma, projetées sans crier gare sur le grand écran d'une antre de l'horreur réjouissante à souhait. Un ton particulier, rétro-rigolo, où Antoni Maiovvi tutoie le grand maître John Carpenter tant il livre à chaque nappe électronique un uppercut futuriste aux détails kitsch bougrement efficaces. C'est la stroboscopie appliquée à une science-fiction cheap mais attachante, ficelée aux synthés et livrée au pied du club, la pointe de nostalgie en option.

D’où viens-tu ?
Where do you come from?

Je suis né à Bristol, au sud-ouest du Royaume-Uni. Distinction importante selon moi : je viens de la rive gauche [de la rivière Avon, ndlr], j’ai vécu rive droite une fois et je n’ai pas du tout aimé.

I was born in Bristol in the south west of the United Kingdom. I'm from south of the river which I feel is an important distinction. I lived north of the river once and I didn't like it at all.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Cette année, je vais aller vivre aux Pays-Bas.

I will move to Holland this year.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pour moi, la musique a du sens, elle part de humeur pour prendre la forme d’une série de décisions logiques. Et là, il ne s’agit pas juste d’harmonie, mais de tout ce qui vient de la conception à l’arrangement, de l’atonalité et du bruit. C’est tout cela qui créé du sens pour moi, bien plus de sens que tout le reste dans ma vie et certainement plus de sens que les humains. Si je suis honnête, je pense que j’aime aussi l’aspect de contrôle qu’il y a derrière.

Music makes sense to me, it appears to me as a series of logical decisions based on mood. I'm not talking about just harmony, but everything from design to arrangement, atonality and noise. All of this makes sense to me, a hell of a lot more sense than anything else in my life, and certainly a lot more sense than humans. I think I also get off on the control aspect of it, if I'm honest.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

J’ai toujours écrit. La musique mise à part, j’ai toujours écrit des histoires, aujourd’hui même, je travaille à un scénario.

I've always written. Aside from songs, I've also written stories and even now I'm working on a screenplay.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Si tu veux le faire, tu dois réellement le faire : tu l’as fait hier, tu le fais aujourd’hui et tu vas le faire demain. Le monde est plein de gens qui tiennent de grands discours mais n’agissent pas. Le talent est la deuxième chose qu’il faut travailler dur. La probabilité que quelqu’un s’y penche est si mince qu’il vaut mieux trouver un moyen d’apprécier ce que tu fais toi-même parce que personne n’est près de s’intéresser à toi ni à ton putain de groupe stupide.

If you want to do it, you actually have to do it, you did it yesterday, you did it today and you're going to do it tomorrow. The world is full of people who talk a good game but do nothing. Talent is second to hard work. The likelihood of anyone ever making it is so slim that you'd better find a way to enjoy what you do, because no one is going to give a fuck about you and your stupid fucking band.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Je ne sais pas s’il est déjà arrivé. Personne n’a entendu parler de moi. Ca sonne affreusement modeste à dire, je sais, mais je suis toujours agréablement surpris quand quelqu’un dit qu’il a aimé quelque chose que j’ai fait. L’industrie musicale, dans les grandes largeurs, est formelle : personne sait qui je suis.

I'm not sure it's happened. No one has heard of me. I know it sounds terribly humble for me to say this, but I'm always pleasantly surprised when someone says they liked something I made. The larger music industry insists that no one knows who I am.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je ne suis pas sûre de savoir à quoi cette question se réfère exactement mais l’insécurité financière, les relations qui se tendent de plus en plus sont à compter parmi les inconvénients d’une vie d’artiste. Pour la plupart, les personnes normales ne sont pas du tout préparées à n’avoir aucun filet de sécurité. Je me suis énormément déplacé, j’ai changé de maison dix-huit fois en sept ans, mes amies m’ont quitté pour des hommes aux situations plus stables, je me suis retrouvé plus d’une fois techniquement sans abri. Les boissons gratuites, ça semble génial mais, putain, ça cause aussi les pires dépressions. Les gens me manquent, je passe la plupart de mes journées à me sentir isolé et triste.

I'm not sure what this exactly refers to. But the downside of an artistic life is one of financial uncertainty, relationships get over strained, most normal people are completely unprepared for not having a safety net. I have moved around a lot. I've moved house 18 times in 7 years. My lovers have left me for more stable men. I've been technically homeless more than once. Free drinks sound great but damn do they bring on the worst depression. I miss people and spend most of my days feeling isolated and sad.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

J’imagine que cela importe peu.

I guess it doesn't matter.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Cela fait dix-huit mois que je ne suis pas monté sur scène, je ne sais pas trop pourquoi. Le dernier show était incroyable et le public a adoré mais personne ne semble vouloir me reprogrammer alors j’ai beaucoup mixé l’année dernière, et ce qu’il se passe alors, c’est que je bois de l’eau pétillante comme un trou et parle avec des gens. Je ne sais pas ce qu’il va se passer.

I haven't done a live show for 18 months, I'm not sure why, the last one I did was really amazing and people really liked it, but no one seemed to ask me again. So I've been Djing a lot for the last year and what usually happens is I drink a bunch of sparkling water and chat with people. I don't really know what's going to happen really.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J’adorerais composer la bande originale d’un film de William Friedkin, je l’ai dit de nombreuses fois mais il n’est toujours pas revenu vers moi. C’est sérieux à 100%, je pense que je pourrais faire du bon boulot. De façon générale, j’aimerais faire plus de musique de films. Et je voudrais embaucher Steve Albini pour enregistrer un album de techno à l’Electrical Audio parce que ça serait bien trippant.

I would love to do a score for William Friedkin. I've said this many times but he's still not got back in touch with me. I'm 100% Serious. I think I would do a good job. I would like to do more film scores in general. I would also like to hire Steve Albini to record a techno album at Electrical Audio, because that would be very funny.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Un oscar.

An oscar.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

C’est la somme de tout ce qu’il t’est arrivé qui fait ce que tu es. Tu seras reconnaissant que rien

Everything that happened to you made you who you are. You will be grateful that nothing was ever handed to you.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Faire du jardinage.

Gardening.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je suis trop dissipé pour arriver à en parler.

I'm too fidgety to be able to talk about it.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Tu vois, adolescent, quand j’essayais de parler de Tangerine Dream, les gens pseudo-cools me disaient que j’avais de très mauvais goûts musicaux. Maintenant, regarde autour de toi. Merde, ouais, hein ? La série Stranger Things a débarqué, diffusant des titres empruntés à Exit et Green Desert [deux albums de Tangerine Dream, respectivement sortis en 1981 et 1986, ndlr], même la musique des types de Survive [qui signent la bande originale de la série, ndlr] fait penser à Tangerine Dream. Le concept du plaisir coupable vient du fait que, quelque part, tu sais que c’est mauvais mais tu kiffes quand même. Je détestais Take That mais avec le temps, j’ai fini par remarquer qu’ils avaient des morceaux qui défoncent, je n’écouterais pas tous les jours non plus mais je peux apprécier parce que j’en sais plus à propos du songwriting maintenant. Cela dit, je pense encore que la carrière solo de Robbie Williams est à chier. Ce que j’explique, c’est que je ne peux pas quantifier ces choses donc voici une liste de films que selon moi les gens devraient voir :

You see, when I was growing up and I tried to talk about Tangerine Dream, I was told by “cool people” that I had awful taste in music. Now look at the world. God damn, yeah, right? Stranger Things happened, they used some cool music from Exit and Green Desert, even the SURVIVE dudes' score was pretty TD. The concept of the guilty pleasure is that somehow you know it's bad but you are getting off on it at the same time. I hated Take That, but with time I see now they had some bangers, I wouldn't listen to it but I can appreciate it because I know more about songwriting now. I still think Robbie Williams' solo stuff is piss poor. What I'm saying is I can't quantify these things so here is a list of movies that I think people should see:

Scanners
Don't Torture A Duckling
Primer
Vampire's Kiss
Barry Lyndon
A Snake Of June
Mona Lisa
Clean, Shaven
The Duke Of Burgundy
The Banshee Chapter

Écoute exclusive


Kadhja Bonet

L'automne dernier, Kadhja Bonet sortait un teaser de son premier album à venir le titre Honeycomb - une pure merveille soul/R&B aux arrangements élégants et à la voix de velours, aérienne et sublime. Il ne nous en fallait pas plus pour tomber in love. Originaire de Californie, Kadhja, bercée à la musique classique par un père chanteur d'opéra, s'est mise à composer sur le tard. Dès ses premières compositions, on retrouve cette ambiance voluptueuse sublimée par des arrangements de cordes et des touches folk délicates. Son premier album, The Visitor, sorti via Fat Possum en collaboration avec Fresh Selects est disponible depuis peu en physique et digital : huit titres que Kadhja a entièrement écrits, composés et produits. Huit titres qui, si l'on devait les labelliser, se rapprocheraient d'un mélange de pop/soul de chambre aux accents folk et psyché. Huit titres qui, au final, vous plonge dans une bulle intemporelle, harmonieuse et irréelle. Pour percer le secret Kadhja, nous lui avons proposé notre petite interview Out Of The Blue, découvrez ci-dessous ses réponses ainsi que son brillant essai sur "le passage à l'âge adulte de l'Amérique". À noter que Kadhja Bonet sera en concert à Paris à la Boule Noire le premier mars prochain - be there !

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens du bord des sourires en coin - un univers parallèle d’où tu te réveilles chaque matin lorsque tu cherches à pêcher un rêve et à en attraper un.

I come from the corners of half smiles - the parallel universe you almost wake up in every morning that you fish for a dream and catch one.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

J’espère que je me dirige vers la source d’énergie de ma propre électricité interne, mais je ne le saurai pas tant que je ne l’aurai pas atteinte.

I hope I am headed toward the power source of my internal electricity, but I really won't know unless I reach it.

Pourquoi la musique ?
Why music?

La musique est une chance unique d’apprendre quelque chose de votre subconscient. À chaque fois que tu te lances dans un processus de création, tu touches du bout des doigts un petit bout de la force créatrice universelle.

Music is a chance to learn something from your subconscious. Any time you venture into creation, you touch the tip of a hair from the head of the universal, ultimate creating force.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Si la musique n’était pas pour moi, dans ce cas-là je crois que je me serais dirigée vers l’astrophysique, ou devenir moine. Je crois que ces trois routes se dirigent dans la même direction.

And if music wasn't my thing I think I'd either have gone toward astro physics or become a monk. I think all three of those routes head in the same direction.

Une épiphanie personelle ?
An epiphany of yours?

J’ai un jour découvert comment tomber amoureux de tous ceux et ce que je croisais. Cela implique de maintenir un niveau de confiance difficile à conserver en réalité mais aussi une compréhension profonde de la chance que nous avons d’être mortels : nous pouvons connaître des changements à l’infini, découvrir l’amour sous un nombre de formes illimitées, issues de l’évolution de nos particules depuis des milliers d’années.

I once discovered how to fall in love with everyone and everything I came across. It involves a kind of confidence I found impossible to maintain. A self assured knowledge that mortality is a gift we are lucky to have - so that we may experience unlimited change and unlimited forms of love over the many eons our particles have been shifting around.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Quand j’ai simplement cessé de m’intéresser à ce que pensait quiconque de ce que je faisais, disais, portais ou créais.

When I completely stopped caring what anyone thought of anything I did, said, wore or made.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Les gens m’effraient depuis quelques temps, j’en suis devenue presque narcissique et introvertie, à travers ma pratique de la musique, comme s’il s’agissait avant tout d’une passion de se découvrir soi-même.

I have become afraid of people, narcissistic and introverted, through my passion of music, as it is a passion of self discovery.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui bien sûr, tant que tu continues à avoir la même attention et les mêmes principes utilisés dans l’art pour tous les détails de la vie, pour chacun des choix de ton existence. Aussi longtemps que tu continues d’observer et d’apprendre, artistiquement tu ne mourras jamais, en fait, il n’y a pas de mort. Juste une évolution.

Yes, as long as you take the same care and principles you use in art into the small details of your choices and existence. As long as you keep observing and learning, artistically you won't die, actually, there is no death. Only transformation.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J’essaie de m’accorder quelques minutes rien qu’à moi, pour m’échauffer et me mettre dans l’ambiance. Boire du thé, aller aux toilettes un millier de fois et essayer de me calmer au maximum.

I try to have a few minutes completely to myself, to warm up and set intentions. Drink tea, go to the bathroom a thousand times and try to calm my nerves.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

J’aimerais travailler avec le réalisateur de Divines, Houda Benyamina.

I'd like to work with the director of Divines, Uda Benyamina.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Aucune idée. J’imagine que je le saurais quand j’y serais. :)

I have no idea. I imagine I will know when I get there :)

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Personne ne sait mieux que toi ce qui compte, en réalité. Ne les écoute pas. Forge-toi tes propres opinions, écoute-toi et ne doute pas de tout ce qui vient dans l’endroit le plus sincère en toi. Comme tous les animaux, nous sommes nés avec une certaine forme de sagesse. Le seul souci, c’est que les adultes vont essayer de prendre chez toi ce qu’eux-mêmes ont déjà oublié. Donc accroche-toi.

Nobody actually knows more than you do about anything that matters. So don't listen to them. Form your own opinions, listen to yourself and don't doubt anything that comes from a sincere place inside you. Just like any other animal we are born with a certain miraculous wisdom. The only problem is adults will try and take from you what they've already forgotten. So hold on tight.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

J’espère avoir des enfants qui me feront redécouvrir la magie qui nous entoure, avoir le temps de planter des légumes ou de fabriquer des pulls moches. J’espère qu’il y aura de l’eau potable pour tout le monde dans trente ans.

I hope I have grown kids that remind me of everything magic, that I have time to plant vegetables and make ugly sweaters. I hope there is clean water for everyone in 30 years.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Si je le savais, je crois que j’en aurais terminé avec ça.

If I knew that I would be done.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Mon plaisir couple : le chocolat noir. Je ne peux rien faire sans.

Guilty pleasure is dark chocolate. Can't be without it.

Photo : Sinziana Velicescu

Vidéo

Exclusivité : la short list de Kadhja Bonet des trucs super cool pour l'entrée dans l'âge adulte

ON FAIT LA FÊTE POUR CÉLÉBRER LE FAIT QUE L’AMÉRIQUE SOIT MAJEURE
et tu n’es pas invité.
même si cette fête va déterminer ton futur.

Alors que la poussière retombe sur l’une des élections américaines les plus singulières de l’Histoire, certaines questions subsistent concernant l’avenir de notre pays. Cet état de confusion, ce moment de gêne profond, cette haine et cette fièvre aphteuse mal dirigées me rappellent profondément cet horrible sentiment de la post-adolescence, quand on s’aventure en dehors du cocon familial, que l’on cherche aveuglément une once de sécurité émotionnelle, physique ou métaphysique. On se convainc nous-mêmes que les erreurs que nous faisons durant cette période sont faites dans notre intérêt, bien que la plupart du temps on n’y ait pas pensé tant que ça. Le résultat peut être inattendu, embarrassant ou même tragique si on n’y prend pas garde.

Bien sûr, ça n’est pas le premier rodéo de ce genre pour les États-Unis. Ce pays est né d’un génocide et de l’asservissement, a subi de longues générations de discrimination et de violence institutionnalisées, pour finir par désigner un gouvernement dont l’unique but est de minimiser le pouvoir du peuple. Appeler ça une enfance mouvementée serait en sous-estimer la gravité. Mais si le mouvement pour les droits civiques marque l’entrée dans la puberté des Etats-Unis, son entrée dans la recherche d’une liberté et d’une justice pour tous, ce qui suit aujourd’hui n’est que la désillusion d’une entrée dans l’âge adulte, caractérisée par de l’arrogance et un comportement résolument irresponsable. Hey, j’ai une info pour toi, les Etats-Unis : t’as pas fini d’en baver. Tu es toujours un enfant égocentrique et insouciant.

Je pense sincèrement que nous avons le potentiel pour nous hisser au niveau du standard de moralité que nous prétendons avoir, mais nous ne l’atteindrons pas sans passer par les temps difficiles qui arrivent, sans avoir à gérer les conséquences des erreurs et malchances de nos ancêtres. Les défis que nous avons relevés et que nous avons nous-mêmes générés doivent être identifiés et imputés à qui de droit avant la véritable évolution positive. Plus encore, on peut dire que le rétropédalage social que nous constatons aux Etats-Unis ne nous est pas propre mais est la conséquence d’un système international de résurgence de la xénophobie, de l’homophobie et d’une rhétorique anti-femme - un soulèvement dangereux contre le progrès social se profile. L’Humanité ressent la même peur, la même vulnérabilité que Molly Ringwald dans... hé bien tous les films de Molly Ringwald, remplis de désillusions, d’interrogations inutiles, l’empêchant elle-même d’atteindre la grandeur. Cette résistance précaire envers un progrès pacifique, socialement, financièrement et sur l’aspect environnemental, tout cela me rappelle combien nous sommes jeunes en tant qu’espèce vivante, dans l’insécurité de la route que nous empruntons, nous demandant si l’auto-destruction est une route plus sûre que la réussite.

Après s’être rebellés contre les directives imposées par Mère Nature, notre propre survie est en balance. Choisir nos besoins immédiats en dépit de ce dont nous et notre communauté avons réellement besoin sur le long terme, c’est comme si on avait, je ne sais pas, genre seize ans. Et lorsque tout ce paysage se transformera en une effrayante mosaïque, nous allons avoir besoin de laisser tomber l'ambivalence et de faire des choix difficiles, le plus tôt sera le mieux. Nous pouvons nous excuser, modifier notre propre égoïsme, nos manières de faire et revenir plus proche de Mère Nature, ou nous pouvons nous prouver à nous-mêmes que nous sommes capables d’adapter notre vision des choses, pour notre bien et celui de notre communauté, et cesser de jouer avec le feu...

En gardant ça à l’esprit, et pour célébrer les seize ans et demi des Etats-Unis, je voudrais vous inviter à la fête de célébration de cette entrée dans l’âge adulte. On va devoir entrer par la porte de derrière, mais vous y trouverez un large choix de boissons absolument pas du tout attirantes que vous allez devoir boire, au milieu d’un groupe de gens effrayés, gênants, perdus et à moitié fous avec lesquels vous n’avez pas vraiment d’atomes crochus - certains vont même tenter de vous faire sentir que vous êtes bien sûr largement moins bien que ce que vous êtes en réalité. Face à eux et à nos propres attentes démesurées, que l’on s’inflige à nous-mêmes ou qui nous sont socialement imposées, tentons de rester dignes et tenaces avec ce qu’il faut pour traverser cette phase d’adolescence, pour devenir les adultes réfléchis et ouverts que nous sommes censés être.

Je ne dis pas qu’une fois que nous aurons passé cette période difficile nous descendrons faire la fête dans la rue pour toujours, mais je pense que nous serons parés pour affronter les nouveaux défis qui se présenteront, armés d’une maturité sociale et d’une conscience profonde que nous pourrons transmettre à nos enfants. Et comment atteindre un nouveau consensus social et politique ? Hé bien je n’ai pas la réponse malheureusement mais je sais que tout doit commencer et se terminer grâce à l’art.

L’art est utile dans bien des cas. Il peut nous montrer le chemin parcouru tout autant que celui que nous devons encore emprunter. Il peut nous réconforter et atténuer ce sentiment de solitude permanent. Il peut enrichir notre esprit et allumer un feu qui va nous inspirer, nous guider, pour aimer plus encore et réaliser plus de choses. L’art nous connecte les uns aux autres. Il nous rappelle que peu importe nos différences, nous sommes tous profondément identiques, et qu’aider les autres c’est nous aider un peu aussi. Il peut ranimer le désir en nous qui aurait disparu à cause de nos vies de tous les jours, ce désir que nous avons de préserver le bien-être des générations futures, pour la survie de notre espèce, afin de conserver l’équilibre avec les cycles naturels qui nous protègent.

Dans cette période déroutante, je me suis plongée de nouveau dans ma liste de films parfaits pour le passage à l’âge adulte, tout à fait appropriés pour ce genre de situation. Etats-Unis, Humanité - on peut s’en inspirer, non ?

J’ai essayé d’éviter les grosses évidences qui méritent néanmoins vraiment le détour aussi - Le Lauréat, Stand By Me, Il était une fois dans le Bronx, etc. J’ai aussi essayé d’éviter les films englués dans une romance trop mielleuse mais vous trouverez un mélange de genres et d’univers, tous prêts à entrer dans le vôtre. Donc je vous présente, et sans ordre particulier :

Submarine (2010). Ecrit et réalisé par Richard Ayoade.
Incroyablement drôle et intelligent. Une lycéene galloise tente de sauver le mariage de ses parents mais finit par perdre sa virginité.

Theeb (2014). Réalisé par Naji Abu Nowar, écrit par Naji et Bassel Ghandour.
Une superbe photographie, un jeune bédouin risque tout pour suivre son frère aîné dans un voyage sur la route de la Mecque.

Mustang (2015). Réalisé par Deniz Gamze Ergüven, écrit par Deniz et Alice Winocour.
5 jeunes soeurs turques se battent contre le mariage et réaffirment leur profond goût pour l’indépendance.

Drunken Master (1978). Réalisé par Yuen Woo-ping, écrit par Yuen, Ng see-yuen et Lung Hsiao.
Personne ne pouvait s’impliquer comme Jackie Chan dans ce rôle, où on le voit débuter le film comme un sale con immature et prétentieux et, durant son initiation, apprendre la discipline et maîtriser une partie de sa nature féminine pour sauver son père et lui-même.

Boy (2010). Écrit et réalisé par Taika Waititi.
Vraiment séduisant, touchant, absolument drôle. Une dose de sentiments bien équilibrée. Les problèmes d’un père et pas mal de moments très gênants.

The Wiz (1978). Réalisé par Sidney Lumet, adaptation musicale écrite par William F. Brown à partir du classique Le Magicien d’Oz.
Diana Ross, Michael Jackson, Richard Pryor, le casting de ce film est dingue et je pleure à chaque fois que je vois Diana Ross chanter Home.

Le Voyage de Chihiro (2001). Ecrit et réalisé par Hayao Miyazaki.
Le film le plus rentable de l’histoire du Japon - et on comprend pourquoi. Chihiro, enfermée dans le monde des esprits, va devoir apprendre la valeur du courage bien plus tôt que n’importe quel autre enfant.

Fish And Chips (1999). Réalisé par Damien O’Donnell, écrit par Ayub Khan Din.
Une très grande famille bi-culturelle, pakistanaise installée en Angleterre, doit faire face à de nombreux défis imposés par un clash culturel.

Gilbert Grape (1993). Réalisé par Lasse Hallstrom, écrit par Peter Hedges.
Un jeune Johnny Depp se bat pour trouver un équilibre entre ses besoins et ceux de sa famille.

Phoenix Arizona (1998). Réalisé par Chris Eyre, écrit par Sherman Alexie.
Sherman Alexie est un maître. La relation entre les personnages principaux Victor et Thomas va devenir très compliquée et mettre votre coeur à rude épreuve dans leur tentative de récupérer les cendres du père de Victor, décédé.

Divines (2016). Réalisé par Houda Benyamina.
Sûrement le meilleur film que j’ai vu ces dernières années, une excellente alchimie entre les acteurs et un niveau de jeu dingue. Les deux personnages principaux ont un charisme incroyable. Une histoire prenante qui mérite que l’on pleure à cause d’elle.

IT’S AMERICA’S COMING-OF-AGE PARTY
and you're not invited.
even though this party will determine your future.

As the dust settles from one of the most peculiar American elections in history, some questions remain about the direction our future is to take. This state of confusion, of awkward social misunderstandings, of a ubiquitous foot-in-mouth disease and mis-directed angst reminds me viscerally of that awful feeling of prolonged adolescence, when we ventured out of our mother’s nest, and blindly groped for a semblance of emotional, physical or metaphysical security. We convince ourselves that the mis-steps and back-slips we make during this time are in our best interest, although we often haven’t often completed the train of thought. The results can be unfortunate, embarrassing, even tragic without caution.

Now, this is far from America’s first rodeo of course. After all, America was born from genocide and enslavement, endured generations of well rehearsed discrimination, institutionalized violence, and designed a government meant to minimize the power of the people; calling it a rocky childhood would be a vast understatement. But if the civil rights movement marks America’s puberty, it’s first steps toward blossoming into it’s own expectations of freedom and justice, what follows is the delusion of adulthood characterized by arrogant, entitled and irresponsible behavior. News flash America, you haven’t arrived yet. You are still a selfish, reckless child.

I do believe we have the potential to become the moral standard we’ve always been told we are, but that we won’t reach that standard without rising to the struggle that is to follow, without dealing with the syndromes inherited from our ancestors mistakes or misfortunes. The challenges we’ve passed down and created for ourselves demand recognition and ownership before true transformation can occur.

Furthermore, it could be said that the social back pedaling we’e seen in U.S. politics is not unique to us, but a symptom of a global resurgence of xenophobic, homophobic, and female-phobic rhetoric - a rebellious, and dangerous lashing out against the social progress on the horizon. The human body has the same scared, vulnerable and predictable psyche as Molly Ringwald in - well, any Molly Ringwald film - full of cloudy delusions and pointless preoccupations, holding herself back from greatness. The precarious resistance to peaceful progress, socially, fiscally and environmentally reminds me of how relatively fresh we are as a species, unsure of where we can even take ourselves, pondering if our self destruction is a safer route than achievement.

Having rebelled against the eco-guidelines mother nature ordained, our very survival is in jeopardy. Choosing our immediate wants over the long term needs of ourselves and our communities feels very, oh, I don’t know, 16, and as the fan splatters the shit into a terrifying mosaic, we’re going to have to drop the ambivalence and make the hard choices, and sooner rather than later. We can apologize and rectify our selfishness, our inconsiderate oblivious manners and return to mother nature’s straight and narrow, or prove to ourselves that we can make our non-traditional agenda work for ourselves and community, and stop taking gambles on what we can get away with...

So with that in mind, and in celebration of USA reaching it’s 16th and a half birthday - I’d like to invite you to crash America’s Coming-of-Age-Party with me. We will have to enter from the back, but here you will find an array of unappealing beverages that will be difficult to evade, the cherished and trashed household remains of the host’s parents, and an unwelcoming, exceptionally awkward gathering of misguided, insecure tittie-crazed people you really won’t fit in with - some of whom will try as hard as they can to make you feel like you’re much less than you are. As we face them and our self inflicted or socially imposed expectations, let’s approach with the tenacity it took to survive adolescence and become the thoughtful, open-hearted adults we meant to be.

Now I’m not saying that once we push through this era there will be dancing in the streets forever more, but I do think we will be better equipped to face new challenges, having acquired a social maturity and conscience inheritable by our children. And how do we reach a new social and political benchmark? Well, I don’t have all those answers for you, but I do know that it starts, and ends, with art.

Art serves so many purposes. It can show us how far we’ve come, or how much further there is to go. It can comfort us and reduce our chronic sense of loneliness. It can enrich our spirits and spark a contagious radiance in us that inspires us to love harder or achieve more. But at it’s best, it connects us. It reminds us that no matter how different our circumstances, we are all profoundly similar, and that helping each other is helping ourselves. It can remind us of the innate desire in us that has gone unaccounted for in modern living; the desire in us to preserve the well being of the next generation, so that our species can survive and assert it's intention to stay, in balance, with the natural cycles that protect us.

In these bemused times, I find a revisitation of my favorite coming-of-age films particularly appropriate. USA, and Human Body - let’s remember how coming-of-age is done, shall we?

I tried to avoid the usual suspects, but most of those are worth a watch too - The Graduate, Stand by Me, A Bronx Tale, etc. I’ve also tried to exclude coming-of-age films that are too entangled in a romance, but otherwise you will find a diverse meld of other genres and landscapes, all about coming into your own. So, I present to you, and in no particular order:

Submarine (2010). Written and directed by Richard Ayoade.
Incredibly smart and funny. A Welsh high school student attempts to save his parents’ marriage, and lose his virginity.

Theeb (2014). Directed by Naji Abu Nowar, written by Naji and Bassel Ghandour.
Beautifully photographed, a young Beduin boy risks everything to follow his older brother on a journey.

Mustang (2015). Directed by Deniz Gamze Ergüven, written by Deniz and Alice Winocour.
5 Turkish teenage sisters resist marriage, and relish drops of independence.

Drunken Master (1978). Directed by Yuen Woo-ping, written by Yuen, Ng see-yuen and Lung Hsiao.
No one commits like Jackie Chan, who starts this film as an immature, cocky, sexist prick, and, in his own way learns to tap into his discipline and feminine nature to save his father and himself.

Boy (2010). Written and directed by Taika Waititi.
So charming, cringe worthy, touching, hilarious. Well rounded feels. Daddy issues and awkward moments galore.

The Wiz (1978). Directed by Sidney Lumet, musical adaptation written by William F. Brown of from the classic Wizard Of Oz.
Diana Ross, Michael jackson, Richard Pryor, the cast is immense and I cry like a baby every time Ms. Ross sings Home.

Spirited Away (2001). Written and directed by Hayao Miyazaki.
This is the highest grossing Japanese film of all time - and with good reason. Chihiro, trapped in the spirit dimension, has to learn the value of courage sooner than anyone would like to.

East Is East (1999). Directed by Damien O’Donnell, written by Ayub Khan Din.
A big, bi-racial family faces the challenges of growing up with culture clash.

What’s Eating Gilbert Grape (1993). Directed by Lasse Hallstrom, written by Peter Hedges.
young Johnny Depp struggles to balance his own needs with his families.

Smoke Signals (1998). Directed by Chris Eyre, written by Sherman Alexie.
Sherman Alexie is a master. The relationship between main characters Victor and Thomas will break and mend your heart a hundred times as they quest to recover Victor’s father.

Divines (2016). Directed by Uda Benyamina.
Easily the best, most believable acting and chemistry that I've seen in years. The two main characters have infectious charm. Heavy story, but worth the cry.

Audio

Tracklist

Kadhja Bonet - The Visitor (Fat Possum, 27 janvier 2017)

01. Intro - Earth Birth
02. Honeycomb
03. Fairweather Friend
04. The Visitor
05. Gramma Honey
06. Portrait Of Tracy
07. Nobody Other
08. Francisco


Mike Wexler l'interview

Syntropy est le nom du troisième effort de Mike Wexler qui était de passage en concert à Paris en décembre dernier. Et l’envoûtement aura une fois de plus eu lieu à l’Espace En Cours. L’occasion donc de présenter devant un public plus qu’attentif son dernier opus empreint de musique brésilienne - comme en témoigne sa mixtape plus bas - mais aussi d’americana et de folk british. L’élégance du picking, le murmure hypnotique et l’aisance technique live auront, sur la soixantaine de personnes présentes, un effet de communion à l’égrégore résonant.

Syntropy est un album aux savants arrangements - auxquels contribuent les fidèles Brent Cordero de Psychic Ills et Jordi Wheeler d'Amen Dunes - dans lequel congas et mellotron côtoient guitares et piano, dessinant un paysage serein et total : une folk métaphysique. Il est question d’entropie et de syntropie donc, mais aussi du temps qui passe et de l’Univers... le rapport au temps de son auteur est d’ailleurs assez élastique, l'album a été enregistré en 2013 (dans le Vermont, loin de la hype brooklynienne où il réside) et est sorti fin 2016, près de cinq ans après son précédent. On pense à Bert Jansch, à Nick Drake mais aussi, Brésil oblige, à Antônio Carlos Jobim.

Interview

Ton nouvel album s’appelle Syntropy, peux-tu nous parler du choix du titre et de sa signification ?
Your new record is called Syntropy, can you tell us about the choice of this title and its meaning?

Il y a quelques années, alors que je bossais sur ces morceaux, un ami à moi qui revenait d’Italie m’a envoyé un article sur des expérimentations qui étaient faites là-bas. Elles essayaient de prouver l’expérience précognitive des gens. Ils ont découvert qu’il y en avait beaucoup, parmi ceux qui participaient, qui semblaient réagir en avance (physiologiquement) à des images qu’on allait leur montrer. Syntropy était le titre de l'article et, pour une raison quelconque, il a juste déclenché un truc en moi et je savais que ce serait le nom du disque sur lequel j'avais travaillé. Il a une histoire, certaines personnes dans le monde des sciences l'ont défendu comme un terme pour décrire le processus qui permet à la vie d'exister malgré l'entropie, ce qui met très simplement en évidence la tendance des choses à se décomposer dans le temps et à se déplacer irréversiblement d'un état ordonné vers un plus grand désordre. Donc la syntropie serait quelque chose comme la "force de vie", une tendance à l'ordre, la complexité et la survie dans un univers où finalement les étoiles se consument et c'est fini. Le seul problème est que cette "force de vie" n'existe pas. La vie n'est pas l'opposé de l'entropie, c'est une partie d'elle, compatible avec elle. Mais j'aime le mot, le son, et il y a le sentiment qu'il devrait exister, même si nous ne pouvons le prouver. Et il y a d'autres ramifications pour moi aussi - sociales, métaphysiques -, toutes dérivées de cette idée imaginée. Pourquoi les êtres vivants se produisent-ils ? Pourquoi la matière s'organise-t-elle ainsi ? Et pourquoi, une fois qu'ils existent, veulent-ils généralement survivre et prendre des mesures évolutives et technologiques pour le faire ? Si nous ne pouvons pas trouver une cause fondamentale dans le passé, nous pourrions peut-être en rechercher une dans l'avenir.

A few years ago, while I was working on these songs, a friend of mine who had just been to Italy sent me an article about some experiments that were being done there, trying to prove that people experience precognition. They found there were many among those participating in the experiment who seemed to react in advance - physiologically - to images they were about to be shown. 'Syntropy' was the title of the article and for some reason it just lit up for me and I knew it was going to be the name of the record I had been working on. It has a history, some people in the science world championed it as a term to describe the process that allows for life to exist despite entropy, which very simply put is the tendency of things to break down in time and move irreversibly from an ordered state towards greater disorder. So syntropy would be something like the 'life force', a tendency towards order, complexity and survival in the face of a universe where eventually the stars burn out and it's game over. The only problem is this 'life force' doesn't exist. Life isn't the opposite of entropy, it's a part of it, consistent with it. But I like the word, the sound of it, and there's the feeling that it should exist, even if we can't find evidence that it does. And it has other ramifications for me as well - social, metaphysical - all derived from this imagined idea. Why do living things come about? Why does matter organize itself in this way? And why, once they exist, do they generally want to survive, and take evolutionary and technological steps to do so? If we can't find a root cause in the past, maybe we could look for one in the future.

C’est ton troisième album, et le troisième sur un label différent (Amish Records, Mexican Summer, Three:four Records) , y a-t- il une raison à ces changements ?
It’s your third record and the third label you’re working with, is there a reason for changing labels?

Et bien, oui - différentes raisons. Je dirais que je suis très heureux d'avoir atterri là où je suis et préférerais ne plus bouger. Je préfère me concentrer sur le fait d'enregistrer.

Well, yeah - different reasons. I'll say I'm very happy to have landed where I did, and would prefer not to move around anymore. I'd rather focus on making records.

Comment as-tu rencontré Gaëtan et Maxime de Three:four Records ?
How did you meet Gaëtan and Maxime from Three:four?

Maxime m'a écrit il y a des années quand il a entendu ma musique, me demandant si je voudrais venir à Paris et jouer. Nous nous sommes rendus compte que nous avions beaucoup d'intérêts en commun et sommes devenus amis en correspondant par mails, puis nous avons trainé ensemble au cours des années quand il venait à New York, ou plus rarement quand je venais en Europe. Curieusement, le concert de décembre à l'Espace En Cours, c'était la première fois que j'ai réussi à jouer via ali_fib, bien que nous en parlions depuis des années ! Ça valait vraiment la peine d’attendre.
J’ai rencontré Gaëtan et Three:four Records lorsque Maxime a fait sa première compilation, Err On The Good Side, à laquelle j'ai contribué d'une chanson. Des années plus tard, quand je cherchais un label pour Syntropy, Maxime a suggéré Gaëtan, et c'était logique. Je suis très reconnaissant aux deux.

Maxime wrote me years ago when he heard some music of mine, asking if I'd like to come to Paris and play. We realized we had a lot of interests in common and became friends corresponding on email and then hung out over the years when he would come to New York, or on the rare occasion I made it to Europe. Strangely the show I just played in December at Espace En Cours was the first time I managed to play something that he set up for me via ali_fib, although we'd been talking about it for years! It was worth the wait.
I came to know of Gaëtan and three:four when Maxime put together his first compilation, Err On The Good Side, to which I contributed a song. Years later, when I was looking for a home for Syntropy, Maxime suggested Gaëtan, and it made sense. I'm very grateful to both of them.

Lors de ton fantastique concert à Paris, tu as joué un nouveau morceau et dit qu’il sortirait probablement dans des années, quelle est ta relation au temps en terme de création et de parution ?
During your fantastic show in Paris, you played a new song and said that it will probably be released in years or so, what is your relation with time in terms of creation and releasing songs?

Les chansons peuvent me prendre de quelques mois à quelques années, et j'aime laisser les choses se produire dans leur propre temps. Mais au-delà du temps qu'il me faut pour écrire, ça semble invariablement prendre des années, à partir du début de l'enregistrement jusqu'à ce que le disque voit le jour, pour des raisons indépendantes de ma volonté. Donc, selon mon expérience, si je joue la chanson maintenant, elle sera probablement sur disque dans à peu près quatre ans. J'espère pouvoir inverser la tendance avec le prochain LP. Je suis déjà bien avancé dans la phase d'écriture - on verra.

Songs can take me anywhere from a few months to a few years, and I like to let things happen in their own time. But apart from how long it takes to write, it somehow invariably seems to take years from the start of recording to when the record sees the light of day, for reasons beyond my control. So going by my experience, if I'm playing the song now, it'll probably make it onto a record in four years or so. I hope I can buck the trend with the next LP. I'm already well into the writing phase - we'll see.

https://www.youtube.com/watch?v=--TtAWHtFBU

Il y a toujours dans tes disques des titres qui font référence à des termes étranges ou scientifiques comme The Engram, Glyph, Spectrum, Pneuma, Ecliptic… Peux-tu nous en dire davantage ?
There is always in your records, titles that refers to science or strange references such as The Engram, Glyph  Spectrum, Pneuma, Ecliptic… can you tell us a little about that?

En fait, ce n'est pas quelque chose que je recherche nécessairement, ça arrive surtout de la manière décrite un peu plus haut quant à la provenance du titre de ce disque ; un mot ou une phrase prend une sorte de charge. Cela peut être quelque chose que je trouve en lisant, ou quelque chose dont je me souviens soudainement, mais je ne sais pas où je l'ai entendue avant - et il ya quelque chose d’attirant dedans. Je chante une nouvelle mélodie sans mot et un mot que je ne connais pas me vient à l'esprit - il semble y appartenir. Je l'analyse et parfois il n’a pas de sens, parfois il a plus de sens que tout ce que j'aurais pu vouloir dire. Donc chaque fois que j'ai ce sentiment, j'essaie de voir où il mène. Souvent, c'est un mot comme ceux que tu as mentionnés, parfois non. La nouvelle chanson que j'ai jouée à Paris s'appelle After. Un mot familier peut soudain devenir étrange, comme quand tu dis un nom trop de fois d'affilé et qu'il fini par ne plus rien signifier, sauf que j'ai le sentiment qu'il signifie quelque chose de plus que ce que je pensais qu'il signifiait - il contient tout à coup cette possibilité. Je ne veux pas dire que c'est automatique et que je n'ai aucun contrôle conscient sur ce que j'écris, mais c'est plus comme une attraction entre ces deux aspects de l'esprit de l'écriture, un qui suggère et un qui forme.

Well it's not something I necessarily set out to do, it just happens much in the way i described above with the title of this record. A word or phrase takes on a kind of charge. It can be something I come across reading, or something I remember suddenly but I don't know where I’ve heard it before - and there's something in it. I'm singing a new melody without words and a word I don't know occurs to me - it seems to belong there. I look it up and sometimes it doesn't make any sense, but sometimes it makes more sense than anything I could have intended. So whenever I have that feeling I try to see where it leads. Often it's a word like the ones you mentioned, but sometimes not. The new song I played in Paris is called After. A familiar word can suddenly become strange, like when you say a name too many times in a row and it no longer means anything, except I have the feeling it means something more than what I had taken for granted that it meant - it suddenly contains this possibility. I don't mean to suggest that it's automatic and I don't have any conscious control over what I write, but it's more like a push and pull between these two sides of the writing mind, one that suggests and one that shapes.

Sur Syntropy, il y a différents instruments comme des congas, de la basse, du mellotron, de la batterie… et tu étais seul sur ta tournée européenne, n’est-ce pas ? Pourtant, on ne ressent pas de manque d’instrumentation en live, voire même le contraire. Quand tu écris, j’imagine que tu commences par la guitare et la voix et alors tu réfléchis à l’orchestration ou ce sont les personnes avec qui tu bosses qui te suggèrent les arrangements ? Peux-tu nous parler du procédé d’écriture et des personnes qui y sont impliquées ?
There is on your album different instruments like congas, bass, drums, mellotron… and you were by yourself playing shows in Europe, right? Yet, we don’t feel the lack of these instrumentations live at all almost the opposite. When you write, I guess you start with guitar and vocals and then think about the instrumentations or it’s the people you’re working with who suggests arrangements? Can you tell us about the writing process and the people you’re working with?

Oui, tu as raison, j'écris avec juste la guitare et la voix. Je dois y parvenir de façon suffisamment intéressante pour que je puisse jouer seul, et ça doit être, pour ainsi dire, structurellement du son. Mais tout de même, pendant que j'écris, je vais imaginer comment il sera enregistré, alors j'ai quand même une idée de l'arrangement pendant l'écriture. Tous ceux qui jouent sur le disque viennent avec leurs propres parties et chaque chanson a son propre processus. Parfois, ça s’approche de très près de ce que j’avais imaginé, parfois l'arrangement est comme un catalyseur chimique qui révèle quelque chose dans la chanson dont je n’avais même pas conscience. Mais tout ça, c’est grâce au groupe. Je me sens très chanceux d'avoir réuni tous ces musiciens parce que j'aime ce qu'ils font de leur côté, tous jouent dans beaucoup d'autres configurations et projets, mais je pense que quelque chose de cool se produit avec ce line up en particulier. C'est le deuxième enregistrement que j'ai réalisé avec les mêmes personnes à bord (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) et d'autres contribuant ici et là.

Yes you're right, I write with just guitar and voice. I have to get it to someplace interesting where I can still play it alone, and it has to be structurally sound, so to speak. But all the same while I'm writing I'm picturing how it will be on record, so I have some idea about the arrangement while it's coming together. Everyone who plays on the record comes up with their own parts, and each song is its own process. Sometimes it ends up really close to how I imagined it, and sometimes the arrangement is like a chemical catalyst that reveals something in the song that I didn't know was there. But that's all thanks to the band. I feel very fortunate that I get to assemble these players together, because I love what they do on their own, and they all play in many other situations and projects, but I think something nice happens with this particular line up. So this is the second record I've made with basically the same people on board (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) and a few others contributing here and there.

As-tu des projets parallèles, de différents styles et es-tu intéressé par la musique électronique ?
Do you have any side projects of different musical styles? Are you interested in electronic music and would you play some?

La musique électronique a toujours été très importante pour moi. Dans presque tous les enregistrements que j'ai fait, il y a des synthétiseurs analogiques et, même au-delà de ça, je pense que l'écoute de la musique électronique a affecté la façon dont je structure les chansons - les types de motifs rythmiques qui me plaisent, la répétition avec variation et comment je pourrais essayer d'intégrer le drone comme un élément structurel - beaucoup de tout ça vient de la musique électronique car elle a certaines tendances formelles qui sont différentes de la façon dont les musiciens viennent à penser lors de l'écriture pour les instruments traditionnels. Je pourrais penser à Cluster quand je travaille sur une partie de guitare, par exemple, ou Eliane Radigue quand je construis un arrangement. Même lorsque j'utilisais des cordes ici et là, j'avais à l'esprit des compositeurs comme les spectralistes, qui ont été influencés dans leur écriture pour cordes par des possibilités d'abord ouvertes par la technologie - l'analyse informatique du son enregistré, la notation pour des intervalles microtonaux très précis et le spectre des harmonies, etc. La musique électronique a éclairé certaines possibilités inexplorées des instruments de l'orchestre. Comment cela serait si tu transposais (à coup sûr, une version profane) cette palette sonore à un arrangement de chanson ? Le morceau Spectrum, sur Dispossession [son deuxième album, ndlr] parle de cela. Je n'ai pas tendance à me limiter dans mes écoutes - j'aime chercher des parallèles. Et quand je fais quelque chose, j'essaie de tirer et de trouver des choses que j'aime, même si différentes, un moyen de les faire vivre ensemble confortablement.

Electronic music has been really important to me. Almost all of the records I've made involve analog synthesizers, but even beyond this I think listening to electronic music has affected the way that I structure songs - the kinds of rhythmic patterns that appeal to me, repetition with variation, and how I might try to incorporate drone as a structural element - a lot of it comes from electronic music, because electronic music has some formal tendencies that are different from the way musicians tend to think when writing for traditional instruments. So I might be thinking about Cluster when I'm working on a guitar part, for example, or Eliane Radigue when I'm building up an arrangement. Even when I've used strings here and there, I had in mind composers like the Spectralists, who were influenced in their writing for strings by possibilities first opened up by technology - computer analysis of recorded sound, scoring for very precise microtonal intervals and the spectrum of overtones, etc. Electronic music shone a light on some unexplored possibilities of the instruments of the orchestra. I thought, what would it be like if you transposed (admittedly a layman's version of) this sound palette to a song arrangement? Spectrum, from Dispossession, is all about this. I don't tend to draw hard boundaries in my listening - I like to look for parallels. And so when I make something I try to draw from things that I like, however disparate, and find a way that they can live together comfortably.

https://www.youtube.com/watch?v=TqtoSig0cqE

Comment décrirais-tu ta musique à quelqu’un d'étranger à ton oeuvre ?
How would you describe your music to somebody who doesn’t know your work?

C'est quelque chose avec laquelle j’ai beaucoup lutté - c'est vraiment dur. Par souci de simplicité, j'ai l'habitude de dire que je suis un songwriter, bien sûr cela évoque immédiatement une image qui ne convient pas - quelqu'un avec un chapeau de cowboy ou un truc du genre. S'ils veulent en savoir plus, en général, je leur dis simplement mon nom pour qu'ils puissent me trouver et écouter.

This is something I've wrestled with a lot - it's really hard. For simplicity's sake I usually just say I'm a songwriter, but of course that immediately conjures an image that doesn't quite fit - someone with a 10 gallon hat or something. If they want to know more, usually I just tell them my name so they can find me and listen.

Tu es un fantastique joueur de guitare, j’étais impressionné en concert de voir à quel point ta technique était parfaite et délicate, depuis combien de temps joues-tu et qu’est-ce qui t’as amené à jouer de la guitare ?
You’re a fantastic guitar player, I was amazed live to see how perfect your technique is and delicate, how long have you been playing and what got you into guitar?

J’ai commencé quand j'avais quatorze ans. La guitare était partout. Je connaissais beaucoup de gens qui jouaient et leurs identités étaient à l'époque tellement liées à la musique que je suis tombé dedans. Mais même à ce moment-là, c'est l'utiliser comme un moyen de création qui m'intéressait vraiment. Je n'ai jamais voulu être un dieu de la guitare, je n’ai jamais pris de leçons ou appris de solos. Ce que j'ai fait, c'est que j’ai chopé un quatre pistes et j'ai commencé à écrire des choses en les assemblant avec d’autres parties que j’avais composées avant, j’y allais un peu à tâtons. J'ai fait quelques albums de cette façon, des trucs que je ne jouerais jamais pour personne. Et c'est toujours comme ça, plus ou moins. Je ne me vois pas vraiment comme un guitariste avant tout chose. J’aurais parfois préféré faire du piano à la place, parce que c'est un instrument plus intuitif et qui semble plus adapté à la façon dont je travaille, mais j'ai commencé avec la guitare donc je suis coincé avec. Je m'apprends à jouer les choses que j'écris, c'est une partie du procédé et peut-être la raison pour laquelle ça me prend autant de temps - je dois apprendre à jouer comme ça vient. Et oui, les parties de guitare sont devenues plus compliquées au fil des ans - je pense que cela vient de mes premiers critères, à savoir qu'il faut travailler et être intéressant avec une seule guitare et de la voix. Pour moi, une guitare est principalement un moyen de parvenir quelque part.

I started when I was around 14. Guitar was everywhere. I knew lots of people who played, and so much of one's identity at the time was tied up with music, I just fell into it. But even then I was only really interested in using it as a means to make something. I never wanted to be a guitar god, never took lessons or learned solos. What I did was I got a four track and started writing things, building them up from parts i would come up with, just kind of feeling around in the dark. I made a few albums that way, stuff I'd never play for anyone. And that's how it still is, more or less. I don't really think of myself as a guitarist, first and foremost. I sometimes wish I played piano instead, because it's a more intuitive instrument and seems better suited to the way I work, but I started with guitar so I just stuck with it. I teach myself to play the things I write, it's part of the process and maybe part of the reason it takes me awhile - I have to learn to play as I go. And yes, the guitar parts have become more complicated over the years - I think it stems from my first criteria, that it has to work and be of interest with just guitar and voice. But a guitar for me is mainly the means to get somewhere.

Si je peux me permettre, tu avais l’air très timide et stressé par le concert, mais le public à Paris était très calme et totalement envoûté par ta performance, est-ce que tu aimes jouer en live et joues-tu parfois avec d’autres musiciens sur scène?
If I may, you seemed very shy and stressed by the gig, but the audience in Paris was very quiet and totally charmed by your performance, do you like playing live and do you sometime play with other musicians on stage?

Jouer en live, c’est cool - de mémoire récente, le concert de Paris a été l'un des meilleurs pour moi, et le public avait beaucoup à faire avec cela. Certes, je suis très sensible à l'énergie que je reçois des gens qui écoutent - s'ils sont ouverts et engagés, je vais jouer beaucoup mieux, malgré tout je marche toujours sur un fil entre l'adrénaline et l'anxiété. Avec ce que je fais maintenant, surtout quand je joue en solo, il n'y a pas grand chose derrière quoi se cacher. Ainsi, il peut y avoir beaucoup de pression - le sentiment que tu es sous un microscope et que tout est en jeu. Mais c'est ce qui en fait un incroyable plaisir quand tout se connecte ! À New York, j'ai beaucoup joué avec le groupe que tu entends sur le disque et ça apporte une toute autre dimension. Ça change la façon dont je joue, comment je me réfère à la musique, ça met en évidence d'autres aspects de ce que ça peut communiquer, ça lui donne une nouvelle forme et une nouvelle vie et, contrairement à moi, ils ne jouent jamais quoi que ce soit de la même manière deux fois.

Playing live is great - the Paris show was one of the best in recent memory for me, and the audience had a lot to do with that. Admittedly I'm very sensitive to the energy I'm getting from the people listening - if they're open and engaged, I'm going to play much better, and regardless I always walk a thin line between adrenaline and anxiety. With what I'm doing now, especially when I play solo, there's not much to hide behind. So it can be a lot of pressure - a feeling that you're under a microscope and that everything is at stake. But that's what makes it an incredible high when everything connects! In New York I've played a lot with the band you hear on the records, and that brings a whole other dimension to it. It changes how I play, how i relate to the music, highlights other aspects of what it can communicate, gives it a new form and a new life And unlike me, they never play anything the same way twice.

Photos : David Black

Mixtape

Au final, j’ai fait un mix de musique brésilienne parce que c’est ce que j’ai en tête en ce moment et aussi parce que c’était important pendant l’enregistrement de l’album, il y en a que j’ai découvert plus récemment.

I wound up making a mix of all Brazilian music, because that's where my head is at right now. A lot of this was important to me while working on the record, some of it I discovered more recently.

01. MPB mix
02. Milton Nascimento - Idolatrada (excerpt)
03. Elis Regina - Oriente
04. Antônio Carlos Jobim - Bôto (Porpoise)
05. Olívia Byington & A Barca do Sol - Corra O Risco
06. Edu Lobo - Vento Bravo
07. Beto Guedes - Lumiar
08. Lô Borges - Homem Da Rua
09. Nelson Angelo & Joyce - Comunhão
10. João Gilberto - Undiú
11. Milton Nascimento - Pablo

Tracklist

Mike Wexler - Syntropy (Three:four Records, 14 octobre 2016)

01. Ayin
02. The Engram
03. Syntropy
04. Transfer
05. Circa
06. Anonym
07. Zoe
08. Halo
09. Cloud Housing
10. The Commons