Interview et mixtape : Who are you Free Loving Anarchists ?

Free Loving Anarchists. Un patronyme cinglant, de sa signification naturelle, les fondations branlantes de l'industrie musicale. Ou ce qu'il en reste. Mais bien plus qu'un appel aux armes à l'encontre des promoteurs d'une musique massifiée et encodée en mp3, ces trois mots juxtaposés sont à recevoir telle une invitation sans contrainte à la liberté de créer, qu'elle soit musicale, conceptuelle ou plastique. Une déclaration d'intention que l'on pourrait d'ailleurs étendre à la multitude étourdissante de micro-structures fleurissant un peu partout dans le monde, s'escrimant sans relâche pour s'inscrire dans la durée. Ce temps long précisément - fait d'emballements, de pauses et de sursauts - qui semble être celui de FLA, à l’œuvre sur ses bandes analogiques depuis 1994. Une éternité. Et si James et Tara Wing semblent aujourd'hui accorder une priorité toute particulière à leur groupe Pink Playground - ayant récemment sorti Destination Ecstasy via Mexican Summer - FLA n'est pour autant pas dénué d'avenir, comme en témoignent leurs deux dernières sorties - un EP de Colours et un LP de Fourier -, toutes deux aussi prometteuses que brutes de décoffrage. Rencontre et mixtape commentée en compagnie de James - "gérant de label" fonctionnant à l'affect tout autant qu'artiste libertaire résolument engagé - et chroniques introductives à un son et une esthétique trouvant ses plus profondes racines dans le terreau post-punk et shoegaze des années 1980.

Audio

(DL/TC)

01. Babararar - Hopefully
02. Lost Girl - Quiver
03. Safeashome - Grid (Pink Playground Remix)
04. Safeashome - Peace Watchers
05. Torsion Fields - Demo 3
06. Lois Magic - Mooncreatures
07. Nites - Katie
08. Colours - Guilt Trip
09. Sacred Space - Visions of You
10. The KVB - Something Inside
11. The Procedure Club - Index Finger
12. AAPS - Sick Lullabies

Entretien avec James Wing

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu James et que faisais-tu avant FLA ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you James and what did you do before FLA?

Propriétaire et dirigeant de Free Loving Anarchist, de même pour le groupe monté avec Tara, Pink Playground. J'ai fait de l'art avant que FLA ait une existence digitale. J'aime imaginer FLA comme produisant activement tout type d'art, en public ou dans l'espace privé.

Owner / Operator of FLA as well as in a groop w/ Tara called pink playground. I made art before FLA had an online presence but I like to think of FLA as actively producing any art; in public or the privacy of home.

Quelles sont tes influences musicales ?
What were your first musical influences?

Honnêtement, mes premières réelles influences musicales ont été celles des pub et des films des 60's jusqu'aux 80's, en plus de la petite collection de disques de mes parents. John Barry, George Crumb, Francis Lai, The T-Bones. Dans ma période pré-ado, Nirvana (naturellement) et Sonic Youth… et plus dans mes années ado, My Bloody Valentine et le Velvet Underground.

Honestly my first real musical influences would have to be Production/Library music (commercials / films) from the 1960's - 1980's and the parents small record collection. John Barry, George Crumb, Francis Lai, The T-bones. In my pre-teens Nirvana (naturally) & Sonic Youth...and more into my teens: My Bloody Valentine & The Velvet Underground.

Comment FLA a-t-il vu je jour ? Qui est derrière ? Quelle était l'idée d'origine ?
Tell me how FLA was born? Who is behind? What was the idea of origin?

FLA a été inventé quand j'avais quatorze ans et que je traînais avec ma meilleure pote Tara. FLA c'est d'abord moi, James, mais Tara s'y investit par moment ainsi que la famille. J'ai rencontré Tara pour la première fois à l'école primaire. FLA n'est vraiment pas un business, ni strictement un truc musical : dans ce monde, il y a de vilains petits canards. FLA révèle leur réalité. En 1994, C'était aussi un moyen de transmettre notre musique dans le seul format que nous avions facilement à notre portée. Toutes les cassettes étaient achetées en magasin et postsynchronisées à la maison.

FLA was coined when I was 14 years old hanging out with my best friend Tara. FLA is primarily me(James), but I do get help from Tara and the family from time to time. I met Tara for the first time in middle school. FLA is truly not a business nor strictly a music thing. The idea is that there are types of people in this world; the black sheep if you will; and FLA is the way of identifying that this is true. The byproduct was to give our art/music to our friends who wanted it at the time (as FLA of course!)...in the only format we had readily available to us in 1994. All Cassette tapes bought at the store and dubbed at home.

Pourquoi ce nom, Free Loving Anarchists ? Une marque de résistance ? Contre qui/quoi ?
Why this name, "Free Loving Anarchists"? A mark of resistance? Against who/what?

Réponse courte. C'est une manière amusante de dire… envoie chier le monde, crois en toi, fais ce qui te plaît et aime comme s'il n'y avait pas de lendemain. La blague c'est le jeu de mots sur Free Loving Hippies. Quand tu vis dans le sud des États-Unis, tu as ton lot d'ignares intolérants… des péquenauds le plus souvent. Imagine-toi entendre FLA prononcé avec un accent du sud dégoûtant ! Sinon, FLA veut simplement dire ce qu'il laisse supposer. Free comme liberté d'être toi-même et faire ce qui te plaît, en dépit des résistances et de l'oppression. Loving, aime, soit l'Amour véritable… pas le désir. Anarchists, l'anarchie et le chaos, ce que j'ai toujours senti être l'amour véritable. Pas de règles - ou plutôt la liberté de réécrire les règles et de les briser librement quand il le faut - en plus de la liberté totale d'aimer.

Short Answer. Its a funny way of saying.. fuck the world/ believe in yourself/ do your thing/ love like there is no tomorrow. The main joke is the play on words Free Loving Hippies. Living in the south of United States you have your large share of bigots... usually in the form of Rednecks. Try hearing FLA in an disgusted southern country accent ! FLA means simply what it Implies. Free = freedom to be yourself and do your thing; regardless of resistance / oppression. Loving = Love. Real love....not lust. Anarchists = Anarchy / chaos, which I always felt real love is. No rules (or more like freedom to rewrite the rules and to break freely when needed to) and total freedom to love.

Pourquoi choisir le format K7 ?
Why are you choosing only the K7 formats?

Nous ne sommes pas strictement juste un label produisant des cassettes. Jusqu'à maintenant on a sorti de nombreuses cassettes, CD et trois 12". Le but à long terme est de sortir de plus en plus de vinyles tout en continuant à sortir des cassettes. C'est assez facile de commercialiser de la musique quand on est sans le sou…si on le fait sur cassettes. Je n'oublierai jamais l'analogique. Du film à l'audio, c'est une chose à laquelle je suis très attaché.

We not strictly a K7/cassette only label. So far we have released numerous Cassettes, Cdrs, and three 12"'s. The long term goal is to release more vinyl but I'm sure we will continue on with cassette tapes every once and awhile. Its fairly easy to put music out if your not rich...if you do it on cassettes. I will never forget analog. From film to audio its something very close to my heart.

FLA sort aussi bien des disques indie rock qu'expérimentaux... Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?
FLA takes out as well indie rock as experimental's records... How do you choose the artists you work with?

Tout réside dans le fait d'être émotionnellement touché par l' artiste ou la chanson spécifique qu'on a sous la main. S'il n'y a pas d'étincelles et que ça ne me parle pas, alors je ne perds pas mon temps. J'ai d'ailleurs appris à me focaliser seulement sur ce que j'adore plutôt que sur tout ce que j'aime bien.

Its all about being emotionally moved by the specific artist/song at hand. If I can't feel it and its not speaking to me than I wouldn't waste my time. What I have learned though is how to FOCUS more on what I love only rather than all that I like.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

J'essaye de ne pas trop m'y dédier mais oui, il y a des critères et je dirais que tout doit être très propre et rigoureux. Le Bauhaus et le Minimalisme sont probablement mes influences majeures s'agissant des visuels du label et de ses sorties. Notamment pour les épures et les polices qu'on utilise. Factory et 4AD m'influencent également mais en fin de compte il s'agit juste de s'assurer que l'artwork est à la hauteur de la musique tout en ne gaspillant pas mon temps ni mon argent, ni celui des auditeurs. Il faut beaucoup de temps et de concentration pour s'assurer que tout est bien en ordre. C'est un processus continu, un apprentissage sans fin.

I try not to dictate too much but yeah there are templates there most of the time and I'd say everything has to be very clean and tight. Bauhaus / Minimalism is probably the main influence and focus of the visual of the label and its releases. At least in the placement and fonts we use etc...I'd say Factory and 4ad are probably an influence as well but In the end its just about making sure the art is as good as the music and not wasting the time and money of the listener. We spend a lot of time and thought into making sure everything is very put together and nice. Its a ongoing process and never ending learning experience!

Quels types de relations y-a-t-il entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Parfois les relations se tissent au sein du label, c'est quelque chose de naturel. Mais finalement je sors la musique avant tout pour sa qualité, non pas par amitié. C'est toujours un bonus en plus quand ça arrive ! Découvrir un nouveau groupe peut se faire de multiples façons, mais la plupart du temps ça se fait via Internet. Qu'il s'agisse de bouche-à-oreille ou de hasard. S'engager pour ce que l'on adore à la place de tout ce qu'on aime bien, c'est désormais l'objectif. La grande vision. Du coup, on se disperse moins et les relations sont plus fortes. D'autant qu'on est plus en mesure de prévoir du fait d'une charge de travail moindre.

Sometimes relationships grow from the label but its always a natural thing. In the end though I put this music out for the music not for the friendships. It is always an added bonus when that happens! Its usually a different way of discovering but most of it is via the internet. Whether it be word of mouth or accidentally stumbling across it. I feel with the less we do the stronger the relationships are and the more we can project because the lack of the workload. Doing only what we love instead of all that we like and love. That's the focus these days. The Bigger picture.

Dis-m'en plus à propos de Pink Playground... L'histoire du groupe est-elle rééllement dépendante de FLA ou peut-elle s'en dissocier ?
Tell me more about Pink Playground... the story of the band is really connected to Fla or would he have been able to continue without?

Par le passé, je pensais que les deux entités ne faisaient qu'un. Mais Tara n'était et n'est toujours pas d'accord à ce propos. Honnêtement, elle n'a pas tort. J'ai initié FLA pour sortir les disques de mon groupe, et je vais continuer à le faire. Cependant j'aime tant la musique qu'il est trop dur pour moi de ne pas vouloir l'exprimer en sortant d'autres disques que j'admire et que je ne peux faire moi-même ! En réalité, Pink Playground passe avant FLA. Parfois j'ai du mal à prioriser dans le bon ordre et à équiliber la chose rationellement. D'où un bon nombre de sorties FLA pour très peu de sorties de Pink Playground. C'est un autre type d'apprentissage. J'y travaille à l'instant même pour que ça marche mieux pour tous les gens impliqués. Tant que nous feront de l'art et de la musique, FLA et Pink Playground coexisteront simultanément telles deux entités à part.

In the past it was my opinion they are one in the same but Tara would/will totally disagree and honestly she is right. I publicly started FLA originally to put out my first band and I will always put out my own art but I love music so much its hard for me to not want to express this by releasing others music that I admire/can't make! The truth is pink playground takes precedence over FLA and at times I have had a hard time working out my priorities in the correct order and having a manageable balance to it all. Hence a whole lot of FLA releases and very few pink playground. Its been another learning process and I'm working it out as we speak to get things to a place that works better for everyone involved. As long as we are making art / music FLA & pink playground will simultaneously co-exist together as separate entities.

Gone Forever de Rape Faction est co-réalisé avec Skrot Up. En quoi ces collaborations sont-elles nécessaires ?
Gone Forever by Rape Faction is a split release with Skrot Up. In what this type of collaboration is it necessary?

J'ai travaillé avec Morten de Skot Up sur quelques projets avant ça. C'est avant tout une façon de combiner nos efforts pour que nos sorties aient plus d'impact tout en ayant moins d'argent à dépenser, parce qu'on en manque. FLA étant aux USA et Skrot Up au Danemark, eux couvrent l'Europe et nous nous occupons de l'Amérique du Nord en plus de s'entraider et de faire connaître la musique de nos labels respectifs. Au final, c'est toute une famille underground. En élargissant le réseau et en distribuant des morceaux nous-mêmes, nous contournons en majeure partie "l'industrie"… L'underground fait cause commune.

Skrot Up (Morten) and I have worked on a few things prior to this. It's mostly about combining efforts to make bigger things happen. Less money to spend, because the lack of. Also FLA is in the USA and Skrot Up is Denmark so they cover Europe while we cover North America to help each other get our labels music out there. Its all underground family in the end. Expanding the network and distributing releases on our own and bypassing the 'industry'.... for the most part. The underground working together.

Tu as réalisé une compilation sur Beko avant Amdiscs, La Station Radar, Clan Destine Records et plus récement... Skrot Up. Comment as-tu rencontré la doublette de Beko et que représente pour toi son travail ?
You realized a compilation on Beko before Amdiscs, La Station Radar, Clandestine Records and more recently Skrot Up. How did you meet people of Beko and what represents their work for you?

On a rencontré Reno de Beko par l'intermédiaire d'Andrea de Procedure Club. J'admire vraiment leur aisance pour sortir de la musique si surprenante. Du point de vue d'un propriétaire de label, il a mis dans le mille. Si FLA est également un moyen de faire découvrir aux gens la musique que nous faisons ainsi que les choses que l'on aime, la différence entre nos deux labels réside dans le fait que je suis personnellement attaché et impliqué dans l'aspect physique d'une oeuvre. Au final, il s'agit de musique. Je suis donc content pour ces gens que Beko existe, moi inclus ! D'ailleurs nous avons récemment collaboré et sorti les nouveaux singles de Colours et Chevalier Avant Garde le 23 mai dernier.

We met Beko (Reno) through Andrea of Procedure Club. I really admire what they are doing in getting music out there with amazing ease. From a label owner standpoint he has hit the nail on the head. I definitely approach FLA as just a way to show people music/art that we are doing as well as the stuff we like. The difference between our labels is...I'm personally attached to the physical of a piece and that's the part that I want to be involved with. Although in the end I know its all about the music; so I'm glad he's out there for people (me included!). We just recently collaborated and put out the new Colours & Chevalier Avant Garde singles on 5/23/11.


beko_fla_01_10_10 (DL/TC)

Quel est le futur proche de FLA ?
What's the near future of FLA?

Le future proche de FLA, c'est le 12" éponyme de Colours (écouter) et celui de Fourier - Altar Cs (écouter). Pas grand chose de prévu, mais quelques trucs en cours, et on l'espère, plus de vinyles !

Near future for FLA is Colours - Self Titled Ep 12" & Fourier - Altar Cs . Not too much planned but a few things in the works and hopefully more vinyl !

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes?

Qu'on puisse gagner notre vie avec notre musique et notre art sans que l'on soit interrompu par des choses nous faisant perdre notre temps, notre argent, notre énergie, nos talents et nos compétences.

That we can make a living off of music/art and make music/art everyday uninterrupted by things that are wasting our time, money, energy and talents/skills.

Quel est ton sentiment sur l'industrie musicale et internet ? La musique a-t-elle un prix ?
How do you feel about the music industry and the internet? Has the music no price?

The Rock'n'Roll Hall of Lame ("le panthéon des ratés du rock'n'roll"). La musique avait une âme avant d'être une vulgaire formule pour faire de l'argent. Je suis convaincu que tout art - même s'il vaut quelque chose - n'est jamais élaboré ou positionné pour être une entreprise financièrement rentable. Regarde dans l'histoire de la musique, tous les groupes qui ont réellement changé le paysage et sincèrement touché les gens... Ensuite montre moi combien d'entre eux se sont fait des montagnes de cash... Très peu j'en suis sûr. L'art n'est PAS uniquement un divertissement. C'est le coeur et l'esprit. C'est quelque chose de sacré et pas une blague. Je n'ai jamais fait de l'art pour quelque autre raison que de le faire... Ceux qui exercent leur art pour d'autres raisons sont des guignols. L'art saigne.

S'agissant de la diffusion, internet change la donne. Les choses sont sans aucun doute différentes dans le sens ou des gens comme moi peuvent atteindre des endroits aussi éloignés que la France avec très peu d'argent et beaucoup de persévérance.

La musique ainsi que tout type d'art n'ont pas de prix. Personnellement je ne crois pas en la possession. Les gens qui achètent de la musique le font pour s'accrocher à l'aspect physique du disque tout en voulant sans doute supporter ceux qui l'ont créé. Je télécharge de la musique et si j'aime profondément un disque, je vais me mettre en quatre pour le trouver. Ceci dit, quand la musique n'a pas de prix, ça peut rendre les choses plus honnêtes. Personnellement, je déteste q'un groupe n'aie qu'une ou deux chansons décentes sur un LP quand les six autres ou plus sont nazes. J'ai l'impression de me faire arnaquer à chaque fois.

The Rock N Roll hall of lame. Music wasn't as soulless before there was a real formula for making money in this industry. Its my strong opinion that all art that is worth something is never truly formulated or positioned to be a financially profitable venture. Look in musical history at all the groops that really changed the landscape and truly touched people and then show me how many of those made a mountain of cash from this. Very few I'm sure. I will always believe that art is NOT strictly entertainment. Its heart & soul. I can be pretty serious on the subject but I do believe its something sacred and not a joke. I never made art for any other reason but to make it and I feel that people who make art for other reasons besides the love thereof are the joke. Art is bleeding. At least not in my humble opinion.

Things are definitely different in the fact that people like me can reach places as far as France with very little money and a whole lot of persistence, thanks to the internet. We like the internet (for the most part)....especially when used as tool in the correct way.

Music and all art have no price. I don't personally believe in ownership and I think the people who buy music do so to hold on to the physical of the piece and might also want to support the ones who created it. I download music all the time but I am the kind of person that If I truly love something I will go out of my way and search it out and posses it. I find it interesting as well. I think when music has no price it can keep things more honest. I personally hate it when an group has one to two decent songs on an Lp and the other six plus are garbage. I makes me feel ripped off every time.

Sans mentionner les groupes de ton label... quelles sont les choses auxquelles tu es addict ?
Without mentioning your label’s groups... What are the things you are addicted to?

Je suis essentiellement accro à la création artistique et en ce moment j'y travaille comme un dingue. Aussi, ce qui me rend le plus heureux, c'est de passer du bon temps avec ma famille et de créer avec Tara. Vivre dans notre bulle loin des problèmes du monde, s'adonner à l'art qui nous comble. Voir les gens dont j'aime le sourire.

I'm mostly addicted to making art and am a workaholic period. What makes me the happiest though is hanging out with my family and making art with Tara. Living in our bubble far away from the worlds problems making the art that fills us up. Seeing the people I love smile.

Traduction Floriane Vaillant

Mixtape


(DL/TC)

01. Pink Priest - Bombing Waves // 2009

Derrière Pink Priest, il y a William Cody Watson qui co-dirige Bathetic Label et qui écrit également pour Impose Magazine. Ce titre est tiré de ce que je pense être sa première sortie officielle en tant que Pink Priest. Prolifique !

Pink Priest is William Cody Watson whom co-runs the Bathetic Label and also writes for Impose Magazine. This is off what I believe to be his first official release as Pink Priest. Prolific !

02. Fluker Love - When You Leave EP // vers 2010

Flucker Love est le projet du Londonien Andrew Goldspink. Ce morceau est extrait de son troisième album. Il a récemment sorti un nouvel EP autoproduit, à trouver par . Je l’écoute depuis un petit moment déjà... Il a toujours été très généreux avec sa musique... Je crois qu'il a un genre de connection avec The Weekend.

Fluker Love is Andrew Goldspink from London. This track is off what I believe to be his third release. He just recently self released an new Ep. Follow the links here. I've been listening to him for awhile... He's always been very generous with is music...I also believe he has some kind of connection to The Weekend.

03. Wicked Crafts - No Pleasure // 2010

Derrière Wicked Crafts, il y a Shawn Tony Hui de Montreal. Je l'ai rencontre via Morten de Skort Up avec qui j'ai sorti son premier album en 2010... dont ce morceau est extrait. Les stocks ont vite été épuisés ! Un son dark bien sympathique...

Wicked Crafts is Shawn Tony Hui from Montreal. I was introduced to him via Morten of Skort Up whom we both co-released his debut back in 2010...which this track comes from. Sold out pretty quick! Nice dark tunes....

04. The KVB - With My Gun // 2010

The KVB, un autre artiste prolifique ! Klaus, originaire de Londres, est un type vraiment cool avec qui on espère collaborer à nouveau. Il fait également partie de Die Jungen, Suicide Party, Man on the Moon et d'autres encore... je suis sûr que j'en oublie. Il a aussi réalisé notre toute première vidéo de Pink Playground en une seule journée... évidemment ! Ce morceau est tiré de son premier album ayant eu une sortie physique. Il a récemment sorti un 10'', et bien d'autres se profilent à l'horizon.

Another prolific one! Klaus is a real nice guy from London who we hope to do something else together in the future. He's also in Die Jungen, Suicide Party, Man on the Moon and others...I'm sure I'm forgetting.
He also made our very first video (Pink Playground) in a single day...of course! This track is off his physical debut. He just recently had a 10" come out on downwards and he has many more lined up on the horizon.

05. Virgo Rising - In The Shade // 2010

Virgo Rising est un trio australien (Sean Duarte, Timothy Snape et Emily Hughes). Ce morceau est extrait de leur premier album. Ils bossent sur leur second depuis un moment... il devrait être prêt courant 2011. On l'attend avec impatience.

Virgo Rising is Sean Duarte, Timothy Snape, Emily Hughes from Australia. This is off of their debut. They have been working on their sophomore for a bit...should be ready sometime in 2011. Really looking forward to it !

06. Rape Faction - Vaporizer // 2011

Rape Faction, c'est Kahlil, Hamza et Mike, soit trois types de Montreal qui n'abandonnent jamais. C'est un extrait de leur premier 12'' qu'on a sorti en collaboration avec Skrot Up. J'aimerais qu'il y ait plus de gens comme ces trois-là dans ce bas monde !

Rape Faction is Kahlil, Hamza & Mike. Three dudes from Montreal who never back down. This is off of their Debut 12" which we co-released w/ Skrot Up. I wish there we more people like these 3 in the world !

07. Martian Church XX - Max Shreck's Dead // 2009

Martian Church XX est le projet de Paul, habitant en Russie. Un gars très sympa qui a un tas de morceaux sombres et intéressants à offrir. On a pour projet d'en sortir de nouveaux ensemble mais dans ce cas précis, la distance est un véritable fossé. C'est une de mes sorties préférées sur FLA. Les Russes ont de la chance de l'avoir !

Martian Church XX is Paul from Russia. Very friendly and nice guy who has a lot of interesting and dark music to offer. We planned to work on some more in future together, but the distance has really been a rift in the situation. This is one of my favorite FLA releases. Russia is very lucky to have him ! I believe this is the sole Martian Church XX release to date.

08. Elks - Blight Fields // 2009

Elks, c'est Cody, originaire de l'Oregon. Il est pote avec tout le crew de Seattle, genre Grave Babies, Gape Attack, FNU Ronnies, etc. J'ai pas encore eu l'occasion de beaucoup discuter avec lui. Ce titre est extrait de son second album... enfin je crois.

Elks is Cody from Oregon. He's friendly with the whole Seattle crew of Grave Babies, Gape Attack and FNU Ronnies etc...Never had too many conversations with him. This is off Elks sophomore release....I believe.

09. Young Henry - Six Ceases // 2009

Young Henryest le fait de Kyle Yerhot du Minnesota. Ce titre est extrait de son premier disque. Il a sorti un tas de morceaux gratuits en ligne depuis. Des impros venues d'ailleurs... Je suis toujours partant pour écouter ce qu'il fait.

Young Henry is Kyle Yerhot from Minnesota. This track is off his debut release. He has released a lot of FREE tunes online since. Very alien type jams....always up for listening to some new Young Henry.

10. Badtimexpress - Hearts Decay // 2009

Badtimexpress est le projet de Joseph Vorskak de L.A. Ce titre est tiré de son unique album en tant que Badtimexpress. Il continue avec (...le bien plus connu) Disaro Records, peu de temps après avoir sorti cet album sous son nouveau nom... Raw Moans. Si tu aimes Raw Moans, tu aimeras Badtimexpress !

Badtimexpress was Joesph Vorskak from L.A. This track is off his only release as Badtimexpress. He went on to (...the much more popular!) DISARO records (sup squeaky!), shortly after releasing this debut under the new name..Raw Moans. If you like Raw Moans you will like Badtimexpress!

11. Sealings - Injured Kids // 2009

Sealings est le groupe de Micheal et Liam, originaires du Royaume-Uni. Je les ai connus via Carl de Clan Destine Recordsen 2009. J'ai vite chopé leur premier album et je leur ai immédiatement demandé de faire quelque chose avec nous sur FLA. Je suis ravi qu'ils aient accepté !

Sealings is Michael & Liam from the UK. I was introduced to Sealings via Carl of clandestine records back in 2009. I snatched up their debut Cs, and immediately asked them to do something with us on FLA. Glad they agreed !

12. Future Blondes - D.Z.S. Path Torn Child Skill // 2009

Future Blondes ou Domokos de Houston. On a bossé avec lui sur un tas de disques ces dernières années. Ce titre est extrait d'un de mes favoris, E.I.T.H.O.A. // 2009 Tears.

Future Blondes is Domokos from Houston. We have worked with him on a lot of releases through the years. This track is off one of my favorites by him, E.I.T.H.O.A. // 2009 Tears.

13. Bad Life - Howl // 2010

Bad Life, c'est Kurt Vonnegut du Tennessee. Le morceau est extrait de son quatrième album. Encore plus de musiques mémorables pour FLA.

Bad Life is Kurt Vonnegut from Tennessee. This is from his 4th release. More epic tunes for FLA.

14. Froe Char + Havah - Adoration // 2009

Froe Char, c'est Cris, un Italien qui vit maintenant a Paris. On l'a découvert via Chris Keys de Grape Attack. Ce morceau est une collaboration avec Havahet est uniquement disponible sur la version CD de son premier album... et GRATUITEMENT sur cette mixtape... bien évidemment !

Froe Char is Cris from Italy; now residing in Paris. We discovered her via Chris Keys of Gape Attack. This track is a collaboration w/ Havah and only is available on the CDR version of her debut....and FREE on this comp..of course !

15. H . . . N - You Swore You'd Never Leave // 2010

H Dot Dot Dot Nest composé de Shannon et Nathan de Dallas. Ils nous ont un jour contacté via MySpace et ont sorti ce premier album dans la foulée. De bien MEMORABLES morceaux.

H Dot Dot Dot N is Shannon and Nathan from Dallas. They got in touch with us through myspace one day and we put this debut out shortly after. Nice EPIC pieces.

16. Lois Magic - Sweetheart // 2009

Derrière Lois Magic, il y Rhys de Londres. C'est l'un de nos artistes préférés là-bas... et une personne extraordinaire. Ce morceau est extrait de son premier album.

Lois Magic is Rhys from London. He is one of our favorite artists out there...as well a people ! This track is from his debut.

17. Atlas Young - Breath in Newcastle // 2010

Atlas Youngest le fait de Yuji de Tokyo. On adorerait aller au Japon un de ces jours, et on espere que Yuji nous le fera visiter, si ce jour arrive... C'est l'un de mes morceaux préférés issus de son premier album.

Atlas Young is Yuji from Tokyo. We'd love to visit Japan one day and hopefully Yuji will show us around, if that day ever comes... This is one of my favorite tracks from his debut.

18. Colours - Could I ? // 2011

Colours, est l’œuvre de Tom, originaire d'Australie. On l'a découvert en traînant sur MySpace. On lui a demandé s'il voulait faire un disque et il a heureusement accepté. C'est le premier titre issu de cet album.

Colours is Tom from Australia. We discovered him just creeping around on myspace one day. We asked him if he wanted to do a record and he thankfully agreed. This is the first track off of that record.

19. Sacred Space - Love Like a Graveyard // 2010

Sacred Space... c'est Adam Pfaff de Détroit. Ce titre est extrait de son premier album éponyme. Je crois que Sacred Space n'existe plus maintenant... vraiment dommage. Encore un de nos favoris !

Sacred Space is Adam Pfaff from Detroit. This is off his self titled debut. I do believe that sacred space is now totally defunct at this point.... Shame really. Another one of our personal favorites !

20. Pink Playground - Low // 2010

Ce titre est extrait de notre second album Seventeen.

This is from our second release "Seventeen".

Cette compilation a été éditée en coffret cinq cassettes, disponible par ici.

Chroniques

Fourier - Altar EP

Fourier est un projet presque anonyme, ne trouvant aucune autre figuration qu'un anonyme blog, Death Head March, et une page FB, sur lesquels on apprend que notre homme - aussi bien influencé par Les Rallizes Dénudés, un obscur groupe avant-gardiste japonais, le MC5, les Stooges ou My Bloody Valentine - traine ses guêtres et son amertume du côté de Miami. Dernière sortie cassette de FLA, Altar étire, d'un bout à l'autre de ses quelque huit morceaux, une ambiance claustrophobe mâtinée d'électricité ferrailleuse. Rythmiques lourdes et lentes, saturations compressées et obnubilantes, voix anémiées et réverbérées, chaque composante d'un shoegaze détrempé de désespoir est bel et bien là, et pourtant on ne se lasse pas de ces saillies parfois agressives (Obelisk, Try), parfois assourdissandes (Conifers, It's Routine), souvent lascives et désenchantées (Void, Cathedral of Death, Thorne). Le conclusif Morningrise - à quelques encablures des Français de Yussuf Jerusalem - tout comme l'entrainant Hawk Moth, glané sur un soundcloud désespérément vide, laisse présager cependant que le suicide n'est pas encore pour demain.

Audio

Tracklist

Fourier - Altar EP (Free Loving Anarchist, 2011)

01. Void
02. Conifers
03. It's Routine
04. Obelisk
05. Try
06. Cathedral of Death
07. Throne
08. Morningrise

Colours - s/t

Sorti en avril 2011, mais enregistré en novembre 2010, ce premier et unique EP de Colours - derrière lequel oeuvre le seul Tom Crandles, résidant à Sydney et par ailleurs membre de Pineapple Head (lire) - est autant un aboutissement pour son géniteur qu'une infinie promesse pour ses auditeurs. Un aboutissement car on sent au travers de ces quatre morceaux la cohérence du propos, le soucis du détail, la maturation des arrangements. Une promesse, car aucune de ces comptines shoegaze ne s'essouffle, ne perd en intensité, n'étiole ses mélodies sur une boîte à rythme jamais désobligeante. Propulsant d'ariennes guitares sur Could I?, distendant une sensuelle complainte le temps des presque sept minutes de I've Watched You Suffer ou baignant de distorsions une pop-song bien troussée, Tom s'adjuge de facto le ton juste, le regard perdu quelque part entre un ciel dardé de soleil et un horizon aussi urbain qu'accablant. Si l'on sent poindre sous le voile des saturations un spleen transperçant de part en part l'EP - et que l'on retrouve à merveille sur Lost by the Sea mise en image par Klaus Von Barrel (voir) et présent sur la compilation beko_hartzine (télécharger) -, celui-ci se pare de ses plus sensibles effets sur la conclusif A Thousand Words tout bonnement imparable.

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Tracklist

Colours - s/t (Free Loving Anarchist, 2011)

01. Could I?
02. Sleeper
03. I've Watched You Suffer
04. A Thousand Words

Pink Playground - Destination Exctasy

On l'aura compris, Pink Playground tient tout autant à coeur à James Wing que son propre label FLA, voire peut-être même plus, partageant celui-ci avec sa femme Tara. Sans doute pour cette raison, Destination Ecstasy - dont il fut déjà question par ici - connaît un destin dépassant le cadre stricto sensu de Free Loving Anarchists avec une parution en LP vinyle via Mexican Summer. Emboîtant à merveille le pas de préalables EP disséminés sur la toile - des inauguraux Pink Dream et Seventeen aux plus récents singles Sunny Skies et Ten parus respectivement sur les labels Zoo Music et Downwards - Destination Ecstasy se révèle à l'aune de multiples écoutes tel LE joyaux shoegaze par excellence de cette année 2011. Indéniablement inspiré par la prosodie monomaniaque du triumvirat anglais composé de My Bloody Valentine, Ride et The Jesus and Mary Chain, le duo texan délaye un hédonisme habilement cousu de saturations blêmes et de vocalises éthérées, tout en étant vertement tancé d'une basse aussi rugueuse qu'obnubilante (Fuck the Wolrd, Severed). Cimes pop sertie de claviers (Sunny Skies, Dark Bloom), embardées bruitistes balayées d'une rythmique échevelée (Ten, Stationary), ou même ballades au romantisme corrodées (I Don’t Know You, Never Was), tout indique que s'il n'y a qu'un chemin menant à l'extase, celui-ci est peut-être le bon - remisant d'un coup d'un seul toute riot grrrrl que ce soit à la plonge.

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Tracklist

Pink Playground – Destination Ecstasy (Mexican Summer, 2011)

A1. Fuck The World
A2. Sunny Skies
A3. I Don’t Know You
A4. Ten
B1. Never Was
B2. Severed
B3. Dark Bloom
B4. Stationary

Vidéos


Who are you Svn Sns Records ? : interview & mixtape

Le sceau de l’amitié - éthyle ou numérique - s'il facilite les échanges, n'explique pas leur pertinence. A contrario, la curiosité, l'engagement et l’irrévérence, en ces temps de grandes messes grégaires et médiatiques, font que certaines initiatives convergent avec un naturel tout aussi déconcertant que ne l'était l'ignorance préalable. Avec feu Beko DSL (lire) en qualité d'entremetteur - à l'occasion d'une collaboration digitale à redécouvrir par ici - l'idée de présenter plus en détail Svn Sns r-Records, le label d'Alex Poveda et David Gamelin, allait germer il y a tout juste six mois pour aboutir - après un premier volet dédié il y a deux semaines à Hands In The Dark (lire) - à la seconde partie de notre série Who are you ? Et si Alex et David se sentent autant impliqués dans cette aventure discographique à tirages limités, c'est avant tout parce qu'ils mesurent - au-delà de leurs groupes respectifs - à quel point les sonorités mutantes et synthétiques du vingt-et-unième siècle méritent d'être hiérarchisées dans cette nasse aux contours incommensurables que représente internet. Entre moutons de Panurge et imposteurs resquilleurs - si bons soient-ils dans leur art de la gruge - difficile de s’adonner les yeux fermés sans se faire entuber. Incapable de suivre la cadence, les grandes divisions de l'industrie du disque abandonnent le terrain et la démarche de "label" reprend alors tout son sens, à savoir celle permettant, selon des critères artistiques, de choisir, puis de proposer sous format cassette ou vinyle, des projets originaux plus que prometteurs. A ce jeu, nos deux compères font très fort : Holy Other, qui squatte désormais des stades blindés, a sorti sa première split tape, en compagnie d'Indigochild, via Svn Sns Records, quand Gregory Carl Miller (I Do Not Love) - récent auteur de Worship, disponible par ici - et Eleanor Logan (Happy New Year) - avec un LP annoncé pour février - subjuguent, tant par leur timbre de voix respectif que par leur aura mélodique, au charme instantané. Interview et mixtape de deux passionnés.

Entretien avec Alex et David


D’où vous est venue l’idée et la volonté de créer Svn Sns Records ?

Au départ, on a décidé de monter cette micro structure afin de pouvoir sortir nos projets musicaux. David et moi représentons les deux-tiers de To The Happy Few et David officie également en solo en tant que Chief Black Cloud. Il s’agissait donc simplement d’une démarche DIY de faire de la musique et de la sortir sous la forme qui nous paraissait la plus cool. Après s’être fait plus ou moins bourrer le mou par quelques labels qui te promettent tout un tas de conneries pour mieux disparaître ou te faire patienter indéfiniment, on s’est dit que l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même ! Après ça a dégénéré… Je tiens à préciser que l’immense majorité des gens derrière les petits labels avec qui on a eu l’occasion de discuter sont des personnes réellement passionnées et amoureuses de musique. Ces gens font ça pour les bonnes raisons, on n'a juste pas eu de chance avec quelques structures étrangères. Mais cela a finalement débouché sur quelque chose de positif.

Peux-tu nous expliquer la signification d’un tel nom, Svn Sns Records ?

Le nom vient du fait que nous sommes un peu obsédés par le chiffre sept et que nous sommes tous les deux nés au mois de juillet. C’est aussi en rapport à notre enfance/adolescence bercée par le hard rock et un clin d’œil à une chanson d’Iron Maiden… Ce qui est assez marrant quand j’y pense puisque ça n’a jamais été notre groupe préféré.

Le fait d’être basé à Paris est-il un avantage quand on fait vivre ce type de structure ?

Je ne sais pas du tout si le fait d’être basé à Paris est un avantage. En fait, je pense que sous certains aspects c’est même plutôt le contraire. Être musicien ou avoir un label sont des activités qui coûtent, financièrement et en terme de temps. Donc quand tu vis dans une ville où tout est hors de prix, surtout les loyers, tu dois te démener, jongler avec les boulots alimentaires, faire des sacrifices. Mais en disant ça, je ne pense pas que ça soit nécessairement plus facile dans d’autres régions, chaque endroit a ses avantages et ses inconvénients et présente différentes problématiques. Au mois le truc sympa avec Paris c’est que tu peux voir un paquet de concerts, d’expos et rencontrer pas mal de gens différents.

Votre mode de production est essentiellement DIY. Tu peux nous en expliquer le fonctionnement ?

Comme tu le sais DIY signifie Do It Yourself, c’est un mode de fonctionnement très répandu et qui selon moi est bien parti pour se généraliser de plus en plus quand on voit la faillite du système qui a prévalu jusqu’à présent, à savoir majors et labels traditionnels, distributeurs et grandes enseignes, soit, pour schématiser vite fait, un traitement de la culture qui est équivalent à celui réservé à n’importe quel autre produit de grande consommation et qui pour moi, n’est plus du tout en phase avec la réalité. L’idée toute simple derrière notre démarche et de faire les choses par nous-mêmes avec les moyens à notre disposition. Là où le terme DIY peut revêtir tout un tas de significations politiques ou éthiques (notamment dans le milieu punk/hardcore dans lequel j’ai longtemps évolué), nous voyons ça comme une nécessité plus que comme quelque chose à grande valeur morale. C’est le seul moyen que l’on a trouvé pour sortir les artistes qui nous aimons et souhaitons défendre sur des supports que nous affectionnons (cassettes et vinyles). Du coup on a démarré en se saignant un petit coup en injectant nos sous dans les premières sorties, mais étant donné que l’on a eu la chance de plutôt bien écouler nos sorties dès le début, on peut dire maintenant qu’une sortie finance la suivante. Les moyens sont forcément limités mais l’aspect positif de la chose est que nous avons une liberté absolue en ce qui concerne nos choix (on fonctionne uniquement au coup de cœur) et la même chose est valable pour les artistes (nous n’intervenons jamais sur leur travail créatif, si ce n’est pour donner un avis quand on nous le demande). D’ailleurs je pense que pas mal d’artistes apprécient cette façon de faire, ils ont la main sur tout et n’ont aucun compromis à faire. L’aspect financier est de facto beaucoup moins lucratif mais au moins ils échappent aux DA débiles qui cherchent à imposer tel ou tel visuel ou encore le fait de chanter en français parce que c’est mieux pour le marché hexagonal. Après, chacun son truc.

Après la sortie de la cassette de I Do Not Love, quels sont les projets immédiats et futurs du label ?

Les deux sorties suivantes (début 2012) seront le premier album de Happy New Year en vinyle et un EP cassette de To The Happy Few. Et pour après, en vrac, une cassette de Full Moon Fuck, un vinyle de Indigochild et encore d’autres trucs.

Sur le beko_hartzine (écouter), c'est un peu grâce a vous que l'on retrouve la fantastique Eleanor de Happy New Year. Vous pouvez m'en dire plus à son sujet et ce qu'elle a dans les cartons niveau projets ?

Nous sommes très heureux de travailler avec Eleanor, sa musique est comme tu dis fantastique et c’est quelqu’un d’hyper cool. Notre rencontre est assez marrante puisqu’elle nous a contactés suite à une interview que nous avons eu dans le webzine new-yorkais Impose (lire). Elle nous a écrit parce qu’elle trouvait que l’on partageait la même vision des choses et sa manière de nous aborder a été vraiment chouette. Là où l’immense majorité des gens t’envoient un lien soundcloud ou bandcamp (ce qui n’a rien de mal bien sûr), elle a simplement souhaité avoir une adresse postale pour nous envoyer son premier vinyle 7’ qu’elle avait sorti toute seule, sans même nous donner le nom de son projet. Une semaine plus tard le vinyle est arrivé et on s’est pris une énorme gifle, il n’y avait plus à se poser de question. En plus le truc marrant c’est qu’Eleanor a beau vivre à Brooklyn, elle est australienne et je le suis également, du coup il y a des points communs en dehors de la musique. C’est la beauté de cette activité, tu fais des rencontres inhabituelles et tu partages des trucs. De toutes façons l’aspect humain est hyper important pour nous. Sinon, niveau projets en plus de la sortie du LP (février a priori), il y a une tournée européenne en prévision pour le mois d’avril et on l’accompagnera sur la route avec To The Happy Few. Si tout se passe bien ce sera pour le mois d’avril.

Beko vient de tirer sa révérence digitale (lire). J’en profite pour connaître ton sentiment à propos de cette structure originale et défricheuse.

Mon premier sentiment lorsque j’ai appris la fin de Beko a été : « ah merde ! », parce que comme tu dis, c’était vraiment difficile de trouver meilleur endroit pour découvrir et redécouvrir des groupes plus intéressants les uns que les autres. Après quand tu vois l’énergie investie dans ce projet - sortir des choses chaque semaine pendant un bon moment, ça relève presque de l’exploit surhumain - tu comprends pourquoi ça ne pouvait pas durer beaucoup plus longtemps. Mais plus qu’une fin, c’est un nouveau départ pour Reno et son acolyte car ils n’ont pas fini de nous régaler avec leurs goûts souvent irréprochables. J’ai hâte de connaître la suite.

Qui sont les amis de Svn Sns Records ?

Et bien, même si c’est difficile de répondre à cette question sans prendre le risque d’oublier quelqu’un ou de vous infliger une liste indigeste, je dirai évidemment Reno et feu Beko, Toma et Les Boutiques Sonores qui font un travail énorme sur Paris et tout ça avec la plus grande gentillesse, Le Pied de Biche (galerie/librairie fondée et tenue par ma chère et tendre) qui a accueilli entre autres des artistes Svn Sns pour des concerts et qui vend l’ensemble de notre catalogue, Seb de Holy Strays parce que c’est juste un mec adorable, Dwight et Jehri de chez Get Off The Coast, Haruka chez Big Love, Michael chez Rough Trade et Hartzine (et tu sais bien que ce n’est pas de la lèche en plus). Voilà, en tout cas j’espère que t’es content de nous avoir mis dans une position délicate auprès de toutes celles et ceux que l’on a pu oublier...

Mixtape

(TC/DL)

01. To The Happy Few - E.V.P (Software Sex)
02. I Do Not Love - I Am So Ugly
03. Happy New Year - The Drop
04. Full Moon Fuck - Made U A Tape
05. IndigoChild - Sunshowers (MIA rmx)
06. Holy Strays - Trust Your Blood (Forest Swords Cover)
07. Glitter Bones - Race To Heaven
08. Disco Inferno - When The Story Breaks
09. Chief Black Cloud - Blue Moon (Cover)
10. Tones Of Tail - Performance
11. White Ring - One Nation Under God (Rick Ross Rmx)
12. Holy Other vs Hood - Pity U / Resonant 1942

01. TO THE HAPPY FEW est le groupe dont nous faisons partie avec David. Il s'agit ici d'un nouveau titre inédit qui figurera sur un EP prévu pour début 2012.

02. Derrière I DO NOT LOVE se cache Gregory Carl Miller, un jeune homme bourré de talent qui nous vient du Massachusetts. Voici un morceau inédit de ce romantique au timbre de voix abyssal. Son EP Worship est sorti chez nous sous format cassette il y a un mois (disponible par ici).

03. HAPPY NEW YEAR est le projet solo d'Eleanor Logan, une Australienne expatriée à Brooklyn. L'histoire de notre rencontre est assez drôle puisqu'elle nous a contacté suite à une interview que nous avions eu dans le webzine new-yorkais Impose (lire) et il se trouve que je suis également de nationalité australienne. On est immédiatement tombé sous le charme de cette musique d'une rare intensité. Son premier album verra le jour sous forme de galette vinyle en février prochain, Winter Sun en est le premier extrait. Une tournée européenne est également prévue pour le mois d'avril.

04. FULL MOON FUCK est l'un des deux projets solo de David (moitié de Svn Sns et frontman de To The Happy Few). Voici un extrait de son EP qui devrait voir le jour sous forme de cassette début 2012, et puis on trouvait que le titre du morceau était approprié pour cette mixtape.

05. INDIGOCHILD est un petit prodige de 15 ans du fin fond du Wisconsin et sa split cassette avec HOLY OTHER était notre troisième sortie. Depuis, on a beaucoup entendu parler du second mais croyez moi, ce petit gars n'a pas fini de faire parler de lui. Voici son remix de la chanson Sunshowers de MIA.

06. HOLY STRAYS, en plus d'être un jeune homme très talentueux, est également un très bon pote. Il était donc hors de question de faire une mixtape sans lui. Voici sa reprise d'un morceau de FOREST SWORDS, véritable tour de force, ou comment transformer un morceau drone ambiant en danse tribale funky jazzy.

07. GLITTER BONES. Leur vinyle Returning The Magic était notre quatrième sortie, Race To Heaven en est un extrait. Leur musique est le parfait accompagnement pour une balade dans les nuages sur le dos de Falkor le dragon à tête de labrador de l'Histoire sans fin.

08. DISCO INFERNO est un groupe mythique, probablement l'un de nos préférés. Actif de 1989 à 1995, il a très largement contribué à ouvrir la voie de la pop d'aujourd'hui, par l'utilisation des samples notamment, et tout ça presque dans l'indifférence générale, malheureusement. Cette chanson est extraite de l'album Technicolor, leur dernier disque. Et pour celles et ceux qui veulent poursuivre plus loin l'exploration de ce groupe fantastique, le label One Little Indian a récemment réédité une collection de tous leur singles et faces B intitulée 5 EPs (lire).

09. David revient avec son autre projet solo CHIEF BLACK CLOUD et propose ici sa réinterprétation de ce classique repris par le passé par des gens tels que Billie Holiday ou Elvis Presley.

10. Nous sommes plus fan de Bauhaus que de TONES OF TAIL mais ce morceau est d'une efficacité redoutable et nous hante depuis toujours. On retrouve dans les deux projets cette même mise en place rythmique subjuguante.

11. La witch haus est une vaste fumisterie. En dehors de quelques groupes précurseurs et inventifs, il n'y a pas grand chose de valable. Juste des suiveurs en quête de hype qui se clonent les uns les autres. Du coup, voici un remix de WHITE RING qui fait du bien avec son ambiance hip-hop apocalyptique. On en profite également pour saluer Rick Ross qui a eu des problèmes de santé dernièrement et lui souhaiter un bon rétablissement.

12. On a fait se rencontrer sur ce mashup un titre de HOLY OTHER, extrait de la split cassette avec INDIGOCHILD mentionnée un peu plus haut, avec un titre de HOOD extrait de l'album Silent '88. HOOD est un groupe auquel on voue un culte depuis toujours, c'est et ça restera une source d'inspiration constante, à l'image de Disco Inferno. C'est un groupe dont on ne parle jamais assez.


Who are you Hands in the Dark ?

Qu'on le veuille ou non, les rides du temps griment nos visages mais glissent sur notre âme, réceptacle sensible à d'inconditionnelles émotions. La nature se fane mais la curiosité étant gage de renaissance et l'expérience de transcendance, il devient possible de renaître plus d'une fois à l'aune de musiques insinuées et éprouvées, robustes sentinelles dans le brouillard de la conformité et de l'ennui. Mes nuits, les vôtres, sont peuplées de retours à la vie, perpétuels et infinis, une mer de pixels léchant de ses abysses nos rétines rougies, endolories. En plein cœur d'un hiver sans grâce, l'EP de Death and Vanilla - chroniqué par ici - s’immisçait ainsi dans le creux de mes esgourdes, par magie, pour ne plus jamais s'en départir. Tout un pan de l'onirisme pop - des Cocteau Twins à Broadcast - refaisait surface, s'entrechoquant magistralement selon divers soubresauts noctambules. Et les responsables de cette délicieuse pharmacopée suédoise de ne plus quitter le giron virtuel de nos colonnes. Partageant un goût immodéré pour les musiques aventureuses et expérimentales, Morgan et Onito, fondateurs d'Hands In The Dark, ont développé en un peu plus d'un an une structure alliant esthétisme musical et graphique tout en affichant par leur choix une liberté de ton sans faille, chaque sortie n'ayant que peu à voir avec la suivante ou la précédente. Un substrat commun cependant à tous les groupes ayant collaboré avec eux (A Fight For Love, Metacomet, Cankun, Sacred Harp, Stag Hare...), cette faculté à lover leur musicalité dans le domaine de l'intime, du charnel. Ce qu'Onito nomme plus loin psychédélisme : un voyage intérieur, introspectif, sans pour autant être neurasthénique. A balayer du regard, le calendrier de sorties 2012 (split Cough Cool / Johnny Hawaii, LP de Death And Vanilla, Co La et Lumerians), il n'est pas difficile de concevoir que l'attrait à leur encontre n'est pas prêt de s'estomper.

A l'occasion de l'ambitieuse sortie vinyle Travel Expop Series, dont il sera question au cours de cet entretien, et à quelques encablures d'un coup d'envoi live réunissant tous les acteurs à l'Espace B le 26 novembre prochain - avec Cankun, Holy Strays, Je Suis Le Petit Chevalier et Voodoo Mount Sister - nous leur avons demandé de présenter Hands In The Dark tant par les mots que par le biais d'une mixtape exclusive, à écouter et télécharger ci-dessous.

Interview

D’où vous est venue l’idée et la volonté de créer Hands In The Dark ?

M: Personnellement, l'envie de me lancer dans une telle aventure a émergé assez tard... J'ai rencontré Onito durant mes années universitaires à Besançon. A l'époque, il gravitait déjà dans le milieu du rock'n'roll, en jouant dans divers groupes, en faisant un peu de booking, d'organisation de concerts avec son autre label, Impure Muzik... Puis, il y a trois ans il est parti pour ses études et divers projets. De mon côté, j'ai poursuivi mes études à Besançon. Parallèlement, j'ai animé une émission de radio indépendante avec deux potes sur une station locale. A l'arrêt de celle-ci, en Février 2010, l'idée du "label" a commencé à s'immiscer dans ma tête... L'envie de faire quelque chose de neuf. En Septembre 2010, lors d'une soirée arrosée, j'ai soumis le projet à Onito... Hands in the Dark était né. Deux mois plus tard, nous sortions notre premier disque !

O: Pour ma part j'avais en tête depuis un bout de temps d'élargir mes activités dans le domaine de la musique. Je trouvais trop difficile de me cantonner à me bouger pour le punk / hardcore alors que plus de la moitié des groupes que j'écoute n'ont rien à voir d'un point de vue musical avec ce mouvement. La proposition de Morgan est donc tombée à pic. Il me semble aussi très important de garder cet esprit DIY et amateur, qui est le fil conducteur de ces deux labels.

Peux-tu nous expliquer la signification d’un tel nom, Hands In The Dark ?

M: Il y a plusieurs justifications à ce choix de nom. Il y a bien évidemment une dimension artisanal dans le mot "Hands" (le côté "fait main"). Ce côté DIY, comme l'a souligné Onito, est super important pour nous : un contrôle total sur nos sorties, pas de concession ni de compte à rendre, une liberté totale dans nos choix d'artistes, dans les mots qu'on utilise... Onito, avec ses racines punk/hardcore, a en grande partie insufflé ce côté DIY à notre micro structure. On peut voir également une dimension mystérieuse/cachée dans notre nom : j'habite dans une zone rurale et je suis relativement à l'écart des grandes villes. Onito, lui, est la plupart du temps sur la route... Et donc, notre seul point fixe de visibilité est le net ! Notre travail se fait en grande partie dans l'ombre, derrière notre écran... Enfin, Hands in the Dark est aussi un hit italo-disco des Chromatics que nous avons pas mal écouté à une époque (composé par Dark Day mais repris avec superbe par les Chromatics, ndlr).

Vous êtes deux à gérer le label. Quelle est la répartition des taches entre Onito et toi ?

M: La seule chose qui reste fixe est l'envoi des disques que je gère depuis mon étroit domicile ! Pour le reste, ça dépend vraiment des périodes et du temps dont on dispose chacun de notre côté. Sur certains projets, je gère les contacts avec les artistes, le pressage des disques, la promo... Sur d'autres sorties, Onito est plus aux avant postes que moi.

O: Morgan déploie une énergie incroyable dans tous les aspects du label et s'en occupe beaucoup plus que moi. Il ne faut tout de même pas oublier l'aide ponctuel de certains de nos proches: Flo pour ce qui est du graphisme et Alice pour les traductions en anglais.

Le fait d’être basé à Besançon n'est-il pas un désavantage quand on veut faire vivre ce type de structure ?

M: Encore une fois, notre travail se fait essentiellement sur la toile. Donc, je ne pense pas que notre position géographique nous nuise énormément... Il faut juste savoir expliquer à un groupe de San Francisco où se trouve Besançon sur une carte ! Plus sérieusement, on peut effectivement penser que le fait d'avoir un label à Paris ou à Brooklyn permet sans doute une mise en lumière plus rapide. De notre côté, on a le sentiment que c'est plutôt un joli défi, certes un peu fou, de s'investir dans un label indé en 2011, dans un endroit improbable.

Comment définis-tu l’esthétique musicale et graphique du label ?

M: D'un point de vue musical, on ne se fixe pas vraiment de frontière de style. En fait, on essaie juste de sortir des groupes qui nous passionnent et qui font de la musique avec amour. Psyche, shoegaze lo-fi, drone, folk barré... peu importe du moment que cela fait frétiller nos oreilles ! Qui sait, dans six mois, on sortira peut être un disque de country slovaque ou de bossa israélienne ! D'un point de vue graphique, je dirais qu'on est tous les deux attirés par la photo (cf dark room) d'une manière générale... et il est vrai que j'ai une certaine fascination pour les triangles.

O: Je dirais tout de même que le fil conducteur de nos sorties est le psychédélisme. On se prend pas trop la tête concernant l'esthétique graphique. Étant donné qu'on n'est pas des graphistes nés, on fait principalement avec ce qu'on a, c'est à dire des photos que nous avons prises ici et là. En ce qui concerne les pochettes de nos sorties, c'est bien sur les artistes qui décident. On a pas mal de chances depuis le début car on apprécie les visuels qu'on a sorti. Ça vient aussi certainement du fait que les groupes attachent une grande importance à leur identité visuelle. Le psychédélisme étant le fil conducteur de nos sorties, une certaine homogénéité graphique s'est instaurée d'elle même.

Votre mode de production est essentiellement DIY. Tu peux nous expliquer le fonctionnement ?

O: C'est en fait un fonctionnement assez simple, on gère nos productions de A à Z. On commence par se mettre d'accord sur un groupe que l'on aime et dont la musique nous donne envie de nous bouger pour la faire partager. Puis si le groupe est d'accord, on monte un projet de sortie ensemble. Nous prenons à notre charge tous les frais de pressage et nous nous occupons de la promotion et de la distribution des œuvres. C'est pas bien compliqué mais ça demande tout de même un temps assez conséquent, surtout pour la promotion qui est un travail sans fin. Sortir un nombre limité de copies à chaque fois nous simplifie considérablement la tâche, puisque cela nous enlève le poids pharamineux du risque financier et nous permet de dormir le soir sans avoir à craindre de se planter sur une sortie. Les insomnies viennent plutôt de l'engouement et de l'excitation que suscite quotidiennement nos différents projets.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Ceux-ci viennent d’ailleurs d'un peu partout…

M: Nous écoutons tous les deux un tas de groupes complètement différents. Nos choix se font parfois logiquement, après quelques dizaine d'échanges de mails. D'autres fois, c'est un processus plus instinctif. Ça dépend. Ce sont pour certains des groupes que l'on écoutait déjà depuis un certain temps (Death And Vanilla, Metacomet, Sacred Harp) et parfois, ce sont des coups de cœur récents et instantanés (Cankun, Stag Hare). Le pays d'origine ne nous importe peu.

O: On les déniche via des blogs la plupart du temps mais il y a bien sur des exceptions comme des coups de cœur live ou des recommandations d'amis. On attache aussi une attention particulière aux relations qu'on a avec les artistes, si le courant ne passe pas très bien ou sans plus, il y a de fortes chances qu'on ne réitère pas l'expérience, même si la musique est mortelle.

A Fight For Love, Metacomet, Cankun, Sacred Harp, Stag Hare… quelle est l’histoire de chacune de ces cinq sorties ?

A Fight For Love

M: J'ai beaucoup écouté l'EP End Of Summer balancé à l'été 2010 en digital via leur myspace. Du coup, à la création du label en septembre, je crevais d'envie de l'éditer sur un support physique. Trois mois plus tard, c'était chose faite.

Metacomet

O: Groupe américain fraîchement relocalisé à San Francisco découvert au hasard d'un téléchargement depuis un blog, comme bien souvent il faut l'avouer. Étant grand fan de la combinaison dream pop mélancolique / chant féminin, j'ai tout de suite accroché. J'ai même eu la chance et la surprise de rencontrer Ian et Max, qui sont des mecs vraiment cool, complètement dans le même délire que nous musicalement et dans leur vision de la musique. C'est amusant de se dire qu'on pourrait être les meilleurs amis du monde si on vivait dans la même ville, mais ça fait surtout plaisir de créer des liens autres que virtuelles alors que des milliers de kilomètres nous séparent !

Cankun

M: J'ai découvert la musique de Cankun au hasard d'une nuit d'insomnie. J'ai tout de suite été hypnotisé par ce savant mélange d'ambient psyche et de collages funky. J'ai quasiment aussitôt pris contact avec Vincent pour lui dire tout le bien que je pensais de son projet. Le courant est tout de suite passé et la sortie a très vite été dans les tuyaux. Vincent est un type vraiment ouvert. Il nous a envoyé pas mal de morceaux (il faut savoir que ce mec est capable de composer des hymnes psychédéliques par paquet de douze !), on en a discuté, essayé différentes tracklists... Puis, petit à petit, l'album a pris sa forme définitive. C'est vraiment une sortie dont on est très fier et qui a eu de très bons échos. Et puis, elle s'est écoulée relativement rapidement !

Sacred Harp

O: Encore un artiste découvert via un blog. Il faudrait avoir un sérieux problème auditif pour ne pas se rendre compte du talent de Daniel dès la première écoute. Il a ce génie pour marier avec justesse la guitare classique et la folk psychédélique.

Stag Hare

M: On était un peu passé à côté de son premier opus sorti en 2008. C'est à l'écoute de Sandpaintingsque l'on est tombé sous le charme de son drone-folk-hypnotique.

Impossible de ne pas mettre ces deux morceaux en mode repeat pendant plusieurs semaines... C'est souvent bon signe ! On a donc décidé de contacter Garrick, seul maître à bord du vaisseau Stag Hare. Il a tout de suite été super emballé par une sortie, sa premère sur un label européen. Encore une sortie très limitée partie en un clin d’œil.

J'aime tout particulièrement l'inaugural Death And Vanilla. Tu m'en dit plus sur ce groupe et s'il y aura une suite avec eux ?

M: Cette sortie garde une saveur toute particulière pour nous. Je me souviens de mon état d'excitation le jour où les disques sont arrivés du pressage ! Concernant le groupe, il est composé de Marleen Nilsson et Anders Hansson. Ils se sont rencontrés autour de quelques passions communes : les films de zombies, le krautrock... En 2007, ils décident de former Death And Vanilla et enregistrent leurs premières compositions dans un grenier sans chauffage surplombant le vieux cimetière de Malmö. Début Octobre 2009, ils sortent leurs premiers titres (en digital) sur Beko DSL. Ce sont deux personnes très sympathiques, très réfléchies et qui ont une chouette vision de leur groupe et de la musique en générale. Ils préparent actuellement un second EP qui devrait voir le jour d'ici la fin de l'année, vraisemblablement sur Hands in the Dark ! A suivre...

Vous privilégiez le CD et le digital. Vous visez bientôt d'autres supports ?

M: Onito et moi sommes très attachés à l'objet. On a débuté en faisant du CD avant tout pour ne pas prendre d'énormes risques financiers dès le début de l'aventure et en sachant qu'il est plus facile de faire presser un nombre limité de CD. Les projets en cours sont des CD, des vinyles... On a également une sortie cassette prévue d'ici la fin de l'année (le split Cough Cool / Johnny Hawaii, ndlr). Le but, c'est que ce soit le projet qui détermine le support.

O: A titre personnel l'ouverture sur les vinyles était primordiale étant donné que je n'achète plus que ce format. Concernant le digital, on a rien sorti sous ce format mais juste remercié les acheteurs de nos premières sorties en leur proposant un morceau inédit de l'artiste en mp3. C'est franchement pas un format qui nous attire… On ne se voit pas vendre une chanson non matérialisée alors que (presque) toute la musique est accessible d'une manière ou d'une autre gratuitement.

Beko vient de tirer sa révérence digitale (lire) ? J'en profite pour connaitre ton sentiment à propos de cette structure originale et défricheuse, dont la toute première sortie est d'ailleurs Death & Vanilla ?

M: Reno est un type super. On a beaucoup échangé avec lui au début de notre aventure. Il nous a filé pas mal de conseils, a tout de suite montré un intérêt pour nos activités ! Et puis, ce mec a collaboré avec tellement de bons groupes et déniché tellement de talents... On a un immense respect vis à vis de son travail.

Quels sont les amis de Hands in the Dark ?

O: Ben et Victor du blog Eargasm Lodge qui sont des amis de date, Gloria et Pol de De Risio, les mecs de No Pain in Pop et Hartzine bien sur : une équipe cool qui depuis nos débuts nous a soutenu et a montré beaucoup d'enthousiasme pour tous nos projets ! Les amis de HITD sont avant tout les activistes qui se bougent dans le milieu de la musique pour la faire connaître et surtout pour la faire vivre !

M: Outre Beko dont on vient de parlé, on a pas mal d'échanges amicaux avec en vrac Rémi d'Atelier Ciseaux, La Station Radar, Bruno de Ruralfaune (avec qui on va très bientôt faire notre première collab'), les mecs de Bookmaker Records… Après, on a aussi évidemment plein de très bons contacts avec la plupart de nos artistes : Vincent de Cankun, Sebastien de Holy Strays, Ian de Metacomet... Au delà de la musique, il y a souvent de belles rencontres.

Tu m'as parlé de surprises de taille pour la fin de l'année. Quels sont les projets immédiats et futurs du label ?

M: Notre prochain gros projet - super excitant - est le lancement du premier volume d'une série de vinyles répondant au doux nom de Travel Expop Series. Le principe de cette série est simple, réunir à chaque nouveau numéro une poignée d'artistes de pop expérimentale et un label que nous apprécions de la même nationalité. Nous entamons donc cette série par la France, en co-production avec le label Ruralfaune. Ce premier volume réunira pour notre plus grand plaisir Cankun, Holy Strays, Je Suis Le Petit Chevalier et Voodoo Mount Sister (duo composé de High Wolf et de Chicaloyoh). Pour l'occasion, une soirée de lancement est d'ores et déjà prévue le samedi 26 Novembre à l'Espace B (Paris).

D'ici la fin de l'année, nous aurons aussi l'immense plaisir de sortir le second EP CD des Suédois de Death And Vanilla qui s'annonce selon les membres du groupe comme "more dreamy and psychedelic". Également au programme sur Hands In The Dark, une belle rencontre sur cassette cette fois (en coproduction avec La Station Radar, ndlr) entre Cough Cool, shoegaze lo-fi de Philadelphie et Johnny Hawaii, Surf psyche de Marseille.

Puis viendra 2012 avec son lot de sorties qui s'annoncent d'ores et déjà passionnantes. Il y aura un album CD de Co La, projet hypno-exotique minimal de Baltimore et le nouvel album - en vinyle cette fois - de Lumerians, groupe de rock psyché envoûtant originaire de San Francisco et qui compte un des mecs de The Soft Moon dans ces rangs. Jetez vous les yeux fermés sur leur premier disque, Transmalinnia, c'est une tuerie ! Ils vont faire beaucoup beaucoup de bruit. On est d'ailleurs à la fois surpris qu'ils ne soient pas plus connus et honorés qu'ils aient accepté de rejoindre notre modeste label.

Peux-tu présenter ta mixtape ?

O: Morgan ayant déjà répondu présent lors du dernier exercice similaire pour lequel nous avons été sollicité, c'est moi qui m'y colle cette fois. Il me semble que l'ensemble donne un aperçu assez large du psychédélisme tel que je l'affectionne et sous diverses formes bien distinctes.

Mixtape

(Download)

01. Grails - Doomsdayer's Holidays
02. Magic Lantern - Dark Cicadas
03. Women - Shaking Hands
04. Daughters of the Sun - Hexagram
05. Still Corners - Cuckoo
06. The Beatles - I'm only sleeping
07. Ginnungagap - Duel Ravens
08. Dead Meadow - At the Edge of the Wood
09. Lumerians - Black Tusk
10. The Soft Moon - Out of Time
11. White Hills - Visions of the Past, Present and Future"
12. Labradford - C
13. The Warlocks - Moving Mountains

Sorties

Futures
HITD 007 // Travel Expop Series, #1 France (Vinyl 12" / le 26.11)
HITD 008 // Cough Cool / Johnny Hawaii (Cassette / le 13.12)
HITD 009 // Death And Vanilla (CD / Fin 2011)
HITD 010 // Co La (CD / Début 2012)
HITD 011 // Lumerians (Vinyl 12" / Janvier 2012)

Passées (Shop)

HITD 006 // Stag Hare "Spirit Canoes" - Out on August 13rd
HITD 005 // Sacred Harp "Apparations at the Kenmore plantation" - Sold-out
HITD 004 // Cankun 'Ethiopian Dreams" - Out now!
HITD 003 // Metacomet "Depression Ceremony" + "Strange Riders" - Out now!
HITD 002 // A Fight For Love "En of Summer" - Out now!
HITD 001 // Death And Vanilla "Ep" - Sold-out

Video

Évènement


Interview et mixtape : Beko, bilan et perspectives

A l'heure où l'on s'apprête à lancer dès samedi une série en cinq volets sur des labels tous plus ou moins connus et approchés par l'intermédiaire de celui brestois, Beko DSL - who are you... Hands In The Dark, SVN SNS Records, Free Loving Anarchist, Crash Symbols & Skrot Up - ce dernier tire sa révérence digitale avec l'onirique single d'Ela Orleans, non moins coutumière de nos pages. Le diptyque In the Night/Song For Beko After It's Dead, gracieusement chanté par la Polonaise, revêt donc bien les oripeaux d'une ultime incantation noctambule dans lesquels se lovaient habituellement nos dimanches soirs pétris d'une curiosité souvent comblée.

Death & Vanilla, Memoryhouse, The KVB, Rape Faction, Moscow Olympics, Jamie Long, Holy Strays, Procedure Club, Coolrunnings, MillionYoung, The Bilinda Butchers, Eternal Summers, The Arctic Flow, To The Happy Few, Welcome Back Sailors, Lizard Kisses... pour ne citer dans le désordre qu'eux, la liste est longue, mais définitivement close. Ceci dit, Reno et Jack ne devraient pas nous laisser orphelins trop longtemps. Alors, avant de saluer leurs futures embardées soniques, d'ores et déjà annoncées pour 2012, dressons un bilan de ces cents singles, neuf LP, deux compilations, deux tribute, et cette dizaine de collaborations en compagnie de Reno - que l'on avait préalablement sondé au début (lire) et à mi-chemin (lire) de cette odyssée d'un genre nouveau. Un entretien - à la typographie de circonstance - agrémenté de deux mixes exclusifs écoutables et téléchargeables ci-après : l'un rétrospectif (beko_mix_beko), l'autre, prospectif (beko_for_hartzine).

Interview

Tout d'abord Reno, sans tergiverser, qu'est-ce qui te pousse à stopper l'aventure Beko DSL à sa centième sortie ?

Jack et moi avons fait le tour de beko, la sortie de ce 100ème single (référencé beko_00) c'était le bon moment et aussi notre clin d’œil à Sarah Records et puis sans mentir, une certaine lassitude se faisait sentir de notre côté mais aussi face à la banalisation des posts de certains blogs qui oublient (parfois) de citer le label ou ceux qui ignorent nos sorties. Enfin depuis l'année dernière, nous étions submergés par les demandes de sorties venant souvent de groupes inintéressants. Il fallait gérer les refus pas toujours bien acceptés mais ce fut une chouette aventure et rétrospectivement nous sommes fiers du travail accompli, de la diversité du catalogue proposé.

Tu peux nous en dire un peu plus sur la suite ?

La suite... Nous reviendrons sûrement sur la toile en 2012 mais en attendant nous avons besoin de faire une pause bien méritée !!! Un single/collaboration/album chaque lundi à gérer pendant plus deux ans, il a fallu tenir le rythme.

Ela Orleans clôture donc une série de cent single digitaux commencée avec Death & Vanilla. Pourquoi un tel choix ? Était-ce prémédité ?

Nous sommes extrêmement fan du travail d'Ela Orleans. Lost est un album de chevet. Elle était déjà présente sur les collaboration de Clan Destine Records et de La Station Radar mais elle n'avait pas son propre single beko. C'était pour nous une évidence de clôturer l'aventure avec elle en nous offrant un magnifique single... pour finir en beauté... D'ailleurs, Nocturne et Song For Beko After It's Dead sont un clin d’œil à un groupe que j'idolâtre. Concernant Death + Vanilla, les premiers à avoir accepté (avec Jamie Long) de collaborer, je suis ravi qu'un album sorte prochainement chez nos amis de Hands In The Dark.

Que retiendras-tu de cette expérience, tant au niveau humain que musical ?

Cosma de xam (phantasma disques) andrea+adam (the procedure club) mélanie (moscow olympics) manu grrrizzly morgantim (maps+diagrams) loic (club tropicana) mon ami david noirto james/tara (de fla) carl/ela (de clan destine) morten (skrot up!) fleur/jerome (lsr) la team de montréal (hobo cult, rape faction, chevalier avant garde, wicked crafts, passion party, haiduks) le collectif dieselalex/david de Svn Sns Rcrds, dwight (crash symbols) kill shaman amdiscs les gape attack ! Toutes ces rencontres avec de chouettes personnes... j'oubliais hartzine !

Musicalement aucun regret enfin... peut-être un mais dont je tairai le nom.

Les collaborations ne te manqueront-elle pas ?

J'aurais souhaité travailler avec d'autres structures, en particulier Electric Voice Records EardrumsPop et Foxy Digitalis. Electric Voice Records sort très prochainement un split cassette de Rape Faction et Chevalier Avant Garde et un chouette 7"de U.S. Girls.

Mes plus grands regrets, les Indonésiens de HeyHo! Mais la collab ne s'est jamais faite, trop compliquée ! Et The Shanghais : un grand nombre de messages envoyés aucune réponse, je pense malheureusement que le groupe n'existe plus !

D'autres n'ont jamais pris le temps de nous répondre... mais chut.... Ah oui, j'oubliais Hot Ma un groupe parisien, notre coup de cœur du moment mais c'est trop tard...

Le site servira-t-il occasionnellement ?

Le site restera actif, les singles restent disponibles, mais aucune autre info ne sera plus postée...

Parmi la grande diversité et l'immense richesse de la musique stockée sur vos serveurs, quelles auront été les sorties dont tu es le plus fier ?

Question trop compliquée, mais... Colours, Tropic Of Cancer, Procedure Club, The KVB, The Dreams/Delacave, Jamie Long/The Never Years, Muscle Drum, Blood!, Pink Playground, Moscow Olympics, Raw Moans, Bilinda Butchers, The New Lines, MSV, Ela Orleans, Death + Vanilla, Portable Morla, Daixiaole, Rape Faction, 2 Muchachos, Chicaloyoh... mais tous les autres sont vraiment chouettes.

Celles ayant eu le plus de retombées, tant pour le site que pour l’artiste ?

Au niveau des téléchargements ce sont les singles de Moscow Olympics et Memoryhouse - plus de 15 000 - et ensuite la cs02 qui arrive à 12 000 (et qui continue à être téléchargée régulièrement). Les collaborations ont très bien fonctionné - la Clan destine , La Station Radar et les tributes du Club Tropicana pour ne citer qu'elles.

Je suis très content qu'un grand nombre d'artistes soient désormais signés. Si beko a servi de plateforme de découverte, j'en suis ravi. Procedure Club méritait amplement sa sortie sur le label Slumberland , Splash >ave sur Third Side Records , Eternal Summers sur Kanine Records, Idiot Glee sur Moshi Moshi sans oublier... Memoryhouse.... D'autres suivront, j'en suis convaincu.

Celles ayant eu le plus d'impact émotionnel ?

Sans hésiter la sortie du Mater Suspiria Vision, liée à une belle rencontre. La sortie du single de Procedure Club aussi (qui nous a mis en contact avec FLA et Sore Eros), mais il y en a eu plein d'autres...

Et celles ayant été les plus compliquées à réaliser ?

Jocker ! mais la cs02 a été je pense la plus éprouvante à réaliser : sur la durée (plus de quatre mois) mais aussi sur la composition du tracklisting j'ai loupé deux artistes désormais très connus. Le délai était trop court.

Tu as demandé aux artistes et autres collaborateurs de mixer en dix morceaux l'aventure Beko. Es-tu surpris du résultat ?

Cela s'est fait naturellement, tout le monde a trouvé l’idée très chouette, chacun devait choisir ses dix titres favoris. Dur challenge pour certain... après les goûts et les couleurs... (retrouvez le harzine_plays_beko par ici).

Es-tu un peu ému de stopper net Beko ou tu as déjà la tête ailleurs ?

Je suis très content du chemin parcouru et cette histoire n'est sûrement pas finie... En attendant je vais me poser et me consacrer à mes divers projets musicaux.

Tu nous a concocté une mixtape retraçant ces presque trois années d'activisme, peux-tu nous la présenter ?

Comme je te l'ai déjà dit cela a été très difficile de choisir parmi les 300 artistes sortis. Cette mixtape reflète mon état d'esprit du moment. Si tu m'avais demandé d'en faire une il y un mois, elle aurait été différente...

La seconde, offrant un panorama vers un futur encore incertain, tu nous en touches deux mots aussi... ?

C'est une petite sélection des disques que j'écoute en ce moment. J'attends le Orcas, Benoît Pioulard et le Rafael Anton Irisarri avec impatience. Cette reprise de Broadcast par Orcas est juste sublime. 100% Silk , Phantasma Disques et Spectrum Spools sont de chouettes labels en 2011.

Pour finir nous voulions remercier tous les groupes, les labels, les blogs, les auditeurs qui nous ont suivis et plus particulièrement andréa_ mélanie_ armelle_ nafi_ charly_ noirto_ michael_ xavier_ blaise_ florence_ louise_ christophe_ yannokc_ loic_ olivier meridians_ cosmotropia de xam_ bekos et à bientôt !

Mixtapes

beko_mix_beko


DL

portable morla_i wanna be your dog (beko_skrot up!)
omebi_sea dream (beko_girls)
ela orleans_in the night (beko_00)
yves son ace_my confusion your delusion (beko_lsr)
blood!_witchless (beko_30)
turrks_coal bin (beko_lp008)
lowlands_the world pages (beko_85)
rape faction_pop song (beko_andrea)
the haiduks_use up my time (beko_hobo cult)
pink playground_low (alternate vox demo version) (beko_fla)
chevalier avant garde_sixteen candels (beko_87)
anders_fields (beko_77)
tolouse low trax_dweller (beko_74)
Λ_singularity (beko_82)
d3thplaY_ above and beyond (Cant Sleep d3thplaY RMX) (beko_box3)
ela orleans_song for beko after it's dead (beko_00)

beko_for_hartzine


DL

rowenta/khan_akustikparty (Avantgarde Explosion, Dom Elchklang, 1997)
call back the giants_just rises (The Rising, Kye records, 2011)
pink skull_salamander (Psychic Welfare, RVNG Intl., 2011)
pharaohs_uhh uhh (Silk ep, 100%silk, 2011)
nocow_moonlight flit (Ruins Tape, gimme5, 2011)
regis_blood witness (In A Syrian Tongue ep, Blackest Ever Black, 2011)
ursula bogner_sonne = blackbox (Sonne = Blackbox, Faitiche, 2011)
bruce hart_planet scene (Music For Drawing, Not Not Fun Records, 2011)
circuit des yeux_i'm on fire (live) (Portrait, De Stijl, 2011)
chicaloyoh_xocova (Quand les tables se mettent à tournoyer, Digitalis Limited, 2011)
orcas_until then (Broadcast Cover)
driphouse_in peru (Spectrum 008, Spectrum Spools, 2011)
chasing voices_ex nihilo nihil fit (ep, Preserved Instincts, 2010)
the groupies_people are still having sex with the klf (Groupie Life 69, Phantasma Disques, 2011)


Who are you XVIII Records?

Pas de foutoir sur scène, la configuration est rudimentaire. Flanquée d'une basse ronde et binaire, une batterie elliptique, réduite à sa portion congrue, soutient coûte que coûte une guitare décharnée et moulinée à la fuzz. Mines patibulaires, visages décavés, la voix s'égosille et s’éraille tandis que les godillots marquent frénétiquement la mesure, pataugeant dans le jus de bière chaude. Dans une salle bondée, pas plus grande qu'un confessionnal, souffle la caresse brûlante et enivrante de la damnation, le comptoir dégoulinant d'alcool tout autant que les corps sont maculés de sueur. C'est bien là, perdus dans l'immensité criblé de soleil de l'Ouest américain, que quelques groupes écrivent à la hâte - dégobillant, la bouche pâteuse de poussière, les standards pop de l'époque - ce bréviaire minimaliste et souillon que le punk fera unanimement sien une décennie plus tard. Un blues blanc, dépenaillé et désenchanté, grimant d'amertume et de violence un son garage rétrospectivement consacré par quelques compil' du genre (Nuggets, 1972). On est en 1965, The Sonics, The Count Five, The Seeds et consorts s'ébrouent sauvagement dans la nuit noire de Tacoma, San José et Los Angeles.

Depuis lors rien n'a changé, ou presque. Les modes et les trombines ont nargué, défilé, fané, mais le garage est resté. Ses terres d'élection, tout comme son champ des possibles, se sont même démultipliées, aux confins du globe et de la toile. Son pouilleux, épures mélodiques minimales et gouaille fiévreuse - rabibochant en quatre accords spontanéité punk et posture rock'n'roll - la recette quand bien même éculée ne s'épuise jamais. Jamais. Et Paris et la France de ne pas y échapper. On connaît depuis quelques lustres l'écurie Born Bad et ses insatiables rejetons, Cheveu, Frustration et Magnetix en tête. On se familiarise tant bien que mal avec l’exiguïté d'une Cantine de Belleville squattée sans répit par les agités d'Inch Allah Records (Zyklon Beach, Catholic Spray). Et l'on découvre XVIII Records, presque par hasard. Un jeune label, fondu dans un collectif, animé par Sébastien et Antoine. Dit comme ça, pas de quoi fouetter de chat, ni de clébard. Même gratuitement. Sauf que voilà, notre binôme sait y faire et les deux premières sorties du label en imposent. Un mois après la parution d'un split 7" réunissant les Parisiens de Catholic Spray et les deux excellents groupes australiens Assassins88 et TV.Colors, Eighteen Records livre, le 25 juillet dernier, cinq cents exemplaires vinyles de Blast From the Past, second album du trio . Un 12" aussi bon - voire meilleur - que son prédécesseur A Heart Full of Sorrow (Born Bad), permettant d’asseoir un édifice discographique bien branlé. En témoigne, l'avenir immédiat du label et l'annonce d'un 12" des Australiens de Royal Headache, largement attendu depuis son 7" paru l'année passée sur R.I.P. Society.

Pas plus, pas moins, il n'en fallait pour satisfaire désir et curiosité d'un seul tenant. Sébastien brise la glace et se fend d'une mixtape collective et commentée, à écouter et télécharger ci-dessous. A vous de faire le reste, et cliquer par .

Entrevue avec Sébastien Denis

D’où vous sont venues l’idée et la volonté de créer Eighteen Records ?

L’idée de monter un label me trottait dans la tête depuis un moment. J’en ai parlé aux amis susceptibles d’être intéressés : Sofia Karchi (Frau Sofia) qui tourne avec beaucoup de groupes et depuis longtemps (MGMT, Ariel Pink's Haunted Graffiti, Cults, Smith Westerns, Guards, Connan Mockasin, R. Stevie Moore, The Dough Rollers pour ne citer que les plus récents... la liste serait trop longue) et qui a donc un rapport privilégié avec un grand nombre d’artistes, Antoine Zéro, un passionné qui organise régulièrement des concerts à Paris (Nobunny, LiveFastDie, Cheap Time et plein d’autres). Sans oublier la bande du XVIII qui nous soutient ardemment. Ils ont tous répondu favorablement à ma proposition, ayant cette même volonté de faire avancer les choses : être actif plutôt que contemplatif.

Peux-tu nous expliquer la signification d’un tel nom ?

C’est un hommage au XVIIIème arrondissement de Paris, notre fief bien aimé ! On s’autoproclame « les rois de la butte »… sans prétention aucune.

Le fait d’être basé à Paris est-il un avantage quand on veut faire vivre ce type de structure ?

Probablement, pour l’organisation des événements et la visibilité mais pour moi, la situation géographique ne peut/doit être un frein à ce type de structure. Je suis partisan du D.I.Y., seules la volonté et l’envie comptent et que tu sois ici ou là, de toute façon tu auras toujours des gens pour te suivre, au moins un moment.

Comment définis-tu l’esthétique musicale et graphique du label ?

L’esthétique musicale du label est et restera la plus mixte possible. L’idée étant de sortir des groupes en fonction de nos envies et découvertes sans se cantonner à un style et sans restriction. Quant au graphisme, le mot d’ordre est « épuré » - C’est Florian Fournier, un ami scénographe et graphiste (avec qui je passe régulièrement des disques sous le nom de Cooligans), qui gère l’ensemble de l’image du label et tu pourras noter, outre l’élégance de son style, qu’une deuxième lecture s’impose pour en discerner l’humour : le costume d’Hailé Sélassié associé à une tête de panthère pour présenter Japanther, une Vierge à l’Enfant ornée du visage de Gilles de Rais pour annoncer le concert de /Catholic Spray, etc. Nous préparons ensemble pour la rentrée divers projets pluri-médias (web/vidéos/sérigraphies/textiles). Quant aux pochettes de disques, nous laissons carte blanche aux groupes.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Ceux-ci viennent d’ailleurs souvent d'Australie…

Le choix des artistes se fait collégialement. Nous écoutons, proposons et discutons avant de soumettre le projet aux groupes. Quant à l’Australie, Antoine et moi avons un véritable coup de cœur pour cette scène qui reste assez méconnue en France. Antoine la côtoie régulièrement et en connaît les principaux acteurs (Eddie Current Suppression Ring, Royal Headache, Total Control, Straight Arrows, UV Race) ce qui nous offre un grand nombre d’opportunités et de découvertes.

Yussuf Jerusalem, Creetens, Straight Arrows, Bazooka… quelle est l’histoire de chacune de ces quatre sorties ?

Le split Creetens/Straight Arrows est sorti sur l’autre label d’Antoine, Resistance à GOGO, le Bazooka chez Inch Allah Records, je me contente de les distribuer. Nous avons à notre actif le LP de Yussuf Jerusalem et le split Assassins88 - TV.Colors/Catholic Spray. Pour Yussuf Jerusalem, c’est une histoire de potes. Quand j’ai annoncé à Benji le lancement du label, il m’a soumis le souhait, comme une évidence, de sortir son prochain disque sur XVIII. Sacré coup de pouce pour le lancement !

J'aime tout particulièrement le split Assassins 88/TV Colours qui est devenu par la suite un split LP avec les Parisiens de Catholic Spray. Tu m'en dis plus sur ces groupes et comment une telle idée de split est-elle née et s'est-elle concrétisée ?

Les Catholic Spray sont avant tout des amis, je les ai rencontrés dans le cadre des soirées organisées par Inch Allah à la Cantine de Belleville. Leur premier split avec Zyklon Beach (White Moon Recordings), sauvage et bien lo-fi, m’a persuadé de leur potentiel. Assassins88 et TV.Colours sont une révélation pour moi. Ce sont deux groupes de la scène de Canberra, hyper productifs, avec un style bien à eux. Ce sont des adeptes du lo-fi/D.I.Y. et Tim d’Assassins88 a aussi son propre label, Dream Damage. Nous nous sommes tous convaincus de la pertinence de cette alliance. Assassins88 venait tout juste de sortir un split avec TV.Colours. J’ai proposé l’idée à Tim qui m’a demandé d’écouter son nouveau projet, celui-ci m’a bluffé : Neighbourhood, une fusion entre Assassins88 et TV.Colours. Ils ont finalement préféré garder leurs noms respectifs, probablement pour surfer sur la vague médiatique de leur excellent premier split sur Dream Damage.

Que t'inspire le groupe alsacien Scorpion Violente ?

Scorpion Violente correspond exactement au type de groupe susceptible de sortir sur notre label. J’aime vraiment leur disque sur AVANT! Records et les ai vus dernièrement en concert à la Java avec beaucoup de plaisir.

Eighteen Records a l'air d'avoir des relations privilégiées avec un autre agitateur de la scène garage parisienne, Inch Allah Records. Tu peux m'en dire plus ?

Nous entretenons des rapports amicaux avec Inch Allah. Claire et moi nous connaissons depuis longtemps et quant aux autres, ce sont tous des potes (j’ai même eu un projet de groupe avorté avec certains d’entre eux). J’ai beaucoup de respect pour l’énergie qu’ils déploient dans l’organisation d’événements, un dévouement total à la cause, c’est beau !

Du coup... y-a-t-il vraiment une scène garage à Paris ?

Indéniablement oui et la liste des groupes devient longue : Beat Mark, Teenage Moonlight Borderliners, Crash Normal, Catholic Spray, Eyes Behind, Chimiks, la Secte du futur, etc.

Le garage semble être un point nodal entre hédonisme et minimalisme. Comment en définirais-tu son essence ?

Effectivement on peut voir cela comme ça, la conjugaison du fun et de la simplicité. Pour étayer un peu, voici la réponse de Charles qui me semble assez pertinente… ou pas : « Je pense qu'il y a beaucoup à voir avec un antagonisme primaire face à tout ce qui pourrait être considéré comme une quelconque forme de succès et/ou de maturité. D'un point de vue définition du genre, c'est assez basique. Instruments électriques, formation classique basse/batterie/guitare, éventuellement un gadget ou deux du genre synthé ou boîte à rythme, et format blues, ça n'a pas trop évolué depuis la conception du genre en tant que tel avec l’avènement de la surf music. Un autre aspect qui n'a pas changé est l'âge. Le garage est par essence un truc de jeunes. Le plus jeune, le meilleur. On peut faire du garage passé 30/40 ans, mais on a intérêt à être resté sacrément con et imaginatif. Le style musical peut être super vague, parfois antinomique d'un groupe à l'autre, mais au final, le seul point de départ d'un groupe que l'on pourra qualifier de "garage" c'est l'envie de jouer, l'envie de jouer fort, et l'incapacité totale à réussir. »

Tu as toutes les compil' Nuggets ou il faut définitivement se délester des sixties ?

Je n’ai aucune compil' Nuggets mais beaucoup d’autres. La musique des années cinquante/soixante est une autre passion pour moi. J’ai même fait partie d’un groupe de surf assez longtemps… Donc hors de question de passer outre, même si ce n’est pas le sujet avec XVIII.

Eighteen Records annonce la sortie imminente du nouveau LP de Royal Headache. Quels sont les projets immédiats et futurs du label ?

Le LP de Royal Headache devrait être prêt pour la rentrée, l’album va sortir simultanément en Australie chez R.I.P Society, nous gérons l’Europe ! Nous préparons aussi des concerts que je garde secrets pour le moment. Nous avons quelques idées de sorties pour la suite, notamment un LP Assassins88 - TV.Colours, peut-être aussi un groupe de Lille. Diversité reste notre maître mot ! Catholic Spray, quant à eux, sortent leur premier LP sur Teenage Ménopause Records, dont vous allez entendre parler dans peu de temps.

Peux-tu présenter ta mixtape ?

C’est une mixtape collective : j’ai demandé aux artistes et personnes attachés au label de contribuer avec leurs morceaux préférés (du moment) et de les présenter, voilà ce que ça donne, enjoy !

Mixtape

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01. Gross Magic - Sweetest Touch

Sofia (XVIII Records Crew)

02. Scrotum Poles - Street Where you Live

Charles (XVIII Records Crew) : Y'avait donc ces connards de Dundee en Écosse qui n'ont jamais rien branlé à part sortir avec leurs propres ronds un quatre titres, Revelation, et enregistrer des démos avant de disparaître pour de bon. Le manque de prétention est aussi impossible que la qualité des compos. Il parait que Revelation s'est fait rééditer, je suis curieux de voir ça. Ce groupe est vraiment mortel.

03. Rupture - Pessimisstic View

Antoine (XVIII Records Crew) : Quels sont les bouffons qui ont dit que l'Australie est le pays des gens heureux ? Sûrement pas les mecs de Rupture, venant tout droit de Perth (ville toute aussi pourrie et isolée que Brest mais avec du soleil et de nazis), qui avec leur single Righteous Fuck, datant de 1991 et sorti sur label suisse Off the Disk, mettent à l'amende à peu près toute la planète Terre. Ah c'est un peu plus violent que Blank Dogs hein connard ?

04. Graffiti Island - Head Hunters

Pierre (Catholic Spray) : Graffiti Island c'est le haut de la pyramide des groupes anglais D.I.Y., celui qui te fait comprendre que la perfection c'est impossible parce que c'est trop simple.

05. Blank Dogs - Dismorphobia

Benjamin (Yussuf Jerusalem) : LOL

06. The Units - High Pressure Days

Shortty (Royal Headache) : I only got introduced to these guys quite recently. Still, easily the best song I've heard in the last 6 months. This was released way back in 1980 but pretty much eclipse any other song loosely defined as 'synth punk' over the last 30 years. Amazing lyrics too! "Exchange phone numbers, wither away"

07. Body Electric - Dash 1721

Florian (XVIII Records Crew) : Synth pop early electro néo-zélandaise. Face B du Pulsing EP de 1982. The Body Electric, fondé par l'ancien guitariste de The Steroids groupe punk de Wellington, propose une synth pop oscillant en permanence entre premier degré froid et distant et ironie rafraîchissante, dans le même esprit que leurs contemporains suisses de Guyer's Connection en plus énergique.

08. Total Control - Paranoid Video

Sébastien Denis (XVIII Records) : Définitivement mon coup de cœur depuis la découverte de ce groupe (une fois de plus australien), ce morceau est une claque en pleine face. Killer ! Ils viennent de sortir leur tout premier album sur Iron Lung Records, à ne pas louper !


Clan Destine Records : Interview et Mixtape

Il y eut un temps, symbolisé par le compact-disque, où l'industrie musicale était sûre de son fait. Un temps d'ailleurs où des mastodontes comme Universal, Sony Music, EMI ou Warner n'hésitaient pas à s'octroyer les entournures d'une culture alternative aussi bien en aspirant financièrement chaque label indépendant consentant (Mute, Island Records, Virgin Records...) qu'en asphyxiant, par la création de filiales autonomes bénéficiant de leur réseau de distribution (tel Small pour Sony et Geffen pour Universal), ceux disposés à lutter à armes inégales. Pur produit de l'indie américain, Nirvana, passant de Sub Pop à Geffen, squattait alors les charts avec la bénédiction des majors quand Sonic Youth faisait figure d'épouvantail d'un underground consacré annuellement sous les hospices du Lollapalooza, festival indépendant et itinérant, créé en 1991 par Perry Farrell (Jane's Addiction) et vite tombé dans la transhumance mercantile.

Par une telle emprise, insufflant un conformisme teinté d'ambitions commerciales, les majors transformèrent en l'espace de deux décennies les relations entre maisons de disques et musiciens, ceux-ci n'étant plus jaugés qu'à l'aune de leur potentialité sonnante et trébuchante, tout en diluant l'essence même de leur identité vis-à-vis d'auditeurs ne se comportant plus à leur égard qu'en qualité de consommateurs. Si le mélomane pouvait se fier aux choix esthétiques d'un label qu'il connaissait sans pour autant connaître le groupe dont il compulsait au hasard le vinyle, quelle peut être la confiance de ce dernier pour une maison de disques dont la direction artistique se trouve supplantée par la commerciale ? Infime. Soit la marge de manœuvre par laquelle une myriade de labels indépendants investirent à nouveau, dès la fin des années quatre-vingt-dix, les aspérités créatives d'une industrie musicale bientôt moribonde. Car si la concurrence de ces labels à l'identité forte n'a jamais vraiment été un enjeu pour les majors, l'émergence d'internet en constitue un d'une toute autre ampleur.

Piratage, téléchargement illégal, l'argument est connu. Mais ce que l'on souligne moins est cette poussée toute récente d'une kyrielle de micro-labels, associant les nouvelles technologies de l'instantanéité au DIY le plus intégral et diffusant leurs sorties physiques - vinyles, cassettes ou CD-R - sans passer par la case "distribution". Pas sûr que cela fasse trembler les fondations de l'industrie musicale, mais peu à peu ladite démarche de "label" reprend un sens autrement moins fermé et réservé aux initiés qu'auparavant. Différents des net-labels, ne proposant qu'un agrégat de téléchargements gratuit ou payant, ces labels n'en sont pas moins proches, partageant un esprit et une esthétique développées sans aucun autre motif qu'artistique. D'ailleurs, comment ne pas dresser un ponts entre eux alors qu'Amdiscs (lire), La Station Radar (lire), ou encore Free Loving Anarachist ont, chacun leur tour, collaboré avec la plus éminente des structures digitales, Beko Dsl (lire) ?

La dernière collaboration du label brestois résonne de ce fait tel un round d'observation annoncé. Clan Destine Records et sa cohorte de l'ombre - Petra Schelm, oFF, Gr†LL Gr†LL, Among The Bones, Gray Things, Ela Orleans, Drugs For Drunks, GHXST, Sealings, King Dude, GuMMy†Be∆R!, Fostercare, Mater Suspiria Vision, I††, Nattymari, Malibu Wands... - investissaient le 6 février dernier les limbes digitales pour une double compilation (lire) à la mesure de ses ambitions. Basé à Londres et proposant un catalogue non négligeable de sorties oscillant entre minimal-wave, witch haus, indie rock et ghost folk, Clan Destine Records confectionne au fil de ses sorties une identité sonore et visuelle seyant parfaitement à son nom et matérialisant un entremêlement d'influences à situer du côté de l'énergie et l'imagerie d'un punk anglais politisé et DIY, de la transgression que prônait la musique industrielle conçue par Genesis P. Orridge et Peter Christopherson, ou encore du chopped & screwed, né de remix au ralenti de morceaux du Dirty South par le Screwed Up Click d'Houston et en particulier de Dj Screw. Un prisme multiple donc pour une bande-son se déployant hors des sentiers battus, à la lisière d'un ciel partagé entre beauté crépusculaire et fantasmagorie noctambule. Carl - qui viendra croiser les platines avec Fleur et Jérôme de La Station Radar le 7 mars prochain à l'International lors d'un concert réunissant Ela Orleans, Terror Bird et Holy Strays (les détails => ICI) - nous entrebâille les portes d'un univers à l'extravagance magnétique en plus de se fendre d'une mixtape exclusive - à écouter et télécharger ci-dessous - dédiée à la mémoire de Peyton Houchins de Gray Things.

Entretien avec Carl de Clan Destine Records

mePeux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu Carl et qu'as tu fait avant Clan Destine Records ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you Carl and what did you do before Clan Destine Records?

C'est un secret.
What we do is secret....

Quelles sont tes premières influences musicales ? Le punk DIY ? Le post-punk anglais et américain ?
What were your first musical influences ? Punk DIY ? English and US post-punk ?

J'ai toujours eu des goûts musicaux très larges et éclectiques. J'ai grandi en écoutant du punk et du hardcore, du post-punk et du hip hop. Mais en ce qui concerne mon travail avec le label, je dirais que mes principales influences, en particulier du point de vue de l'esthétique, sont les groupes et les labels totalement indépendants et Do It Yourself, tels que Crass. Mais ma plus grande influence est sans doute Industrial Records et Throbbing Gristle et la musique hallucinante de Psychic TV, Coil, Chris and Cosey...

My personal music tastes have always been broad and wide ranging. I grew up listening to Punk/Hardcore, Post Punk and Hip Hop. But yes on what I do with the label I'd say the biggest influences, especially in an aesthetic way, are bands and labels that were totally DIY, like Crass for example. But maybe the biggest influence would be Industrial Records and Throbbing Gristle, and all the amazing music that came from that Psychic TV, Coil, Chris and Cosey, etc.

Raconte moi comment Clan Destine Records est né. Qui est derrière ? Comment vous vous êtes rencontrés et quelle a été l'idée à l'origine ?
Tell me how Clandestine Records was born? Who is behind? How did you meet and what was the idea of origin?

Plusieurs personnes sont impliquées dans le label à des degrés divers même si je suis le principal intéressé. C'est moi qui traite directement avec tous les artistes. À l'origine, le label devait servir à auto-produire certains projets dont je faisais partie... mais ça n'a pas abouti. Nous avons quand même conservé l'idée du label pour produire la musique de nos amis et tout est parti de là.

There are a few people involved with the label to varying degrees. But it's mainly me, I deal with all the artists directly. The label started originally to self release some projects I was involved in but that fell apart.....we carried on with the label idea though and released music our friends were doing and its grown from there.

Pourquoi ce nom "Clan Destine Records" ? Une marque de résistance ? Contre qui ?
Why this name, "Clan Destine Records"? A mark of resistance? Against who?

Nous n'avons et n'aurons jamais rien en commun avec l'« industrie de la musique » sous quelque forme que ce soit, à moins que ce ne soit à nos conditions et aux conditions de nos artistes, et j'ajouterais que c'est une question de musique, non de label. C'est de là que vient le nom du label. Ça a avoir avec l'intégrité par rapport à la musique.

We have and will have nothing to do with the 'music industry' in any shape or form, unless its on our own terms and our artists terms, plus its all about the music not the label. So I guess that's where the label name came from. It's about integrity to the music.

Pourquoi choisir les formats cassette et vinyle ?
Why are you choosing the K7 and vinyl formats?

Nous avons sorti pas mal de cassettes car c'est un format peu coûteux mais aussi parce que nous l'aimons. Pour ce qui est des vinyles, c'est plus une raison physique : dans son ensemble, le vinyle est un objet d'art qui véhicule les rêves, les cauchemars, l'art d'une personne, ou une partie d'elle-même. Acheter une cassette ou un disque demande un certain effort : il faut se lever pour la ou le retourner, il faut en prendre soin. Ils sont tactiles, réels. Bref, ces supports conviennent parfaitement à la bonne musique, tu ne trouves pas ?

We put out a lot of K7's because we can get a lot of good music out, and to people in an affordable way with that format. But also we just like cassettes. Also with vinyl its a physical thing, taken as a whole its an object of art. Carrying someones dreams, nightmares, art, a part of themselves. You have to make an effort when you buy a tape or record. You have to get up and turn them over, look after them. They are tactile, real. Befitting good music don't you think?

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Clan Destine Records sort aussi bien des artistes indie rock que witch haus... Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?
Clan Destine Records takes out as well indie rock as witch haus's records... How do you choose the artists you work with ?

Pour faire simple, nous ne sortons que ce qui nous plaît. Nous partons du principe que si nous aimons, quelqu'un d'autre aimera aussi. Nous avons produit beaucoup d'artistes différents aux styles musicaux différents. Mais de la bonne musique, c'est de la bonne musique et je pense qu'il est sain d'être ouvert et de ne pas se confiner à un seul genre. Ceci dit, s'il y a un point commun à toute la musique que nous produisons, c'est qu'elle a été réalisée par les artistes. C'est une évidence pour nous. L'entente avec nos artistes est également importante. Nous acceptons rarement les démos.

To boil it down to the basics, what we put out has to sound great to us, and we think if we like it, someone else will too. We have released a lot of different artists with different musical styles. But good music is good music, and I think its healthy to have an open mind and a disregard for genre pigeonholes. That said there is a common ground with everything we put out and that's that all the music we release is made by the artists because it had to be. It's also important we get on with the artists we put out. We rarely accept demos.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label ? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release ?

Nous avons eu la chance de travailler avec des artistes / designers extrêmement talentueux pour nos pochettes : Calla Donofrio, Mario Zoots, William Cody Watson, Carlos Ruiz (qui a conçu notre logo et qui nous a fait quelques couvertures), Bianca Bazzocchi, Joshua Burwell, pour ne citer qu'eux. J'ai fait moi-même pas mal d'artworks et parfois ce sont les groupes eux-mêmes qui les font. Mollie Wells et Conrad Vollmer (Petra Schelm / Warm Hands) ont fait un merveilleux boulot avec leur nouvelle cassette par exemple. Je pense pouvoir dire que l'esthétique commune à nos albums est plutôt sombre et DIY.

We've been lucky to work a lot of really talented artists/designers for our covers, Calla Donofrio, Mario Zoots, William Cody Watson, Carlos Ruiz (Who designed our logo, as well as doing some covers for us), Bianca Bazzocchi, Joshua Burwell, amongst others. I have done a lot of the covers too, and sometimes the bands do their own art. Mollie Wells and Conrad Vollmer (Petra Schelm//Warm Hands) made a wonderful zine and art for their new tape for instance. Though I guess we do have a 'dark' and DIY aesthetic that comes through in our releases.

Quelles sont les relations entre les groupes et le label ? Il s'agit juste de sortir leurs disques ou les relations sont plus fortes et soutenues ?
What are the relations between the groups and the label? It is only for releases or are the relations stronger and more sustainable?

Comme je l'ai déjà dit, il est important que nous nous entendions avec les artistes / groupes que nous produisons. La majorité de ce que nous avons produit étaient des projets d'amis ou d'amis de nos amis. Donc, nous travaillons généralement en étroite collaboration. C'est presque comme une famille ou un clan. Probablement plus comme la famille Manson ou Addams qu'une famille traditionnelle, mais tu vois ce que je veux dire...

Like I mentioned earlier its important to us to get on with the artists / bands we release. Most of what we have released has been friends projects or people we have met through our friends so it usually works out as a close relationship. Almost like a family or Clan. Probably more like the Manson or Addams family than a normal functional family but there you go...

screwpuffinDis m'en plus sur la witch haus... C'est ton attrait pour Dj Screw qui fait que tu aimes ce genre musical ?
Tell me more about witch haus... Is it your attraction for Dj Screw who makes you love this musical genre?

Je dois dire que je ne suis pas un grand fan du terme « witch haus »... En fait, je n'aime pas que l'on catégorise les choses, bien que je puisse le comprendre d'une certaine manière. Mais je suppose que ça va durer. Ça convenait à des groupes comme Pictureplane et Shams qui ont été les premiers à y recourir en faisant de la house music plus lente qu'ils accompagnaient d'images occultes. Le style couvre peut-être maintenant trop de sons disparates, mais peu importe. Dj Screw a toujours été l'un de mes artistes préférés. L'héritage que The S.U.C. et lui-même ont laissé derrière eux est plutôt incroyable. C'est triste que tant de membres des Clik ne soient plus là... R.I.P. Screw et tous les soldats des Screwed Up Clik qui nous ont quittés. Mais pour faire court, oui, cela m'a beaucoup influencé, ainsi que de nombreux producteurs de witch haus.

I have to say I'm not a big fan of the term witch haus haha. But then I'm not a fan of most pigeonholing, though I can understand it in a way. But I guess its here to stay. It suited bands like Pictureplane and Shams who first used it. Who made slowed down house music with okkult imagery. Now it covers maybe too many disperate sounds, but who cares. Dj Screw has always been one of my favorite artists. And the legacy he and The S.U.C. left behind is pretty amazing. It's sad so many of the Clik has passed though. R.I.P. Screw and all the Screwed Up Clik soldiers that have gone. But short answer, yes a big influence on me and a lot of witch haus producers, its the source.

Qu'est-ce qu'un bon morceau de witch haus ?
What is essential to make good witch haus songs?

Selon moi, et je ne peux pas parler au nom de tous, il faut simplement faire de la bonne musique. Il ne s'agit pas uniquement d'adapter la chanson d'un autre avec audace ou quoi que ce soit. Si tu veux faire de la witch haus, il faut que tu gardes à l'esprit Screw et tous ceux qui en ont fait avant toi, probablement mieux que toi. Ça doit venir de toi, pour toi.

To me, and I can't speak for everyone. It's just make good music. Not just pitch down someone else's song in audacity or something. For those that do that remember Screw and a slew of others have done that already and probably better than you. Do something from yourself, for yourself.

I††, Ice Cream, Modern Witch... des fils de Salem... ou différents et mieux ?
I††, Ice Cream, Modern Witch... all sons of Salem... or different and better ?

Ice Cream sont plus punk psychédéliques selon moi. Mais I††, Modern Witch, Drugs For Drunks, Fostercare, Nattymari, Gummy Bear, MSV et les autres artistes que nous avons sortis, ou que nous allons sortir, ont été étiquetés witch haus. C'est plutôt naturel de les comparer à , vu leur succès. Mais, pour moi, ils sont tous totalement différents. Je ne produirais pas un groupe qui ressemble à Salem, à moins qu'il ne s'agisse de Salem... ! Je suis un grand fan de Salem et Young Cream. Une réponse courte...pour changer.

Ice Cream are more psychadelic punk to me. But with I††, Modern Witch, Drugs For Drunks, Fostercare, Nattymari, Gummy Bear, MSV and the other artists we have put out, or will soon, that have been labelled witch haus, I guess its natural to compare them with Salem, with their success. But they are all totally different sounding to me. I wouldn't put out a band that sounded like Salem, unless it was Salem themselves haha. I'm a big fan of Salem and Young Cream. So short answer...different.

Dead Gaze, Ela Orleans... Tu partages beaucoup d'artistes avec les labels français Beko et La Station Radar... Quelle est ta relation avec eux ?
Dead Gaze, Ela Orleans... you share many artists with French labels Beko and La Station Radar... In what way are you related to them?

Les gars de Beko et de La Station Radar sont extras. Nous partageons des artistes avec d'autres labels aussi, comme DISARO, Sex Is Disgusting, etc. Nous nous entendons avec un tas de gens d'autres labels indépendants dont nous partageons les goûts et avec lesquels nous échangeons des disques. Le monde est tout petit en fait...

The people at Beko and at La Station Radar, are awesome. We share artists with other labels too, like DISARO, Sex Is Disgusting, etc. We have the same tastes, trade records, and are friendly with a lot of people at other DIY labels. Also sometimes its just a scarily small world haha.

Dis-m'en plus sur Ela Orleans.
Tell me more about Ela Orleans...

La première fois que j'ai entendu Ela, c'était sur le LP Lost de La Station Radar. C'est un de mes albums préférés. Quand elle a accepté, un peu plus tard cette année-là, de faire un album avec nous, j'étais super excité. C'est aussi l'une des personnes les plus incroyables que j'ai jamais rencontrées, mon alter ego...

I first heard Ela's music on the LP Lost from La Station Radar. It's one of my favorite records. So I was stoked when she agreed to do a record with us later this year. She's also one of most awesome people. I've ever met, my second self....

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Quel est le futur proche de Clan Destine Records ?
What's the near future of Clan Destine Records?

K7's par oFF, Petra Schelm / Warm Hands, Mushy / Drugs For Drugs, Nattymari / Gummy Be∆R!, Dose, GHXST et un LP par Mater Susperia Vision pour janvier ou février... Et plein d'autres à venir. Plus de vinyles l'an prochain et, j'espère, de téléchargements aussi.

K7's by oFF, Petra Schelm//Warm Hands, Mushy//Drugs For Drugs, Nattymari/ Gummy Be∆R!, Dose, GHXST,  and an LP by Mater Susperia Vision for Jan/Feb...lots more to come. More vinyls next year and hopefully downloads too.

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes ?

J'ai toujours voulu prendre Cuba et, de là, prendre les États-Unis et briser le statu quo. J'y travaille ! Sérieusement, en ce qui concerne le label, juste sortir de la bonne musique et peut-être amener les gens à penser par eux-mêmes...

I've always wanted to take over Cuba and then use it as base to take over the US and smash the status quo. I'm working on it. Seriously though, with regards to the label, just to put out good music, and maybe get people to think for themselves...

Quel est ton sentiment sur l'industrie de la musique et internet ? Les choses sont-elles différentes ? La musique a-t-elle un prix ?
How do you feel about the music industry and the internet ? Are things different ? Has the music no price ?

Je pense que les jours de l'industrie de la musique populaire sont comptés et ce n'est pas pour me déplaire. Pourquoi ? Parce que les grands labels ne reposent sur rien d'autre que sur les marges bénéficiaires et n'ont aucun scrupule à entuber leurs artistes et leurs clients. This is merde.

Ce que nous faisons, ainsi que les labels que nous aimons, n'a à mon sens rien à voir avec l'industrie de la musique grand public. Les labels comme Bathetic, Savoury Days, Night People, Sex Is Disgusting, La Station Radar, M'Ladys, Sacred Bones, FLA, Skrot Up, Kill ShamanFamily Time, Desire, Disaro - je pourrais continuer des heures - et nous-mêmes, sont une alternative à l' « industrie de la musique » populaire, basée sur la musique, l'art et l'intégrité. Cela semble prendre de l'ampleur, ce qui est évidemment génial !

Internet, comme la plupart des choses, a autant de côtés positifs que négatifs. Les avantages, à mon sens, sont la facilité de communication et de promotion et la possibilité de découvrir un tas de bonne musique. Et surtout, c'est gratuit et facile à utiliser. Donc, pourquoi ne pas le faire ? Les désavantages, avec la musique, ce sont les téléchargements gratuits qui peuvent dévaluer la musique et l'art de plusieurs façons. Mais les cordes de guitare et les sampleurs ne sont pas gratuits. Donc, soutenez vos artistes préférés, bande de cyber hippies ! En plus, le monde derrière votre porte est bien plus intéressant que ce qui, par essence, n'existe pas ailleurs que sur un écran: allez à des concerts, faites sauter le gouvernement, faites-vous renvoyer, formez un groupe, la seule chose qui soit sûre dans la vie, c'est qu'elle a une fin, ne la gaspillez pas devant un écran !

I think the mainstream music industry is going the way of the dodo and that's not a bad thing in my eyes. Why? Because major labels are based on nothing but profit margins, and have no qualms about screwing over their artists or their customers. This is merde.

I think what we and the labels we like do, is totally separate to the mainstream music industry. Labels like Bathetic, Savoury Days, Night people, Sex Is Disgusting, La Station Radar, M'Ladys, Sacred Bones, FLA, Skrot Up, Kill Shaman, Family Time, Desire, Disaro, (I could go on and on) and ourselves are an alternate to the mainstream 'music industry', based on the music, art and integrity to it. This seems to be flourishing now. This is of course awesome.

With the internet, as with most things it has both positives and negatives. Positive things in my mind are, easy communication, promotion, and you can check out loads of good music. And in the main its free and easy to do. So use it. Negatives, with music, in some ways free downloads are expected now, and i think this can devalue music, fine in a lot of ways. But guitar strings and samplers are not free, support your favorite artists, cyber hippies. Plus the world out your door is way more interesting than anything that in essence doesn't exist beyond a screen and some wires, go to a show, blow up a government building, get laid, start a band, the only thing you can count on in life is its going to end, don't spend all of it looking a screen.

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Sans mentionner les groupes du label... Quelle came te rend addict ?
Without mentioning your label's groups...  What are the things you are addicted to?

Je suppose que tu veux dire musicalement ? Tu ne parles pas de sexe et de drogue ? Les groupes que j'aime vraiment pour le moment et qui ne sont pas signés par nous sont Die Antwoord, Hounds Of Hate, Graffiti Island, Hype Williams, //TENSE//, Thee Oh Sees, Os Ovni, LA Vampires, Sauna Youth, Salem, Unison, Ty Segall, Factums, Portable Morla, Black Orphan, Gospels, Procedure Club... Je pourrais continuer indéfiniment... J'écoute beaucoup de musique. Beaucoup de vieux minimal synth, du dub et du garage punk aussi.

I take it you mean musically? Not Sex and drugs? Bands I am really liking now, not on the label are, Die Antwoord, Hounds Of Hate,Graffiti Island, Hype Williams, //TENSE//, Thee Oh Sees, Os Ovni, LA Vampires, Sauna Youth, Salem, Unison, Ty Segall, Factums, Portable Morla, Black Orphan, Gospels, Procedure Club....I could go on and on....I listen to a lot of music. Lots of old minimal synth, Dub andgarage punk too.

Pour finir, demande-moi quelque chose...
To finish, ask me anything...

Puis-je te toucher, mon ami ?

Can I touch you friend?

Mixtape

Clan Destine Records Hartzine Mix (download)

La mixtape a été confectionnée avec amour à partir de morceaux choisis de manière aléatoire parmi nos sorties passées et à venir. Elle est dédiée à Peyton Houchins de Gray Things qui nous a quittés le 28 décembre dernier. C'était un super gars et c'était toujours un vrai plaisir de discuter avec lui... tu vas nous manquer !

The mixtape is woven with love from tracks taken at random from our releases so far, or upcoming ones. It is dedicated to Peyton Houchins of Gray Things who sadly passed away on 28th of December this year. He was a great guy and it was always a pleasure to talk to him, you will be missed bro!

01. Mushy - I Kill My Faith edit
02. Gray Things - Lazy Dream
03. Dead Gaze - Tag The Stray
04. Skylines - Clean Covers
05. Fostercare - Body search
06. Neonates - Private World
07. Modern Witch - Your Life A Movie
08. Ice Cream - Little Children
09. Petra Schelm - Darker (Warm Hands cover)
10. I†† - øø_psalms
11. Nattymari - Pokey Steve Chop
12. Drugs For Drunks - ø√€® †h€®€


Who are you La Station Radar?

Micro-label aussi bien porté par la boulimie de ses deux instigateurs que par le bleu du ciel du Lubéron, la mystérieuse fabrique d'orfèvreries musicales qu'est La Station Radar méritait enfin que l'on s'attarde longuement sur son cas. Tour de ce prorpiétaire unique en son genre  en une interview documentée , une élégante mixtape  et une chronique de choix.

Pourquoi et qui se cache derrière ce nom étrange de La Station Radar ? Et d'où vous est venue l'idée de monter un label ?

Jérôme : L'idée du label nous habitait depuis longtemps mais tout a pris réellement forme à Glasgow. En 2001 nous avons décidé de partir en Ecosse… Ce fut une révélation avec des rencontres déterminantes pour la suite et la création de La Station Radar DJs (chaque dimanche à la 13th Note et mensuelle avec projections au Stereo). C’est à ce moment-là précisément qu’on s'est dit que c’était possible. Nous étions en immersion totale. On a travaillé tous les deux à la 13th Note puis ensuite au Mono et au Stereo. Toute la scène locale et internationale passait par là, toute cette énergie nous a boostés pour la création du label. Et puis l’émergence de ces micro-labels DIY comme U Sound de Tom Greenwood, Heavy Tapes, Time-Lag Records ou American Tapes a été une révélation pour nous.

Fleur : Je crois qu'on l'a toujours eue dans nos têtes, secrètement d’abord et puis nous l’avons partagée ensemble. La Station Radar c’est un mélange d’idées, un couple aussi et surtout un rêve commun… Le nom « La Station Radar » est tiré d’un album de Captain Beefheart ; ce groupe représente exactement ce qu’on voulait faire avec le label : un incroyable mélange de style. A l’origine nous étions quatre, avec nos deux acolytes Benoit et Colin des Gummy Stumps (qui est à l’origine du collectif). De retour en France nous nous sommes replongés dans le silence et nos rêves.… patience ou réflexion... ou les deux à la fois… On a pris le temps, surtout pas de bousculade. Et en 2008, on s’est réveillé, et on s’est enfin jeté à l’eau…

l_2f0de95186e141db94feb75af5b34906Vous avez débuté votre activisme à Glasgow, ville à la scène musicale foisonnante et vous le poursuivez désormais au cœur de la Provence où musicalement parlant, pas grand-chose n’à émergé ces derniers temps. Pourquoi ce choix et avez-vous modifié votre façon de fonctionner ?

Jérôme : De retour en France, black out, il a fallu reprendre un nouveau souffle, un nouveau rythme. La Provence… non ce n’est pas notre idéal musical, malgré quelques structures très chouette comme l’Embobineuse ou le Montevideo de Jean-Marc Monterra…  Je ne dirais pas que nous avons changé, nous avons principalement évolué vers internet.

Fleur : Oui, C’est un choix très contrastant avec Glasgow, surtout où nous sommes, dans le Lubéron. Et c’est pourtant cette tranquillité, cette chaleur moite qui entretiennent un certain farniente local, qui nous donne des ailes. Ici, on ne se laisse pas dissiper. On n’a pas d’autres choix que de se concentrer sur ce qu’on veut faire. La Provence c’est aussi un retour aux sources : Jérôme est originaire d’ici, moi j’ai balloté entre Marseille et Toulon. Mais cette destination n’est pas gravée dans le marbre, on ne prépare pas notre avenir en faisant des plans de vie. Rien n’est prévu. Et on n’exclut pas de retourner vivre à Glasgow ou de partir ailleurs.

Comment définiriez-vous l’esthétique du label ? Et pourquoi sortir encore des vinyles et autre CD-R à l'époque du tout digital ?

Fleur : Je dirais tous simplement que j’aime le dessin, le collage, les traits noirs (une vraie obsession chez moi), j’aime la photographie (que j’ai délaissée depuis quelques années pour le dessin). Nous partageons les mêmes goûts. Tout ça ressort forcément dans l’esthétique.C'est très instinctif en fait et le label est à voir comme une continuité – un prolongement de nous même autant dans le graphisme que dans la musique. Nous avons voulu dès le début créer une atmosphère visuelle qui nous ressemble.  Nous sommes des « mangeurs » de vinyles, CD-R, CD et cassettes. Pourquoi cela devrait-il être différent avec notre label ? Nous tenons à laisser le choix des visuels des pochettes aux artistes, nous définissons alors le type de support et suivons la création, jusqu’au choix final et la mise en fabrication. Mais il arrive aussi qu’on nous demande de créer l’artwork, et c’est plutôt très chouette... Nous avons aussi créé une série qui regroupe de minis CD-R, la Fake Tape Série, pour laquelle nous créons les artworks, tout est fait main, en petite édition.

Jérôme : Pour nous, ce n’est pas une nostalgie de sortir des disques aujourd’hui, c’est une réalité. C’est vrai qu’on est au tout digital, mais bizarrement il y a des structures qui naissent un peu partout pour sortir des disques et autres cassettes. Pour ce qui est du digital,nous allons justement nous y pencher avec une collaboration avec le label digital Beko DSL en janvier 2011.

Comment choisissez-vous les artistes que vous souhaitez sortir ? Autrement dit quels sont vos rapports avec eux ?

Fleur : Internet internet internet - et aussi des artistes qu’ont suit depuis un moment, comme par exemple Richard Young et Andrew Paine... On marche au coup de cœur – comme tout le monde je pense – enfin cela me semble normal… Ça commence généralement par un échange de mail, puis une histoire prend forme (ou pas). Je reprendrai la première impression que Joseph Ghosn a eue de notre label : il y a vu une « belle indiscipline ». Et c'est ça La Station Radar. Chez nous se côtoient la pop et l’expérimentale, le folk et de la musique plus sombre ou des choses plus noise… Et ce n’est pas parce que nous sommes indécis, au contraire nous savons exactement ce que nous voulons faire et ne pas faire.

Jérôme : Nous prenons contact directement avec les artistes. Nous recevons aussi des propositions. Ensuite nous prenons le temps de discuter avec l’artiste sur le format et l’esthétique. Certains d’entre eux sont des amis de longue date comme Liam Stefani (Skitter), Colin Stewart et Rob Churm (Gummy Stumps) ou Michael (du groupe Please, avec qui nous avons un projet en route), et d’autres le sont devenus. Il y a de belles rencontres (par internet) comme avec William Cody Watson (Pink Priest) avec qui nous avons continué de dialoguer en dehors des réalisations. Et enfin bien d’autres encore avec qui nous échangeons dès que nous le pouvons. Nous en avons rencontrés certains, comme Ela Orleans avec qui nous avons passé quelques jours à Glasgow. Et aussi de vieux rêves comme Smegma ; au départ on les a contactés pour rééditer une cassette des années 80 et Jackie (Oblivia) nous a proposé de sortir des nouveaux enregistrements et surtout un live avec les musiciens d’Airway et John Wiese. On n’a pas hésité une seule seconde. Nous continuons aujourd'hui à échanger.

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Le concept de la Fake Tape Série m'intrigue. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Fleur : Je suis très attachée aux créations qui se déclinent en série. Dans ce projet de Fake Tape Série, chaque musique, visuel et artiste peuvent être appréhendés individuellement. Une fois réunis, ils forment un tout. On voit alors la série dans sa globalité. L’approche n’est plus la même. Les pochettes de cette série sont directement inspirées par les fanzines photocopiés fait à la main. Elles sont toutes en noir et blanc et ont un aspect photocopié délibéré, c’est le dénominateur commun. Chaque Fake Tape est éditée à 50 exemplaires sur papier recyclé (tout est fait main). Fake tape, « fausse cassette », parce qu’on est parti du format des cassettes, mais que ce sont des minis CD-R.  A travers cette série, on a eu le privilège de travailler avec des artistes reconnus qui ont été emballés par le concept comme Alastair Galbraith, Neil Campbell, Richard Youngs, Andrew Paine et bientôt Oblivia (de Smegma), qu’on n’a pas hésité à mélanger avec des artistes récents : Archers By The Sea, Daniel Klag, Skitter, Bird, Lee Noble, Dirty Beaches, Yannis Frier, Pink Priest, Indian Camp… Et bientôt Enfer Boréal, Je Suis Le Petit Chevalier, Heavy Hawaii, Cloud Nothings, Skitter With Ela Orleans, et d’autres en cours de réflexion…

D'où est née l'idée de la compilation La Station Radar sortie récemment ?

Jérôme : Elle est venue d’un besoin de mettre sur un même support tous ces groupes émergents ; on a ressenti une effervescence musicale et on a voulu la graver à jamais. On ne pensait pas mettre un an pour l’élaborer. Les premiers groupes à nous avoir donné les morceaux comme Cloud Nothings et Blessure Grave avaient explosés entretemps. On a demandé à Pink Priest et Jeans Wilder de participer en nous proposant des groupes qu’ils aimaient. Après avoir procédé à un choix final, il nous a fallu deux semaines pour trouver le bon ordre, la bonne combinaison. On y a passé quelques nuits… Je me suis occupé du mastering et de la mise en place des morceaux. Fleur a pris en charge la création de la pochette.

Vous effectuez un gros travail de stylisation de vos sorties. Le contenu est-il aussi important que le contenant ? Vous restez de véritables fétichistes de l'"objet disque" ?

Fleur : Je vois le contenant comme une attention particulière pour mettre en valeur le contenu, une cerise sur le gâteau, une bonne ou une mauvaise (à chacun de voir). Nous prenons soin des artworks et des rendus. Il y a toujours une réflexion derrière une sortie. L'objet, le visuel, la pochette accompagnent la musique. Mais je ne pense pas pour autant qu’ils soient plus importants ; ils nous permettent de donner des informations et mènent à un autre niveau de lecture. Je ne me considère pas comme une fétichiste de l’objet disque ; j’aime le disque vinyle, c’est sûr, mais j’aime les autres formats tout autant. C’est vrai que j’aime prendre l’objet dans ma main, le sentir, le regarder encore, le laisser là à la même place un petit moment pour mieux replonger mes oreilles dedans … Ça fait très rituel tout ça, haha ! Mais je fais ça avec beaucoup d’autres choses. J’ai des boîtes « à trésor » comme dit Théo (notre fils de 4 ans) où j’aime revenir et replonger ma main. Ce sont des images que je découpe depuis plusieurs années et que je garde. J’ai aussi une passion pour les livres-dessins ou les livres-photos comme j’aime les appeler… Et forcément ça nourrit notre propre approche de la création. Enfin c’est un peu envahissant tout ça… Chacun accepte les obsessions de l’autre.

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Joseph Ghosn, en parlant de vous dernièrement via son blog, affirmait qu'il ne se souvenait pas d'une époque aussi "prolifique" pour la musique. Partagez-vous ces propos ?

Jérôme : Il a raison, il n’a jamais été aussi facile de faire, d’enregistrer et de diffuser sa musique, ce qui donne une explosion de groupes, d’anonymes qui diffusent leurs morceaux dans le monde entier via internet. L’underground n’a jamais été aussi simple d’accès. Il y avait avant un vrai travail de chercheur, il fallait être sur le terrain et trouver les fanzines. Aujourd'hui, Il y a une effervescence de micro-labels, de structures, de blogs, et le web en est le principal instrument. Et ça incite à relever le défi. Cela permet à des petites structures comme nous d’être visibles. Nous produisons en petite quantité, nous gérons tout nous-mêmes de A à Z. Et c’est le cas de plein d’autres labels.

Cependant la félicité des labels n'est-elle pas ces derniers temps mise à mal avec l'avènement d'un média comme internet qui modifie notre façon d'aborder la musique en permettant de la diffuser à grande échelle à moindre frais ? Que peut encore apporter une structure comme la vôtre ? Et qu'est-ce qui vous distingue des labels plus conventionnels ?

Fleur : Avec internet, on peut diffuser sa musique à grande échelle. Chacun peut venir faire son petit marché et composer sa bande-son du jour presque gratuitement. Pourquoi continuer ? En toute honnêteté, nous ne réfléchissons pas à tout ça. Pour nous, notre but premier est de permettre à des artistes de laisser une trace physique de leur travail. Nous ajoutons à cela le contact humain, et un choix évident dans l’esthétique et l’objet. Les ventes permettent de sortir d’autres artistes. Nous avons, tous les deux, des occupations professionnelles la journée qui nous permettent de payer nos factures. Et qui nous ont aussi permis de lancer le label... Nous avons juste une énorme envie de faire et de créer quelque chose avec des artistes qu’on aime. Ce qui est peut-être différent chez nous, c’est que nous le faisons au milieu de nulle part, haha ! Nous nous levons le matin avec le même sourire, frétillant à l’ouverture de notre boîte mail ou à la première écoute de morceaux attendus. Il m’arrive (souvent d’ailleurs) de ne pas dormir parce que j’attends avec impatience un mail ou parce que j’écoute en boucle une prochaine sortie…

Vos collaborez de plus en plus avec d'autres structures comme Atelier Ciseaux et prochainement  Night People. Quels sont les avantages de tels partenariats ?

Fleur : Ces collaborations sont à voir comme des échanges entre personnes et une envie commune pour un artiste. Avec nos amis d’Atelier Ciseaux, nous en sommes à notre deuxième « collab » et on a l’impression de n’être plus seuls ici. Et ça fait du bien ! Tout a démarré par curiosité, je pense, avec une envie commune de savoir qui se cachait derrière chaque label. Et puis la première collab a pris forme. Nous avons alors partagé nos idées, nos visions, le stress lié à une sortie, et surtout la joie de sortir ce 45T de Terror Bird. Collaborer, c’est aussi passer du temps à se parler, à écouter l’autre et à faire des choix ensemble. Dernièrement, quelques verres nous ont permis de sceller ce début d'amitié. On essaye malgré tout de garder chacun notre propre identité, mais elle est forcément altérée - en bien. Nous allons sortir ensemble le premier album de Jeans Wilder en novembre prochainn et autant dire qu'il y a de l'excitation mélangée à de l'impatience, et tant mieux ! D'autres collaborations suivront certainement, nos deux labels ont emprunté la même route, c'est vrai que c'est une belle rencontre...

Nous avons d’autres collaborations prévues comme avec les labels Night People et Beko DSL, et nous sommes heureux d’annoncer une future collaboration avec le label Bathetic. Nous faisons ça le plus simplement possible. Nous choisissons de collaborer avec des labels dont nous aimons les artistes et avec qui nous avons une connexion. Il y a bien sur un avantage financier puisque nous partageons les frais de production. Nous nous partageons le travail pour la promo, nous joignons nos forces et multiplions les contacts. Nous découvrons aussi comment chacun travaillen et c’est très enrichissant. Cela permet de se remettre en question et d’envisager certaines choses différemment par la suite.

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Comment vous voyez-vous dans les prochaines années ? Vers quoi souhaiteriez-vous évoluer ?

Jérôme : Nous aimerions tout simplement continuer… En toute honnêteté, nous n’organisons pas de plan à long terme. Nous avons des idées que nous aimerions développer si cela dure encore suffisamment de temps, mais nous ne sommes pas encore en mesure d’en parler aujourd’hui, parce que pour l’instant ce ne sont que des rêves… Alors par superstition on va les garder encore entre nous deux comme nous l’avons toujours fait et nous verrons…

Qu'est-ce que vous nous mijotez pour la fin de l'année ?

Jérôme : Cette fin d’année sera marquée par le chiffre 2 : deux sorties en co-release, avec deux labels et aussi deux artistes qui split.

- Sortie du split entre Ela Orleans & Dirty Beaches, Double Feature, sous la forme d’un 33T, en collaboration avec le label Night People. Quand Shawn nous a contactés, on a dit oui sans réfléchir. On aime beaucoup ce qu'il fait avec son label. Ela Orleans et Dirty Beaches ont joué ensemble et de là est née l’idée du split ; c’est devenu un désir commun de collaborer.

- Sortie du premier album de Jeans Wilder, Nice Trash, en collaboration avec le label Atelier Ciseaux. Jeans Wilder a déjà sorti deux vinyles chez nous : un split avec Jen Paul (33 T sorti en septembre 2009) et un 45T, Simpler Times (sorti le 16 août 2010), ainsi qu'un 45T split chez nos amis d'Atelier Ciseaux avec Best Coast, et quelques cassettes sur Night People, Bathetic, etc.

Et aussi prochainement :

- Skitter with P6 (45T)

- Archers By The Sea (33T)

- Horsehair Everywhere (33T)

- Beaters / Ale Mania Split (45T)

- Dead Gaze (45T)

l_616d75cd98e946d5ba3a88c846749678Qu’elle est votre dernière grande découverte musicale et votre dernière claque scénique ?

Plus qu’une seule découverte (qui nous limite) voilà ce que nous avons écouté récemment, en dehors des prochaines sorties de La Station Radar qui tournent en continu, comme l’album d’Archers By The Sea qui a été notre disque de chevet pendant de longues semaines, l’album d’Horsehair Everywhere ou dernièrement le premier LP de Jeans Wilder.

Jérôme : J'ai beaucoup écouté Julian Lynch, oOoOO, Peaking Lights, Ducktails, High Wolf, Wet Hair, les Hexes de Pink Priest ; je me suis replongé avec joie dans le Flat Fixed et The Magik Fire de JOMF, Lunar Blues de MV & EE, Movietone, The Urinals et les vieux groupes de Flying Nun Dead C, The Clean, The Bats... Ma dernière claque scénique est plutôt une expérience sonore, L’été, j’accueille (où je travaille) pas mal d’artistes de festivals de jazz et de classique, et l’été dernier il y avait ce musicien, Hank Jones, qui a joué à l’époque avec Charlie Parker. Il voulait absolument un piano dans sa chambre, du coup les festivaliers lui ont trouvé un synthé, et un après-midi je suis allé l’écouter dans le couloir. Le son des accords était saturé et donnait un drôle d’écho dans le couloir, mélangé avec le bruit d’un aspirateur. J’ai ce jour-là entendu une drôle de musique.

Fleur : Dernièrement, j’ai beaucoup écouté les sorties de Night People comme Broken Water, le Blunt Instrumental EP de Tyvek, Parade of Thoughts / Can't Sleep d'Yves/Son/Ace, et j'ai aussi beaucoup réécouté Imaginary Falcons de Peaking Lights. Lacompilation du label Clandestine Records est longtemps restée sur la platine et dans mes oreilles… Ah oui ! Et je ne me sépare pas beaucoup d’Harry Smith’s Antology of American Folk Music, le volume 2 (Social Music) que j’ai acheté lors de notre dernier séjour à Glasgow en février. Et trés récemment j'ai découvert le travail de Felicia Atkinson qui m'a donné envie d'en écouter davantage. J'aime beaucoup ce qu'elle fait. Ma dernière claque scénique a été Ela Orleans. Je l’ai découverte pour la première fois sur scène à Glasgow justement. Ce concert était bien parti pour ne pas se faire… Pendant la balance, la prise s’est mise à cramer et sur le coup, on pensait que le matos avait fondu aussi… Non heureusement ! Il a fallu qu’on trouve une prise de rechange avec branchement américain, pas facile à deux heures du concert, mais on a trouvé… On refait les tests : tout marche. Et puis là d’un coup sa guitare pète sous ses doigts ! Heureusement, le guitariste des Gummy Stumps lui a prêté la sienne. Je ne sais pas comment elle a fait pour gérer un tel stress… Et elle nous a tous subjugués, avec ses loops et sa voix en écho… On l’a filmée évidemment, et de temps en temps je me refais le concert en solo.

Le mot de la fin ?

Haha... Not today… Non, vraiment... Merci.


Merci à Fleur et Jérôme  pour leur disponibilité, leur  enthousiasme et leur patience.


Veronica Vasicka (Minimal Wave) l'interview

Minimal Wave, label éponyme de ce genre des années quatre-vingt, réédite depuis 2005 des perles obscures et oubliées d'Oppenheimer Analysis à Moderne en passant plus récemment par Deux. Et derrière tout ça se cache la discrète mais passionnée Veronica Vasicka qui, au bout de six ans, a réussi à monter un des labels les plus intéressants  pourtant fondé uniquement sur des rééditions. La patronne s'explique pour Hartzine sur ses débuts, son futur et ses différents projets....

Pourquoi as-tu lancé ton propre label ?

En 2003, je tenais une émission de radio sur East Village Radio, "Minimal-Electronik Plus" (devenue plus tard "Minimal Wave"). Je voulais que l'émission soit éducative et je m'étais lancé le défi d'amener deux heures de nouveautés chaque semaine. J'étais particulièrement intéressée par la musique synthétique des années quatre-vingt, qui m'avait déjà marquée à l'adolescence. Du coup, je me suis focalisée sur cette période pré-new wave : minimal synth et coldwave. J'ai commencé à faire de plus en plus de recherches et réalisé que beaucoup de bonne musique n'avait pas été proprement sortie. Le point déterminant a été la fois où j'ai joué dans un petit club et j'ai mis The Devil's Dancers par Oppenheimer Analysis, qui était seulement sorti en cassette à 200 exemplaires. Le public a immédiatement bien réagi ; il venait à la cabine du deejay pour demander ce que c'était. Cela a été déterminant pour le lancement du label, et m'a fait prendre conscience que je n'étais pas la seule à aimer ce genre.

Peux-tu nous décrire, avec tes mots, ce qu'est la minimal synth / minimal wave ?

Le terme minimal wave est apparu il y a peu de temps, dû au regain d'intérêt envers les racines du pré-midi electronic new wave (1978-1985), émanant principalement d'Amérique du Nord, d'Europe et du Japon. Cette musique est souvent référencée comme minimal electronic, minimal synth, cold wave, new wave, techno pop ou synthpop, tout dépend des particularités du genre, de l'année et de l'origine du groupe. Beaucoup de ces derniers enregistraient leur musique sur cassette ou vinyle qu'ils distribuaient eux-mêmes. Ils créaient leur musique avec des synthés et des boîtes à rythme qui restaient fidèles aux sons de batterie obtenus en faisant de la programmation sur synthé et des mélodies fines et pleines de treble. Ils mettaient l'accent sur le son artificiel du synthé au lieu de le faire disparaître. Les éléments principaux : un beat mécanique, répétitif et des vocaux en contrepoint de ce côté artificiel. Les groupes n'ont jamais essayé d'utiliser les synthés afin d'imiter les groupes pop mainstream de cette période. Cependant il est vrai que certaines structures de chansons sont similaires à celles de la pop. On obtient une new wave très épurée. Comme le disait Jeremy Kolosine (l'un des membres fondateurs du légendaire groupe de synthpunk Futurisk), dans Alternative Rythms (juillet 1983) : "On peut espérer que le concept de "synthpop" disparaisse. Ça peut paraître étrange de me l'entendre dire ; mais si la "synthpop" disparaît, alors on utilisera les synthétiseurs."

Il y avait plein de genres qui émergaient pendant les années quatre-vingt. Pourquoi as-tu choisi ce style en particulier ?

Ce n'était pas un choix conscient. J'ai une passion pour ce genre. Peut-être que tout a commencé lorsque j'ai reçu, à 11 ans, pour Noël, un Casio SK-1, ou peut-être la station de radio indépendante que j'ai écoutée pendant ma jeunesse et dont je faisais des compilations grâce à mon radiocassette .

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Peux-tu nous décrire la manière dont tu procèdes pour sortir un vinyle ?

Premièrement, je contacte le groupe et vois s'ils sont intéressés par une réédition de leur musique. S'ils sont d'accord, je leur demande tous leurs morceaux et ensuite je sélectionne ceux qui sont, à mes yeux, leurs meilleurs ou ceux qui, ensemble, donnent un album des plus logiques. Ensuite nous faisons le mastering. Puis je fais la tracklist, et écoute en continu les morceaux jusqu'à ce que j'aie une idée pour l'artwork. A 90% je le fais moi-même, à moins que je me sente coincée et donc là je fais appel à d'autres artistes. Et pour finir nous envoyons les tracks et l'artwork à l'usine pour qu'ils nous fassent l'album.

Tu as choisi le format vinyle. Pourquoi ce choix ? Penses-tu que cela fait partie de l'image de la minimal wave ?

J'aime le vinyle pour le côté tactile qui est perdu avec le format digital (cd et téléchargement). J'aime que l'artwork amène à un autre niveau d'écoute et aussi la graduation visible sur le vinyle. L'art et la musique sont pour moi très connectés, le vinyle fut donc un choix naturel. Je pense qu'ils s'améliorent les uns les autres : vinyle, pochette, notes.

Tu as aussi créé un sous-label à Minimal Wave, Cititrax. Pourquoi cela ? Que voulais-tu explorer ?

J'avais envie de créer un label pour la musique que j'apprécie qui soit autre que de la minimal wave. J'aime beacoup les débuts de la house de Chicago et les nouveaux groupes qui utilisent les synthés d'une façon moderne. Tandis que Minimal Wave a généralement un côté froid et sombre, Cititrax est plus solaire. J'ai réédité un album culte de Chicago Z-Factor, The Dance Party Album, peut-être un des premiers exemples de house et probablement le seul album de house. Il y a aussi un groupe, Medio Mutante, qui
"wrings a mutated blend of raw and propulsive energy from their limited analogue gear." [torture un mélange mutant d'énergie brute et propulsive de son équipement analogique limité].

Tu fais aussi de la musique au travers de ton projet 2VM. Est-ce un cheminement logique ? Comment as-tu produit cet EP ? Avec l'aide de Marc Houle ?

Oui, bien sûr. Nous étions ensemble et partagions un studio ensemble. Je faisais déjà de la musique de mon côté et nous avons décidé de collaborer. 2VM était un projet à deux, et nous avons enregistré environ une trentaine de morceaux. Nous les avons envoyés au label allemand Genetic qui les a immédiatement sortis (l'EP Placita). Eventuellement, les autres verront un jour la lumière du soleil.

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Ton label vient juste de sortir la compilation The Minimal Waves Tapes parmi d'autres tels que The Found Tapes, The Lost Tapes, etc. Quel est but de faire une compilation ? Comment décides-tu quels artistes seront sur une compilation et lesquels méritent une édition complète ?

Les compilations servent d'introduction pour les novices. J'ai commencé à faire des compilations car j'aimais en faire pour mon émission de radio, et essentiellement parce que c'est sympa de combiner des tracks qui vont bien ensemble. Je prends un réel plaisir à les faire, mais cela prend plus de temps vu le nombre d'artistes impliqués. Parfois, acheter la licence d'un morceau pour une compilation amènera à une sortie complète, comme pour Deux et Futurisk. Ce n'est pas tant à propos de quels artistes méritent une édition complète ou non, ça arrive naturellement lors de discussions.

Tu es aussi DJ. Comment va la nuit à New York ? N'est ce pas dur d'être une artiste dans cette ville ?

C'est vraiment bien. La vie nocturne s'est améliorée ces dernières années. Il semble que devant la crise économique, les gens cherchent plus à se libérer, à sortir. Cela a été  particulièrment bien pendant la période estivale. Je mixais une fois par semaine depuis le printemps et c'est  dur de trouver des dates. Je n'ai pas d'agent ou de RP. Tout se fait par le bouche-à-oreille. Et je réalise que plus je joue, plus les personnes entendent ce que je fais, ce qui amène à de meilleures dates. J'ai récemment mixé au MoMA (Museum of Modern Art) pour une exposition sur la typographie. Un vrai honneur. Le 10 juillet, je vais mixer au PS1 Museum à Long Island.

Tu as étudié la photographie. Souhaites-tu explorer d'autres formes d'art que la musique ?

Oui, j'ai une passion pour la photographie et je l'intègre dès que c'est possible aux albums. J'ai appris par moi-même les bases du graphisme donc cela me permet d'avoir un échappatoire et de toujours travailler pour le label. Je suis inspirée par la typograhie suisse, le mouvement futuriste italien et le mouvement situationniste des années cinquante et soixante.

Aurais-tu voulu signer des artistes sur Minimal Wave que tu n'as pas pu au final ?

J'ai toujours voulu sortir Space Museum de Solid Space. En 2005, j'étais en contact avec un des membres, Maf Vosburgh, au début du label, et je l'ai interviewé ainsi que les autres membres. Il a fini par me donner le master de l'album mais il reste toujours hésitant pour une réédition. J'aimerais toujours le faire !

Peux-tu nous en dire plus à propos du site internet ?

Je l'ai créé en 2005. Je voulais en faire une base de données en ligne autour de la musique de la fin des années soixante-dix et du début des années quatre-vingt avec des interviews, des clips vidéos... Créer une communauté de fans qui peut avoir accès à une librairie virtuelle. J'ai été fortement inspirée par le livre International Discography of the New Wave: Volume 1982 / 1983 et par un magazine hollandais de musique des années quatre-vingt appelé Vinyl.  Mais après la sortie du LP d'Oppenheimer Analysis, je me suis plus penchée sur les activités du label, les futurs vinyles et j'ai créé des moyens pour que les gens puissent les écouter comme bon leur semble.

Quel est le futur de Minimal Wave ?

Je suis actuellement en train de créer un nouveau site internet qui sera plus interactif.  Il mettra en avant des évenements autour du monde, et la communauté qui s'est créée autour du label. Le label s'agrandit de plus en plus et sert de connexion pour différents groupes actuels qui ont le même esthétisme musical. Il y a beaucoup d'albums en devenir qui sont intéressants et j'entends bien les sortir. Je travaille aussi sur une sortie Italo pour Citiras, un artiste que j'admire depuis bien longtemps ! Tous ces futurs projets seront annoncés bientôt à travers le site internet.