Who are you Not Not Fun?

Feindre de découvrir le label angelin Not Not Fun (NNF) - un filon prolixe et continu de nos trends musicaux - pourrait paraître surprenant quand bien même aucun écho n'avait été jusque là proposé de façon aussi directe à l'un de ses géniteurs, Britt et Amanda Brown. D'ailleurs, lorsque j'ai contacté Britt, ce dernier paru bien plus motivé à l'idée de confectionner un mix - ci-après en écoute et en téléchargement - que de ressasser une histoire entamée depuis presque plus de dix ans. La musique et avant tout la musique, tel un passionné jamais rassasié, notre homme n'est pas là pour se gargariser. Pourtant les jalons de cette aventure discographique sont riches en enseignements.

Contextualisation : 2004, la scène punk expérimentale de Los Angeles, l'attrait pour le format cassette et la première sortie du label, Have An Uptight Party - une première référence incrémentée depuis lors jusqu'au numéro 275. Durant deux ans, le label naissant va exclusivement se consacrer à des productions californiennes underground, sortes de peintures en négatif et décalcomanies crasses d’une Cité des Anges urbaine et cramée de soleil. C'est ainsi que défilent sur les bandes magnétiques de NNF un nombre incalculable de formations aussi éphémères que radicales, germes d'une scène indie encore loin d'être figée. Pour exemple, et à quelques exceptions près (Abe Vigoda), sur les quelques vingt groupes réunis sur la compilation ironiquement intitulée Love Means Never Having To Say You're Sorry (2004), aucun ne poursuivra plus avant l'aventure sous ses oripeaux patronymiques initiaux. En revanche, chacun s'emploie à dégrossir ses idées, lesquelles se formalisent sur la durée. Il en va de Ducktails, de Sun Araw, de Raccoo-oo-oon - devenu depuis Wet Hair -, mais aussi de Robedoor - le projet de Britt - et de Pocahaunted qu'Amanda forme avec Bethany Cosentino (Best Coast). Profitant de la notoriété expansive de la plupart de ces derniers, mais aussi de leur démarche exploratoire et ouverte aux sonorités lo-fi, noise, drone, psyché, indus ou électronica, le label acquiert une dimension nouvelle et un rythme de sorties impossible à tenir pour tout auditeur lambda.

Fait par des musiciens, la passion prend le pas sur la rationalité et les cassettes affluent en pagaille alors que la structure commence à lorgner à l'étranger. C'est dans ce contexte que Maria Minerva radine son joli minois et qu'une tripotée de Français s'invitent à la fête avec, dans le désordre, le Rennais High Wolf, le Parisien Holy Strays et le Montpellierain Cankun. Dès 2010, alors que NNF s'essaye aux productions vinyles, Amanda s'adonne à ses penchants club pour initier de façon quasi concomitante L.A. Vampires et la division disco du label, 100% Silk. Même démarche, mêmes effets, une petite tribu se forme, d'Ital à Magic Touch, en passant par Cuticle, Octo Octa ou Innergaze, et s'en va pervertir les dancefloors d'Europe et d'ailleurs. L'année suivante, NNF sort 936 des Peaking Lights - partiellement remixé par les artistes 100% Silk (lire) - installant s'il le fallait le label au centre de toutes les attentions : celui-ci devient une sorte de marque de fabrique dépassant le strict cadre de son activité.

Entretien avec Britt Brown

Le nom du label semble signifier que la musique n'est pas un jeu alors que la marque du temps est justement de considérer tout comme un spectacle, un amusement... Ce nom est-il une preuve de résistance ?
The name of the label seems to mean that the music is not that a game. Isn't it the mark of the time what to consider everything as a show, a game? So, the name "Not Not Fun" is like a kind of resistance?

« Not not fun » est une expression utilisée par Amanda lors de notre première rencontre pour qualifier une chose de « pas amusante mais PAS amusante du tout », ce qui décrit assez bien la gestion d'une entreprise dans le domaine de la création en général. C’est-à-dire une tonne de tâches emmerdantes et rébarbatives heureusement contrebalancée par le côté enrichissant, inspirant et stimulant de ce travail. Même en considérant la musique comme un jeu, nous prenons ce que nous faisons très au sérieux. Nous croyons évidemment en l'humour et en l’espièglerie et gardons cela en perspective. Je considère que nous diffusons une forme d’art... mais cela ne veut pas dire que ça doit être fait de façon pesante et exagérément sérieuse.

Not not fun is a phrase amanda used to always say when we first met describing something as "not fun, but NOT not fun". Which sort of describes what it's like to run a creative business in general. Itt's a shit-ton of work, but it's rewarding and inspiring and stimulating in a way that counter balances all that effort. As far as music being a game, we take what we do very seriously but we definitely believe in humor and playfulness and keeping a perspective on things. I consider what we release to be art on a certain level, but that doesn't mean it needs to be presented in a stuffy, overly serious way.

Après plus de deux cents sorties en six ans, comment juges-tu votre travail ? Considères-tu toujours NNF comme un label artisanal ?
With more than two hundred releases to your credit in six years, how do you judge your work? Do you still consider NNF like a bedroom label?

Nous dirigeons toujours le label avec notre cœur car nous n’avons pas une âme d'homme d’affaires. Le label est pourtant devenu quelque chose d’assez professionnel qui nous prend pratiquement tout notre temps. Nous sommes plus disposés à nous tourner vers l’avenir plutôt que vers le passé, de sorte qu'il est difficile pour nous d'évaluer notre travail. Nous pensons que tout ce qui nous arrive est merveilleux.

We still run the label with a bedroom sensibility because at our core neither of us are business-people, in terms of what interests us in this endeavor. but it's also become a pretty professional thing and basically devours all of our time. We're more inclined to look forwards than backwards, so it's hard to say how we judge our work. we think everything coming is brilliant.

En tant que musicien et gérant de label, Los Angeles a-t-elle une influence particulière sur ton travail ?
As musicians and as label owner, Los Angeles has a strong influence on your work?

Je pense que Los Angeles influence plus fortement le côté personnel qu'artistique des gens. J'aime la mentalité de cet endroit en tant que ville, je n’aime pas systématiquement des groupes ou artistes originaires de LA. J'aime et j’ai toujours aimé vivre ici.

I think LA has a stronger influence on as people than as artists. I like the attitude of this place as a city, i don't typically like bands or artists more when they're from LA, but i love living here and always have.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que vous essayez de garder à chaque sortie ?
What's the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Plutôt que d’utiliser chaque sortie comme outil de propagande pour faire valoir une plus grande esthétique du label, nous nous préoccupons davantage de la musique, album par album. J'aime l'état d’esprit du fan. Vous avez des préférences qui influencent tous vos choix, mais qui évoluent constamment, et souvent vous vous surprenez à aimer un artiste qui fait un type de musique qui ne vous aurait normalement pas attiré. Nous essayons toujours de rester ouverts à ce comportement.

We're more concerned with the music on an album by album basis than we are using the releases as propaganda to assert a larger label aesthetic. I like the attitude of being a fan. You always have a taste and it threads through everything but it's constantly changing and often times you find yourself loving an artist who makes a type of music you typically never gravitate to. We always try to stay open to that.

Est-ce pour ne pas dévier de l’esthétique initiale de NNF que vous avez eu l'idée de créer 100% Silk ? Tu peux m'en dire plus sur ce projet ?
It is for not distort the aesthetics up to here defended that you had the idea to create 100% Silk? Can you tell me more about this project?

Amanda n'a jamais voulu se lancer dans un autre label pour promouvoir son projet solo. Elle a uniquement eu l'idée de sortir des productions de dance music d’amis et de musiciens qu’elle respecte et adore. Elle a eu l'idée de 100% Silk de la même manière que nous est venue l’idée de NNF - suivre la passion, l'intérêt et l'art divin.

Amanda never wanted to start another label to promote her solo project. she's only ever been inspired to release dance music by friends and fellow musicians who she respects and adores. she had the idea for 100% Silk the same way we first had the idea for NNF - you follow the passion, the interest, and the awesome art.

Quelle est la relation entre les groupes et NNF ?
What are the relations between the bands and NNF?

Quelques-uns des artistes avec qui nous travaillons sont des amis, d'autres sont des cyber‑relations. Et puis il y a certains artistes que nous n'avons jamais rencontrés à cause de la grande distance qui nous sépare. Mais c'est agréable d'établir une relation humaine dès que possible, lorsque les circonstances le permettent.

Some of the artists we work with are friends, others are more email acquaintances. Some we've never been able to meet before because they live so far away. But it's nice to have as human a relationship as possible when circumstances allow it.

Après la réédition de Geneva Misses (Mental Groove Records, 2012), quelle est la suite pour Pocahaunted ?
After the re-issue of Geneva Misses, what will be the suite for Pocahaunted?

Le projet Pocahaunted est clos depuis des années et il n’y a rien de prévu dans le futur.

Pocahaunted's been broken up for years. There's nothing in the future.

Quel est le futur proche de NNF ?
What’s the near future for NNF?

La musique et encore la musique

Music, music, music.

Mixtape

01. Bruce Hart - Hartwork (fitting track for 'Hartzine' i thought! haha)
02. Maria Minerva - Coming Of Age
03. White Poppy - Trouble
04. Father Finger - Separation Anxiety
05. Golden Donna - Infinite Earths
06. Design - Bubbles
07. Cruise Family - Gone By Dawn
08. Super Jam presents: Upper Layer Cruisers - End Credits
09. Russian Tsarlag - Fading Fast

NNF en dix chroniques

Peaking Lights - 936

Si Aaron Coyes et Indra Dunis de Peaking Lights doivent beaucoup à leur ami Shawn Reed et son label Night People - celui-ci ayant sorti en 2008 l’un de leurs premiers CD-R, Clearvoiant, en plus du LP Imaginary Falcons (2009) et de l'EP Space Primitive (2010) - c’est pourtant sur Not Not Fun, avec ledit 936, que le couple signe son coup de maître en forme de décalcomanie auditive d’une Californie auparavant désertée. Réfugié depuis quatre ans dans le Wisconsin et coupant court à leurs projets respectifs – Numbers pour elle et Rah Dunes pour lui – c’est à l’épreuve d’hivers rigoureux et de moyens faits de bric et de broc que le duo accouche des premières et lumineuses esquisses de 936, où l’on perçoit déjà cette volonté de concilier bruits blancs et rythmiques cotonneuses, pour aboutir enfin à cette ode adressée à leurs terres natales baignée de soleil. Aucun disque ne suggère avec autant de candeur et de détachement les formes ondoyantes, nées de cette altération visuelle provoquée par la chaleur, se complaisant ici dans une distorsion sensuelle entre instrumentation psyché et rythmiques dub. L’une invitant au voyage, l’autre arrimant au sol. Une fois dissipées les volutes sonores de l’introductif Synthy, All The Sun That Shines pose la géométrie fluctuante de cette escapade onirique, entre voix célestes et basses ensorcelantes, que la trilogie Amazing And Wonderful, Birds Of Paradise Dub Version et Key Sparrow n’a de cesse de décliner jusqu’au sommet Tiger Eyes (Laid Back), puissante pharmacopée aussi mélodique qu’addictive. Et si chaque drogue dispense ses fastes au prix d’une inévitable redescente aux relents nauséeux, Marshmellow Yellow et Summertime évitent l’écueil, distillant d’introspectives balades où le chant d’Indra joue au chat et à la souris avec un clavier en apesanteur. Le duo a depuis sorti l'excellent Lucifer (lire) via Weird World, filiale de Domino.

Holy Balm - It's You

It’s You - premier LP du trio australien Holy Balm - est disponible depuis le 3 août dernier via Not Not Fun et RIP Society. Holy Balm se révèle être un puissant addictif gorgé d’essences estivales - boîtes à rythmes érodées, boucles hypnotiques et synthétiseurs cramés - mais régurgitant celles-ci sous le soleil noir d’une dark-wave transcendée de beats disco. À la fois proche - tout en étant plus incisive - de Tropic Of Cancer, Maria Minerva ou encore Peaking Lights, la formation composée d’Emma Ram, Jonathan Hochman et Anna John s’avère experte dans l’art d’insuffler un groove obscur, dans lequel se lovent d’élégiaques voix féminines, triturées à dessein.

Umberto - Prophecy Of The Black Windowsorti

La vague italo-spaghetti revient régulièrement sur le devant de la scène. Sous des oripeaux de plus ou moins bon goût, ils sont nombreux à dévouer leurs créations modernes synthétiques aux références 70′s/80′s du cinéma d’horreur. L'artiste américain Matt Hill, membre du collectif drone Expo 70 et empruntant son patronyme Umberto au maître du bis italien Umberto Lenzi, s’est largement détaché du lot avec son LP Prophecy Of The Black Windowsorti sur Not Not Fun convoquant les spectres de Goblin, Carpenter et autres Soft Machine autour d'une darkwave, moite et inquiétante, illustrant des visions fantasmagoriques d'apocalypse latente. L'homme a depuis sorti Night Has A Thousand Screams via Rock Action, le label de Mogwai, et s’apprête à sortir le 5 février prochain Confrontations sur Not Not Fun.

Dylan Ettinger - Lifetime Of Romance

Il y a plus de deux ans, Dylan Ettinger sortait via Not Not Fun l’hypnotique New Age Outlaws, par l’entremise duquel étaient exposées les influences cosmico-kosmische du jeune homme. Et si le propos se concentre une nouvelle fois sur des déflagrations d’origine synthétique, Lifetime Of Romance, sorti le 20 mars dernier toujours sur NNF, fait montre d’une inclinaison sans limite pour la décennie suivante, celle d’une synth-pop froide et transgressive. En témoigne l’inquiétante vidéo réalisée par Melissa Cha de Wintermute, morceau inaugural du LP, à découvrir ci-après.

Mi Ami - Decades

Les San Franciscains Daniel Martin-McCormick (Ital) et Damon Palermo (Magic Touch) forment désormais Mi Ami, ex-trio rock devenu duo électronique, auteur en mai dernier de Decades paru sur la division club de Not Not Fun, 100% Silk. Si l’esthétique délurée et les vocalises éparses de Daniel font le lien entre les premières productions du groupe – toutes (res)sorties via Thrill Jockey - et celles disco/house entamées par l’EP Dolphins, Mi Ami franchit avec Decades un pas supplémentaire dans sa mue électro-dance, conservant de sa radicalité punk un inénarrable penchant pour l’imagerie outrancière piochant abondamment dans le folklore coloré des années quatre-vingt-dix. Formé en 2006 par le susnommé Daniel – alors chanteur et guitariste du groupe – et Jacob Long à la basse, et ce sur les braises encore fumantes du quintette post-punk Black Eyes, Mi Ami s’enjoint dès l’année suivante les services de Damon à la batterie. La sainte trinité ainsi composée, celle-ci se met en branle et dilapide dès 2008 deux maxis, Ark Of The Covenant et African Rhythms, très vite suivis de deux longs formats, Watersports (2009) et Still Your Face (2010). Son brinquebalant et production ultra lo-fi, Mi Ami, en trois ans d’existence, n’a jamais vraiment été catalogué tel un vrai groupe, sinon au rayon side-project plus ou moins récréatif. Depuis Dolphins et le départ de Jacob la donne change, Decades ne faisant qu’enfoncer le clou. S’inspirant de leurs ébats solitaires respectifs avec Ital (Havre Minds, 2012) et Magic Touch (I Can Feel The Heat, 2011), et s’évertuant sur le même label que ces derniers (100% Silk), la formation s’arroge une place toute particulière au sein de la scène actuelle, dressant un pont lysergique entre émanation rock et transpiration dancefloor.

Rites Wild - Ways Of Being

Stacey Wilson vient d'Adelaide - en Australie - et confirme, s'il le fallait, la vitalité de la créativité musicale locale. D'un label confectionné de ses dix doigts - Faux Friends, aujourd'hui en sommeil - à plusieurs projets musicaux emmenés seule - Rites Wild, Regional Curse & Confort Zone - ou accompagnée - Terrible Truths (Mexican Summer) - celle qui eut la malchance de voir son tout premier show à Los Angeles annulé par une intervention policière musclée, n'a de cesse d'enquiller concerts et sessions d'enregistrement au point que ce fabuleux album qu'est Ways Of Being, paru en octobre dernier, ne constitue que l'esquisse de son entreprise Rites Wild : d'abord parce qu'il s'agit d'une collection de morceaux déjà parus sur des tirages ultra-limités via Faux Friends, ensuite parce qu'elle a déjà deux autres albums enregistrés sous ce patronyme dans l'escarcelle. À mi-chemin entre Tropic Of Cancer - pour la voix langoureuse et monotone - et Peaking Lights - pour les multiples bidouillages - on ne saurait gré NNF que de suivre son rythme à marche forcée, coûte que coûte.

L.A. Vampires with Maria Minerva - The Integration

Si le LP Integration est avant tout une collaboration entre L.A. Vampires, patronyme d'Amanda Brown - moitié de NNF et instigatrice de 100% Silk - et Maria Minerva - nouvelle égérie du label et frisson dance lo-fi venu de l'Est (à tort ou à raison) -, soit deux femmes aux idées lointaines et au caractère bien trempé, l'album porte à merveille son nom, tel le stigmate évident de sa conception, puisque ce sont sur des gimmicks house échantillonnées par Amanda à Los Angeles que Maria a posé sa voix dans un studio de Londres, avant que l'ensemble ne soit complété par les claviers et les rythmiques de Nick Crozier-Malkin. Comme si il leur avait été sommé de régurgiter la chanson pop idéale en brouillons discoïdes, les sisters-with-voices confectionnent par là même la bande-son idéale pour petits matins berlinois au sortir de nuits échevelées de clubbing - où les réverbs de synthés se télescopent à des mélodies pop concassées d'échos.

Golden Donna - S/T

Golden Donna est le projet psy-trance de Joel Shanahan, guitariste de Julian Lynch et récent auteur des cassettes All Alone et Pour Resnais sur Signal Dreams - son propre label - et de l'EP Gloaming Thirst sur All Hell. Originaire de Madison dans le Wisconsin, l'homme à l'imposante corpulence s'essaye avec brio aux divagations muettes et symphonies synthétiques, dilatant l’espace temps sur l'autel d'odes schultziennes carénées d'éparses soubassements rythmiques R&B envoyant CVLTS sur un improbable dancefloor halluciné. L'album éponyme paru en octobre 2012 sur NNF résulte d'un coup de cœur immédiat d'Amanda lors de la réception d'une de ses cassettes démos. Si l'on taira ce qu'elle avait ingéré ce jour-là, on comprend aisément l’enthousiasme ce celle-ci à l'écoute de l’aphrodisiaque Shifter.

Profilgate - Videotape

Si le projet Profilgate - paru via NNF en novembre 2012 et bénéficiant d'une mise en image avec Videotape par Robert Beatty, plus connu pour ses pochettes dHieroglyphic Being et de Peaking Lights - semble tomber du ciel, son auteur - Noah Anthony - beaucoup moins puisqu'il officie déjà en solitaire sous le nom d'emprunt de Night Burger et en duo sous celui de Social Junk. Soit deux entités à la discographie longue comme le bras, loin d'être méconnues de structure comme NNF, Night People ou Digitalis. Par le biais de Profilgate, le résident de Philie n'y va pas par quatre chemins pour jeter les bases d'une negative dance music, aussi lo-fi que transgressive, conviant Vatican Shadow à se pacser avec les doux rêveurs de la côte ouest, Ital en tête. Videotape, 12" réunissant quatre morceaux dont une version live du précité single, est assurément l'un des disques les plus entêtant que NNF ait sortie en 2012.

Samantha Glass - Mysteries From The Palomino Skyliner

Sous une patronymie à connotation plus que féminine, Samantha Glass – évoquant un croisement devant l’éternel de Samantha Fox et Phillp Glass – le ténébreux Beau Devereaux a sorti son premier LP, Mysteries From The Palomino Skyliner via NNF. Une invitation au voyage, entre gravitation et introspection, qu’il serait malencontreux de ne pas accepter tant les volutes synthétiques du grand escogriffe s’avèrent convaincantes. Introduisant la trilogie Return To The Sky (Pt. 2 & Pt. 3), la déjà parue (Celestial Night Skyse – NNF, 2011) et retravaillée Seasonal Seduction, laisse choir toute notion de temporalité, à mi-chemin entre odyssée schultzienne et l’Urban Gothic d’un Xander Harris voisin de label.

NNF en dix vidéos


Who are you Huble Records ?

AVATAR HR-1Jeune label parisien, Huble Records insuffle rêve et contemplation par le prisme d'une techno gravitationnelle, lorgnant à part égale entre Max Cooper et James Holden - deux monstres sacrés du genre. Inutile de dire donc que l'on retrouve quelques gènes communs avec l'entreprise aboutie Border Community - et plus largement des labels comme le Hollandais Gem ou le Français Meant Records -, d'évidence le futur n'est pour eux qu'une somme de projections plus ou moins folles que 2013 devrait aider à dégrossir. À mille lieues du photocopiage vide de sens, la galaxie Huble s'étend selon ses propres échéances et ses propres lois : s'intéressant aux paysages sonores dans leurs multiples dimensions, aussi bien suggérés auditivement que figurés par l'image (voir ci-après la vidéo d'Almira par Poussière), et dilatant ces derniers dans un espace-temps embrassant aussi bien une piste de danse qu'un confortable canapé, les deux fers de lance du label - Edgar Stalker et Kevin Jonson - prennent leur temps pour maturer leurs longs formats respectifs. Et ce, sans nommer Cosi Fan Tütte dont il sera bientôt question avec un premier maxi.

Mixtape téléchargeable et présentation du label avec Benoît, aka Edgar Stalker.

Agenda

Huble Records a le plaisir de recevoir en invité d'honneur REMAIN, figure de proue de la techno française et co-fondateur du réputé label Meant Records, pour une Partie Fine se tenant au "R" Pigalle, un ancien cabaret classé des années 1920, constellé de grands miroirs et de fresques d'époque. L'event FB, avec l'ensemble des détails de la soirée, est à glaner par ici.

Entrevue

ES

Benoît, peux-tu présenter Huble Records en quelques mots ? D'où te sont venus l'idée et le nom du label ?

Huble Records s’est construit dans un élan collectif par des passionnés qui ont voulu mettre en commun leurs visions respectives de la musique électronique. Aujourd’hui, cette structure nous permet de sortir librement des projets auxquels nous croyons. Le nom fait allusion au télescope spatial Hubble qui capte au-delà de l’atmosphère des galaxies lointaines… Nous aimions bien l’idée et la manière dont cela sonne !

Quelle est l'esthétique musicale et visuelle recherchée à travers Huble Records ?

Le travail de composition sur la microstructure et sur la profondeur de l’espace sonore nous a progressivement amenés à produire des choses se trouvant en phase avec nos aspirations. Nous voulons créer des images sonores et retranscrire une atmosphère singulière à travers l’écoute. Notre esthétique musicale est donc intimement liée à l’aspect visuel mais aussi aux expériences vécues de chacun. Bien que nous pouvons qualifier nos productions comme étant « aériennes », nous voulons également qu’elles puissent se danser car nous faisons de la techno avant tout. Je trouve que les termes de braindance ou encore de musique bicéphale sont particulièrement adaptés dans ce cas.

Huble Records à un an, réunit trois artistes pour trois EP. Quel est son futur proche ? Des longs formats sont-ils en préparation ?

Nous ne sommes encore qu’aux prémices de l’existence d’Huble. Certes, pour prendre du poids et être visible aujourd’hui il est nécessaire de sortir des productions mensuellement. Nous ne sommes pas encore entrés dans une telle logique. Nous préférons faire peu, mais bien, et proposer au public quelque chose qui nous ressemble. La sortie du premier album de Kevin Jonson est prévue pour avril 2013. Les formats longs se font de plus en plus rares en techno et demandent un certain investissement pour aboutir à quelque chose de cohérent. Trois autres projets devraient voir le jour au cours de cette année : le premier maxi de Cosi Fan Tütte, mon deuxième EP et une réalisation que l’on pourrait assimiler à de la cold-wave trancey.

Peux-tu présenter ton propre projet, Edgar Stalker, et ceux de tes amis, Kevin Jonson et Nouveau Pratique Gratuit ?

Le premier maxi de Nouveau Pratique Gratuit, Dans la limite des stocks disponibles, est né bien avant Huble. L’idée était de proposer au public un maxi téléchargeable gratuitement où des samples de matériaux ménagers se fondent aux textures électroniques… Les tracks de Kevin Jonson et les miens collent davantage à l’esprit du label en s’orientant vers une techno plus contemplative. Bien que nos manières de produire se différencient quelque peu, nous sommes constamment en interaction.

Parle nous des soirées Huble Records...

Nous avons commencé à organiser nos premières soirées il y a de cela déjà quelques années. Aujourd’hui nous avons une idée assez précise de ce que nous voulons faire et ne pas faire. Le plateau artistique, le choix du lieu, l’habillage visuel sont autant d’éléments à prendre en compte pour donner le ton. À chaque nouvelle édition, notre line-up est constitué d’artistes aux territoires vastes qui peuvent se conjuguer avec notre approche de la scène. Notre prochaine soirée se tiendra d’ailleurs au « R » Pigalle le samedi 5 janvier 2013 avec Remain en invité d’honneur.

Quelles sont tes influences principales ? Ta mixtape est-elle un bon panorama de celles-ci ?

Mes influences sont très larges. Pour être franc, mises à part les sorties des labels tels que Border Community, Gem, Traumschalplatten, Herzblut ou encore Ostgut Ton, je n’écoute pas beaucoup de techno à mes heures perdues. J’apprécie énormément de choses : la musique classique, répétitive, ambiante, le jazz, le rock psyché... Cette mixtape met en lumière le travail d’artistes électro qui à mon sens produisent une musique insaisissable et éthérée.

Mixtape

01. Idiot Idols - Homing (Mode B Remix)
02. Edgar Stalker - Almira
03. Max Cooper - Gravity Well (Microtrauma Remix)
04. Ricardo Tobar - Together (Fairmont Remix)
05. Sasha Wins & Igor Shep & S.W.I.S - Submachine
06. Christian Löffler - A Hundred Lights
07. Mauro Norti - Last Day (Oliver Lieb Remix)
08. Blokc & Groj - Ektorp
09. Kollektiv Turmstrasse - Heimat (Robag's Turmkolle Rekksmow)
10. Oliver Schories - Sunday
11. Pablo Bolivar - Into t-The Televerse
12. Matthew Dekay & Lee Burridge - Lost In A Moment

Crédit photo: Alice Dubot.

Audio

Vidéo


Who are you Newtown Radio ?

New-York, lorsque l’on aime la musique, c’est un ensemble de vues industrielles froides et fascinantes depuis le toit des immeubles désaffectés de Bushwick ou Williamsburg, ce sont certaines drogues, certaines poses, une certaine superficialité aussi et puis des gens que l’on finit par connaître à force de les voir toujours dans les mêmes endroits. Colin Ilgen est l’un de ces Brooklynites typiques, mais il est avant tout l'un des membres fondateurs de Newtown Radio, une des webradios indépendantes les plus actives et intéressantes ces derniers temps. Quand je l’ai rencontré, il était en train de se préparer au CMJ, le festival organisé tous les ans en l’honneur du marathon, et il annonçait déjà discrètement le nom des artistes qui enregistreraient des lives dans ses locaux. Peu de temps après, il y a eu un ouragan, des vents violents et des inondations, mais Brooklyn semble avoir désormais refait surface : les sessions live de Mac de Marco ou Sky Ferreira pour Newtown Radio ont toutes été tournées et la sortie au compte-goutte de ces enregistrements depuis quelques semaines semblait une occasion toute indiquée pour interroger Colin sur les origines de la radio, la relation existant entre New-York et la musique ou encore les possibilités créatives offertes par internet aujourd’hui.

Pourrais-tu commencer par nous présenter Newtown Radio, la genèse de la radio et ses premières ambitions ? Qui étaient notamment les premières personnes personnes à s’investir dans le projet ?
Can you first introduce Newtown Radio and the genesis of the project. Who was the first people involved in it and why did you decide to create a radio together?

C’est au Sweet Paradise, ancien bordel du LES (Lower East Side, un des derniers quartiers de Manhattan un peu alternatif, ndlr) reconverti en bar de quartier où nous connaissions bien le barman, que nous avons pour la première fois émis l’idée de monter une station de radio. Dans cette première phase, nous étions quatre mais désormais il ne reste plus que moi et mon partenaire Mark Brinda (qui avait quant à lui rêvé de ce projet de radio durant une excursion en surf au Costa Rica). À cette période, la scène musicale de Brooklyn était en pleine ébullition grâce aux performances live de groupes tels que Real Estate, Woods, Neon Indian, Beach Fossils ou Vivian Girls, qui faisaient leurs armes au Market Hotel, au Silent Barn, au Death By Audio et plus tard au Shea Stadium ou d’autres lieux alternatifs de Brooklyn. Il fallait trouver un façon accessible de diffuser toute cette super musique qui émergeait de la diversité de ces endroits.

We had been talking about the idea for a radio station at a local bar in the LES (that was formerly a brothel...) called Sweet Paradise where our friend was a bartender. At the beginning there were 4 of us. Now it's mainly myself and my partner Mark Brinda - who dreamed up the idea of starting a radio station in Brooklyn, after a surfing trip in Costa Rica... At the time, the Brooklyn music scene was exploding with the lives of Real Estate, Woods, Neon Indian, Beach Fossils, Vivian Girls playing early shows at the Market Hotel, Silent Barn, Death By Audio, and later Shea Stadium, and various other DIY spaces around Brooklyn. There needed to be an easy way to broadcast all the great music coming from such a diverse pocket.

La radio s’appelle “Newtown Radio”... cette "nouvelle ville" pourrait être une jolie métaphore de Brooklyn. Quel rôle joue la ville de New-York et plus particulièrement Brooklyn dans le projet ?
The radio is called Newtown Radio... this ‘new town’ could be a pretty metaphor of Brooklyn… What role do the City and Brooklyn in the project?

D’une certain façon oui, Newtown Radio désigne New-York ou Brooklyn de manière métaphorique. On voulait un nom qui serait une bonne représentation de ces différents endroits et on a pensé à « Newtown ». Mais le nom est aussi une référence explicite à la Newtown Creek, un point d’eau qui est le plus pollué des États-Unis mais qui borde également les cinq quartiers du Queens et de Brooklyn les plus denses musicalement et artistiquement : Greenpoint, Williamsburg, Bushwick, Long Island City et Ridgwood Queens. On recherchait donc avant tout une image qui donne à voir la ville de New-York et Brooklyn. Newtown s’est tout de suite imposé.

Yes, in a way Newtown Radio is another way of saying New York, or Brooklyn. We wanted a name that would be a good representation of the area and we went with Newtown: it is also named for the Newtown Creek, the most heavily polluted waterway in the nation, bordering Brooklyn and Queens and touching the five artistic neighborhoods where the new music and art scene is heavily concentrated: Greenpoint, Williamsburg, Bushwick, Long Island City, & Ridgwood Queens. We wanted some kind of metaphor that was suggestive of New York City and Brooklyn more specifically. Newtown just rang a bell.

Crois-tu qu’il existe une scène typiquement brooklynienne aujourd’hui ? Qu’est-ce qui la définirait ?
Would you say there is a Brooklyn scene and (if yes) how would you define it?

La scène musicale de Brooklyn n’est pas vraiment différente de ce qui se fait ailleurs si ce n’est qu’à Brooklyn on trouve une forte concentration d’artistes et de gens qui dictent les modes. Les gens aiment bien utiliser le terme « hipster » pour décrire tous ceux qui vont à beaucoup de concerts, arborent des tatouages ironiques, lisent plus que la moyenne, vivent dans des quartiers très spécifiques, qu’ils soient professionnels de la musique ou montent des projets parallèles à leurs boulots… Si on s’éloigne un peu de ces caractéristiques un peu vagues et de ces clichés, je pense tout de même qu’il y a ici une sorte de scène qui serait faite de tous ces blogueurs, ces fans de concerts ou tous ces gens en général s’intéressant vraiment à la musique et qui aident la création à se développer toujours plus.

The Brooklyn "scene" is probably not too much different than some other places although there is a heavy presence of music makers and taste-makers in Brooklyn. People like attaching the word "hipster" to describe the typical person who goes to a lot of shows in Brooklyn, has ironic tattoos, reads a lot, may or may not be employed and has a bedroom recording project on the side and lives in a certain area. Putting these general characteristics or biases aside, I think there's a sense that the "scene" of people going to shows, writing on blogs, and generally paying attention to music has grown and will continue to grow.

Est-ce que tu penses qu’il y a encore de réelles innovations dans la musique actuelle ?
Do you think there is real innovation and true creation in today’s music?

Je pense qu’il y a une vraie dose de créativité artistique dans la musique d’aujourd’hui. Une part de ce qui est fait est authentique, une autre part l’est moins. Mais je trouve que la plupart des artistes sont plus libres aujourd’hui qu’ils ne l’étaient du moins il y a dix ans.

I think there is a good deal of real artistry in the new kind of music being created today. Some of it is genuine and some of it isn't. But I would say on the whole yes artists are doing more of what they want with music today, more so than they did in years past.

Quels sont alors les artistes que tu écoutes le plus ce moment ?
What are your current favorite artists?

C’est une question bien difficile. J’écoute tellement de bons trucs en permanence. J’aime vraiment beaucoup les morceaux de Les Sins, le dernier album de Toro Y Moi. Je trouve aussi très bon le nouvel album de Black Marble. Je suis ami avec Dom et les différentes démos de son prochain LP sont également incroyables.

That's a hard question. I get exposed to so much great music all the time. I do enjoy the songs I've heard from the new Toro y Moi project Les Sins, as well as the new Black Marble album which I think is good. I'm also friends with Dom and the demos I've heard from his upcoming full length album are pretty amazing.

Est-ce que tu peux nous parler des différentes vidéos que tu as tournées pour le CMJ ?
Can you describe the series of video you shot for the CMJ?

Oui. Cette année, on a tourné quatre sessions live à l’occasion du CMJ festival de New-York. Les artistes ayant participé au projet étaient Mac DeMarco, Sky Ferreira, Tashaki Miyaki et Unicorn Kid. On s’est mis à l‘enregistrement vidéo de live il y a de cela deux ans et on a tourné avec environ 80 artistes à partir de ce moment. Aujourd’hui, on est partenaire du nouveau site musical du réseau Noisey/VICE, qui distribue nos vidéos en avant-première. Tout ce que je peux dire à propos des dernières vidéos à venir, c’est que ces quatre artistes étaient définitivement parmi les meilleurs programmés durant le festival.

Yes, we shot 4 session videos this year during the annual CMJ music festival in NYC. The artists were Mac DeMarco, Sky Ferreira, Tashaki Miyaki, and Unicorn Kid. We've been shooting the live video sessions for about 2 years and have recorded somewhere around 80 artists. We've now partnered with Noisey/VICE's new music website to distribute the video premiere's. I can say the artists from these 4 sessions were some of my favorites playing CMJ this year.

Recherchez-vous une identité particulière dans les vidéos que vous produisez ?
Do you look for your own visual identity in the videos you make for the radio?

Je pense qu’il y a définitivement une marque de fabrique Newtown Radio dans ces vidéos. On collabore avec des cameramen et des monteurs extraordinaires et on a tous cherché à trouver une esthétique à même de capturer le meilleur de la performance artistique.

I think there's definitely a signature look to the videos. We've been working with a cast of excellent editors and shooters and working together we've crafted an aesthetic to the sessions to try to best capture the artist's performance.

Considères-tu les blogs et les radios numériques comme le prolongement des fanzines des années 1970 à travers la liberté que ces différents supports permettent ?
Do you think that blogs and web radios are like an equivalent of the 70’s fanzines in the freedom these media allow?

Je ne m’y connais pas beaucoup sur la question des fanzines mais je crois qu’il y a beaucoup de choses à expérimenter aujourd’hui grâce à Internet qui n’étaient encore pas possible il y a dix ou vingt ans.

I'm not really familiar with the 70s fanzines but I would say that there is a lot more room to experiment and share information organically with the aid of the Internet than there was 10 or 20 years ago.

Est-ce que faire de la radio est un moyen d’expression personnel ou est-ce que la radio est simplement pour toi un réceptacle accueillant la création des autres ? En fait, est-ce que tu considères que ton activité à quelque chose de créatif ?
Do you consider the radio as a way of personal expression or only as the receptacle of musician’s voices? In other words, do you think there is something creative in the fact of programming music?

Oui, on essaye de faire une programmation riche et différente de celle des radios traditionnelles. Si tu as déjà entendu Newtown Radio, tu comprends ce que je veux dire. Du coup, je considère autant la radio comme une façon de m’exprimer que comme un espace réservé aux musiciens et aux DJ qui ont d’ailleurs des plages horaires dédiées spécialement pour eux sur NTR.

Yes, we try to keep the tracks we play in rotation interesting and different from traditional radio. If you've listened to Newtown Radio you'll have a sense of what I mean. So I think the station functions as a form of personal expression as well as being voice for the many musicians and DJ who also have free form shows on NTR.

Quels sont vos différents projets à venir pour la radio ?
Do you have short-terms and long-term projects to come?

Actuellement, on sort une nouvelle session vidéo en avant-première avec Noisey/VICE toutes les deux semaines et on y consacre beaucoup de temps et d’énergie. J’espère également retourner au festival SXSW cette année (South by Southwest festival, grand événement cinématographique et musical du mois de mars dans la ville texane d’Austin, ndlr) pour essayer de diffuser des lives cool. D’un point de vue plus pragmatique, on aimerait aussi s’assurer un sponsor régulier de nos sessions d’enregistrement et commencer à vendre des espaces publicitaires sur notre site. Faut bien payer les factures !

Right now we're premiering the new video sessions every two weeks on Noisey/VICE so a lot of time and energy is being devoted to that. I expect we'll probably go to SXSW again this year and try to broadcast some cool shows down there. On the business side we'd like to secure a sponsor for the sessions as well as start selling advertising space on the website. Gotta pay the bills!

Vidéo


Who are you Bathetic Records ?

Bien que la toute nouvelle compilation Miracle Of Love s'intime telle une irrésistible invitation à l'univers polymorphe de Bathetic Records, son géniteur, Jon Hency, le reconnaît sans peine : l'esthétique musicale du label embrasse désormais un spectre plus large de la musique indépendante américaine. Abonnée depuis sa création en 2007 aux sorties sur bandes magnétiques de projets pop ultra lo-fi ou de drone expérimental, la structure passe un cap et grave dans le sillon un futur proche autrement plus complexe et contrasté. Si trois récents LP donnent le change à l'inconditionnel investissement de Jon envers ses premières amours - ceux de Lee Noble, William Cody Watson et Cough Cool - et que trois entités inconnues jusqu'alors surlignent l'inclinaison onirique de la famille Bathetic (High Aura'd, Padang Food Tigers et Villages), deux imminentes sorties témoignent d'horizons nouveaux empruntés sans ciller : Angel Olsen délaye une folk au sang noir sur Half Way Home quand Jeremy Harris de Lazy Magnet donne une suite des plus abouties sur Acts Without Error à ses divagations électroniques passées (Revisionist Desperate). Fortement ancrée dans l'esprit DIY, l'évolution artistique et économique de Bathetic n'est en aucun cas synonyme de rupture quant à l'objectif initialement poursuivi du label, mettant à profit d'indéfectibles amitiés au service d'artistes patiemment choisis et choyés. Jon est ainsi entouré dans son activité quotidienne par William Cody Watson et Omar Mashaal, tout deux responsables de la seconde sortie du label, un split EP sous les patronymes de Pink Priest et The Dawns. C’est d'ailleurs par l'intermédiaire du premier des deux acolytes - et la sortie de Bill Murray - que l'on tâtait il y a peu le pouls de Bathetic :"On est comme des frères (...) et je ne suis pas peu fier de ce que Bathetic est devenu. Nous avons fait des choses que l’on n’aurait jamais crues possibles il y a quelque temps. On vient juste de sortir une cassette de spoken word composé par Eric Paul d'Arab On Radar… On se dit juste : « Wouah, j’y crois pas ! ». C’est sûrement pas grand-chose pour d’autres, mais pour Jon et moi, qui avons fraternisé grâce à notre respect mutuel pour Arab On Radar, c’est juste énorme. C’est comme si nos rêves devenaient réalité." (WCW, lire). De fil en aiguille, l'entrevue qui suit a pris forme durant l'été avec en toile de fond à la fois une mixtape téléchargeable ci-après et représentative d'une histoire longue de cinq ans, en plus d'un sampler déflorant une histoire encore en gestation.

Bathetic Sampler

01. Angel Olsen - Acrobat (from Half Way Home LP)
02. Cough Cool - Back in Time (from Lately LP)
03. High Aura'd - River Runs Like Jewels (from Sanguine Futures LP)
04. Lazy Magnet - Kraft Durch Freude (from upcoming Acts Without Error LP)
05. Padang Food Tigers - In My Heart I'm Already Gone (from Ready Country Nimbus LP)
06. Villages - Before Failures (from upcoming Theories of Ageing LP)
07. William Cody Watson - Side A (Excerpt) (from Bill Murray LP)

Entrevue avec Jon Hency

Qui es-tu Jon et quelles sont tes premières influences musicales ?
Who are you Jon and what were your first musical influences?

Jon Bathetic, 27 ans. Premières expériences musicales en tant que garçon de choeur, à l'église de mon quartier. Une fois, je me suis trompé lors d'un solo. Mes parents aimaient beaucoup Phil Collins et Willie Nelson. Je me souviens que mon père avait acheté l'album de R Kelly en 1995, je devais alors avoir 9 ou 10 ans. J'aimais vraiment bien tout ça à l'époque. Par la suite, j'ai commencé à collectionner des cassettes de Easy-E, N.W.A et MC Hammer, grâce à mon voisin. Tout ça m'a beaucoup influencé.

Jon. Bathetic. Age: 27. First musical experiences were singing in my church choir as a kid. One time I had a solo and sang the wrong part. My parents really liked Phil Collins and Willie Nelson. I remember my Dad bough R. Kelly's s/t album released in '95, so I was 9 or 10. I was way into that. When I first started collecting tapes I got Eazy-E, N.W.A. and MC Hammer from my neighbor. These had a huge impact on me.

Peux-tu m'expliquer comment Bathetic est né ? Qui est derrière et quelle était l'idée d'origine ?
Tell me how Bathetic was born. Who's behind? What was the idea of origin?

Bathetic est né en 2007. J'enregistrais des CD et des cassettes pour deux ou trois de mes projets ainsi que pour quelques gosses un peu paumés des collines du nord-ouest de l'Arkansas. Je voulais juste m'investir dans quelque chose. M'investir et avoir quelque chose pour le prouver. C'est devenu du sérieux après avoir déménagé à Chicago, où j'ai commencé à trier et cataloguer. J'ai la chance maintenant de bosser avec une équipe de trois personnes, moi inclus, composée de William Cody Watson et Omar Mashaal. Sans eux, Bathetic n'en serait pas là.

Bathetic was born back in 2007. I handmade CD-Rs and cassettes for a couple of my projects and some off-the-grid kids in the hills of Northwest Arkansas. I just wanted to make things. Do something, and have something to show for it. It became legit when I later moved to Chicago and started keeping track of the edition counts and cataloging titles by numbers. I'm now lucky to have a 3-person team: Me, William Cody Watson, and Omar Mashaal. Without them, Bathetic wouldn't be much.

Qu'induit le nom du label ?
Can you explain the name of the label?

J'étais en cours d'anglais au collège et on a parlé de ''bathos'' et ça m'est resté. J'aimais beaucoup le concept de bathos et l'idée que quelque chose puisse être bathetic (bathos: chute du sublime au ridicule, ndt). Et puis quand j'ai commencé à faire des tirages ultra limités pour des groupes, cela s'est imposé tel du bathos : je prenais mon travail au sérieux mais on se moquait de moi - du moins à l'époque. Désormais, ce n'est plus qu'un nom. Je ne suis plus trop dans le bathos et on ne peut pas dire que cela colle au label non plus. J'aime la sonorité du nom par contre. Ce n'est vraiment plus que cela : un simple nom.

I was in an English class in High School and we had talked about "Bathos" and for some reason it stuck. At the time, I really liked the idea of bathos and something being bathetic. Then, when I started putting out small-run items for bands, it felt bathetic - i was doing something serious, and it came across humorous ("ridiculous artwork" / "bad performance") to whatever audience there was, - at least at the time. Now, it's just a name. I'm not too into the idea of 'bathos' anymore and it doesn't really apply to the label. I like the way it sounds when spoken. But now, it's just a name.

Bathetic sort aussi bien de la drone (William Cody Watson), du garage-punk (Lantern) que de la dark-folk (King Dude). Quelle est la ligne artistique du label ? Y a-t-il une esthétique, un concept global dans lequel s'inscrit chaque sortie ?
Bathetic takes out as well drone music (William Cody Watson) as punk garage’s records (Lantern) as dark folk (King Dude). What's the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Avant, il n'y avait pas vraiment de direction artistique : ça coulait juste de source. Avec WCW, on échangeait beaucoup et on écoutait pas mal de choses, avant de conclure par un ''oui'' ou un ''non''. De temps en temps, on se mettait d'accord tout de suite à propos d'une trouvaille. Et désormais, quand je repense à toutes les fois où cela est arrivé, je me dis que ce furent vraiment des moments décisifs dans l'histoire de Bathetic, précisant un peu plus à chaque fois le style des artistes à paraître via Bathetic. On prend toujours des risques parfois, mais bon, c'est comme ça. Je dois bien continuer à aider un peu ces groupes et ces artistes quand je le peux.

Before, there were no guidelines - if it made sense, it made sense. WCW and I would pass things back and forth, listen to it a lot, and arrive at a 'yes' or 'no' ... we still do this. Every now and again there would be an instant YES and it absolutely made sense. And now, looking back at these things that were an instant YES, they sort of carved a path, narrowed the scope for future Bathetic things. We do throw out some curve-balls, but, ya know, whatever. I just have to support some of these bands and artists.

Comment décrirais-tu les relations entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Agréables. C'est comme une famille qui s'agrandit peu à peu. Jusqu'ici, j'ai bien aimé travailler avec les groupes et artistes qui ont sorti un album chez nous. Je n'ai pas encore rencontré tout le monde en personne, ce qui me fait plutôt chier, mais je ne peux qu'espérer que cela se fasse bientôt ! On discute beaucoup, on s'échange de la musique : c'est comme ça que les choses avancent. Personne ne s'est révélé être un boulet, tout le monde s'entraide dans le processus de création.

Positive. I feel like it's a Bathetic Family that is growing. I really like to work with the bands/artists that we've put out LPs with so far. I haven't met everyone in person yet, which kind of bums me out but gives me something to look forward to! We all talk constantly, passing music and art back and forth, moving ideas forward. No one has been a pain in the ass, everyone is supportive of what we are creating together.

Jeans Wilder et Pink Priest font partie de tes premières sorties. Représentent-ils quelque chose de spécial pour le label ?
Jeans Wilder and Pink Priest are in your first releases. Andrew and Cody are specials guest of the label?

Jeans Wilder fut la première sortie de Bathetic, en 2009. Cody voulait me convaincre de continuer avec le label et il avait parlé avec JW qui avait l'air intéressé. J'y reviens encore souvent, un album un peu déprimant et solitaire... Il me va bien : je suis content qu'il ait été notre première cassette.

Le split de The Dawns et Pink Priest est arrivé ensuite, une des premières apparitions de WCW sous le nom de Pink Priest et de Omar (de Bathetic) sous le nom de The Dawns. WCW vient tout juste de sortir Bill Murray, son premier LP sur Bathetic, et Omar travaille en ce moment sur un premier EP, toujours sous le nom de The Dawns.

Jeans Wilder was the first release when I started Bathetic back up in 2009. A lot of it was Cody's persuading to restart the label, and with it, he had been talking to JW who seemed into it. I go back to this release quite a bit, super downer, loner-vibes.. fits right at home with me, I'm glad it was our first.
The second release was The Dawns / Pink Priest split. It was one of WCW's first releases as Pink Priest, and The Dawns is actually Omar who is now 1/3 Bathetic. So having this as the second release warms things up. WCW just put out his first Bathetic LP, Bill Murray, and Omar is currently working on his first The Dawns LP.

Cool Cough, Lee Noble et High Aura'd font partie de tes ultimes sorties. Tu peux nous en dire quelques mots ?
Cool Cough, Lee Noble and High Aura'd are some of yours ultimates releases. Can you tell us more about them…?

Darker Half, le premier album de Lee Noble (qui sortira à nouveau bientôt en vinyle chez les Italiens de Black Moss) est sorti chez nous il y a quelques années. Dan de Cough Cool fut l'un des premiers à retenir notre attention, avec sa musique, ni drone ni ambient mais qui avait réussi à garder ce côté brut et lancinant que l'on apprécie. Comme le label se développe, j'ai décidé de sauter le pas des cassettes aux vinyles : Cool Cough et Lee Noble furent les premiers à en profiter. On s'entendait bien et je comprends leur esthétique sonore bien plus que tout ce avec quoi j'avais pu travailler auparavant. Horrorism et Lately sont géniaux. Je ne peux pas demander mieux que de travailler une nouvelle fois avec eux !

John Kolodij, alias High Aura'd, nous a toujours beaucoup aidés. Il a acheté presque tout notre catalogue et j'ai fini par reconnaître son nom. J'ai reçu un e-mail un peu plus tard où il me faisait part de son idée pour un LP sur Bathetic. Je n'étais pas trop convaincu, jusqu'à ce que je reçoive un premier CD-R et ensuite une cassette et puis encore une autre. Avant même que je ne m'en rende compte, je les écoutais déjà en boucle. De véritables paysages sonores, sombres et magnifiques, denses et bien conçus. Alors, on s'est mis d'accord pour entamer le projet et je ne pouvais pas en être plus heureux. J'apprécie beaucoup le fait qu'il ait passé autant de temps à enregistrer, mixer, enregistrer encore et mixer à nouveau. Il ne l'a pas juste pondu en deux ou trois jours avant de me balancer la démo. Au contraire, c'était du sérieux. Intemporel. Et c'est là tout le but en fait, l'intemporalité. Je me dis qu'on prend bien trop souvent de raccourcis vers l’immédiateté. Chapeau bas pour John et High Aura'd.

We put out Lee Noble's first release, Darker Half (which will be reissued onto vinyl by the Italian Label, Black Moss) a few years ago. Dan of Cough Cool was one of the first to grab our attention, doing something that wasn't drone/ambient, but still had the raw, stoner feel we love. As the label grew I decided to move into vinyl territory, and these were the first go-to's - we got along well, and I connected with their aesthetic and sound on a deeper level than anything I was working with. Horrorism and Lately are top - Couldn't be happier moving more projects with them in the future!

John Kolodij, who is High Aura'd, had always supported the label. He would buy most releases and I would recognize the name. He later emailed with the idea of a Bathetic LP. I wasn't convinced until he sent my way first a CD-R, and then a tape, then another tape. Before long these were on constant rotation. Dark and Beautiful soundscapes, dense and well crafted. So we agreed to move forward with the project, and I couldn't be more pleased. I love that he spent time and time again, recording and mixing, recording and mixing. He didn't shit it out in a few days and send a demo. It was serious, focused. A timeless piece. This is the goal, timelessness, that I think all to often shortcuts are taken, for "the now." Hats off to John and High Aura'd.

Quel est le disque dont tu es le plus fier ?
What’s the release of which you are most proud?

Cela varie beaucoup selon mes humeurs et la nuit. J'ai eu pas mal de temps pour vraiment apprécier Horrorism de Lee Noble et Lately de Cough Cool. Lee m'envoyait ses morceaux - qui allaient être ceux d'Horrorism - et je les écoutais lors de longues balades à vélo en pleine nuit. C'était l'hiver et je m'identifiais vraiment à cette musique. Quant à Cough Cool, c'est l'un des seuls de sa catégorie à assurer. Lately est enivrant, c'est sans doute la meilleure came du label... avec ce travail sur les rythmes traînants et sous-jacents qui m'enchantent.

Sans l'ombre d'un doute, je devrais également citer, l'album d'Angel Olsen, Strange Cacti. Je suis très fier de m'en occuper.

This is going to change depending on my mood and the night. I'd probably have to say Lee Noble's Horrorrism and Cough Cool's Lately have had the longest time to resonate good vibrations. Lee would send me tracks that would eventually become Horrorism, and I would take long bike rides at night and listen. This was in the winter, and I felt I could really relate to what was going on. Cough Cool is one of the few bedrock jammers that can really pull it off - really pull it off. It's one of those records that stones me out. It's the upper of the Bathetic downers. It has the underlying slo-mo that cracks a smile on my face.

I should also say, without a doubt, Angel Olsen's Strange Cacti, hands down, eternally most proud to be involved.

Pourquoi sortir des cassettes et (maintenant) des vinyles ?
Why are you choosing cassettes and (now) vinyl formats?

Une cassette, c'est pas cher, marrant à produire et sympa à écouter, et plus agréable en main qu'un CD. Les cassettes n'ont jamais disparu et seront bientôt un format tout aussi populaire que le CD. On finira par trouver un usage adapté pour chacun. Le côté économique du format cassette est attirant quand on commence un label de toutes pièces, mais produire une cassette - du choix du papier en passant le design, du découpage à l'enregistrement - permet aussi de s'essayer vraiment à toutes les étapes. J'aime beaucoup écouter de la musique sur cassette, surtout celle d'autres labels - au son parfois pur et parfait, saturé ou délicat. Cela reflète la diversité au coeur de cette communauté et j'aime ça.

Le vinyle reste le but ultime pour beaucoup. C'est la totale : un bon gros 12'' plein d'amour que l'on peut serrer dans ses bras. Le son vinyle, sa manière de remplir une salle, c'est ÉNORME. Il y aura toujours du vinyle.

Cassettes are cheap, fun to put together, nice to listen to, and holding them is much more enjoyable that CDs. Cassettes never died, they will soon be as popular as CDs, the two will find and serve their own purposes. Cheap is the obvious one when starting a label from scratch. Putting together a cassette - choosing the paper, printing art, cutting and folding jcards, dubbing the tapes - you can really get to know a release this way, become a part of it. I love listening to tapes, especially tapes from different labels - some are crisp and sound perfect, others are blown out red-lining, and others are soft mumbly sounds. It reflects on the diversity of the community, I love that.

Vinyl is the ultimate goal for so many. You get the full package - a big 12 inches of love you can put your arms around, squeeze a big hug. The surface noise, the way the sound fills up the room, it's BIG. Vinyl will never die.

Quel est le futur proche de Bathetic ?
What’s the near future of Bathetic?

Half Way Home, le nouvel album de Angel Olsen, est sorti le 14 septembre. On franchit encore une étape !
Un nouvel album de Villages, Theories Of Ageing, sortira le 16 octobre. Ross Gentry, qui est derrière Villages, vient aussi d'Asheville, là où je vis actuellement. C'est un peu spécial pour nous. J'ai la chance de le voir sur scène régulièrement. Très bientôt, les gens vont commencer à apprécier sa musique - moi-même, elle me bouleverse !

Également en octobre, Lazy Magnet sortira un album intitulé Acts Without Error. Si vous ne le connaissez pas déjà, préparez-vous. Il a travaillé dessus depuis plus d'un an. Je pense que dans cinq, dix ou vingt ans, on se demandera à propos de sa musique : ''Mais comment a-t-il fait cela ?!''.

Lee Noble et Cough Cool travaillent déjà à un second album sur Bathetic.

Angel Olsen's new record, Half Way Home, was recently released this month. It's another level! A new record by Villages entitled Theories of Ageing will be available October 16th. Ross Gentry is Villages - this will be a special release because he is an Asheville based musician (where I currently call home). I am lucky to see Ross perform live often. People are really going to start digging into this stuff - I'm blown away by it!

Also in October will be a record by Lazy Magnet called Acts Without Error. If you don't know Jeremy Harris' Lazy Magnet, get ready. This album has been in the works for over a year now. I think in 5 years, 10 years, 20 years I'll look back on Lazy Magnet's work and wonder "how did he do this?!"

Lee Noble and Cough Cool are currently working on their second albums for Bathetic.

Sans mentionner des groupes de ton label... à quoi est tu addict ces temps-ci ?
Without mentioning your label’s groups…  What are the things you are addicted to? 

Je suis toujours à fond dans la musique de ce groupe de Chicago, Cave (en concert demain à Paris, ndlr). Ces types-là savent ce qu'ils font. J'ai aussi trouver à écouter par moi-même Work/Death, Caethua, et Dead C, en plus d'autres. J'ai toujours eu un faible pour la voix d'Anthony Henderson. Fondamentalement diabolique mais super douce en même temps. J'aimerais bien passer un week-end avec lui un des ces jours.

I will always be into the band CAVE from Chicago. Those guys are on point. I also find myself listening to Work/Death, Caethua, and the Dead C more than others. I've always had a thing for Anthony Henderson's voice. Inherently evil but still super smooth. Would love to hang with him for a weekend.

Traduction : Simone Apocalypse

Mixtape

Tous ces morceaux sont extraits du catalogue de Bathetic de ces dernières années. Selon moi, il s'agit là de morceaux casseurs d'ambiance mais romantiques, à écouter au coeur de la nuit, dans la fraîcheur d'un parking, muni d'une bouteille de vin à siffler au goulot.

These are all tracks from Bathetic releases over the past few years. For me, these are some romantic downers, best for chilly nights on the parking lot pavement, wine straight from the bottle.

01. Bitchin Bajas - Consciousness 2 (split LP with Faceplant)
02. Padang Food Tigers - It's A Fucker (Ready Country Nimbus LP)
03. Wild Safari - Bearskin Rug (We Laid Our Heads in Their Laps cassette)
04. Dead Drums - Narcoleptic Shock (Fashion Defense cassette)
05. Rene Hell - 55 RN gaz (three sequences for detuned piano 7" split with Wet Hair)
06. Villages - Nesting Grounds (Theories of Ageing LP *due this summer!*)
07. High Aura'd - Methodist Bells (Sanguine Futures LP)
08. Age Wave - Telephone Dreams (Telephone Dreams 7")
09. Lee Noble - Desire Isn't Suffering (Horrorism LP)
10. Drew Hill - You Can't Below Now (split cassingle with Pink Priest)
11. Cough Cool - Back in Time (Lately LP)
12. High Wolf - Swallow Pills With Ganga River Water (A Guide to Healing 7")

Vidéos


Who are you Running Back ? 10th anniversary

Gerd Janson, le DJ à la tête de nounours, est le professionnel du disque derrière le label Running Back. L'Allemand également journaliste musical est du genre à se répandre sur les internets (et au-delà) à propos d'à peu près tout ce qui constitue le génome du bon goût outre-Rhin (dernier exemple en date ici). Les 10 ans de son label étaient l'occasion de lui envoyer quelques questions et de lui demander quelques mp3. Si tous les mots sont arrivés dans le bon ordre, il a fallu qu'on se débrouille pour reconstituer son chart de club... Au final, il doit manquer un morceau. Pour toute requête, une seule adresse.

Gerd Janson l'interview

Comment tu appréhendes les 10 ans de ton label ? Ça représente un cap réel pour lui ? Est-ce que tu te projettes déjà sur les 10 ans à venir ?
Are you already thinking about the next ten years of your label? Do you have anything planned yet?

Ça me plairait bien de pouvoir vous dire que j’ai déjà pensé à tout, mais malheureusement je suis bien trop nonchalant et désorganisé en fin de compte pour pouvoir me projeter dans l’avenir. Je ne sais même pas où j’irai passer mes prochaines vacances, alors comment pourrais-je te parler des 10 prochaines années ? Après coup, je me dis que le label n’existera probablement plus d'ici-là.

I would love to tell you that I have everything mapped out, but unfortunately, the grand scheme of things in my life is that I’m too phlegmatic and disorganized to plan things. I don’t even know where I spend my next holiday, so how should I tell you about the next ten years? Giving it a second thought: I’m sure it will be extinct by then.

Au quotidien, tu gères ton affaire seul ? Y-a-t-il d'autres personnes qui sont liées à l'activité du label ? Tu peux nous les présenter ?
On a daily basis, do you run your label on your own or with other people? Can you tell us who they are?

Huey, Dewey et Louie, mes trois potes imaginaires, me sont d’une grande aide au quotidien pour veiller au bon fonctionnement du label. En plus de leur soutien, Charalampos Lazos et Gina Moench m’aident pour tout ce qui est artwork, et Dubplates & Mastering’s Lupo s’occupent de gonfler le son.

My three imaginary friends Huey, Dewey and Louie are a great help to me in the daily business of running a label. In addition to that support, it’s Charalampos Lazos or Gina Moench who make the art work and Dubplates & Mastering’s Lupo who is in control of pumping up the jams.

Comment définirais-tu l'esthétique sonore du label à des novices ?
How would you define the sound aesthetics of your label to a non initiated person?

Il s’agit en fait de dance, de house et de disco. Pour tout dire, tout ce que j’aime écouter, y compris pendant des fêtes, et même jouer en public. Il n’y a pas vraiment d’esthétique voulue particulière ou même de philosophie derrière, mis à part que l’on souhaite juste tout faire mieux que les autres. Ah !

It’s basically all dance, house or disco music. Basically things that I like to either rave or listen to and sometimes I even dare to play it out. There is neither a defined or desired aesthetic nor philosophy behind it, except for everything to be super good and better than others. Ha!

Je suis venu à ton label par des artistes comme Lil'Tony ou Disco Nihilist. J'ai découvert par la suite que tu avais sorti des gros noms comme Mark E, Radioslave... Comment organises-tu le calendrier des sorties ? Cette rotation entre des trucs plus confidentiels et des noms de la scène, c'est quelque chose de naturel ?
I got to know your label through artists such as Lil'Tony or Disco Nihilist, I later found out that you had also signed bigger names like Mark E or Radioslave. How do you organize the schedule of your releases? Does this rotation between more or less famous DJ/artists come naturally?

J’essaie de ne pas utiliser de termes comme ‘naturellement’ ou ‘instinct’, mais je dois dire que pas mal de tout ça est un peu arrivé par hasard. De manière générale, il s’agit plus de choisir un ordre approprié pour les sorties, plutôt que de se focaliser sur le packaging ou le nom de l’artiste en question. Ainsi, j’essaie de ne pas sortir trop d’albums techno les uns après les autres. C’est tout. Égalité, Fraternité et Liberté (en français dans le texte, ndt).

As much as I try to stay away from terms like “naturally” or “gut feelings”, I have to admit that a lot of it is accidental. As a loose rule, it’s more about what release follows which in a way of content rather than packaging, i.e. the artist name on the tin. So I try not to put out too many techno releases after each other. That’s all. Egalité, Fraternité et Liberté.

Tu pourrais me parler de cette sortie hyper étrange, Strada Professional Sound Effects. C'est typiquement le genre d'album qui ne parle qu'aux DJ/producteurs. T'avais en tête des albums/EP dédiés aux tools au moment de la sortie de cet album ? Cette idée de sortir des albums dédiés à un segment (tool, acapella, dub) de la dance music, c'est une piste de développement pour le label ? Tu te verrais y créer des sous-divisions ?
Could you tell us about this super strange release, Strada Professional Sound Effects. This is the kind of records that speaks to djs or producers only. Did you have in mind albums or eps dedicated to tools at the time you released this album? This idea of releasing albums dedicated to a segment (tool, acapella, dub) of dance music, is it a new direction for your label ? Do you think about creating subdivisions within your label?

La raison derrière tout ça est tout simplement - comme avec bon nombre de choses - un égoïsme pur. Il y a quelques années, j’ai entendu un morceau de Kristian de Âme qui superposait des rires d’enfants hypnotiques sur le morceau de base. Quand je lui en ai parlé, il m’a montré cet album, Strada Professional Sound Effects, sorti au Japon uniquement. Je leur ai écrit un e-mail en précisant que je souhaitais leur acheter une copie, mais ils m’ont répondu qu’il était en rupture de stock. Comme ils connaissaient mon label, ils m’ont tout de même proposé une réédition via Running Back. Pendant ce temps, Kristian avait perdu sa sacoche de vinyles qui contenait la copie de l’album, et il n’y avait vraiment plus aucune autre option que de le rééditer. Je ne dirais pas vraiment que cela parle seulement aux DJ et aux producteurs. Alors, bon, d’accord, tu ne vas sûrement jamais avoir trop envie d’écouter le son d’une sirène en discontinu pendant plusieurs minutes quand tu manges le soir, mais il y a quelques sons sympas, comme celui de la mer - ce qui peut-être assez cool lors du petit-déjeuner par exemple.

The reason why I released this was – as with a lot of things – pure selfishness. A few years ago, I hear Kristian from Âme playing mesmerising children laughter over some track. When I asked him for it, he showed me the Japan-only released Strada Professional Sound Effects record. When I wrote them an email, saying that I would like to buy a copy, they told me that they are sold out, but that they know my label and offered a re-issue via Running Back. Meanwhile, Kristian’s record bag with his copy got lost, so there was no other way than to put it out again. I don’t know if it’s only for producers and djs though. Okay, you might not want to listen to a siren going on and off for a few minutes while you are having your supper, but there are nice things like sound sof the sea to be found on there, which might be charming during breakfast.

Ce truc autour du retour des white labels, exploité par des labels comme L.I.E.S, accélère les rythmes de sorties et crée une histoire parallèle pour le label. En tant que journaliste, tu dois être familier des réceptions de white labels. Est-ce que tu en as édité toi-même ? Avec le règne de Google, ce type de sortie anonyme a encore une signification ?
This thing about the return of white label, operated by labels like L.I.E.S, accelerates the pace of releases and gives the label a parallel story. As a journalist, you must be familiar with white label.

Have you edited anything yourself? Considering the google era we're living in , does this kind of release have a meaning?
Je ne sais pas trop si tu peux vraiment mettre dans la même catégorie des trucs comme L.I.E.S. qui offrent une sélection variée et intéressante et une approche très directe, avec la vague de labels qui se focalisent seulement sur les edits et les bootlegs. Pour citer grossièrement DJ Harvey qui l’avait déjà évoqué avec son style, oh, toujours si éloquent : faire un edit reste le prétexte le moins cher possible pour monter un album. Ceci dit, j’aime tout de même pas mal d’entre eux, pour différentes raisons. Ils restent bien pratiques pour les DJ : la version originale risque moins de s’user à force d’être jouée, et ils peuvent parfois y ajouter une nouvelle dimension. Bon nombre d’entre eux sont vraiment nuls malgré tout. Il y a une sorte de code moral à prévaloir dans l’immortalité, et il devrait y avoir une sorte de code de gangster pour ça. Par exemple, a-t-on vraiment besoin de faire un edit d’un album de Metro Area, et de le sortir ? Et puis, ça ne devrait pas pouvoir sortir digitalement sans autorisation officielle au préalable. Oui, j’ai un code d’honneur. Je n’ai jamais fait d’edit de cette façon et je trouve ça un peu nihiliste par ces temps. Tout et rien n’a de sens. La vie n’est que ce que l’on en fait. Et le monde ne serait pas meilleur sans edit. Les gens devraient plutôt apprendre à se tenir.

I don’t know if you can put things like L.I.E.S. that releases quite a wide range of interesting music with a straight and direct approach that is anything but edits in the same category as the high tide of edit and bootleg labels. Freely adapted from DJ Harvey who once put it in his oh so eloquent manner: an edit is still the cheapest excuse to make a record. Having said that, I like quite a lot of them for different reasons. They are handy for DJs, protect your original copy from yourself wearing it out and sometimes have a remixing interpretational value to them. A lot of them are also horrible. There is also a moral in the immortality and there should be something like a gangster’s code to it. Do you really need to edit a Metro Area record and put it out, for instance? Also it shouldn’t be sold digitally if it’s not licensed properly. Yes, I have my own code of ethics. I have never edited something myself in that way and I also think quite nihilistic these days. Everything and nothing has a meaning. Life’s what you make it. And the world wouldn’t be a better one without edits. People should just watch their manners a bit.

Pour rebondir sur ta casquette de journaliste, y a-t-il selon toi des écrits sur la musique qui pourraient trouver leur place au milieu des sorties Running Back ? Je pense qu'il faudrait vraiment qu'un DJ s’attelle à la rédaction d'un guide pour les cinéastes qui placent des scènes de club dans leurs films pour en finir avec les horreurs que l'on voit, ça te dirait pas ?
To get back to your journalist career, are there any writings about music that could find their place among the Running Back releases? I think we really need a dj who'd write a guide for filmmakers who put club bits in their movies, maybe it would help them get the current nonsense over with. Are you any interested?

Danny Wang a écrit un texte vraiment charmant à l’occasion de la sortie de Strada Sound Effects, et il s’agit là de la seule fois où ce genre de texte conceptuel a trouvé sa place sur Runnig Back. Il explique pourquoi tous les DJ devraient se le procurer absolument. Ha ha ! Philosophie et marketing vont bien ensemble. Je souffre d’un grand penchant pour l’ironie, alors c’est vraiment dur pour moi de ne pas tourner mes propres mots en dérision quand j’écris sur des concepts. C’est pour ça que je m’en suis gardé jusqu’à présent, mis à part un texte écrit sous un pseudonyme. Quant à pouvoir choisir la musique de film pour des scènes de club - souvent un peu ridicules - ça me plairait énormément. Jusqu’à présent, Blade et John Travolta restent en haut de la liste. Putain, la plupart des documentaires sur la dance tournent vraiment les clubs au ridicule, alors...

The only kind of conceptual writing that every found its way to Running Back is the exquisite and charming piece that Danny Wang wrote for the Strada Sound Effects release. It explained why every DJ needs this record. Ha ha! Philosophy and marketing go very well together. I’m severely suffering from borderline irony, so it’s hard for me to not laugh at myself while writing conceptual things. Hence, I kept away from it so far, excluding one piece that I did under a pseudonym. As far as picking music for the usually ridiculous club scenes in movies, I would be all over it. So far “Blade” and John Travolta still hold the crown. Hell, most dance music documentaries make clubs look stupid… so…

 

Traduction : Simone Apocalypse

Mixtape commentée

J’aurais aimé vous préparer une liste avec des trucs que j’écoute vraiment chez moi, mais je n’ai pas accès à YouTube en ce moment. Alors, voici une sélection de musique de club. Pas forcément dans l’ordre suivant.
I would love to put together a list with stuff that I actually listen to at home, but I cannot get onto Youtube at the moment. So here is a club music tape. Not necessarily in that order.

Arsenal - One Day At A Time (Joakim Dub) - Play All

Joakim se dépasse vraiment ici avec la géniale version balearic dub de ce duo belge. Un des meilleurs trucs qu’il ait produit depuis longtemps. Le petit riff de marimba rappelle vraiment Tensnake.

Joakim outdoing himself with a brillant balearic dub for this Belgian duo. The best thing this smart man has done in ages. The marimba-like-break has Tensnake lurking around the corner.

Warm Sounds - Warm Sounds 003 - Warm Sounds

Sorti sur vinyle uniquement, ce morceau de hardcore house nous ramène à des jours sans clé USB insérée dans le lecteur disque. Naïf et sincère. De l’innocence pure et un potentiel fête énorme.

Vinyl only hardcore sample house that is longing for a time pre-usb-stick-slots in CD players. Naive and heartfelt. Pure innocence and party power.

ItaloJohnson - ItaloJohnson 05 - ItaloJohnson

Voir ci-dessus. Le génial mais brutal groupe de Berlin et son dernier morceau. De la musique faite pour danser. Pas besoin de réfléchir, laisse juste tes pieds bouger.

See above. Berlin’s ruffness super group with the next jam. Music to dance to. Who needs to think, when your feet just go.

Four Tet - Jupiters/Ocoras - Text Records

L’homme du moment, en ce qui concerne la musique de club expérimentale. Il vous permet de penser tout en faisant bouger vos pieds.

The man of the moment, when it comes to adventurous club music. He allows you to think, while your feet just go.

Roman Flügel - Cookie Dust - Live At Robert Johnson

Un autre homme du moment. Un son merveilleux, des morceaux comme des cristaux en sucre, et un style très reconnaissable. De la techno pour romantiques.

The other man of the moment. Marvellous sound design, tunes like sugar crystals and with a distinct sound signature. Techno for romanticists.

Nathan Fake - Iceni Strings - Border Community

De la trance pour romantiques. À situer quelque part entre Frankfurt Traxx et Depeche Mode avant leur phase rock. Fait sur mesure pour James Holden.

Trance for romanticists. Fake hits hard somewhere between Frankfurt Traxx and Depeche Mode before their rock coming out. Tailor made for James Holden.

Panther Modern – Piemento/Howl – Immerse Records

Du dubstep qui serait passé par la case deep dub disco house. Un album de power house venu de Bristol qui est passé un peu inaperçu. À se procurer avant qu’il ne soit trop tard.

Dubstep gone deep dub disco house. Bristolian power house record that seems to fly under the radar of most people. Get it while you can.

Stupid Human - Clean Up Your Act - Stupid Human

En parlant d’edits...The Stupid Human est en fait assez intelligent pour se faire comprendre. Clean up your act on the floor.

Speaking of edits. The Stupid Human is intelligent enough to get them right. Clean up your act on the floor.

März - The Help Song - Karaoke Kalk

Et un morceau à tendance humanitaire pour la route ! Tout le monde vous viendra en aide ! Une bande d’intellos allemands coincés à Ibiza sans même le savoir.

A humanitarian one for the last one! Everybody will help you! German intellectuals trapped in Ibiza without even knowing it.


Who are you Hand Drawn Dracula ?

Décrire avec un souci d’exhaustivité la scène indépendante canadienne s'avère presque aussi improbable que mettre Paris en bouteille. Non que l'activisme musical soit de ce côté-là de l'Atlantique une cause nationale, mais celui-ci, lorsqu'il est de mise, se trouve être le vecteur d'une démultiplication presque infinie de groupes ou de structures sous-tendant ces-derniers. Et ce qui vaut pour Electric Voice Records (lire) avec Montréal et Halifax vaut pour Hand Drawn Dracula avec Toronto... et Halifax : créés par des artistes sévissant en Nouvelle-Écosse, et puisant dans leurs réseaux d'affinités, ces deux labels revendiquent la prétention d'un professionnalisme qu'ils tirent d'un do it yourself intégral, entièrement dévoué à la qualité des projets défendus. S'érigeant sur les cendres encore fumantes du collectif Dependent Music - initié à Yarmouth par Brian Borcherdt dès 1994 et regroupant, outre Holy Fuck dont ce dernier est l'instigateur, des groupes comme Contrived, Burnt Black, Junior Blue, Land of Talk, The Motes ou Wintersleep - Hand Drawn Dracula voit le jour grâce aux efforts de l'artiste et graphiste James Mejia, œuvrant déjà au sein de Dependent Music, très vite épaulé par Brian Borcherdt lui-même.

Peu à peu le centre de gravité du label se déplace de la côte est du Canada à Toronto. À la première vague de groupes issue de Nouvelle-Écosse - dont Holy Fuck reste le pivot inébranlable, permettant notamment de tisser des ponts avec New-York et A Place To Bury Strangers -, une seconde afflue et sort définitivement le label de l'ornière : By Divine Right d'abord, puis Bishop Morocco de Jake Fairley (lire) - plus connu sous le patronyme de Fairmont - et Little Girls (lire) de Josh Mcintyre - que l'on retrouve désormais au sein de Prince Innocence (lire). Issu d'une scène et favorisant le développement de celle-ci, Hand Drawn Dracula redonne un sens inouï à l'activité de label, et ce tout en mettant l'accent sur une valeur trop souvent méprisée au sein de sphère musicale : l'amitié. Initiant des collaborations tous azimuts - dont l'EP Vicious Circles, sorti en novembre dernier, en est la plus parfaite émanation - Hand Drawn Dracula capitalise sur ce brassage aussi fécond qu'illimité. Les sorties futures en témoignent : Dusted, Rituals et Deserts sont toutes des side-projects d'artistes du label et jalonnent, fort à propos, la mixtape, à écouter et télécharger ci-après, conçue pour Hartzine par James Meija.

Entretien avec James Mejia

Comment Hand Drawn Dracula a-t-il vu le jour ? Qui est derrière ? Quelle était l’idée d’origine ?
Tell me how Hand Drawn Dracula was born? Who is behind ? What was the idea of origin?

Hand Drawn Dracula (HDD) est né de Dependent Music. Dependent Music était un collectif de la côte est, co-fondé par Brian Borcherdt, et qui fut le point de départ pour des groupes comme Wintersleep, Land of Talk et Holy Fuck. Le collectif était un véritable pionnier du DIY, dirigé par les artistes eux-mêmes, signant des contrats scellés d’une poignée de main. Ça a marché pendant environ dix ans, et j’y ai participé pendant presque cinq ans, surtout comme graphiste. C’est comme ça que ma carrière de graphiste a décollé.

Deux ans environ après que Dependent Music ait mis les clés sous la porte, plusieurs artistes se sont mis en quête d’un autre label. Je les aidais déjà un peu avec mes graphismes et puis, au bout d'un moment, je me suis dit que je pouvais peut-être sortir les albums moi-même. Tout le monde a trouvé ça génial. Brian Borcherdt en particulier a été d’une grande aide pour HDD. Mon ami Joe, par ailleurs pharmacologue doué et accompli, m’a aussi beaucoup aidé. Nous sommes amis depuis l’adolescence. Il est le co-fondateur de HDD et est aussi en charge de la comptabilité.

Hand Drawn Dracula grew out of the experience of Dependent Music. Dependent Music was an East Coast collective co-founded by Brian Borcherdt and was the starting point for bands like Wintersleep, Land of Talk, and Holy Fuck. It was a regional pioneer of DIY, ran by the artists with handshake deals. It ran for about 10 years and I was on board for about 5 years primarily as a graphic designer. It's where my career as a graphic designer grew from.

A couple of years after Dependent Music shut down, several Dependent artists were looking for a label. I was already helping with the package designs and at some point I just offered to release the albums. Everyone really got behind the idea. Brian Borcherdt in particular was a real champion for HDD. I also enlisted the help of my friend Joe, who's actually also a brilliant and successful pharmacologist. We've been friends since we were teens. He co-founded HDD with me and became in charge of the accounting.

Pourquoi ce nom?
Why this name, Hand Drawn Dracula?

J’étais en route vers Montréal il y a six ans environ, pour assister au concert d’un groupe qui s’intéressait à Dependent Music, sauf que le collectif n’existait plus. Un de mes amis qui avait monté son propre label m’avait accompagné et voulait mon avis sur le groupe. Dans la voiture sur le chemin du retour, il a commencé à se plaindre de la tendance faussement naïve et ‘fait-main’ en vogue dans les illustrations sur les albums de groupes indé : « Des oiseaux, des fleurs, des Draculas, tous dessinés à la main… ». Je ne sais pas pourquoi, je lui ai coupé la parole et j’ai proclamé que si je montais un jour mon propre label, ça serait sous le nom de ‘Hand Drawn Dracula’.

Je trouvais que ça sonnait bien. Ce nom réunissait pas mal de choses qui m’attirent en tant que fan et artiste. Il avait aussi un bon potentiel en termes de marque, et par rapport aux romans graphiques et maisons d’édition auxquels je m’intéressais à l’époque.

I was driving to Montreal about six years ago to see a band that was interested in joining Dependent Music, which had actually shut down by that point. I was with a friend at the time who owned his own record label and wanted my thoughts on that potential artist. On the drive over he complained about the trend of indie album artwork being all badly hand drawn. "hand drawn birds, hand drawn flowers, hand drawn Draculas, etc." For some reason I stopped him mid tangent and said that when/if I ever started a label of my own I would call it "Hand Drawn Dracula".

I liked how it sounded. The name seemed to pretty much encompass a lot of what I'm drawn to as an artist and as a fan. It also had the potential for a branding that I found interesting with the graphic novels and publishers I was reading at the time.

Hand Drawn Dracula sort des albums de pop indé comme de shoegaze. Comment choisis-tu les artistes avec lesquelles tu travailles ?
Hand Drawn Dracula takes out as well indie pop as shoegaze's records. How do you choose the artists you work with?

Je m’intéresse à toutes sortes de musiques. Je ne me suis jamais limité à un seul genre. La scène pop indé est assez variée et je pense qu’il est important de garder l’esprit ouvert sans se focaliser sur les charts et la mode. On peut se satisfaire en suivant les tendances et même avoir du succès. Mais quand je décide de travailler avec un artiste, c’est plus parce que je suis plus intéressé par l’individu et son travail. C’est très important pour moi. Je dois d’abord me passionner pour un projet et les personnes avec qui je suis censé travailler avant de passer tout le temps nécessaire pour pouvoir sortir un album.

I listen to all kinds of music. I've never limited myself to one style. The indie music scene is pretty diverse and I think it's more important to have an open mind and not only focus on what's currently trending or charting. Some people are happy and successful in following the hype, but when I choose to work with an artist, I'm more interested in the work and the individual. It's really important to me that I care about the projects and the people I'm working with before I devote all the time that it takes to work a release.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

En termes de direction artistique, HDD reste vraiment ouvert à tous les genres. En général, j’ai toujours préféré des sons et des sujets artistiques sombres. Ça doit se voir pas mal dans la tournure que prennent certains projets de HDD. Mais dans une grande partie du catalogue, cette esthétique sombre est contrebalancée par une approche positive, pop et expérimentale. En tant que graphiste, le design des projets demeure très important. Le diable est dans les détails, surtout pour parvenir à faire quelque chose de qualité. Le look et l’image de marque de HDD sont bâtis consciencieusement. Cela aide le label à être pris au sérieux par les artistes et les musiciens.

HDD's label guidelines are open to any genre. I've always leaned more towards the darker sounds and subject matters in art and I think that's somewhat evident in the direction of several HDD projects. But I'd say that aesthetic is balanced by a positive, pop and experimental side of the catalogue. Being a graphic designer, the package design of the projects is very important to me. It's the small details that work together to make a difference in perception and quality. The overall look and branding of Hand Drawn Dracula is very thoughtfully crafted and I think that's helped the label become a trusted place for artists and musicians.

Quelle relation entretiennent les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

HDD a débuté avec une poignée de gens, dans la lignée de toute la scène musicale de la côte est - Halifax en particulier - et s’est développé au sein de la scène musicale de Toronto. Tous les artistes jouaient déjà localement. Ils avaient déjà enregistré des morceaux et étaient déjà partis en tournée bien avant que le label n’existe.

HDD started as a bunch of friends. It originated from an East Coast music scene, specifically Halifax, and evolved within the local Toronto music scene. The artists have all locally been playing, recording, and touring together way before this label existed.

De quel album es-tu le plus fier ?
What's the release of which you are most proud?

Je dirais que je suis vraiment très fier du collectif HDD en général, et de toutes les personnes qui y ont contribué et qui nous ont épaulés. Nous mettons du nôtre dans ces projets. On aime à penser qu’ils ont un message à passer, et c’est ce qui nous pousse à continuer.

I guess I'm most proud of the HDD collective as a whole, and everyone who's been involved and supportive. We believe in the projects, we like to think they mean something, and it keeps us working.

Wintersleep, Contrived et Brian Borcherdt sont tes premières sorties. Quelle est leur histoire ?
Wintersleep, Contrived and Brian Borcherdt are in your first release. What's the story of this releases...?

Il s’agit des groupes qui ont débuté sur Dependent. Ce sont de grands potes ayant tous débuté leur carrière ensemble. Brian a déménagé à Toronto pour pouvoir permettre à toute la scène de s’agrandir. Il a fini par jouer avec les légendes locales de l’indie, By Divine Right (Feist et Brendan Canning, co-fondateur de Broken Social Scene - sont d’anciens membres de BDR), qui m’ont donné mon premier vrai boulot en tant que graphiste dans l’industrie. J’ai rencontré Brian par l’intermédiaire d’un ami commun dont le petit frère était le chanteur du groupe Wintersleep (ex-Contrived). J’ai gardé toutes leurs démos quelque part. J’ai fini par m’occuper de l’artwork et du design en général pour tous ces groupes. Ils font vraiment partie de ma famille maintenant. Il y a pas mal d’histoires qui nous rassemblent.

Those are all the original Dependent bands, all best friends, all starting out careers together. Brian moved to Toronto looking to expand the Dependent Music scene and he started playing with local indie heroes By Divine Right (Feist and Brendan Canning are also alumni of BDR), who gave me my first professional gig as a graphic designer in the "established" industry. Brian and I met through a common friend whose younger brother was the singer of Wintersleep, which formed out of the band Contrived. I still have all these demos somewhere. I ended up doing a lot of the the album artwork and graphics for these bands. These guys are my extended family. There's a lot of history there.

And Holy Fuck ?
And Holy Fuck?

Holy Fuck est né du projet solo expérimental de Brian Borcherdt, après qu’il ait emprunté un synchroniseur son/vidéo du boulot. Il expérimentait en live sur les rythmes, grâce aux bobines de film. Le premier concert eut lieu dans une galerie d’art du coin, SPIN, qui exposait aussi mon travail. Par la suite, Brian a eu l’idée de monter un groupe de musique qui ferait de l’électro en live, sans ordinateurs. Il a réuni un groupe impressionnant de musiciens. Holy Fuck a vraiment pris forme dès lors que Graham Walsh et Brian ont commencé à travailler ensemble. Dependent Music s’est occupé de leur première sortie, suivie par un EP et un contrat sur Young Turks / XL Records. Un peu plus tard. Graham a géré la production du premier album de Julie Fader sur HDD, Outside In. Leur petite fille a maintenant un an !

Holy Fuck reste un projet qui me tient vraiment à cœur. Je me suis occupé du design, du site internet et d’autres petites bricoles, tout ça depuis le premier jour. Avoir pu les suivre pendant tout leur parcours s’est révélé fantastique. Ils ont mixé, produit, remixé, joué… Ils sont partis en tournée et ont participé, au fil des ans, aux projets de HDD, notamment avec leur split EP avec Off The International Radar et leurs contributions au Vicious Circles Vol.1.

Holy Fuck was a solo project Brian Borcherdt started experimenting with when he borrowed a film sound synchronizer from work. He made live experimental beats with the actual film/tape reels. The first show was at SPIN, a local gallery that repped my work. Then Brian had the idea to put together a live band that made electronic music without using computers. He brought together an impressive collective of musicians. Holy Fuck really took shape when Graham Walsh and Brian started working together. The first release was on Dependent Music, followed by an EP and signing to Young Turks/XL Records. Graham later produced Julie Fader's debut HDD album "Outside In", and now they have a very cute one year old daughter!

Holy Fuck is a really important project to me. I was on board for graphics, web development, and all sorts of help from day one. Seeing the progression of the band has been amazing. They've mixed, produced, remixed, played, toured, and supported various HDD projects over the years. In particular the split EP with Off the International Radar, and their Vicious Circles Vol.1 contributions.


Bishop Morroco and Josh McIntyre (Little Girls, Prince Innocence) semblent ultra-productifs. Tu peux nous en dire plus à leur sujet ?
Bishop Morroco and Josh McIntyre (Little Girls, Prince Innocence) seems now very productive. Can you tell me more about them?

Bishop Morocco est le projet de James Sayce et Jake Fairley. Peu après ça, Ian Worang (The Uncut, The Two Koreas) est arrivé ainsi que John McCan (Guided By Voices). Ian et Jake ont sorti un EP fantastique sous le nom de The Uncut, Understanding The New Violence, sur le label berlinois Dumb Unit Records, en 2000. Sayce faisait partie de The Deadly Snakes et de Tangiers par la suite, composé entre autres de Josh Reichmann (Dopes, Bad Tits, Desert) au chant. Jake est l’un des meilleurs musiciens électro au monde. Il vit à Berlin depuis dix ans et a débuté sa carrière avec Fairmont. Jake vient de finir un remix de Daydream (Little Girls) pour HDD alors que le remix de Bishop Morocco du Stay Litd'Holy Fuck fait partie des grands classiques. Jake et James sont tous deux de grands bosseurs.

Little Girls est l’un des premiers groupes locaux à être signés sur HDD. A l’époque, Josh McIntyre venait de sortir un single sur Captured Tracks et son EP sortant un peu plus tard sur Mexican Summer était déjà bien avancé. Il a généré très vite beaucoup d’enthousiasme et cet engouement à son égard continue encore aujourd’hui avec Prince Innocence, son nouveau projet. Josh m’avait fait écouter des démos enregistrées dans sa chambre alors que nous étions tous deux DJ aux HDD Unlovable Nights de Toronto. Ces démos sont devenues le premier EP de Prince Innocence.

Bishop Morocco started as a project between James Sayce and Jake Fairley. They later brought Ian Worang (Uncut, The Two Koreas) and John McCan (Guided by Voices) on board. Ian and Jake released an amazing EP as The Uncut called 'Understanding The New Violence' via Berlin's Dumb Unit Records back in 2000. Sayce had played early on in The Deadly Snakes and later with Tangiers, which also featured Josh Reichmann (Dopes, Bad Tits, Deserts) on vocals. Jake is one of the best electronic musicians out there. He moved to Berlin 10 or so years ago and started a successful career as Fairmont. Jake just did a remix of Little Girls' 'Daydream' for HDD and the Bishop Morocco remix they did of Holy Fuck's 'Stay Lit' is classic. Both Jake and James are hard-working, career-driven guys.

Little Girls was one of the first local bands I contacted when I started HDD. At that point, Josh McIntyre had released a single on Captured Tracks and a Mexican Summer EP was on the way. There were a lot of eager enthusiasts soon after that, and that trend continues with his new project Prince Innocence. Josh played me early bits of PI bedroom recordings while we DJ'd together at HDD Unlovable nights in Toronto. Those lo-fi recordings became their bandcamp EP.

Quel est le concept des compilations Vicious Circle ?
Can you explain the concept of Vicious Circle compilations?

Le concept à la base de Vicious Circles (télécharger) s’est développé peu à peu dès le début du label. Alors que je travaillais pour Dependent Music, j’avais commencé à prendre contact avec des groupes en quête d’un label. Je passais alors par MySpace… Vous vous souvenez de MySpace ? C’est ainsi que je suis tombé sur Shugo Tokumaru, Black Moth Super Rainbow, A Place to Bury Strangers et pas mal d’autres artistes notables. Quelques années plus tard, j’ai proposé à Shugo, BMSR et Holy Fuck de contribuer à une compilation HDD. En termes de son, ils semblaient faits les uns pour les autres. Après coup, les inviter à retravailler leurs morceaux me semblait être un concept intéressant qui ferait sortir du lot l’album. Ils ont tous fait du très bon travail !
J’ai eu la chance de pouvoir avoir Shugo lors du premier showcase de HDD à Pop Montréal. C’est un type vraiment sympa et un musicien incroyable.

The Vicious Circles concept started early in the development of the label. When I was working Dependent Music, I started reaching out to unsigned bands to potentially work with at Dependent. I was contacting bands through MySpace - Remember MySpace? That's how I first met Shugo Tokumaru, Black Moth Super Rainbow, A Place to Bury Strangers, and a bunch of other notable artists. A few years later, I asked Shugo, BMSR and Holy Fuck if they'd be interested in contributing music to an HDD compilation. They seemed like a perfect match sonically and the afterthought of having them rework each other's music seemed like an interesting concept that would really set the album apart. They all did such a great job!

Quel est le futur proche de Hand Drawn Dracula ?
What's the near future of Hand Drawn Dracula?

Un showcase avec A Place to Bury Strangers, Dusted, Rituals, Army Girls et Beliefs vient d'avoir lieu. J’ai programmé toutes les prochaines sorties jusqu’à l’année prochaine. Le premier album de Dusted, Total Dust sortira le 10 juillet au Canada via HDD et dans le reste du monde sur Polyvinyl. Dusted est composé de Brian Borchderdt (Holy Fuck) et de Leon Taheny (Final Fantasy, Rituals) à la production. Leon est aussi membre de Bruce Peninsula, dont l’album Open Flames est sorti sur HDD en octobre dernier. À paraître bientôt également, les albums de Rituals, Deserts (Sebastien Grainger et Josh Reichmann), ainsi que quelques autres, toujours sur le feu.

Coming up soon is the HDD NXNE showcase w/ A Place to Bury Strangers, Dusted, Rituals, Army Girls, and Beliefs. I've scheduled new releases way into the new year. Dusted's "Total Dust" debut album will be released July 10th in Canada through Hand Drawn Dracula and to the world via Polyvinyl. Dusted is a new project by Brian Borcherdt (Holy Fuck) with producer Leon Taheny (Final Fantasy, Rituals). Leon is also a member of Bruce Peninsula, whose 'Open Flames' album was released on HDD last October. Other upcoming HDD releases from Rituals, Deserts (Sebastien Grainger and Josh Reichmann), and more are in the works.

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes?

Je voudrais que HDD se fasse un nom de label spécialisé, qui marche bien. J’aimerais que le label reste à échelle humaine, avec son petit noyau de bosseurs dévoués. C’est pas si fou que ça, mais je préfère la simplicité au chaos et au drame.

I want Hand Drawn Dracula to be a well run and recognized boutique label. I want to keep the label to a small group of hard working people. That's not so crazy, but I prefer simple to chaos and drama.

Sans mentionner des groupes de ton label, à quelles choses es-tu addict aujourd'hui ?
Without mentioning your label's groups. What are the things you are addicted to?

Ces derniers temps, j’ai surtout écouté Warm Myth, Here We Go Magic, Factory Floor, Total Control, Lower Dens, A Place to Bury Strangers et Disappears. Je me suis remis à écouter du vieux Rick White, Space Needle et des albums de Gang Gang Dance. En termes de groupes locaux : Odonis Odonis, Beliefs, Teenanger, Daniel Romano, Black Walls, Evening Hymns, Young Mother, Sexy Merlin, Actual Water, Tenderness. Il y a tellement plus de groupes indé vraiment géniaux à Toronto...

Lately I've been listening to Here we Go Magic, Factory Floor, Total Control, Lower Dens, A Place to Bury Strangers, and Disappears. I've also dug up older Rick White, Space Needle, and Gang Gang Dance records. Locally, I've been listening to Odonis Odonis, Beliefs, Teenanger, Daniel Romano, Black Walls, Evening Hymns, Young Mother, Sexy Merlin, Actual Water, Tenderness. So many more great indie bands in Toronto... It's pretty amazing.

Mixtape Who are you Hand Drawn Dracula

01. Dusted - (Into The) Atmosphere
02. Shugo Tokumaru performs Holy Fuck's Lovely Allen
03. Rituals - Life Saver
04. A Place To Bury Strangers - You Are The One
05. Metz - Pigs (Sparklehorse cover)
06. Beliefs - Iron Streams
07. Army Girls - Cold & Alcohol
08. Bishop Morocco - Last Year's Disco Guitars (A Place To Bury Strangers mix)
09. Little Girls - Nights Out
10. Dopes - All Day Wrong (Sebastien Grainger remix)
11. Wintersleep - Resuscitate
12. Bruce Peninsula - As Long As I Live

01. Dusted - (Into The) Atmosphere

Il s’agit du nouveau groupe de Brian Borcherdt (Holy Fuck), et du producteur Leon Taheny (Rituals, Bruce Peninsula). Je suis vraiment content de cet album, ainsi que de l’autre groupe de Brian, LIDS, formé de quelques membres de Metz et des Constantines.

This is a new Brian Borcherdt (Holy Fuck) project with producer Leon Taheny (Rituals, Bruce Peninsula). Really excited about this record as well as Brian's new project called LIDS with members of Metz and the Constantines.

02. Shugo Tokumaru performs Holy Fuck's Lovely Allen

J’ai eu la chance de pouvoir avoir Shugo lors du premier showcase de HDD à Pop Montréal. C’est un type vraiment sympa et un musicien incroyable.

I was lucky enough to bring Shugo over for my first HDD showcase at POP Montreal. Really nice guy and incredible musician.

03. Rituals - Life Saver

Adam, Leon (Bruce Peninsula, Dusted), et Matt (Sailboats Are White) sont également d’excellents musiciens. Leur dernier EP est sorti sur le label d’un ami, Unfamiliar Records. On travaille ensemble sur la sortie de leur prochain album qui promet d’être génial. Soyez prêts !

Adam, Leon (Bruce Peninsula, Dusted), and Matt (Sailboats Are White) are also great musicians. Their last EP came out on my friends label, Unfamiliar Records. We're working together towards the release of their new album which is sounding amazing. Get ready! The band tell me their working on a follow up to their HDD debut, Cults EP.

04. A Place To Bury Strangers - You Are The One

J’ai rencontré Oliver et le reste du groupe à NYC à CMJ, juste avant la sortie de leur premier album. Un an plus tard, je rejoignais dans l’enthousiasme général Holy Fuck et APTBS sur leur tournée du sud des États-Unis. APTBS sont sur le point de sortir leur nouvel album intitulé Worship cet été, et ils joueront également lors du NXNE showcase à Toronto.

I met Oliver and the band in NYC at CMJ just before the release of their debut. A year later I joined Holy Fuck and APTBS on a fun tour of the southern states. APTBS are just about to release their new album Worship this summer and are headlining this years' HDD NXNE showcase in Toronto.

05. Metz - Pigs (Sparklehorse cover)

Ils viennent tout juste de terminer ce qui promet d’être l’un des meilleurs albums de l’année. Metz est l’un des meilleurs groupes qui soit, en plus d’être l’un des plus bourrins et des plus bruyants. J’ai eu la chance d’avoir pu les faire jouer lors du HDD showcase à Pop Montréal. Ils ne sont aussi pas les derniers à boire !

They just finished what will be one of the best new albums of 2012. Metz are one of the heaviest, loudest, and best bands. I was lucky enough to get the band to headline last year's HDD POP Montreal showcase. Also fun to drink with!

06. Beliefs - Iron Streams

07. Army Girls - Iron StreamsUn duo genial qui commence à être reconnu localement. Ben Cook (Fucked Up) a produit leur premier EP et Carmen Elle a pas mal collaboré avec Austra. Army Girls sont en tournée avec PS I Love You et préparent leur premier LP.

A great duo getting a lot of local buzz. Their debut EP was produced by Ben Cook (Fucked Up) and Carmen Elle did time collaborating in Austra. Army Girls are touring with PS I Love You and working on their debut full length.

08. Bishop Morocco - Last Year's Disco Guitars (A Place To Bury Strangers remix)

Olivier de A Place to Bury Strangers a mixé deux de leurs morceaux, Last Year's Disco Guitars et Eddie, pour un 7’’. Il s’agit ici de l’écoute en exclu d’un des premiers mix de APTBS.

Oliver from A Place to Bury Strangers mixed 2 songs, Last Year's Disco Guitars and Eddie for a proposed 7" single. This is the first listen of one of the APTBS mixes.

09. Little Girls - Nights Out

Le groupe m’a annoncé qu’ils travaillaient en ce moment sur un autre album, après Cults EP, sorti sur HDD.

The band tell me their working on a follow up to their HDD debut, Cults EP.

10. Dopes - All Day Wrong (Sebastien Grainger remix)

Alias Josh Reichmann. Il a un EP de Dopes en cours, ainsi qu’un autre projet sous le nom de Deserts avec Sebastian Grainger (Death From Above 1979). Le duo a déjà sorti un EP 7’’ sur HDD sous le nom de Bad Tits.

Aka Josh Reichmann is working on a Dopes EP and a new project called Deserts with Sebastien Grainger (Death From Above 1979). The duo released an EP/7" on HDD under the name Bad Tits.

11. Wintersleep - Resuscitate

Leur album Hello Hum sortira bientôt sur EMI et Roll Call.

They have a new record called Hello Hum on the way via EMI & Roll Call.

12. Bruce Peninsula - As Long As I Live

On devrait tous les voir en live à un moment donné. C’est vraiment l’un des meilleurs groupes en live. Weather Station, Snowblink, Timber Timbre, Austra et Ohbijou, entre autres, ont déjà fait partie du groupe. Tout comme moi, Neil Haverty, le fondateur du groupe était un membre actif de la scène de Toronto dès le début.

Everyone should see Bruce Peninsula at some point. They are one of the best live bands out there. Their current and previous members include Weather Station, Snowblink, Timber Timbre, Austra, and Ohbijou. Founding member Neil Haverty and I go way back in the Toronto scene.

Audio


Who are you Sacred Bones

Caleb Braaten fait ce qu’il aime et on aime ce qu’il fait. Véritable Saint-Esprit du label de Brooklyn aux productions soignées dans leurs moindres recoins, Sacred Bones Records est de plus en plus l’objet d’un culte qui grandit de manière exponentielle.

Il est des labels qui changent leur éthique et leur charte graphique et intellectuelle constamment au fur et à mesure de leur existence montrant qu’ils arrivent à tendre vers quelque chose de mieux et l’expriment de cette manière, par une diversité au cours d’une évolution. À l’inverse, certains autres labels comme Sacred Bones Records restent ancrés à un principe, une image, une idée. Dans ce cas précis, c’est un peu comme si depuis toujours, Sacred Bones avait atteint le “mieux” depuis longtemps et ne cesse aujourd’hui de s’étendre avec sa ligne artistique parfaite et reconnaissable entre mille puisqu’elle ne bouge pas depuis des années, depuis toujours en fait. Culte d’une musique sombre et souvent avant-gardiste prônant les expérimentations en tout genre, le label met en avant tant d’artistes rares, méconnus, poussant les limites de la musique dark dans un registre rock, parfois pop ou punk, mais toujours avec ce petit truc en plus qui leur est propre. Le label arrive aussi à propulser des artistes sur le devant de la scène indépendante mondiale avec des artistes comme Zola Jesus (pour le versant pop du label) ou The Men, avec leur post-punk sonique, pas loin d’avoir enregistré le meilleur album de l’année avec Open Your Heart en ce premier semestre 2012. Ces artistes partagent au sein du label l’affiche avec d’autres, célèbres en devenir (Vår) et toujours tout aussi excellents sous une charte graphique élaborée et impeccable. Qui ne s’est jamais senti passer à côté de quelques chose devant la redondance sans explication de cet ouroboros (serpent qui se mort la queue) encerclant un triangle plein des plus énigmatiques ? Suivant toujours le même paterne pour ses sorties physiques, Sacred Bones marque les esprits. Comme un quelque chose qui pousse à chercher à comprendre, une anguille sous roche cachant une énormité tellement effarante qu’elle en deviendra culte tout en préservant un secret absolu sur bien des points. Pas vraiment de promotion ni même d’information ou de mise en page sur leur site officiel, une discrétion au fil des ans qui rend la chose encore plus déconcertante.

De ceux qui savent de quoi il retourne, qui savent ce qui est parti d’une cave de building new-yorkais pour devenir un des meilleurs labels indépendant au monde, d’entre eux beaucoup s’empressent de suivre les sorties comme autant de messes systématiques pour attraper l’édition limitée à 50 exemplaires. Le fait que ces individus sont de plus en plus nombreux à vouer un véritable culte à ce label reste sans doute la meilleure preuve et gage de qualité de ses différentes productions. Fans de musiques alternatives sombres ou simples curieux potentiellement avides de nouveautés musicales, si vous découvrez Sacred Bones Records en lisant ces lignes, il est plus que temps !

Musicalement, les productions du label sont éclectiques : on passe par la plupart des genres et sous-genres affiliés de près ou de loin au rock indie et aux musiques les plus alternatives. De la folk de Case Studies au punk de Daily Void et de la pop aussi, celle de Zola Jesus : Sacred Bones brasse de tout, mais certainement pas n’importe quoi. Les artistes sont nombreux aujourd’hui à avoir signé pour une sortie sur Sacred Bones avec presque autant de styles musicaux différents et propres à chacun mais si une chose lie pourtant l’intégralité des artistes signés sur le label, il s’agit bien de cette touche dark. Entre l’errance simpliste et profonde d’Amen Dunes, la recherche véhémente de Factums ou les déflagrations de The Men et de Pop 1280, tout se joue sur un tableau imprégné d’une noirceur omniprésente et palpable. Mais attention, jamais étouffante, l’atmosphère liant tous ces artistes apporte un charme singulier et reconnaissable propre à l’éthique aujourd’hui encore impeccable du label new-yorkais.

On ne va pas forcément faire de tour d’horizon complet ici, mais notons tout de même que le label a fait son apparition au début de l’année 2007 avec la sortie d’un single du duo The Hunt, One Thousand Nights, et déjà une imprégnation sombre noie les deux titres du groupe en enlisant le titre éponyme et sa face B, Black and White, dans le tableau indie rock très sombre, à la limite du gothique et marque (sans le savoir dès lors) la naissance officielle du style Sacred Bones. S’en suivra un des meilleurs EP du label, celui de Blank Dogs, Diana (The Herald).

Petite parenthèse pour noter, toutefois, que Blank Dogs est l’un des nombreux projets de Mike Sniper qui tient aujourd’hui (en outre) un autre label new-yorkais, Captured Tracks. Plus spécialisé dans le shoegaze, la dream-pop et parfois dans un registre lo-fi avec des groupes comme Craft Spells, DIIV, Wild Nothing, The Soft Moon… Captured Tracks partage aujourd’hui les mêmes bureaux que Sacred Bones à Brooklyn.

Diana (The Herald) comporte donc cinq titres aussi sombres et violents que séduisants et forme une perfection synth-punk lo-fi poussée à l’extrême. Alors si je choisis de vous parler de cet EP, c'est non seulement parce qu’il est exceptionnel, mais pour vous introduire aussi la boîte de Pandore qu’est Sacred Bones à ce niveau, car très nombreuses sont les pures merveilles sonores en format relativement court de quatre à six titres. Au niveau musical, cet EP fait entièrement partie de la définition de ce qu’est Sacred Bones Records, mais au niveau du packaging aussi. Il s’agit en effet de la première sortie physique du label à adopter ce paterne que l’on retrouvera au cours des cinq années à venir jusqu’aux sorties actuelles. Leur logo situé dans le coin haut gauche, en face duquel sera mentionné sobrement le nom de l’artiste, suivi du nom de l’album puis le nom de chaque titre, le tout dans le premier tiers haut de la pochette du disque. Les deux-tiers du bas sont occupés par l’artwork en tant que tel encadré dans un espace qui ne bougera que très rarement au fur et à mesures des sorties. Au dos du vinyle, rien, mis à part ce même logo, seul perdu en bas de la pochette arrière. Par la suite, le schéma adopté par les EP va changer et rester figé. Il va rester et encadrer l’ensemble des LP du label et continue encore d’être présent aujourd’hui. Cette sortie est exemplaire puisqu’elle fera la part belle à une édition limitée à 50 exemplaires dans laquelle le vinyle dans sa pochette aura été inséré dans un tissu épais découpé aux mesures de la pochette, montrant un œuvre de Mike Sniper (graphiste aussi, tiens) et qui atteindra presque les 200 dollars sur un site d’enchères. Le culte est lancé.

Des autres EP qui m’auront le plus marqué et dont je ne saurai assez vous recommander de les écouter, je mettrais en avant le magnifique recueil des pérégrinations lo-fi de Nerve City. Sorti en 2010, Sleepwalker, du haut de ses six titres, vous rentre dans le crâne et n’en ressortira plus jamais. On touche presque à des mélodies pop mais altérées par son enregistrement à la maison et un abus considérable de réverb' de la part de Jason Boyer. Le tout premier effort de Moon Duo, la nouvelle formation de Ripley Johnson (Wooden Shjips) qui s’associe avec Sanae Yamada, s’inscrit aussi dans la longue série des EP en or massif que proposera le label. Killing Time EP est une bombe à retardement et la première série de titres du rock psychédélique du duo avec lequel Sacred Bones aura vu juste en en signant la première pépite d’un groupe qui sortira un album magistral en 2011 avec Mazes. 2011, année où Sacred Bones explosa pour suivre depuis une progression exponentielle, détient aussi le dernier EP dont je tenais à vous parler dans cette section. Inconnu au bataillon (si ce n’est avec une sortie CD chez eux, au Chili, de leur premier album) avant ces deux titres de dix minutes regroupés en deux faces de leur premier EP, Föllakzoid nous propose un rock progressif vitaminé et complètement jouissif. Une énergie comparable aux productions de Can sur un Monster Movie émane de cet EP éponyme qui restera une découverte majeure de l’année pour un groupe définitivement à suivre et qui prépare d’ailleurs son premier album, II, pour le début 2013. D’autres perles bien sur, de la pop futuriste subaquatique lo-fi (si si) de Gary War (Police Water EP, 2010) aux claques post-punk hardcore de Pop 1280 et son chant d’écorché (The Grid, 2010), Sacred Bones arrive à toucher à l’essentiel en quelques titres et redéfinit à sa sauce le format EP dans sa ligne directrice qui jusqu’à présent frise le sans-faute.

Le premier format long du label date de 2008 et propose un recueil d’expérimentations sonores teinté de kraut et de punk du trio énigmatique Factums. Leur troisième album, The Sistrum, sortira lui aussi dans une édition limitée à 150 exemplaires et pour la première fois le label dévoile ce qui restera une norme pour ce type d’édition. Une version limitée et donc beaucoup plus rare et prisée accompagne encore aujourd’hui la plupart des sorties du label, apportant toujours un travail soigné et unique en son genre participant à la renommée internationale de ce label chez les collectionneurs de vinyles et autres amateurs. Généralement une édition tirée entre 50 et 150 exemplaires offrant une sérigraphie d’un artwork alternatif et entourant la pochette de l’édition normale renfermant le vinyle, le tout fermé par un sceau en cire et numéroté à la main. Les photos sont rares, Caleb prônant lui-même une discrétion quasi absolue sur ce genre de tirages, les rendant encore plus spéciaux selon lui. Les albums s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Les expérimentations restent omniprésentes sur beaucoup des premières sorties. Le duo franco-canadien The Pink Noise sortira tour à tour Dream Code en 2008 et Birdland en 2009, offrant deux boîtes à outils lo-fi teintées de synth-punk. Deux albums qui s’inscrivent dans une apocalypse sonore qui ne ressemblera jamais à aucune autre. De l’expérimentation toujours et encore avec les excellents albums de Children’s Hospital (Alone Together, 2009) qui sortis de Seattle proposent un punk abrasif avant-gardiste teinté de drone qui colle aux dents et de Gary War (Horribles Parade, 2009) avec sa pop expérimentale lo-fi dont on dirait que Greg Dalton chante réellement sous l’eau. Ce dernier album aura valu le premier clip officiel du label pour le titre Highspeed Drift, dirigé par Jacqueline Castel (ayant à ce moment déjà travaillé sur des projets vidéo avec Blank Dogs). Soulevant des interrogations de tout type, sans doute avant, pendant, mais sûrement beaucoup plus après le visionnage du court métrage, le culte Sacred Bones ne fera qu’en ressortir plus grand, se cachant derrière ce qu’il veut montrer de plus énigmatique et underground.  Qu’on se le dise, sur les singles, EP et LP du label, les expérimentations auront toujours été omniprésentes, et ce jusqu’en 2012 encore ou les dernières en date soulèvent l’engouement d’un nouveau public de manière systématique. Plus rien ne passera inaperçu et le label met désormais en avant ses sorties à la vue d’un plus large nombre d’auditeurs intéressés. Ainsi The Driver, le dernier album de Led Er Est, tout comme le tout premier single de Vår (anciennement WAR), At War For Youth, s’inscrivent dans ce torrent de nouvelles expérimentations, laissant place à autant de complexité dans l’enchevêtrement des courants musicaux empruntés.

Sur la totalité des formats qu'a proposé le label au cours de ses cinq années d’existence, 2011 reste une étape charnière pour Sacred Bones Records qui, ayant passé la vitesse supérieure, multiplie les sorties. Les albums, EP et singles s’enchaînent jusqu’au bilan de vingt sorties physiques en 2011 uniquement. Des artistes confirmés (Crystal Stilts, Moon Duo, Zola Jesus) et d’autres très peu connus jusqu’à lors (Föllakzoid, Trust, Medication) dont on attend aujourd’hui une perle au tournant. 2011 fut aussi l’année de la toute première compilation, Todo Muere vol. 1, qui viendra marquer le 54ème numéro du catalogue. Plusieurs réussites totales aussi qu’on pourra aisément considérer comme de gros pavés dans la tronche et une qui restera gravée dans les esprits de beaucoup, beaucoup de monde. Il s’agit de l’album de The Men. Leave Home (lire la chronique) est une décharge tellement brute d’un post-punk puissant, et le titre Bataille lâché à la volée six mois auparavant aura suffit à créer un tel buzz qu’il n’aura aucun mal à faire parler de lui bien au-delà de la sphère underground new-yorkaise.  À une vitesse fulgurante on entend à tout va parler de révélation, bien que le quatuor n’en soit pas à son coup d’essai. Leave Home sera classé parmi les meilleurs albums indie de l’année 2011. Alors que son successeur de 2012, Open Your Heart, est en passe de rentrer dans les mêmes rangs, on parle déjà d’un autre album se préparant pour le courant de cette année…

À mi-chemin de cette année 2012, on sent que le rythme n’est pas à la baisse vue la profusion avec laquelle Sacred Bones continue de nous tabasser de ses sorties tout en conservant une qualité de premier choix - une nouvelle compilation pour le Record Store Day, Todo Muere vol. 2, un album de remixes de l’excellent Mazes de Moon Duo en vinyle et un DVD contenant le premier long métrage du label, toujours signé Jacqueline Castel. Ce sont les artistes Pop 1280, The Men, Led Er Est et Wymond Miles (80ème sortie du label pour ce dernier) qui auront tous sorti un album de qualité en ce premier semestre qui va se clôturer avec la sortie à venir d’un nouvel album, celui de Slug Guts, Playin’ in Time With the Deadbeat. Aucun répit donc pour le label de Brooklyn qui peut se targuer de faire carton plein à chacune de ses sorties avec un contenu de qualité qui reste aujourd’hui plus que jamais la marque de fabrique d’un des labels les plus en vogue de la scène underground.

Derrière le symbole aujourd’hui inébranlable de son label, Caleb Braaten aura répondu à quelques questions principalement pour savoir comment se porte aujourd’hui son entreprise et quelle direction elle prendra demain. Entretien avec le gourou, créateur et fer de lance de Sacred Bones Records aujourd’hui plus que jamais reconnu pour son exactitude dans le choix des artistes et la mise en avant de leurs chefs-d'œuvres.

Entretien avec Caleb Braaten

Salut Caleb ! Où es-tu, là ?
Hi Caleb! Where are you now reading me?

Je me sens un peu comme à l’intérieur d’un œuf de dinosaure.

It feels like the interior of a dinosaur egg.

Sacred Bones est né en 2006, vous allez donc fêter votre sixième anniversaire, pensais-tu aller aussi loin ?
Sacred Bones was born in 2006, so you are at your sixth birthday, did you thought you would go so far?

En fait j’ai vraiment commencé tout ça en 2007, peut-être en toute fin 2006. Le vinyle de The Hunt est sorti en 2007, du coup je considère 2012 comme étant notre cinquième année. Je n’ai jamais pensé que Sacred Bones Records pouvait prendre l’ampleur que ça a pris aujourd’hui. Je m’estime vraiment chanceux que nous ayons toujours la capacité de sortir et de mettre en avant la musique que nous aimons.

I really started this in 2007, maybe late 2006. The Hunt record came out in 2007, so I consider this to be our fifth year. I never really considered it becoming the operation that it is today. I feel very lucky that we are still able to put out music that we love.

Après ces années, Sacred Bones reste énigmatique pour beaucoup de personnes, et en même temps bénéficie d’une très bonne réputation au sein de la musique underground internationale. Vous choisissez de garder une image sombre et de rester dans la même logique avec tous les artistes que vous produisez ?
After these years Sacred Bones still remains enigmatic in front of lots of people, but at the same time benefits from a great reputation in the worldwide underground scene. You choose to have and maintain a dark and gloomy image and to stay in a perfect logic with all the bands and artists you produce?

Ce n’est pas une décision prise consciemment de plein gré. Ça se passe juste comme ça, comme c’est vu de l’extérieur. Je pense que les artistes du label sont incroyablement variés.

It’s not a conscious decision by any means. It just happens to be the way it looks from the outside. In my opinion the artists on the label are incredibly varied.

Tout semble complètement impeccable lorsqu’on regarde l’ensemble de votre catalogue, et je ne parle pas des éditions limitées… Vous travaillez beaucoup là-dessus ?
Everything seems to be impeccable regarding your catalogue and we didn’t even reach the subject of you limited edition silkscreen covers issues… Do you work a lot on it?

Travailler sur ces éditions limitées de vinyles est certainement la partie la plus drôle pour moi. C’est quelque chose dont je tire une très grande fierté. Une fois que je les ai terminées et qu’elles sont prêtes je suis toujours un peu triste lorsqu’on doit les envoyer aux clients.

Making the limited edition records is probably the funniest part for me. It’s something I take great pride in. As soon as they are done, I’m always sad when we have to send them out.

Avec qui travailles-tu dessus ?
With who are you working on this?

C’est Keegan Cooke qui est en charge de toutes les impressions de Sacred Bones. Il fait ça depuis le tout premier vinyle et j’espère aussi qu’il fera aussi le tout dernier.

Keegan Cooke is in charge of all of the Sacred Bones print making. He’s been doing it since the very first record and I hope that he will make the very last one.

Ce genre de travail de sérigraphies a toujours été très propre, apportant un autre design au vinyle toujours fermé par un sceau en cire. Ces éditions sont-elles importantes pour vous ? C’est un moyen de vous échapper du paterne que vous utilisez depuis cinq ans ?
This silkscreens work has always been spotlessly clean with these additional showing alternate artwork covers and closed with a wax stamp. Are this kind of work very important to you? Is it a way for you to jump out the pattern used for five years now?

Je pense que oui. Je suis un grand collectionneur de vinyles et je pense qu’une édition ou une version spéciale d’un disque doit être vraiment spéciale. Pas uniquement un truc du genre un vinyle de couleur.

I suppose so. I am an avid record collector, and special edition version of a record should actually be special. Not just some colored vinyl thing.

Tu ne révèles rien à propos de ces éditions justement qui sont vraiment très limitées. Par exemple, officiellement tu n’avais montré que des images des albums de Psychic Ills (Hazed Dreams) et de Led Er Est (The Driver)… C’est pour maintenir une part de mystère en plus sur le label ?
You never reveal nothing about limited editions which are strictly limited to a very few quantities. I’ve only seen official pics of this Hazed Dreams from the great Psychic Ills band, and the most freshly Led Er Est last album, The Driver. Is this a way to maintain mystery around you?

C’est bien plus marrant comme ça. De cette manière les personnes qui veulent ces éditions limitées obtiennent vraiment quelque chose de spécial.

It’s more fun that way. That way the people who actually purchase them get something special.

Vous allez bientôt atteindre 100 sorties, vous allez faire quelque chose de spécial pour l’occasion ?
You’re almost reaching 100 releases, are you going to do something special for this step?

Oui, je n’y ai pas vraiment trop pensé encore. Je suis persuadé qu’on va faire quelque chose de vraiment bien.

Yeah, I really haven’t thought about it too much. I’m sure we will do something cool! It will be quite a milestone indeed.

The Men a parlé d’un nouvel album pour cette année déjà ?
The Men used to talk about a new LP for this year?

Oui ! Ça va être incroyable. Je peux te promettre ça !

Yes! It’s going to be incredible. I promise you that!

Est-ce qu’il y a un artiste sur terre aujourd’hui pour lequel tu voudrais vraiment sortir un disque ?
Is there one artist on earth today for whom you really want to put out a record with Sacred Bones?

Nick Cave and the Bad Seeds. Certainement.

Nick Cave and the Bad Seeds. For sure.

Qu’est-ce qui va se passer pour le deuxième semestre de 2012 ?
What’s next for the forthcoming second 2012 semester? 

On est en train de presser un vinyle comprenant uniquement des rééditions d’un groupe français très important dans la scène underground, Trop Tard. Ça n’a pas été annoncé encore. Ils étaient incroyables et faisaient partie du mouvement coldwave français des années 80. Ils avaient sorti un LP et une cassette. On va ressortir une édition limitée de chacun des deux en août. C’est un de mes groupes préférés de tous les temps.

We are doing a vinyl only reissue of a really important underground French band, Trop Tard. It hasn’t been announced yet. They were an incredible part of the 80’s French Coldwave. They released an LP and a Cassette. We will be doing a limited run version of both of them this August. It’s one of my favorite bands of all time.

Merci Caleb ! Une dernière chose à dire pour les Français qui te liront ?
Thank you Caleb! One last thing you want to tell French people reading you?

Merci pour tout (en français, in french).

crédits photos : Mathieu Dellabe (sauf 4&5)

Mixtape

Une mixtape bien longue mais qui ne suffira qu'à effleurer la surface de ce Sacred Bones propose dans son catalogue qui ne cesse de grandir. Dix-huit titres pourtant qui brassent presque autant d'artistes et présentés de manière chronologiques des sorties du label : de 2007 avec Blank Dogs à 2012 représenté par Pop. 1280, The Men, Led Er Est et War. Tirée tant sur des singles, EP et LP cette avancé antérograde vous permettra de palper le potentiel de ce label de manière éclectique.

1. Blank Dogs - She's Violent Tonight (SBR-002)

Premier EP et deuxième sortie du label, Sacred Bones presse le vinyle d'un copain du label en la personne de Mike Sniper qui produit avec Diana (The Herald) une pépite lo-fi teinté de touches synth. Ce titre représente bien cet EP merveilleusement sombre.

2. Children's Hospital - If You Find Me I'm Here (SBR-013)

Coup d'essai pour ce duo de Seattle sous le nom Children's Hospital. Ils présentent avec Alone Together sorti en 2008 un punk très abrasif croulant sous les effets drones, accompagné pour la sortie d'un livre de 24 pages regroupant des photos d'enfants malades. Oui, pourquoi pas.

3. Gary War - Sold Out (SBR-023)

Second album pour Gary War, Horribles Parade marque déjà la 23ème sortie du label. Pop futuriste et psychédélisme lo-fi, les effets noient véritablement le chant arrondissant les angles d’un pop punk nerveux.

4. Moon Duo - Speed (SBR-024)

Première sortie pour le duo lunaire qui du haut de ces quatre titres démontrent tout leur potentiel en termes de rock psychédélique. Pas très loin de la musique de son autre formation Wooden Shjips, Speed convint sans détour.

5. Nice Face - I Want Your Damage (SBR-030)

Projet solo de Ian Magee, Immer Etwas est son premier album en tant que tel. Datant de 2010, les treize titres de ce LP forment un tout qui pourrait passer pour un bolus dense de proto synth punk indigeste. Lorsqu'on s'y attarde pourtant et qu'on se prend la peine de le décortiquer, on trouve beaucoup de perles comme ce I Want Your Damage relativement violent.

6. Nerve City - Sleepwalker (SBR-034)

De cet EP sous le nom de Sleepwalker j'ai choisi le titre du même nom pour vous présenter sans doute l'un de mes plus gros coups de coeur du label. Six titres et autant qui resteront gravés dans vos têtes tant la structure pop fonctionne bien, même lorsque mise au service d'un musique lo-fi, limite crado.

7. The Bitter - Trapper (SBR-036)

Autre projet du prolifique Ben Cook (Fucked Up, Roommates) cet EP présente beaucoup de mélodies mises au service cette fois ci d'une instrumentation post punk par excellence. Passant de Captured Tracks à Sacred Bones entre deux EP ils adoptent avec Have a Nap Hotel EP une logique plus pop et donc plus accessible.

8. Föllakzoid - IV, III, II, I (SBR-044)

Voila la relève du rock progressive façon Sacred Bones. Leur tout premier EP éponyme montre au long de deux titres (20 minutes au total quand même) la façon qu'a Föllakzoid d'aborder le rock. Forte influence kraut omniprésente, l'énergie est bien là ! Et débordera sur leur futur LP : II en janvier 2013.

9. The Fresh & Onlys - Keep Telling Everybody Lies (SBR-056)

Wymond Miles chante aujourd'hui en solo et est venu clôturer le catalogue Sacred bones en ce mois de juin avec son premier album solo. Des mélodies accrocheuses s'entremêlent au sein de ces cinq pistes, représentées par ce Keep Telling Everybody Lies charismatique, mélancolique et très entêtant.

10. The Men - Bataille (SBR-057)

Le titre qui aura valu au label de sortir un peu plus la tête de cet underground strictement new-yorkais et de voir beaucoup plus de regards tourné vers lui en 2011. Enfin, un peu plus… Bataille détonne et ne laisse personne indifférent. Ce titre représente à merveille Leave Home (le second, faisant suite au plus discret Immaculada) autant brut qu'agressif présentant un bloc de huit titres post punk assommants de bonheur.

11. Human Eye - Impregnate the Martian Queen Pt. 2 (SBR-058)

Sorti juste après Leave Home, voila une autre réelle claque en l'album They Came From The Sky de Human Eye. Projet plus structuré et mature que les autres de Timmy Vulgar (Timmy's Organism) cet album est aussi violent et sans répit que la personnalité du leader, et n'en reste pas moins remarquable et exceptionnel.

12. Amen Dunes - Lower Mind (SBR_059)

Beaucoup plus calme, Amen Dunes fait la part belle aux mélodies. Après un EP sorti plus tôt sur Sacre Bones aussi, ce projet majoritairement acoustique lancé par Damon McMahon ne cesse d'envouter avec ce Through Donkey Jaw sorti en 2011. Simplement magnifique.

13. Zola Jesus - Vessel (SBR-062)

Attendu au tournant, la star montante du label sort son album Conatus sous le feu des projecteurs, après un teaser vidéo. Beaucoup plus poussé dans les triturations post-production et le lissage des musiques, Vessel est l'exemple parfait que la direction que prend désormais le projet de Nika Roza plus que jamais au premier plan de la vitrine pop du label.

14. Crystal Stilts - Radiant Door (SBR-064)

Après deux album exceptionnels, Crystal Stilts se tournent vers Sacred Bones pour sortir ces cinq titres composant un nouvel EP. Et pour cause, leur musique cadre parfaitement avec l'état d'esprit du label, et ce depuis Alight Of Night leur premier album. Cet EP Radiant Door se décale tout de même de ce que les Stilts font de mieux pour montrer sans doute une nouvelle direction moins brute et plus mature.

15. Pop. 1280 - New Electronix (SBR-068)

le premier album des new-yorkais, The Horror porte vraiment bien son nom. Un penchant moins hardcore que leur premier EP The Grid, plus synth punk et toujours aussi énérvé et agressif. Cet album fait simplement mal avec un son sale qui colle et dont on apprécie chaque minute.

16. War - Brodermordet (SBR_069)

Sorti chronologiquement avant l'album de Pop. 1280, War montraient encore une autre image du label. Techno lo-fi underground, on connaissait les penchants du label pour les musiques plus dancefloor avec notamment Trust et son Bulbform mythique. At War For Youth est une bombe synth (…) et War impressionne tout en posant le mystère autour de ce duo incluant des ex-membres de Iceage et Sexdrome.

17. The Men - Oscillation (SBR-071)

Après leur dernier album sorti fin 2011, The Men revient dès ce premier semestre 2012 et prépare déjà un autre LP pour le second. Que dire de Open Your Heart à moins que le groupe ne se rapproche encore plus de ce qu'on attend d'eux. Plus propre et réfléchi (notamment au cours de leurs tournées) ce LP est parfait. J'aurais pu vous propose beaucoup de titres pour lui coller une image dans cette mixtape, Oscillation me semble parfait.

18. Led Er Est - Arab Tide (SBR-072)

Flirtant avec Captured Tracks le tant d'un EP, la coldwave triturée de Led Er Est montre un penchant plus sophistiqué avec The Driver, et par conséquent moins évident. Cet album est monumental non seulement par le choix des recherches sonores et autres expérimentations adoptées par le groupe mais dans l'amoncellement de la totalité des musiques, offrant à mi-chemin de cette année un bloc solide recelant de pépites en tout genre.

Vidéos


Who are you 5nakefork Records ?

De slogan griffonné à la hâte sur des boîtes de pepperoni à la confection d'un nouvel oriflamme unissant DIY et musiques expérimentales, il n'y a qu'un pas, franchi par Phil Ross. Et si la K7 est définitivement revenue à la mode, celui-ci, via l'exigeant label 5nakefork Records (5F), transforme ce format en véritable œuvre sonore et plastique. Dispensant également de vinyles consciencieusement réalisés, mais aussi de livres à la croisée de la musique et du graphisme, le packaging de ses K7 vaut bien plus que le simple coup d'œil. C'est dire, on ose à peine les déflorer. Signe tangible d'une infinie passion pour les causes musicales qu'il épouse au travers de sa minutieuse et extensible discographie (voir) - à la lisière d'expérimentations psyché, noise, drone et folk - on décèle surtout une volonté n'ayant d'autre but qu'artistique : le label n'est pas ici conçu tel un intermédiaire neutre, mais plutôt comme un médium enrichissant le contenu musical par son contenant physique. L'ensemble fait sens, quand les références avancées sont tout autant de points de convergence avec une myriade d'activistes se démenant aux quatre coins du globe. Parmi lesquels Beer on the Rug ou encore Bathetic Records (lire), partageant ce même attrait révérencieux pour Arab on Radar, groupe emmené, dans les années quatre-vingt-dix, par Eric Paul et Steve Mattos. Ce dernier, sous le patronyme de Chrome Jackons, illumine de sa guitare aux exhalations saturées le ciel de 5nakefork Records et ce, au même titre que CVLTS - dont il fut préalablement question par ici - Expo 70, Gary Lucas, Demian Johnston ou The Atlas Moth.

Interview avec Phil Ross

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu, Phil, et que faisais-tu avant 5nakefork Records ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you,Phil and what did you do before 5nakefork Records?

Je m’appelle Phil Ross et je m’occupe de 5nakefork Records, ici aux États-Unis. Avant ça, j’étais au lycée sans être vraiment intelligent. Je travaillais à Pizza Hut, tout près de la plus grande station d’arrêt pour camions de la région. J’étais payé à fumer des joints, dormir et bouffer des tartes bas de gamme.

I am Phil Ross, and I run 5nakefork Records here in the USA. Before 5nakefork I was in high school and very stupid. I worked at Pizza Hut next to the largest truck stop in the county. I got paid to get high, sleep, and eat cheap pie.

Quelles sont tes influences musicales ?
What were your first musical influences?

Mes premières influences musicales sont variées. C'est un mélange de groupes des années 90 comme The Smashing Pumpkins, Primus et Rage Against The Machine. Je devais avoir 13 ou 14 ans quand mon oncle m’a offert Weasels Ripped My Flesh de Zappa et Mothers et Suck On This de Primus. Je n’ai jamais été le même après ça. Un peu plus tard au lycée, j’ai découvert le punk/hardcore avec des groupes comme Arab on Radar, Neurosis, Botch, Wolf Eyes, et d’autres trucs un peu bizarres. On ne pouvait pas vraiment parler de ‘’culture’’ punk ici, c’est seulement quand internet est arrivé que le monde m’est tombé dessus et que j’ai commencé à découvrir de meilleurs groupes.

My first musical influences were varied, a mix of 90's artists like Smashing Pumpkins, Primus, and Rage Against the Machine. When I was 13 or 14 my uncle bought me "Weasels Ripped My Flesh" by Zappa/Mothers, and "Suck on This" by Primus. I was never the same again. Later in high school I discovered some forms of punk/hardcore like Arab On Radar, Neurosis, Botch, Wolf Eyes, and other weirder stuff. There was hardly any punk "culture" here so when everyone started getting the internet that's when the world closed in on me and I found better stuff.

Comment 5nakefork Records a-t-il vu je jour ? Qui est derrière ? Quelle était l'idée d'origine ?
Tell me how 5nakefork Records was born? Who is behind? What was the idea of origin?

J’ai fondé 5nakefork en septembre 2003, en commençant à distribuer des CD-R et des K7 dans mon cercle d’amis. Tout doucement, je me suis retrouvé à inviter d’autres artistes. Plusieurs personnes m’ont beaucoup aidé tout au long du chemin, mais en ce moment, j’assemble, imprime, découpe et je m’occupe des pochettes de chaque sortie, tout ça à la main. Je ne refuserais pas un peu d’aide de mes amis, mais personne n’a vraiment de temps à perdre pour faire des travaux manuels !

I started 5nakefork in September 2003 releasing CD-r's and cassettes for myself and friends. It slowly blossomed into asking other artists. It has been helped by several people along the way, but currently I assemble, print, cut, and make every release's packaging by hand. I would like more help but none of my friends really have time to sit around and make arts & crafts with me!

Pourquoi ce nom, 5nakefork Records ?
Why this name, 5nakefork Records?

Un pote avait commencé à gribouiller le nom "5nakefork" un peu partout, y compris sur des boîtes de pepperoni au boulot. Je ne sais pas trop pourquoi, j’ai trouvé ça génial. Depuis, je ne trouve plus ce nom vraiment super mais je m’y sens attaché, alors, c’est "5nakefork" et ça restera ainsi. Il n’y a jamais eu (et il n’y aura jamais) aucune véritable signification attachée à ce nom.

My pal started scrawling the name "5nakefork" all over stuff, mostly boxes of pepperoni at the pizza joint. For some reason I thought it was a great idea. Now I don't really think that it's a great name but I feel stuck with it, so, 5nakefork it is, and always will be. There was (and still is) no thought whatsoever put into the name.

5nakefork Records sort aussi bien des disques sombres qu'expérimentaux... Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?
5nakefork Records takes out as well dark as experimental's records... How do you choose the artists you work with?

J’ai eu la chance de commencer à travailler avec la plupart des artistes en ce moment sur le label en le leur demandant, tout simplement. Parfois, je leur envoie des exemples de mon travail pour qu’ils puissent se rendre compte de la qualité, et aussi savoir s’ils se voient pouvoir faire partie du label. Je travaille avec des gens que j’admire. J’ai beaucoup d’amis qui eux-mêmes connaissent pas mal de monde, nos réseaux de connaissances deviennent aussi un facteur important. Je décide de sortir tout ce que je veux, parmi de nombreux genres différents.

I've been lucky enough to work with a majority of the artists on the label currently simply by asking. Sometimes I send them samples of my work to see the quality, and if they could envision fitting in on the label. I simply work with artists I admire. I have a lot of friends who know lots of people, so the beauty of networking is also a factor as well. I really do release whatever the hell I like, across many different genres.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

J’essaie de réaliser chaque sortie à la main, selon mes attentes et la vision de l’artiste. J’aime ce processus susceptible de faire participer l’artiste. Soit ils veulent coller au style d’une sortie précédente qu’ils avaient appréciée, soit ils veulent simplement réaliser la pochette, ou suivre le concept d’un ami. Si l’artiste est d’accord pour travailler avec moi et produire quelque chose d’unique, de fait-main et de détonnant, alors je fonce.

I try to make every release handmade, up to my standards, and everything the artist envisions. I prefer making handmade releases that include the artist's involvement. Maybe they like a previous release and want to match it's style. Maybe they want to do the art themselves, or have a friend with a concept. Basically if the artist is willing to work with me and fit the release into something we both like that is unique, handmade, and striking, I am all for it.

Chrome Jackson ou CVLTS sont tes deux dernières sorties. Tu peux m'en dire plus à leur propos ?
Chrome Jackson or CVLTS are two of ultimate release of 5nakefork Records. Can you tell me more about them...?

Chrome Jackson est le nom de scène de Stephen Mattos. Il joue aussi dans l’un de mes nouveaux groupes préférés : Doomsday Student. Pas mal de gens se souviendront de ses anciens groupes, Arab on Radar et Athletic Automaton. L’album sorti sur 5nakefork est son premier LP... il déchire tout ! C’est l’une des personnes les plus intéressantes avec qui j’ai pu travailler. Son LP est un solo de guitare à grande échelle qui envoie sévère, tout en superpositions, comme un oignon fait de métal avec des cheveux d'acier (sic).

CVLTS est vraiment l’un des meilleurs groupes de musique expérimentale du Midwest. GB, l’un des membres du groupe, est aussi un de mes meilleurs amis. C’est grâce à lui qu'on a collaboré ensemble sur la réédition de leur album de démos. Du fait de leur simplicité de ton, l’importance donnée au contrôle-qualité et à leur sérieux incroyable, ils ont été listés par pas mal de gens comme groupes à suivre en 2012. Ces derniers ont bien raison !

Je dois aussi dire que le livre The Unholy Book que j’ai publié tout récemment pour T. Hannumde Locrian, fut un projet énorme et une sortie importante pour le label. Avec un peu de chance, il y en aura d’autres !

Chrome Jackson is Stephen Mattos. He is also in one of my favorite new bands, Doomsday Student. Lots of people know his previous bands Arab On Radar and Athletic Automaton. The LP on 5nakefork is his full-length debut, and I think it shreds in every way! He has been one of the best people I have ever worked with, and his LP is a solo-guitar meltdown on a massive scale. It's layered like an onion that's made from metal and robot hair.

CVLTS are absolutely one of the best experimental bands in the midwest right now. GB from the band is a very close friend of mine, and he's the reason we've hooked up on their demo reissue. Their tonal simplicity, emphasis on quality-control, and killer work ethic have put them at the top of several people's lists for top to watch in 2012, and they're smart to do so!

I would also like to add that "The Unholy Bow" book I recently published for Locrian's T HANNUM is a monumental and huge release for the label, hopefully the first of many published items we leak out.

Peux-tu m'en dire plus sur The Guilt of... Shriek of the Arabic Poems ?
Can you tell me more about
The Guilt of... Shriek of the Arabic Poems?

The Guilt of… est le projet de Ryan McKern et Mike IX Williams. Mike est le membre fondateur et le vocaliste de Eyehategod. TG0 crée un mélange de sons électroniques DIY, de spoken word et de sons expérimentaux et psychédéliques. Ils ont sorti un LP du tonnerre chez Merzbow, et un autre chez Bloodlust ! Records, label basé à Chicago. J’étais vraiment emballé quand on a commencé à bosser sur cette sortie. Collaborer avec Mike IX sur la pochette et être en contact avec ces mecs-là, c’était un rêve devenu réalité. J’ai toujours été fan de son art et de l’imagerie utilisée dans Eyehategod et même dans . Leur EP Shriek… reflète vraiment l’esprit artistique de l’objet ou du son trouvé. J’espère juste pouvoir travailler à nouveau avec eux très bientôt…

The Guilt 0f... are Ryan Mckern and Mike IX Williams. Mike is a founding member and vocalist for Eyehategod. TG0 mixes homemade electronic sound with spoken word and psychedelic, wandering experimentation. They have a killer split LP out with Merzbow, and a great LP on Bloodlust! Records out of Chicago. I was extremely stoked on how this release came out. Collaborating with Mike IX on the art and corresponding with these guys was a total dream come true. Mike's art and imagery in Eyehategod and now even Outlaw Order have always been favorites of mine. Their "shriek..." EP reflects this found art/found sound style. I can only hope to work with them more in the future....

Quels types de relations y-a-t-il entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

J’essaie de rester au plus près des artistes quand je bosse avec eux. J’aime vraiment m'investir à fond dans un projet partagé. J'apprécie que les collaborations et les échanges transforment chaque sortie en édition deluxe, ne rentrant pas dans n’importe quel catalogue et ne collant pas à l’idée que l’on a de ce qu’elle PEUT et DOIT être. Je ne sors pas énormément de choses par an, de cinq a dix sorties tout au plus, alors je fais en sorte que chaque artiste reçoive un traitement royal et en tire quelque chose qui surpasse ses attentes.

I try to work with the artists as closely as possibly. I enjoy maximum involvement with the individuals I work with, and enjoy collaboration and correspondence to mold each release into a deluxe edition that can not fit easily into anyone's catalog or idea of what a release CAN or SHOULD be. I do not pump out many releases a year, probably only 5-10 so i really make sure each artist gets special treatment and gets something well above their expectations.

Quel est le futur proche de 5nakefork Records ?
What's the near future of 5nakefork Records?

On a plusieurs sorties en route. La plus avancée est peut-être celle d'Expo 70, la K7 Cleverly Mystique. D’autres sorties incluant The Atlas Moth (), Demian Johnston, Doomsday Student, German Army, Pink Mr., Foot Village en format cassette sont à prévoir. J’en oublie sûrement quelques unes ! Un peu plus tard dans l’année, il y aura aussi quelques collaborations avec mon pote du label Beer on the Rug qui seront énormes !

There are several releases in the works. Perhaps the most anticipated is Expo 70 "Cleverly Mystique" full length cassette. Also coming up are cassettes from The Atlas Moth, Demian Johnston, Doomsday Student, German Army, Pink Mr., Foot Village, and a few more I'm sure I'm forgetting! There's also a few split releases with my good friend's label, Beer On the Rug later this year that are going to be absolutely massive!

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes?

Continuer à collaborer avec les artistes complètement barrés avec qui j’ai déjà eu la chance de travailler, comme Gary Lucas, CVLTS, Expo 70, The Guilt of..., Demian Johnston, Chrome Jackson et The Atlas Moth. Je rêve aussi de sortir des artistes que je ne parviendrai peut-être jamais à ramener sur 5nakefork Records, mais je n’en dirai pas plus par peur de tout gâcher !

My craziest hopes include working further with totally bonkers artists I've already had the pleasure of working with like Gary Lucas, CVLTS, Expo 70, The Guilt 0f..., Demian Johnston, Chrome Jackson, and the Atlas Moth. I also have dreams of releasing stuff from artists I may never be able to get on the label, but I won't list anyone for fear of ruining those hopes!

Sans mentionner les groupes de ton label... quelles sont les choses auxquelles tu es addict ?
Without mentioning your label’s groups... What are the things you are addicted to?

Je suis avant tout accro aux collections d’albums. Je suis aussi obsédé par les années 80 et la Guerre Froide. J’aime aussi beaucoup l’aviation et la bière. Je fais moi-même de la musique et je ne pourrais pas vivre sans ça non plus.

I am addicted to collecting records first and foremost. I am also obsessed with 80s culture and cold-war history. I am an aviation enthusiast, and a beer dork. I play music myself and can't live without that either.

Mixtape


(DL/TC)

01. Chrome Jackson "Chrome Forest" from the LP of the same title on 5nakefork
02. Casino Gardens "Soda Cans" from the s/t c24 on Beer On The Rug
03. Expo 70 "Self Preservation" from the upcoming full length cassette on 5Fork "Cleverly Mystique"
04. Cricket Wand "10" from their upcoming full length "Brown Crystal Ball II" on Beer On The Rug
05. Sir Baar "break106" - unreleased
06. EYES "Feel Them" from the "Nite at the Drags" comp c46 on 5Fork
07. The Atlas Moth "Fear" [floyd] from the upcoming "One Amongst the Weed Fields" cass on 5Fork
08. Pink Mister "pm10" - unreleased
09. CVLTS "Red Eye" from the "LVST" reissue cass on 5Fork
10. Gary Lucas "Q&A" from the "Music for the Eden Project" 7" on 5Fork
11. Locrian "Augury in an Evaporating Tower" from "The Clearing" full length cd/LP on Fan Death Records

01. Ce morceau de Chrome Jackson est tiré de son LP sur 5F. Chrome Jackson's track is from his LP on 5F.

02. Ce morceau de  est tiré de sa cassette sortie sur Beer on the Rug. Il bosse en ce moment sur un LP qui sortira cette année sur 5F/BOTR. Vous êtes les premiers à le savoir ! Casino Gardens' track is from his cassette on Beer On the Rug, and he is working on material for an LP coming out this year on 5F/BOTR, you heard it here first!

03. Expo 70 vient de Kansas City et produit assurément la meilleure musique drone du moment. Ce type est vraiment top, et cette cassette qui déchire tout sortira ce printemps ! Expo 70 hails from Kansas City and is the BEST drone act around right now hands down. This guy is the real deal and his full length tape destroys, out this spring!

04. Cricket Wand, duo basse/batterie qui va bientôt sortir un LP sur Beer on the Rug Records. Cricket Wand (drums/bass duo dropping a full length on Beer On the Rug Records later this year).

05. Sir Baar, un joueur de synthé très prometteur, avec qui j’espère pouvoir travailler un peu plus cette année. Sir Baar is a very promising synthesist who I hope to work with more this year.

06. Eyes vient de l’Illinois et est un trio surprenant. Des mecs bizarres et fantastiques que j’aime comme mes frères. Eyes hail from Illinois, and they are an amazing trio of weird, killer dudes all of which I love like brothers.

07. The Atlas Moth est un groupe de métal de Chicago qui a tout récemment signé chez Profoud Lore. Leur morceau est tiré de leur EP cassette qui sortira sur 5F en mars prochain. C’est une reprise de Floyd ! The Atlas Moth are a metal band from CHicago recently signed to Profound Lore. Their track is from their cass EP coming out on 5F in march. Floyd cover!

08. Pink Mr, le projet solo du batteur de  Cricket Wand, et l’un des artistes les plus prometteurs à sortir en 2012 sur 5F. Pink Mr (electro solo project of the drummer from Cricket Wand, one of the most promising new acts coming out in 2012 on 5F).

09. CVLTS, de leur K7 LVST, rééditée sur 5F. CVLTS' track is from their LVST cassette reissue on 5F.

10. Gary Lucas, avec un morceau de son 7’’ sorti sur 5F, presque épuisé. Il a bossé avec Jeff Buckley et Captain Beefheart sur ses deux derniers LP. C'est un virtuose de première catégorie ! Gary Lucas' track is from his nearly soldout 7"on 5F, he worked with Jeff Buckley and Captain Beefheart on his last 2 LPs and is a modern virtuoso of the highest order!

11. Locrian (le side-project de T. Hannum, dont je viens de publier le livre). Locrian (T Hannum's project, whose book I recently published)


Peaking Lights interview & chronique


D'évidence, certaines formations résistent mieux - artistiquement s'entend - à la chape de plomb créative que peut représenter l'esquisse d'une renommée fortuite. Citons - sans balancer outre mesure - Memoryhouse, signé sur Sub Pop après quelques singles encourageants (To The LighthouseBonfire), qui s'avéra incapable, sur leur LP The Slideshow Effect, d'accoucher d'autre chose que d'un continuum de fadaises oscillant entre basses prétentions et néant absolu. Des poubelles, ras la gueule, de l'histoire que n'est pas prêt de fréquenter Peaking Lights, autre duo, ayant déjà survolé l’écueil fatidique du second album avec l'inépuisable 936 (lire) paru l'année passée sur Not Not Fun. A dire vrai, que l'été fut long et agréable, baigné de cette ode lascive à l'adresse des cieux, délayant ses faveurs entre le tempo magnétique d'All The Sun That Shines et l'ivresse sensitive de Tiger Eyes (Laid Back). Faisant suite à la verve plus psyché lo-fi d'Imaginary Falcons (Night People, 2009), 936 tenait déjà du manifeste hypno-pop quasi indépassable, enrobant d'une basse ronde et obnubilante le cheminement flegmatique d'évanescentes mélodies. A ce titre d'ailleurs, la comparaison inversée avec les Chromatics de Johnny Jewel, leur double antithétique, prend tout son sens, ces derniers étant à la nuit ce que Peaking Lights est au jour, à savoir une indicible accoutumance charriant toute notion de temporalité. Obsédant mais diurne donc. Chose pouvant étonner à l'heure où une nuée de formations se prévalent de la fascination pour le morbide et la mystique associée, les Peaking Lights - comme leur patronyme l'indique si bien - honorent la vie, chantent la lumière et l'amour, et ce, sans porter les stigmates d'horripilants curaillons.

Franchissant pas à pas les étapes de leur carrière, Indra Dunis et Aaron Coyes, résidant alors encore à Madison dans le Wisconsin - lieu de conception leur premier enfant et de 936 - et œuvrant pour la scène locale par le biais de leur magasin The Good Style Shop - sorte de brocante vintage, friperie et salle de concert - se laissent séduire par les exigeants labels Weird World (How To Dress Well, Washed Out), division de Domino, et Mexican Summer. En suivant, ils opèrent un retour en Californie après une escapade d'un mois à Brooklyn, au Gary's Electric studio, afin de coucher sur bande Lucifer, à paraître le 18 juin prochain. Loin de se sentir grisé par l'intérêt suscité par de-là la blogosphère et ailleurs, le couple réédite sur Lucifer le processus créatif de 936 - le format étant sensiblement analogue, huit morceaux dont deux, introductif et conclusif, exclusivement instrumentaux - étayant ce dernier d'une instrumentation aussi luxuriante que raffinée, en plus d'une production d'orfèvre, signée Aaron Coyes himself, en partie aidé par Al Carson (Oneohtrix Point Never). Mêmes causes, mêmes effets, les sommets d'antan deviennent les Everest d'aujourd'hui, susceptibles de subjuguer n'importe quel quidam un tant soit peu attentif à la frénésie de détails ornant chacune des compositions. Une fois l'indolent prologue Moonrise consumé, la guitare d'Aaron étire langoureusement Beautiful Son aux confins d'une impénétrable quiétude - ayant trait aux joies de la parentalité - avant d'ouvrir sur Live Love, véritable décoction dream-pop à la délicatesse roborative. Cosmic Tides, sa basse plus lourde et ses duveteuses réverbérations inoculent cette sensuelle caresse dub propre au duo tandis que Midnight et Lo Hi - le single - colorent, à la guitare et aux claviers, l’envoûtante voix d'Indra de motifs reggae très largement influencés par Big Youth et consort. Dilaté sous le double effet d'une sérénité percluse de beats opiacés, le temps reprend alors son court et son rythme sur le sémillant Dream Beat, véritable point d'orgue de Lucifer, où l'on se plaît à se perdre, entre profusion des textures, des arrangements et autres saturations luminescentes.

Indra nous raconte ci-dessous le reste, les quelques mixtapes concoctées à l'occasion de la sortie de Lucifer complétant idéalement le tableau. Peaking Lights sera à l'affiche de la Villette Sonique le 29 mai prochain en compagnie de Julia Holter et Dirty Three.

Audio

Entretien avec Indra Dunis

Indra, comment décrirais-tu ta personnalité et celle d'Aaron ? Influencent-elles votre approche de la musique ?
Indra, how would you describe yours personalities with Aaron? Would you say it is relevant to the way you approach music in general?

Je dirais que je suis plutôt tranquille, réfléchie et réservée, alors qu'Aaron est plein d'énergie, enthousiaste et extraverti. Il se fait des amis partout ! Je pense vraiment que nos énergies transparaissent au travers de notre musique... Parce qu'on on est différents, on se lance des défis en permanence. Nous sommes tous deux très têtus. On s'encourage mutuellement à faire de notre mieux.

I think I am pretty mellow, thoughtful and reserved, and Aaron is highly energetic and enthusiastic, as well as outgoing. He makes friends everywhere! I'm sure our energies translate in our music... Because we're different, we challenge each other all the time. We're both very head strong. We push each other to do our best.

Comment avez vous initié Peaking Lights ? En quoi ce projet est-il différent de Rahdunes, votre premier groupe ?
How did you start Peaking Lights? How is it different from your first project Rahdunes?

Nous avons créé Peaking Light en 2008, après avoir déménagé dans le Wisconsin, et laissé derrière nous un de nos potes au sein de Rahdunes, à San Francisco. Tout naturellement, on a voulu se lancer dans une nouvelle aventure musicale. Radhunes était plutôt axé sur de l'improv' drone et psych noise, alors que Peaking Lights est né de l'envie de créer de la pop moderne et bordélique. Tout a débuté dans un appartement minuscule en plein hiver pour se poursuivre ensuite dans une maison gigantesque au beau milieu de nulle part, dans la campagne du Wisconsin. Nous avions la place pour installer un studio en plus du calme nécessaire pour pouvoir se concentrer. C'était vraiment un très bel endroit, entouré d'arbres et de collines, sans parler de la rivière Wisconsin et de la faune sauvage. Un endroit vraiment plein d'inspiration, parfait pour y vivre et faire de la musique.

We started in 2008, after we moved to Wisconsin and left our bandmate in Rahdunes in San Francisco. We naturally needed a new music project. Rahdunes was more improvised drone/ psych noise, and peaking lights was started with the idea of creating "fucked modern pop". We started our band in a tiny apartment in the dead of winter, and soon moved to a huge house in the middle of nowhere, countryside wisconsin, where we had room for a studio and the isolation to really focus. It was a beautiful spot surrounded by trees and hills, the wisconsin river, and tons of wildlife. It was really an inspiring place to live and work on music.

Vos mixtapes donnent déjà une bonnes idée de vos horizons musicaux. Mais quelles sont vos principales influences ?
Yours mixtapes already gives us a good idea of some of your musical influences, but could you tell us more about your most important influences?

Nos influences musicales sont tellement variées, tout comme nos mixtapes ! Je ne saurais pas choisir lesquelles sont les plus importantes. Au début, Peaking Lights était pas mal influencé par des groupes de krautrock des années 70, comme Cluster, Flaming Tunes, du dub et du reggae, de l'afro beat, du garage et des 45 tours de soul, même d'autres groupes tels que New Order et Tom Tom Club...

Our musical influences are so varied, like our mixtapes! It's impossible to name a couple as being the most important. PL was initially very inspired by kraut rock bands from the 70s, Cluster, Flaming Tunes, tons of Dub and reggae artists, afro beat, garage and soul 45s, and even bands like new order and tom tom club...

Album après album, chaque disque de Peaking Lights semble refléter une profonde introspection. Que représente la musique pour toi : un chemin pour se libérer soi-même ou un moyen de se couper du monde ?
One after another, all of the Peaking Lights albums seem to reflect a deep introspection. What does music represent to you: a way to free yourself or a way to cut yourself off the world?

Composer et jouer de la musique est une activité très libératrice, et il s'agit aussi de partager tout ça avec les autres. Dans l'idéal, toute musique fait passer un bon moment à celui qui l'écoute. Je pense qu'on peut vraiment se sentir connecter les uns aux autres à travers la musique. C'est pour ça qu'on compose toujours en pensant à ceux qui nous écouteront. Même si, parvenir à expliquer d'où vient notre musique reste chose difficile, il faut vraiment creuser au plus profond de soi - on doit vraiment se laisser aller pour pouvoir le trouver.

It's a freeing experience to write and play music, and it's also about sharing with others. Music is ideally enjoyed by the listener and can hopefully make them feel good as well! I think people really connect with each other through music. we always write with the intention to make music not just for ourselves but for everyone that hears it. Although, it's not easy to explain the process of where that music comes from, it's a place beyond yourself - you've got to let go of yourself to really find it.

Parlons de votre discographie. Imaginary Falcons est sorti sorti en 2010 sur Not Not Fun, tout comme 936 l'année d'après. Quelque chose a-t-il changé depuis Imaginary Falcons, notamment en terme de processus créatif ?
What about your discography? Imaginary Falcons was released in 2010 on Not Not Fun label, like 936 the year after. Has anything changed since Imaginary Falcons, including your writing process?

En fait, Imaginary Falcons est sorti en 2009 sur Night People Records, et ce n'est qu'un peu plus tard que Not Not Fun l'a sorti sur cassette exclusivement. Shawn Reed, qui s'occupe de Night People, a sorti tous nos premiers enregistrements, y compris notre toute première cassette, Clearvoyant, en plus d'Imaginary Falcons et Space Primitive. Je pense que nous évoluons en permanence en tant que groupe, on apprend de nouvelles choses et on cherche à exprimer d'autres idées. Bien entendu, Imaginary Falcons reste cohérent malgré tout, ayant été composé un été alors que nous vivions en pleine campagne. Je pense que cela nous a beaucoup inspirés. Le matos était très limité, on utilisait des magnétophones d'occasion pour s'enregistrer, et n'importe quel micro qui traînait dans le coin. Une grande partie de l'album est issue de séances d'improvisations. Quelques uns de morceaux étaient déjà écrits, mais sans grande structure. C'est aussi assez vrai pour 936 : les morceaux étaient déjà écrits, mais modifiés suite à de l'improvisation, enregistrés live sur l'album. La plus grande différence entre Imaginary Falcons et 936 reste que nous avons eu accés à un studio d'enregistrement pour le second. Imaginary Falcons reste très lo-fi, en comparaison, mais sur 936, on peut enfin entendre tous nos instruments !

Actually, imaginary falcons was released on night people records in 2009, and then later not not fun released it on cassette only. Shawn Reed who runs night people put out all our early recordings including our first cassette release, clearvoiant, then Imaginary falcons and space primitive. I think as a band we are always changing, and learning new things and expressing new ideas. But of course there are threads that tie the albums together. imaginary falcons was written that first summer living out in the country, and i think it's very inspired by that experience. We had limited resources and recorded ourselves on 2nd hand reel to reel tape machines, with whatever mics we had lying around.. a lot of the record was recorded improvisations, parts of live jams. some songs were written, but still pretty loose, structurally. thats true for 936 too, the songs are somewhat written, but then they were jammed out live on the record. The biggest difference between IM and 936 is that we actually went into a nice recording studio to record 936. IM was very lo-fi in comparison, but on 936 you were able to actually hear all the sounds we were making!

Que signifie le titre de votre nouvel album, Lucifer ?
What's the meaning of the album title, Lucifer?

Lucifer signifie ''porteur de lumière'', et fait référence à la lumière de l'étoile du matin ou au premier rayon de lumière le matin. C'est aussi une référence à la planète Vénus, qui est plus facilement repérable le matin.

Lucifer means "bearer of light" and refers to the morning star or first light in the morning. It also refers to the planet venus which is visible best in the early morning.

Quels sont vos objectifs avec cet album ?
Did you have specific goals for Lucifer?

Nous voulions qu'il y ait pas mal de groove sur Lucifer, et cela parce que nous avions accès pendant un mois dans le studio à du matériel dont nous ne disposions pas habituellement - y compris un piano ! Ceci dit, le processus d'écriture est resté le même que pour nos albums précédents : quelques morceaux ont été écrits chez nous, surtout tout ce qui est batterie et basse, mais le reste inclue pas mal de mélodies et de parties chantées improvisées au studio. La majeure partie de l'album a été écrite en studio, en fait. Je dirais que nous voulions juste faire de la bonne musique, de la musique que l'on puisse vraiment ressentir.

we wanted it to have a lot of groove, and because we were able to spend almost a month in the recording studio we had access to all this stuff that we don't normally have - like a grand piano! But it was still written in a similar way to our previous records, some of the parts were written at home, especially the drum and bass lines, but then the rest including a lot of melodies and vocals were jammed out in the studio. Most of it was written in the studio, actually. I think our only goal was creating a good feel, music you can feel in your whole being.

Qu'est-ce qui vous a poussé à glisser autant de références dub et reggae dans 936, puis Lucifer ?
What drew you to the dub and reggae influence on 936 & now Lucifer?

Ce n'était pas vraiment prévu, mais c'est vrai qu'on a toujours été fans de dub. Un jour, alors qu'on bossait sur 936, Aaron m'a demandé si je pouvais jouer un rythme reggae à la batterie. Bien sûr, je lui ai tout de suite répondu : ''Hors de question ! ''. Les rythmes reggae sont vraiment durs à jouer, surtout si on veut bien le faire ! Il a réussi à me convaincre malgré tout, alors j'ai essayé et c'est comme ça qu'est né Birds of Paradise dub version. Ce n'est pas vraiment parfait en termes de rythmique, mais c'est mon interprétation perso d'un rythme reggae. Je n'irais pas jusqu'à dire qu'on fait du dub, on est juste un peu inspiré par le genre !

It wasn't really that planned, but we just always loved dub. One day when we were writing 936, Aaron asked if I could play a reggae beat on the drums. My answer was of course, no way! It's really hard to play reggae drums, especially well! But he convinced me to try, so I did, and thats when we recorded "birds of paradise dub version". it's not really accurate drumming, but more my own interpretation of a reggae beat. I don't think we are a dub band, just influenced by it!

Lucifer sort sur Mexican Summer et Weird World. Tu peux nous dire quelques mots à leur sujet ?
Lucifer was released on Mexican Summer and Weird World. Could you say a few words about them?

C'est un plaisir de travailler avec ces deux labels ! Ils ont tous deux derrière eux une équipe solide de gens qui vous aident à transformer vos rêves en réalité !

Both labels are great to work with! It's great to have solid team of people helping you bring your dreams into reality!

Restez-vous en contact avec Night People et Not Not Fun, vos premiers labels ? Avez-vous d'autres projets avec eux ?
Are you still in touch with Night People and Not Not Fun, your previous labels? Would you consider any other project with them?

Bien sûr ! On est restés en contact avec les deux ! 936est toujours sur NNF, et nos autres enregistrements sortent toujours sur Night People de Shawn Reed. Shawn est un très bon pote et il nous sera toujours très important. On sera toujours très heureux de bosser avec lui.

Sure! We're still in touch with both! 936 is still released by NNF, and our other recordings are still being pressed by Shawn Reed at Night People. Shawn's a great friend and will always be very dear to us. We would always be happy to work with him.

L'esthétique graphique de vos albums est-elle primordiale à vos yeux ? Si oui, pourquoi ?
Is the graphic & aesthetic aspect of your album important? If so, could you explain us why?

Aaron est impliqué dans tout ce qui est design. Il s'est chargé de la couverture de 936, et a conceptualisé celle de Lucifer. Même si au final, Robert Beatty s'en est occupé, ainsi que Leif Podhajsky pour la jaquette, et nous en sommes très contents ! Se préoccuper de l'esthétique en tant que groupe reste primordial. Cela révèle beaucoup de ce que l'on est au final, et c'est l'image que l'on présente au monde.

Aaron is especially involved in all the artwork, and created the 936 art, and also conceptualized the Lucifer cover art. But we had Robert Beatty do the final cover art for Lucifer, and Leif Podhajsky did the insert art, which we're really stoked on! It's super important to be involved with the aesthetic of your band, it says a lot about who you are i think, it's how the world sees you.

Vous vivez dans le Wisconsin. Comment décrire la scène de Madison à l'heure actuelle ?
You've lived in Wisconsin. What's the music scene like in Madison now?

On a déménagé il y a environ six mois, et on vit à Los Angeles depuis. Il y a une scène limitée mais assez cool à Madison. Quand on y vivait, on organisait pas mal de concerts au milieu de notre magasin de fringes vintage et de disques, Good Style Shop. Quelques uns des groupes locaux sont devenus de bons amis, comme Second Family Band, Julian Lynch, Zola Jesus, Dead Luke, Max Elliot, Burial Hex, Spiral Joy Band, Trin Tran, Samantha Glass, Problem Child, Deep Shit et plus encore... Une fois que les concerts ont commencé, tout le monde est vraiment sorti de l'ombre ! On a fini par vendre la boutique au moment du déménagement, mais cela reste une plaque tournante de la scène locale et pour d'autres groupes en tournée, et ça, c'est plutôt cool.

Well, we left about 6 months ago,and now live in LA. But there is a small but cool scene there. When we were there we would organize shows at our vintage clothing and record store, Good Style Shop. Some of the local bands we became friends with included Second Family Band, Julian Lynch, Zola Jesus, Dead Luke, Max Elliot, Burial Hex, Spiral Joy Band, Trin Tran, Samantha Glass, Problem Child, Deep Shit and more... Once we started having shows people really came out of the woodwork! We sold our shop when we moved and it's still a thriving hub for local and touring bands, which is really cool i think.

Peux-tu nous expliquer pourquoi s'être impliqué dans The Good Style Shop ?
Can you tell us why are you involved in The Good Style Shop?

Good Style a ouvert ses portes en 2009, pour nous aider à financer notre musique. On a toujours aimé les brocantes et les trucs d'occasion, et on avait commencé à amasser fringues vintage et albums pour les vendre en ligne pour gagner un peu d'argent alors que nous vivions à la campagne. À un moment donné, on s'est dit que ce serait chouette d'ouvrir une boutique et d'utiliser l'endroit pour des concerts et des expo d'art. Alors, on a fini par trouver l'endroit idéal, la boutique a ouvert, même si au début on n'avait pas trop le sens des affaires. On a vite appris sur le tas ! On espérait que cela nous rapporterait assez d'argent pour partir en tournée et bosser sur notre musique, mais c'est finalement devenu notre activité principale pendant environ deux ans... J'y travaillais presque tous les jours ! J'ai ainsi rencontré énormément de gens super, ainsi que des musiciens locaux. Un bon nombre de personnes venait régulièrement nous filer un coup de main et assister aux concerts, ça nous a beaucoup aidés. C'était un peu comme une famille. Un de nos amis nous l'a racheté et continue dans le même esprit - peut-être même en mieux ! - à faire marcher la boutique. Ça me fait vraiment plaisir.

We opened Good Style Shop in 2009 as a way to support our music. We always loved thrifting, and started collecting vintage clothes and records and selling them online to support ourselves when we lived in the country. But after a while we thought it would be fun to open an actual store, and use it as a space to have art and music shows as well. So we found the space and opened the shop, not knowing much about running a business, but we learned quick! We were hoping it would be able to support us while we went on tour and worked on music, but it kind of became our life for a couple years.. I worked there almost everyday! We got to know so many cool people, and lots of local musicians. We had a regular crew of people that came to shows and even worked or volunteered at the store, to help it thrive. It was a famliy vibe, really cool. I'm so happy that a friend bought it from us and is continuing it in the same spirit - only they are better at it i think!

Vous jouez mardi soir à la Villette Sonique. Etes-vous excité à l'idée de donner ce concert ? Quelle est votre relation à la scène ?
You play in few days at Villette Sonique Festival. Are you excited to do this show? What's your relation with live show?

Oui ! Nous avons vraiment hâte de jouer pour ce festival ! Et puis, on adore Paris. Un concert est toujours bien meilleur si l'on peut vraiment se perdre dans la musique... Quand je relève la tête parfois lors de concerts, je me rend compte que tout le monde a l'air tout autant en transe que moi, et ça me plaît beaucoup.

Yes! We are so excited to play your fest! Plus we love visiting Paris. The live show is always best when you can really lose yourself in the music... It's great to have that moment for me when I wake up and look out at the audience and everyone looks just as entranced as me!

Avez-vous d'autres projets ou collaborations de prévues ?
Any other plans/collaborations projects?

On va bientôt partir en tournée, pour la promotion de Lucifer, et nous allons commencer à travailler sur le prochain album ! Aaron s'occupe également d'un side-project, Faceplant, dont deux morceaux sont sortis cette année au sein d'une compilation sur Immune Records

We'll be touring a bit this year to promote Lucifer, and starting to write the next record! Aaron also has a solo project called Faceplant, he's releasing a couple songs on a comp record this year on Immune Records.

Que peut-on vous souhaiter pour 2012 ?
What can we wish you for 2012?

De la LUMIERE et de l'AMOUR en 2012.

LIGHT and LOVE 2012

Traduction : Simone Apocalypse

Mixtape

Tracklisting

Peaking Lights - Lucifer (2012, Weird World / Domino)

01. Moonrise
02. Beautiful Son
03. Live Love
04. Cosmic Tides
05. Midnight
06. Lo Hi
07. Dream Beat
08. Morning Star


Who are you Spring Break Tapes ?

Spring Brake Tapes n'est pas la bande originale du prochain film d'Harmony Korine prévu pour 2013, Spring Breaker. Et Joe McKay n'est pas un obscur songwriter folk nord-américain. Non. Il faut remettre internet à sa place et présenter les choses telles qu'elles sont, c'est-à-dire à l'endroit. Joe McKay est un artiste-graphiste Angelin, passionné de musique et serti tout à la fois d'un bon flair et de bons amis. Décidant de franchir le pas et de conjuguer ses projets, celui-ci initie l'année passée Spring Brake Tapes, label dédié au format cassette. Un de plus, certes. Mais la musique prodiguée par ses deux premières sorties valent tout autant le détour qu'elles le sont par des gens au talent certain et avéré. Derrière Junior Pande, on retrouve Justin Peroff, batteur de Broken Social Scene et architecte d' Eight And A Half en compagnie des Montréalais de The Stills, Dave Hamelin and Liam O'Neil, quand le Torontois Don Cash, ami de Peroff, est à juste titre considéré tel un pionnier du wave-rap réconciliant à la fois Prince, Beck et Flavour Flav. Si la réputation de l'un n'est plus à faire, Broken Social Scene étant ce qu'il est depuis You Forgot It In People (Arts & Craft, 2002), l'autre s'installe ostensiblement sur les devants de la scène hip-hop depuis son coup d'éclat Freshy Fresh, paru en 2010 sur URBNET. Tape One de Julior Pande et Epic de Don Cash - en écoute intégrale commentée ci-dessous - ne restent cependant qu'un début pour Joe, comptant faire aboutir dès cette année plusieurs autres projets, dont les cassettes de Drawlings - aka Abby Portner, invitée lors d'un showcase Hartzine dans toutes les mémoires (voir) - Ali Helnwein ou Spirit Vine, et ce sans compter sur la Tape Two de Justin Peroff. Charriant le hip-hop, son versant abstract, mais aussi les expérimentations pop et électroniques, l'éclectisme préside au destin de Spring Brake Tapes. Un destin tout tracé et ébauché à l'occasion de l'entretien qui suit avec le principal intéressé, Joe McKay.

Entretien avec Joe McKay

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu Joe et que faisais-tu avant Spring Break Tapes ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you Joe and what did you do before Spring Break Tapes?

Je suis artiste, basé à Los Angeles depuis quatorze ans. J’ai toujours aimé la musique et les arts plus que tout. J’ai toujours voulu monter une maison de disques et c’est enfin ce que j’ai pu commencer avec Spring Break Tapes l’année dernière.

I am an artist living & working in Los Angeles for the past 14 years. I have always loved music & art more than anything else. I always wanted to have a record label & so I finally did it last year when I started Spring Break Tapes.

Quelles sont tes influences musicales ?
What were your first musical influences?

J’ai grandi en écoutant en grande partie du hip-hop. Je me souviens du jour où j’ai acheté Raising Hell de Run DMC en cassette alors que j’étais au CM1. J’étais fan d’eux, avec LL Cool J et les Beastie Boys. En grandissant, mes goûts sont devenus plus éclectiques. Le hip-hop s’est vraiment popularisé quand j’étais gosse, c’était vraiment des années supers.

I grew up listening to mostly hip-hop. I remember buying Run DMC's Raising Hell on cassette when I was in the 4th grade. I was a big fan of them & LL Cool J and Beastie Boys. As I got older my musical palette definitely expanded but hip-hop was getting really big when I was a kid so it was a cool time to be around.

Comment Spring Break Tapes a-t-il vu je jour ? Qui est derrière ? Quelle était l'idée d'origine ?
How was Spring Break Tapes born? Who's behind it? What was the idea originally?

J’avais toujours voulu monter mon propre label, mais je pensais que c’était soit trop dur, soit trop cher pour pouvoir le faire correctement. Et puis, j’ai fini par me rendre compte qu’on pouvait sortir de la musique sur K7 pour pas grand-chose. Ça faisait déjà quelques années que mon ami, Justin Peroff de Broken Social Scene et Eight And A Half faisait de la musique sur ordi et j’aimais beaucoup. Il voulait faire un album et je cherchais un groupe à sortir, alors, cela coulait de source. Justin aka Junior Pande fut donc le premier artiste à paraître sur le label. C’était passionnant pour nous deux. Justin est en train de bosser sur une autre cassette.

I always wanted to have my own label but it seemed like it was something that was too hard or too expensive to do it correctly. Then I discovered that people were releasing music on cassette and I found out that it was actually very inexpensive to do this. My friend Justin Peroff from the bands Broken Social Scene and Eight and a Half had been making his own music on his laptop for a few years and I really liked what he was doing. He wanted to release the music & I needed music to release so it worked out perfectly. So Justin aka Junior Pande was my first release. It was very exciting for both of us. Justin is currently working on his next release.

Pourquoi ce nom, Spring Break Tapes ?
Why this name, Spring Break Tapes?

C’est un peu venu de nulle part. Alors que je passais dans une allée, j’ai remarqué que quelqu’un avait taggé ‘’Spring Break’’ sur une poubelle, tout ça illustré en dessous de deux seins tous flasques. Ça m’a vraiment fait marrer et c’est à ce moment-là que j’ai décidé que le label s’appellerait ‘’Spring Break Tapes".

It's kind of a random story. I was walking through an alley & I saw that somebody had tagged on a dumpster "Spring Break" and drew some sagging breasts underneath. I thought it was really funny & that's when I decided to call the label Spring Break Tapes.

Pourquoi choisir le format cassette ?
Why did you choose to work with cassettes?

J’ai grandi en écoutant des cassettes et j’y suis toujours très attaché, de la même façon que certaines personnes avant moi le sont restées avec le vinyle par exemple. Étonnamment, produire des K7 est très peu coûteux, et j’aime faire des éditions limitées. De toutes façons, ceci semble être la norme.

I grew up with cassettes & have a special kind of affinity for them the way that people before me love vinyl. Cassettes are surprisingly cheap to produce & I like doing limited runs which is the standard it seems.

Spring Break Tapes sort aussi bien des disques hip-hop qu'expérimentaux... Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?
Spring Break Tapes releases hip-hop records as well as more experimental ones... How do you choose the artists you work with?

Comme je l’ai dit précédemment, Justin (Junior Pande) est un bon ami. Prochainement, nous allons sortir Don Cash qui est une de ses connaissances. Je suis vraiment ouvert à tout genre de musique, en termes de sorties. Je trouve ça chiant de devoir juste produire le même genre de musique de manière répétée. Beaucoup de labels restent bloqués sur un seul genre. Selon moi, ce n’est pas la meilleure façon de fonctionner. Par exemple, je suis fan de Sub Pop qui a signé des groupes aussi variés que The Shins et Wolf Eyes…On ne peut pas vraiment faire plus différent en termes de son.

Well Justin (Junior Pande) like I said is a good friend. The next release was Don Cash who is a friend of Justin's. In terms of what music I want to release I'm open to anything. I think it's boring to just put out the same kind of music repeatedly. A lot of labels stick to one genre but I feel like the best ones don't. I have been a long time fan of Sub Pop for instance who has put out music by everybody from The Shins to Wolf Eyes... you can't get much further away from each other than that in terms of sound.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guidelines of the label? Is there an aesthetics, a concept you try to maintain for every release?

Ouais, il faut juste que ça soit de qualité. Je ne peux pas décrire l’esthétique derrière le label, je sais juste ce que j’aime.

Yeah it just has to be good. I can't describe my aesthetic. I just know what I like.

Quels types de relations y a-t-il entre les groupes et le label ?
How is the relationship between the bands and the label?

Jusqu’à présent, entre les sorties du moment et ce qui va bientôt arriver, il s’agit surtout d’amis et d’amis d’amis. Et je trouve ça bien.

So far with the current & upcoming releases it's all friends and friends of friends. I kind of like it that way.

Quel est le futur proche de Spring Break Tapes ?
How's the near future looking for Spring Break Tapes?

J’ai quelques trucs quasiment prêts à sortir. Je bosse en ce moment sur une mixtape instrumentale de hip-hop. Et ça s’annonce vraiment pas mal. Je vais aussi bientôt sortir un EP d’un petit groupe de Los Angeles, Spirit Vine. À part ça, j’ai hâte de pouvoir sortir peut-être deux sorties de Drawlings (aka Abby Portner) et d’un compositeur de LA, Ali Helnwein. Et de la Tape Two de Junior Pande. Je pense que ça va être une bonne année.

I've got a few things slated for release. I'm currently working on a hip-hop instrumental mixtape. It's turning out to be really great. There is a local LA psych rock band called Spirit Vine & I'm going to release an EP of there's on cassette. Other than that, I'm looking forward to releasing something possibly from Drawlings (aka Abby Portner) and LA composer Ali Helnwein. Also Junior Pande's Tape Two. I think it's going to be a good year.

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes?

Devenir le prochain Sub Pop.

To become the next Sub Pop.

Sans mentionner les groupes de ton label... Quelles sont les choses auxquelles tu es addict ?
Without mentioning all the artists on the label... What things are you addicted to?

Je suis accro à la musique. Ça fait partie de ma vie au quotidien. Je fais partie de ces gens qui achètent de la musique en continu. En général, on ne prête plus autant d’importance à la musique, plus comme avant. C’est ce que j’aime dans les cassettes. C’est destiné à des gens qui aiment la musique et l’exclusivité attachée au fait de posséder une cassette limitée à cent exemplaires. C’est un truc de collectionneur. Peu importe si la cassette n’a de valeur pour personne d’autre. Le simple fait de savoir que l'on possède une cassette épuisée, en soi, c’est vraiment chouette.

I'm addicted to music. Music is an everyday part of my life. I'm one of those people that still buys music. People don't care as much as they used to about music. That's what I like about doing cassettes. It's for the people who love music and love the exclusivity of owning a cassette of which there is only 100. It's a collector's thing. It doesn't even matter what the cassette is worth to anyone else. Just knowing that you own a cassette that is sold out is pretty rad.

Don Cash - Epic

"Don Cash est un rappeur de Toronto qui est aussi pote avec Justin Peroff. Il est différent des autres rappeurs. Il suffit d’écouter sa cassette pour s’en rendre compte. Il est spontané et dingue comme Kook Keith et il est capable de produire aussi bien que Madlib. C' est aussi un conteur d’histoire, ce qui pour moi est une qualité essentielle quand on fait du hip-hop. Si on ne peut pas transmettre une histoire au travers des rimes, et si on est juste en train de parler de voiture, d’argent et autres conneries du genre, alors je trouve ça chiant. Le hip-hop, ce n’est pas ça à la base."

Don Cash is a Toronto mc who is a friend of Justin's. He's not just a regular rapper. People just have to listen to the tape. He has the spontaneity & wackiness of Kook Keith and the production abilities of Madlib and he's a story teller which to me is essential to hip-hop. If you can't convey a story in your rhymes and you are just talking about cars & money & shit like that then I'm bored. That's not what hip hop is about.

DON CASH - EPIC (Spring Break Tapes, 2012)

A1. Rock And Rock
A2. It's So Easy
A3. Luv Yr Pearls
A4. Star Dust
B1. Disco Wreck
B2. On The Strength
B3. Trans Am
B4. Downtown Girl

Junior Pande - Tape 1

"Junior Pande est vraiment à fond dans toute la scène ‘beat’ du moment et il produit ses propres rythmes sur ordi quand il n’est pas en train d’enregistrer ou en tournée avec ses deux autres groupes."

Junior Pande is Justin Peroff of the Broken Social Scene and his new band Eight and a Half. He is very much into the current beat scene and makes his own beats on his computer during his off time from recording & touring with his bands.

JUNIOR PANDE - TAPE 1 (Spring Break Tapes, 2012)

A1. Face A
B1. Face


Who are you Service?

Une décennie que le label suédois Service éclabousse de son élégance minimaliste le landerneau indie-pop. Et si certains se sont carapatés quelques rues plus loin dans un Göteborg à la créativité fourmillante, tel le duo The Tough Alliance - qui en créa dès 2006 son propre label, Sincerely Yours, avant de se séparer en 2009 - d'autres, comme The Embassy, auteur de l'indispensable Tacking (2007), Erik De Vahl, Jens Lekman, ou plus récemment Ikons, restent fidèles parmi les fidèles du label, grimant ses lettres de noblesse dans un catalogue, certes resserré, mais sans faute de goût apparente. Entre électro-pop radieuse et synthétique, house crossover et shoegaze éthéré, Service cultive une esthétique procédant tout à la fois de la beauté froide d'une scène suédoise extensible, et d'une fascination sans limites pour celle anglaise, comme si Technique (1989) de New order avait été l'ultime et indépassable disque de pop music électronique. Laboratoire à l'alchimie reconnaissable entre toutes, la structure met les petits plats dans les grands à l'heure de souffler ses bougies : une compilation digitale, à télécharger par ici, est ainsi offerte au chaland, quand un blog retrace à coup de photos, vidéos et top ten cette brève histoire au long cours. L'occasion était donc toute trouvée pour questionner Ola Borgström, pierre angulaire du label, mais aussi pour dresser deux top ten ci-dessous éventés, l'un audio, l'autre vidéo.

Raconte-moi comment Service est né ? Qui est derrière ? Quelle est l'idée d'origine ?
Tell me how Service Records was born? Who is behind? What was the idea of origin?

On ne peut pas vraiment parler d'idée à l'origine : à la base, c'était juste Dan de Studio et moi. On traînait dans les rues de Göteborg avec l'impression que quelque chose allait finir par arriver. Et sans aucune ambition ou but en particulier, mais avec tout de même une sorte de détermination bizarre, on a commencé à agir, spontanément, mais tout en suivant une certaine direction. Une sorte de culture s'est formée, et (dés-) organisée, propulsant toute une scène locale qui s'est développée juste après.

There was no real origin, just me and Dan from Studio bumming around on the streets of Göteborg with a feeling something had to happen. And so with no particular ambition or goal, but with a strange confidence, actions were taken, spontaneously but in a certain direction. Some kind of culture was created and (dis)organized, and catalyzing the local scene that boomed shortly after.

Pourquoi ce nom ?
Why this name, Service Records?

Essaie de chercher ça sur Google.

Try to google it.

Quel sentiment as-tu quand tu considères ces dix dernières années ?
How do you feel about the last ten years?

Un sentiment doux-amer, comme si on n'avait pas encore atteint notre potentiel en termes de public. Il reste des perles rares qui attendent toujours d'être découvertes.

A bittersweet feeling that our stuff has not yet fulfilled it's public potential. They are are pearls still waiting to get found.

Quelles sont les sorties dont tu es le plus fier ?
What are the releases you are most proud of?

Je les considère toutes comme mes bébés adorés, mais certains d'entre eux ont besoin d'un peu plus d'attention: Optimismens hån de Franke est magistral et devrait être considéré comme l'un des meilleurs albums du 21ème siècle. Tacking de The Embassy est juste parfait et Secrets Adrift de Erik de Vahl est ensorcelant.

All of them are precious babies, but some need more attention: Franke "Optimismens hån" is super majestic and must be discovered as one of the greatest albums of the 21st century. The Embassy's "Tacking" is perfect and Erik de Vahl's "Secrets Adrift" keeps mystify.

Service sort aussi bien des albums de shoegaze que de synthpop... Comment choisis-tu les artistes avec qui tu travailles ?
Service Records releases slow pop
as well as shoegaze or synthpop's records… How do you choose the artists you work with?

C'est juste une question d'avoir les mêmes attitudes. Si on peut vivre, travailler et jouer ensemble, la musique finit généralement aussi par être géniale.

Ah it's a matter of sharing existential attitudes. If we can live, work and play together, the music usually turns out to be brilliant too.

Quelles sont les relations entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Il n'est pas question de carrière, mais de faire partie d'un collectif.

It's an anti-career, pro-living collective.

Quelle est la ligne artistique du label ? Y-a-t-il une esthétique dans laquelle s'inscrit chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept you try to keep for every release?

Toutes les sorties s'auto-suffisent en elle-mêmes et n'ont pas vraiment besoin de faire de références à autre chose ou d'appartenir à une scène ou un son en particulier. On peut voir ça sur les pochettes au design souvent plat, gris et minimaliste.

All releases are self-sufficient pieces of works, hardly referring outside themselves, not trying to be part of a "sound" or a "scene". This can be easily seen on the often kind of flat, grey, minimalist artworks.

Service vient de sortir une compilation pour ses dix ans. Les choix n'ont pas été trop durs à faire ?
The label has just released a free compilation for its tenth birthday. Was it not too hard to select the tracks?

Je voulais que cela soit évident et magistral. Et que tous les artistes soient représentés. Et que le flow des morceaux soit bon. Et inclure le nouveau single de Ikons, ''Free Spirit'', pour aller de l'avant, comme une fenêtre sur le futur.

I wanted it to be obvious and majestic. And of course cover all artists. And have a nice track order flow. And include Ikons' new single Free Spirit for pointing forward, futurewise.

Quel est le futur proche du label ?
What’s gonna happen in the near future for Service Records?

Life Rhythm, le nouvel album phénoménal de Ikons, que je considère comme la version suédoise de Screamadelica. Swedendelica peut-être? C'est vraiment génial. Le premier morceau, Free Spirit, est téléchargeable dès maintenant sur notre site et la toute nouvelle vidéo pour le single Sister est à visionner par . Et un peu plus tard, un nouvel album de The Embassy !

A new phenomenal album by Ikons called "Life Rhythm", which I think of as kind of a Swedish Screamadelica. A Swedendelica? It's really amazing.
The first track Free Spirit is downloadable now on our site and a brand new video for another single, Sister, here. And later this year: finally a new Embassy album!

Et le futur... dans dix ans ?
And the future...In another ten years?

Comme l'ont dit les Sex Pistols: No Future.

Like Sex Pistols says: No Future

Podcast : le top ten d'Hartzine

TOP  SERVICE RECORDS by Hartzine à écouter sur Spotify

01. The Embassy - Some Indulgence
02. Kool DJ Dust - Driverunserver
03. The Embassy - New Plans
04. Ikons - Honey
05. Forest - Out In The Streets
06. The Whitest Boy Alive - Burning
07. The Tough Alliance - Koka-Kola Veins
08. Erik De Vahl - Summertime
09. Lake Heartbeat - Golden Chain
10. Franke - Öppna Alla Dörrar Och Fönster


Who are you Dark Entries ?

Si Hartzine se complaît dans sa position de défricheur, Dark Entries fait figure de fossoyeur. À la fois label, distributeur, blog et laboratoire d’idées, la caverne de Josh Cheon déborde de trésors inestimables pour celui qui saura tendre l’oreille. Véritable fétichiste de minimal-synth vintage et de post-punk passéiste, on lui doit le rafraîchissement d’une multitude d’albums comme les essentiels Ljubav Je Hladnija Od Smrti de Borghesia ou le Bas Relief d’Eleven Pond. Et bien loin de se cantonner au ravalement d’idoles perdues, Dark Entries participe autant à l‘ascension des iconiques Vatican Shadow qu’à l’emblématique résurrection de Jeff & Jane Hudson. Définitivement, une question nous vient à l’esprit : who are you Dark Entries ?

Comment as-tu créé Dark Entries et quels étaient tes objectifs ?
How did you create Dark Entries and what was your objective?

L’idée de Dark Entries m’est venue alors que j’étais ado et collectionneur avide de vinyles, dans le New-Jersey. J’avais envie de rendre un peu la pareille au monde, alors j’ai commencé à mixer pour la radio de mon université. J’ai fini par devenir directeur de la programmation musicale et j’ai pu entrer en contact avec des labels du monde entier. Quand j’ai déménagé à San Francisco en 2006, j’ai commencé à leur demander des conseils sur la façon de monter son propre label. En 2008, j’ai signé mon premier groupe, Eleven Pound, et j’ai réédité leur premier album Bas Relief comme première parution sur le label en juillet 2009. À la base, je voulais sortir une réédition et ensuite un album inédit, mais ce rythme était trop difficile à maintenir. Désormais, je ne sors que la musique dont je suis vraiment passionné, en espérant que tous les autres le soient aussi.

Dark Entries was created in my head when I was a teenager growing up in New Jersey avidly collecting records. I wanted to give back to the world all that I was taking so I started to DJ a radio show at my university. Eventually I became the music director and formed connections with record labels all over the world. When I moved to San Francisco in 2006 I would ask these other records labels how they run a label. I reached out to my first band Eleven Pond in 2008 and re-issued their first record Bas Relief as my first release in July 2009. My initial idea was to release a re-issue then a contemporary band, but this pattern was too difficult to maintain. Now I just release music I feel passionate about and hope others will too.

Tu produis et distribues en même temps. Peux-tu m'expliquer le fonctionnement de ton label ?
You work in same time in production and distribution, can you explain to us how your label work?

Je m’occupe de tout ce qui est de la production et de la distribution, du premier contact avec les artistes, le design de la jaquette avec la graphiste Eloise Leigh et jusqu’aux encarts à glisser dans les pochettes, depuis mon studio. J’adorerais un bureau et quelques stagiaires, mais comme je travaille à temps plein dans un labo, il ne me reste pas énormément d’heures à consacrer au label.

I handle all the production and distribution from contacting the artists, working on the cover art with my designer Eloise Leigh and then stuffing all the jackets with inserts in my studio apartment. I would love an office with a few

interns, but since I have a full time job in a science lab, my time with the record label is limited.

Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu souhaites collaborer ?
How do you choose the artists wich you work/collaborate with?

Je me perds souvent sur YouTube, comme dans une espèce de trou noir, à cliquer sur des liens vidéo à l’infini. Ou alors c’est un ami qui me fait découvrir un groupe. Quelques groupes m’envoient aussi des démos ou bien des mixes. Ces deux dernières années, je me suis surtout concentré sur des rééditions, mais je pense pouvoir sortir au moins deux nouveaux albums cette année.

I usually get lost in youtube black holes clicking on videos endlessly. Or a friend will turn me onto a band they love. Some bands send me demos or mixes. The past two years have focussed more on re-issues, but this year I plan to have at least two contemporary releases out.

Y-a-t-il une marque de fabrique Dark Entries ?
Is there a Dark Entries particular identity?
Dark Entries évolue dans le monde de l’ombre. On consacre toute notre énergie à l’excavation du monde souterrain. On essaie toujours de creuser plus profond, de fouiller le passé et aussi le futur. Le design joue aussi un rôle important. Toutes les jaquettes doivent refléter l’esthétique d’une période donnée. Chaque sortie comporte un encart avec paroles et photos si possible. George Horn de Fantasy Studios à Berkeley est en charge du mixage, et avec plus de cinquante ans d’expérience derrière lui, on peut vraiment faire confiance à ses oreilles.

Dark Entires lives in the shadow world. We focus our energy on excavating the underground. We're always digging deeper, researching the past and future hours at a time. Also, design plays an important role. Album artwork adheres to the original aesthetic of the period. Every release has an insert/inside panel that includes lyrics and photos if possible. All mastering is done by George Horn at Fantasy Studios in Berkeley, with over 50+ years in the business, we trust his ears the best.

Quel est le projet dont tu est le plus fier ?
What is the project you're the most proud?

J’ai bien envie de dire que je reste très fier de toutes les sorties sérigraphiées de ces dernières années. Eleven Pond, Death Domain, Dark Day, Neon Judgement, Pesteg Dred. Je me suis occupé moi-même de toutes les sérigraphies pendant tout ce temps, depuis ma chambre, et on peut dire que c’est physique ! XEX, également originaire du New-Jersey, et Vita Noctis - dont la musique me fait toujours un effet fou - occupent aussi une place spéciale dans mon cœur.

Well I'd have to say any of the releases that I've silkscreened over the past few years. Eleven Pond, Death Domain, Dark Day, Neon Judgement, Pesteg Dred. All the silk screening has been done by myself in my bedroom over the years and its a workout! I also have a special place in my heart for XEX who are from New Jersey like me and Vita Noctis who's music still pushes all the right buttons in my brain.

Qui sont les amis de ton label ?
Who are the Dark Entries' friends?

Nous avons des amis dans le monde entier : , World Unknown, AnnaLogue Records, Optimo, Genetic, , Kernkrach, La Forme Lente, Beats In Space, Aquarius Records, RVNG Intl, Captured Tracks, Honey Soundsystem, Wierd Records, Mutant Disco, Mick Wills, Led Er Est, The Soft Moon, et bien plus !

We have friends all over the world: Mannequin Records, World Unknown, AnnaLogue Records, Optimo, Genetic, Domestica, Kernkrach, La Forme Lente, Beats In Space, Aquarius Records, RVNG Intl, Captured Tracks, Honey Soundsystem, Wierd Records, Mutant Disco, Mick Wills, Led Er Est, The Soft Moon and too many more to list here!

Quels sont les artistes qui t'ont le plus impressionné ces dernières années ?
Who are the artists that most impressed you this last years?

En ce moment, je ne peux pas m’empêcher d’écouter Police des Mœurs (Canada) et Linea Aspera (UK). Le label Blackest Ever Black (Angleterre) est aussi génial !

Most recently I can't hear enough music from Police des Moeurs of Canada and Linea Aspera from the UK. I am also excited by the Blackest Ever Black label in England too!

Quels sont tes projets pour 2012 ?
What are your project for 2012?

Thought Noises LP, Buzz - See You Sioux LP, INHALT - Vehicle EP, Dark Day - Exterminating Angel LP, Vocoder - Cuadro Sinóptico EP, ADN' Ckrystall - Jazz' Mad LP, ainsi que quelques compilations par Stress et un nouvel album de Spastic Joy.

Thought Noises LP, Buzz - See You Sioux LP, INHALT - Vehicle EP, Dark Day - Exterminating Angel LP, Vocoder - Cuadro Sinóptico EP, ADN' Ckrystall - Jazz' Mad LP, plus more including compilations by Stress, Altres, and a new album from Spastic Joy.

Mixtape

Tracklist

1. Martin Gore - Compulsion

Ce morceau représente tout pour moi. Je l’ai entendu pour la première fois à 16 ans, à The Bank, un club gothique de New-York. Ma cousine était alors mon encyclopédie ambulante perso pour tout ce qui était musique : elle m’a fait découvrir tellement de choses qui ont vraiment formé toute mon adolescence et ont eu une influence énorme sur le label.

This song means the world to me. I first heard it when I was 16 at a goth club in New York called The Bank. My cousin was my go-to encylopedia for all music questions and she turned me onto so much
music that would shape my teenage years and my have a massive effect on my record label.

2. Experimental Products - Love Changes

J’ai découvert leur morceau Mannequin pour la première fois sur le Despair Mix Intergalactic Gary en 2008. Ces mecs de Philadelphie produisent un son qui combine harmonies épurées et synthés chaleureux, et qui est toujours d’actualité.

I first heard their song Mannequin on the Despair Mix by Intergalactic Gary in 2008. The sound of these boys from Philadelphia combined pure harmonies and warm synthesizers that still sound modern today.

3. Kirlian Camera - Heldenplatz (Mick Wills edit)

Il s’agit de la version longue mixée d’un de mes groupes italiens favoris, par le talentueux Mick Wills qui vit en ce moment en Allemagne. Il a pris cette version trop courte du 7’’ pour lui donner la liberté de s’étendre pendant dix minutes de gloire, à un beat près !

This is an extended mix of one of my favorite Italian bands by the talented Mick Wills who currently lives in Germany. He extended the too-short 7" version to breathe and take life over 10 glorious minutes that never misses a beat!

4. Jeff & Jane Hudson - Help Me

C’est le premier des groupes de Dark Entries sur ce mix : une réédition dont je suis fier. Leur album Flesh est un chef d’œuvre de l’underground new/no wave américain. J’ai découvert ce morceau sur le coffret Reminiscence, sorti sur Genetic Records en 2003. J’ai eu assez de chance l’année dernière pour pouvoir sortir toute la discographie (1981-1983) de Jeff & Jane, avec mes potes de Captured Tracks à Brooklyn.

The first Dark Entires band on the mix is re-issue I am proud of. The Flesh album was a pinnacle in the cannon of US underground New/No Wave bands. I first heard this song on the Reminiscent 3-LP box set released by Genetic Records in 2003. Last year I was lucky enough to re-issue the entire Jeff & Jane discography from 1981-1983 with my friends at Captured Tracks in Brooklyn.

5. Eleven Pond - Watching Trees (Bedroom Mix)

Que dire de plus sur mon tout premier groupe ? Eleven Pond étaient de véritables diamants perdus dans le vivier agité de Rochester (NY), vers 1986. Ce ‘’bedroom mix’’ est antérieur à la version présente sur l’album, et j’aime autant la version brute que celle un peu plus étayée. Vous pourrez le retrouver sur vinyle ce mois-ci, grâce à Angular Records (Londres).

What else can I say about my very first band that hasn't been said. Eleven Pond were diamonds in the rough sea of Rochester, NY circa 1986. This "bedroom mix" pre-dates the album version of "Watching Trees" and I enjoy the skeletal frame just as much as the fleshed out version. Look for it on vinyl this month thanks to Angular Records in London.

6. Japan - Life In Tokyo

J’ai découvert ce morceau sur la compilation Assemblage et j’avais besoin de la version du 12’’ ! Parfaite pour le dancefloor, cette collaboration de Giorgio Moroder inclut le chant romantique de David Sylvian, des arpèges de claviers et un solo de saxophone qui ne m’agace même pas !

I first heard this song on the Assemblage compilation and I needed the 12" version! Perfect for dancefloor, this Giorgio Moroder collaboration combined David Sylvian's romantic vocals and arpeggiated keyboards and a sax solo that actually doesn't annoy me!

7. Jeffrey Sfire & Sam Long - Demo

C’est une démo de mon pote Jeffrey Sfire, qu’il m’avait envoyée en 2008 et qui devait sortir chez Ghostly International, mais a fini par arriver chez le label berlinois de CockTail d’Amore. Il s’agit ici de la version démo, que je joue lors de soirées depuis maintenant des années, et que j’aime de plus en plus à chaque écoute.

A demo my friend Jeffrey Sfire sent me back in 2008 that was supposed to come out on Ghostly International but is finally seeing the light of day on Berlin label CockTail d'Amore. This is the demo version that I have been playing out at parties for years now and I love it more and more with each listen


Who are you Crash Symbols?

On a parfois tendance à l'oublier, mais ce ne sont ni l'argent, ni l'intransigeance, ni l'ambition ou encore la cupidité qui sous-tendent une aventure musicale, quelle qu'elle soit. Des motivations certes primordiales, mais largement périphériques en égard à ce qui les engendre. Tout comme la passion, l'émotion et le ressentiment, il ne faut y voir là que la coloration de ce qui préside à toute entreprise musicale, dont l'essence reste envers et contre tout une affaire d'amitié, d'affinités. Ni plus, ni moins. À ce titre, Jheri Evans, Dwight et Liz Pavlovic sont des modèles du genre tant leur histoire commune s'explique et se projette à l'aune de cette camaraderie désormais sans faille, initiée à l’épreuve d'accointances extra-professionnelles. Été 2010, Dwight façonne Royal Rhino Flying Records à son image, entre pop viciée et électro opiacée - tout en emménageant avec sa copine Liz Toler, future Madame Pavlovic. Jheri Evans, instigateur du blog Get Off the Coast et contributeur régulier à l'agrégateur Altered Zones, deux embardées 2.0 désormais terminées, est en contact virtuel régulier avec Dwight s'agissant des sorties de son label et plus particulièrement de Gobble Gobble. À l'occasion d'une tournée de ces derniers, tout ce petit monde se retrouve dans la maison du couple et Crash Symbols voit le jour, fin 2010, presque instantanément.

Quelques packs de bières ingurgités dans la nuit et une quantité insoupçonnable de marijuana partie en fumée auront suffi à ces activistes, proches du réseaux FMLY (lire), pour mettre sur les rails une triangulation affective à la fécondité intempestive : Crash Symbols multiplie ses sorties via des tirages limités de cassettes, couplés à des téléchargements libres d'obole, des premières bandes magnétiques de Foot Village, Hear Hums, Beggars in a New Land, en passant par celles dédiées à Featureless Ghost, Two Bicycle, Blackbird Blackbird aux ultimes Pressed And, Noah Wall ou Ender Belongs to Me. Et tandis que les mixtapes du label, véritable passion partagée, pleuvent quasi-mensuellement (lire ici ou ), les efforts et la réflexion se concentrent alors subséquemment sur un objectif ambitieux : la création d'une revue imprimée et digitale, mêlant tout à la fois recherche graphique, musicale et sociétale. Ainsi naît Decoder Magazine (lire) dont l'écrin papier vient d'être financé par l'intermédiaire de la plateforme de dons Kickstarter. Conjuguant DIY à une bonne dose de talents, difficile de ne pas tomber sous le charme de ces jeunes gens, d'autant que leur décontraction et leur affabilité est plus que virtuellement transmissible. En témoigne l'entrevue qui suit, sujette à plus d'une centaine de mails biens sentis, en plus d'une mixtape concoctée par Dwight, à écouter et télécharger ci-après. En prime, quelques chroniques suivent, présentant trois des ultimes sorties du label. Et pas des moindres. Fuck yeah !

Interview avec Dwight Pavlovic

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu Dwight et que faisais-tu avant Crash Symbols ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you Dwight and what did you do before Crash Symbols?

Avant Crash Symbols, je m’occupais de Royal Rhino Flying Records, un label que j’avais monté au lycée. Je n’ai jamais eu la patience d’apprendre à jouer d’un instrument - à l’exception de quelques années de piano et je regrette maintenant d'avoir arrêté - alors, je me suis dit que monter un label restait l’une des manières les plus intéressantes pour m’impliquer dans la musique.

D’après mon éducation et mes expériences professionnelles, ma formation s'est orientée vers l'histoire et le milieu des média… Je suis d'ailleurs diplômé en histoire des religions. Ceci dit, les métiers du livre ont toujours été ma grande passion. Lire a toujours été important mais comme je manquais de confiance en moi en tant qu’écrivain, je me suis penché sur le problème de la même façon qu’avec la musique ! Même si en principe, les intermédiaires entre artistes et public ne sont jamais bien vus, j’admire la façon dont les maisons d’édition et les labels - les meilleurs d’entre eux tout du moins - parviennent à réunir les aspects esthétiques du roman et autres connections en faisant corps avec les artistes qu'ils défendent. L’aspect pratique et créatif de ces relations partenariales me plaît énormément.

Before Crash Symbols, I ran Royal Rhino Flying Records, an imprint that I started in high school. I’d never had the patience to play an instrument – except a few years with the piano, that I regret not pursuing – so I reckoned that the most interesting way that I could participate in supporting “music” was by running a label.

That said, my… “professional/academic background” is mostly in history and media… I majored in Religious Studies but book publishing has always been one of my big interests. I loved books growing up and lacking confidence in my ability as a writer, I think I addressed that issue in the same way as music! Although conceptually middle men are always unappealing, I enjoy the ways that individual publishers and record labels – that at least the good ones – find to synthesize novel aesthetics and connections and new unities with authors and musicians. That sort of practical and creative partnership is profoundly appealing to me.

Quelles sont tes influences musicales ?
What were your first musical influences?

J’ai grandi en écoutant la musique de mes parents… Ma mère mettait souvent The Talking Heads et R.E.M. dans la voiture et mon père m’a donné pas mal de suggestions du type « c’est ce que j’écoutais quand j’avais ton âge », et j’ai ainsi fait mon chemin à travers sa vieille collection de CD. In The Aeroplane Over The Sea de Neutral Milk Hotel et le Yoshimi Battles The Pink Robotsdes Flaming Lips furent mes tous premiers achats et je pense que mon activité actuelle reflète toujours ces choix. J’aime la pop, et tout particulièrement les différentes approches possibles la concernant… J’ai commencé à écouter de la noise pop avant le lycée, et j’aime toujours beaucoup ce genre, même si l’électro m’intéresse beaucoup ces temps-ci. Le croisement entre la noise pop et l’electronica est très important pour moi et Crash Symbols, d'ailleurs nos penchants se sont toujours orientés vers celui-ci.

I grew up listening to a lot of my parents’ music… my mom played the Talking Heads and R.E.M. in the car a lot and my dad gave me more of a “this is what I listened to when I was your age” kind of experience, introducing me to his old CDs a little bit at a time. The first albums I ever bought for myself were Neutral Milk Hotel’s In The Aeroplane Over The Sea and The Flaming Lips’ Yoshimi Battles the Pink Robots, and I think my interests now sort of reflect that. I love pop music, but I particularly enjoy hearing different approaches to making it… noise pop is something I’ve been listening to since before high school and I still love it, but electronic music is a new interest. The intersection of noise pop and electronica is significant for me and for Crash Symbols – I think that’s the direction we’ve always inclined towards.

Comment Crash Symbols a-t-il vu je jour ? Qui est derrière ? Quelle était l'idée d'origine ?
Tell me how Crash Symbols was born? Who is behind? What was the idea of origin?

Nous sommes trois à nous occuper de Crash Symbols – moi, mon épouse Liz, et notre pote Jheri, que l’on a rencontré alors qu’il restait dormir chez nous en plein milieu d’une tournée avec des amis communs (Gobble Gobble, ndlr). On s’était échangé plusieurs emails quelques mois auparavant, à propos de sorties sur mon ancien label Royal Rhino… Jheri l'adorait, alors ça coulait de source !

The three of us that run Crash Symbols – me, my wife Liz, and our friend Jheri met when he stayed at our place midway through touring with some mutual friends. We’d been emailing for months before about releases on my old label Royal Rhino… Jheri loves rhinos, so it all sort of made sense to us!

Pourquoi ce nom, Crash Symbols ? Une marque de résistance ? Contre qui/quoi ?
Why this name, Crash Symbols? A mark of resistance against who/what ?

Pour nous tous, le nom est un hommage à notre amour pour les jeux de mots. Mais pour moi, c’est aussi une référence à la codification des idées à travers les symboles, et au fait que, assez bizarrement, l’on puisse percevoir les médias telle une force influente dans la marche de l’histoire. En ce qui me concerne, c’est une manière de montrer notre résistance face à l’homogénéisation... Notre engagement a toujours envisagé le contenu de nos sorties comme quelque chose d'intemporel.

For all of us the name is significant for our love of wordplay, but to me it’s also a reference to the codification of ideas in symbols and the unusual ways that we and other people might perceive media as influencing history. For me, it is a way of indicating our resistance to sameness and our commitment to understanding the material we release as truly timeless.

Pourquoi choisir les formats K7 et vinyles ?
Why are you choosing only the cassette and vinyl formats?

Par égard pour notre instinct et pour des raisons pratiques. On a tous été témoin de l’engouement fantastique en ce moment autour du support cassette, on adore écouter des cassettes, et les groupes avec qui on travaille nous disent parfois que leur musique sonne mieux sur nos cassettes que sur des vinyles sortis ailleurs. J’aime la façon dont les gens écoutent les cassettes – dans de vieilles voitures, dans de vieux baladeurs, et occasionnellement sur magnétophone. Tout cela semble vouloir dire quelque chose et ces notions nous apportent plus que l’idée d’écouter un CD. Vinyles et cassettes sont analogues et c’est ce qui fait vraiment la différence. Avec un CD, on peut contrôler le son sur n’importe quelle interface utilisée, mais en ce qui concerne les cassettes et les vinyles, le son est un produit du produit, et non pas le produit de nos propres manipulations. On peut adapter et travailler le son sur ces supports, parfois le résultat est superbe et remarquable. Cela n’a vraiment de sens que jusqu’à un certain point, à cause de nos sens et expériences propres - je n’accorde juste pas autant de valeur aux CD, et il faudrait vraiment beaucoup de choses pour me faire penser autrement. Cassettes et vinyles… c’est un peu comme acheter la version en tissu d’un livre, au lieu de la version papier. On essaye de rassembler nos pensées sur le sujet d’une façon plus appropriée, mais pour l’instant ce qui compte vraiment est que ces supports nous paraissent les plus adaptés.

In deference to Instinct and practical purposes, at the core, I think. We all saw amazing things happening with tapes, we all love listening to tapes, and bands we work with still sometimes tell us that their music sounds better on tapes they released with us than on vinyl done elsewhere. I love the way people listen to tapes – in old cars, old walkmans, and the occasional tape deck. All of that seems significant and those notions make us feel good in a way that CDs don’t. Vinyl and cassettes are explicitly analog, which is every bit the fundamental difference people make it out to be. With a CD, you have sound controls on whatever interface you might use, but with tapes and vinyl, the sound is even more a product of the product than your own willful supervision. People can tailor their sounds for those formats as much as anything else and the result is sometimes stunningly unique. Of course these things are significant to a certain extent purely because of our own perception and experiences – I just don’t value CDs as much other things and it would take a lot of training for me to feel otherwise. Tapes and vinyl… they feel like getting the cloth edition of a book instead of the paper. We’re trying to quantify our thoughts on the subject a bit better, but right now, the most important thing is that those formats are what feel the best to us.

Crash Symbols sort aussi bien des disques pop qu'expérimentaux... Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?
Crash Symbols takes out as well indie pop as experimental's records... How do you choose the artists you work with?

On entre en contact avec les artistes de façons très diverses. Nous écrivons tous sur le blog musical Decoder Magazine, chaque sujet devient alors une source de sorties potentielles. Mais nous sortons également de la musique avec des amis de plus longue date, ou des gens qui nous ont envoyé un email un peu de nulle part et qui se sont révélés être sympas et intéressés. Il nous est même arrivé, deux ou trois fois, de passer par d’autres labels, comme notre K7 avec MillionYoung. C’est arrivé en majeure partie parce que le vinyle devait sortir sur un label génial qui pensait qu’une autre sortie sur K7 serait une alternative intéressante. Il y a vraiment dix mille façons de sortir un album. C’est génial.

We connect with bands and musicians in a huge number of ways. We all write about music at our blog Decoder Magazine, so those subjects are a huge source of potential releases, but we also release music with friends we’ve known for longer or people that emailed us out of the blue and turned out to be friendly and interested. A couple of times, we’ve even brokered releases through other labels, like our cassette with MillionYoung. It happened mostly because the vinyl was coming out on an awesome label that happened to think it would be cool for it to come out on cassette as well. There’s really no end to the variations that any one release can accommodate. It’s great.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Nous essayons d’effectuer chaque sortie d’album en étant aussi sûrs que possible en terme de qualité. Mais, au-delà de tout ça, on veut surtout que chaque sortie représente un peu de nous et des circonstances qui nous rassemblent, c’est-à-dire celles que l’on partage avec les groupes avec lesquels on travaille. Je veux que chaque K7 fasse penser « super groupe » et « super label ». Nous ne sommes pas un intermédiaire passif. Je m’intéresse davantage à la noise pop et aux musiques électroniques en ce moment, mais ma femme est plutôt rock et pop et notre collègue Jheri s’assure que le quota R&B soit respecté. En fait, Crash Symbols s’avère être un mélange parfait.

We try to make every release as confident an assertion of quality as possible, but beyond that, we’re primarily concerned that they express as much of us and our shared circumstances – that is, shared between us and bands we work with. I want every tape we release to say “awesome band” and “awesome label”. We are not a passive partner. I think my tendency is mostly towards noise pop and electronic music right now, as I said earlier, but my wife is more rock and pop oriented and our partner Jheri keeps the fringes of R&B well represented. It’s turned out to be a great combination.

Foot Village, Hear Hums, Beggars in a New Land sont vos trois premières sorties. Tu peux m'en dire plus à leur propos ?
Foot Village, Hear Hums, Beggars in a New Land are the first release of Crash Symbols. Can you tell me more about them...?

On s’est beaucoup amusé dans le cadre de ces sorties qui sont toutes arrivées en même temps, mais dans des circonstances complètement différentes. Beggars in a New Land était un groupe tout nouveau à l’époque, alors que Foot Village était déjà bien connu. Le duo Hear Hums avait lui le vent en poupe en termes de musique et de réputation. Liz, mon épouse, s’est occupée du design pour la pochette de Beggars in a New Land. J’ai fait celle de Hear Hums et Jheri celle de Foot Village. J’ai vraiment un faible pour Foot Village, notamment car c’est la sortie préférée de mon père… Dans le même genre, le collage utilisé pour la pochette de Hear Hums contenait la photo d’un étudiant goguenard que j’avais découpée dans un numéro du magazine des anciens étudiants de Kenyon College, appartenant à mon père. L’étudiant en question nous a contacté un peu plus tard, après que quelqu’un lui a parlé de la K7… C’est déjà vraiment cool d’imaginer que des gens en aient parlé... Mais apprendre que cette histoire avait cheminé ainsi jusqu’à quelqu’un de manière aussi inopinée fut une très bonne surprise.

These releases were a lot of fun because they all happened around the same time but under very different circumstances. Beggars in a New Land was a totally new band at the time, whereas Foot Village is pretty well established and the duo behind Hear Hums was beginning a really positive upward spiral in terms of their music and visibility. My wife Liz got to design the packaging for the Beggars in a New Land release, I did the Hear Hums, and Jheri did the Foot Village. I’ve got a really soft spot for the Foot Village tape because I think my dad considers it our best release… in the same vein, the collage I used for the Hear Hums packaging included a snarky looking student on it, which I cut from an issue of my dad’s Kenyon College alumni magazine. The student actually contacted us later, after someone told them about the tape… it’s groovy enough to imagine people talking about it, but that it made its way to someone so fortuitously was a fun surprise.

Les groupes présents sur les mixtapes Dope Montain Fuck & Dope Valley Fuck sont-ils tous de futurs projets ?
The bands on Dope Montain Fuck & Dope Valley Fuck mixtapes are they all Crash Symbols's projects?

Beaucoup d’entre eux le sont, mais il y en a plus encore qui ne le sont pas du tout. Faire des mixtapes ensemble est une de nos passions, et nous essayons de faire en sorte que la personnalité du label soit représentée. Elles donnent surtout une bonne idée de la sphère musicale dans laquelle on a tendance à se réfugier. On aime le rythme, la pop, les bruit étranges... Mais on porte surtout une grande importance à la qualité du concept. Même si on apprécie beaucoup les chansons pop bien exécutées comme celles de groupes aussi rigoureux et plein d’esprit que The New Lines ou Phil and the Osophers.

Many of them are, but more of them aren’t. We love putting together mixtapes and we tend to try and make them a good cross section of what can be expected from the label, but more importantly, looking at the assembled music probably gives us a good impression of the musical strata we tend to inhabit. We love beats and pop and worst noises, but the emphasis is really on quality of concept, even if we do still love well executed pop songs from bands as exacting and witty as The New Lines or Phil and the Osophers, for example.

Et Gobble Gobble ?
And Gobble Gobble?

Je suis très fier d’avoir sorti trois albums et une K7 avec Gobble Gobble, désormais connu sous le nom de Born Gold, et notre travail avec eux est vraiment l’un des points forts de tout ce que nous faisons avec le label. J’aurais bien aimé les avoir inclus sur d’autres mixtapes mais, si vous les connaissez un peu, vous savez qu’ils sont très occupés et qu'ils ne peuvent pas se plier au rythme intensif de nos mixtapes !

I’m proud to have released three records and one tape with Gobble Gobble, now Born Gold, and they’re definitely a much beloved part of what we’re doing. I wish we had them on more mixtapes, but if you know them, you probably know they’ve got a full enough schedule without our intensive mixtape series!

Quels types de relations y-a-t-il entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Cela varie sans cesse. Cecil Frena de Born Gold a déjà passé la nuit dans deux de mes appartements, mais d’autres groupes comme Foot Village, Hear Hums - en fait, la majeure partie des groupes avec lesquels nous travaillons - ne croisent pas régulièrement notre
chemin. Mon épouse et moi habitons ensemble, alors on ne voyage pas trop pour aller à des concerts. Maintenant que nous avons déménagé de West Virginia en Californie, nous devrions rencontrer plus de groupes lors de leurs tournées.

Constantly varied. Cecil Frena from Born Gold has slept in two of my homes, but other bands like Foot Village, Hear Hums – frankly the majority of bands we work with – won’t cross paths with us on a regular basis. My wife and I are homebodies so we don’t travel around to many shows, but now that we’ve made the move from West Virginia to California, we expect to be meeting more people along their regular tour routes.

Tu as réalisé une compilation sur Beko. Comment as-tu rencontré la doublette de Beko et que représente pour toi leur travail ?
You realized a compilation on Beko. How did you meet people of Beko and what represents their work for you ?

Beko était – pour moi tout du moins - l’une des meilleures sources de musique au monde. Cela nous a rendu vraiment tristes de les voir stopper l'aventure, même si je suis très heureux d’avoir pu contribuer à deux compilations bien que leur calendrier de sorties ait été plein à craquer. Ce sont deux de mes préférées. La première collaboration a été pour moi l'occasion de réunir un grand nombre de morceaux - 18 au total - d’une façon qui soit, non seulement satisfaisante, mais aussi la plus adéquate possible en terme de présentation. Le second mix était un peu plus conceptuel et centré sur le rythme.

Beko-DSL was – to me at least – one of the best curated sources of music in the world. We were sad to see it pass on this year, though I’m endlessly glad that its packed release schedule had room for me to strap on a couple of mixes. Their two of my favorites and the first of them was really my first attempt to make such a large number of songs (18 in total) hang together in a way that wasn’t just satisfactory, but seemed like the best presentation possible. The second mix was a bit more conceptual and beat oriented

Quel est le futur proche de Crash Symbols ?
What's the near future of Crash Symbols?

Pour l’instant, on travaille vraiment dur pour promouvoir un autre projet, Decoder Magazine, qui est échangeable contre un kickstarter. C’est un grand projet que l’on trouve aussi totalement en relation avec le label… À part ça, nous avons quelques sorties K7 de prévues en plus de quelques collaborations vraiment cool. Nous aurons aussi un nouveau pack disponible très bientôt sur Forty Ounce Clothing.

Right now we’re working incredibly hard to promote an affiliated project, Decoder Magazine, which has a kickstarter going. That’s a big project we find highly related to the label… other than that, we’ve got a bunch of new tapes planned and some cool collaborations. We’ll also have a new package coming out with Forty Ounce Clothing shortly.

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes?

On raconte beaucoup de choses à nos groupes… On leur dit en blaguant qu’ils devraient aller vers d’autres labels pouvant faire plus de choses pour eux, mais en vérité, on espère juste qu’un jour on aura les mêmes ressources. Qui sait.

We say things to bands… joke about getting them onto bigger labels that can do more for them, but secretly we hope to one day have those same kinds of resources. Who knows.

Tu écris donc pour Decoder. Que penses-tu de la culture blog ?
You work also for the blog Decoder Magazine. What do you think about blog culture?

La société est sur le point de découvrir les conséquences vraiment positives de la globalisation : un créneau artistique qui fonctionne de la même façon que l’art folk. La blogosphère a un rôle important à jouer pour faciliter le phénomène… Les gens développent et changent de centres d’intérêts en ligne et les blogs influencent grandement la façon dont ceux-ci passent leur temps libre. Les différentes communautés se chevauchent et les blogs identifient un créneau unique en le plaçant dans un contexte plus large, peut-être plus cohérent. Les blogs transforment les petits créneaux en moyens créneaux, pas forcément les plus larges possibles. Ceux-ci apparaissent alors plus importants, tout en maintenant les nuances.

In a nutshell, I think society is on the cusp of the real positive consequence of globalization: Niche Art that functions in much the same was Folk Art has. I think blogs are a big part of facilitating that… with the casual way that people form and shift interests online, blogs have become a critical part of how people navigate their free time. Communities overlap and blogs help pin the very very niche together into a larger, hopefully more coherent, bigger picture. Not quite the biggest picture. Blogs help make little pictures into medium pictures that appear more significant, but retains each individual nuance. That’s how I see blog culture.

Quel est ton sentiment sur l'industrie musicale et internet ?
How do you feel about the music industry and the internet?

J’adore internet. C’est grâce à ça que toutes les communautés basées autour d’un créneau particulier peuvent se former sans avoir à habiter à côté. C’est aussi grâce à internet que ces communautés peuvent se transformer en véritables mouvements et devenir plus autonomes, capables de prôner et de prolonger un développement interne. C’est ce qu'internet permet de faire. L’''industrie de la musique'', comme on l’entend d’habitude, fait se perpétrer un paradigme qui rend difficile pour ces communautés l’auto-représentation - les grandes institutions ayant tendance à dissiper le pouvoir des individus. À la base de chaque blog se trouvent des individus, autonomes, bien que coopérant dans l’idéal. Il s’agit d’individus, écrivains et lecteurs. Dans ce contexte individuel, les objectifs institutionnels ont tendance à être plus étouffés ou diffus, ce qui transforme les personnes au cœur de l’industrie de la musique en une sorte de caste des dieux. S’ils demeurent ambivalents à propos de la forme sociétale ou des communautés artificielles qu’ils prétendent représenter, par le biais notamment d'études démographiques ou de campagnes publicitaires agressives, ils restent opposés au processus d’unification organique prôné par les blogs.

The internet is great. It’s the reason that niche communities can form without already inhabiting the same geographical space. Further, it’s the reason that sometimes those communities can be strung together into movements and become more autonomous, able to self-advocate and sustain internal development. That’s what the internet allows. The “music industry” as we understand it, perpetuates a paradigm that makes it more difficult for those communities to self-advocate – because bigger institutions tend to dampen the effectiveness of individuals. At the heart of blogs are individuals, self-contained, though they are ideally cooperative. But either way, they are individuals – individual writers and individual readers. In individuals, institutional goals tend to be muted or more diffuse, which makes the individuals at the heart of the music industry some sort of caste of gods. Though they are mostly ambivalent about the form of society or of the artificial communities they claim to represent, strung together by demographic research and aggressive “product placement” rather than the organic unifying process that blogs have typically policed.

Sans mentionner les groupes de ton label... Quelles sont les choses auxquelles tu es addict ?
Without mentioning your label’s groups... What are the things you are addicted to?

En ce moment, ma femme et moi sommes vraiment accros aux K7… On a récemment acheté tout un tas de vieilles K7 de David Byrnes ainsi qu’une de New Order qui m’a complètement renversé. J’ai bien aimé le nouvel album de John Talabot et quelques K7 sorties chez Sunup Recordings. Je suis tombé amoureux de la collaboration complètement folle entre Stevie Moore et Ariel Pink que j’ai découverte sur un vinyle carré découpé à la main de chez People In A Position To Know…L’album de remix de Lobisomen, Onze Pedras Atiradas(chez Tall Corn Music) est probablement le truc le plus génial que j’ai pu entendre ces derniers temps.

Right now my wife and I are really addicted to tapes… we recently bought a slew of old David Byrne tapes and a New Order tape that completely blew my mind. I’ve been enjoying John Talabot’s new album; a few tapes coming out of Sunup Recordings ; and I’ve been in love with this crazy R. Stevie Moore / Ariel Pink collaboration that I got on a lathe-cut, square 7” from People in a Position to Know… Lobisomem’s remix album Onze Pedras Atiradas (on Tall Corn Music) is probably the coolest thing I’ve heard recently, though.

Pour finir, peux-tu introduire ta mixtape ?
To finish, can you introduce your mixtape?

J’ai décidé de centrer mon mix sur des vieux morceaux assez rares d’une mixtape que j’avais sortie sur mon premier label Royal Rhino Flying Records, accompagnés de nouveautés et de futures sorties. Il y a aussi quelques morceaux un peu bizarres qui étaient sur des précédentes mixtapes. J’espère que ça te plaira !

I decided to focus my mix on some old rarities from a mixtape I put out on my first label, Royal Rhino Flying Records, set alongside some stuff from some new and upcoming releases. There are also some oddities from a few other mixtapes we've released. Hope you love it!

Mixtape

(DL/TC)

01. Cosmic Sound - Backyard Woods
02. MondreM.A.N. - Fancy (Yalls Peer Pressure Remix)
03. The Cyclist - MasKuerade
04. Visions of Trees - Palms
05. Power Animal - Better Water
06. Kites Sail High - Forest Party (Feat. Persona La Ave)
07. Monster Rally - Sun Bum
08. Ricky Eat Acid - Spoooooky
09. Ender Belongs To Me - You, Sir
10. Pure X - One Day At A Time (Marilyn Sellars Cover)
11. Hobbledeions - Teller

Chronique : Ender Belongs to Me - Memory

Avant dernière sortie labellisée Crash Symbols - précédent de peu l'édition du déjà épuisé DVD de Monroeville Music Center, Le Progrès - Memory d'Ender Belongs to Me n'est pas une équation totalement inconnue de nos pages puisque le duo ouvrait de fort belle manière avec Animate la compilation beko_hartzine, toujours en écoute et téléchargement par ici. Pour autant leur identité, tout comme leur inspiration criblée d'embardées kaléidoscopiques dont seuls ils ont le secret, restent des énigmes d'autant plus entières que leur blog est signé du nom de Peter Wiggin, personnage de science-fiction imaginé par Orson Scott Card (Le Cycle d’Ender). Projet anonyme donc et sonorités non identifiées, les cinq morceaux de Memory - culminant par l'entremise d'All Working sur les cimes d'une pop viciée - métissent rythmiques tropicales et phrasé hip-hop, couplent envolées lyriques et groove lo-fi tandis que Christine Spilka, Jarina De Marco et Tyler Gurwicz prêtent tour à tour leurs voix à ce jeu de passe-passe. À bon escient.

Ender Belongs to Me - Memory (Crash Symbols, 2012)

01. Kick/Scream
02. You, Sir
03. Animate
04. All Working
05. Teddymuffin

Chronique : Noah Wall - Héloïse

À ne pas confondre avec les Britons de Noah and the Whale, Noah Wall n'est qu'une seule et même personne, témoin s'il le fallait des connivences entre Crash Symbols et Dracula Horse, label instigué par Brandon Biondo et Forrest Ferguson de Coolrunnings (lire). Sorti en cassette chez les uns, en LP vinyle chez les autres, c'est peu de dire qu'Héloïse, premier effort du Brooklynois, mérite autant d'attention. Œuvre gracile, délivrant une douzaine de morceaux oscillants entre électronique abstraite (Mind Games, Snowfax) et pop mélancolique (Blue Station), Héloïse se déploie autour de la voix de Noah, pierre angulaire délibérément inspirée d'eighties new-wave, et se conçoit tel l'hommage d'un enfant à sa mère, Héloïse Wall. Nul doute que beaucoup en sont encore rouges de jalousie.

Noah Wall - Héloïse (Crash Symbols, 2011)

01. Mind Games
02. In C(anada)
03 .4AR
04. Chorus
05. Public Dancer
06. Blue Station
07. Snowfax
08. Admonitions
09. Neil's Diamonds
10. Red Station
11. Plussy Bo La
12. Wake Pattern

Chronique : Pressed And - Imbue Up

Si pour certains la chillwave - avant d'être ce vocable disqualifiant toute volonté créatrice sous couvert de panurgisme - était l'expression d'une électro-pop éthérée, se lovant délicieusement dans méandres estivaux, une scène émergente en Caroline du Nord, par l'intermédiaire du label Denmark Records notamment, invente un futur à ce traitement opiacé croisant boucles sonores dégingandées et drones radieux. Une post-chillwave donc, dont le fer de lance n'est autre que le duo Pressed And formé par Andrew Hamlet et Mat Jones. Imbue Up, leur premier LP, sorti en novembre de l'année passée, grime dans nos esgourdes un patchwork émotionnel dont l'inventivité puise à raison dans une tension entretenue tout au long de ces sept titres entre nappes synthétiques et sur-ajouts, empruntant à la fois à l’électronique et au hip-hop. Preuve s'il en est de leur bonne foi, l'album est entièrement décliné en vidéos à la cohérence surprenante - bien que toutes confectionnées par des réalisateurs différents, qu'il s'agisse de Wooden Lens, Mat JonesLaura MeloshStephanie CafarellaLand o' GoshenPiece Productions ou Nathaniel Whitcomb - quand certains de leurs morceaux sont remixés avec goût, en témoigne Fire Shelf, en écoute ci-dessous dans une version vue et corrigée par Ra Cailum.

Pressed And - Imbue Up (Crash Symbols, 2011)

1. Fire Shelf
2. Etching
3. Soul Muffin
4. Blue Noun
5. Parties
6. Shoreditch
7. Raid


Who are you Electric Voice Records ?

S'il est une géographie politique, économique et diplomatique, un prisme musical, imparfait et déformant, se superpose à celle-ci à mesure qu'internet se massifie. Les centres névralgiques restent peu ou prou les mêmes, tandis que certains pays aspirent littéralement une attention autrefois dévouée à d'autres. À l'échelle du globe, inutile de dire que le Canada, fort de sa diversité et de son goût pour l'expérimentation et l'innovation, tire bien plus qu'une seule épingle du jeu qu'un hexagone perclus d'inhibitions. De la même façon que certains hissent Portland (lire) dans les cimes créatives étasuniennes, rivalisant d’inventivité avec Big Apple et son fief brooklynois, d'aucuns ne pourront contester la vitalité d'une scène musicale montréalaise, le plus souvent nichée à mi-chemin entre marginalité, radicalité et filiation. Electric Voice Records, label instigué depuis deux ans seulement par Matt Samways, en est une de ses plus pures émanations, à l'image de Fixture Records, Arbutus, Hobo Cult, Divorce Records, Los Discos Enfantasmes... et ce, même si celui-ci œuvre depuis Halifax, aux confins de la Nouvelle-Écosse. Partageant un même DIY intégral que certaines structures déjà évoquées - de Free Loving Anarchist (lire) à Skrot Up (lire) - Matt, par ailleurs membre d'une tripotée de groupes, dont le dernier en date, Transfixed, semble ne pas faire les choses en vain, poursuivant une sorte de dessein en creux de ses aspirations musicales. En témoigne l'éclectisme de ses sorties, de l'égérie lo-fi U.S. Girls, à l'onirisme synthétique incarné par Monroeville Music Center ou Chevalier Avant Garde, en passant par la légendaire verve no-wave de Jeff & Jane Hudson dont il sera question plus loin. En prémisse d'une ample compilation disponible début mars - et disponible par ici en pre-order - Matt, en plus de répondre à nos quelques questions, a eu la gentillesse de concocter une mixtape commentée et téléchargeable ci-après. Suivent deux chroniques en guise d'introduction à un univers et une esthétique musicale plongeant leurs racines au plus profond d'une interconnexion entre l'homme et la machine, à savoir le moment où l'homme se sert de la machine pour s'exprimer, mais aussi pour transcender ses émotions.

Entretien avec Matt Samways

Peux-tu te présenter en quelques mots ? Qui es-tu Matt, et que faisais-tu avant Electric Voice Records ?
Can you introduce yourself in a few words? Who are you Matt and what did you do before Electric Voice Records?

Je suis le fondateur et propriétaire du label Electric Voice Records. Affillier ma vie privée et ma carrière pro ne me semble pas très prudent. Je suis musicien avant tout et je suis basé sur la côte est du Canada. J'ai joué au sein de quelques groupes, tout en effectuant divers petits boulots pour financer mon label et mes voyages depuis 2008. EV (Electric Voice) est né de ma participation dans divers collectifs DIY entre Halifax (Nouvelle-Écosse) et Truro au Canada, tout en jouant dans des groupes de punk/noise et après une séries de concerts à petits budgets à travers l'est et le centre du Canada. Je me considère plutôt comme un dégénéré.

Operator & owner of the Electric Voice Records imprint. Affiliating my personal life & my business does not seem prudent. I am first a musician and have been living on the Eastern coast of Canada playing in a variety of groups & working sub-par jobs in support of my label & travels since 2008. Within the origins of EV (Electric Voice) I was involved in a few different D-I-Y collectives between Halifax, Nova Scotia and Truro, Nova Scotia, Canada - whilst playing in punk/noise groups & completing a few low budget tours across Eastern and Central Canada. I would have considered myself a degenerate.

Quelles sont tes influences musicales ?
What were your first musical influences?

J'ai passé la majeure partie de mon enfance sur une petite île située au large de la côte est du Canada, qui porte le nom de Newfoundland & Labrador. La musique folk y occupe une grande place, née des traditions irlandaises, anglaises et écossaises qui ont fondé l'île. Les premières traces de liens avec l'Europe remontent à l'époque des Vikings, qui ont marqué leur territoire au bout de l'île avec Vinland. Les traditions étaient transmises grâce aux "Sea Chanties" (chants de marins) et la nature violente et enthousiaste de ce peuple. Avant la colonisation, une tribu aborigène unique sur l'île, les Beothuk, habitaient Newfoundland. Il s'agissait d'un peuple très spirituel qui fut exterminé probablement avec l'arrivée des Européens (Vikings). La colonie de Newfoundland s'est développée principalement grâce à la pêche, même si elle a souvent souffert d'une économie instable à cause de la fin de l'industrie poissonnière. En tant qu'île, c'est une terre en marge du Canada, qui a développé une culture qui lui est propre, souvent méprisée par le reste du pays qui la considère comme moins civilisée et pauvre. Un mélange de fierté et d'arrogance est entretenu par les habitants de l'île. La musique de Newfoundland a des influences similaires à celles de la musique celtique. Le plus souvent liée à la mer, une thématique sombre s'en dégage.

Ce n'est pas vraiment lié à mes premières influences musicales, mais c'est une culture intéressante et bizarrement aliénante notamment dans l'optique de développer ses goûts musicaux. Ayant grandi à Newfoudland, j'ai rejeté la tradition folk en devenant ado, pour explorer divers styles de rock contemporain et de classic rock. J'ai fini par devenir obsédé par Sonic Youth, Joy Division/New Order, The Cure et Bauhaus, qui sont d'ailleurs en accord avec mes goûts actuels. J'ai aussi beaucoup apprécié des groupes de hardcore américain comme Black Flag, Flipper, Bad Brains ou Fugazi, ainsi que d'autres groupes locaux comme Genetic Angry & Be Bad. Pendant mon adolescence, j'ai également écouté et composé beaucoup de musique noise et d'indus, honorant la tradition de groupes comme Throbbing Gristle. J'aime les sons riches et éthérés, mais aussi tout ce qui est sombre et corrosif.

I spent most of my childhood on a small island located off the Eastern shore of Canada called Newfoundland & Labrador. It has a strong folk music heritage based on the Irish, English and Scottish traditions that founded the island. The first documentation of connections from Europe came from the Viking people who marked their territory at the tip of the island as Vinland. Traditions were carried with "Sea Chanties" & the violent, enthusiastic ethic of these people. Also before colonization, an Aboriginal tribe that was exclusive to the island, called the Beothuk, occupied Newfoundland. The Beothuk were spiritual & collected group of people that were ultimately extinct with controversial speculation of Genocide committed by the European (Vikings). The colony of Newfoundland progressed, mainly based on the fishing industries though it often and faced economic depression with the rise and fall of the fishery trade. As an island is it segregated from the rest of Canada and in it's isolation it holds a distinct & unique culture that is often looked down upon by the mainland provinces of Canada, cited as less civil, poor. It is a polarizing combination of pride & arrogance in the people of the island. The music of Newfoundland has similar influence of Celtic music, but often based on the "sea life" which resorted to depressive themes.

This is not directly in relevance to my first musical influences, but it is an interesting and somewhat estranging culture to develop a musical taste in. Having grew up in NFLD I was deterred from the tradition folk in my early teens, and explored all styles of contemporary rock, classic rock. Eventually started obsessing of the discographies of groups like Sonic Youth, Joy Divison/New Order, The Cure & Bauhaus that is more relevant to my current tastes. I also used to listen to a lot of early American hardcore bands like Black Flag, Flipper, Bad Brains & eventually Fugazi, & local punk bands like Genetic Angry & Be Bad. Also early in my teens I used to listen/create a lot of noise/industrial music – honoring groups like Throbbing Gristle. I like music that is lush & ethereal but I also like music that is dark & abrasive.

Comment Electric Voice Records a-t-il vu je jour ? Qui est derrière ? Quelle était l'idée d'origine ?
Tell me how Electric Voice Records was born? Who is behind ? What was the idea of origin?

Il y a un an, j'ai commencé à réunir les bases d'un label tout en réunissant un mélange excentrique d'artistes. C'est un projet où je peux satisfaire mon désir de manipuler et produire des sons et arts visuels, en collaboration avec des musiciens et artistes que j'admire. À la base, EV est né de mon orgueil, à vouloir documenter les productions limitées de mes projets musicaux de l'époque en collaboration avec Tyler Fleck. Quand nos routes se sont séparées, je suis devenu certain que je voulais transformer EV en un projet plus individuel, et non plus collectif. En 2010, j'ai commencé à collaborer avec le gouvernement de Nouvelle-Écosse en association avec le programme Emerging Business, pour recevoir des aides pour financer EV. Cela m'a énormément motivé en me poussant à devenir plus professionnel, notamment dans la qualité de la présentation. C'est ainsi que j'ai débuté dans le domaine des relations avec le public et appris à gérer les campagnes de pub à la radio et dans la presse écrite. En ce moment, je m'occupe de la communication avec les artistes, je supervise la production, je gère notre présence sur le web (Facebook, etc.), et crée des kits presse (digitaux et par courrier) ainsi que des petites campagnes pour les radios universitaires. En ce qui concerne quelques projets à venir, la com' est gérée par Pigeon Row Public Relations. Heather Rappard s'occupe des vidéos. Dans le passé, j'ai été largement aidé par des amis chez qui je restais souvent, comme Craig Currie et Jared Russell. Craig Storm s'occupe parfois du design.

It was a year ago I began exercising the fundamentals of operating a record label while creating an eccentric roster. It is an agency where I can convey the desire and ability to manipulate the production of sound & visual art in collaboration with admired musicians and artists. It was originally founded serving in vanity, documenting the limited production of all musical endeavors of my partner in collaboration at the time, Tyler Fleck & I. With disbanding I became more adamant about the idea of turning Electric Voice into an independent imprint, as opposed to a collective. In 2010 I began working with the Government of Nova Scotia in conjunction with the Emerging Business Music Program by receiving grants for EV projects. This provided me with a lot of motivation to increase the professionalism & quality of the presentation. This was my introduction to handling public relations & the process of radio & press campaigns. Currently I handle all the artist relations and oversee manufacturing/production, maintain the online presence (.com, Facebook, etc,) and creating press its (digital & mail) & small college radio-send out campaigns. PR for a few upcoming projects is being handled by Pigeon Row Public Relations. Heather Rappard creates the videos. In the past I have received a lot of support from friends' whom I often stayed with, notably Craig Currie & Jared Russell. Craig Storm handles some design.

Pourquoi ce nom, Electric Voice Records ?
Why this name, Electric Voice Records?

Le nom a été choisi par le co-fondateur du label, Tyler Fleck, en souvenir du temps où l'on expérimentait avec des pédales, vocodeurs, etc., pour manipuler le son. Je pense qu'au fur et à mesure du temps et de l'évolution du label, le nom s'est enrichi d'un sens nouveau. Tout en endossant le concept de technologie, il enrobe un thème auquel je suis très attaché, l'idée de trans-humanisme et de transcender les émotions et les idées à travers la machine.

The name was given by the co-founder Tyler Fleck in honor of when we began experimenting with guitar pedals, vocoders, etc, to manipulate our vocals. I think as time & the label progressed, it started gaining a new meaning. While personifying technology, it is using a theme I find myself very fond of – the idea of Trans-humanism and transcending emotive feelings & ideas through machine.

Pourquoi avoir choisi le format K7 ?
Why are you choosing only the K7 formats?

Cela se fait tout naturellement quand on produit en tant qu'amateur. Les formats vinyle et cassette ont un côté esthétique qui manque complètement au CD. Écrire ta musique pour un vinyle ou une cassette est une expérience bien plus tangible et attirante. Ceci dit, je suis très reconnaissant de pouvoir produire des fichiers wav. ou mp3 et de pouvoir les transférer grâce à internet. Mon catalogue est limité et je n'inclue pas de "download codes" car j'aime l'idée que chaque sortie est unique. Les CD sont souvent transférés sur un ordinateur ou un lecteur mp3 et finissent oubliés à ramasser la poussière. Ces formats en font une sorte d'objet sacré qui est authentique et économique à la fois, le seul bémol étant que Canada Post est un boulet et que poster des vinyles reste très cher.

It comes naturally with an amateur take on producing a release. Vinyl & cassette format has a physical aesthetic that CDs simply do not. Writing your music onto vinyl record or a magnetic cassette is much more tangible & appealing. That said, I am grateful of the ability to produce a Wav or MP3 files and transfer them using the Internet. My catalog is limited and I do not include download codes - I like the idea of each release being a rarity. CDs often are uploaded onto a computer or MP3 player and left to dust. These formats become a sacred possession that is genuine as well as economic. The only deter is that Canada Post is a drag & it is very expensive to mail vinyl records.

Electric Voice Records sort aussi bien des disques pop qu'expérimentaux... Comment choisis-tu les artistes avec lesquels tu travailles ?
Electric Voice Records takes out as well indie pop as experimental's records... How do you choose the artists you work with?

J'ai commencé à sortir des albums qui m'étaient envoyés ou que des proches avaient partagés avec moi, ce qui a développé mon envie de sortir physiquement des albums. La plupart du temps, l'initiative de sortir un album se fait tout naturellement, en discutant du potentiel de la sortie. Je ne suis pas présentement capable de te dire quels genres de musique je préfère car je suis constamment en quête de nouveaux sons.

I began releasing albums submitted or shared with me personally by my piers, than which conceived the desire to produce the music onto physical format. Most of the time the initiation of the releases come together naturally, in discuss of the potential of the material. I’m currently not in the position to say what my preferred genres of music are, I am experiencing different sounds constantly in different ways.

Quelle est la ligne artistique du label ? Il y a une esthétique, un concept que tu essayes de prolonger à chaque sortie ?
What is the artistic guideline of the label? Is there an aesthetics, a concept which you try to keep at every release?

Je ne suis aucune ligne artistique à proprement parler. J'ai une idée claire de ce que j'aime et je sais aussi que mes goûts changent sans cesse, du plus ecléctique au plus spécifique. Ça me plaît beaucoup... Ce serait moins le cas si j'avais une idée complètement figée de ce que j'attendais de mes sorties. J'aime la consistence de certains labels et tandis que le mien s'aggrandit, il s'affirme et développe une identité. En ce moment, il s'agit d'une sélection égoïste de musique que j'admire et qui me passionne, tout en faisant maintenant partie de la production.

There are no techinical - verbalized guidelines in which I try to abide by. I have a clear idea my tastes and I'm also aware they are constantly changing, broadening and narrowing. It is fun; it would be less enjoyable if there were a strict idea of how I wanted to present my releases. I like consistency in labels and seemingly as mine develops it will also gain an identity. Currently it is a selfish reflection of admired music that I feel passionate about, & as well as becoming a part of the production.

Monroeville Music Center, U.S. Girls et Transfixed sont parmi vos premières sorties. Tu peux m'en dire plus à leur propos ?
Monroeville Music Center, U.S. Girls et Transfixed are in your first release. Can you tell me more about them...?

Monroeville Music Center est basé juste en dehors de Calgary, Alberta au Canada (la ville où j'ai grandi). Il produit des morceaux atmosphèriques en utilisant souvent des synthés customisés ainsi que toute une variété de différent instruments. Des énergies inhabituelles et familières à la fois sont créées, comme il est souvent utilisé dans d'anciens films de science-fiction ou jeux vidéos. Il a aussi pas mal travaillé sur le design d'EV (sur le site, les albums et le logo).

U.S. Girls est le nom de scène d'une demoiselle nommée Meghan Remy. Je l'ai découverte pour la première fois à Halifax, en Nouvelle-Écosse, alors qu'elle jouait à l'occasion de l'Obey Convention en 2010. Sa performance était incroyable - c'était tellement beau. J'en suis encore stupéfait : ce qu'elle est parvenue à créer durant ce concert était digne d'une véritable transe. Je m'en suis senti un peu déboussolé pendant les quelques jours qui ont suivi. C'était très lo-fi et pourtant cela transpirait tellement d'idées et d'émotions à la fois. Je l'ai contactée six mois environ après par email, pour lui demander si elle voulait sortir un album avec EV. Elle a accepté, mais elle avait quelques soucis d'emploi du temps. Je l'ai rencontrée autour d'un verre à Montréal après un concert (que j'avais raté), et tout s'est finalisé à ce moment.

Transfixed est le nom du groupe que j'ai formé avec mon pote Ian Philips. C'est un groupe formé autour d'un concept, un peu comme le nom du label : l'évolution du trans-humanisme et l'idée de communiquer toutes nos pensées et thèmes grâce à la technologie. Ça reste vraiment relax et on n'est pas en train d'essayer d'accomplir quoi que ce soit, et c'est ce qui le rend marrant.

Il s'agit de quelques sorties de ces derniers mois, ainsi que ce qui sortira en début d'année. Elles portent les références EV017, EV020 & EV028.

Monroeville Music Center is Craig Storm based out of Calgary, Alberta, Canada (my hometown). He creates atmospheric pieces using often self-modified synthesizers as well as an array of different instrumentation. It provokes unusual & familiar energies, often showcased in old sc-fi movies or video games. He has also done a fair amount of design work for EV (website related, album art, the logo).

U.S. Girls is the moniker of one lady named Meghan Remy. I was first introduced to her in Halifax, Nova Scotia as she was there to perform as part of the Obey Convention, 2010. Her performance was unbelievable - it was so beautiful. I am still amazed at what she created during that performance, which was a total trance. I felt slightly off for the following days trying to wrap my head around her show. It was so minimal yet transcended so many different ideas and emotions at once. I contacted her about 6 months later via email asking if she wanted to do a release w/ EV. She said yes but was having scheduling issues. I had a drink with her in Montreal after one of her shows (that I missed) and the plans were finalized after that.

Transfixed is my group with my friend Ian Phillips. It is a concept group, similar to the label title, on the progression of Trans-humanism and the idea of communicating all of our thoughts & themes through technology. It’s super loose & and we are not trying to achieve anything, which is what makes it fun.

These are a few releases over the last few months & upcoming in the New Year. They read EV017, EV020 & EV028 on my catalog.

Les groupes présents sur la k7 Electric Voice Compilation Vol. I sont-ils tous de futurs projets de sorties ?
The bands on k7 Electric Voice Compilation Vol. I are they all Electric Voice Records's projects?

Non. Cet album est une compilaton en l'honneur d'Obey Convention II, qui est un festival de musique expérimentale de trois jours qui se tient tous les ans ou deux à Halifax en Nouvelle-Écosse, dirigé par Darcy Spidle de Divorce Records. Cet compilation contient 28 artistes et groupes ayant tous été enregistrés en Nouvelle -Écosse entre 2005 et 2010. Un certain nombre de ces groupes ont joué au festival cette année-là (en mai 2010). C'est ma façon à moi d'apporter quelque chose au festival. La compilation documente de manière intéressante la diversité musicale présente en Nouvelle-Écosse. J'ai depuis sorti quelques albums de groupes présents sur la compilation.

No they are not- that album was compiled in honor of the Obey Convention III, which is a 3 day experimental-fringe festival held every year or two in Halifax, Nova Scotia by Darcy Spidle/Divorce Records. The album features 28 artists/groups all recorded in Nova Scotia from 2005-2010. A number of the groups were playing the festival that year (May, 2010) so it was my way of contributing to the festival. It is an interesting document that features a very wide variety of sounds from the province of Nova Scotia. I have since done releases for few of the bands featured on that compilation.

Et Jeff & Jane Hudson ?
And Jeff & Jane Hudson?

Jeff et Jane Hudson est un duo à la retraite. Ils sont mariés et heureux, écrivant de la musique ensemble depuis plus de trente ans. À ma connaissance, ils faisaient partie de la commaunauté punk à Boston avec leur groupe The Rentals. En 1980, ils ont déménagé à New-York pour développer leur son à l'aide de synthés et de boîtes à rythmes sous leur propre nom. Par la suite, ils ont joué en première partie de groupes comme Suicide, Siouxsie And The Banshees, Duran Duran... Après quelques singles, un EP et un LP, Flesh, ils sont retournés dans le Massachussetts et continué dans le video teaching. Désormais, ils ont leur propre boutique d'antiquités et de décoration sur le campus de Mass MoCa. Ils sont géniaux et vraiment plein de vie (écoutez leur nouveau single !). En début d'année 2011, leur premier LP est sorti à nouveau sur les labels américains de Dark Entries Records et Captured Tracks. Sous une pub sur Facebook, j'ai vu le compte de Jeff Hudson et je m'y suis abonné. Les mois qui suivirent, je n'écoutais plus que ce qu'ils avaient sorti. J'ai alors vu que Jeff avait posté sur son mur qu'ils étaient en train d'écrire de nouveaux morceaux. J'avais hâte de les écouter. Sur ma demande, Jeff m'a envoyé quelques démos sur un CD et j'ai été conquis. Il a commencé à composer ses morceaux sur ordinateur, et non plus analogiquement - la production en est bien meilleure - tout en demeurant authentique, avec un son frais comme aux temps de leurs débuts. Suite à ça, je lui ai demandé si je pouvais me charger de la sortie de l'album dans le format désiré et on s'est mis d'accord pour un 12''.

Jeff & Jane Hudson are a retired duo, who have been happily wed & creating music together for over 30 years. To my knowledge – they were first involved in the punk community in Boston with their group The Rentals. In 1980 they re-located to NYC to pursue their new sound with synthesizers & drum machines as Jeff & Jane Hudson. They continued to open for groups like Suicide, Siouxie and the Banshees, Duran Duran, etc. After issuing a few singles, an EP and a full-length LP “Flesh” they returned to Massachusetts to continue careers in video teaching. They now run their own antique & deco store on the Mass MoCa campus. They are great, and super alive (listen to the new single). In early 2011 their first full length was re-issued by American labels Dark Entries Records/ Captured Tracks and in Facebook promotion I saw Jeff Hudson’s personal account, and subscribed. Within those months I was really obsessing over their catalog & when I saw in a post on Jeff’s Facebook page they were creating new music, I was anxious to hear it. Upon inquiring, Jeff sent me some demos on CD and I was amazed by it. He began creating the music with digital software programming as opposed to original analog equipment, so the production is of higher quality – but the movements were still so genuine and felt fresh from their time. Upon that I asked him if I could handle the release in any of their desired format, and a 12” single was agreed.

Quels types de relations y-a-t-il entre les groupes et le label ?
What are the relations between the groups and the label?

Ça dépend de ma relation avec les artistes, parfois ils ont autant d'expérience que moi. C'est beaucoup plus plaisant de travailler avec des potes sur leur projet. C'est une expérience nouvelle à chaque fois et tu finis par apprendre plus que si tu avais entamé le projet tout seul. Pas mal de ma relation avec les artistes se fait surtout sur internet. C'est un peu impersonnel, direct et professionnel mais cela reste correct pour ce qui est de célébrer la musique.

It varies, depending on my relationship with the artist/s, sometimes they are as much of the experience as I. It makes it more enjoyable to work with my friends on how they want the project to go. It’s never the same that way and you end up learning more than what you would have taking on projects by yourself. A large portion of my communication with groups & artists is strictly based on the Internet. It’s a little impersonal that way, and more direct, business oriented which is also fine in celebration of the music.

Reno de Beko m'a dit qu'il aurait souhaité travailler avec toi sur une collaboration/compilation. Que représentait pour toi son travail et as-tu des regrets ?
Reno said to me that he would have wished worked with you on a collaboration/compilation. What represented for you their work and have you any regrets?

J'ai découvert le site de Beko il y a quelques temps déjà, mais avec mes nombreux projets de collaboration avec des artistes et autres, je n'étais (et je ne suis toujours) pas pressé de finir quoi que ce soit. C'est vraiment dommage qu'ils aient décidé de s'arrêter là... avant qu'on ait eu la chance de développer un projet commun. J'aime beaucoup leur esthétique et leur travail avec le site, mais je suis certain qu'ils peuvent aussi transférer leur vision sur des formats physiques. Reno m'a déjà parlé du nouveau label qu'ils pensent monter pour ce début d'année : j'ai hâte de voir ce qu'ils vont sortir.

I have known of the Beko website for some time, but many with desires to collaborate with many outlets & artists, I was/ am in no rush to complete anything. It’s too bad they decided to discontinue before we received the chance to do anything together/ I like the aesthetic and their work with the site but I am sure they can transpire their vision into physical productions. Reno mentioned they had a new label that they are launching in the New Year, and I look forward to what comes of it.

Quel est le futur proche d'Electric Voice Records ?
What's the near future of Electric Voice Records?

À part quelques cassettes qui sont prévues en début d'année, je vais surtout me pencher sur la prochaine compilation d'EV, ainsi qu'un EP pour U.S. Girls. La compilation incluera des morceaux inédits de Gary War, Auto Melodi, Jeff & Jane Hudson, Soft Metals, Ariel Pink et R. Stevie Moore, Innergaze, D'eon, Chevalier Avant Garde, Jef Barbara, Femminielli, The KBV, Horrid Red et d'autres... La compilation sortira en édition limitée à 1000 exemplaires en vinyles et 500 en k7. Elle sera disponible début mars. Je travaille aussi avec Pigeon Row Public Relations pour ce qui est de la campagne pub. Je suis heureux de pouvoir accueillir ce projet, qui est un témoignage intéressant des usages du synthé et autres percussions digitales qui introduisent en ce moment un nombre incalculable d'éléments dans la pop. D'autres sorties prévues pour début 2012 incluent le 7'' single d'U.S. Girls, Rosemary b/w Sed Knfie, en plus du 12'' LP de Cat Bag’s, Bunker Junker.

Aside from a few cassette titles coming in the new year, I am mainly focusing on the upcoming Electric Voice compilation & a 7" EP for U.S Girls. The compilation will feature unreleased tracks from Gary War, Auto Melodi, Jeff & Jane Hudson, Soft Metals, Ariel Pink & R. Stevie Moore, Innergaze, D'eon, Chevalier Avant Garde, Jef Barbara, Femminielli, The KBV, Horrid Red and more... It will be released on a limited edition of 1000 12" records & 500 cassettes. It will be available early March. I am working in conjunction with Pigeon Row Public Relations who are going to handle a campaign for the compilation. I am happy to be hosting this project as an interesting introspect of the current use of synthesizers & digital percussions that introduce a variety of different elements in pop music. I am going to be taking some time off after the release of the compilation to focus on recording. Scheduled releases for early 2012 will also still be valid – U.S. Girls 7” single Rosemary b/w Sed Knfie & Cat Bag’s Bunker Junker 12” LP.

Et tes espoirs les plus fous ?
And your craziest hopes?

La seule idée de pouvoir continuer avec le label - tout en créant de la musique et en ayant un style de vie sain - reste idéale. Si on prend en compte l'économie actuelle et le niveau de travail que j'ai en ce moment, j'imagine que ça a l'air vraiment fou.

The idea of being able to sustain the label as well as balancing the ability to create music & practice a healthy lifestyle – all through this business is ideal. As the economy stands and by measuring my work now, I suppose it is to seem crazy.

Que penses-tu de la culture blog ?
What do you think of blog culture?

C'est génial. Je ne suis pas vraiment à la page en ce qui concerne toute la blogosphère, mais je pense que ça joue un rôle très important en termes de promotion et de marketing, et ce pour n'importe quel type de sortie. J'aime beaucoup le concept derrière les sites comme Weird Canada, qui mettent en avant ce qu'ils veulent faire découvrir au lieu d'expliquer ce qu'ils n'aiment pas. Internet est très important pour tout ce qui tient du musical en ce moment.

I think it's great. I'm not completely on top of the entire all the current blogrolls though I think it plays a pretty prominent role in promoting & marketing any sort of release. I like the idea of websites, like Weird Canada, highlighting what they want to be heard, as opposed to featuring material they don't like and want to explain why. The Internet is really important in communicating music in this age. Many other outlets still exist, and should be recognized – but obviously they not as connected as the Internet. It is the most accessible form of media.

Quel est ton sentiment sur l'industrie musicale et internet ?
How do you feel about the music industry and the internet?

Je suis satisfait de ce qui est produit. Je ne crois pas en l'idée du "revival", je ne crois pas que quoi que ce soit ait vraiment changé. Les même instruments et médias sont disponibles pour créer. Les seules choses qui changent sont les influences sociales et le pouvoir de la technologie. Je suis assez nostalgique mais aussi très content de faire partie de ce mouvement "post-internet". J'ai découvert la plupart de mes albums préférés grâce à internet en pouvant par la suite les commander ou les télécharger. C'est comme ça que je dirige mon label. Il restera toujours l'argument de la pureté... qui devrait être mesurée individuellement par le son et non par la transmission.

I am happy with what is being produced. I don’t believe in the idea of a revival – I don’t think anything has changed. All the same tools & mediums are available for creation. The only things changing are the social influences and the ability of technology. As I do find myself nostalgic, I am also very grateful to be part of this movement. “Post-Internet”. Most of my favorite records I’ve learnt from researching on the Internet, & then forth downloading or ordering the record online. It’s how I run my label. There is the argument of purity- it should be measured individually by sound & not how it is communicated.

Sans mentionner les groupes de ton label... quels sont les choses auxquelles tu es addict ?
Without mentioning your label’s groups... What are the things you are addicted to?

Ah ! Je reste prudent à nouveau... Jouer, composer et enregistrer. Le café, la nuit et internet...

Ha, back to prudence. Playing, writing & recording, Coffee, night, the Internet..

Pour finir, peux-tu introduire la mixtape Who are Electric Voice Records ?, en présentant chaque groupe et chaque morceau qu'elle contient ?
To finish, can you introduce the mixtape Who are Electric Voice Records ? with a small presentation of the groups and the pieces which contains?

Les morceaux 1-11 sont tous sortis/bientôt sortis sur EV et 12-17 sont des morceaux composés par des potes. Ceci dit, la majeure partie du catalague de EV est composée par des amis (Passion Party, Rape Faction, Wicked Crafts). Tous les morceaux ont été enregistrés ces dernières années.

Tracks 1-11are all featured/to be featured on EV and 12-17 are a few tracks from some of my friends. That said - a large portion of the EV roster are friends of mine (Passion Party, Rape Faction, Wicked Crafts). All tracks recorded in the last few years.

Traduction par Simone Apocalypse.
Logo par James Wing & photo par Heather Rappard.
EV comp artwork par Adam O'Reilly.

Mixtape


(DL / TL)

01. Rosemary – U.S. Girls (Electric Voice Records 2012)
02. Can’t Tell – Chevalier Avant Garde (Electric Voice Records, Skrot Up 2011)
03. Last Rites for Maria Capovilla – Monroeville Music Center (Electric Voice Records 2011)
04. Colored Lights Pt II – Horrid Red (Electric Voice Records 2012)
05. General Purpose – Transfixed (Electric Voice Records 2011)
06. The Passion Party – Passion Party (Electric Voice Records 2011)
07. Games – Rape Faction (Electric Voice Records, Skrot Up 2011)
08. Dutch Me – Ariel Pink & R. Stevie Moore (Electric Voice Records 2012)
09. Flight 777 – Jef Barbara (Electric Voice Records 2012)
10. In My Car – Jeff & Jane Hudson (Electric Voice Records 2011)
11. Mid Windmill – Cat Bag (Electric Voice Records 2012)
12. Transparency – D’eon (Arbutus 2011)
13. Haircut – Chevalier Avant Garde (Skrot Up 2011)
14. Estados Alterados – Femminielli (Carte Blanch Aux Desirs 2011)
15. Morping Nature (excerpt) – Hobo Cubes (d’Artagan 2011)
16. Wicked Game (Chris Issac Cover) – Wicked Crafts (Unreleased 2010)
17. Nunsploitation – The Friendly Dimension (Unreleased 2009)
18. Double Vision Quest - Forgetter

01. U.S. Girls - Rosemary (Electric Voice Records 2012)

J'ai vu Meghan (U.S.Girls) jouer sur scène pour la première fois en 2010 à Obey Convention (Halifax, Nouvelle-Écosse). Le show m'avait bouleversé, et il ne m'a fallu que quelques mois avant de pouvoir la contacter pour une sortie d'album.



The only time I saw Meghan (U.S. Girls) perform was in 2010 at the Obey Convention in Halifax, NS. Really blew me away, it was only a matter of months until I was in touch w/ her about doing a release.

02. Chevalier Avant Garde - Can’t Tell (Electric Voice Records, Skrot Up 2011)

L'été dernier, j'ai passé un peu de temps chez mon pote Khalil (de Rape Faction), et on a beaucoup réfléchi aux groupes avec qui on voulait collaborer et Chevalier Avant Garde en faisait partie... Khalil a dû envoyer un message à Dimitri (de CAD) et ça c'est fait comme ça. Je les ai découverts alors qu'ils jouaient sous le nom de Postcards dans un grenier de Montréal, mais je n'ai commencé à les suivre qu'après Chevalier Avant Garde.

Last summer I was staying w/ my good pal Khalil (of Rape Faction) and we were brainstorming groups that Rape Faction would like to do a split with, and Chevalier Avant Garde were one of them .. I think Khalil sent a text to Dimitri (of CAD) and that was that. I first saw them when they were using the moniker Postcards at some loft in Montreal, QB but didn’t start following them until they became Chevalier Avant Garde.

03. Monroeville Music Center - Last Rites for Maria Capovilla (Electric Voice Records 2011)

Le projet d'un seul homme, Craig Storm, père de trois enfants à Alberta (là où je suis né), qui travaille dans un musée du synthé ! Comme je l'ai mentionné auparavant, il fait vraiment de la bonne musique et il a aussi conçu plusieurs designs pour EVR.

One man operation featuring Craig Storm - a father of 3 from Calgary, Alberta (my place of birth) who works in a synth museum! Mentioned earlier, he makes great music and has done a number of design works for EVR in the past.

04. Horrid Red - Colored Lights Pt II (Electric Voice Records 2012)

05. Transfixed - General Purpose (Electric Voice Records 2011)

C'est un morceau co-écrit avec Ian Philipps l'hiver dernier. Il joue de la batterie sur ces enregistrements et moi de la basse et du synthé. Je m'occupe aussi du chant.

Song Ian Phillips & I wrote last winter. He plays drums on this recordings and I use 4-string bass/synth/voice.

06. Passion Party - The Passion Party (Electric Voice Records 2011)

J'ai connu Chris Keys en 2010 alors que Rape Faction passait par Halifax (Nouvelle-Écosse) afin de jouer lors du dernier show de mon groupe de noise-punk de l'époque, PIG. Chris venait tout juste de s'installer à Montréal. On a passé un peu de temps ensemble à Montréal après ça. Il m'a hébergé pendant deux semaines l'été dernier et j'ai demandé à Passion Party de descendre sur Halifax l'année dernière. On a joué dans une friperie du coin et dans l'appartement minuscule et hyper encombré du sous-sol dans lequel j'habitais à l'époque. Key est à nouveau en route pour les US, on prévoit une tournée pour cet été.

I first met Chris Keys in 2010 when Rape Faction came to Halifax, NS to play the last show w/ my noise-punk group at the time – PIG. Chris had just moved to MTL from the states. We hung out in Montreal a few times after that and I stayed w/ him for a couple weeks last summer, and had the Passion Party come down to Halifax last year. We played at a local vintage clothing boutique and in my very small, very packed basement apartment at the time. Keys is heading back to U.S we are planning a tour for the summer.

07. Rape Faction - Games (Electric Voice Records, Skrot Up 2011)

Je les ai rencontrés lors d'une tournée à travers Montréal, un été il y a deux ans. Nos groupes respectifs se partageaient l'affiche du dernier show au Friendship Cove - maintenant disparu - à Montréal, et on a tout de suite sympathisé. Khalil et moi avons quelques projets en cours que nous allons poursuivre lors de mon passage à Montréal cet hiver.

I met these dudes whilst touring through Montreal a couple summers ago. Our bands shared a bill at the very last show at the defunct Friendship Cove in MTL, and we instantly became friends that night. Khalil & I have some collaboration in the works and will continue in my time spent in Montreal this winter.

08. Ariel Pink & R. Stevie Moore - Dutch Me (Electric Voice Records 2012)

J'adore ce duo. J'ai contacté Stevie par email l'été dernier et nous avons quelques projets de sorties en cours, mais en attendant, je vais inclure ce morceau sur la prochaine compilation d'Electric Voice.

Love this duo. Started talked to Stevie via email in the summer and we have some releases in the works, for now I will feature this track on the upcoming Electric Voice Compilation. Also will see “Klu Klux Glam” EP on Slow Boy.

09. Jef Barbara - Flight 777 (Electric Voice Records 2012)

Jef Barbara est en phase d'être vraiment reconnu cette année. Ce morceau sera sur la compilation Electric Voice Records, avec l'aimable autorisation de Tricatel. Il fait vraiment de l'excellente musique et il est aussi génial sur scène. Je ne suis pas gay, mais si je l'étais, je fondrais pour Jef Barbara.

Jef Barbara is going to be huge this year. This track will be featured on the EVR Compilation curiosity of Tricatel. He makes really great music and has great, flamboyant showmanship. I am not gay - but if I was it would be for Jef Barbara.

10. Jeff & Jane Hudson - In My Car (Electric Voice Records 2011)

Il s'agit du single sorti l'année dernière chez Electric Voice. En tant que fan absolu de leur débuts, j'étais vraiment heureux de faire partie de cette sortie, et encore plus en écoutant leurs nouveaux morceaux.

This is the featured A-side single that came out on 12” this year on Electric Voice. Very happy to be a part of this release, eternal fan of their early work – thrilled at the new.

11. Catbag - Mid Windmill (Electric Voice Records 2012)

Je les aime beaucoup. Ils sont géniaux sur scène, mélangeant beaucoup d'éléments que j'apprécie dans la musique. Ils viennent d'Halifax, et forment un des seuls groupes locaux qui contribuent toujours régulièrement au label. C'est vraiment cool de voir que 75% des groupes présents sur EVR sont des amis proches. Comme je l'ai déjà dit, ça rend l'expérience bien plus agréable et plus personnelle. Je passe toujours de très bons moments dès qu'ils passent sur scène et dans les after.

Love these guys. Great live, fusing many different elements I love about music. They are local to Halifax, NS, one of the only local bands to keep making an appearance on the label. It’s great that 75% of the EVR roster and close friends to me. As stated, it makes the process far more enjoyable and personal. I always have a great a time when-ever they play, then forth after partying.

12. D’eon - Transparency (Arbutus 2011)

Quand j'ai vu pour la première fois D'eon sur scène, il faisait de la musique atmosphérique, influencée par les sons du Moyen-Orient et du Tibet, tout en mélangeant instruments à cordes acoustiques et traditionnels à des boucles électroniques. C'était vraiment bien. Par la suite, sa musique s'est mutée en une sorte de R'n'B électronique, pleine d'émotions. Ce que j'ai aussi beaucoup aimé. En fait, Chris est très prolifique et innovant : je pense qu'il n'est pas assez reconnu pour ce qu'il fait. Je l'ai rencontré à Montréal en 2010, ce qui était assez bizarre, vu qu'on vivait tous les deux à Halifax à ce moment-là et qu'on partageait pas mal d'amis. Il était présent sur la première compilation d'EVR avec un morceau de trance électronique de 2005. Transparency pt. III figurera sur la compilation d'EVR en mars prochain.

When I first saw D’eon play in 2009 he was making atmospheric Middle-Eastern/Tibetan influenced music using tradition acoustic stringed instruments and electronic loops. It was great – the next time I heard from him those origins had translated into an electronic R&B, soulful rendition. Which I also loved, Chris is super prolific and innovative – I don’t think he gets enough credit for what he does. I met him in Montreal in 2010 which was odd because we were both living in Halifax, NS at a point and shared a lot of close mutual friends. He was featured on the first EVR compilation with a synth trance jam from 2005, and Transparency pt III will see the upcoming EVR compilation in March.

13. Chevalier Avant Garde - Haircut (Skrot Up 2011)

De leur LP Heterotopias, qui vient juste de sortir sur le label de nos confrères danois Skrot Up. Je le recommande vivement.

From their LP Heterotopias that just came out on Danish brother-label Skrot Up. Highly recommended.

14. Femminielli - Estados Alterados (Carte Blanch Aux Desirs 2011)

FEMMINIELLI !

15. Hobo Cubes - Morping Nature (excerpt) (d’Artagan 2011)

Un autre artiste très prolifique de Montréal, l'homme derrière le label Hobo Cult, Francesco Oulette (De Gallo). Je l'ai contacté via internet il y a un ou deux ans, et on s'est rencontré l'été dernier à Montréal. J'aime beaucoup la consistance et l'esthétique de son travail, et j'ai hâte de travailler avec lui sur de nouveaux projets cette année.

Another prolific artist from Montreal, the man behind the Hobo Cult label Francesco Oulette (De Gallo). Started talking to him online a year or two ago, met him in Montreal last summer. Love his consistency and aesthetic, look forward to working more w/ him in the new year.

16. Wicked Crafts - Wicked Game (Chris Issac Cover) (Unreleased 2010)

Shawn Tony Hui est né et a grandi à Hong-Kong. Il habite désormais à Montréal. Je l'ai rencontré lors d'une tournée à travers Montréal, grâce aux mecs de Rape Faction. J'ai produit une cassette pour lui l'année dernière, No Cure EP.

Shawn Tony Hui, born and raised in Hong Kong, now Montreal based. I met him while touring through Montreal through the Rape Faction dudes. I did a cassette for him last year No Cure EP.

17. The Friendly Dimension - Nunsploitation (Unreleased 2009)

Troy Ritcher est l'homme derrière Friendly Dimension, même si la composition du groupe a pas mal changée (j'en ai même fait partie). J'ai commencé à jouer avec Troy en 2010 alors qu'on était voisin. C'est un compositeur génial. Ce morceau a été enregistré par un ami commun, Luke Corringan de Ether, qui a aussi joué avec FD.

Troy Ritcher is behind the Friendly Dimension, though the line-up has seen many variations, including myself. I started playing w/ Troy in 2010 when I was living next door to him. Amazing writer. This track was recorded by our mutual pal Luke Corringan of the Ether, who also played w/ the FD.

Split C20 w/ Chevalier Avant Garde & Rape Faction

Déjà doublement évoquée à l'occasion du streaming du morceau N-Child de Rape Faction (lire) et de la sortie d'Heterotopias, miraculeux premier LP de Chevalier Avant Garde (lire), cette split tape réunissant deux des émanations les plus excitantes du landerneau DIY canadien tient sans ambages l'ensemble de ses promesses. Et si, comme on pouvait s'y attendre, le trio québécois Rape Faction pose les bases d'un son préalablement esquissé sur deux précédents LP, Gone Forever (Free Loving Anarchist, 2010) et Future Brain (EVR, 2011), entre shoegaze assourdissant et synth-pop visqueuse, le duo composé par Dimitri Giannoulakis et Filip Minuta en profite une nouvelle fois pour se faire la malle en terrain non balisé par leurs sorties préalables, que ce soit sous le patronyme de Chevalier Avant Garde ou Postcard (Fixture Records). L'onde synthétique se fait plus sombre et lente, épousant les méandres d'une dramaturgie fantasmée et imagée. Mise en boucle, chaque face de cette cette split tape se conçoit aisément comme le double antithétique de l'autre. Une forme de mise en abîme perpétuelle, aussi addictive qu'à propos.

Chevalier Avant Garde

A1. Over Sherry
A2. Can't Tell
A3. Off
A4. Panokato

Rape Faction

B1. N-Child
B2. Rape Faction

Jeff & Jane Hudson - 12" In My Car + Computer Jungle

Dans une interview accordée il y a sept ans à l'excellent site/label Minimal Wave (lire), Jeff & Jane Hudson dressaient évasivement une liste de groupes avec lesquels ils partagèrent l'affiche à l'orée des années quatre-vingt. Fad Gadget, The Contortions, Suicide, Siouxsie And The Banshees, Pil... N'en jetez plus, Jeff & Jane Hudson, de par leur musique et leur environnement, restent bien le secret le mieux gardé de la galaxie synth-wave. Récemment réédité par la structure new-yorkaise Captured Tracks, Flesh (1982), serti de son diamant intemporel Los Alamos, n'atteste pas moins de cette assertion tant la pop synthétique DIY des Bostoniens semble préfigurer celle délivrée aujourd'hui par John Maus ou Gary War. N'ayant jamais vraiment persévéré - Jef se plongeant dans la peinture ou la techno, Jane dans la lecture et l'art vidéo - et ce malgré quelques confidentielles réapparitions publiques, c'est par le biais d'EVR que le duo divulgue deux de ses ultimes compositions, In My Car et Computer Jungle, par ailleurs remixées en version club par leur soin. Pas de doute, on retrouve bien là l'essence minimaliste et technologique de leur musique, à la fois lancinante et dansante, et ce malgré l'abandon, au profit du laptop, des techniques analogiques. Et si Matt leur avait remis définitivement le pied à l'étrier ?

A1. In My Car
A2. Computer Jungle

B1. In My Car Club Mix
B2. Computer Jungle Club Mix

Vidéos


Who are you Shelter Press ? : interview & mixtape

On ne va pas se mentir, mon intérêt pour Shelter Press s'est éveillé par un jeu de circonstances plutôt heureux. L'album de Pete Swanson sorti chez Type (le double album pour être plus juste : Man With Potential/Man With Garbage) est selon moi l'une des meilleures, si ce n'est la meilleure production de l'année écoulée. En creusant le back catalogue de l'ex-Yellow Swans, une étape de sa discographie demeurait introuvable ou presque : un LP partagé avec Rene Hell.

Au détour d'un mail, la bonne nouvelle tombait : le LP en question était réédité par Shelter Press, maison d'édition aux contours pluriels et la suite promise par Bartolomé Sanson à la fin de Kaugummi Books. L'entretien ci-dessous vous permettra de faire le lien entre passé proche et projections, nouveaux médias et pertinence artistique.

Entretien avec Bartolomé

Cette rubrique sert d'habitude à présenter un label, mais Shelter Press n'a pas vocation à ne sortir que des disques. Comment souhaites-tu qu'on en parle ?

Shelter Press tire son nom de l'ouvrage Shelter de Lloyd Kahn, un utopiste californien qui a dédié sa vie aux abris faits main et fait encore aujourd'hui du skate board à 80 ans. Sa vision généreuse, politique et philosophique de l'habitat était une belle inspiration pour une structure d'édition de livres et de disques !

Le support s'adapte aux idées et les idées seront épaulées par le support ; comme dans cette architecture toute particulière. Cette "polyvalence décidée" définit ainsi le questionnement dans lequel je me trouve. La structure est très jeune et est encore en pleine mutation. Dans l'immédiat, je crois que Shelter Press peut être considérée comme étant simplement une structure éditant des disques vinyle et des livres d'art, mais cette plateforme devrait être amenée à muter d'ici la fin de l'année vers quelque chose de plus ambitieux et de plus "global". Un univers en soi !

Tu as été, dans un passé proche, éditeur d'un certain nombre de zines graphiques (Kaugummi Books). Tu avais également sorti quelques albums (sous différents formats) d'artistes dont tu es assez proche (Felicia AtkinsonHigh Wolf) qui n'auraient peut-être pas vu le jour ailleurs. Défends-tu la même idée avec Shelter Press ? Le nom de cette nouvelle structure pourrait le laisser penser...

C'est justement toute la raison d'être de cette structure. J'ai travaillé par le biais de Kaugummi Books avec plus de 250 artistes différents en moins de quatre ans, et si certains m'étaient totalement inconnus et le sont restés, d'autres étaient ou sont devenus des amis très proches. Et c'est justement cette situation qui m'a motivé à arrêter une structure pour en démarrer une nouvelle : resserrer au maximum le nombre de collaborateurs pour travailler intimement avec chacun, sur un temps plus long, pouvoir défendre leurs travaux plus intensément et créer une structure abritant cette communauté d'artistes dont je suis proche.

Et au-delà du travail et des collaborations, nous sommes tous très connectés sur cet axe nord-ouest de la France, avec ces gens qui sont d'abord mes amis comme Alice Dourlen (Chicaloyoh) qui était à l'origine de Kaugummi avec moi et dont j'ai sorti les premiers disques, High Wolf avec qui j'ai habité, Gilles Etasse (Marsh Cavern) qui est derrière le label Tamed Records… Et Félicia Atkinson, bien sûr (Je Suis Le Petit Chevalier), qui copilote maintenant Shelter Press avec moi…

Peux-tu nous en dire plus sur ta première sortie vinyle, ce LP partagé entre Pete Swanson et Rene Hell, vierge de tout tirage continental (autoproduit par les deux artistes en 2010) et que tu ressors en quelque sorte en Europe ? C'est quelque chose que tu avais dans tes cartons depuis un moment ?

Pas forcément dans mes cartons depuis longtemps, mais l'anecdote est assez amusante pour mériter d'être racontée. Quand Max (High Wolf) est rentré de son premier US tour, il a rapporté dans ses valises une masse assez incroyable de disques, dont ce fameux split Pete Swanson/Rene Hell limité à 250 copies et alors introuvable à un prix décent. Bien jaloux de mon colocataire qui ne manquait pas de me rappeler que je n'aurais sûrement plus l'occasion de réécouter ce disque une fois que j'aurais déménagé, j'ai plaisanté avec Pete Swanson sur l'idée que ma seule chance de l'avoir un jour serait de le rééditer. Plaisanterie qui s'est vite transformée en réel projet et quelques mois plus tard, le disque était l'occasion de lancer Shelter Press.

Pete Swanson apparaît également aux crédits de ta prochaine sortie (master du Age Of Wonder de F.A). Est-ce une volonté d'unifier la signature sonore de tes sorties ? Le label a t-il d'ailleurs vocation à afficher une unité quelconque (aussi bien sonore que visuelle) ?

Je ne sais pas si c'est une volonté d'unification, mais il s'avère que Pete (en plus d'avoir sorti le meilleur disque de 2011, Man With Potential) est une des personnes produisant les meilleurs masterings aujourd'hui. Il était donc évident pour nous de faire appel à lui pour le disque de Félicia. Il s'est d'ailleurs aussi occupé du disque précédant de Je Suis Le Petit Chevalier (L'Enfant Sauvage sur l'excellent label Aguirre) qui est en quelque sorte la première partie du diptyque que formeront ces deux disques. À noter que An Age Of Wonder est co-édité avec le super label La Station Radar !

Concernant une unité sonore ou visuelle autour de Shelter Press, c'est très important pour moi et c'est la base de ce projet. Elle sera visible mais plutôt d'un point de vue thématique ou spirituel. Créer une forme d'univers invisible qui reliera toutes les sorties entre elles.

Le clip vidéo a peu à peu remplacé la diffusion gratuite et systématique de mp3 comme outil de promo. Est-ce un format sur lequel Shelter Press sera amené à travailler ?

Je ne sais pas, et cela pour plusieurs raisons. Comme tout support, la vidéo peut être vecteur du meilleur comme du pire et ce systématisme a provoqué une telle quantité d'horreurs ces derniers mois que je ne crois vraiment pas que ce soit nécessairement une bonne idée. Aussi, peu de personnes ont les épaules pour fournir une vidéo de qualité pour un titre durant plus de 15 minutes ! Pour répondre sans détour à ta question, je dirais oui, dans le cadre d'un trailer. Plus difficilement pour un titre en entier.

Concernant ton activité d'éditeur, tu expliquais de manière détaillée les raisons pour lesquelles tu arrêtais l'édition de zines. Les activités d'édition de SP semblent davantage tournées vers la production d'objets plus conventionnels d'un point de vue formel (livres, magazines). À moins que je me trompe, il y a un pan sur lequel tu n'as pas encore travaillé : le roman et sa réduction, la nouvelle. Y a-t-il déjà eu une tentative par le passé ? As-tu un intérêt pour la chose ? 

Comme je te le disais plus haut, je ne sais pas encore très bien vers quoi je me dirige exactement avec cette structure et il m'est donc difficile de te répondre. Mais pour être honnête, je me sentirais assez mal à l'aise et incompétent pour publier du texte de fiction. Par contre, j'aimerais bien publier des essais théoriques sur l'art un jour...

Il y a un facteur très pragmatique qui entre aussi en compte : vendre des livres d'images ou des disques est relativement aisé car tu te situes alors dans un contexte mondial qui permet d'écouler assez rapidement tes stocks et avancer. Éditer du texte induit que tu t'adresses alors à un nombre bien plus restreint de personnes qui partagent ta langue… Ce qui complique beaucoup de choses du point de vue logistique et économique.

Ton travail est très lié à l'activité de tes contemporains, qu'ils soient dessinateurs, photographes, graphistes ou musiciens... T'imagines-tu travailler à la réédition d'archives ou de documents tombés dans le domaine public ?

OUI ! Avec Félicia, on est très attaché aux images d'archives ! L'archive est au centre de son travail. La toute dernière publication Kaugummi Books était justement un livre très limité qu'on avait fait ensemble à l'occasion d'une exposition à Chicago l'été dernier.

Que peut-on souhaiter à Shelter Press en 2012 ?

Des nouveaux projets ?! À commencer par le LP de Je Suis Le Petit Chevalier et un livre de l'artiste Julien Langendorff pour février, un livre de Nicolas Poillot et un livre de Félicia Atkinson pour le printemps, un livre d'Estelle Hanania et un LP de Chicaloyoh à l'automne, et sûrement pas mal d'autres choses entre temps…

Mixtape

Cold Winter Playlist

01. RxRy "A1 - A4" (Sweat Lodge Guru)
02. Xela & Jefre Cantu Ledesma "Love Is An Echo" (Type)
03. Chicaloyoh "In My Garden Shed" (Self Released)
04. Pete Swanson "A&O&0" (Type)
05. Leslie Keffer "Untitled 04 - Split w/ Inca Ore" (Cherried-Out Merch)
06. Keith Fullerton Whitman "Generator 01" (Root Strata)
07. Je Suis Le Petit Chevalier "No Talisman" (Aguirre)
08. Rene Hell "Bending (Voice)" (Shelter Press)
09. Andy Stott "We Stay Together (Part1)" (Modern Love)
10. Astral Social Club "Skelp" (Happy Prince)

Vidéo