Spécial Trans Musicales : Bodega

Bodega (comme les fameux corner shops de New-York) est peut-être la meilleure raison de se radiner aux  Trans Musicales cette année. Le quintette de Brooklyn, après un passage plus que remarqué au festival SXSW au printemps dernier, n'en finit plus de faire parler de lui. Et c'est bien mérité au regard de la qualité stupéfiante de leur premier essai, Endless Scroll, sorti l'été dernier chez What's Your Rupture?. Esthétique post-punk garantie 100% sans naphtaline, guitares tranchantes, rythmique martiale et textes oscillant entre critique acerbe, constats placides et grosse poilade vis-à-vis de ce qu'est devenue notre société, les Bodega ont tout pour nous plaire. D'autant qu'ils appellent immédiatement à des références pas piquées des vers, Parquet Courts - c'est d'ailleurs Austin Brown qui officie à la production - et Wire en tête, avec une touche laid back façon Malkmus qui fait la dif'. Ajoutez à cela un vrai sens de la danse et vous obtenez un LP sacrément addictif et rapide comme l'éclair. Ben Hozie, co-chanteur-leader facétieux du groupe, à l'occasion de leur passage aux Trans Musicales pour un show unique, a accepté de répondre à nos questions bigarrées OOTB.

Bodega jouera aux Trans Musicales de Rennes le samedi 8 décembre, à 23h05 sur la scène du Hall 3.

D'où venez-vous?

Where do you come from?

Je suis né dans le désert. Et j'ai grandi dans la fosse aux lions.

I was born in a desert. Raised in a lion’s den...

Où allez-vous?
Where are you headed?

On s'envole pour Hong Kong demain pour le festival Clokenflap – ça devrait être sympa.

We are flying to Hong Kong tomorrow for Clockenflap festival - should be a great time.

Pourquoi la musique?
Why music?

Jouer nos chansons me procure un réel sentiment de liberté que je ne retrouve nulle part ailleurs. C'est aussi un bon moyen de faire des rencontres : j'ai connu la plupart des mes amis les plus proches par la chanson.

I get a genuine release playing our songs that I can’t get anywhere else. It’s also a great social tool - most of my closest friends I’ve 'met through the song'.

Et si tu n'avais pas fait de musique?
And if music wasn’t your thing?

Ça me fait penser à la question typique : si Aristote avait été charpentier et qu'il n'avait pas enseigné la métaphysique, ni traîné avec Platon ou été le tuteur d'Alexandre le Grand – aurait-il quand même été Aristote ? La plupart des gens répond « oui » (si son ADN était la même alors bien sûr il aurait été la même personne) et d'un point de vue logique je suis d'accord mais en même temps bien entendu qu'il n'aurait pas été Aristote !

This reminds me of the classic debate: if Aristotle was a carpenter and didn’t teach metaphysics, hang out with Plato, or tutor Alexander the Great - would he still be Aristotle? Most are tempted to say ‘yes’ (if he had the same DNA then of course it would be the same person) and I tend to agree with that on a logical level but at the same time of course that isn’t Aristotle!

Une épiphanie personnelle?
An epiphany of yours?

Le naturalisme n'est pas naturel. Le bon goût n'est rien d'autre qu'une appétence pour la médiocrité.

Naturalism is not natural. Good taste is nothing but a taste for mediocrity.

Une révélation artistique?
Your artistic breakthrough?

La première chanson que j'ai écrite d'une façon qui me semblait en adéquation avec ce que je voulais exprimer s'appelait Cultural Consumer, avec mon ancien groupe Bodega Bay. La plupart de ce que j'ai fait depuis a été fait dans la même veine – la combinaison d'une certaine forme de confession et de comédie.

The first song I wrote in a voice that felt appropriate for what I’ve wanted to express was called Cultural Consumer by my old band Bodega Bay. Most of what I have done since has followed in that vein - a combination of a certain kind of confession and comedy.

Le revers de la médaille?
Any downside?

Dès qu'on fait un choix, on se prive des autres possibilités. C'est une des difficultés de l'art et de la vie en général.

Any time a choice is made you cut off other limbs. That's one of the difficulties of art and life in general.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Non. C'est la raison pour laquelle Kieslowski est mort dès qu'il a pris sa retraite.

No. That’s why Kieslowski died right after he went into retirement.

Un rituel avant de monter sur scène?
Your pre-stage ritual?

Un shot de tequila et un poème de Richard Brautigan – pour me retrouver dans le bon état d'esprit poétique.

A shot of tequila and a poem by Richard Brautigan - to get in a proper poetic state of thinking.

Avec qui aimerais-tu travailler?
Who would you work with?

Quelqu'un avec un esprit ouvert et le cœur sur la main (ou le chéquier sous la main).

Somebody with an open mind and an open heart (or an open checkbook).

Quel serait l'apogée de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je ne vais jamais voir les diseuses de bonne aventure parce que je ne veux pas savoir ce qu'il va se passer. Ça dépend de ce que vous entendez par « climax ». Si c'est une qualité esthétique au zénith ça m'étonnerait que ça soit pour tout de suite.

I don’t ever go to fortune tellers because I don’t want to know what’s going to happen. This almost depends on what you mean by 'climax'. If you mean the aesthetic quality zenith I doubt it'll be anytime soon.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
What piece of advice would you give your young self?

Apprends une autre langue. Entraîne-toi davantage. Sois plus attentif en cours de sciences. Demande-lui de sortir avec toi.

Learn another language. Practice more. Pay more attention in science class. Ask her out.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

En train de faire des films, d'écrire des livres, de jouer des chansons.

Making movies. Writing books. Playing songs.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

On est en passe d'étendre la palette de Bodega à des territoires plus mystérieux. Notre dernier titre est un peu plus mélodieux et riffy que ce qu'il y a sur notre album. Ça fait du bien.

We are taking steps to expand the Bodega palette into more mysterious territories. Our latest song is a bit more melodic and riffy than the stuff on Endless Scroll. That feels good.

Un plaisir coupable ou un trésor caché?
Your guilty pleasure or hidden treasure?

Une des qualités du 'millenial' (NDLR: membre de la "génération Y"), c'est la (presque totale) éradication des plaisirs coupables en termes de musique. Ado, mon trésor préféré était Ritual de lo Habitual de Jane's Addiction. Vous connaissez ? Un trésor incroyable pour un banlieusard impressionnable.

One of the positive ‘millennial’ traits is the (almost) eradication of the guilty musical pleasure. My favorite treasure as a teen was Ritual de lo Habitual by Jane’s Addiction. Have you heard that one? Incredible treasure for an impressionable suburban mind.

Photo : Heather Elle

Ecoute exclusive

https://soundcloud.com/user-823287602/sets/hartzine-mixtape

Vidéo


Phoenician Drive

Bruxelles brasse depuis toujours de la bière et de la diversité. Pheonician Drive ne dira pas le contraire, pack de six musiciens venus de partout et d'ailleurs, et dont les vibes nous parviennent de loin, aux confins des continents européens, asiatiques et africains. Les rythmes envoûtent, les sons dépaysent, le psychédélisme enivre. Leur premier album éponyme est sorti le mois dernier, sur les labels EXAG' Records et SK Records. Enregistré au studio belge Koko par John Roo, déjà aux manettes sûres des dernières productions de La Jungle et It It Anita, Phoenician Drive réintègre tous ces éléments à grand renfort de plages étirées et volontiers désorientantes. Un cocktail plutôt bien stylé, à boire cul sec accompagné de sa mixtape des familles. Ce qui se lit et s'écoute ici, tout de suite.

D’où venez-vous ?

Belgique, Chili, Espagne, France d'un couple mono parental.

Où allez-vous ?

Loin, très loin, autant que faire se peut.

Pourquoi la musique ?

Pour évitez de parler.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?

Du chocolat.

Une épiphanie personnelle ?

Une assurance bris de glace suite à une tournée mouvementée.

Une révélation artistique ?

Direction Survet.

Le revers de la médaille ?

Les chocs des cultures latino vs sudiste vs ch'ti vs bout de zob'.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

La Romance.

Un rituel de scène ?

Génuflextion.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Mike Patton, Michel Gondry, Hofesh Shechter, Direction Survet, le Philharmonique de Bruxelles.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

Jouer sur la lune après avoir fait le tour de la planète.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?

De ne pas vivre de la musique.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

Continuer la musique en étant sourd et communiquer par le langage des signes.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?

Explorer tout les recoins, tous les tiroirs, ne pas avoir peur d'être mégalomane.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Spice Girls.

Ecoute exclusive

Audio

Tracklist

Phoenician Drive - Phoenician Drive (EXAG' Records/SK Records, 12 octobre 2018)

01. Almadraba
02. Paradise In My Veins
03. Kraken Doesn't Crack A Crocodile
04. Musselove
05. Aguas Del Olvido
06. Onoubo Twist
07. Bicky Beach
08. Slowfish


Silly Boy Blue

On a découvert Silly Boy Blue il y a quelques temps, un peu par hasard, au détour d'un trackCecilia, dont la douce mélancolie urbaine, soutenue par un chant en apesanteur et vaporeux à souhait, nous a évoqué instantanément un joyeux cocktail de quelques-unes de nos marottes, Molly Nilsson et Carla Dal Forno en tête - pour ne citer que ce couple évoquant un mélange exquis entre feu et glace, pôles nord et sud. Programmé le 28 septembre dernier au nouveau festival malouin Baisers Volés, aux côtés des têtes de gondoles de la dite nouvelle scène française, l'occasion était trop belle de soumettre à Silly Boy Blue notre questionnaire OOTB.

C'est donc quelques minutes après sa sortie de scène qu'on s'entretiendra avec elle, plutôt satisfaite de son show mais aussi de la bienveillance du public à l'égard d'un projet et d'une identité encore neufs pour elle. Ana Benabdelkarim - son nom à la ville - ne fait pourtant pas figure de rookie complète... elle qui est déjà la moitié de Pegase depuis la sortie d'Another World, second LP du groupe, daté de 2016. À en juger par ses titres aux racines domestiques mais aux velléités intersidérales, à la sensibilité exacerbée mais jamais pompière, cela fait sans doute un moment déjà que la jeune femme s'est émancipée d'un cadre pop trop petit pour elle. Nous parlant avec enthousiasme de la mixtape concoctée spécialement pour Hartzine et qu'elle a intitulé You Go Girls : "Toutes ces nanas m'ont inspiré, j'ai commencé à jouer de la guitare en reprenant Warpaint, découvert la scène nantaise en allant voir Mansfield TYA. Elles m'inspirent musicalement mais aussi dans leur manière de s'affirmer, de prendre les rênes de leur carrière, souvent toutes seules d'ailleurs". Silly Boy Blue se prête avec attention au jeu de nos interrogations bigarrées et en profite pour nous parler tant de son attachement à l'esthétique DIY que de ses envies d'évolution plus collégiale, tant de sa passion pour David Bowie que de celle vouée à Mylène Farmer, preuve qu'aucun grand écart ne lui fait peur à l'heure de sortir son premier EP But You Will, qui paraîtra le 26 octobre prochain. Et on s'en délecte déjà.

D’où viens-tu ?

De Nantes, j'ai déménagé à Paris il y a quatre ans.

Où vas-tu ?

Je vais là où ce projet me mènera, où les gens voudront me voir, où j'aurai ma place - c'est quelque chose que je cherche encore. C'est le début du projet et aussi le début d'une nouvelle identité, un personnage que je peux être, que j'ai le droit d'être. Je me construis en même temps que le projet se construit.

Pourquoi la musique ?

C'est quelque chose qui a toujours été là pour moi, qui m'a aidé à dire des choses que je ne sais pas dire clairement avec des mots. C'est un langage avec lequel je me sens beaucoup plus libre. Elle me permet de m'affirmer d'une autre manière, d'oser. Écouter ou faire de la musique, c'est quelque chose qui m'est indispensable.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

Je serais journaliste, ce que je suis déjà. Un métier plus rêvé : hôtesse de l'air - le décalage, la solitude...

Une épiphanie personnelle ?

Laissez-moi y réfléchir...

Une révélation artistique ?

(elle regarde sa mixtape pour Hartzine, ndlr) Ca pourrait se trouver dans cette liste, il y a tellement de femmes qui m'ont inspirées, mais en fait la première vraie révélation artistique c'est David Bowie. C'est en écoutant Space Oddity que j'ai compris qu'on pouvait faire deux voix, en le voyant que j'ai compris qu'on pouvait être badass un jour et androgyne le lendemain. Chaque fois que je découvre quelque chose de Bowie, c'est une révélation.

Le revers de la médaille ?

J'aimerais dire qu'il n'y a pas de revers de la médaille. Britney, au bout de sa vie, s'est rasé la tête en 2007 et maintenant elle est redevenue super cool, à peindre des choses en chemise sur son balcon... J'aime espérer qu'il n'y a pas de revers de la médaille, qu'on peut toujours rebondir et faire de quelque chose de tout pourri quelque chose de beau.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Oui, je pense. Rien à voir avec ma musique mais l'exemple de Ricky Martin me vient à l'esprit : après sa carrière, il est devenu un porte parole LGBT, expliquant comment on l'avait empêché de faire savoir qu'il était gay. Il n'est plus musicien mais est devenu par la suite quelqu'un d'aussi utile.

Un rituel avant de monter sur scène ?

Juste en arrivant sur le coté de la scène, je suis bien stressée... avant j'aime beaucoup m'isoler et écouter de la musique. Par exemple, tout à l'heure, j'ai écouté Lana Del Rey, ça aurait pu être Joan Jett, ça dépend de mon mood. C'est toujours plaisant d'écouter des personnes qui te mettent la patate avant de monter sur scène.

Avec qui aimerais-tu travailler ?

Avec énormément de gens, je viens de commencer une collaboration avec une réalisatrice, Jeanne Lula Chauveau : on a fait un clip qui sortira mi-octobre. J'ai adoré bosser avec elle. Sinon mon rêve de tous les temps aurait été de travailler avec Bowie mais ça va être compliqué... Si on pense featuring, dans mes rêves les plus fous, ça serait avec Lady Gaga ou Cat Power. Les deux n'ont aucun rapport mais ça serait un clin d'œil à moi-même quand j'étais petite et que je les écoutais dans ma chambre.

Quel serait l'apogée de ta carrière artistique ?

Il y a tellement de gens que j'admire et avec lesquels j'adorerais travailler. Faire un morceau avec Grimes, bosser avec Jeanne Added - quand je suis arrivée à Paris en 2015, c'est son concert que j'ai vu en premier. Il y a tellement de gens qui m'inspirent dans les scènes française et anglo-saxonne. J'aimerais aussi faire une BO pour un film de Xavier Dolan ou de Gaspard Noé, ou encore bosser dans le crew de voguing de Kiddy Smile.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

N'écoute pas tes grands frères - je le précise, j'aime beaucoup mes frères - qui te disent gentiment que tu es nulle mais qui te charrient bien là-dessus. Et sinon, je dirais à ma prof de musique de cinquième, qui m'avait mis 06/20 quand j'avais chanté devant toute la classe et qui m'avait dit que je n'arriverais jamais à chanter juste, "hey, t'as vu ?".

Comment te vois-tu dans trente ans ?

J'aurai cinquante-deux ans et plein, plein de chats. Je ne sais même pas où j'en serai dans six mois... tout est tellement instable. J'espère juste que je serai okay avec moi-même, avec ce que j'ai fait et qui je suis devenue, que je pourrai être fière de ce que j'ai accompli, que j'aurai réglé mes comptes avec tout ce que je n'arrive pas à dire autrement que dans mes morceaux, et que je serai apaisée.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

J'espère rester toujours dans un esprit DIY, j'aime beaucoup composer seule dans ma chambre, la nuit. J'espère garder cette part de solitude qui me permet de sortir les textes dont j'ai besoin dans ces moments-là. Mais j'aimerais bien aussi voir ce que ça donne avec des musiciens, écouter les conseils de gens capables de me faire évoluer, qui m'inspirent et peuvent m'apprendre tellement. J'ai encore énormément de choses à apprendre, je ne sais pas comment ça évoluera. J'ai à la fois envie de garder cette chose assez brute qui sort de ma chambre et de faire évoluer ma musique avec d'autres personnes.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

Plutôt un trésor caché parce que j'essaye de ne pas culpabiliser avec mes plaisirs. C'est okay d'aimer des trucs complètement ringards. En ce moment, j'écoute à fond Mylène Farmer. Ca pourrait être vu comme un plaisir coupable mais tous ses clips de douze minutes, certains de ses titres sont surtout pour moi des trésors cachés.

Photo : Marie Baudouin

Ecoute exclusive

Tracklist

01. Angel Olsen - Intern
02. U.S. Girls - M.A.H
03. Warpaint - Disco/Very
04. Madge - Fight Or Flight Club
05. Maud Geffrey - Ice Teens
06. Sophie - Is It Cold In The Water?
07. Jeanne Added - Before The Sun
08. Anhoni - 4 Degrees
09. Mansfield T.Y.A - Logic Coco (Scratch Massive remix)
10-. Christine And The Queens - Machin-Chose
11. Cat Power - Color And The Kids
12. Clara Luciani - Monstre D'Amour
13. Molly Nilsson - A Song They Won't Be Playin' In The Radio
14. Vive La Fête - As-Tu Déjà Aimé ?
15. Princess Nokia - Tomboy
16. Charli XCX - Lucky
17. King Princess - Talia
18. Lana Del Rey - Cherry
19. Fever Ray - Red Trails
20. St Vincent - Fast Slow Disco
21. Mitski - Two Slow Dancers

Vidéo


The Soft Rider

Il est des raccourcis qui fonctionnent toujours, et depuis un sacré bail. C'est le cas du palmier qui, lorsqu'évoqué dans le domaine des arts, rappelle inlassablement Mulholland Drive - le film tout autant que le lieu. L'image intemporelle se glisse ici dans le bleu du ciel et illustre la dance cramée de The Soft Rider qui, depuis un cabriolet blanc crème au kitsch désuet, sort un EP très cool chez Atomic Bongos ce vendredi : The Pool. Un bac de flotte qui ferait s'entasser une population superficielle biberonnée d'ennuie et de poudre chère à Bret Easton Ellis, l'insoluble attraction du divertissement et la transpiration shiny des synthés italo disco sur une même piste de danse. Encore une histoire de soleil, tiens. Les lignes saccadées de The Pool sont autant l'attrait d'une fête infinie que le vide du retour à la réalité. West coast le jour, partout la nuit. Avant de pouvoir s'y plonger, la chevauchée du duo The Soft Rider fait un stop ici bas avec sa mixtape exclusive intitulée Metal Field. Et il faut l'écouter pour apercevoir les palmiers.

D’où viens-tu ?

De la classe moyenne, importée d'Algérie, d'Espagne, d'Alsace et des Alpes.

Où vas-tu ?

The Passenger d'Iggy Pop est un de mes morceaux favoris.

Pourquoi la musique ?

Apparement, à deux ans j'écoutais Wuthering Heights de Kate Bush en boucle et la même année le père Noël m'a offert un accordéon. Alors est-ce une inclination naturelle ou la conséquence de MTV ? Je ne sais pas.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

Marin, aventurier : partir à la découverte du monde. J'aurais aussi aimé faire de la danse et du cinéma. Tellement de choses. Je suis du type dilettante/touche à tout, je fais des arts plastiques en parallèle et souvent je change de médium, en fonction du propos et des possibilités. Pendant longtemps, je n'ai fait de la musique qu'avec des instruments empruntés. C'est d'ailleurs comme ça que j'ai enregistré The Pool.

Une épiphanie personnelle ?

Je parlerais plutôt d'une série d'expériences et de rencontres qui, petit à petit, modifient profondément ma relation au monde. Dernièrement, j'ai fait une retraite silencieuse de dix jours dans le désert de Joshua Tree, ça m'a fait découvrir pas mal de choses.

Une révélation artistique ?

À treize ans, chez mon chef de dix ans mon aîné. Cette nuit-là, il m'a fait découvrir le hash, Dali, Coil et les Virgin Prunes.

Le revers de la médaille ?

Ce n'est pas un concours, mais un moyen de libération personnelle. Malheureusement, ceci n'est pas compris par une grande partie des gens qui gravitent dans ce milieu.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Je crois en la réincarnation.

Un rituel de scène ?

Pendant longtemps l'alcool, aujourd'hui respirer l'air frais.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

Tellement de gens ! J'aimerais bien faire quelque chose avec Taraka Larson. J'adorerais aussi faire de la musique de films, je suis un grand fan de Uli M Schueppel et Jim Jarmusch.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Je ne pense pas qu'il y ait une montagne à gravir, mais une infinité de lieux à explorer. J'espère pouvoir faire exister tous les projets que j'ai en tête et multiplier les collaborations.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Suis ton intuition.

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Tu connais Eddy Barclay ?

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

J'ai beaucoup de projets différents... Je dirais donc variée, avec une tendance à être plus brute, minimale.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

Je n'aime pas la notion de plaisir coupable. Elle est basée sur la peur du regard de l'autre et cela reflète la structure pyramidale de la société française, où la notion d'éducation et de bon goût est prétexte à renforcer l'emprise de la bourgeoisie. J'ai autant de plaisir à aller à un concert de Steve Reich qu'à danser dans une soirée italo-disco ou qu'à écouter un accordéoniste dans le métro. À ce sujet, il y a un super documentaire sur les créateurs de la danse des canards, Marcel Superstar je crois. Dans le même temps, notre rapport à la culture est similaire à notre rapport à la nourriture : on peut cuisiner à la maison ou acheter un plat sous vide au supermarché, tout dépend du niveau d'intoxication et des choix politiques de chacun. Personnellement, j'ai remarqué que le plat préparé me remplit d'une joie fugace puis me donne la nausée, mais tel un zombie j'oublie et quelque temps plus tard j'en rachète... Ceci étant dit, les derniers trucs qui m'ont donné la chair de poule étaient un chanteur de karaoké jamaïcain, un groupe d'adolescents reprenant du Jefferson Airplane et le ciel étoilé du désert.

Ecoute exclusive

Tracklist

Foster The People - Helena Beat (Com Truise remix)
Kid 606 - Wherweleftoff
Michael Mayer - Amanda
Throbbing Gristles - Hot On The Heels Of Love (The Soft Rider edit)
Death In June - Rain Of Despair (The Soft Rider edit)
New Order - Blue Monday
Front 242 - Hey Poor
SPK - Metal Field
Kiko & S. Deschezeaux - Sado Disco
Le Syndicat Electronique - Herr Geldmann
Radioactive Man - Do The Radio
Daniel Avery - Naive Response
Chicks On Speed - Kaltes Klares Wasser
Liaisons Dangereuses - Los Ninos Del Parque
Jimmy Edgar - Strike
Weltklang - Veb Heimat
Factory Floor - Dial Me In (The Soft Rider edit)
Pelada - No Hay
Beau Wanzer - Two Orders
Kraftwerk - Numbers
Marc Houle - Bay Of Figs
Tzusing - 4 Floors Of Whores
Sprung Aud Der Wolken - Que Pa

Audio


DJ Raff

Maintenant basé à Londres mais originaire des régions les plus éloignées de l’Amérique du Sud, le DJ chilien Raff a beaucoup progressé depuis ses premières excursions dans le hip-hop et la musique électronique. Après des années de rencontre et de travail, DJ Raff a contribué à semer les graines de ce qui est maintenant considéré comme l’une des scènes les plus importantes du hip-hop en Amérique latine. Depuis 2014, Raff a créé Pirotecnia. Bien plus qu'un simple label, Pirotecnia est une plateforme pour promouvoir d'autres activités, toujours liées à la musique. DJ Raff et Pirotencia seront présent au Marché des Labels Indépendants. Le soir même il jouera avec Puma Squat (Panico, Compadre) au Hasard Ludique pr une soirée 100% chilienne. Afin de vous mettre en jambe pour samedi, découvrez sa mixtape exclusive. Enjoy !

D’où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens d'Amérique du Sud.

I come from South America.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Vers une plage cachée.

To some hidden beach.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Je ne l'ai pas choisi, c'est juste quelque chose que je dois faire depuis toujours.

I didn't choose it, is just something that I need to do since ever.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Je pense que la photographie pourrait être une bonne chose à faire.

I think photography could be a nice thing to do.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

À 13 ans, j'ai réalisé que je n'avais pas besoin d'instruments de musique pour faire de la musique. J'ai commencé à créer des boucles avec un lecteur double cassettes et à ajouter des couches de sons avec une platine disque et un piano et micro jouets.

At 13, I realized that I didn't need proper musical instruments to make music. I started to make loops with a double cassette player and add layers of sounds with my fader's turntable, a toy keyboard and a toy mic.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

En 2006, j'ai sorti mon premier album solo. Avant, je faisais toujours partie d'un groupe. Je pense que d'avoir produit, mixé et masterisé mon premier album solo, ce fut le vrai début de ma "carrière".

Back in 2006, I released my first solo album, before that, I always was part of a band. I think to have produced, mixed and mastered my first solo album, was the real beginning of my "career".

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Je déteste toujours me plaindre de ne pas avoir assez de temps pour faire ce que je veux.

I hate to always complain about don't have enough time to do what I want.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

L'art vit pour toujours, c'st cheesy, mais c'est vrai. La mort artistique... je n'y ai jamais pensé, ça a l'air profond.

Art lives forever, cheese, but true. Artistic death... never thought about it, it sounds deep.

Un rituel avant de monter sur scène ?
Your pre-stage ritual?

M'étirer et respirer, capter l'ambiance du public.

Stretch and breathe and catch the vibe of the audience.

Avec qui aimerais-tu travailler ?
Who would you work with?

Un moine bouddhiste.

A Buddhist monk.

Quel serait l'apogée de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Produire un album pour Bjork.

Produce a Bjork album.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood, what piece of advice would you give your young self?

Ne jette pas ta collection de cassettes, elle te manquera beaucoup un jour.

Don't throw away your cassette collection, you will miss it a lot one day.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Vivre dans les bois près d'un grand lac.

Living in the woods near to a big lake.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Ma musique devient plus personnelle chaque année, et je pense avoir trouvé le son qui me représente le mieux, au moins aujourd'hui, et demain peut-être.

Is becoming more personal every year, and I think I just found the sound that represents me the best, at least today, and tomorrow maybe.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?
Your guilty pleasure or hidden treasure?

Les disques de Fun FunBandoleroHit HouseTechnotronic et Magazine 60.

Fun FunBandoleroHit HouseTechnotronic, and Magazine 60.

Photo : Caról Mckenzy Mcloud

Ecoute exclusive

Tracklist

01. Pua ft. Penya - Dengue Dengue Dengue
2. Oyelo (unreleased) - DJ Raff
3. Lakan Ha - Meca Meca
4. Killing It (Digital Version) - Panda Lassow
5. Cristobal - Airhead
6 Completed (revisited) - DJ Raff
7. Alala - Populous
8. Feel That Way - Get Face
9. Inversions feat. Uji - Nicola Cruz
10. Mantis (DJ Raff Remix) - Nicola Cruz
11. Connection (I_Cube Rework) - Future Four
12. 1988 - DJ Raff
13. Mycetozoa - rRoxymore
14. Chabala - Hwulu
15. Lovin You is a Pleasure - Ponty Mython


Pete Buckenham

Pete Buckenham est un explorateur de sons et journaliste musical. Il a lancé son label On The Corner Records après des années de digging et d'investigation des différentes scènes. Une passion pour l’exploration des cultures musicales qui a conduit Pete Buckenham à s'embarquer pour une aventure à travers les capitales africaines, découvrant à travers les sons de la rue toute une nouvelle scène contemporaine. Son label est réputé pour ses connexions personnelles avec le monde de l'électro, du jazz spirituel et de la house music percussive. Inspiré par les soirées iconiques du Loft, ses sélections voyagent à travers les grooves du monde entier. Cette année d'ailleurs, Pete Buckenham a joué dans de nombreux festivals européens et africains, et son label On The Corner Records a gagné le prix du label de l'année aux Worldwide Awards de Gilles Peterson.

Pete Buckenham sera présent au Marché des Labels Indépendants le 06 octobre prochain à la Halle des Blancs-Manteaux, à Paris, et jouera le soir même à l'Alimentation Générale, aux côtés de Cheb Gero du label Akuphone. On vous fait gagner 2x2 places pour la soirée - envoyez nous un mail à hartzine.concours@gmail.com, les gagnants seront tirés au sort et prévenus par mail la veille de la soirée.

En attendant, découvrez les réponses de Pete Buckenham à notre interview Out Of The Blue et découvrez en exclusivité le titre Who's Out On Quaoar de Planet Battagon, issu du Battagon Symphony EP, à paraitre le 20 octobre prochain sur On The Corner Records évidemment. Enjoy !

D’où viens-tu ?
Where do you come from?

Je viens du centre d'un pays qui, dans les années 1980, souffrait d'une crise d'identité post-coloniale sur fond de lutte des classes menée par son "leader". Je suis Londonien depuis vingt ans (du sud de Londres) mais j'ai aussi passé de précieuses années dans le grand désert du Sahara, à voyager et à travailler en Afrique de l'Est. Et puis j'ai fait des études au Pays de Galles pendant quatre ans.

The middle of a country during the 1980s that was suffering with a post-colonial identity crisis and a class war being waged by it's "leader". Partially from twenty years a Londoner (mostly South) and from precious years cobbled together in the mighty Sahara, travels and work in East Africa and four years study in South Wales.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

L'Europe. Le monde.

Europe. The World.

Pourquoi la musique ?
Why music?

La musique a toujours été là. Son influence a varié au fil du temps, tout comme les différentes scènes. Elle a parfois dominé mais les possibilités de l'ère du numérique m'ont réellement permis de m'y plonger en immersion totale.

It's always been there. As with scenes in time and space it's influence has ebbed and flowed. At times it has dominated and the digital age has offered up opportunities that have let me in for full emersion.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Les droits civiques, l'engagement politique, l'anthropologie et les voyages sont des choses que j'ai eu en tête à un moment donné dans mon passé. Je pense que ces thèmes sont aussi présents dans la musique. Il faut que je me mette à écrire mon premier roman.

Civil rights, anthropology, travel and campaigning have all been prescient at some point in my past. I believe they're all in the music too. I need to get cracking on my first novel.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Après sept ans de carrière mal adaptée, je me suis rendu compte que j'étais trop vieux, ou peut-être un peu fou, pour être un stagiaire. Partir seul et apprendre de mes erreurs en étant au plus bas, c'était pas facile, mais c'était apparemment le seul moyen d'y arriver.

After seven years pursuing an ill-fitting career I realised I was too old, senior or perhaps senile to be an intern. Starting out on my own and learning from mistakes down at the bottom was tough but seemingly the only way.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Bientôt.

Coming soon.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Pas de temps libre. Tu es le seul responsable quand il t'arrive une merde, et puis il y a personne pour te dire comment faire.

No real time off. There's no one else to blame when shit goes wrong and there's also no one else really to tell you how to do it.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Il y a la vie après la création, et l'art dans la mort. Les vrais artistes arrivent à maturité une fois qu'ils ont appris leur métier. La mort du soi précédent est nécessaire pour pouvoir en arriver là.

There's life after creativity is born and art in death. True artists are formed once they've learned their craft. Reaching that point requires a death of the previous self.

Un rituel avant de monter sur scène ?
Your pre-stage ritual?

J'aime bien le dj-booth. Je n'aime pas trop les DJs sur scène ou même être ce genre de DJ. Avant de commencer, j'aime bien faire mon sac en y classant les disques par ambiance. Si j'utilise des WAV, j'en teste quelques-uns et je réinitialise la console de mixage. J'essaye différents trucs pour faire danser les gens et me faire une idée de l'ambiance du lieu.

I prefer a booth, I'm not into DJs on stages or being that DJ. Before starting I like to organise my bag and cluster the records by vibe. If using WAVs- test a few and get the mixer and tone arms reset. Have a little boogie to catch a vibe of what's being already being played.

Avec qui aimerais-tu travailler ?
Who would you work with?

Ici on a la chance d’avoir une grande écurie d’artistes qui font avancer la musique et un vrai réseau de professionnels qui les comprennent. Des collaborations avec Thom Yorke, Group Doueh, Kate Tempest, le Smithsonian / Tate, Moodymann, Susan Miller, Theo Parrish, Shane Meadows et Paddy Considine seraient géniales.

We're lucky to have a strong stable of artists pushing music forwards and a strong support network of professionals that get it. Collaborations with Thom Yorke, Group Doueh,  Kate Tempest,  Smithsonian/Tate, Moodymann, Susan Miller, Theo Parrish, Shane Meadows and Paddy Considine would be super.

Quel serait l'apogée de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

En tant que DJ, difficile de faire mieux qu'une tournée mondiale d'un an. En tant que label, il y a un enregistrement live que je veux faire, documenter et sortir, mais je ne peux pas vous en dire plus pour le moment.

As a DJ, a year long global tour would be hard to beat. As a label, there's a live recording I want to make happen, document and release though I can't say too much about that.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood, what piece of advice would you give your young self?

Achète ces platines.

Buy those turn tables.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Enfin prêt à basculer totalement dans le numérique. Nos âmes seront codées en données binaires de 0 et de 1 d'ici là.

About ready to go purely digital. Our souls will be coded into the binary data of noughts and ones by then.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Si tout va bien, continuer On The Corner Records. La nécessité de prendre des risques et d'aller de l'avant sera toujours là. En tant que DJ, je ferai probablement plus de 4x4. Un peu comme ces idéalistes de gauche qui ont juré de se battre pour leur cause et qui finissent par sombrer dans le conservatisme.

Hopefully, keeping it On The Corner. The need to take risks and strive forwards will not abate. As a DJ, probably more towards the 4x4. It's the same as how lefty idealist vow to fight the cause and then drift into conservatism.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?
Your guilty pleasure or hidden treasure?

Queen.

Ecoute exclusive


Antoine Kogut

Antoine Kogut. Ce nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, et pourtant. Il est l'homme derrière de nombreux projets musicaux, le dernier en date étant Syracuse, dont le LP Liquid Silver Dream, sorti sur le label Antinote, révélait une musique pop-électro aqueuse baignée de claviers analogiques hypnotiques et de boîtes à rythmes sexy. Cette fois-ci, Antoine revient en solo avec un premier album qui sortira chez le label de Gilb'r, Versatile. Sphere Of Existence est un voyage composé de sept escales où se mêlent chansons au crooning sexy, pop rêveuse et ambiance cosmique. Découvrez les réponses d'Antoine à notre interview Out Of The Blue et regardez le vidéoclip de Sphere Of Existence. L'album sort le 29 septembre et se précommande sur le site de Versatile.

D’où viens-tu ?

Mes ancêtres viennent d’Italie et d’Allemagne (côté maternel), d’Egypte et Pologne (côté paternel). Un beau mix ! J’ai poussé mon premier cri à la maternité des Lilas dans le 93, célèbre depuis les années 1960 pour ses techniques d’accouchement alternatives et qui a vu naître des générations d’artistes et de saltimbanques. Ma mère est passionnée de théâtre, mon père de musique. J’ai été au lycée chez les Oratoriens. Bien que non-baptisé, ça ne m’empêche pas d’être intéressé par la chose spirituelle.

J’ai étudié le saxophone au conservatoire du dix-huitième arrondissement, duquel j’ai été renvoyé après mon diplôme de deuxième cycle (petit problèmes avec les cours de solfège). J’ai eu mon premier sampleur à treize ans, et j’ai chopé la maladie du collectionneur de disques et suis devenu digger. J’ai alors commencé à jouer avec divers groupes de punk, jazz, puis de musique électronique. J’ai un temps accompagné Adrien Durand dans son projet Les Aeroplanes/Bon Voyage Organisation, puis j’ai fondé mon groupe, Syracuse. Le big band disco de sept musiciens s’est transformé en duo, mis en pause aujourd'hui. J’ai aussi participé à la conception et à l’interprétation de la musique d’une pièce de théâtre avec Marcial Di Fonzo Bo et me suis  lancé dans l’illustration sonore, notamment en collaborant avec le réalisateur Ugo Bienvenu (réalisateur du premier clip de mon nouveau disque) avec lequel nous avons travaillé pour les rencontres photographiques d’Arles, ainsi que la marque de vêtement Edwin. Voilà, rapidement exposé, mon background…

Où vas-tu ?

L’idée la plus motivante dans la vie est d’avoir un but inatteignable car ce sont les routes qu’on emprunte qui importent. Comme le chante Gérard Manset : « Y'a une route. Tu la longes ou tu la coupes. (…) Y'a une route. C'est mieux que rien. Sous tes semelles c'est dur et ça tient ».

Pourquoi la musique ?

C’est l’art qui se rapproche le plus de l’émotion pure. Les théories divergent à ce sujet mais, a priori, il n’y a pas besoin d’apprentissage pour comprendre le rythme ou l’harmonie. En ce sens, je me rapproche de la théorie pythagoricienne de l’harmonie des sphères qui explique que les règles mathématiques de l’harmonie musicale peuvent tout à fait interpréter le monde dans son entièreté.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

J’aurai sans doute été jardinier, pour la relation au temps (rythme des saisons, météorologie, etc.) et à l’espace (vital d’une plante, de sa croissance, etc.) que donne ce métier. Ou cuisinier pour l’aspect méticuleux et organisé de ce métier. Cuisiner un plat ou produire une chanson, le processus est assez similaire. Une bonne idée, de bons produits, de bons instruments, beaucoup de préparation, une certaine science du timing...

Une épiphanie personnelle ?

Avoir joué dix soirs de suite à guichets fermés sur la scène du théâtre de Chaillot, la musique (que j’ai aussi co-composée) de « Dans la République du bonheur » de Martin Crimp, mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo. Et le concert de Syracuse aux Siestes Électroniques à Toulouse, en plein orage, était aussi pas mal rempli d’électricité et d’émotions.

Une révélation artistique ?

« Koyaanisqatsi », film de Godfrey Reggio, ou « My Favorite Things » de Coltrane. Je pense que si l’on est humain, on ne peut être insensible à ces œuvres majeures du XXe siècle.

Le revers de la médaille ?

Comme musicien, on entraîne énormément sa sensibilité afin de créer des émotions. Cette nature « à fleur de peau » peut jouer des tours dans notre société.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Le plus souvent, ce sont les œuvres qui survivent à la mort de leur créateur. La durée de vie matérielle d’un disque vinyle est de cent-cinquante ans, mes disques pourront donc être dans les bacs longtemps après ma disparition.

Un rituel de scène ?

Il faut chasser les superstitions donc non, pas de rituel. C’est la foi qui est importante, pas le dogme.

Avec qui aimerais-tu travailler ?

J’aimerais beaucoup faire la musique d’un film de Brian de Palma avec Pino Donagio.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Comme je l’expliquais plus haut, je souhaite ne jamais l’atteindre car ce sont les chemins empruntés qui sont importants, pas le sommet de la montagne.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

C’est marrant, ça me fait penser à une scène de « La Danza de la Realidad », de Jodorovski. Le personnage de lui enfant est dans une grande détresse émotionnelle et d’un coin du plan, lui, adulte et réalisateur du film de son enfance, arrive doucement, habillé en costard noir, pose la main sur son épaule et lui/se dit de ne pas s’inquiéter, que tout va bien se passer. Je pense que je ferais quelque chose comme ça.

Comment te vois-tu dans trente ans ?

J’espère juste ne plus habiter à Paris, mais au bord de la mer. Avec la montée des eaux, qui sait ? Peut-être que ça sera possible à Paris...

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

J’espère qu’elle continuera d’évoluer, que je continuerai de progresser techniquement, émotionnellement et humainement.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

Les friands légumes-cheddar de Sue Quinn.

Photo : Rebekka Beuner

Vidéo


Fléau

Fléau, c'est le grand office qu'on s'inflige volontiers - avec ou sans voûtes néogothiques -, un poids synthétique avant toute chose. Mathieu Mégemont fait de la musique d'ambiance, de cathédrale si tu veux, un truc qui s'appréhende verticalement, à l'image des illuminations augustes, de celles qui concentrent toute la lueur sur un détail. Ici, les machines bâtissent, cavalcadent peu, ogive après ogive, élevant le nerf électronique toujours plus haut et tenant la tension jusqu'à la clef de voûte. Voilà à peu de choses près la charpente massive et obscure du dernier album de Fléau, le très synthcoreux II, sorti au printemps dernier chez les copains d'Anywave et d'Atelier Ciseaux. Petit entretien et mixtape aux bons soins de Fléau, avec du très bon dedans.

D’où viens-tu ?

Du XXe siècle, de la fin des utopies, des Pyrénées et des Landes, des églises brûlées en Norvège, des hangars hardtech sous ecstasy, du shit du bled et plus généralement d’une famille dysfonctionnelle. Ou alors, pour citer J.J. Burnel : "je suis descendant de Charlemagne, de Bonaparte et d’Adolf Hitler".

Où vas-tu ?

Dans le mur que je me suis bâti, brique après brique.

Pourquoi la musique ?

Pour communiquer avec le monde sensible, sans doute. Projeter l’univers invisible que j’ai dans la tête.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

Je fais aussi du cinéma. Je refuse de choisir.

Une épiphanie personnelle ?

La montée de Daphnis et Chloé de Ravel qui sortait d’un auto-radio dans la nuit du pays basque alors que je regardais les étoiles, allongé nu dans le coffre d’une Opel Corsa pourrie avec la fille que j’aimais à l’époque.

Une révélation artistique ?

Probablement Suspiria de Dario Argento, enfant. Puis Carpenter, ado. Puis Pialat, adulte. Musicalement, Guns n’ Roses et Pink Floyd en CM2, Burzum en quatrième et la discographie des Beatles à dix-huit ans. Littérairement, les naturalistes français et anglais du XIXe siècle et les inventeurs du roman noir, Dashiell Hammett et Raymond Chandler.

Le revers de la médaille ?

À l’art ? C’est quand même beaucoup de travail et pas mal de souffrance. Mais si on se démerde bien, ça économise un psy et je l’ai choisi, je ne vais pas me plaindre.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Je me pose souvent la question. Je n’ai pas de réponse.

Un rituel de scène ?

Prendre de la drogue. De qualité, idéalement.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

J’aimerais beaucoup jouer du synthé avec ROB pour une B.O. de film. Et avoir Benoît Debie comme chef-opérateur sur un film aussi.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

Si je pouvais réaliser plusieurs longs-métrages, je serais déjà extrêmement satisfait. Après, pour Fléau, faire un live dans une cathédrale avec plein de potes aux synthés et moi à l’orgue. Über-mégalo.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Ne change rien. Casse-toi la gueule, relève-toi. Ad lib

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Satisfait d’avoir accompli ce que j’avais déjà en tête enfant. Sans m’être compromis si possible.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?

De plein de manières différentes, je ne sais pas encore la prochaine mais j’ai des idées.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Pas de plaisir coupable, j’assume intégralement mes mauvais goûts et ils doivent être nombreux. Trésors cachés musicaux : la B.O. ultra-rare de Chi l’ha vista morire d’Ennio Morricone, Tosankokaiku de Shogun Kunitoki, les deux premiers albums de Polyrock, un groupe de post-punk new-yorkais produit par Philip Glass et The Fever of War de Vilkacis, un one-man-band de Black-Metal de New-York, hyper raw et brillant.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Fléau - II (Anywave/Atelier Ciseaux, 29 mars 2018)

01. I
02. II
03. III
04. IV
05. V


Kaviar Special

Avec leur troisième album Vortex, sorti en janvier dernier sur Howlin' Banana, les Kaviar Special ont tout bonnement pulvérisé les limites dans lesquelles ont les avait injustement enfermés jusqu'à présent. Il faut bien dire qu'on en a soupé, ces dernières années, des groupes de garage français se rapprochant souvent davantage de la nuisance sonore que du don du ciel. Et forcément, on s'arme progressivement d'une méfiance auditive aux allures de simple préservation de soi. Dès le précédent #2 (lire), on avait toutefois bien saisi que ce groupe-là n'était pas parti pour passer dans les pertes et profits d'une scène garage-psyché française assez cruelle, surtout lorsqu'il s'agit d'enfermer en un éclair à la cave des groupes qu'elle a posé en tête de gondole le temps d'un track ou deux. Avec Vortex, les Rennais sont, eux, bien partis pour durer tant ils apparaissent au-dessus de la mêlée sur ce coup : production de haute volée, arrangements méticuleux et morceaux aux reins suffisamment solides pour supporter un son puissant, très puissant mais jamais lourdingue. Ce LP respire le travail bien fait, l'inspiration et l'émancipation d'avec ses figures tutélaires, à commencer par Thee Oh Sees.

Agenda : actuellement en tournée, avec notamment une date parisienne au Petit Bain le 18 mai prochain (event FB) en compagnie de Volage et Th Da Freak, on ne saurait donc trop vous conseiller de vous radiner pour transpirer du boule à l'occasion de l'un de leurs concerts fiévreux. En attendant, Léo, guitariste rythmique et chanteur du groupe, répond à notre interview Out Of The Blue tandis que le groupe nous gratifie d'une mixtape de leurs marottes du moment, en écoute ci-dessous.

D’où viens-tu ?

On vient de Rennes, en Bretagne. Musicalement on vient du garage, des compils Nuggets à ces bons vieux Oh Sees.

Où vas-tu ?

Le garage fut une excellent école, accessible et décomplexante, comme le punk à une époque j'imagine. Cependant, on essaie maintenant de sortir de nos carcans et réflexes en terme de composition et de jeu. Il y beaucoup d'autres terrains sur lesquels on aimerait s'aventurer.

Pourquoi la musique ?

Parce qu'il y en a partout, tout le temps et pour tout les goûts. Tout le monde entend de la musique au moins deux à trois minutes dans sa journée et même lorsqu'elle est subie, comme celle des supermarchés par exemple. C'est peut-être la forme d'art la plus répandue parmi nous. On en est tous complètement imprégnés. Et de l'écoute à la pratique, il n'y a qu'un pas.

Et si tu n’avais pas fait de musique ?

J'espère que j'aurais plus travaillé à l'école.

Une épiphanie personnelle ?

En fait tout ce qui est phaser, chorus, flanger et cie. C'est trop bien.

Une révélation artistique ?

J'ai eu un gros coup de foudre pour Alan Parsons Project pas plus tard qu'il y a deux jours mais je suis un peu cœur d'artichaut.

Le revers de la médaille ?

Les sept heures dans le camion pour aller jouer à l'autre bout de la France devant un public clairsemé, les grosses fiestas ratées parce que tu n'es que rarement dispo les week-ends. Et les acouphènes.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Pas besoin de grosses scènes et de sorties marketées pour faire de la musique. C'est pareil pour toute forme d'art, non ? À ce moment-là, je dirais : y a-t-il réellement une mort artistique ? Comment savoir si tu ne réécriras pas quelque chose un jour ?

Un rituel de scène ?

Pas au sens propre, non. On aime bien rigoler, se charrier et s'exciter dans les loges comme des chiens fous. Ou alors on fume des cigarettes magiques pour jouer à l'américaine, ça dépend.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?

Faire un clip avec Romain Gavras ou Quentin Dupieux, ce serait bien cool.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?

On a pris des pieds énormes en jouant dans des rades et on a aussi joué sans envie sur des énormes scènes de gros festivals, bien que le contraire soit plus vrai. Ce que je veux dire, c'est que c'est impossible de savoir comment on réagira aux choses lorsqu'elle arriveront alors on prends ce qu'il y a à prendre quand il y a, avant de penser à ce qu'il pourrait y avoir.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?

Si tu veux pas travailler à l'école, apprends au moins à faire des solos de guitare et à chanter à la tierce parce que tu mettras des années à combler ce manque.

Comment te vois-tu dans trente ans ?

Toujours en train d'essayer de rentrer le solo de Into The Void de Black Sabbath. Blague à part, je n'en ai aucune idée.

Comment vois-tu évoluer votre musique ?

Dur à dire. En tout cas, on essaie de sortir de ce que l'on sait faire, c'est-à-dire de faire autre chose que du rock bourrin plein de fuzz. On se challenge en se lançant dans des façons d'écrire et de jouer pour nous inédites. Un gros travail, aussi, est celui d'acquérir un son et une façon de composer qui nous soit propre, trouver une personnalité forte. Que les gens qui écoutent soient capables de dire que c'est Kaviar, et pas autre chose.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

On adore les soirées clubbing et les festivals électro.

Écoute exclusive


En Attendant Ana

Si Verity Susman chantait mieux, enfin juste, En Attendant Ana aurait pu être le nouveau Electrelane. Et c'est tout le mal qu'on leur souhaite, avec cette naïveté charmante qui pointe à chaque refrain comme le faux prétexte d'une vraie bonne humeur portée en bandoulière, le sourire aux lèvres. La mélodie vivace et entêtante, l'envolée fraîche et radieuse, c'est tout ce qu'il leur faut : une pop pas piquée des hannetons, un peu garage et agrémentée d'un ton lo-fi de bon aloi. On n'attend plus Ana puisque les jeunes pousses, chasse gardée Montagne Sacrée et Buddy Records, sortent leur premier album, Lost & Found, le 14 avril et livrent cet extrait exclusif, The Violence Inside... cadeau !

Agenda : release party au Chinois, à Montreuil, le 14/04 (event FB)

D’où venez-vous ?

De banlieue parisienne essentiellement, et d'un bled perdu (mais fier !) de l’Ain.

Où allez-vous ?

Là où on peut mais on évite les tunnels du métro.

Pourquoi la musique ?

On a vu de la lumière, on est rentré, c'était très cool donc on est resté !

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?

Ce serait tout pareil mais on s'ennuierait probablement un petit peu plus.

Une épiphanie personnelle ?

Harry, I’m going to let you in on a little secret. Every day, once a day, give yourself a present. Don’t plan it, don’t wait for it, just let it happen. It could be a new shirt at the men's store, a catnap in your office chair or two cups of good hot black coffee. Like this.

Une révélation artistique ?

Le pogo d’un concert de rock californien pour la fête d’une ville perdue en banlieue, Peter Gabriel, Joan Jett et la victoire au concours de double pédale de grosse caisse avec une seule pédale.

Le revers de la médaille ?

On n'y a pas encore goûté, pourvu que ça reste comme ça !

Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Oui, regardez Schwarzy. (et on en connaît d'autres...)

Un rituel de scène ?

Romain change ses cordes parce que sinon elles se cassent pendant le concert, Camille et Margaux fument des clopes, Antoine boit deux pintes plus un shot, Adrien trois pintes de Picon et Viktor donne des coups de tête à tout ce petit monde en gueulant des trucs idiots.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Globalement, nous ne sommes pas de grands érudits de la musique et, très régulièrement, après les concerts, on vient nous parler de groupes ou de musiciens à qui on fait penser, ou qui pourraient nous plaire. On ne connaît généralement pas, puis on rentre, on écoute et là... coup de foudre ! Du coup la liste des artistes avec qui on aimerait travailler change souvent mais, en ce moment, ce serait Verity Susman (Electrelane), Pat Flegel (Women/Cindy Lee), Katie Sketch (The Organ) ou Lætitia Sadier. Et la liste est longue encore !

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

Jouer en première partie d’Electrelane pour leur reformation, elle-même dûe au fait qu'on les a harcelées pour qu'elles le fassent.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?

Panique pas, tu seras toujours aussi stressé dans vingt ans !

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

Fatigués et de droite.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?

Un peu plus improvisée probablement, puisqu’on joue moins mal qu’avant

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)

Un MacDo de temps en temps.

Écoute exclusive

Tracklist

En Attendant Ana - Lost & Found (Buddy Records/Montagne Sacrée, 14 avril 2018)

01. Intro
02. (Not) So Hard
03. Night
04. Re
05. This Could Be
06. Why Is Your Body So Hard To Carry ?
07. The Violence Inside
08. Tinkle Twinkle
09. Square One
10. I Don't Even Know Your Name


Technical Kidman

Okay, on sait. On fait plus sortant du bleu. On sait puisqu'on avait déjà parlé du trio montréalais dans nos colonnes (lire), mais c'était il y a un bout de temps alors disons qu'il y a prescription désormais. Le fait est que les trois amis ont sorti un nouvel album en novembre dernier, un truc bien chouette, aux sons acerbes et à électronique bien mâchée, qui s'appelle Bend Everything et qui mérite qu'on s'y arrête. Car ce nouveau bout dégouline d'une matière sonore qu'on voudrait malaxer pendant des heures. Pour tout savoir, le skeud a été enregistré à l'Hotel2Tango aux côtés de Radwan Ghazi-Moumneh (Jerusalem In My Heart). Et pour en savoir encore plus, Mathieu dit tout ci-dessous. Start now !

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Montréal.

Montreal.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Travailler.

Working.

Pourquoi la musique ?
Why music?

C’est ce qui m’intéresse le plus.

It is what interests me the most.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Cinéma, arts visuels, physique.

Cinema, visual arts, physics.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Personne ne sait réellement ce qu’il ou elle fait.

No one knows what he/she is doing for real.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

Les imprévus, c’est intéressant, ça ne sert à rien du tout contrôler.

The unforeseen is interesting, it helps control nothing.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

La remise en question.

Questioning.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je ne connais personne qui est mort artistiquement, ni mort tout court d’ailleurs, alors je suppose que non.

I don't know anymore who has died artistically, nor die, I guess not then.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

J’en avais plus avant, mais finalement ça ne servait à rien.

I used to have more before, but it was useless in the end.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Jenny Hval, Oneohtrix Point Never.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Domination mondiale totale.

The complete domination of the world.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Commence maintenant.

Start now.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Moins pauvre, plus audacieux et mieux habillé.

Less poor, more audacious and better dressed.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Bob Ross.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Technical Kidman - Bend Everything (10 novembre 2017)

01. Heat In The Blood
02. Mercedes
03. Constructions
04. Offices
05. Radiate
06. Bend Everything
07. Current In The Vein
08. Wavering


Honey Harper

C'est derrière un voile lynchéen, un brin mystérieux, hors du temps et ténébreux, que se cache le projet Honey Harper. Composé avec application et chanté de voix de maître, Universal Country évoque mille lieux sur les terres londoniennes ou américaines. Les espaces se devinent immenses et bienveillants dans la nuit noire, à peine éclairés par les phares d'une voiture qui roule depuis trois ans. Une poignée d'années arrosée d'essence, de traversées (qu'on imagine) solitaires et de la poésie nostalgique qu'ont les gens dont la vie fut chargée en aventures. Universal Country de Honey Harper est un joli et doux recueil à paraître le 10 novembre sur le label montréalais Arbutus, qu'on accompagne aujourd'hui d'une mixtape concoctée sous le signe de la longévité : « it's a playlist through the centuries »...

D’où venez-vous ?
Where do you come from?

Adel, Géorgie via Miami, Floride via Atlanta, Géorgie via Londres, Royaume-Uni.

Adel, GA via Miami, FL via Atlanta, GA via London, UK.

Où allez-vous ?
Where are you headed?

Rester tranquille un moment.

Staying still for a while.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Parce que je ne suis pas sûr de savoir quoi faire d'autre.

I'm not sure what else to do.

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

De la science.

Science.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

J'aurais aimé que ce soit la mienne, et même s'il est évident qu'être honnête dans ma musique semble m'avoir propulsé un peu plus loin.

I wish it was mine, and though it's obvious being honest in my music seems to have propelled me a bit further.

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

La pedal steel.

Pedal Steel.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Aucun.

No.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Bien sûr, je l'attends avec impatience.

Of course, I look forward to it.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Un double vodka-soda.

Double vodka-soda.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Gram Parsons, Luca Guadagnino.

Gram Parsons, Luca Guadagnino.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je pense être le genre à rechercher un autre climax, donc ce serait probablement le sentiment de n'avoir plus besoin d'aller plus loin.

I think I am person looking for another climax, so it would probably be the feeling that I no longer need to keep going further.

Retour à l’enfance, quel conseil vous donnez–vous ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Arrête d'essayer de rendre tout le monde heureux.

Stop trying to make everyone happy.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

N'importe où avec Bambi.

Anywhere with Bambi.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see your music evolve?

Lentement mais sûrement.

Slowly but surely.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ? (musique ou hors musique)
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Gigi D’agostino.

Gigi D’agostino.

Écoute exclusive

Audio

Tracklist

Honey Harper - Universal Country (Arbutus Records, 10 novembre 2017)

01. Pharaoh
02. Secret
03. SOFR
04. Man Is A Luxury


Kaade

Retour sur la scène bouillante de Toronto avec Kaade le nouveau projet de la productrice et performer Kat Duma qui s'apprête à sortir un premier EP 'Encounter With Power' sur le label Security Co-op - mené par le collectif dont elle fait parti avec entre autres Talvi Faustmann (moitié de Prince Innocence) et Kayla Devito. Enregistré entre Berlin et la cité de l'Ontario, les deux précédents titres sortis au fil de ces derniers mois oscillaient entre post-punk obscur et pop minimale le tout éclairé par une voix hypnotisante. Découvrez les réponses de Kat Duma à notre interview Out of the Blue et écoutez en exclusivité son nouveau titre 'Breathing'. Enjoy !

Photo: Nadia Khashan

PREMIERE

https://soundcloud.com/kkaade/breathing/s-JREn9

Interview

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

Belgrade, mais j'ai grandi à Toronto.

Belgrade. But raised in Toronto.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Je cherche encore !

Still figuring it out!

Pourquoi la musique ?
Why music?

Rien d'autre ne semble me rendre véritablement heureuse.

Because nothing else seems to make me genuinely happy.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn’t your thing?

Je ne suis pas sure, probablement quelque chose dans le milieu des "affaires" (c'est ce que j'ai étudié à l'école).

Not sure, probably “business.” (It’s what I studied in school)

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Si tu arrêtes d'attendre après les autres et commence à faire les choses toi-même, les choses se font réellement !

That if you stop waiting on other people and start doing things yourself, things actually get done!

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

J'ai réalisé que je n'ai pas à correspondre à la perception de qui que ce soit sur ce à quoi je suis censée ressembler.

Realizing that I don’t have to cater to anyone else’s perception of what I’m supposed to sound like.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

Il n'y en a pas.

Not at all.

Y a t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Oui je pense. Cela semble moins stressant.

Yes, I think so. Seems less stressful.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Je me rejoue le set dans ma tête et je relis toutes les paroles. Je n'ai jamais oublié les paroles de mes chansons mais j'ai toujours peur que ça m'arrive. Je pense que 'est parce que j'avais l’habitude de faire une reprise d'une chanson en concert et à chaque fois j'inversais les couplets. Ce qui est pire vu que c'est une reprise et que le public connait les paroles...

I go over the set in my head and re-read all the lyrics. I’ve never forgotten a lyric (of mine) but I’m always paranoid I will. I think it’s because I used to cover a song live and literally every single time I would switch the order of the verses. Which is so much worse because it’s a cover and the audience actually knows the lyrics…

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musical or not)?

J'aimerais travailler avec Nidia Minaj, Gudrun Gut et Rihanna.

I’d like to work on a track with Nidia Minaj, Gudrun Gut and Rihanna. 

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je ne veux pas que ce soit quelque chose auquel j'ai à penser maintenant, donc à déterminer. 

I don’t want it to be anything I can think of now, so TBD.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Tu n'as pas besoin de producteur.

You don’t need a producer.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Heureuse et accomplie, j'espère.

Happy and fulfilled, hopefully.

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?
How do you see your music evolve?

J'écoute beaucoup de musique différente et je suis toujours en train de la musique, donc mon son tend à changer de façon que je ne peux vraiment prédire. Ceci étant dit, j'espère pouvoir continuer à m'améliorer techniquement.

I listen to a lot of different music and I’m basically always listening to music, so my sound tends to shift in ways I can’t really predict. I do hope I keep improving technically.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Mon plaisir coupable... Peut-être manger du cottage cheese à la cuillère. Cela semble dégouter beaucoup de personnes (je ne sais pas pourquoi).

My guilty pleasure…Maybe eating cottage cheese with a spoon because that seems to gross people out (idk why).

Audio


Spécial Secret Solstice : Alvia

Second volet de notre OOTB spécial Secret Solstice avec cette fois-ci l'artiste islandaise Alvia, la reine du trap islandais propose une musique inspirée aux influences hip hop.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

De Merqury.

Merqury.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

Vers l'éternité.

Eternity.

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pourquoi moi ?

Why me?

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

Le dessin, la peinture, le design.

Drawing, painting, designing.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Elles apparaissent généralement lorsque je sirote un Elf Tea.

They usually appear when sipin on elf-tea.

Le revers de la médaille ?
Any downside?

La spirale va vers le haut.

The spiral goes up.

Y a-t-il une vie après la mort artistique ?
Is there life after artistic death?

Je vois ça comme quelque chose de cyclique, moment après moment, tout ce qui a été sera et ce qui viendra après reste un mystère.

I see it in circles, moment after moment, all that has been will be, mystery to what is next to be.

Un rituel de scène ?
Your pre-stage ritual?

Me connecter à l'océan dans le port, mes sentiments sont profonds. Rigoler sur GummyClick, faire des choses qui me rendent heureuse.

Connect with the harbor ocean, my feelings get deep, have a laugh with GummýClick, positively do things that make me happy.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Quiconque aimant les chewing-gums HubbaBubba.

Anyone who likes HubbaBubba gum.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Faire une chanson avec Emilio Grande.

Do a song with Emilio Grande.

Retour à l'enfance, quel conseil te donnes-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Rêve grand, ressens profondément <3
Crois et suis toujours ton instinct ! Sois courageuse, pétasse.

Dream Big, Feel Deep <3
Believe and always trust your instinct! Hoe Be Brave.

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Heureuse.

Happy.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je la ressens. J'explore et je n'ai pas peur d'essayer de nouvelles manières de créer donc tout peut arriver et c'est excitant. Je n'aime pas savoir à l'avance quelle tournure vont prendre les choses.

I feel it. I'm exploring and not afraid to try different ways of creating so anything can happen and that’s exciting. I don’t like to know how things will turn out.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Trésor coupable - Plaisir caché <3

Guilty treasure - Hidden Pleasure <3

Traduction : Alex

Audio

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Spécial Secret Solstice : Lord Pusswhip

La team Hartzine est arrivée au festival Secret Solstice à Reykjavik et, cette semaine, c'est un OOTB spécial artistes islandais. On commence avec Lord Pusswhip, jeune producteur/rapper d'une vingtaine d'années, qui a déjà produit pour quelques artistes hip hop tels que Antwon, Metro Zu et Th@ Kid ou des groupes et artistes punk comme Dälek et Stuart Argabright.

D'où viens-tu ?
Where do you come from?

De l'ouest de Reykjavik.

I'm from the west side of Reykjavik.

Où vas-tu ?
Where are you headed?

En route vers le studio !

On my way to the studio!

Pourquoi la musique ?
Why music?

Pour la même raison que les danseurs ont envie de danser.

For the same reason dancers want to dance.

Et si tu n'avais pas fait de musique ?
And if music wasn't your thing?

J'aime aussi écrire et dessiner.

I like writing and drawing too.

Une épiphanie personnelle ?
An epiphany of yours?

Toutes mes épiphanies finissent brouillées !

All my epiphanies get muddled!

Une révélation artistique ?
Your artistic breakthrough?

L'année passée, mon mixage a beaucoup progressé, avant j'étais plutôt novice, techniquement parlant.

In the last year my mixing has improved a lot, before I was a bit of a technical novice.

Avec qui aimerais-tu travailler (musique et hors musique) ?
Who would you work with (musically or not)?

Lil B, The Basedgod et Lil B The Basedgod.

Lil B, The Basedgod and Lil B The Basedgod.

Quel serait le climax de ta carrière artistique ?
What would be the climax of your career?

Je veux faire la bande son du premier grand film d'horreur islandais.

I wanna make the soundtrack for the first great Icelandic horror film.

Retour à l'enfance, quel conseil te donnes-tu ?
Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Un truc du genre "l'herbe est plus verte chez le voisin".

Something along the lines of "the grass is always greener on the other side".

Comment te vois-tu dans trente ans ?
How do you see yourself thirty years from now?

Toujours à faire de la musique mais ça sera clairement différent, avec un peu de chance ça ne sera pas de la merde.

Probably still making music but it will definitely be different, hopefully I won't be shit.

Comment vois-tu évoluer ta musique ?
How do you see your music evolve?

Je ne sais pas mais je suis content quand les gens reconnaissent un beat de Pusswhip juste par la façon dont ça sonne.

I don't know but i'm happy when people say they know something is a Pusswhip beat just from the sound of it.

Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?
Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

J'ai arrêté d'employer ce terme, "plaisir coupable". J'aime ce que j'aime et c'est tout. Peut-être des trucs de rap sale.

I stopped using the word "guilty pleasures", I just like what I like basically. Maybe some of the more debased type rap stuff.

Traduction : Alex

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