OLI HEFFERNAN L’INTERVIEW

L’admission du vide et sa gestion est une étape décisive dans une vie, sujet de dépression pour nombreux et moteur pour d'autres. C’est sûrement le cas d’Oli Heffernan,ou de l’art d’être prolifique et de combler par de la matière sonore. Basé à Middlesbrough, Oli est musicien depuis l’âge de 14 ans, et en a 35. Cela fait donc plus de vingt ans qu'il fait de la musique selon un principe simple, le seul réellement valable et sincères à mes yeux : il fait de la musique pour le plaisir.
L’authenticité et l'approche lo-fi DIY transpirent dans tous les projets dans lesquels il est impliqué, que ce soit au sein de Detective Instinct, de King Champion Sounds, de Year Of Birds…Enregistrer, cumuler les projets,les expériences, mais surtout, jouer. Car si la musique est un Art, c’est avant tout pour beaucoup un jeu, Le Divertissement, la passion qui remplit une vie.

Entretien avec Oli donc, histoire de faire un peu de compta sur son nombre de groupes, de faire un « petit " point sur son année 2017 et de s’interroger sur l’extensibilité de son emploi du temps et sur l’inaltérabilité de sa passion et dévotion pour la musique.

Pour commencer, peux-tu s’il te plaît te présenter ainsi que les groupes dans lesquels tu es impliquées ( il y en a tellement !! )
First can you please introduce yourself and present the bands you’re involved in ( so many !!! ) 

Mon nom est Oli Heffernan, j'ai 35 ans et je vis et travaille à Middlesbrough (Nord-Est de l'Angleterre)Je joue de la guitare et crie dans Year Of Birds , je joue de la basse de l'orgue / piano dans King Champion Sounds, je joue de la guitare dans Shrug  j'enregistre solo en tant qu' Ivan The Tolerable et j'écris et enregistre toute la musique de Detective Instinct. J'ai aussi un travail à temps plein en tant que graphiste pour une entreprise de verre. Je vis avec Danni (guitare King Champion Sounds / Year Of Birds batteur / amie / protecteur de santé mentale) et nous avons 3 chats. Je suis un gros fumeur, adepte du foot à cinq, passionné de cyclisme et collectionneur de livres de poche Penguin.

My name is Oli Heffernan, I’m 35 years old, and I live and work in Middlesbrough (North East England)I play guitar and shout in Year Of Birds, play bass and organ/piano in King Champion Sounds, I play guitar in Shrug, I record solo as Ivan The Tolerable, and I write and record all the music for Detective Instinct. I also have a full time job as a graphic designer for a glass company. I live with Danni (KCS guitar/Year Of Birds drummer/girlfriend/sanity protector) and we have 3 cats. Heavy smoker, five a side footballer, keen cyclist and collector of Penguin paperbacks.

017 semble être une année assez chargé en ce qui te concerne , tu peux nous dire ce que tu as sur le feu ? 
2017 seems to be a busy year for you, can you tell us what’s coming?

J'essaie de faire que chaque année soit une année bien remplie. Je tourne en rond si je n'ai pas de choses sur lesquelles bosser - je suis du genre à me paumer sinon. Alors oui, occupé comme toujours! Il y a une tournée King Champion Sounds aux Pays-Bas et au Royaume-Uni fin février / mars - ce qui est genre la moitié de la promo pour notre dernier LP, et nous avons enregistré un nouveau 2 titres 7 "pour cette tournée, qui est sorti assez rapidement et parfaitement à temps pour respecter la date limite pour le pressage. Ensuite, nous faisons une petite pause de King Champion Sounds, puis il va falloir savoir où aller après la sortie du dernier double album! Une truc dur à suivre donc faut bien le faire ... ... MAIS ... ça me donne plus de temps pour me concentrer sur les trucs de Year Of Birds pour le reste de l'année, ce qui est bien! Nous avons un nouveau LP qui sort le 17 mars via le merveilleux Odd Box Records, donc nous allons faire des concerts et pas mal d’autres trucs et voir où ça va - nous étions un trio l'année dernière, mais on a récemment chopé un bassiste donc je peux retourner jouer de la guitare (ce qui est beaucoup plus facile à faire en chantant!)

Ce sont donc mes plans concrets pour 2017 - nous avons décidé de faire moins de tournées cette année, car Danni et moi aimerions vraiment prendre des vacances sans musique! Je n'ai pas eu de réelles vacances en 7 ans donc ce serait agréable si on arrivait à en prendre ! Haha

Il y aura probablement aussi plus de cassette d’ Ivan The Tolerable, un nouvel EP de Houseplants et il se peut que je balance un nouvel album de Detective Instinct ... mais nous verrons ... Danni et moi parlions aussi de quelque chose de nouveau cet été impliquant moins de guitares et plus de boîte à rythme, donc y a ça aussi ... .mais c'est clairement tout ... .haha

I try and make every year I busy year. I don’t function well as a person if I don’t have things to work on – I kind of get lost in myself. So yeah, busy as ever! There is a KCS NL/UK tour late feb/march – which is kind of the back half of the promo for our last LP, plus we recorded a new 2 track 7” for this tour, which came out nice considering how quickly we did it to meet the deadline for pressing. Then we are having a little break from KCS while we figure out where to go after the last double album! A hard thing to follow so we wanna get it right…..BUT….that gives me more time to concentrate on YOB stuff for the rest of the year, which is nice! We have a new LP out on March 17th via the ever wonderful Odd Box Records so we will be doing gigs and stuff around that and beyond and see where that goes – we were a 3 piece for the last year but have recently just got a bass player so I can go back to playing guitar (which is MUCH easier to do while singing!)

So that’s my concrete plans for 2017 – we decided to do less touring this year as Danni and I would quite like a none-musical holiday!  I haven’t had a proper holiday for 7 years so that will be nice if we can get it sorted! haha

There will also probably be some more Ivan tapes, a new Houseplants EP and I MIGHT start a new Detective Instinct album….but we’ll see…Danni and I were also talking about something new in summer involving less guitars and more drum machines, so there is that too….but that’s DEFFO it….haha

Tu as deux projets solos ( Ivan The Tolerable and Detective Instinct ) l’un est garage et l’autre post-punk Krautrock , est-ce qu’on doit s’attendre à un autre projet solo d’un genre différent ?
you have two solo projects ( Ivan The Tolerable and Detective Instinct ) one is garage and the other post-punk krautrock, should we expect another solo project for another genre ?

En fait j’en ai aussi deux autres ! Magic Smoke Chords - qui est une sorte de cutups et de field recordings / samples etc (Je l'ai négligé au cours des deux dernières années, mais c'est trouvable si tu cherches ) et Houseplants  avec Leighton de Country Teasers dans lequel j’enregistre la musique et il chante (Nous avons sorti notre premier mini album sur  l'année dernière)

Je ne planifie jamais de nouvelles choses, ça se passe quand ça doit se passer - mais je suis assez occupé là donc je vais probablement m'en tenir aux plans ci-dessus pour 2017 et voir ce qui se passe ....

I actually have two more that I do! Magic Smoke Chords – which is kind of cutups and field recordings/samples etc (I’ve neglected this over the last couple of years, but it’s all out there if you look for it) and do Houseplants with Leighton from Country Teasers where I record the music and he adds the vocals (We had our first mini album out on Monofonus Press last year)

I never plan new stuff, it just sort of happens when it wants to – but I’m pretty busy at the minute so probably just going to stick to the above plans for 2017 and see what happens….

Tu es multi-instrumentalise, ( guitariste chanteur dans Year Of Birds, Bassiste chez King Champion Sounds , et tu fais tout dans tes projets solos ) mais quel est ton premier instrument, celui de prédilection et est-ce celui avec lequel tu composes ?

You’re a multi-instrumentalist (guitarist singer for Years of birds, Bass for King Champion Sounds, and everything for your solo projects …) but what is your favourite and first instrument, is it the one you’re writing songs with ?

La Basse. Toujours la basse. C'était mon premier instrument et ce sera toujours mon préféré. J'écris la plupart de mes chansons à la basse aussi, et je l’ai toujours fait. Si je devais juger mon niveau de compétence, je dirais que je suis un bassiste assez potable, un guitariste passable, un joueur de clavier amateur et un batteur terrible - mais je peux faire ce dont j'ai besoin sur la plupart des instruments pour que ça passe ! Je ne sais pas vraiment chanter mais je m'en fous, je peux écrire de bonnes paroles et les crier sur le temps - quelle est la différence? Haha. J'ai une règle de non SOLOS pour tous les instruments et j’adore la répétition donc ma capacité technique est suffisante pour exécuter mes idées basiques. Je crois honnêtement que le bon goût et de bonnes idées représentent 90% pour faire un bon disque - la technique c'est une toute petite partie. Les gens qui peuvent jouer des instruments dans les règles de l'art doivent probablement se foutre de ma gueule, mais je les emmerde ! Ce sont ceux qui sont responsables de toute la musique ennuyeuse, insipide, à chier dans le monde. Tu sais? les fans de rock classique, les fans de Coldplay, le rock à papa ... .toute cette merde. 100% mâle, 100% à chier.

Bass. It’s always the bass. It was my first instrument and will always be my favourite. I write most of my songs on bass too, always have. If I had to judge my own skill levels I think I’m a decent enough bass player, an ok guitar player, an amateur keyboard player and a terrible drummer – but I can do what I need to on most instruments to get by! I can’t sing really but I don’t care, I can write good words and shout them in time – what’s the difference? haha. I have a NO SOLOS rule for all instruments and love repetition so my technical ability only needs to be high enough to execute my simple ideas. I honestly believe that good taste and good ideas account for 90% of making a good record – ability is a small part of it. People who can actually play instruments in a ‘by the book’ way probably laugh at me but FUCK THOSE GUYS! They are the people who are responsible for all the boring, insipid, weak-as-piss music in the world. You know? Yr classic rock fans, yr Coldplay fans, Dad rock….all that cack. 100% male, 100% shite.

Dans Detective instinct il y a de nombreuses prestigieuses collaborations  ( Jad Fair , Mike Watt…) , comment as-tu rencontré ces gars et comment était-ce de bosser avec eux ?
On detective instinct there’s a lot of prestigious featuring ( Jad Fair , Mike Watt…) , how did you meet these guys and how was it working with them ? 

La plupart des mecs impliqués je ne les ai jamais rencontrés ! J’ai juste demander à des gueules dont j’aime le travail et on est parti de là - ça c'est surtout fait par e-mail! Très moderne! Donc je n'ai jamais rencontré Jad Fair, Jim de Radar Brothers, Kevin de Trumans Water, Karen Schoemer ou Emily Ryan dans la vraie vie! J'ai joué avec Watt beaucoup de fois donc nous nous connaissons assez bien je suppose et je suis dans des groupes avec Jos (GW Sok), Danni et Leighton donc nous nous connaissons de cette façon …

C'est quand même une bonne façon de travailler! J’enregistre une chanson je l’envoie à la personne dont je pense que la voix irait bien et en général ça le fait.Par contre je suis vraiment impatient donc je les harcèle pour qu’ils se magnent, j’espère qu’ils ne m’en veulent pas ! Mais ça se passe assez rapidement et sans douleur - ils défoncent tous dans ce qu'ils font et ne me laissent jamais sur le carreau, en dépit des délais stupides que je leurs collent ! Presque tout ce sur quoi je bosse est auto-enregistré dans des maisons ou salles de répètes ce qui est vraiment cool. Je déteste les studios d'enregistrement - je ne pense pas y être allé depuis 7-8 ans maintenant! Pas mal hein? Ils ne sont pas propices à un bon travail je trouve …T’es sois limité par le temps et du coup tu te précipites ou t’en as trop à plus quoi savoir en foutre, et ça se termine jamais bien ...

 Most of the other folk involved I’ve never actually met! I just asked people whose work I liked and we went from there – it’s mostly done via email! Very modern! So I’ve never met Jad Fair, Jim from Radar Brothers, Kevin from Trumans Water, Karen Schoemer or Emily Ryan in real life! I’ve played with Watt a lot of times so we know each other fairly well I guess and I’m in bands with Jos (GW Sok), Danni and Leighton so we know each other that way…


It’s a good way of working though! I just record songs and send them to the person I think will do the right vocal for it and it usually comes out nice. I’m really impatient though so I’m constantly hassling them to hurry up, so I hope they don’t mind! But it normally comes together pretty quickly and painlessly – they are all ace at what they do and never leave me hanging, despite the stupid deadlines I put on things! Almost everything I am involved with musically is self-recorded in houses or practice rooms which is really good. I hate recording studios – I don’t think I’ve been in one for about 7-8 years now! Not bad eh? They are not conducive to good work I find…you are either clock watching and rushing or you have too much time to fuck with what you are doing, and that never ends well…

Ta vie est complètement dévouée à la musique ( entre tes groupes , le label et feu ton disquaire ) , te rappelles-tu ce qui t’as amené à t’intéressé à la musique pour la première fois et ce qui t’as fait devenir un musicien ? Est-ce que ça te plaît toujours autant après 20 ans que tu enregistres et sors des albums ?
your life is completely devoted to music ( between your bands, the label and your past record shop ) , do you remember how you got interested in music for the first time and what made you become a musician ? Do you still enjoy it as much as it’s been 20 years that you record and release albums ?

Mon magasin de disques a fermé en 2012, mais ça ne me manque pas! C'était super difficile de rester à flot et je ne suis pas un homme d'affaires haha. Je ne le regrette pas - c'est un truc que j’ai toujours voulu faire donc je m’y suis investi mais ça n'a pas marché. Tant pis! Le côté label est dur aussi vu que je suis trop occupé par mes propres trucs pour sortir quelqu'un d'autre .... Mais ça arrive encore si un truc attire mon attention.

Ça fait 21 ans depuis mes 14 ans et mon premier enregistrement ! WOW ! Ça me parait pas si loin! Je ne considère vraiment mon travail que, de l'année 2009 à maintenant - c'est là que je me suis senti à l'aise avec ma pratique et que j’ai cessé de m'inquiéter de ce que les autres pensaient, et ai commencé à faire de la musique que je voulais faire - et j'ai fait beaucoup mieux depuis . Quand c'est fait à ma sauce, c'est le truc que je préfère dans le monde faire. J'essaie de faire le moins de concerts car je préfère l'enregistrement au Live - je n'aime pas être à la merci des ingénieurs du son ha-ha, en plus les concerts ça peut être beaucoup de travail pour très peu de satisfactions. Je suis assez antisocial - donc le truc de 'rencontrer de nouvelles personnes’ ça le fait pas pour moi, je trouve ça difficile de socialiser mais j'aime jouer de la musique à toute blinde donc faut faire le taf !

Well, my record shop closed in 2012 but I don’t miss it! It was super hard to stay afloat and I’m not much of a business man haha. I don’t regret it though – it’s something I’d always wanted to do so I had a crack at it but it didn’t work. Oh well! The label side is hard too as I’m too busy with my own stuff to do justice to releasing someone else’s….but it’s always going if something takes my fancy.

Its 21 years since the 14 year old me made his first recording! WOW! Doesn’t feel like that long! I only really consider 2009ish to present as my proper work though – that’s when I got comfortable with my own ability, stopped caring about what other people think, and started making music that I wanted to make – and I’ve done much better since then. When it’s done on my own terms, it’s my favourite thing in the world to do. I try to keep gigs to a minimum as I prefer recording to playing live – I don’t like being at the mercy of sound engineers ha-ha, plus gigs can be a lot of hard work for very little reward. I’m pretty antisocial – so the whole ‘meeting new people’ side of it does very little for me, I find it hard to socialize but I love playing loud music so you gotta do what you gotta do!

Third Uncle est un label DIY basé dans l’Indiana qui a sorti ton premier disque de Detective instinct et Sick Room est un label basé à Chicago qui a sorti le second, comment es-tu entrer en contact avec ces labels et en tant que propriétaire d’un label toi-même, que penses-tu être la chose la plus agréable et désagréable ?
Third Uncle is a DIY label based in Indiana that released your first record for Detective Instinct and Sick Room Records is a label based in Chicago  that released your second, how did you get involved with these two labels and as a label owner yourself what do you think is the most pleasant and hard thing about it ?

 Je suis tombé sur Third Uncle quand je cherchais un label pour sortir l'album - je voulais que ça soit sur un label américain comme la plupart des personnes qui y ont contribué étaient de là-bas et j'ai pensé qu'il se vendrait mieux (naïf - bah non, Haha) donc j'ai trouvé Third Uncle,un label qui partageait les mêmes valeurs et croyances en un 'Outsider art' que moi et je leur ai envoyé l'album. C’était vers 2009? Quoi qu'il en soit, c'est ainsi que j'ai rencontré Billy Stines - le mec qui le gère - et nous gardons régulièrement contact depuis ! C’est un gars merveilleux avec beaucoup de temps et d'énergie pour de bonnes choses! Il a sorti beaucoup de mes trucs depuis - le 1er LP de DI , 2 7" de Detective Instinct, un LP de Year Of Birds , un 7"de Year Of Birds et un 7"d'Ivan The Tolerable donc oui - c' est un de mes sauveurs! Il se fait probablement peu ou pas d'argent sur mes sorties, et pour cela, j'ai encore plus de respect pour ce qu'il fait - son label se porte vraiment bien ces jours-ci cependant! Alors, c'est génial! Honey Radar, Queen Of Jeans, Jad Fair ... il a fait beaucoup de choses avec Chunklet aussi , donc - vas-y Billy!

Sickroom  c'est une autre histoire! Mes premières sorties de Detective Instinct c'étaient quatre Eps juste en téléchargement (Mike Watt, Leighton, GW Sok et Jimmy McGee) - Ryan (le patron de Sickroom ) les a entendus par l'intermédiaire d'un ami commun et a demandé s'il pouvait faire un 7 "de chacun - à sortir tous le même jour - alors j'ai dit oui (qui ne l'aurait pas fait?! Y'avait pas un seul label qui m’avait sorti quoi que ce soit d’ici là) donc on est parti de là! Un autre grand label qui a publié des trucs géniaux! Il a aussi sorti mon dernier LP- ce qui m'a vraiment plu - l'un de mes favoris de tout ce que j'ai fait - ça s'est vraiment bien goupillé, c 'est donc une autre personne à qui je dois beaucoup …

Je n’ai jamais rencontré aucun des deux en chair et en os- mais leur aide et leur foi en mes putains de projets signifie beaucoup.

I found Third Uncle when I was looking for a label to put the album out – I wanted it on an American label as most of the people who contributed to the album were from over there so I figured it would sell better (naïve – it didn’t! haha) so I found Third Uncle as a label that shared the same values and beliefs in ‘Outsider art’ as me and I send them the album. This would be about 2009? Anyway, that’s how I met Billy Stines – the dude who runs it – and we have kept in touch regularly since then! Hess a wonderful guy with a lot of time and energy for good things! he’s put out LOTS of my stuff since then – THE 1st DI LP, 2 more DI 7”s, a YOB LP, a YOB 7” and an IVAN 7” – so yeah – he's one of my saviors! He probably makes little to no money on any of my stuff, and for that I have even more respect for what he does – his label is doing really well these days though! So that’s great! Honey Rader, Queen Of Jeans, Jad Fair….he’s been doing a lot of stuff with Chunklet as well so yeah – go Billy!


Sickroom is a different story! My first DI releases were four download-only Eps (Mike Watt, Leighton, GW Sok and Jimmy McGee) – Ryan (Sickroom bossman) heard them via a mutual friend and asked if he could do a 7” run of each – all to be released on the same day – so I said yeah (who wouldn’t?! I’d never had a proper label release anything id done until this point) and we went from there! Another great label that has released some great stuff! He put out my last LP too – which I was really pleased about – one of my favourites of all the things I’ve done – it came together really well, and Ryan got it out there so another person I owe  a lot to…

I’ve never actually met either of them in the flesh – but their help and belief in my shit means a hell of a lot.

Comment as-tu rencontré Fred Paquet ? ( je suis moi-même rentré en contact avec Oli via Fred )

How did you meet Fred Paquet ?

J'ai rencontré Fred à Paris l'année dernière! Il a fait jouer King Champion Sounds dans un cool lieu, le Café Olympic. La moitié d'entre nous sommes restés à son appartement après et il nous a fait le petit-déjeuné et nous avons parlé de disques, d'être disquaire puis après le petit déjeuner nous sommes allés dans son magasin! WOW! Un endroit génial! J'aurais pu dépenser une fortune si je l'avais, mais je ne l'ai pas donc j'ai acheté le premier LP de Chrome et le LP de Meatbodies et Danni a acheté un disque français et un livre de Daniel Clowes je crois. Nous avons bavardé un peu quand je suis rentré à la maison et il a acheté plein de mes trucs à vendre dans sa boutique, donc c'est sympa. Fred défonce - un des bons! Je suis impatient de retourner dans son magasin un de ces quatre.

I met Fred in Paris last year! He put KCS on at a nice venue called Café Olympic. Half of us stayed at his flat afterwards and he made us breakfast and we chatted about records and such (I used to have my own record shop in Middlesbrough) then after breakfast we went to his shop! WOW! Such an awesome place! I could have spent a fortune if id had it, but I didn’t so I bought the first Chrome LP and the Meatbodies LP and Danni bought a French record and a Daniel Clowes book I think. We chatted a bit when I got home and he bought a load of my stuff to sell in his shop so that’s nice. Fred is ace – one of the good guys! Im very much looking forward to going back to his shop sometime.

 

Mixtape

1. Merchant Vessel Elision - Detective Instinct ( Black Floral LP 2014 )
2. The Year 500 - King Champion Sounds ( Song For The Golden Hour 2014 )
3. The Dealer - Detective Instinct ( Schloemer Songs 2013 )
4. Textbook Frown - Year Of Birds ( Jaw 2013 )
5. The Second Noel - Ivan The Tolerable ( Decemberism 2015 )
6. Spastic Backhand - Year Of Birds ( Cakesale EP 2013 )
7. Sand And Water - Ivan The Tolerable ( Family Sandwich 2014 )
8. Old Inky Breath - Ivan The Tolerable ( Splatter Bible 2015 )
9. Fat - Year Of Birds ( White Death To Power Alan 2017 )
10. Third Storey Walk-Up - Detective Instinct ( Falling In Lilacs 2013 )
11. Khufu's Horizon - Ivan The Tolerable ( Theamata 2015 )
12. Mice Rats Roaches - King Champion Sounds ( To Awake In That Heaven Of Freedom 2016 )
13. The Landlord - Ivan The Tolerable ( Crathorne Final 2016 )
14. Wrap It And Bin It - Houseplants ( Houseplants 2016 )
15. Crack Attack - Detective Instinct ( Black Floral LP 2014 )


Mike Wexler l'interview

Syntropy est le nom du troisième effort de Mike Wexler qui était de passage en concert à Paris en décembre dernier. Et l’envoûtement aura une fois de plus eu lieu à l’Espace En Cours. L’occasion donc de présenter devant un public plus qu’attentif son dernier opus empreint de musique brésilienne - comme en témoigne sa mixtape plus bas - mais aussi d’americana et de folk british. L’élégance du picking, le murmure hypnotique et l’aisance technique live auront, sur la soixantaine de personnes présentes, un effet de communion à l’égrégore résonant.

Syntropy est un album aux savants arrangements - auxquels contribuent les fidèles Brent Cordero de Psychic Ills et Jordi Wheeler d'Amen Dunes - dans lequel congas et mellotron côtoient guitares et piano, dessinant un paysage serein et total : une folk métaphysique. Il est question d’entropie et de syntropie donc, mais aussi du temps qui passe et de l’Univers... le rapport au temps de son auteur est d’ailleurs assez élastique, l'album a été enregistré en 2013 (dans le Vermont, loin de la hype brooklynienne où il réside) et est sorti fin 2016, près de cinq ans après son précédent. On pense à Bert Jansch, à Nick Drake mais aussi, Brésil oblige, à Antônio Carlos Jobim.

Interview

Ton nouvel album s’appelle Syntropy, peux-tu nous parler du choix du titre et de sa signification ?
Your new record is called Syntropy, can you tell us about the choice of this title and its meaning?

Il y a quelques années, alors que je bossais sur ces morceaux, un ami à moi qui revenait d’Italie m’a envoyé un article sur des expérimentations qui étaient faites là-bas. Elles essayaient de prouver l’expérience précognitive des gens. Ils ont découvert qu’il y en avait beaucoup, parmi ceux qui participaient, qui semblaient réagir en avance (physiologiquement) à des images qu’on allait leur montrer. Syntropy était le titre de l'article et, pour une raison quelconque, il a juste déclenché un truc en moi et je savais que ce serait le nom du disque sur lequel j'avais travaillé. Il a une histoire, certaines personnes dans le monde des sciences l'ont défendu comme un terme pour décrire le processus qui permet à la vie d'exister malgré l'entropie, ce qui met très simplement en évidence la tendance des choses à se décomposer dans le temps et à se déplacer irréversiblement d'un état ordonné vers un plus grand désordre. Donc la syntropie serait quelque chose comme la "force de vie", une tendance à l'ordre, la complexité et la survie dans un univers où finalement les étoiles se consument et c'est fini. Le seul problème est que cette "force de vie" n'existe pas. La vie n'est pas l'opposé de l'entropie, c'est une partie d'elle, compatible avec elle. Mais j'aime le mot, le son, et il y a le sentiment qu'il devrait exister, même si nous ne pouvons le prouver. Et il y a d'autres ramifications pour moi aussi - sociales, métaphysiques -, toutes dérivées de cette idée imaginée. Pourquoi les êtres vivants se produisent-ils ? Pourquoi la matière s'organise-t-elle ainsi ? Et pourquoi, une fois qu'ils existent, veulent-ils généralement survivre et prendre des mesures évolutives et technologiques pour le faire ? Si nous ne pouvons pas trouver une cause fondamentale dans le passé, nous pourrions peut-être en rechercher une dans l'avenir.

A few years ago, while I was working on these songs, a friend of mine who had just been to Italy sent me an article about some experiments that were being done there, trying to prove that people experience precognition. They found there were many among those participating in the experiment who seemed to react in advance - physiologically - to images they were about to be shown. 'Syntropy' was the title of the article and for some reason it just lit up for me and I knew it was going to be the name of the record I had been working on. It has a history, some people in the science world championed it as a term to describe the process that allows for life to exist despite entropy, which very simply put is the tendency of things to break down in time and move irreversibly from an ordered state towards greater disorder. So syntropy would be something like the 'life force', a tendency towards order, complexity and survival in the face of a universe where eventually the stars burn out and it's game over. The only problem is this 'life force' doesn't exist. Life isn't the opposite of entropy, it's a part of it, consistent with it. But I like the word, the sound of it, and there's the feeling that it should exist, even if we can't find evidence that it does. And it has other ramifications for me as well - social, metaphysical - all derived from this imagined idea. Why do living things come about? Why does matter organize itself in this way? And why, once they exist, do they generally want to survive, and take evolutionary and technological steps to do so? If we can't find a root cause in the past, maybe we could look for one in the future.

C’est ton troisième album, et le troisième sur un label différent (Amish Records, Mexican Summer, Three:four Records) , y a-t- il une raison à ces changements ?
It’s your third record and the third label you’re working with, is there a reason for changing labels?

Et bien, oui - différentes raisons. Je dirais que je suis très heureux d'avoir atterri là où je suis et préférerais ne plus bouger. Je préfère me concentrer sur le fait d'enregistrer.

Well, yeah - different reasons. I'll say I'm very happy to have landed where I did, and would prefer not to move around anymore. I'd rather focus on making records.

Comment as-tu rencontré Gaëtan et Maxime de Three:four Records ?
How did you meet Gaëtan and Maxime from Three:four?

Maxime m'a écrit il y a des années quand il a entendu ma musique, me demandant si je voudrais venir à Paris et jouer. Nous nous sommes rendus compte que nous avions beaucoup d'intérêts en commun et sommes devenus amis en correspondant par mails, puis nous avons trainé ensemble au cours des années quand il venait à New York, ou plus rarement quand je venais en Europe. Curieusement, le concert de décembre à l'Espace En Cours, c'était la première fois que j'ai réussi à jouer via ali_fib, bien que nous en parlions depuis des années ! Ça valait vraiment la peine d’attendre.
J’ai rencontré Gaëtan et Three:four Records lorsque Maxime a fait sa première compilation, Err On The Good Side, à laquelle j'ai contribué d'une chanson. Des années plus tard, quand je cherchais un label pour Syntropy, Maxime a suggéré Gaëtan, et c'était logique. Je suis très reconnaissant aux deux.

Maxime wrote me years ago when he heard some music of mine, asking if I'd like to come to Paris and play. We realized we had a lot of interests in common and became friends corresponding on email and then hung out over the years when he would come to New York, or on the rare occasion I made it to Europe. Strangely the show I just played in December at Espace En Cours was the first time I managed to play something that he set up for me via ali_fib, although we'd been talking about it for years! It was worth the wait.
I came to know of Gaëtan and three:four when Maxime put together his first compilation, Err On The Good Side, to which I contributed a song. Years later, when I was looking for a home for Syntropy, Maxime suggested Gaëtan, and it made sense. I'm very grateful to both of them.

Lors de ton fantastique concert à Paris, tu as joué un nouveau morceau et dit qu’il sortirait probablement dans des années, quelle est ta relation au temps en terme de création et de parution ?
During your fantastic show in Paris, you played a new song and said that it will probably be released in years or so, what is your relation with time in terms of creation and releasing songs?

Les chansons peuvent me prendre de quelques mois à quelques années, et j'aime laisser les choses se produire dans leur propre temps. Mais au-delà du temps qu'il me faut pour écrire, ça semble invariablement prendre des années, à partir du début de l'enregistrement jusqu'à ce que le disque voit le jour, pour des raisons indépendantes de ma volonté. Donc, selon mon expérience, si je joue la chanson maintenant, elle sera probablement sur disque dans à peu près quatre ans. J'espère pouvoir inverser la tendance avec le prochain LP. Je suis déjà bien avancé dans la phase d'écriture - on verra.

Songs can take me anywhere from a few months to a few years, and I like to let things happen in their own time. But apart from how long it takes to write, it somehow invariably seems to take years from the start of recording to when the record sees the light of day, for reasons beyond my control. So going by my experience, if I'm playing the song now, it'll probably make it onto a record in four years or so. I hope I can buck the trend with the next LP. I'm already well into the writing phase - we'll see.

https://www.youtube.com/watch?v=--TtAWHtFBU

Il y a toujours dans tes disques des titres qui font référence à des termes étranges ou scientifiques comme The Engram, Glyph, Spectrum, Pneuma, Ecliptic… Peux-tu nous en dire davantage ?
There is always in your records, titles that refers to science or strange references such as The Engram, Glyph  Spectrum, Pneuma, Ecliptic… can you tell us a little about that?

En fait, ce n'est pas quelque chose que je recherche nécessairement, ça arrive surtout de la manière décrite un peu plus haut quant à la provenance du titre de ce disque ; un mot ou une phrase prend une sorte de charge. Cela peut être quelque chose que je trouve en lisant, ou quelque chose dont je me souviens soudainement, mais je ne sais pas où je l'ai entendue avant - et il ya quelque chose d’attirant dedans. Je chante une nouvelle mélodie sans mot et un mot que je ne connais pas me vient à l'esprit - il semble y appartenir. Je l'analyse et parfois il n’a pas de sens, parfois il a plus de sens que tout ce que j'aurais pu vouloir dire. Donc chaque fois que j'ai ce sentiment, j'essaie de voir où il mène. Souvent, c'est un mot comme ceux que tu as mentionnés, parfois non. La nouvelle chanson que j'ai jouée à Paris s'appelle After. Un mot familier peut soudain devenir étrange, comme quand tu dis un nom trop de fois d'affilé et qu'il fini par ne plus rien signifier, sauf que j'ai le sentiment qu'il signifie quelque chose de plus que ce que je pensais qu'il signifiait - il contient tout à coup cette possibilité. Je ne veux pas dire que c'est automatique et que je n'ai aucun contrôle conscient sur ce que j'écris, mais c'est plus comme une attraction entre ces deux aspects de l'esprit de l'écriture, un qui suggère et un qui forme.

Well it's not something I necessarily set out to do, it just happens much in the way i described above with the title of this record. A word or phrase takes on a kind of charge. It can be something I come across reading, or something I remember suddenly but I don't know where I’ve heard it before - and there's something in it. I'm singing a new melody without words and a word I don't know occurs to me - it seems to belong there. I look it up and sometimes it doesn't make any sense, but sometimes it makes more sense than anything I could have intended. So whenever I have that feeling I try to see where it leads. Often it's a word like the ones you mentioned, but sometimes not. The new song I played in Paris is called After. A familiar word can suddenly become strange, like when you say a name too many times in a row and it no longer means anything, except I have the feeling it means something more than what I had taken for granted that it meant - it suddenly contains this possibility. I don't mean to suggest that it's automatic and I don't have any conscious control over what I write, but it's more like a push and pull between these two sides of the writing mind, one that suggests and one that shapes.

Sur Syntropy, il y a différents instruments comme des congas, de la basse, du mellotron, de la batterie… et tu étais seul sur ta tournée européenne, n’est-ce pas ? Pourtant, on ne ressent pas de manque d’instrumentation en live, voire même le contraire. Quand tu écris, j’imagine que tu commences par la guitare et la voix et alors tu réfléchis à l’orchestration ou ce sont les personnes avec qui tu bosses qui te suggèrent les arrangements ? Peux-tu nous parler du procédé d’écriture et des personnes qui y sont impliquées ?
There is on your album different instruments like congas, bass, drums, mellotron… and you were by yourself playing shows in Europe, right? Yet, we don’t feel the lack of these instrumentations live at all almost the opposite. When you write, I guess you start with guitar and vocals and then think about the instrumentations or it’s the people you’re working with who suggests arrangements? Can you tell us about the writing process and the people you’re working with?

Oui, tu as raison, j'écris avec juste la guitare et la voix. Je dois y parvenir de façon suffisamment intéressante pour que je puisse jouer seul, et ça doit être, pour ainsi dire, structurellement du son. Mais tout de même, pendant que j'écris, je vais imaginer comment il sera enregistré, alors j'ai quand même une idée de l'arrangement pendant l'écriture. Tous ceux qui jouent sur le disque viennent avec leurs propres parties et chaque chanson a son propre processus. Parfois, ça s’approche de très près de ce que j’avais imaginé, parfois l'arrangement est comme un catalyseur chimique qui révèle quelque chose dans la chanson dont je n’avais même pas conscience. Mais tout ça, c’est grâce au groupe. Je me sens très chanceux d'avoir réuni tous ces musiciens parce que j'aime ce qu'ils font de leur côté, tous jouent dans beaucoup d'autres configurations et projets, mais je pense que quelque chose de cool se produit avec ce line up en particulier. C'est le deuxième enregistrement que j'ai réalisé avec les mêmes personnes à bord (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) et d'autres contribuant ici et là.

Yes you're right, I write with just guitar and voice. I have to get it to someplace interesting where I can still play it alone, and it has to be structurally sound, so to speak. But all the same while I'm writing I'm picturing how it will be on record, so I have some idea about the arrangement while it's coming together. Everyone who plays on the record comes up with their own parts, and each song is its own process. Sometimes it ends up really close to how I imagined it, and sometimes the arrangement is like a chemical catalyst that reveals something in the song that I didn't know was there. But that's all thanks to the band. I feel very fortunate that I get to assemble these players together, because I love what they do on their own, and they all play in many other situations and projects, but I think something nice happens with this particular line up. So this is the second record I've made with basically the same people on board (Brent Cordero, Andy Macleod, Matt Marinelli, Ryan Sawyer, Jordi Wheeler) and a few others contributing here and there.

As-tu des projets parallèles, de différents styles et es-tu intéressé par la musique électronique ?
Do you have any side projects of different musical styles? Are you interested in electronic music and would you play some?

La musique électronique a toujours été très importante pour moi. Dans presque tous les enregistrements que j'ai fait, il y a des synthétiseurs analogiques et, même au-delà de ça, je pense que l'écoute de la musique électronique a affecté la façon dont je structure les chansons - les types de motifs rythmiques qui me plaisent, la répétition avec variation et comment je pourrais essayer d'intégrer le drone comme un élément structurel - beaucoup de tout ça vient de la musique électronique car elle a certaines tendances formelles qui sont différentes de la façon dont les musiciens viennent à penser lors de l'écriture pour les instruments traditionnels. Je pourrais penser à Cluster quand je travaille sur une partie de guitare, par exemple, ou Eliane Radigue quand je construis un arrangement. Même lorsque j'utilisais des cordes ici et là, j'avais à l'esprit des compositeurs comme les spectralistes, qui ont été influencés dans leur écriture pour cordes par des possibilités d'abord ouvertes par la technologie - l'analyse informatique du son enregistré, la notation pour des intervalles microtonaux très précis et le spectre des harmonies, etc. La musique électronique a éclairé certaines possibilités inexplorées des instruments de l'orchestre. Comment cela serait si tu transposais (à coup sûr, une version profane) cette palette sonore à un arrangement de chanson ? Le morceau Spectrum, sur Dispossession [son deuxième album, ndlr] parle de cela. Je n'ai pas tendance à me limiter dans mes écoutes - j'aime chercher des parallèles. Et quand je fais quelque chose, j'essaie de tirer et de trouver des choses que j'aime, même si différentes, un moyen de les faire vivre ensemble confortablement.

Electronic music has been really important to me. Almost all of the records I've made involve analog synthesizers, but even beyond this I think listening to electronic music has affected the way that I structure songs - the kinds of rhythmic patterns that appeal to me, repetition with variation, and how I might try to incorporate drone as a structural element - a lot of it comes from electronic music, because electronic music has some formal tendencies that are different from the way musicians tend to think when writing for traditional instruments. So I might be thinking about Cluster when I'm working on a guitar part, for example, or Eliane Radigue when I'm building up an arrangement. Even when I've used strings here and there, I had in mind composers like the Spectralists, who were influenced in their writing for strings by possibilities first opened up by technology - computer analysis of recorded sound, scoring for very precise microtonal intervals and the spectrum of overtones, etc. Electronic music shone a light on some unexplored possibilities of the instruments of the orchestra. I thought, what would it be like if you transposed (admittedly a layman's version of) this sound palette to a song arrangement? Spectrum, from Dispossession, is all about this. I don't tend to draw hard boundaries in my listening - I like to look for parallels. And so when I make something I try to draw from things that I like, however disparate, and find a way that they can live together comfortably.

https://www.youtube.com/watch?v=TqtoSig0cqE

Comment décrirais-tu ta musique à quelqu’un d'étranger à ton oeuvre ?
How would you describe your music to somebody who doesn’t know your work?

C'est quelque chose avec laquelle j’ai beaucoup lutté - c'est vraiment dur. Par souci de simplicité, j'ai l'habitude de dire que je suis un songwriter, bien sûr cela évoque immédiatement une image qui ne convient pas - quelqu'un avec un chapeau de cowboy ou un truc du genre. S'ils veulent en savoir plus, en général, je leur dis simplement mon nom pour qu'ils puissent me trouver et écouter.

This is something I've wrestled with a lot - it's really hard. For simplicity's sake I usually just say I'm a songwriter, but of course that immediately conjures an image that doesn't quite fit - someone with a 10 gallon hat or something. If they want to know more, usually I just tell them my name so they can find me and listen.

Tu es un fantastique joueur de guitare, j’étais impressionné en concert de voir à quel point ta technique était parfaite et délicate, depuis combien de temps joues-tu et qu’est-ce qui t’as amené à jouer de la guitare ?
You’re a fantastic guitar player, I was amazed live to see how perfect your technique is and delicate, how long have you been playing and what got you into guitar?

J’ai commencé quand j'avais quatorze ans. La guitare était partout. Je connaissais beaucoup de gens qui jouaient et leurs identités étaient à l'époque tellement liées à la musique que je suis tombé dedans. Mais même à ce moment-là, c'est l'utiliser comme un moyen de création qui m'intéressait vraiment. Je n'ai jamais voulu être un dieu de la guitare, je n’ai jamais pris de leçons ou appris de solos. Ce que j'ai fait, c'est que j’ai chopé un quatre pistes et j'ai commencé à écrire des choses en les assemblant avec d’autres parties que j’avais composées avant, j’y allais un peu à tâtons. J'ai fait quelques albums de cette façon, des trucs que je ne jouerais jamais pour personne. Et c'est toujours comme ça, plus ou moins. Je ne me vois pas vraiment comme un guitariste avant tout chose. J’aurais parfois préféré faire du piano à la place, parce que c'est un instrument plus intuitif et qui semble plus adapté à la façon dont je travaille, mais j'ai commencé avec la guitare donc je suis coincé avec. Je m'apprends à jouer les choses que j'écris, c'est une partie du procédé et peut-être la raison pour laquelle ça me prend autant de temps - je dois apprendre à jouer comme ça vient. Et oui, les parties de guitare sont devenues plus compliquées au fil des ans - je pense que cela vient de mes premiers critères, à savoir qu'il faut travailler et être intéressant avec une seule guitare et de la voix. Pour moi, une guitare est principalement un moyen de parvenir quelque part.

I started when I was around 14. Guitar was everywhere. I knew lots of people who played, and so much of one's identity at the time was tied up with music, I just fell into it. But even then I was only really interested in using it as a means to make something. I never wanted to be a guitar god, never took lessons or learned solos. What I did was I got a four track and started writing things, building them up from parts i would come up with, just kind of feeling around in the dark. I made a few albums that way, stuff I'd never play for anyone. And that's how it still is, more or less. I don't really think of myself as a guitarist, first and foremost. I sometimes wish I played piano instead, because it's a more intuitive instrument and seems better suited to the way I work, but I started with guitar so I just stuck with it. I teach myself to play the things I write, it's part of the process and maybe part of the reason it takes me awhile - I have to learn to play as I go. And yes, the guitar parts have become more complicated over the years - I think it stems from my first criteria, that it has to work and be of interest with just guitar and voice. But a guitar for me is mainly the means to get somewhere.

Si je peux me permettre, tu avais l’air très timide et stressé par le concert, mais le public à Paris était très calme et totalement envoûté par ta performance, est-ce que tu aimes jouer en live et joues-tu parfois avec d’autres musiciens sur scène?
If I may, you seemed very shy and stressed by the gig, but the audience in Paris was very quiet and totally charmed by your performance, do you like playing live and do you sometime play with other musicians on stage?

Jouer en live, c’est cool - de mémoire récente, le concert de Paris a été l'un des meilleurs pour moi, et le public avait beaucoup à faire avec cela. Certes, je suis très sensible à l'énergie que je reçois des gens qui écoutent - s'ils sont ouverts et engagés, je vais jouer beaucoup mieux, malgré tout je marche toujours sur un fil entre l'adrénaline et l'anxiété. Avec ce que je fais maintenant, surtout quand je joue en solo, il n'y a pas grand chose derrière quoi se cacher. Ainsi, il peut y avoir beaucoup de pression - le sentiment que tu es sous un microscope et que tout est en jeu. Mais c'est ce qui en fait un incroyable plaisir quand tout se connecte ! À New York, j'ai beaucoup joué avec le groupe que tu entends sur le disque et ça apporte une toute autre dimension. Ça change la façon dont je joue, comment je me réfère à la musique, ça met en évidence d'autres aspects de ce que ça peut communiquer, ça lui donne une nouvelle forme et une nouvelle vie et, contrairement à moi, ils ne jouent jamais quoi que ce soit de la même manière deux fois.

Playing live is great - the Paris show was one of the best in recent memory for me, and the audience had a lot to do with that. Admittedly I'm very sensitive to the energy I'm getting from the people listening - if they're open and engaged, I'm going to play much better, and regardless I always walk a thin line between adrenaline and anxiety. With what I'm doing now, especially when I play solo, there's not much to hide behind. So it can be a lot of pressure - a feeling that you're under a microscope and that everything is at stake. But that's what makes it an incredible high when everything connects! In New York I've played a lot with the band you hear on the records, and that brings a whole other dimension to it. It changes how I play, how i relate to the music, highlights other aspects of what it can communicate, gives it a new form and a new life And unlike me, they never play anything the same way twice.

Photos : David Black

Mixtape

Au final, j’ai fait un mix de musique brésilienne parce que c’est ce que j’ai en tête en ce moment et aussi parce que c’était important pendant l’enregistrement de l’album, il y en a que j’ai découvert plus récemment.

I wound up making a mix of all Brazilian music, because that's where my head is at right now. A lot of this was important to me while working on the record, some of it I discovered more recently.

01. MPB mix
02. Milton Nascimento - Idolatrada (excerpt)
03. Elis Regina - Oriente
04. Antônio Carlos Jobim - Bôto (Porpoise)
05. Olívia Byington & A Barca do Sol - Corra O Risco
06. Edu Lobo - Vento Bravo
07. Beto Guedes - Lumiar
08. Lô Borges - Homem Da Rua
09. Nelson Angelo & Joyce - Comunhão
10. João Gilberto - Undiú
11. Milton Nascimento - Pablo

Tracklist

Mike Wexler - Syntropy (Three:four Records, 14 octobre 2016)

01. Ayin
02. The Engram
03. Syntropy
04. Transfer
05. Circa
06. Anonym
07. Zoe
08. Halo
09. Cloud Housing
10. The Commons


Disco's Out... Murder's In! - Entretien avec Heath Mattioli et David Spacone

Si comme moi vous vous intéressez au punk, à Satan, aux comportements déviants et aux cultures en marge de manière générale, il y a de fortes chances pour que vous soyez familier avec la maison d'édition américaine Feral House. Un peu avant les fêtes je me baladais sur leur site dans l'idée de m'acheter le livre récemment sorti sur l'étrange cas de Craig Smith / Maitreya Kali, lorsque je suis tombé sur une couverture illustrée par Raymond Pettibon. Le titre de l'ouvrage en question : Disco's Out... Murder's In!, son sous-titre : l'histoire vraie de frank the shank et du gang punk rock le plus meurtrier de Los Angeles.
Ayant grandi dans la scène punk hardcore hexagonale de la fin des années 90, début 2000 (j'ai d'ailleurs écrit un article à ce sujet l'année dernière) et ayant lu à peu près tous les livres valables documentant le mouvement, je pensais naïvement savoir plus ou moins tout ce qu'il y avait à savoir sur la tumultueuse et sinueuse histoire de la culture punk.
Pour moi, de manière générale, le punk et le hardcore en particulier est synonyme de fun évidemment mais aussi d'ouverture d'esprit et de questionnement. Je ne vais pas vous faire la longue liste des sujets politico-sociaux régulièrement discutés dans la scène, mais ils étaient nombreux et parfois passionnants. Et même si l'ambiance mal éclairée des squats attirait parfois des profils de marginaux aux allures louches de Guy Georges, que l'on se souvient des atmosphères sur-protéinées et testostéronées des concerts du Kickback de l'époque, que l'on a assisté à de belles démos de KDS (karate dancing style pour les profanes), que les mosh pits abritaient parfois quelques sadiques et que des chiens désorientés par les décibels évoluaient au milieu du public, la scène était globalement bienveillante et accueillante, pas de sensation de danger imminent, la violence y était plutôt moquée voir totalement rejetée, bien contenue en tout cas. Alors évidemment il est impossible de faire une comparaison entre mon vécu et la scène du L.A. de la fin des années 70, début 80 tant il s'agit d'espaces-temps et de contextes totalement différents et lointains, mais les termes "gangs punk rock" et "meurtrier" m'ont interpellé. Comment ça des gangs, des meurtres ? J'avais du mal à comprendre, c'était en contradiction avec la mythologie à laquelle j'étais habitué. Ceci étant, Reagan venait d'être élu, l'ère Carter était jetée aux chiottes et les jeunes américains cramé par le soleil de la côte ouest vivaient dans l'idée qu'ils allaient faire les frais de la menace imminente d'une apocalypse nucléaire sur fond de guerre froide. En ajoutant à ça des foyers brisés et une montée des violences policières entre autres différents problèmes sociaux-économiques, on peut imaginer comment le punk et l'attitude de défiance qui allait avec était le terrain de jeu idéal pour toutes sortes d'envies nihilistes. De plus, si on a lu les écrits de Henri Rollins, Keith Morris ou d'autres ou encore des livres comme American Hardcore : A Tribal History de Steven Blush, on est au courant de la violence engendrée par des meutes de gamins hors de contrôle, on entend parler de cliques et du danger mais ça reste assez fragmentaire, vague. En d'autres termes, je n'étais pas prêt pour ce que propose ce livre : un récit glaçant d'une scène infestée par la violence aveugle de gangs où la mort guette à chaque tournant, une sorte d'Orange Mécanique sous le soleil de Los Angeles.
Encore sous le choc, et même si je me réveillais un an après la sortie du livre, je devais en savoir plus et c'est pourquoi j'ai contacté les auteurs, Heath Mattioli et David Spacone qui ont eu la gentillesse de prendre le temps de répondre à mes questions, car même si leur ouvrage ressemble au journal intime d'un dangereux psychopathe, il a le mérite de rappeler quelque chose de fondamental, si les musiciens font la musique, c'est bien le public qui créé une scène et invente un mouvement, une culture, pour le meilleur et pour le pire.

Crédits photos par Feral House

Avant de parler de Frank et du reste, parlons un peu de vous, quelle était votre expérience du Punk/HC étant gamins ?
Before talking about Frank and all the rest, let's talk about you guys, what was your Punk/HC experience like as kids ?

Heath Mattioli : Mon expérience était périphérique, en marge. J'écoutais la musique et je lisais les fanzines religieusement mais je me tenais à une distance de sécurité.

Dave Spacone : Je n'allais pas aux concerts avant le début de 1984, lorsque j'ai enfin eu une voiture, et la scène était hyper craignos. Je n'ai donc vu qu'une poignée de concerts mais j'ai eu l'occasion d'assister à de la vraie destruction. Avant ça je collectionnais simplement la musique.

Heath Mattioli: My experience was periphery and sidelines. I listened to the music and read the fanzines religiously, but stayed a safe distance away.

Dave Spacone: I didn’t make shows until early 1984, when I finally got a car and the scene was sketchy as fuck. So I only made a small amount of shows, but saw some honest to goodness mayhem. Before then I just collected the music.

Vous connaissiez Frank à l'époque ?

Did you know Frank at the time ?

H : J'ai brièvement rencontré Frank à une soirée en 1984. Dès que j'ai appris que les LMP allaient être là je suis parti. Lui et son gang avaient déjà une dangereuse réputation.

D : J'étais proche avec ses acolytes moins meurtriers donc je le voyais de temps à autre mais je ne traînais pas avec lui, bien trop dur pour moi.

H: I met Frank briefly at a party in 1984. As soon as I found out LMP was going to be there, I left. He and his gang already had a dangerous rep.

D: I was close with his less deadly associates, so I saw him around, but didn’t hang with him — too heavy duty.

Lorsque je lisais votre livre le premier truc que je me suis dit est que si j'avais été là-bas à l'époque, je me serais probablement tenu éloigné des concerts de punk et que ma vie aurait certainement pris une autre tournure. C'était comme se prendre une gifle mais j'imagine que c'était l'intention ?

When i was reading your book the first thing I said to myself was that had I been over there at that time I probably would have stayed away from punk rock gigs and my life would have turned out quite differently. It felt like a slap in the face but I guess that was also the point right ?

H : C'était clairement un truc à part ici, dans l'ouest sauvage. Les Angelenos interprétaient le punk rock comme tout le reste, de manière agressive.

D : Tu aurais eu de la chance de t'en tirer simplement avec une gifle.

H: It was definitely its own animal out here in the Wild West. Angelenos interpreted punk rock much like they do everything else… aggressive.

D: You would’ve been lucky if you only came out of it with a slap in the face.
Dans la préface de Lexicon Devil : The fast times and short life of Darby Crash and the Germs, Adam Parfrey, après s'être fait agresser par une bande de meufs et de gars à un concert des Germs se souvient : "Ce n'était pas des expériences hors du commun dans le Punk Rock aux alentours de 78-79, un prix que j'étais prêt à payer pour me sentir connecté à une scène dans une époque autrement stérile culturellement". Ce n'est qu'après avoir lu votre livre que j'ai réellement saisi le sens d'une telle phrase et ça m'a vraiment troublé parce que le Punk en tant que phénomène culturel ou genre musical a été très largement documenté et j'ai lu plein de livres sur le sujet, mais aucun ne raconte exactement ce qui se passait à L.A. à l'époque. OK, on sait que c'était dur et violent mais pas mortel à ce point, comme s'il s'agissait d'une sorte de tabou. Vous vouliez exposer le secret inavoué du hardcore ?

In the publisher's notes for
Lexicon Devil : The fast times and short life of Darby Crash and the Germs, Adam Parfrey, after being jumped by a bunch of chicks and dudes at a Germs show recalls : "These were not unkown experiences in punk rock circa '78-'79, a price I was very willing to pay for feeling connected to a scene in an otherwise culturally barren time and place". It's only after reading your book that I fully grasped the meaning of such a sentence and it really bugged me because Punk as a cultural phenomenon and music genre has been very widely documented and I read countless books on the subject but none really tells what exactly was going down in LA at the time. Like ok, we know it was tough and rough but not straight up lethal, like it's some sort of taboo. Did you want to expose Hardcore's dirty secret ?

D : Absolument, si tu voulais participer au mouvement hardcore c'est ce avec quoi il fallait composer. La réalité l'emporte sur la perception sympathique du musicien. Il était temps de remettre les pendules à l'heure sur ce qui inspirait la musique, c'était la vie dans la scène.

H : Nous avons grandi en entendant tellement d'histoires cinglées venant de punks des tranchées qui étaient vraiment là (Ils prétendent tous avoir été là... demande leur). Nous pensions qu'il était important de raconter l'histoire du point de vue des gamins qui achetaient leurs places de concerts, le point de vue dysfonctionnel. Ce n'est pas tant un secret mais la plupart de ceux qui peuvent raconter ces histoires sont morts, derrière les barreaux ou ont pris leur distances.

D: Absolutely, if you wanted to participate in Hardcore, it’s what you had to live with. The truth trumps the happy musician perspective (no pun intended). It was time to set the record straight with what was inspiring the music. That was life in the scene.

H: Growing up, we heard so many nutty stories from the trenches, from punks who were actually there. (Everybody claims they were there… just ask them.) We felt it was important to tell the kids, who bought the tickets, side of things—The dysfunctional side. It wasn’t that it was a secret, but most that could have told you these stories are dead, locked up or just completely removed.

Ça m'a fait ouvrir les yeux sur le fait que beaucoup d'acteurs de la scène, de musiciens, semblent ignorer ces faits ou du moins les romancer quand ils se souviennent du bon vieux temps. Le seul auquel je pense qui a admis sa part de responsabilité dans le problème est Jack Grisham dans son livre An American Demon. Pourquoi une vaste majorité d'artistes semble refuser ou minimiser leur implication dans tout ça ?

It's an eye opener, it made me realize that a lot of the players in bands at the time seem to deliberatly turn the blind eye on these facts or at least romanticize them when they reflect on the good old days. The only one I can think of who aknowledges his involvement in the problem is Jack Grisham in his book An American Demon. Why do a vast majority of artists seem to refuse or minimize their part of responsability in this whole thing ?

H : Je ne peux pas parler pour les musiciens et ils n'étaient pas vraiment impliqués dans ce qui se passait dans les ruelles, les slam pits ou les parkings. Bien sûr, certains devaient savoir qu'ils aidaient à inciter ces esprits vulnérables, mais la plupart des musiciens étaient trop occupés à se défoncer et à baiser des meufs et n'avaient aucune chance de... à moins d'être Jack Grisham ou Mike Ness.

D : A vrai dire la plupart ne voient pas les choses ainsi, sur le fait qu'ils avaient une énorme influence sur toute cette folie. La culpabilité est une émotion délicate à négocier. Je ne sais pas si je pourrais assumer non plus.

H: I can’t speak for musicians and they weren’t really part of what was going on in the alleyways, slam pits and parking lots. Sure, some must have known they were helping to incite these vulnerable minds, but most musicians were too caught up getting loaded, and banging chicks, they would usually have zero chance at… unless you were Jack Grisham or Mike Ness.

D: Truth be told, most don’t see it that way, that they had a major hand in the madness. Guilt is a tricky emotion to negotiate. I don’t know I’d be able to cop to any of it either.

Je n'ai jamais cru au fait que des paroles et une musique violente fabriquaient un public violent, pour moi il s'agit d'exprimer sa frustration d'une manière cathartique, créative et libératrice mais Frank dit que ça l'a bien rendu violent et clairement, ces gamins vivaient les choses différemment, c'était personnel, si bien que j'ai du mal à croire que les groupes ne réalisaient pas qu'ils jetaient de l'huile sur le feu, peut-être même qu'ils s'en nourrissaient ?

I've never believed in the fact that violent lyrics or violent music make violent audiences, I think it's just a cathartic way to express frustration through art in a creative and liberating fashion but then Frank says that it did make him violent and clearly, these kids lived it differently, it was personal so I find it hard to believe that bands genuinely didin't realize they were pouring gasoline on the fire and maybe even feeding off it ?

D : J'ai du mal à y croire également et franchement, il semblerait que pas mal d'entre eux modifient leur histoire de nos jours. C'est peut-être une astuce pour rester dans le coup ou pour vendre leurs livres, après que nous ayons dévoilé le pot aux roses.

H : Encore une fois, je suis sûr que certains musiciens punk devaient savoir et peut-être aimer jouer le rôle d'engreneurs, mais la plupart ne sont pas si intelligents qu'on le pense. Je pense que la plupart des musiciens sont de simples vecteurs. Je ne veux pas apparaître comme quelqu'un qui déteste les musiciens, j'ai beaucoup d'amis musiciens... et pas mal d'entre eux sont plutôt intelligents.

D: I find it hard to believe, and quite frankly, seems that a number of them are changing their story these days. This could be a ploy to stay relevant, or sell their book, after the fact, of us letting the cat out of the bag.

H: Again, I’m sure some punk rock musicians must have known and actually enjoyed playing the pusher part, but most were not as bright as one would think. I feel most musicians are just conduits. I don’t want to come off as some kind of musician hater. I have many musician friends… and a lot of them are fairly intelligent.

A la fois, même si Frank dit que la musique a contribué à le rendre violent, on réalise que ce n'était pas tellement à propos des groupes mais plutôt des gamins, ils menaient la danse, comme le dit Frank "le punk rock était entre nos mains". Les groupes se faisaient cracher dessus ou pire, et ce même si le public les aimaient, achetait leur merch et payait pour leurs places de concerts. Il y a ce moment dans le livre où Tony Cadena des Adolescents se fait jeter dans une poubelle et humilier par un membre des LMP, ils n'en avaient tout simplement rien à foutre donc j'imagine que ça a plus à voir avec un contexte global. Qu'est-ce qui a fait que ces gamins de L.A. étaient comme ça ? Qui étaient-ils ? Qui était Frank ?

But at the same time, even if Frank says that the music helped making him violent, you realize that it wasn't so much about the bands it was more about the kids, they were running the show, like Frank says, "punk rock was in our hands", bands were spat at or worse even if the audience liked them, bought their shit and paid for their concert tickets. There's this episode early in the book where Tony Cadena of The Adolescents gets stuffed in a trash can and humiliated by an LMP member, they just didn't give a shit. So I guess it's got more to do with a conjunction of factors and a global context. What made these L.A. kids the way they were ? Who were they ? Who was Frank ?

H : Ces gamins étaient les filles et les garçons d'à côté, en colère, maltraités et mal aimés. Ils ont trouvé un intérêt commun qui était de te faire goûter à un peu de ce que la vie leur avait donné. Le punk rock était la parfaite Bastille.

D : Le hardcore de L.A. avait un son beaucoup plus agressif associé à une urgence inégalée. Ça a donné naissance au slam pit et ce genre de comportement a naturellement débordé dans la vie de tous les jours, les gamins se sont juste laissés embarquer.

H: These kids were the angry, abused, loveless boys and girls next door. They found a common interest, which was, to give you a little taste of what they were given. Punk rock was the perfect bastille.

D: LA hardcore had a sound that was much more aggressive, along with an unmatched urgency. That spawned the slam pit, behavior there naturally
spilled over the side and into every day life. Kids just got caught up.

Il existe pas mal d'histoires assez folles qui ont été raconté dans des livres par des gens impliqués dans le mouvement hardcore, comme celles de Jon Joseph ou Harley Flanagan à New York par exemple, mais qu'est-ce qui fait que L.A. semblait être une planète à part ?

There are quite a few crazy stories that have been told in books by guys involved in the hardcore movement, like Jon Joseph's or Haley Flanagan's from NYC for exemple, but what is it with L.A. that makes it look like it was a planet of its own ?

D : L.A. est enracinée dans la culture de gang. Cette mentalité de panier de crabes s'est naturellement infiltrée et a infecté le punk rock. Le besoin de se protéger des conservateurs, des sportifs musclés, de la police et de l'autorité en général a également joué un rôle. C'était un gros barril de poudre.

H : La côte est avait clairement sa part de violence liée au hardcore mais pas au niveau de ce qu'il se passait ici. La côte ouest est infestée de gangs depuis les années 20. La guerre du punk rock était tout simplement un autre dérivé.

D: LA is rooted in gang culture. That king of the hill mentality naturally seeped in and infected punk rock. Protection from squares, jocks, police, and authority in general, played a part as well. The whole thing was a powder keg.

H: The East Coast definitely had its share of hardcore violence, but not to the levels of what was happening out here. The West Coast has been gang infested since the 1920s. Punk rock warfare was just another spinoff.

La culture cholo des gangs de L.A. devait être un gros facteur mais du point de vue d'un outsider c'est difficile d'imaginer des cholos et des punks bras dessus, bras dessous, comment c'est arrivé ?

The L.A. cholo gang culture had to be a big factor but from an outsider's point of view it's hard to imagine cholos and punks embracing each other, how did that happen ?

H : Ces jeunes punks ont grandi dans des quartiers historiquement ancrés dans les gangs mexicains/vato. Les cholos étaient curieux de ce qui se passait à Hollywood. Ils voyaient ce qui passait aux infos et entendaient ces rumeurs de comportements antisociaux et violents c'était donc une association naturelle. Ça s'est passé dans tout Los Angeles, des communautés de la plage jusque dans la vallée. Les ennuis marchent main dans la main.

D : Les deux sous-cultures avaient des uniformes et un style qui étaient une démonstration ostentatoire de dureté qui communiquait le danger. Ça a tout de suite établi une sorte de parenté qui a donné lieu à une relation unique, différente de ce qui ce passait ailleurs dans le pays et dans le monde pour le coup. Le style, aussi marrant que ça puisse paraître, a joué un rôle important.

H: These punk rock kids grew up in neighborhoods that had historically, entrenched Mexican/vato gangs. Cholos were curious about what was happening in Hollywood. They saw on the news and heard the rumors of antisocial, violent behavior, so was a natural fit. This happened all over Los Angeles, from the beach communities, to the valley. Trouble walks hand in hand.

D: Both subcultures, came with uniforms and looks that were outward displays of toughness that communicated danger. This established a mutual kinship right away that fostered a unique relationship unlike anywhere else in the country, or world for that matter. Style, funny enough, played a big part.

Suicidal Tendencies étaient un peu des emblêmes de ce mode de vie mais j'ai toujours trouvé qu'ils en faisait un peu trop pour être vraiment convaincants, le délire me semblait un peu mis en scène, même si Mike Muir avait une vraie street cred de Venice Beach avec son frère qui était un membre originel des Dogtown Boyz... mais bon, encore une fois, c'est un point de vue d'outsider. Au final (et même si Cyco Miko se fait droiter par un LMP) c'est mecs là, comme beaucoup d'autres, avaient bien un gang autour d'eux et malgré tout vous avez qualifié LMP de "gang le plus mortel de L.A.". J'imagine que cette attestation n'a pas été faite à la légère et pensez-vous que beaucoup des personnes qui savent ont une autre opinion ?

Suicidal Tendencies were posterboys for that lifestyle but I always thought they were a bit too much to be for real, the thing felt staged in a way even though Mike Muir had some solid Venice street cred his brother being a Dogtown original and all, but again, that's from an outsider's point of view. But it turns out (even though Cyco Miko got punched in the mouth by some LMP soldier) that these guys did have a gang around them like many, many others and still, you labelled LMP "L.A.'s deadliest punk rock gang". I'm sure this statement wasn't made lightly and do you think many people in the know would disagree ?

H : Laisse moi te poser cette question : quel gangster va dire que son gang était le deuxième meilleur ? les vrais gangsters ne respectent que les vrais gangsters, mentalité de panier de crabes de base. Suicidal avaient quelques tarés, LADS avaient les leurs, Circle One et LMP avaient insolemment máslocos.

D : Les gens qui savent peuvent ne pas être d'accord. Chacun a le droit d'avoir sa propre opinion en revanche, on ne choisit pas ses faits. Quand leurs livres sortiront, maintenant que nous avons ouvert les vannes, on pourra disséquer tout ça un peu plus.

H: Let me ask you this… what gangster is gonna claim his gang was second best? Real gangsters only respect real gangsters—basic crab mentality. Suicidal had some maniacs, LADS had theirs, Circle One and LMP defiantly had más locos.

D: People in the know can always disagree. Everyone is entitled to their own opinion, but not their own facts. When all their books come out, after we opened the floodgates, then we can dissect this even further.


Soit dit en passant, Suicidal a sorti une chanson en 1990, pas mal de temps après les événements racontés dans le livre donc, intitulée Disco's Out... Murder's In!, vous pensez que c'est un clin d'oeil au graffiti sur le mur du Motel Hell ?

On a side note, Suicidal released a song in 1990, quite some time after the events depicted in the book, called
Disco's Out... Murder's In! do you think it was their way to pay homage to the graffiti on the wall at Motel Hell ?

H : Je ne sais pas où ils ont trouvé le titre, mais il se trouve que beaucoup de gens se souviennent de l'avoir vu écrit sur le mur du Motel Hell des années avant la chanson. Personellement j'aime Suicidal Tendencies, le groupe. Ils étaient rapides et durs et méritent tout le respect qui leur est dû.

D : Peu importe la genèse du titre, c'est secondaire, ce morceau défonce !

H: I have no idea where they came up with the song title. However, more than a few, remember seeing it written at Motel Hell, years before the song. Personally, I dig Suicidal Tendencies, the band. They were fast and hard as ever and deserve all the respect they’ve earned.

D: Whatever the genesis of the song title was, comes secondary—that song rips!

Des liens entre une scène musicale et un underground criminel ont toujours éxisté, et ça a également été bien documenté, que ce soit le Jazz avec les mafias juives et italiennes, les Hell's Angels et le Rock 'n Roll ou ce qu'il s'est passé plus tard avec le Gangsta Rap (d'ailleurs je ne m'attendais pas à une apparition d'Easy E dans le bouquin). Mais au final, malgré les différences, il y avait toujours un truc basique au centre : l'argent. Rien de la sorte avec ces gangs de punks, il s'agissait de tout niquer, les autres équipes, des dealers, des maquereaux, les flics, des homosexuels, les gens qui allaient aux concerts, n'importe qui, le carnage sans raison tangible, le vrai visage de l'horreur. Comme le dit Frank était-ce juste si "amusant de haïr" ?

Links between a music scene and a criminal underbelly have always existed and that's been well documented aswell, whether it be Jazz with the Italian or Jewish Mob, the Hell's Angels and Rock 'n Roll or what happened with Gangsta Rap (I actually wasn't expecting Easy E's appearence in the book) but at the end of the day, despite all the different specifics they all had something basic in common : money. No such thing with these Punk Rock gangs though, it was just about fucking up anybody in their way, other crews, dealers, pimps, cops, homosexuals, concert goers, anybody, mayhem with no tangible reason, the true face of horror. As Frank puts it, was it really just that "fun to hate" ?

D : Je crois sans aucun doute que cette musique est de la haine alimentée d'amusement. Ça implique le chaos qui accompagnait les concerts. Toute cette haine affichée aux concerts reflète à peine tout l'amusement. Il faut aussi considérer, à une micro échelle, la dure réalite à laquelle Frank et d'autres membres du gang étaient confrontés chez eux au quotidien. Ces conditions de vie génèrent une haine de soi qui finie par être projetée vers l'extérieur. Avoir une bande son qui allait avec a certainement rendu le fait d'haïr amusant. Leur haine est venue accompagnée de cette exhubérance particulière qui était illustrée dans le meilleur du hardcore sud californien.

H : C'était de l'amusement pour Frank et beaucoup de membres du gang et c'est devenu très addictif. Santino, le fondateur et la tête pensante derrière LMP, voulait répendre la peur à travers L.A. et la scène punk comme personne d'autre. C'était un leader très déstructeur et retors, presque machiavélique. Santino était à bonne école avec son père "Le Parrain".

D: I believe, without question, that the music is undoubtedly fun filled hate. This includes the mayhem of the shows that came with it. All the hate on display at gigs merely mirrored that fun. Also, consider on a micro level, Frank and others in the gang’s abusive home lives. These conditions generate a self-hate that’s eventually turned outwards. Having a soundtrack for it certainly made it fun to hate. Their hate came with a very particular exuberance that was exemplified in the best of So-Cal hardcore.

H: It was amusement for Frank and many of his fellow gang members and became very addictive. Santino, the founder and driving force behind LMP, wanted to spread fear across LA and the punk scene like no other. He was a very destructive and cunning leader, almost Machiavellian. Santino’s father, Santino’s father, “The Godfather”, taught him well.

Les gamins comme Frank (et c'est fou quand on considère à quel point ils étaient jeunes) ont formé ces gangs pour se protéger des hippies et des connards de sportifs qui leur menaient la vie dure dans la rue, puis ils sont devenus les monstres à leur tour. Ils étaient également fiers de faire partie de ce changement qu'était le Punk/HC mais lorsque ça a évolué ils se sont sentis exclus. C'est presque triste quand Frank trouve que les nouvelles formes de musique ou de modes sont devenues "un tas de merde déroutant", quelque chose dans quoi il avait enfin trouvé sa place lui était soundain retiré, cruelle ironie non ?

Kids like Frank (and it's crazy how young they were) formed these gangs to protect themselves from the older hippie and jock types who were bullying them on the streets and then they later became the monsters. They were also proud of being a part of this change that was Punk/HC but when it evolved they felt left out. It's actually almost sad when Frank says that the music and new trends have become "a pile of confusing shit", something he finally fit into was suddenly taken from him, cruel irony don't you think ?

H : La vie à L.A., la sous-culture, la musique évoluait à un rythme fascinant pendant les années 80. Je pense qu'aucune autre décénnie tient la comparaison. Une semaine t'étais à la pointe, la semaine suivante t'étais ringard. Etant donné que Frank et LMP étaient de la banlieue ils ne pouvaient pas tenir le rythme de l'appétit féroce de la scène d'Hollywood.

D : LMP était au sommet de la chaîne alimentaire, les leaders de la meute, et c'était très confortable. Pourquoi évoluer ? Pas si cruel si tu regardes ça comme ça.

H: LA life, subculture, music moved at a fascinating pace during the 1980s. I believe no other decade compared. One week you were hip, the next, you were out of step. Being Frank and LMP were from the suburbs, they couldn’t keep up with the Hollywood scene’s ferocious appetite.

D: LMP were top of the heap, leaders of the pack and very confortable. Why move forward? Not so cruel if you look at it that way.

Et puis Frank admet sa participation dans la déstruction de la scène. Vous pensez que la musique a en partie changé à cause de l'atmosphère pourrie crée par ces gangs ? Je veux dire, je pense que le Punk/HC était fait pour évoluer rapidement mais est-ce que ça a contribué à accélérer le changement ?

And then Frank aknowledges his part in ruining the scene. Do you think the music changed partly because of the messed up atmosphere these gangs were responsible for ? I mean, I think Punk/HC was meant to evolve rapidly but did they accelerate the shift ?

H : Les vrais artistes évoluent constamment, ils s'interrogent et interrogent les autres. Je pense que le temps du Punk/HC était révolu vers 84/85. Ça a implosé naturellement. Les gens en ont eu marre, sans parler des propriétaires de salles. Quelque chose d'aussi puissant ne pouvait pas durer.

D : Absolument, cette atmosphère crée par les gamins aux concerts était clairement devenue un poids trop lourd à porter. La musqiue et les musiciens devaient partir dans d'autres directions afin que la créativité puisse prospérer. L'art DIY et l'agressivité juvénile ne pouvaient pas continuer ensemble éternellement.

H: True artists are constantly moving, challenging themselves and others. I think hardcore punk rock’s time was over come 84/85. It naturally imploded. People had had it, not to mention the venue owners. Something that powerful could never last.

D: Absolutely, that atmosphere at shows, created by the kids, was definitely a burden that was too much to bear. The music, and musicians, had to go in a different directions in order for their creativity to thrive. DIY art and youth aggression couldn’t go on together forever.

Étant un lointain produit de cette évolution du Punk/HC devrais-je le remercier finalement ?

Being a distant product of that evolution of Hardcore should I sort of thank him for that after all ?

D : Remercie le fait que ta route n'ai pas croisé la sienne ou celle de son équipe.

H : Les français s'y connaissent en couteau non ? Forge de Laguiole.

D: Thank him and his gang for not crossing your path.

H: The French speak knife, right? Forge De Laguiole.

Blague à part, bien que captivant le merdier est vraimant flippant, quand on pense que c'est déjà bien assez horrible ça devient pire. On parle d'ados et certains ont des tableaux de chasse plus fournis que ceux de certains tueurs en série connus, c'est ultra flingué. En écrivant ce livre vous saviez que vous alliez exhumer des affaires irrésolues, ça a été compliqué d'obtenir les feux verts des gens impliqués qui sont toujours dans le coin ?

Jokes aside, although captivating the whole thing is truly horrific, when you think it's already bad enough it gets worse. We're talking about kids and some of them have higher body counts than well known serial killers, how fucked up is that ? When writing this book you knew you were going to bring up some unsolved murder cases, how hard was it to have all the okays from the people involved who are still around ?

H : Frank a eu tous les feux verts avant que nous commencions notre long processus d'interview. Mais nous avons quand même changé certains noms et quelques détails de crimes, comme indiqué dans la préface du bouquin, pour protéger les coupables.

D : Évidemment nous avons également consulté notre conseiller légal. On devait faire ça bien, sans répercussions de la part des forces de l'ordre, ce qui aurait certainement entrainé des réactions violentes de la rue.

H: Frank got the “okays” before we started our lengthy interview process. But, we still changed some names and details of the crimes, like we stated in the opening of the book… to protect the guilty.

D: Of course we went to our own legal counsel as well. We had to get it right, without any law enforcement repercussions, which would have surely manifested into blowback from the streets.

Les LMP sont-ils toujours un gang actif ? Et si oui, sont-ils proches de leurs racines punk rock ?

Is LMP still an active gang ? And if yes how close are they to their Punk Rock roots ?

H : Oui, LMP est et a toujours été actif. Je crois que pendant les années 90/2000 ils sont surtout restés dans le quartier, à foutre le bordel, à botter des culs. Mais il y a eu une résurgence dans la scène punk rock et apparemment les jeunes LMP l'ont adopté et représentent.

D : LMP, de part leur longue histoire en Californie du sud ont aussi une solide présence dans le système pénitenciaire californien. Nous ne savons pas quelles y sont leur affiliations ou leur poids, nous nous sommes surtout intéressés au passé.

H: Yes, LMP is and always has been active. I think during the 90's and 2000's, they just stayed mostly in the neighborhood, causing trouble... kicking ass. But, there has been a resurgence in the punk rock scene and the LMP youth apparently represent and embrace it.

D: LMP, due to their long history in So-Cal, also have a legitimate presence in the California Penal System. Who they're affiliated with and the weight they carry there is unknown to us. We focused primarily on the old punk days.

Un autre truc marquant avec ce livre c'est son ton cru, impénitant, délivré à la première personne, similaire à celui d'une chanson de hardcore avec les paroles qui te sont jetées à la figure. Ça a été difficile de ramener Frank à cette époque, à cet état d'esprit ? J'imagine qu'il a changé depuis ?

Another striking thing about this book is the raw, unapologetic, first person delivery similar to the one of a hardcore song with lyrics thrown at your face. How hard was it to take Frank back to that era, to this state of mind ? I imagine he's a changed man now ?

H : C'était vraiment la partie délicate du projet. Frank répétait sans cesse comment il aurait géré ces situations autrement aujourd'hui. Comment il réagissait sans réfléchir. Le ramener à comment il se sentait à l'époque était ce que nous recherchions. C'est ce qui rend cette histoire si intense. Entendre beaucoup des histoires racontées dans le livre lorsque nous étions gamins mais en voulant capter les émotions plus que les explications et les détails. Réanimer cette bombe à retardement était le coeur du truc. Certains jours il retournait à cet endroit, d'autres jours il voulait simplement papoter.

D : C'est précisément pourquoi ça a pris si longtemps, six ans d'un processus laborieux pour être éxact. Puis assembler toutes ces notes en une narration qui procure une expérience viscérale au lecteur était un autre travail. Par moment c'était un poids pour chacun d'entre nous, mais nous sommes heureux que le rendu ai fonctionné pour nos lecteurs.

H: That was the daunting part of this project. Frank constantly spoke of how he would have handled those situations differently now. How he just reacted without any thought at all. Getting him to go back to how he felt in the moment was what we were after. That’s what made this story so compelling. Hearing many of the stories, depicted in the book, when we were kids, and not just wanting the explanations and the details, but the emotion. Bringing that ticking time bomb back was the juice. Some days he would go there, some he just wanted to small talk.

D: This is precisely why it took so long, six years of that painstaking process in fact. Then, putting all those notes into a narrative that gives the reader a visceral experience was another task. It was a burden for all of us at times, but we’re pleased that the outcome has paid off for our readers.

J'ai lu quelque part que vous étiez en train de travailler sur une adaptation filmique, comment ça se passe ?

I read somewhere that you had a film adaptation in the works, how is that coming along ?

H : Oui, nous travaillons avec des producteurs et une grosse agence qui nous aide à boucler le projet. On espère commencer le tournage en 2017.

D : Nous avons écrit plusieurs jets de scénarios et nous sommes finalement tombés sur une version qui satisfait tout le monde. Heath et moi sommes les seuls auteurs.

H: Yes, we are working with producers and a very strong agency, which is helping to package the project. We are hoping to shoot in 2017.

D: We have written several screenplay drafts and finally have landed on a draft that everyone feels positive about. Heath and I are the sole writers.

Le film va suivre Frank ou abordez-vous l'histoire sous un autre angle ?

Is the movie going to follow Frank or are you tackling the story from a different angle ?


H : Dans le scénario que nous avons écrit Frank est le protagoniste. On se concentre essentiellement sur son foyer dysfonctionnel et ses exploits dans la rue et la scène entre 1979-83/84. C'est forcément une version moins étayée que le livre. Après le film, on espère enchaîner avec une série TV qui ressemblera plus au livre.

D : Etant donné que le livre a sa propre communauté de fans, il était important que les deux projets demeurent proches de la source.

H: In the screenplay (which we also wrote) Frank is the protagonist. Our main focus, on his dysfunctional home life and his exploits in the scene and on the streets from 1979-83/84. It's obviously a much slimmer version of the book. We hope to follow the film with a TV show which will be much more like the book.

D: Since the book has its own cult following, it's important that both projects stay close to the source material.


Avez-vous le sentiment de boucler la boucle, de ramener La Mirada à Hollywood mais ce coup-ci sur le grand écran ?

Do you feel you're going full circle, bringing La Mirada back to Hollywood but this time on the silver screen ?

D : Oui, c'est assez ironique mais tu tapes dans le mille. Ça se passe rarement à l'inverse.

H : C'est une façon intéressante de voir la chose. La vie de Frank était faite pour le grand écran. Il y a tous les éléments nécessaires : amour, trahison, sang, sexe et punk rock, que faut-il de plus ?

D: Yes, it's quite ironic, but you hit the nail on the head. Rarely does it happen in reverse.

H: That's an interesting way to look at it. Frank's life was meant for the silver screen. It's got everything: love, betrayal, blood, sex and punck rock... what else do you need?

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Mixtape

1. X - Los Angels
2. T.S.O.L. - Superficial Love
3. Black Flag - No Values
4. The Adolescents - L.A. Girl
5. Circle Jerks - Wild In The Streets
6. The Germs - We Must Bleed
7. Fear - Gimme Some Action
8. Wasted Youth - Reagan's In
9. 45 Grave - Black Cross
10. The Dickies - I'm A Chollo
11. Red Cross - Clorox Girls
12. Mad Parade- Real Horror Show
13. The Bags- Survive
14. The Middle Class - Out Of Vogue
15. Christian Death - Cavity-First Communion
16. Suicidal Tendencies - Discos Out... Murders In!


Danny Oxenberg l’interview : de Supreme Dicks à Late Superimpositions

C'est à l'occasion de leur concert du 28 octobre à l’espace en cours que j'ai pu m'entretenir avec Danny et Bear. Danny Oxenberg est la voix maîtresse du groupe obscure et mythique Supreme Dicks. Bear Galvin est son pote, son alter ego. Ils viennent ensemble de sortir un sublime album sur le toujours excellent label helvète Three:four records. Late Superimpositions est un Grand disque, un effort fragile au groove hanté et d’une rare sincérité lo-fi ,les morceaux du duo y sont souvent dépouillés,apaisés, plus sereins bien que mélancoliques, loin des tumultes d’antan de Supreme Dicks.

Supreme Dicks fait parti de ces legendes brumeuses de la musique indé au même titre que Jandek. De leurs débuts étudiants au Hampshire College en 84 jusqu’en 1996, le mystère reste entier, quant au nombre de membres qui ont participé au projet, leur parcours et le mythe, le mystère est moindre quant aux collaborateurs et  admirateurs : Lou Barlow , Beck , Ariel Pink , Bonnie Prince Billy …La discographie est en revanche assez concise : trois albums entre 93 et 96 , trois EP et une compilation en 2011 chez jagjaguwar. Une reformation express en 2012 avec quelques dates aux Etats-Unis ( trois à South by Southwest ) et une à Paris en 2013 aux voûtes (voir)

Avant-garde, Expérimentale ou certains diront Post-Rock ,bref la musique est labyrinthique , l’arpège mou, la ductilité sonore et l’Art de sa déconstruction sont à rendre déprimé Derrida. Les titres sont tout aussi occultes : L’adoration de l’agneau mystique , cows of lights, Porridge For The Calydonian Boar…

Toutefois la communication avec Danny et Bear est très agréable et limpide, on parle d’à peu près tout malgré leur nervosité palpable. Du fromage de bourg-en Bresse où ils se rendent le lendemain, d’Isabelle Adjani en Adèle Hugo tourné en Nouvelle-Écosse pour Truffaut. Conversation en bonne compagnie puisqu’ Eric Chenaux (mon guitariste préféré au passage) est là mais aussi un des membres du collectifs de Sublime Frequencies

Le concert commence par une reprise de Simon and Garfunkel  qu’ils révèleront n’avoir jamais vraiment joué ensemble. A l’image de cette reprise le concert est assez bancale et pas toujours très bien accordé mais il s’agit probablement d’un des concerts les plus humbles et touchants auxquels j’ai pu assisté et, pour une première en duo et en public  c’est une superbe performance .

Entretien avec Danny Oxenberg

Pourquoi est-ce que cet album ne sort que maintenant ? Ce sont des nouveaux morceaux sur lesquels vous bossiez ensemble récemment ?

Why this album is released just now ? is it old songs or new material that you’ve been working on together recently ?

Pour moi, je dirais qu’il s’agit de nouveaux morceaux mais certaines personnes diront quand même que c’en est des vieux, si ce que je dis a du sens. Ouais, concernant le “pourquoi maintenant” y a pas de raisons spéciales si ce n’est l’encouragement de Maxime Guitton ( producteur du disque et homme impliqué dans la majorité des événements de grande classe de la vie culturelle parisienne )et Gaetan Seguin de Three:Four Records; et comme je disais , ce sont de nouveaux morceaux , tout du moins plus nouveaux que d’autres qui pourraient sortir à un moment ou un autre,  mais peut-être que pour nous nouveaux signifie des dix dernières années.

For me, i think it is mainly new material,  compared to way older material,  but for many this would still seem like old material to them,  if that makes any sense.   Yeah,  no special reason as to why now, except for the encouragement of Maxime Guitton and Gaetan Seguin at Three:Four Records..   And as i was saying, it is newer material,  at least newer material compared to even older stuff that could be released at some point, but for us perhaps newer material includes the last 10 years...

La reprise de Neil Young I believe in you  est sublime et sonne si naturelle qu’on croirait que c’est un de vos morceaux classiques, qui en a eu l’idée et pourquoi celle-ci plus qu’une autre ?

The Neil Young cover is incredibly beautiful and sounds so natural like it was a classic song of yours, who had the idea of it and why this one more than an other ?

J’avais l’idée de cette chanson, mais Bear est celui qui l’a faite sonnée comme elle sonne. Ma voiture me lâchait , et le pote d’un pote m’a vendu sa vieille Volvo 5  pour 1000 $ , avec un vieux lecteur dedans et plein de cassettes qu’il n’écoutait plus parmi lesquelles les “Decades” album de Neil Young et je me suis souvenu avoir écouté “After The Gold Rush” au lycée et d’avoir particulièrement aimé ce morceau qui raisonnait un peu avec ce par quoi je passais à l’époque.

Concernant la sonorité de notre version, oui merci , Bear a fait du super boulot en produisant , arrangeant et en jouant les instrumentalisations sur ce morceau et les accords Que ajoute un côté qualité hanté. En ce qui concerne ma voix je chante à travers un ampli avec un vibrato, ce qui nous faisait un peu marrer avec Bear sur le moment et si tu fais vraiment attention tu peux l’entendre sur le morceau.

I did have the idea for the song, but Bear is the one who made it sound the way it sounds.  My car was breaking down,  and a friend of a friend sold me their old volvo 5 speed station wagon for 1,000 dollars,  which had a cassette tape player in it,   and he left behind all of these  old cassette tapes, most i didn't listen to but one of them was the  "Decades" album, by Neil Young,  and i remembered listening to the "After The Gold Rush"  album in high school,   and always really liking that song,  Also at the time the song kind of related to some stuff that i was going through...

As far as the sound of our version,  yes, thanks, Bear did a great job arranging and producing and playing the instrumentation on that song, and the Que chord added a bit of a haunting quality.  As far as my vocal,  i sang through an amp with vibrato, which had me and Bear laughing a little bit at the time, which if you listen carefully, you can hear on the track...

Cet album est plus “joyeux” que tous les autres trucs enregistrés avec Supreme Dicks, il y a quelque chose de plus léger, c,était voulu ?

This is album is way happier than all the other stuff you did with Supreme Dicks, there is something lighter,was it something that you wanted ?

Je pense qu’avec Supreme Dicks , c’était plus la psyche des membres impliqués dans le groupe qui créait ce que certains appellent “une synergie négative” , mais pour nous , on essayait toujours de créer une énergie Orgone positive , pour combattre toutes les radiations d’Orgone néfastes autour de nous et du reste, ça parait particulièrement véridique ces temps-ci, mais meme en agissant de la sorte il ya toujours un côté obscure à affronter.

Concernant cet album, je ne dirais pas que c’est un disque joyeux vu que la majorité des morceaux parlent de ruptures, mais il y a quelques moments joyeux comme le Ping Pong Song, c’est un morceau plus gai…et la musique est probablement plus légère que certaines de Supreme Dicks.

I think with the Supreme Dicks,  it was just the psyches of the people involved that perhaps created what some have referred to as  "negative synergy",  but to us,  we were always supposedly just trying to create positive Orgone energy,  to combat all of the DOR (deadly Orgone Radiation)  around us and around everything, especially seems true these days,   but even in doing that there is always a darker side that must be confronted. 

As far as this new album, i wouldn't really call it a happy album, as most of the songs are about broken relationships, but there are a few happy moments,  the Ping Pong song,   that’s a happier song... and the music is perhaps lighter in mood than some of the Supreme Dicks music...

Pourrais-tu nous parler du titre de l’album et de sa pochette faite par Hippolyte Hentgen qui reflète assez bien l’ambiance et le mystère du disque

Could you tell us a little about the title of the record and it’s cover made by Hippolyte Hentgen that matches perfectly the mood and mystery of the recording.

Ah oui, j’aime vraiment leur artwork, et en fait , une fois qu’ils étaient d’accord pour faire le visuel c’était vraiment un honneur, c’est un des trucs qui m’a vraiment inspiré …… et je dois vraiment remercier Maxime, et biensur Gaelle et Lina pour ça.

Oh yeah,  i really love all of their artwork,  and actually, once they agreed to do the artwork that was such an honor,  that is one of things that really inspired me for  this album finally coming out when it did, and I really have Maxime, and of course Gaelle and Lina to thank for that...

Concernant "The ping pong song or (Happiness is a warm pong) » , est-ce que c’est vous qu’on entend jouer du ping-pong dans le fond ? Je crois que c’est le seul morceau métaphysique sur le ping-pong que je connaisse , d’où vient cette inspiration pingpongesque ?

Concerning "The ping pong song or (Happiness is a warm pong) » is it the two of you playing ping pong on the back ? I think it’s the only metaphysical ping pong song I know, where does the pingpong inspiration came from ?

Métaphysque, wow merci. C’est en effet moi et bear qui jouons dans le fond, sur une petite table de ping-pong qu’a Bear chez lui. C’est principalement le titre le plus enjoué et probablement le seul titre vraiment joyeux de l’album et c’est plus ou moins un morceau qui parle de ce qu’on faisait beaucoup à l’époque ; ce qui est toujours une de mes activités préférées, quand je ne souffre pas du dos; jouer au ping-pong, dans ce cas sur une table en extérieur près du Urthe caffe un endroit où je vais presque tous les jours pour boire du café. Donc c’est plus ou moins une histoire vraie sur les activités banales quotidiennes qui peut-être deviennent transcendantes. Peut-être y a t-il un aspect métaphysique à ça. Si il y avait une autre inspiration que celle de la joie de jouer du ping-pong je dirais que ce serait à l’image de mes morceaux preferés des années soixante-dix des Beach Boys qui ont pour sujet la banalité de la vie comme par exemple “Busy doing nothing” sur l”album “Friends”.

Metaphysical,  wow thanks. It actually is me and Bear playing ping pong on the track,  on this tiny ping pong set that Bear had at his house... Basically this one is one of the happier songs, maybe the only really happy song on the album, and its pretty much a song about what we were doing a lot at that time,  which is still one of my favorite activities, when my back is not hurting,  playing ping pong,  in this case at an outdoor ping pong table near the Urth caffe, a place i would go to to have coffee almost every day.   So it is pretty much a true story about mundane daily activities, perhaps becoming transcendent. Maybe there is a metaphysical aspect to that.   If there was an inspiration,  other than the joy of ping pong,  i would say it's kind of in the genre of some of my favorite Beach Boys songs from the seventies about mundane things in life, perhaps like one of my favorites from the"Friends" album "Busy Doing Nothing"...

Il y a sur “I thought I had dreamed of you » à 0:30 secs un son magnifique comme une flute , une scie musicale ou un théremine , qu’est-ce que c’est exactement ?

There is on "I thought I had dreamed of you » at 0:30 a beautiful sound like a flute , a singing saw or a theremin, what is it exactly ?

Merci, je pense que tu fais référence à une flute à coulisse.Il y a aussi un peu plus tard une flûte à bec sur ce morceau.

Thanks,  i think you are referring to the slide whistle.  There is also a recorder a little bit later on that track.

Il se peut que je sur interprète mais sur You can take a bird but you can't make it sing il y a ces quelques lignes qui pourraient parfaitement résumer l’honnêteté et la musique en générale de Supreme Dicks : « it’s such a atypical story, trading guts for glory »

I might overinterpret but on "You can take a bird but you can't make it sing » there are these lines that could stand perfectly for the honesty of Supreme Dicks and your music in general : « it’s such a atypical story, trading guts for glory »

Ouais je te remercie à nouveau, c’est une bonne observation. Je dirais que c’est une interprétation de l’expression : “ a vaincre sans péril, on triomphe sans gloire” mais c’est sensé signifier le contraire de ça, si ça a du sens. Et j’ai toujours pensé que cette chanson était un peu une métaphore de l’histoire des Supreme Dicks meme si ce n’était pas écrit intentionnelement. Je l’ai principalement écrite parce que j’ai rêvé d’une fille que je connaissais, qui assistait à son propre enterrement. Et j’ai eu une relation assez compliqué avec elle qui n’a abouti à rien. En fait ça semblait même moins que rien…un peu comme les Supreme Dicks ! Mais de manière générale je dirais que c’est une chanson sur le fait de désirer quelque chose qui n’arrivera jamais et de l’implication de la mort. C’était un peu comme les Supreme Dicks et d’une certaine façon la vie en générale.

Thanks again,  yeah, good observation.  I would say that it is a take off on the saying "no guts, no glory", but its meant to mean kind of the opposite of that, if that makes any sense.  And i've always thought of that song as a bit of a metaphor for the story of the Supreme Dicks, though it wasn't intentionally written that way.  I wrote the song mainly because i did have a dream about this girl i knew sort of coming from her own funeral.  And i kind of had a complicated relationship with her that pretty much led to nothing.  In fact it almost felt like less than nothing...  Kind of like the Supreme Dicks!  But in general i would say the song is about longing for things that never really happen,  and then death is involved as well.   Maybe that's kind of like the Supreme Dicks,  or just life in general in many ways. 

Vous vous retrouvez de temps en temps avec les Supreme Dicks pour des boeufs ? Doit on s’attendre bientôt à une reunion ?

Do you sometimes guys from Supreme Dicks catch up and play together ? should we expect a reunion soon ?

J’aimerais beaucoup à un moment enregistrer un dernier album des Supreme Dicks, si on parvenait à réunir certains membres, mais je ne crois pas que ça arrivera. Certains, la majorité, sont sur la côte Ouest et d’autres Est. Ou alors au moins sortir plus de nos “lost recordings”, ce qu’on pourrait aisément faire vu qu’on s’entend sur tout. Et à ce moment on pourrait faire une réunion même si ce serait dur de réunir tous les membres et de savoir même d’ailleurs qui ils sont vraiment.

I would really like to at some point record one last Supreme Dicks album, if we could get some of the people together,  but i don't know if it will happen.  Some of us are generally on the west coast,  and some on the East coast.   Or at least put out some more of our "Lost" recordings,  which we could easily do, assuming we can agree on anything.  And maybe we can do another reunion at that point, though it would be hard to get all of the members together, or for that matter to even figure out who they are.

Supreme Dicks est un groupe culte pour beaucoup de personnes mais aussi inconnu pour une grande partie , dirais-tu que c’est dû à son aspect trop expérimental et free ou ce serait une volonté de votre part de ne faire parti d’aucunes scènes  ?

Supreme Dicks is a cult band for many people but also unknown to a wider audience, would you say that it is because it’s too experimental and free or just because you never wanted to be caught in a « scene » ?

Question intéressante . J’ai toujours pensé que c’était parce qu’on ne vendait pas beaucoup d’albums. Mais pour répondre plus sérieusement, je dirais que dans un sens Supreme Dicks était un groupe culte bien avant de sortir des disques. Je dirais que c’est dû au fait que le groupe était constitué d’une bande de marginaux non conformistes qui se sont retrouvés ensemble par amitié et qui au final non jamais vraiment été musiciens. La plupart d’entre nous étaient ensemble en classe de philosophie et d’autres en classe de Cinéma.

Puis on a développé cette philosophie de célibataire Reichien végétarien qui est quelque peu expliqué dans Boxset booklet et on jouait et installait nos amplis un peu n’importe où sur le campus, pas une date de programmé, à cette époque on faisait juste de la noise avec nos guitares et amplis et sans aucuns effets. Souvent on accordait meme pas nos guitares où elles n’avaient que deux cordes, un truc du genre. Et c’était bien avant que l’un de nous découvre qu’il y avait un truc qui s’appelait la musique“noise”, meme si j’imagine que la scène No Wave de NY nous a influencé, mais on faisait vraiment quelque chose de nouveau avec le peu qu’on connaissait, et avec juste genre quatre ou cinq guitares et des percussions et parfois des gens qui frappaient des chaises ou des tables un truc du genre, on arrivait a sortir un son, des rythmiques complètement barrés. Et souvent on avait l’impression d’atteindre une sorte d’état de méditation transcendante et démente , proche de la trans ou de la méditation tibétaine. Mais peu de temps après l’extase ou avant, les officiers de sécurité du collège venaient nous couper le son, et alors il y avait normalement une énorme baston avec la sécurité, surtout avec l'un des membres de notre groupe qui méprisait particulièrement la sécurité, ils nous menaçaient de nous virer. Donc, d'habitude on avait environ une demi-heure de musique avant que la sécurité n'arrive, et bien sûr cela nous a jamais calmé,  alors une fois on a capté comment brancher nos amplis sur le toit du bâtiment du Cinéma, (Comme les Beatles dans le film "Let It Be"), de sorte que lorsque la sécurité venait pour nous couper , ils allaient à l'endroit habituel où on jouait à l'extérieur sous les panneaux solaires, mais ils ne pouvaient pas nous trouver ! Nous étions un peu bruyant bien sûr, donc ils pouvaient facilement nous entendre et étaient désespérés à l’idée de monter nous virer, mais en vain. Nous avons donc pu jouer un peu plus longtemps. Mais nous n'allions pas toujours à l'extérieur pour jouer, et souvent nous jouions dans notre "Mod" (module ou appartement) 51. Nous y jouions souvent pendant cinq heures d’affilés, avec des membres qui tournaient. Nous avons même une fois fait un jam de 72 heures autour de Thanksgiving. Je ne suis pas sûr que nous avons joué toutes les 72 heures, mais c’était tout comme. Nous avons également joué pour ce programme télévisé sur le campus, qui s’appelait «Voice of the Top Two», pour lequel nous avons joué un «Merde-a-thon pour l'Afrique du Sud», pour protester contre l'apartheid à cette époque et «Sperm- A-thon pour le Nicaragua "censé aider les Sandinistes avec leur révolution. Peut-être un an plus tard, à la même émission de télévision, Andy Hermann, notre joueur de Sitar qui était encore à l'école secondaire, s’est suicidé en direct dans le programme en buvant du cool-aid au raisin imprégné de cyanure, et nous avions aucune idée de ce qu'il allait faire, et même si nous étions des plus traumatisés par la situation, je pense qu'à bien des égards nous avons été les plus blâmés aussi, au moins par l’Université, qui n'a pas aimé ce que ça a fait à leur réputation. Toutes ces choses se sont produites probablement 5 ans avant que notre premier album, "The Unexamined Life", soit sorti ...

Interesting question.   I always thought it was because we didn't sell many records.

But to answer more seriously,  I would say in a sense the Supreme Dicks were sort of a cult band  way before we even put out any records.  I think this may be because the group was really just a bunch of perhaps non conformist misfits who sort of came together just as friends and in many ways we never really started as musicians at all.  Mainly Some of us were in philosophy classes together,  and some in film making classes.  And then we developed  this Celibate Reichian Vegetarian philosophy, which is somewhat explained in Boxset booklet, and we would play music around the campus just setting up our amps wherever, not at a scheduled show or anything,  and at that time,  we would just play like noise music with our guitars and amps,  but no effects or anything.  Often we would never tune the guitars, or they would just have like two strings on them or something.  And this was really before any of us really knew there was such a thing as "noise" music,  though i suppose the no wave scene in New York had its share of it,  but as far as we knew  we were just doing something totally new,  and with like four or five guitars and some percussion,  just often people hitting chairs or tables or something, we would come up with these totally alien rhythmic sounds, that often didn't even sound like guitars.  And often it would seem like we would achieve some sort of perhaps transcendent demented meditative state,  maybe trance like, or like Tibetan meditation.   But then soon after achieving that or maybe many times before,  the Security officers from the college would come to shut us down,  and then there would usually be like a whole fight with security, especially with one of the members of our group who particularly despised Security, and then they would so to speak pull the plug on us.     So usually we would get in about a half hour of music playing before Security arrived,  and of course this was never enough for us,  so one time we figured out how to plug in our amps, on the roof of the Film building,  (kind of like the Beatles in the movie "Let It Be"),  so that when Security came around to shut us down, they went to the usual spot where they would usually find us playing outdoors, under the Solar Panels,  but they couldn't find us!  We were somewhat loud of course, so they could easily hear us and were desperate to shut us down, but to no avail.    So we got to play a little bit longer that time.    But we wouldn't always go outside to play,  and often we would just play in our "Mod" (module or apartment) 51.  There we would often play for like five hours at a time, perhaps with revolving members.  We even once had a sort of legendary 72 hour jam around the Thanksgiving holiday.  I'm not quite sure we played all 72 hours,  but it sure seemed like it.     We also played on this campus wide TV show back then called "Voice of the Top Two", on which we played  a "Shit-a-thon for South Africa", to protest against apartheid at that time,  and also a "Sperm-a-thon for Nicaragua" supposedly to help the Sandinistas with their revolution.  Then maybe a year  later on that same TV show, our Sitar player,  Andy Hermann, who was still in High School at the time, tragically took his own life live on the show by drinking Cyanide impregnated grape flavored cool-aid,  which we had no idea he was going to do, and even though we were the most traumatized by the situation, i think in many ways we were the most blamed for it as well, at least by the College, who didn't like what it did to their reputation.   All of these things happened probably 5 years before our first album, "The Unexamined Life", even came out...

Ne penses-tu pas qu’en 2016 vous devriez changer le nom de votre groupe en Supreme Cunts pour être moins sexiste ?

Do you think in 2016 you should change your band’s name to Supreme Cunts to be less chauvinist ?

Oui peut-être, meme si je pense que Supreme Pussies nous irait mieux.

Yes, perhaps, though i think Supreme Pussies might be more appropriate for us...

Maxime m’a dit que bear travaillait sur une these et je me demandais qu’en était le sujet ?

Maxime told me that Bear was working on a thesis and I was wondering what was its subject about ?

Il obtiendra son Doctorat aux Pays-Bas fin Octobre, juste avant la tournée. Un truc assez pointu. Le titre c’est : “ Perception de l’amplitude de la modulation avec un ou plusieurs circuits chez l’auditeur doté d’un implant cochléaire.” La couverture est plutôt cool ( sa femme Lisa a fait le visuel ). Les implants cochléaires peuvent restaurer l’audition chez des personnes complètement sourdes, une sorte de miracle moderne. Ça fait vingt ans qu’il fait des recherches sur les implants cochléaires. De nombreux membres des Supremes Dicks ont participé à ses recherches, a écouté des simulations d’implants cochléaires. Curieusement on a tous une très bonne ouïe. Steve Shavel a même publié un poème basé sur l’étrangeté des mots qu’il entendait pendant ses recherches qui se trouve dans son livre : "How Small Brides Survive in Extreme Cold" chez Wave press...

He will receive his PhD in the Netherlands in late October, just before the tour. Pretty technical stuff. The title is: " Perception of amplitude modulation with single and multiple channels in cochlear implant listeners." The cover is pretty cool (his wife Lisa did the art work). Cochlear implants can restore hearing to people who are completely deaf, a sort of modern miracle. He's been doing cochlear implant research for about 20 years. Many of the Supreme Dicks actually participated in his research studies, listening to cochlear implant simulations. Strangely, it turned out that we all had very good hearing. Steve Shavel even published a poem based on his transcriptions of the strange words he heard during the research study, which is in his book of poetry called "How Small Brides Survive in Extreme Cold" on Wave press...

Mixtape

Supreme Dicks / Danny Oxenberg & Bear Galvin - Mixtape by Full moon Fuck

1. Arise! Life Giving Seagull Supreme Dicks ‎– Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
2. Cuchulain (Blackbirds Loom) Supreme Dicks - The Emotional Plague 1996
3. Blue Elephant Supreme Dicks - Breathing And Not Breathing 2011
4. The Forest Song (Or Especially When The October Wind With Frosty Fingers, Punishes My Hair) Supreme Dicks - Breathing And Not Breathing 2011
5. The Ping Pong Song Or ( Happiness is a warm pong ) Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016
6. Châteaux Banana! Parts XIII-XVI Supreme Dicks Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
7. Azure Dome Supreme Dicks The Unexamined Life 1993
8. California ( some may call ) Home Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016
9. Synaesthesia Supreme Dicks - The Emotional Plague 1996
10. Viva La Speedy Orgone Supreme Dicks Workingman's Dick (Archival Recordings 1987-89)
11. I Believe In You Danny Oxenber & Bear Galvin – Late Superimpositions 2016


Nouvelles Académiques : Ilya de Phonoteka & Architecture Vigilante Orchestra

Cela fait plus d’une vingtaine d’années que je rêvais de visiter la Russie sans que l’occasion se présente vraiment. Une fascination qui comme beaucoup, je le présume, provient de la littérature et plus particulièrement pour ma part, de la découverte des Nouvelles de Saint-Pétersbourg de Gogol à un jeune âge. Au retour de ce beau voyage, qui a répondu à toutes mes attentes et plus, l’idée d’écrire un article sur la scène « indie » de Saint-Pétersbourg est venue naturellement, après de belles rencontres. Mais appeler son article : Nouvelles de Saint-Pétersbourg me paraissait un brin odieux. Or à la lecture du grand Fedor et de son livre « Une Sale Histoire » celui-ci écrit : «…tous les Russes de Pétersbourg, tous sans exception, ne disent jamais : Les nouvelles de Pétersbourg mais toujours Les nouvelles académiques. » De nouvelles académiques il sera donc question.

Trouver le pendant musical d’une Littérature à la richesse inépuisable semblait cavalier pour un touriste hebdomadaire. Et pour être très franc ce n’était qu’au travers de : Motorama , de la merveilleuse compilation parût chez Not Not Fun : She Knows More Than She Thinks  (qui regroupe une dizaine d’artistes féminins de Russie et d’Ukraine) , ou encore et toujours chez le fabuleux label de Britt Brown Not Not Fun l’excellent duo Pétersbourgeois de Delicate Feature  et le virtuose XYR que mes connaissances musicales Russes se limitaient. Pour un pays qui s’étend des Carpates à l’Oural c’est un peu restreint. Il me fallait donc du renfort. C’est lors de l’une de mes déambulations dans des quartiers dit : « hype » que je fis connaissance avec Ilya et son disquaire Phonoteka. L’ambiance hipsters se retrouve un peu partout à Saint-Pétersbourg à tel point qu’un label pousse le cliché jusqu’au patronyme douteux de Saint-Brooklynsburg et sort des artistes (genre Bross)  dont le son se rapproche pas mal de Captured Tracks.

« Dude that shit is dope » sont les premiers mots que mon pote Aaron a prononcé à l’écoute d’un morceau qui passait chez Phonoteka. Le groupe en question c’était celui d’Ilya employé chez ce même disquaire avec lequel je me suis entretenu.

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Concernant "Phonoteka" depuis combien de temps ce lieu existe ?
When was it created ?

Phonoteka a été créé le 28 octobre 2005

Phonoteka was created 28 oct 2005

Tu y travailles depuis combien de temps, qui en est responsable et combien de personnes y bosse ?
How long have you been working there ? who's in charge and how many people are working there ?

Ça fait 4 ans que j’y bosse. La responsable est une fille dont le rêve était d’ouvrir un lieu pour les passionnés de musique et de promouvoir des disques rares de différents horizons.

Notre staff comporte quatre vendeurs ( dont moi ), deux filles à l’administration ( pour le site web et les ventes locales ), deux photographes pour le site et un type pour l’évaluation des prix des vinyles.

I'm working there for 4 years. Our director is a girl, and that was her dream to make a store for real music lovers, and promote rare records from all over the world. Our staff is 4 sales managers (including me), 2 girl administrators (for our vinyl website and for local sales), 2 photographers (to make pictures of vinyl on a website), one guy for evaluation of vinyl prices.

Quel type de musique "Phonoteka" met en avant ?
What kind of music genre "Phonoteka" focuses on ?

On n’est pas concentré sur un type de musique en particulier, mais la plupart de nos clients préfèrent le Hard-Rock, le Classic Rock, le Jazz, la musique Classique, le prog, le psyché et le Kraut des années 60-70.

We're not focused on any particular genre, but most of our customers prefer Hard `rock, Classic Rock, Jazz, Classic music and rare Progressive, Psychedelic and Krautrock from 60-70's.

Existe-t-il une connexion, une amitié entre les différents disquaires à Saint-Pet ? Trouves-tu ça difficile de s’occuper d’un disquaire en terme de vente de vinyle de l’import et du prix ?
Is there a connection, friendship between different record shop in Peter ? Do you find it hard to run a record shop in Saint-Peter in terms of vinyl import and prices ?

On se trouve à quelques pas de trois ou quatre autres disquaires mais on est très différent il n’y a donc pas de compétitions. Il y a à peu près vingt disquaires à Saint-Pétersbourg mais nous sommes les seuls à bosser avec l’Europe.

We're located near 3-4 record stores, but all of our specific is different, so the competition is not that hard. There are about 20 record stores in SPb, but only our service is at European level, and prices are cheaper than in most other places (even in Europe) We have a friendship with nearest record stores and one another, which specializes in Russian Music. Due to the recent currency fluctuations it is very hard to keep the prices competitive, but we do our best to make our customers stay with us.

J’imagine que comme dans tous les pays c’est « illégale » de télécharger de la musique et que la vente de disque est difficile, peux-tu nous en dire plus à ce sujet, quels sont les formats que vos clients préfèrent ? Est-ce que vous vendez beaucoup de cassettes ? Concernant la musique indé, quel genre est le plus populaire à Saint-Pétersbourg en ce moment ?
I'm curious about your sells,what format your customers love the most ? do you sell tape a lot ? Concerning indie music what specific genre is the most popular in Saint-Petersbourg these days to you ?

Ce n’est pas légal de télécharger, mais le respect des lois n’est pas soutenu à ce niveau, donc beaucoup de personne préfère télécharger. Les vrais fans achètent tout : LP, CD , Blu-Ray, SACD, DVD, Fan boxes et tout le reste ! Les cassettes ne sont pas très populaires mais la scène locale sort des trucs en édition limitée.

Le truc du moment c’est de ; sonner comme dans les années 80 que ce soit en faisant du garage , du punk , du post-punk , du shoegaze ou de la synth-pop ; et tous les trucs underground du passé. La Techno est très populaire mais plus auprès des DJs. Bref tout est comme en Europe, on ne chevauche pas des ours et on n’écoute plus de chanson carcérale : )

It's not legal to download, but law enforcement is not that effective, so many people prefer to download torrents for free. Real fans of music prefer buy everything: LP, CD, Blu-Ray, SACD, DVD, fan boxes and everything else! Tapes are not so popular, but local scene releases and sells in limited editions. For nowadays it's become very popular to make a band sounds like in 80's: garage punk, post punk, shoegaze, synth pop and all of any underground sounds from the past. Also techno sound is very popular among DJ's. All is like in Europe. We do not ride bears and listen to jail chansone anymore ;)

Concernant ton groupe Architecture Vigilante Orchestra, peux-tu nous en parler un peu ?Avez-vous beaucoup tourné et était-ce en dehors de Saint-pétersbourg voire de la Russie ?
Can you tell us a bit about your band : Bio, Discography etc...
Have you been touring a lot and was it outside of Saint-Petersbourg or even Russia ?

On est assez nombreux dans le groupe, tout déplacement pour des concerts devient assez vite onéreux, on ne joue donc pas très souvent à Saint-Pétersbourg. En ce moment on essaie de, dépasser l’aspect couteux, et de se convaincre qu’il y a un intérêt à tourner en Russie, on laisse les possibilités ouvertes.

Quelle est votre influence majeure ?
Who is your major influence ?

Nous sommes influencés par des sentiments simples et humains et nos intérêts communs sont basés sur des choses basiques qui nous entourent.
C’est dur de nommer des influences parce que nous sommes inspirés par différents artistes de tout horizon et époque confondus.

We are inspired by simple human feelings and our common interests are based on the common environment. It’s hard to name specific artists because we admire all sorts of music of different waves and periods.

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Est-ce important pour vous de chanter en russe y a t-il une symbolique ou c’est juste plus simple qu’en anglais ?
Is it important for you to sing in russian, does it mean something for you or is it just because it's easier for you than in english ?

Écrire des paroles en russe est la plus grande des tortures et la majorité des musiciens russes (excepté les abrutis) te diront que c’est bien plus difficile d’écrire en russe. La langue est mélodique et rythmique mais d’une façon assez complexe, il y a une grande variété et profondeur, ce qui est agréable mais ça relève de l’exploit d’écrire de bons textes en russe. C’est un beau défi en tout cas , écrire en anglais semble un peu facile et malhonnête, on devrait nourrir notre société plutôt que de prétendre en intégrer une étrangère qui est déjà rassasiée.

Composing lyrics in Russian is the biggest torture, and every Russian musician (apart from complete idiots) will say that it is more difficult to write texts in Russian. The language is melodious and rhythmical in a complicated way, and allows greater variety and fullness at that, so it is a great achievement to have written good lyrics in Russian. These is the challenge Russian musicians should meet because it is unjustifiable easy, as well as dishonest to write in English for Russians. The path of least resistance chosen by some particularly bright minds is not worth it. After all, we should nourish our own society, and not simulate anything to squeeze into a foreign and already satiated one.

Quel matos utilisez-vous ?
What gear do you use ?

On est essaye de tirer un maximum du minimum qu’on a. Le matos est beaucoup plus accessible qu’auparavant mais comme on est fauché on fait de notre mieux. Pas de quoi se vanter donc je rentrerai pas dans les détails.

We try to get the maximum out of the minimum we have. Equipment is much more accessible today than before, but we, being poor, use simple tools but get the most out of them. We don’t have anything to brag about here, so I won’t go into detail.

Quand sort le nouvel album et sur quel label est-il ?
when is the new album coming and on what label it is ?

Le nouvel album est sorti le 27 aout à 8h16 (le coup de l’heure c’est la première fois qu’on me le fait) chez Dogma Rgaza https://vk.com/dogmargaza , notre label digital. On cherche désormais des distributeurs pour des sorties physiques en Russie et ailleurs. La sortie est donc passée un peu inaperçue.

New album was released on 27th August 2016 at 8.16 PM on Dogma Rgaza, our digital label. We are looking for distributors of physical copies now, both in Russia and abroad. So the release of the new album was pretty blurred.

Y a t-il à Moscou comme à Saint-Pétersbourg une grosse scène indie parce que je ne l’ai absolument pas trouvée ?
Is there an indie scene in Moscow like in Saint-Petersbourg cos I couldn't find it ?

Une émergence des mouvements indie se répand et il y a d’importantes scènes non seulement à Moscou et Saint-Pétersbourg mais dans d’autres régions. Les choses se développent bien grâce à internet et ne se limitent donc pas à des villes spécifiquement.
Il y a un puissant réseau social en Russie qui n’a pas d’équivalence à l’Est comme à l’Ouest, un véritable bastion de la liberté d’expression. Tout ce qu’il y a d’important concernant la musique se trouve sur ces réseaux. C’est un univers caché dans lequel quelque chose de ridiculeusement magnifique prend vie. Plonges-y !

A powerful rise of indie movement is coming here, and there are important scenes not only in Moscow and St Petersburg, but in other regions too. Things are moving on a great deal thanks to the Internet, so connections in a specific city are not essential. There is a powerful social network in Russia which does not have an equal in East or West, a true stronghold of the freedom of expression. Anything important that’s happening in music, you’ll find it here. It is a hidden world of its own where something ridiculously beautiful is happening. Dive in!

Mixtape

1 Сердцедер - Образа (Moscow) 2 Спасибо - Хорошее отношение (Moscow)
3 Въеби ему, Донателло (Moscow)
4 Materic - Под простыней (Petrozavodsk - Saint-Petersburg) 5 Электроребята - Лампочки (Saint-Petersburg)
6 Starpowers - Бензопила (Vladivostok/Saint-Petersburg)
7 Вторые Брюки - В гости (Moscow)
8 Shokalsky Revenge - Lu4she (Saint-Petersburg)
9 Продавцы-консультанты - Танцевали (Omsk/Moscow)
10 Рука Дочери - Мама, я полюбила веб-панка (Saint-Petersburg)
11 Slackers - Электронная сигарета (Omsk/Moscow)
12 Бумажные Тигры - Ардженто (Tomsk)
13 Prince Champagne - Синий бархат подземелья (Petrozavodsk)
14 Вальс - Пляжные головы (Rostov On Don)
15 Velvet Breasts - Поле боли (Saint-Petersburg)
16 Не твое дело - Я буду рядом (Moscow)
17 Лемондэй - Сережа, ты становишься ракетой (Krasnoyarsk/Saint-Petersburg) 18 ARM Author - Расписание (Omsk/Moscow)
19 ВИА Волна - Вельветовая волна (Saratov)
20 Владимирский Сентиментальный Салон - Котя (Vladimir)


Giannis Papaioannou l'interview

Mon goût prononcé pour les sonorités des années 80 a certainement été éveillé quand vers mes douze-treize ans, un cousin m'a fait écouter l'album Closer de Joy Division ainsi que du Depeche Mode. Cet événement a été un petit tournant dans la mesure où ça m'a sensibilisé à de nouvelles sonorités, celles des synthés en particulier, à une époque où je considérais encore la guitare comme instrument central de tout bon groupe qui se respecte.
Parallèlement à ça, origines familiales obligent, je baignais dans la culture grecque et sa musique entre fêtes autour d'un agneau à la broche dans un jardin, des disques de rebetiko et des concerts de Vangelis qu'un oncle possédait en laserdiscs.

Ce n'est que des années plus tard que j'ai ressenti l'envie de me pencher à nouveau sur cet héritage culturel et de me replonger dans ces sons. Grâce aux internets il ne m'a pas été difficile de renouer avec différents artistes qui m'avaient marqué plus jeune et d'en découvrir beaucoup d'autres par la même occasion. Le contexte actuel de folie autour de la réédition ou de l'exhumation d'artistes oubliés avec l'apparition de pléthore de labels spécialement dédiés à cette activité a également aidé, les gens semblent maintenant plus enclins à partager leurs petites découvertes, quelque chose de relativement obscur et intime est maintenant exposé aux yeux de tous, facilitant énormément les recherches et les découvertes qui vont avec. Si bien qu'au fil de mes déambulations sur la toile en recherche d'artistes grecs post punk/wave/électroniques, je me suis aperçu qu'un nom revenait régulièrement, celui de Giannis Papaioannou, musicien basé à Athènes et actif depuis le début des années 80 au travers de différents projets et actuellement derrière les entités ION et Mechanimal. J'ai pris contact avec Giannis qui a eu la gentillesse d'accorder pas mal de son temps à mes bavardages, pour évoquer son parcours, parler de la scène grecque de l'époque et de ses projets actuels

Interview

Kalimera Giannis comment vas-tu ? la dernière fois que nous avons discuté tu me racontais que tu étais occupé avec le mixage du prochain disque de ION, peux-tu nous en dire davantage ?

Kalimera Giannis, how is it going ? Last time we spoke you were telling me you were busy mixing your next ION record, can you tell us more about it ?

Hey Alex, tout va bien merci. Alors en fait le nouvel album de ION vient juste de sortir. Il complète une trilogie basée sur la notion d'imaginaire sur laquelle j'ai commencé à travailler en 2010.
Les Elfish Tapes, distribuées en téléchargement libre, étaient l'étape initiale de ce projet au long cours. La seconde partie était appelée ΜΑΥΡΗ ΣΥΧΝΟΤΗΤΑ — librement traduit en Fréquence Noire ou Bruit Noir — et est sorti uniquement sur Bandcamp. Cet album-ci s'appelle Unsound et marque la fin du cycle, défini par trois incidents ou marqueurs majeurs survenus dans ma vie.

Hey Alex, all is good, thank you. Actually, the new ΙΟΝ album is ready and just released. It completes an imaginary concept trilogy that I started working on back in 2010. The Elfish Tapes — which was distributed as a free download — was the initial step into this long term project. The second part was called ΜΑΥΡΗ ΣΥΧΝΟΤΗΤΑ — freely translated as Black Frequency or Black Noise — and released through Bandcamp only. Now the new album is called Unsound and marks the end of a circle, defined by three significant incidents or marks in my life.

Le ION précédent était sorti en auto-production, qu'est-ce qui a été prévu pour celui-ci ?

Your last ION record was self-released if I'm not mistaking, what's planned for this one ?

L'année dernière, j'ai décidé de créer une sorte de label privé nommé Ionmusik pour gérer et sortir les albums de ION. Ceci ne veut pas dire que certains de mes projets futurs ne sortiront pas sur d'autres labels comme ceux avec qui j'ai travaillé par le passé, mais pour le moment Unsound sort sur Ionmusik en une édition limitée de 100 CD et 50 cassettes, toutes numérotées, tamponnées et signées et disponibles sur Bandcamp. Le reste de la distribution digitale sur toutes les plateformes en ligne sera gérée également au travers de Ionmusik.

Last year I decided to form some kind of private label that I named Ionmusik for managing and releasing my ION albums.That doesn’t mean that parts of my future works will not be released on other labels, like the ones I’ve been working with in the past. But for now, Unsound, my new album will be released through Ionmusik in a limited edition of 100 CD’s and 50 cassettes, all numbered, stamped and signed. These can be obtained via my Bandcamp site. Additional distribution in all digital stores will be managed through Ionmusik, too.

ion-cover
Maintenant, si ça ne t'ennuie pas, remontons un peu le temps. Ton premier projet était le groupe dark post punk/cold wave Rehearsed Dreams. Quel âge avais-tu à l'époque et qu'est-ce qui t'a donné envie de faire de la musique et de participer à des groupes ?

Now if you don't mind, let's go back in time a bit. Your first project was the dark post punk/cold wave band Rehearsed Dreams, how old were you at the time and what made you want to play music and be involved in bands ?
J'avais treize ans quand un ami a ramené de Londres l'album des Sex Pistols, je l'ai tout de suite enregistré sur cassette et celle-ci a changé ma vie pour toujours.
Plus tard, à dix-sept ans avec Spiros Faros et Bill Soritos, on a fondé The Apparently Dead, un groupe qui au bout d'un moment a fini par devenir Rehearsed Dreams. A mes vingt ans nous avions déjà sorti notre premier — et unique — album, Repulsion.

Quand je regarde en arrière je peux clairement constater que mon envie de jouer dans des groupes a été initiée par l'esprit punk et l'éthique DIY des premiers labels indépendants.

I was thirteen years old when a friend brought the Sex Pistols album from London, I put it on tape at once, and that tape changed my life forever. Then at the age of seventeen together with Spiros Faros and Bill Sorilos we formed The Apparently Dead, a band that turned to be Rehearsed Dreams after a while. By the time I was twenty we already had released our first — and only — album Repulsion. So, when I look back in time, I can clearly see that the only motive to get involved in bands was given by the punk spirit and the DIY ethics of the first independent labels.

Il y avait une vraie scène en Grèce à l'époque avec des groupes comme Alive She Died, Film Noir, Forward Music Quintet, Yell-O-Yell, Xoris Perideraio et bien plus encore, y avait-il un sentiment d'unité entre tous ces groupes ou un circuit particulier dans lequel ils évoluaient ?

There was quite a scene in Greece at the time with bands such as Alive She Died, Film Noir, Forward Music Quintet, Lost Bodies, Yell 'O' Yell, Xoris Perideraio and many many more, was there a feeling of unity in the scene or some kind of circuit for all these bands to revolve around ?

Rehearsed Dreams partageait un local de répétition avec Headleaders, Yell-O-Yell et Villa 21. Tous ces groupes étaient signés sur Creep Records, le premier véritable label indépendant grec. Ce studio — situé dans une vieille maison presque abandonnée de Vironas — accueillait souvent d'autres groupes du label comme Metro Decay. On se connaissait tous et on jouait les uns avec les autres à la moindre occasion, donc oui, il y avait un sentiment d'unité, tout comme il y avait cette envie de partager des idées et des expérimentations soniques les uns avec les autres.
Pour ce qui est du paysage new wave grec dans sa globalité, on doit prendre en considération le fait qu'il y a eu un enrichissement musical dans la scène rock locale des années 80 avec l'apparition de plus en plus de groupes étranges sur le terrain de jeu établi du rock.
Malgré les différentes factions de la sous-culture punk / new wave qui suivaient différentes modes, malgré de fortes restrictions sociales quotidiennes et une forte censure sur toutes les formes d'art — quelque chose qui a peu à peu cessé dans la décennie suivante — la scène punk / new wave grecque était petite mais puissante.

Rehearsed Dreams were sharing the same rehearsal studio with Headleaders, Yell-O- Yell and Villa 21. All of them bands recording for Creep Records, the first real independent Greek label. That studio - located in an old, almost abandoned, house in Vironas - often hosted more labelmates such as Metro Decay. We all knew each other and we often jammed together in every given opportunity. So, yes, there was a feeling of unity, as there was a feeling of sharing ideas and sonic experimentation with each other. As for the whole picture of the Greek new wave, one has to consider that during the 80’s there was a musical enrichment in the local rock scene as more and more strange bands flourished in the established rock playground. Despite the various factions of the punk / new wave subculture who used different fashion styles, despite stronger restrictions on everyday social life, despite even an extensive censorship on all forms of art — something that gradually stopped in the following decade - the Greek punk / new wave movement was small but powerful.

J'ai l'impression que cette scène grecque est passée un peu inaperçue en dehors de ses frontières contrairement à ce qui se passait non loin en Italie par exemple. On dirait que le son venant d'Italie plaisait plus au public étranger, peut-être que le son grec était plus sombre, moins dansant ? Ce n'est que récemment avec les rééditions du Gallop de Lena Platonos sur Dark Entries ou la superbe compilation Into The Light par exemple que ces artistes jouissent d'une plus grande visibilité en dehors du pays, tu vois ça comment ?

For some weird reason I have the feeling that the Greek scene from the 80's was largely over-looked by other European countries as opposed to what was happening at the same time in nearby Italy for exemple. It seems as if the Italian sound had more appeal to foreign audiences, maybe the Greek sound was darker, less dance material ? It's only recently with the reissues of Lena Platonos' Gallop on Dark Entries or the superb Into The Light compilation for exemple that these Greek artists benefit of a larger visibility outside of the country, what's your take on that ?

D'un point de vue de passioné de musique et de collectionneur de disques, je ne pense pas que la scène italienne avait plus d'attrait au niveau européen au sens large. Mais il faut admettre que l'Italie a ouvert ses portes aux nouvelles musiques plus tôt que la Grèce. Un petit exemple qui me vient à l'esprit est qu'il a fallu dix ans pour faire venir Tuxedomoon en Grèce alors qu'ils avaient déjà fait d'innombrables concerts en Italie avant de se produirent à Athènes. Peut-être que ça a à voir avec la langue, je ne sais pas vraiment , mais ce que nous savons tous c'est que la langue italienne trouve mieux sa place dans les structures pop que le grec, même si à l'époque la plupart des groupes locaux utilisaient l'anglais et seuls les punks demeuraient attachés aux paroles en grec.

Seeing it from the view point of a music fan or a record collector, I don’t think the Italian movement had more appeal than the Greek one. On a larger European level, that is. But we all have to admit that Italy opened its doors to new sounds sooner than Greece. A small example that comes to mind is that it took ten years to bring Tuxedomoon for gigs in Greece, when they had already played countless shows in Italy before they first came to Athens. So maybe it has to do with the language, I don’t know really. But, what we all know is that the Italian language finds better comfort to pop structures than the Greek one, although most of the local new wave bands used the English language and only the punk ones remained loyal to Greek lyrics.

A l'inverse les compositeurs classiques/expérimentaux/électroniques grecs étaient reconnus mondialement avec des énormes concerts et des bandes originales légendaires pour le cinéma. Tu as d'ailleurs suivi le cours de Xenakis au Centre de Recherche de Musique Contemporaine (KSYME) à Athènes, que gardes-tu de plus marquant de cette expérience ?

Greek electronic/classical/experimental composers on the other hand were globally recognised through huge concerts and legendary film scores. You actually attended Xenakis' class at the Centre of Contemporary Music Research in Athens, what stuck with you the most from that experience ?

En gros que j'ai réussi à composer, enregistrer et tout éditer sur bandes magnétiques pour finalement livrer ma pièce d'examen final, une composition algorithmique suivant les lignes directrices du professeur Dimitri Kamarotos. Je l'ai appellée Creation et la pièce finale devait être construite et articulée autour de sept algorithmes de composition. Je me souviens encore de M. Stefanos Vassiliades, le directeur du KSYME, faisant irruption dans la pièce pendant que ma composition passait et demandant qui avait écrit la musique que je jouais!

Basically, that I managed to compose, record and edit everything on magnetic tape and finally deliver my final exam piece, an algorithmic composition, according to prof. Dimitri Kamarotos’ guidelines. The title given was
Creation and the final piece should be constructed and sorted through seven compositional algorithms. I still remember Mr. Stefanos Vassiliades, the Headmaster of CMRC, invading the room when my piece was on, asking who wrote the music that was playing!

Tu as fait de la musique pour le cinéma et tu utilises souvent beaucoup de matériel visuel pendant tes performances live, quelle est ta relation au cinéma et aux arts visuels en général ?

You've done sound design for film and you often use a lot of visual material during your live performances, what's your relationship to cinema or to visual arts in general ?

J'ai composé deux bandes son originales pour deux classiques du cinéma muet : The Great White Silence (1924) et Nosferatu (1922). Deux commandes du festival International du Film d'Athènes qui ont été jouées live durant des projections en plein air. Je pense que le cinéma a joué un rôle significatif dans beaucoup de mes explorations musicales, c'est surtout une source d'inspiration. J'aime, admire et respecte le pouvoir des images et la création de mythes modernes dans le cinéma.

I have composed new original scores for two classic silent films : The Great White Silence (1924) and Nosferatu (1922). Both commissioned by Athens International Film Festival, they were performed live on open air screenings. In many parts of my musical explorations I believe that cinema has played a significant role. Mostly an inspirational one. That alone means I love, admire and respect the power of image and the creation of modern myths in cinema arts.

De tous tes projets, Raw est probablement mon préféré, peux-tu nous en parler un peu plus ? J'ai aussi lu quelque part que tu avais des enregistrements inédits, tu penses que ça sortira un jour ?

Of all your projects Raw is probably my favorite, can you tell us a bit more about it ? I also read somewhere that you had some unreleased material, do you think it might come out someday ?

Raw s'est formé dès que je suis rentré de Suède où je faisais mes études. Avec Makis Faros nous avons commencé à faire de la musique pour des salles d'attente imaginaires. On a beaucoup expérimenté avec des boucles sur bande, on y a mélangé les timbres industriels de la musique concrète et enfin on a filtré le tout au travers d'échantillonages numériques et de programmation sur ordinateur. Raw en tant que système coopératif est l'une des raisons pour lesquelles nous avons fondé Elfish Records avec Makis. Nous avons réussi à sortir deux albums de Raw, beaucoup de titres éparpillés sur diverses compilations - locales et internationales - et au moment où nous étions en train de finir le mixage de notre troisième album, nous avons décidé d'arrêter car nos ambitions créatives et artistiques n'étaient plus les mêmes. Puis Elfish Records a cessé ses activités également. Depuis la fin de Raw en 1996, j'enregistre sous le nom de ION. Sur Mind, le troisième album qui n'est jamais sorti, il y a également différents invités, des membres d'autres groupes locaux, mais pour le moment je ne suis ni curieux ni intéressé de fouiller dans mes archives. Je pense qu'il y a eu tant de nostalgie musicale ces dernières années, étant donné que l'on essaye tous de sublimer et d'idéaliser ce qui est loin de nous. Peut-être que ça plaît aux jeunes générations, mais j'ai beau aimer le passé, je n'y suis pas attaché, je préfère m'investir dans ce que le futur a à offrir.

Raw formed as soon as I returned from Sweden where I was studying. Together with Makis Faros we started making music for imaginary waiting rooms. We heavily experimented with tape-loops, we blended in the industrial timbres of musique concrete and, finally, we filtered everything through digital sampling and computer programming. Raw as a co-operative system was one of the reasons why Elfish Records was created by me and Makis. We managed to release two Raw albums, lots of scattered tracks on various compilations (both local and international) and then by the time we were finishing the mixing of the third album, we decided to end this, since our creative or artistic paths could not meet. Then Elfish Records stopped its activities, too. Since 1996, when Raw split up, I am recording under the ION moniker. “Mind”, the third unreleased album of Raw, hosted various guests from other local bands, too, but at the moment I don’t feel curious or interested in digging in my archives. I believe there has been so much music nostalgia over those last years, as we all try to beautify and idealize what is distant from us. Maybe it works for the kids or the younger generations. But my opinion is that I love the past although I’m not fixed to it. I prefer investing in what the future has to offer.

Selon toi comment la musique grecque indépendante fait face à la situation économique et sociale actuelle du pays? Les gens continuent d'acheter des disques et d'aller aux concerts ?

How do you feel Greek independant music is coping with the current social and economical situation in the country? Do people buy records and go to shows like they used to ?

Le futur de l'industrie musicale est testé comme il ne l'a jamais été, le paysage a changé. Même dans un aussi petit pays que la Grèce, il y a des milliers de groupes et d'artistes donc les gens, et les jeunes en particulier, ont trouvé de nouveaux moyens d'écouter toute la musique qu'ils aiment depuis l'époque où sortir un vinyle était ce qui se faisait de mieux. Selon moi, la musique, et l'art en général, doivent s'approprier même les côtés sombres ou fous de l'époque qu'elle représente. C'est pourquoi j'essaye de maintenir une attitude DIY dans chaque étape de la production, même pour le projet Mechanimal, si bien que je me fous royalement de savoir ce qui marche ou non dans les scènes indépendantes ou mainstream grecques. Je suis convaincu que les gens achèterons ton disque s'ils ont passé un bon moment à ton concert. Peut-être que d'autres commanderont ton disque sur ton site ou celui de ton label. Mais les artistes doivent comprendre que nous vivons dans une époque où n'importe quelle information sur la musique et la musqiue elle-même peut être achetée ou volée. Je crois fermement que je serai heureux tant que la musique peut atteindre une ou dix personnes qui veulent communiquer entre elles ou avec moi ou avec nous.

The future of music business today is tested as never before in the past. The landscape has changed. Even in Greece, such a small country with thousands of bands and artists. So, the world and especially young people have found other ways to listen to all music they like, since that time when the release of a vinyl record was a must. For me, music, and art in general, must claim even the dark or the wild side of the times it represents. That’s why, I try to maintain a steady DIY attitude at all stages of production, even for the Mechanimal project. For this reason, I don’t give a damn about any kind of prime barometer on independent or mainstream Greek discography and scenes. I am convinced that people will buy your record when they come to your show and have a good time. Maybe others will order your record from your site, or your label’s site. But artists have to understand that we live in an era where any kind of information about music, even music itself is available to buy or steal. I strongly believe that I'll be happy as long as music reaches one or ten people who want to communicate with each other, or with me, or with us.

Tu suis la nouvelle génération de musciens électroniques grecs ? Tu penses qu'il y a une réaction à l'actualité ? Tu vois des similitudes avec ce qui se passait dans les années 80 ?

Do you follow the younger generation of Greek electronic artists ? Do you think there's a reaction to the current events ? Do you see similarities with what was going on in the 80's ?

Non je ne les suis pas. Je tombe sur des projets intéressants qui aboutissent puis sortent avant de tomber dans l'oubli. Pour ce qui est de l'actualité je remarque un peu plus de bruit de surface actuellement. Concernant les similitudes avec les années 80, je n'en vois aucune.

No, I don’t follow them. I find interesting works getting finished and released and then get lost in oblivion. About current events, I notice some more surface noise now. About similarities with the 80’s era, I see none.

Plus tôt, tu évoquais le fait d'avoir enregistré sur bandes magnétiques et je suis certain que tu as eu l'occasion de manipuler pas mal de matériel analogique au fil des ans, mais à la fois tu es l'un des premiers artistes électroniques grecs a avoir utilisé un laptop sur scène. Quel regard portes-tu sur le débat analo vs numérique qui semble avoir refait surface de nos jours ?

Earlier you mentionned that you recorded material using magnetic tape, and I'm sure you've laid your hands on a lot of analog equipment throughout the years, but at the same time you were one of the first electronic greek artists to use a laptop on stage. What's your take on the whole analog vs digital debate that seems to have resurfaced nowadays ?

J'utilise toujours un laptop sur scène — parfois deux — synchronisé avec deux ou trois synthés analogiques ou d'autres synthés numériques bizarres comme le Tenori-On de Yamaha ou le Kaossilator de Korg. Beaucoup de mes disques on été mixés et produits sur mon laptop donc j'ai appris à être à l'aise avec sa portabilité. j'utilise l'ordinateur portable surtout comme une machine d'enregistrement légère, comme un gros studio qui peut être transporté n'importe où. Et oui, j'ai utilisé beaucoup de matériel analogique et c'est toujours le cas mais j'ai aussi utilisé beaucoup de synthés logiciels qui tiennent un rôle vital dans ma musique, comme le Reaktor de chez NI. Je ne prends pas partie dans le débat analo vs numérique car j'utilise et manipule simplement les instruments comme des sources de sons et si ces sons fonctionnent pour moi, je me fiche de savoir s'ils proviennent d'une source analogique ou numérique. C'est marrant car je suis également un utilisateur de longue date des Oblique Strategies Cards de Brian Eno et Peter Schmidt et je suis souvent tombé sur la carte « Abandonne les instruments normaux ». Donc je pense surtout que ce genre de débats bloquent la créativité quand au final tout ce qui compte c'est de susciter de l'émotion à ton auditoire. Si ta musique ou ton art est efficace, le type de matériel utilisé n'est pas important.

The truth is I still use one laptop — sometimes two — on stage, synched with two or three analog synthesizers or other weird digital synths like Yamaha’s Tenori-On and Korg’s Kaossilator. Many of my albums have been mixed and produced with my laptop so I have learned to feel comfortable with the portability of it. You see I use a portable computer mostly as a light recording machine. Like a strong studio that can be carried anywhere. Yes, I have been using lots of analog gear, too. I still do. And yes, I have been using lots of soft synths that play a vital role in my music, like NI’s Reaktor. I’m not taking any side in the analog vs digital debate because I simply use and manipulate instruments as sound sources and if these sound good to me, it doesn’t really matter if they come from a digital or an analog source. It’s funny, but I’ve also been a long-term user of Brian Eno and Peter Schmidt’s Oblique Strategies cards, and I have often stumbled in the “Abandon normal instruments” one. So, I believe that such debates often block creativity when, in the end, the only thing that counts is to move the audience. If your music or your art is effective, it doesn’t matter what kind of equipment you’re using.

Ça me fait un peu penser à une conversation que j'ai eu cette année avec un pionnier de la techno française, penses-tu que la musique électronique est par définition tournée vers une certaine idée du futur et que s'adapter aux nouvelles technologies fait partie de son essence ?

It reminds me a bit of a conversation I had this year with a French Techno pioneer, do you think electronic music is turned by definition towards a certain idea of the futur and that adapting to new technologies is part of its essence ?

Je trouve fascinant qu'un ordinateur portable puisse communiquer sans fil avec un iPad par exemple, simplement en utilisant le même réseau. Ce type de technologie n'est pas simplement intéressant mais aussi nécessaire à la communication entre musiciens, ça n'empêche pas la créativité. Ça ouvre de nouvelles manières de communiquer en composition électronique. Après tu peux combiner ces deux sources à des instruments acoustiques branchés dans un autre système électronique qui transmet le signal en synchro à un tempo donné par exemple. Et le tout peut être enregistré en temps réel te laissant libre d'éditer tout ce que tu veux pendant le processus de pré-production final.

La révolution MIDI de 83 est née d'un désir de connectivité et de collaboration. Au fil des années on a atteint un stade où des controlleurs MIDI avec des potentiomètres, des boutons et des faders - tous assignés à des sons sur un ordinateur - peuvent être utilisés pour performer ou enregistrer des pistes et ça a certainement influencé la manière dont on appréhende la composition.

I find fascinating the idea that a portable computer can wirelessly communicate with an iPad for example, sharing just the same network. So this kind of technology is something I find not just interesting, but also necessary in the communication between musicians. It doesn’t hinder creativity. It opens paths to new ways of communicating in electronic composition. Then you can combine these two sources with acoustic instruments, plugged in another electronic system that transmits the signal in synch with the given tempo for example. And all these can be recorded in real time letting you do any kind of editing you want in the final pre-production process. The MIDI revolution that spawned back in ’83 was something that flourished by a desire for connection and collaboration. Through the years we have reached an era where MIDI controllers with knobs, buttons and faders - all mapped to sounds on a computer - can be used to perform or record tracks and this has certainly revolutionized the way that we approach composition.

Tu as eu beaucoup de projets différents et ça ne semble pas près de s'arrêter, c'est une sacrée longévité. Ton travail peut être sombre, abrasif par moments et à la fois atmosphérique et délicat dans le sens où l'on sent parfois une certaine fragilité derrière les couches de son. Qu'est-ce qui te pousse à chercher plus loin ? À quel point ton bagage culturel grec influence cela ?

You had a lot different projects and it doesn't look as if it's going to stop anytime soon, i must say that's some serious longevity. You work can be dark, harsh at times yet atmospheric and beautiful in a sense that we can sometimes feel a certain fragility behind the different layers of sound. What keeps you pushing your art further ? To what extent your Greek cultural background has an influence on it ?

Sur un vieux compte MySpace j'avais utilisé la devise « explorer les limites extérieures de l'isolationisme sonore ». Je suis encore là-dessus. La musique, le son et les images sont les mediums qui me permettent d'exprimer tout ce que je vois se produire autour de moi. Je n'ai jamais eu peur d'expérimenter et d'essayer de nouvelles choses. La créativité c'est regarder les choses sous une nouvelle perspective. Évidemment, j'essaye toujours de garder à l'esprit que tout à déjà été dit et fait et que l'important ne réside pas dans l'histoire mais dans la voix de ton imagination. J'ai donc un besoin constant de trouver un moyen de voir les choses sous un autre angle, de me nourrir de sons et d'images avec lesquels je peux jouer par la suite et reconstruire dans mon imagination. Je fais au moins une chose par jour qui va faire travailler mes muscles créatifs, c'est pourquoi j'adore la photographie, ça me maintient les yeux ouverts. Par dessus tout, j'ai appris l'importante leçon d'être plus indulgent envers moi-même, d'arriver à me pardonner de ne pas toujours être à la hauteur de mes propres exigences.

En tant qu'artiste vivant à Athènes j'ai profondément sondé cet inévitable sentiment ambivalent entre enthousiasme et aversion par rapport à ma culture grecque. Lorsque je me balade sur mon plateau créatif, je trouve souvent amusant de considérer le paysage de la campagne grecque comme une forte influence sur ma musique ambiante.

In an old MySpace site I used the motto “exploring the outer limits of sound isolationism”. I’m still on it. Music, sound and imagery are the mediums that allow me to express everything that I see happening around me. I have never been afraid to experiment and try something new. Creativity is all about seeing things from a new perspective. Of course, I try always to remember that it’s all been said before and the importance lies not in the story but in the voice of your imagination. So, I’m in constant need to find a way to see things from a new perspective, feed myself with sounds or images that I later can play with and reconstruct inside my own imagination. I do at least one thing everyday that will exercise my creative muscles. That’s why I love photography. It keeps my eyes open. Above all, I have learned the ultimate lesson to be kind and forgive myself for not always being able to live up to my own high expectations. Since I’m a Greek artist living in Athens, I’ve travelled deep in those inevitable swings of excitement and loathing of my Greek cultural background. I often find it amusing, when I aimlessly wander on my creative plateau, to see the Greek landscape of the countryside as a strong influence on my ambient music.

Tu es aussi DJ, quelle importance ça a pour toi et qu'en retires-tu d'un point de vue personnel par rapport au travail de studio ? Tu gardes un oeil sur la scène club grecque ?

You also DJ, how important is it to you and what do you get from it on a personal level as opposed to studio work ? Do you keep an eye on the Greek club scene ?

Tout ce qui m'intéresse dans un mix c'est la passion et le flow, des bons titres qui vont me faire bouger avec le public. Tu ne peux pas passer de la musique pendant deux ou trois heures simplement pour toi ou simplement pour eux. J'essaye donc d'entraîner les gens dans mon mix, de les toucher d'une certaine manière et de laisser leur groove m'entraîner à mon tour dans des sélections plus surprenantes, c'est une question d'interaction. J'ai entendu certains des meilleurs DJ mondiaux jouer des sets hyper ennuyeux, simplement pour prendre le fric, la drogue ou la fame mais j'ai aussi entendu plein de gamins qui passaient de la techno ou de lajungle et j'ai réalisé qu'ils avaient un vrai talent pour faire bouger leur public. Je ne suis pas fan de la musique de danse d'aujourd'hui, j'écoute encore de la hard techno ou du dub techno voire un peu de deep house, mais je ne peux pas supporter la surenchère de breaks, de sirènes et de montées dans l'EDM d'aujourd'hui, du coup je ne suis plus vraiment ce genre de clubber social aujourd'hui. En revanche j'apprécie toujours beaucoup de mixs que m'envoient de plus jeunes DJ fidèles à la techno, l'electro, le dub et à des trucs plus underground.

I care only for passion and flow in any kind of music mix, about good tracks that move me in synch with the crowd. You simply can’t play music for 2 or 3 hours just for you or just for them. So what I try most is to drag people into my mix of music, move them in any possible way and let their groove lead me in more surprising selections. It’s all about interaction. I’ve heard some of the world’s best DJ’s playing totally boring sets, just to grab the money, the drugs or the fame. But I’ve also heard lots of young kids spinning techno or jungle and realized they have a pure talent in moving the crowds. I’m not so fond of today’s dance music, I still listen to hard techno or dub techno or even some deep house, but I can’t stand the ever rising volume of breaks and sirens and risers in today’s EDM, so that’s why I’m not that kind of social clubber lately. I still enjoy lots of DJ-mixes, though, sent to me by younger DJ’s loyal to techno, electro, dub or more underground stuff.

C'est quoi le plan avec le titre The Beginning de Mechanimal ? Il ne figure nulle part dans votre discographie et je le trouve super bien, vous comptez en faire quelque chose ?

What's up with that Mechanimal track The Beginning ? it's nowhere in your discography and I find it fantastic, any plans for it ?

Merci mais nous n'avons pas prévu d'en faire quoi que ce soit pour le moment. Ce morceau et la vidéo qui va avec marquent le point de départ du projet Mechanimal et notre tout premier concert. C'est un de ces morceaux qui restera bien caché quelque part dans le cyber espace. Peut-être qu'un jour je ferai quelque chose de tous ces travaux obscures.

Thanks, but there are no plans for it not at the moment. Track and video mark the start of the Mechanimal project and our first gig ever. It’s one of those tracks that will remain well hidden somewhere in cyberspace. Maybe someday, I’ll do something for all these obscure works

Qu'as-tu prévu dans un futur proche ?

What have you got planned for the near future ?

Des concert de ION et Mechanimal en Grèce et après on va partir enregistrer le prochain album de Mechanimal dans un studio loin d'Athènes.

Some ION and Mechanimal gigs around Greece. Then, we will start new recordings in a studio away from Athens for the new Mechanimal album.

Audio

Ion - Unsound


Chris Cohen, l'interview

Chris Cohen nous avait surpris il y a a quatre ans avec la sortie de son premier album solo Overgrown Path. Disque parfait de bout en bout aux morceaux pop oscillant entre candeur et vague à l'âme. Depuis plus un mot et on attendait une suite à ce petit bijou. C'est chose faite avec As If Apart sorti il y a quelque mois, toujours sur l'excellent label Captured Tracks. On a donc profité de sa venue à Barcelone au festival BAM pour échanger quelques mots. Une belle rencontre.

As-tu eu une approche semblable ou différente au premier dans la composition de ton deuxième album ?
Let’s talk about the second record. I wanted to know if you had a different approach making it or in what way it was similar to the first one?

Mon approche a été la même, le processus a été le même. J’ai joué tous les instruments et les chansons ont été écrites, comme d’habitude, à partir du clavier. Mais j’ai essayé d’écrire de nouvelles chansons que j’ai voulues plus simples dans la structure. Donc les nouvelles chansons sont un petit peu différentes, et puis je les ai écrites ailleurs donc forcément, ça change un peu, mais ça a été le même procédé de composition. Finalement, les deux albums sont les pièces d’un même puzzle et ils se complètent plutôt bien.

My approach was similar, the process was similar. I played all the instruments, the songs were usually written with the keyboard. I was trying to write different kind of songs. I wanted to write songs more simple in structure so the new ones are a little bit more different. And I was in a different place so music is different but it’s the same kind of process. Also I should say the two albums are certainly like companions pieces, they go together.

Tu n’explores donc pas de nouvelles manières de composer, tu es resté dans la même dynamique ?
So you don’t explore new ways of composing, you are sticking to the same dynamic?

Je dirais que c’est une nouvelle manière de composer. J’ai écrit ce deuxième album il y a deux ans donc difficile de m’en rappeler mais si je me souviens de ma pensée à ce moment-là, je voulais écrire des chansons qui correspondaient entre elles. Tu sais, le genre de chanson que tu peux jouer juste à la guitare ou au clavier sans qu’elle soit dépendante d’un arrangement ou d’autres instruments. Mes chansons devaient être ficelées entre elles et aucune partie ne pouvait être remplacée par une autre. Mais j’ai essayé de me fixer des limites. Donc oui, la composition a été différente. Mais ma manière d’enregistrer ce disque et ma façon de travailler est semblable à ce que j’ai fait sur le premier album et j’ai utilisé les mêmes instruments.

There’s different ways of composing. The second album, I mean it’s hard for me to remember because it’s been a couple of years I was writing these songs, it’s like two years ago. But if I can remember my thinking at the time, I wanted to write songs that were few parts in them and the parts were repeated more. The kind of songs, you know, you could like play on just the guitar or just the keyboard. That sort of song that weren’t dependent on the arrangement with other instruments. Songs that would be like, you could just sit down play and by yourself and they didn’t have a million parts that have crazy key changes and stuff. But I tried to set myself sort of a limit for not to be so prog. The composition part was different, yeah. But the recording process in the way that I work was sort of the same, and a lot of the sounds are similar. And I used the same instruments.

J’ai lu que tu avais mis trois ans à faire cet album, j’ai l’impression que c’est beaucoup de temps. Mais quelle est la limite quand tu composes ? Quand sais-tu que tu y es arrivé et que tu dois t’arrêter ?
I read that you spent about three years making this record. I feel like it’s a lot of time. But when do you think you’ve reached the limit? When do you know you got there and it’s time to stop?

Disons que j'arrive à un stade où, simplement, je sais que le terme est proche, ce stade où je ne veux plus tenter grand chose alors que ça pourrait se prolonger pour l'éternité, et ça me rend triste tant je voudrais donner vie à tout cela. Dès que je sais ce que je veux garder, ça va tout de suite plus vite. J’essaye plusieurs séquences possibles dans une chanson, jusqu'à ce que ça me plaise à l’oreille : je juge ma réaction quand j’écoute la chanson. Je crois d’ailleurs que l’écriture des chansons, c’est la phase qui me prend le plus de temps, et ça c’est le cas depuis que j’ai démarré une carrière en solo. Je pense qu'un bon groupe en studio peut enregistrer plus vite. Moi, je peux changer une partie, puis une autre, et me dire : « Oh, je peux changer celle-ci aussi », et après ça devient un cercle vicieux. Mais c’est ce qu’est ma musique. Quand les gens savent comment je compose, ils me disent : « Mais tu es fou ! » mais je le suis et je l’ai toujours été. Après l’étape du cercle vicieux, le cercle devient de plus en plus petit et les choses se mettent en place.

I sort of get to a point where I just know that the closing is near, at that point there are not many more things I want to try but at a certain point it seems like it could go on forever and I’m really sad like I want all of them to exist. But at the time it goes by, actually it feels really quickly to me. In each song, I try different sequences of which part goes where and things like that, I just keep trying different ways until I find it starts moving towards a thing that I can listen to; I listen to it back and I feel like, ok, this is, yeah, I just judge my reaction when I listen to it back. In the recording process I think that’s the part which I think takes too long. This is it since I’m doing it by my own. I think a good band who goes to the studio can record much quicker. I can change a part and then another and then go like: “oh, I can change this one” and it goes around in circle. And that’s what my music is like. But while I’m doing it someone can say : “this guy is insane” but actually I do, I always do. As I’m going around in circles, they keep getting like smaller and smaller and things do stick actually.

Tu n’as jamais été perdu au point d'avoir besoin de l’aide de quelqu’un ?
You never got lost to the point you need help from other people?

En fait je montre ma musique à mes amis et surtout à Kate, ma copine. Son avis m’est très important. Des opinions de tout le monde, la sienne est la plus importante, sa contribution m’a beaucoup aidé. Si ma musique lui plaît, je sais que c’est bon. Donc je reçois de l’aide si je suis perdu, sinon ce que je fais, c’est que j’écoute beaucoup de musique pour retrouver l’inspiration. Je suis souvent bloqué mais je sais qu’après toutes ces années passées de composition, il y a toujours une porte de sortie à ce problème. Je laisse les choses se faire, après tout on ne peut pas forcer les choses… Il m’est arrivé de bosser des chansons et de ne plus pouvoir rien en tirer et là tu dois vraiment les laisser de côté pour un moment. Mais tu sais quand j’y reviens, si c’est un bon moreau je continue à l’apprécier et si ce n’est pas bon, je ne l’utilise pas et personne ne l’entendra jamais. J’ai une tonne d’idées que personne n’a jamais entendues et qui sont terribles, la plupart de mes idées sont comme ça. Les morceaux que je finis par sortir sont ceux que j'ai écoutés des tonnes de fois : je sais que je les aime et qu'ils sont terminés.

Actually I show my music to my friends. I show my music most to Kate, my girlfriend. And I really value her opinion. Of all people’s opinions, I find that hers is the most important, her input really has helped me a lot. If I make sound she likes, I know it’s good. So I do get help if I’m lost, and when I’m stuck at something, what I do is listening to other people’s music. I get stuck all the time but I know after all these years that there’s always a way out or a way to something new. I just have to let things happen, you can’t force it. I have had times where I have worked on a song and just driven it into the ground and then you really have to take a long break from it. But you know when I go back to things, usually, if it’s good I still like it, and if it’s not good then I just don’t use it and no one would ever hear it. So I have lots of ideas that no one even knows about that are terrible, most of my ideas are like that. But the ones that end up going on there are the ones that I’ve listened to over and over again and like, I now I like it, so it’s done.

Tu m’as dit que tu avais utilisé les mêmes instruments dans ce deuxième album. As-tu pensé à en utiliser de nouveaux ou à te tourner vers les nouvelles technologies ?
You told me that you have used the same instruments in this second album. Don’t you want to use new ones and new technology?

Je n’ai pas souhaité utiliser de nouveaux instruments sur ce deuxième opus, mais je pense que je le ferai tôt ou tard. Souvent je m'imagine jouer le morceau avec un groupe, en situation réelle, et je réfléchis au nombre de musiciens que je pourrais prendre en tournée...

For this second record, I didn’t wanted to use new things. But I’m sure I will. A lot of times I’m thinking about playing the song with a band. Like a real situation and I think how many musicians can afford to take on tour…

Pragmatique…
Pragmatic…

Oui, c’est triste quand tu as une bonne idée et que tu sais qu’elle ne pourra pas être dans la chanson. Disons que je conçois ma musique comme une sorte de « groupe de bar » avec batterie, basse, guitare et clavier. C’est habituellement une formation qui ne dépasse pas quatre membres et j’essaie de penser à la façon d'y parvenir sur un plan financier – par exemple qui dans mes contacts pourrait jouer ces parties quand je vais partir en tournée… C’est comme ça que j’ai travaillé sur ces deux albums mais pour le prochain album, je pense que cette façon de penser m'intéressera moins. J’imagine qu’il y a d’autres instruments dans un groupe. Je veux rester pragmatique mais je devrais pouvoir imaginer de nouvelles sonorités. Rien n'est certain, mais je réfléchis à de nouveaux trucs pour l'été prochain.

Yeah, I think it’s sad when you have a great idea that can’t be done. I mean I think my music is sort of like a bar band or something like drum bass guitar keyboard. It’s usually not more than four people and I try to think how can I get this done economically – like who do I know that would actually play these parts and stuff when I’m gonna do shows… On this two records I was thinking of that and next time around I think I’m getting less interested in that as a way of working. I can imagine there’s maybe some different instruments in a band. I still want to be pragmatic but I think I can imagine some different sounds. I’m not sure yet but I’m thinking about different stuff next summer.

J’ai lu quelque part dans une interview que pour toi le plus important était la musique et après les paroles, que la voix est plus un instrument…
I read that for you, music comes first and lyrics second. Vocals are more of an instrument…

En fait, je ne pense pas tant que ça que la voix soit un instrument. Je voulais dire qu’elle l’était en quelque sorte mais qu'elle est aussi plus que ça, parce qu'elle exprime des mots. Ca n’a rien à voir avec la musique parce que c’est un autre type de langage. Dans mes paroles quand je chante, je dis toujours ce que j’ai à dire. Je veux dire par là que les mots ont un sens mais je pense que dans l’interview je voulais plus dire que pour moi ce qui vient en premier dans une chanson, c’est le son. C'est toujours le son. Pour les mots, c'est comme s'ils devaient être adaptés à ma façon de chanter. Je m'imagine en train de les chanter en concert. J’ai écrit et chanté par le passé des chansons dont je ne suis pas fier. C’est triste, tu sais, d'avoir écrit des textes qu'on n'apprécie pas de chanter. Je veux vraiment que mes paroles aient un sens, du moins pour moi. Ça se rapproche d'un instrument, mais qui dépend beaucoup de la mélodie, c'est pourquoi j'écris toujours la mélodie en premier. Donc d'une certaine façon, les mots sont secondaires.

Well, I don’t so much think of the voice is an instrument. I mean it’s an instrument but it’s more than any other instrument because it’s saying words. There’s a whole other layer to it that’s not even music. In my lyrics when I’m singing, I’m always saying things I want to say. I mean the words mean something but I guess I was trying to say that for me music is primary and it’s about the sound. It’s always about sound. The words are like they have to be just right so I can sing them. I think myself singing them like in a show. I’ve sang, I’ve written lyrics before that I was not proud of in another bands in the past. It’s sad when you have written something and you don’t enjoy singing the song, you know. I really want to put right words and what I’m singing means something to me. So it’s more of an instrument but it’s very dependent on what the melody is doing, and I always write the melodies first. So words are secondary in a way.

Et ça t'intéresserait de ne composer que des musiques instrumentales ?
And would you be interested in only composing instrumental music?

Je l'ai fait, à vrai dire. J’ai composé mes premiers morceaux il y a 10 ou 11 ans. J'écrivais déjà des chansons adolescent mais sans jamais les montrer à quiconque, puis j’ai arrêté d’écrire des chansons à texte à l’université. Avec mon ancien groupe, The Curtains, on faisait surtout de la musique instrumentale. J’adorerais revenir un jour à la musique instrumentale mais pour le moment le défi que cela représente ne me dit rien – je ne suis pas encore prêt à y revenir, mais je veux m'améliorer.

Well, I did. I used to do, I was writing songs like 10 or 11 years ago, probably the first time I wrote song. I used to write songs when I was a teenager but I’ve never showed them to anybody and I stopped writing vocal music when I was in college. My old band, The Curtains, was mostly instrumental music. I would love to go back to writing instrumental music but I have to say right now it doesn’t excite me, the challenge… But I want to get better. I’m not ready to go back to instrumental music.

Musique à l’image, ou musique de films ?
What about music for movies?

Oui j’adorerais faire ça, ce serait fantastique ! Personne ne m’a encore jamais demandé mais si jamais il y a des réalisateurs dans les parages, vous pouvez me contacter (rires).

Sure ! I would love to do that ! Yeah that would be great. No ones ever asked me but if there is any film maker out there, you can reach to me (laugh).

Quand je t’ai vu jouer à Paris il y a quatre ans, tu étais à la batterie. Vas-tu jouer de la batterie ce soir ? Ton set-up a-t-il changé ?
When I saw you in Paris 4 years ago you were like playing drums – are you going to play drums tonight, did the set up change?

Je serai à la guitare ce soir parce que j’ai quelques problèmes de justesse au niveau du chant quand je joue en même temps à la batterie. Sur les anciennes chansons je m'en sortais encore bien, ou peut-être que mes standards étaient moins élevés, mais maintenant j’ai envie que la batterie sonne vraiment fort et j’ai besoin qu'on m'aide. Je trouve ça super d'être à la guitare dans le groupe. La musique s'appuie surtout sur le clavier, en tout cas dans mon esprit, et la guitare c’est un peu la cerise sur le gâteau, donc je peux mieux me concentrer sur le chant.

I’m playing guitar tonight because I was having trouble playing the drums part and singing well. My newer songs are harder. The older songs I could kind of do, or maybe my standards were lower but now I was thinking that I really want the drum sound to be really strong and somebody else needs to help now. It’s great for me to play guitar in this band, the music is mostly keyboard based I mean in my mind, the guitar is just a little extra thing on top. So I can focus more on the singing.

Quand je t’ai vu à Paris je me suis demandé : « oh mon dieu, comment peut-il s’entendre chanter pendant qu’il fait de la batterie ? »
When I saw you that night I wondered : “oh my god, how can he sing and hear himself while playing?”

C'est difficile, mais pas autant qu'il y paraît. Dans certaines salles ça peut être compliqué.

Well, It’s difficult but it’s not hard as it seems. In some clubs it can be hard.

La musique n’est pas ton activité principale. C’est une volonté personnelle ?
Music is not your full time job. Is that something you wanted?

C’est une bonne question. Je pense que ce n'est pas mon intention. J’aimerais gagner beaucoup en faisant de la musique et ensuite faire autre chose. Et je n’aime pas non plus l’idée de devoir dépendre de la musique pour vivre. J'ai juste envie de faire de la musique quand ça me plaît, et ce serait fantastique d'en retirer beaucoup d'argent évidemment, mais j'aime aussi faire des choses différentes. J'aime que la musique soit à part de mes activités habituelles. Je suppose que si l’industrie de la musique avait été différente peut-être que j’aurais une vision différente de la chose. Par exemple si je pouvais vivre de ma musique sans avoir à m’inquiéter des besoins matériels quotidiens, évidemment je jouerais de la musique tout le temps. Mais penser à la musique en terme de « je dois faire ci ou ça », ne me convient pas. Le travail c’est le travail, enfin la musique c’est du travail aussi mais je fais toujours ce que j’aime et je ne fais pas ce que je n’aime pas, donc la musique en tant que job ça n’a pas de sens pour moi. De plus je ne pense pas que ma musique puisse suffire. Peut-être qu’elle changera mais jusqu’à maintenant ma musique ne semble pas tendre vers un style de vie professionnel. En plus, il faudrait que je puisse composer des albums beaucoup plus rapidement que ce que je fais jusqu’à présent, je suis trop vieux (rires).

That’s a good question. I think I don’t really want that. I would like to be paid really well from my music and then do something else. Also I don’t like to depend on music for living. I just want to do it when I feel like it and it would be great to be paid well for it, sure, but I like to do another things too. I like music as a... I just like it to be, you know, something that’s separate from normal concerns. I suppose if the music economy was different maybe I would like... Like if it was something different where you have like a – when you’re like a house...  I don’t know what the word is, like you’re the court composer or something and you have a person who’s your benefactor or something, and you don’t have to worry about your day-to-day material needs, and sure I would love to do music all the time. But thinking of it like “oh! I have to do this”, it’s like, you know. I mean, work is work. I mean, music is work but I always do what I enjoy, and I don’t do anything I don’t enjoy, so it doesn’t make sense as a job for me. And I don’t think I have the kind of music that is like, landing itself...  Maybe my music will change but, so far It doesn’t seem like my music will land itself to a professional lifestyle. And also you really have to make albums much more quickly than I do, I’m too old (laugh).

J’ai l’impression que tu devrais changer ta musique pour passer à un autre palier et pouvoir vivre de ta musique et du coup faire quelque chose que tu n’aimes pas…
I feel like you’d have to change your music to get to the next stage and that would be something you wouldn’t like doing in the end.

L’industrie musicale est un milieu vraiment exécrable. On y croise toujours des personnes sympathiques mais c’est plutôt calamiteux. Déjà, c’est une industrie qui manque d'argent, et puis il y a une certaine moralité, une certaine mentalité de consommation de la musique dans notre monde… je dois dire que c’est une des pires, en tout cas artistiquement parlant – c’est vraiment plutôt brutal, de ce que j'en vois. Quand je vivais de la musique, c’était une période différente, les gens achetaient encore des CD, on recevait son chèque de royalties, on gagnait de l’argent, on pouvait en vivre correctement et je n’avais pas l’impression de faire des choses contre ma volonté. Mais me concernant maintenant, je pense que je devrais vraiment changer ma manière d’être et que je devrais tourner beaucoup plus que ce que je fais maintenant. J’aime partir en tournée mais pas à la fréquence qu'il faudrait.

The music business is such as a terrible business. I’m sorry I mean there’s a lot of great people in it but as far a jobs go or businesses go, it’s a horrible one. There’s very little money in it in the first place and there’s a kind of morality, a mindset of music consumption in our world... I have to say I think it’s one of the worst... at least in art, I think it’s a pretty rough one as far as I can tell. It’s super brutal. When I was making a living from music, it was a different time, when people were still buying CDs, we got actually royalty checks, we made good money doing that, and I didn’t feeling that I was doing something I didn’t want to do. I think for me now, I would have to really change my ways and I’d have to tour a lot more than I do. I enjoy touring but I don’t enjoy it to the level you would need to do it.

C’est intéressant parce qu’il y a une certaine idée glamour derrière l’industrie de la musique avec tout ces groupes et artistes sur la route, etc. mais ce n’est pas comme ça et personne n’en parle…
It’s interesting because there is this glamorous idea behind the music industry, with great bands and singers, touring and so on… But it’s not like that and nobody talks about it.

Oui, je pense que c’est bien d’en parler aussi parce que je pense qu'on cultive le mystère pour pouvoir exploiter les gens. C’est une industrie de l’exploitation. Et cette façade « glamour » est simplement une protection inventée par les exploitants. Ces personnes qui sont sensées vivre cette vie super glamour sont des gens qui restent dans l’industrie pendant un certain nombre d’années et qui la plupart du temps finissent par disparaître. Et ils n’ont pas vraiment une très belle vie. Ça n’a jamais été quelque chose que j’ai voulu faire. Mon père bossait dans la musique et pendant mon enfance j’ai toujours pensé que c’était un monde qui n'était pas fait pour moi. D’ailleurs, je continue à le penser bien que la musique soit finalement mon boulot, mais c’est une passion, c’est comme mon loisir. Un loisir que je fais de manière sérieuse sans le voir comme un travail.

Yes, I think it’s good to talk about it too because I think it’s made mysterious so that people can be exploited. It’s an exploitation industry. The glamour front of it is just protection for people who are doing the exploiting. The people who supposedly live this glamorous lives live them for a couple of years and then most of the time they disappear. And they don’t have very good lives. That’s never been something I wanted to do. My father was in the music industry so growing up I was always had this idea that music was not my thing at all. I still kind of feel that way, although music itself is my ultimate job, but it’s a passion, it’s like my hobby.  And I do it in a serious way but I don’t think of it as a job.

C’est un sujet qui m’intéresse.. Il y a quelques semaines je lisais un article dans le NME don’t le sujet était “Que sont devenus les groupes du boom indie rock anglais du milieu des années 2000”. Un des rare groupes de cette époque que j’aimais bien était The Rakes. Ils se sont séparés et maintenant le chanteur est un mec qui bosse dans l’IT, il crée des apps à Brighton, il a même un profil sur Linkedin. Je me suis toujours dit que quand les groupes splitent, soit ils créent derrière un nouveau projet, soit ils continuent à bosser dans la musique mais à d’autres niveaux...
It’s a kind of topic I’m interested in. A couple of weeks ago I was reading an article in the NME about what became these bands from the British indie explosion back in 2005. One band I liked from that era were The Rakes. They split and now the singer is an IT guy, he’s doing apps and he even has a Linkedin page. I mean, when a band splits you always think that they’re gonna start a new music project or they’re gonna keep working in music at a different level…

Je ne pense pas que je pourrai faire ça. Je veux pouvoir continuer à faire de la musique et je ne veux pas arrêter de faire ce que je fais. Si je peux continuer comme ça, j’aime ce que je fais et j’espère pouvoir le faire pour toujours. L’idée d’avoir un job à plein temps ne m’attire pas du tout. Mon idéal serait un mi-temps dans un bureau, quelque chose don’t je me fous complètement, un truc sans prise de tête avant de rentrer chez moi bosser sur ma musique, sans m'inquiéter pour l'argent.

I don’t think I could do that. I want to keep making music, I actually don’t want to stop what I’m doing. I’m not in that kind of world. If I could keep doing what I’m doing... I like what I’m doing, I wish I can keep doing it, I hope I can keep doing it forever. The idea of having a full time job also doesn’t sound that great to me. My ideal world, like I was saying, is a part-time office job, something I don’t care about at all, just show up do like light work and then go home, work on my music and not have to worry about  money, you know.


Milton Bradley (The End of all Existence), l'interview

Se frotter à Milton Bradley, c’est s’attendre à semer la division. En effet, l’artiste ne jouit pas de la même aura de célébrité que certain de ses contemporains. Et pourtant, Patrick Radomski de son vrai nom est une source d’inspiration inépuisable parmi ses pairs. Générateur d’une musique complexe, profondément lugubre, alternant chaos statique et bourrasques analogiques, Milton Bradley doit autant aux crispations électriques de Sleeparchive qu’aux rêves apocalyptiques de Klaus Schulze. Et ce n’est pas anodin si le premier vrai vinyle techno que j’ai acheté (si j’occulte ma période minimale, hardcore et consorts…) fut Last flight to Cologne. Époque bénie s’il en est d’un revival à une techno pure et brute ! Berlin trouvait alors son second souffle, le Berghain était the place to be, le Tresor venait de rouvrir ses portes, l’Arena organisait certaines des soirées les plus undergrounds de la ville… Pendant ce temps là plusieurs artistes sortaient des salves de tueries qui allaient devenir mythiques, des vinyles ornés de petits macarons simplement tamponnés à la chaine avec le nom du label et le numéro du disque… A l’époque tout le monde jouait le morceau Untitled de l’artiste Unknown. C’est ici que commence l’épopée de cet anti-héros du clubbing, qui après avoir affirmé sa suprématie avec son impeccable album Tragedy of Truth, revient avec un troisième EP de son projet The End of All Existence. Plus accessible pour certains, plus âpre et brutal pour d’autres, le concept a au moins le mérite d’être clair, écrire une symphonie électronique en ode à la destruction de la vie.  Alors à l’occasion de cette nouvelle sortie, on a tenu à s’entretenir avec cet artiste iconoclaste et incontestablement majeur, et pourtant tellement discret.

Interview

Qu’est-ce qui t’as poussé à te lancer dans la musique ?
What led you to launch you into music?

La musique a toujours été un élément central dans ma vie, en particulier ces musiques où je pouvais me perdre dans la dérive de mondes fantasmatiques. Quand j'étais enfant, je suis entré en contact avec la musique en écoutant des cassettes de mix que mes parents s’étaient faits pour eux-mêmes. Sans savoir particulièrement que c’était des sons électronique de Giorgio Moroder, Jean-Michel Jarre ou Kraftwerk qui allaient déclencher mes fantasmes. Tous ces sons venus de la science-fiction m’ont excité pendant un temps.

Music has always been a central part of my life, especially those music that I could loose myself into and drift into phantasy worlds. When I was a kid I got in contact to music by listening to mix tapes my parents made for themselves. Without knowing what exactly it was particularly electronic sound by Giorgio Moroder, Jean Michel Jarre or Kraftwerk unleashed my fantasy. All those science fiction like sounds got me excited by this time.

Le milieu des années 2000 a été très prolifique pour la Techno… Comment t’es-tu venu l’idée de lancer ton label Do Not Resist The Beat ?
The mid-2000s was very prolific for Techno music ... How did the idea to start your label Do Not Resist The Beat come ?

Je voulais déjà produire des disques dans les années 90, juste pour le plaisir. Mais je n’étais jamais vraiment satisfait du résultat en raison du matériel limité que je possédais à ce moment là. À la fin de 2007, un de mes amis m’a fait découvrir certains logiciels qu'il produisait et je découvrais des possibilités étonnantes en combinant ce logiciel avec le matériel que j'avais déjà. Les premières pistes utilisables sont nées assez rapidement et nous avons alors décidé de les sortir.

Je n'ai jamais trop été dans les trucs d’envoi promo donc mon ami et moi-même avons décidé de mettre un peu d'argent et de réaliser mon premier enregistrement. Voilà comment Do not resist The Beat a commencé - comme une future plateforme pour sortir mes propres productions et interprétations de la musique électronique.

I already wanted to produce records back in the 90s, just for fun. But I was never really satisfied with the result because of the limited hardware I owned by this time. By the end of 2007 a friend of mine showed me some software he was producing and I saw amazing possibilities combining this software with the hardware I still had. The first usable tracks were done pretty quickly then and I decided to release them.

I was never much into sending out promo stuff so a friend and I decided to put some money in a pot and release the first own record. That’s how „Do Not Resist The Beat“ started - as a future platform for releasing my own productions and interpretations of electronic music.

the-end-of-all-existence-label-logoAvec d’autres labels comme Horizontal Ground, Frozen Border, etc., vous avez choisi d’adopter une esthétique minimaliste, un son aux grooves froids et tranchants… Cette musique a fini devenir peu à peu le son référence de techno berlinoise. Avec le recul quels souvenirs gardes-tu de cette période ?
With other labels like Horizontal Ground, Frozen Border, etc ... you choosed to adopt a minimalist aesthetic, a sound with cold and sharp grooves ... This music became gradually the benchmark of Berlin Techno. Looking back , which memories do you have of that period ?

Après avoir pris une petite pause, j'ai commencé à m’engager à nouveau avec une musique électronique plus contemporaine en 2006. Après cette période d'abstinence il y avait beaucoup à redécouvrir, ce fut une période très excitante. Je regardais les catalogues des magasins et internet et j’ai découvert les productions de Marcel Dettmann, Sleeparchive et beaucoup d’autres. Ce fut la musique que j'ai aimée à cette époque, Cela semblait nouveau, frais et intéressant. Des clubs comme le Berghain et Tresor, qui a rouvert en 2007, étaient les endroits où je passais beaucoup de temps, et je me suis senti inspiré à nouveau.

After taking a small break I started to get engaged with contemporary electronic music again in 2006. After this time of abstinence there was a lot to rediscover, it was a quite exciting time. I was browsing records shops and the internet and found productions by Marcel Dettmann, Sleeparchive and many more. This was the music I liked by that time, it sounded new, fresh and interesting. And as well clubs like Berghain and Tresor which has been reopened in 2007 were the places I spent a lot of time and got inspired again.

Il y a dans ta musique quelque chose de sombre, froid, mécanique… Ta musique semble très inspirée par les sonorités dub et ambient, plus mentale que physique, non ? Quelle est ta vision de la musique électronique ?
There are in your music something dark, cold, mechanical ... Your music seems very inspired by dub and ambient sounds, more mental than physical, isn’t it ? What is your vision of electronic music?

Je tiens à exprimer certaines humeurs, cela fonctionne mieux sur la couche mentale. Mais je ne dirais pas que je suis inspiré par le dub. Le son "dubby" vient par lui-même quand je produis et il s'inscrit dans le processus de production qui vise à trouver des sons qui reflètent mes émotions, mes sentiments, mes humeurs. De plus, j'aime les morceaux trippy, mais dans le contexte de club, je préfère, la plupart du temps, les tracks qui ont du corps dans un sens plus large.

I want to express certain moods, this is working best on the mental layer. But I wouldn’t say that I’m inspired by dub. The "dubby“ sound just came by itself while producing and I’d call it a follow up of the whole production process which aims to find sounds that reflect or mirror my emotions, my feelings, my moods. Furthermore I like trippy tracks, but in the club context I mostly like physical tracks in a wider sense.

Dans The End Of All Existence tu imagines une sorte de soundtrack à l’apocalypse, d’où t’es venu cette idée ?
In The End Of All Existence you imagine a kind of soundtrack to the Apocalypse, from where comes that idea ?

L'idée de ce projet m’est venue dans un moment assez sombre. En étant inspiré par certains films "Worlds End", le slogan de The End Of All Existence m’est venu à l’esprit. Certaines de mes humeurs donnent souvent naissance à des concepts de rejet, et ce slogan convient de ce scénario de fin du monde dans lequel j'étais à cette époque. J'ai donc développé l'idée de faire une sorte de bande-son pour une fin du monde fictive.

The idea for that project came up in a quite dark moment. Being inspired by some Worlds End movies the slogan of The End Of All Existence came to my mind. Certain moods are often give birth to concepts of releases, and this slogan suited this end of the world scenario I was into by that time. So I developed the idea to make some kind of soundtrack to a fictional worlds end.

Il y a une certaine progression tout le long de ce nouveau EP qui commence par Choir of Devastation plutôt contemplatif et se termine par un Echoes of the Nameless très dur et rugueux. Était-ce ce que tu cherchais dès le début ?
There is a kind of increase during this new EP that begins by Choir of Devastation more contemplative and ends with an Echoes of the Nameless much hard and rough. Was it what you were looking for from the beginning ?

Oui bien sûr. Comme ce projet consiste à créer une sorte de bande-son, les morceaux (même si ce n’est seulement quatre d'entre eux) eux-mêmes devaient être en cascade, une suite logique de sorte que vous êtes en mesure de voyager à travers ma fiction.

Yes, for sure. As this project is about being some kind of soundtrack, also the tracks (even if it’s only four of them) should be in a cascading, logical order so you’re able to have a kind of a travel through my fiction.

Avec ton projet AlienRain, tu démontres une facette totalement différente de ta musique, totalement axée acid techno. Pourquoi avoir segmenté ces différents univers ?
With your Alien Rain project, you demonstrate a completely different side of your music, totally focused on acid techno. Why did you chose to segmente those different worlds ?

Tout en produisant des sons acids, j'ai toujours eu ce thème alien dans ma tête, ainsi que l'image de la tête d'alien bien connu d'ailleurs. Le son de la 303 (Roland TB-303) est tout à fait spécial et unique,  C’était donc une conséquence logique qu’un projet différent en soit sorti. En outre, j'aime l'idée de créer des projets qui sont cohérents et qui développent leur propre univers.

While producing the acid sounds I always had that alien theme in my head, as well as the picture of the well-known alien head. The 303 sound is quite special and unique, so it was a logic consequence to make another project out of it. Furthermore I like the idea of creating projects that are coherent and which develop their own enclosed world.

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Tu sors très peu de disques en dehors de tes propres labels. Pourquoi ce choix ?
You edit only few discs outside your own labels. Why ?

En raison de mon désir d'exprimer, j'ai toujours certaines idées au sujet de prochaines versions. Thématiquement certaines pistes doivent s'inscrire dans un certain contexte. C'est quasiment impossible quand vous êtes sur le label des autres parce qu'il y a toujours des intervenants qui décident des tracks, de la créa, et de l'ensemble du processus. Avoir son propre label vous donne une sorte de flexibilité, je peux décider par moi-même comment, quand et dans quel cas produire un morceau. Cela ne signifie pas que je sois opposé à travailler avec d'autres labels, mais je ne veux pas créer l'ensemble du process aléatoire et hors controle.

Due to my wish to express I always have certain imaginations about upcoming releases. Thematically certain tracks should be inside some context. You hardly get that possibility if you release on other people’s label because there’s other people who decide about the tracks, the artwork, the whole process. Having your own label gives you some kind of flexibility, I can decide by myself what, how, when and in what case I release a track. This doesn’t mean I’m opposed to release on other labels, but I don’t want to create the whole process to random and inflationary.

Ta musique est finalement très attachée à Berlin et on se rend rapidement compte qu’elle en est une fidèle bande son.  Quel impact cette ville a eu et  a toujours sur toi ? Te vois-tu un jour vivre ailleurs?
Your music is ultimately very attached to Berlin and we quickly realize that it’s his truthful soundtrack. Which impact this city has had and still has on you ? Do you see yourself one day live somewhere else ?

L'environnement où tu grandis et où tu vis durant une longue période a toujours une influence sur toi. J'ai toujours aimé l'ambiance brute et sombre qu’avait Berlin jusqu'au milieu des années 90. Cela convenait assez bien à mon humeur à ce moment-là. Ma plus grande influence ce sont les souvenirs de ma jeunesse. Les changements de ces dernières années (maisons peintes, appartements de luxe, des centres commerciaux sans fin) je ne les trouve pas du tout inspirants. Pour ce qui est de vivre ailleurs, je pourrais imaginer partir m'installer au Japon un jour.

The environment you grow up at or you live in for a longer period of time always has an influence on you. I always liked the rough, raw and dark feel Berlin had until the mid 90s. This suited my mood pretty well by this time. The biggest influence were memories from my younger days. The changes of the last years (painted houses, luxury apartments, endless shopping centers) I don’t find them inspiring at all. If it comes to other places, I could imagine to live in Japan one day.

Audio

The End Of All Existence - 6 Minutes Before Dawn

Vidéo

The End Of All Existence - The Final Hours


The Pilotwings l'interview

À mi-chemin entre le secret le mieux gardé d’une micro scène house/techno indée et la fierté nationale, les Pilotwings viennent de sortir un double album sur le label lyonnais BFDM. Une pochette quatre étoiles, onze morceaux kaléidoscopiques et une formule musicale sans équivalent sur le territoire national.
Guillaume et Louis ont répondu à nos questions et mis en perspective leur (courte) discographie, l'essor rhodanien du moment et les encouragements de Teki Latex.

Comment se passe la promo de l'album ? Vu de loin ça me paraît hyper encourageant et positif.

La promo est assurée par Judaah, le boss de BFDM, et surtout Chez Emile qui distribue le label. Ce qui nous prenait beaucoup de temps est donc maintenant une formalité. Parler de « promo » n’est pas vraiment juste dans le sens où on envoie essentiellement notre musique à nos connaissances. Les gens se sont emballés à l’annonce du disque et on reçoit beaucoup de retours positifs, ce qui nous rassure quand même vu que musicalement, on s’est mis à poil sur les onze titres du disque.

Revenons un peu sur la genèse du projet. Vous faisiez de la musique chacun de votre côté avant les Pilotwings ? Judaah parle souvent de cette phase tech-house dans la maturation de votre duo. Vous êtes vraiment passés par là ?

On a geeké ensemble les logiciels de production et fait des morceaux sous des pseudonymes aussi affreux les uns que les autres, avant de se réunir sous Pilotwings il y a cinq ans environ. S’ensuit une grande période de désert musical dont le pic de nullité a été la tech-house, qui n’a même pas le mérite d’être drôle.  Le premier morceau qu’on a mis sur Soundcloud était un mélange de synthpop, de Pharell et de Justice, avec des paroles pédophiles au vocoder. Teki Latex nous avait envoyé un message de félicitation sur Twitter, j’ai encore la capture d’écran.

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En parlant de progression, j’ai l’impression que depuis vos premiers disques, tout est allé à vitesse grand V. Comme si Agorespace et Molitor 71 étaient des échauffements à balles réelles, et qu’une nuit au Boxboys et les Portes du Brionnais amenaient enfin le « truc » Pilotwings. Est-ce que vous partagez ce sentiment ?

On a à la fois plus de temps en studio, et plus de confiance dans ce qu’on enregistre.  Il y a aussi une donnée technique : les morceaux des premiers EP étaient produits piste par piste, en galérant pour chaque manip’ à cause du manque de matériel. On aime toujours les enregistrements à l’arrache qui sonnent comme un pet, la saturation à outrance, etc. Mais en s’équipant un peu mieux, on a pu réaliser des morceaux plus ambitieux, dans la production et l’écriture. La palette s’est élargie et on a pu oser plus de choses, tant que ça nous faisait marrer en studio.

Les quelques trucs que j’ai lu sur votre LP essayent de vous lier à une esthétique 90’s qui reste surement le truc le moins bien délimité et bordé dans le continuum dance music. Il me semble que vous êtes assez détendus avec le fait de concevoir la dance music contemporaine comme la répétition de gimmicks tirés du passé. Est-ce que vous pourriez me parler d’une référence commune qui ferait l’unanimité entre vous deux ? Et a contrario d’ une référence qui fait dissensus ?

On n’a en fait ni l’intention de « concevoir la musique contemporaine », ni celle de rentrer dans une répétition du passé. Les pionniers, les défricheurs nous touchent parce qu’il ont souvent une approche naïve et hésitante mais en même temps des idées fortes. On joue avec cet héritage, ces instruments, avec la même envie de foutre le bordel dans les normes. Sans avoir de véritable héros commun, on cite souvent Yellow Magic Orchestra ou Yello comme groupes qui font de la musique ridicule de la plus belle façon qu’il soit. Pour ce qui est des désaccords, mis à part sur la trap et quelques trucs de library impossibles, il y en a peu.

Je suis toujours assez prudent avec ces notions de scène qui apparaissent au gré des saisons et qui relèvent plus d’un effet journalistique que d’une réalité concrète. Votre ville, Lyon, et votre label, BFDM, sont régulièrement spottés comme le truc du moment.
J’ai l’impression que, pour une fois, tout cela n’est pas fantasmé : les différents artistes/labels de la ville semblent liés à un terreau commun en terme d’état d’esprit, de points de chute (disquaire, radio)… Comment vous résumeriez ça ?

Dès lors que Lyon s’est débarrassé de sa haine des Parisiens, et que les vieux gars de la minimale ont arrêté de gangréner les clubs,  on a commencé à être optimistes et enthousiastes. Il y a eu l’arrivée des disquaires qui sont les parfaits lieux de rencontre, BFDM, Macadam Mambo, LYL radio et l’atelier SUMO, les aventures du Boxboys ou les sauteries délirantes de Groovedge… Beaucoup de projets « débrouille » se côtoient, et de beaux disques arrivent. On pense aux futurs Franck Gérard chez Groovedge, à Lastrack et OKO sur BFDM, Raymonde ou encore le label Silo qui vont tout niquer.

Audio

Tracklist

The Pilotwings - Les Portes Du Brionnais (Brothers From Different Mothers, 2016)

A1. Les Portes Du Brionnais
A2. Aladdinde
A3. Le RSA
B1. Pousse Un Peu Plus Chaque Jour
B2. Christrance
B3. Yomogi
C1. Debeurdinoir
C2. Brigade Des Moeurs
C3. Le Rock Des Plages
D1. John Deere, Tcheu!
D2. Balearic Nordine


Bráulio Amado l'interview

Quand on vient de la culture punk, on apprécie forcément de bosser pour la salle indé en bas de chez soi, et c’est d’autant plus appréciable si en parallèle on est directeur artistique pour l’hebdomadaire économique de Bloomberg. Le grand écart est fascinant, et cette dichotomie est un élément fondateur du travail de  Bráulio Amado, designer graphique portugais expatrié à New York et dont les illustrations ont habillé les pages du New York Times ou de Wired, mais servent, pour les plus personnelles d’entre elles, d’identité au club voisin Good Room.

Derrière la structure cartésienne qui préserve la lisibilité de ses affiches et rares pochettes d’album, il y a bien quelque chose qui subsiste de la la culture punk. Le trait vif, presque rageur de l’écriture manuscrite, le pointillisme dégradé et les contrastes accentués d’un risographe fatigué, le collage d’éléments épars, l’utilisation de l’aérographe, ces éléments sont ceux de la communication de rue, où un flyer découpé et photocopié mille fois se passe de la main à la main, où l’affiche réalisée au marqueur se placarde en deux minutes sur un mur gluant de colle, et où pour s’extraire de l’anarchie visuelle qui va de pair avec cette pratique sauvage, ce qui compte c’est que le message frappe fort.

Il y a dans le travail de  Bráulio l’énergie d’une sous-culture distillée par les conventions graphiques. Et l’ancien Lisboète revient sur ce mélange d’influences, ce qu’il a conservé de sa jeunesse hardcore et comment ce qu’il a emporté avec lui en quittant le Portugal lui a permis de garder une partie de cette identité à travers ses affiches d’une part, mais aussi ses groupes, Papaya, Crime Department et Adorno, des formations dominées par le punk et le noise, à apprécier en fin d’interview.

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Interview

J’ai lu que ton implication dans la scène punk hardcore lisboète t’a conduit à créer des affiches. Tu travailles en ce moment pour Good Room, une salle de Brooklyn où tu vis désormais. La facette communautaire est-elle importante pour toi?
I’ve read that your involvement in the Lisbon punk-hardcore scene led you to poster design. You’re currently working for Good Room, a venue in Brooklyn where you live now. Is the community level important to you?

Oui la communauté est importante pour moi. J’ai grandi dans la scène punk-hardcore et quand j’ai commencé à concevoir des affiches au Portugal, j’étais plus ou moins en train d’apprendre ce qu’est le design. Aujourd’hui, le design graphique est mon métier, et je fais désormais des affiches (entre autres) pour vivre. Une partie de la programmation de Good Room n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais j’aime travailler pour eux. Je n’irais pas jusqu’à dire que Good Room est ma communauté, mais j’aime être une sorte d’outsider et proposer un angle créatif qu’on ne s’attendrait pas à voir pour une boîte de nuit.

Community is indeed important to me. I grew up with the punk-hardcore scene, and when I started making posters in Portugal I was still pretty much learning about what design was. Currently, graphic design is my job, and I now do posters for a living (among other design work). Some of the music Good Room books on the venue is not really my cup of tea, but I do love designing for them. I wouldn't say Good Room is exactly my community, but I do enjoy being a bit of an outsider to it and bring a design style that normally might not be what you expect on a night club.

Comment ton déménagement de Lisbonne à New York a-t-il influencé ta culture musicale et graphique?
How did your move from Lisbon to New York influence your musical and graphical culture?

J’ai obtenu une bourse pour terminer mon dernier semestre d’études ici, et ça m’a mené à un stage — j’ai fini par me faire offrir un emploi et depuis je suis ici. J’ai du mal à croire que ça fait déjà six ans! Je suis toujours dans la vingtaine, et donc le déménagement m’a beaucoup influencé. J’aime toujours la culture de mon pays, mais le temps aidant, je sens que je deviens de plus en plus américain. Parfois pas de la bonne façon, haha. Mes travaux et goûts ont beaucoup évolué. Je suis sûr que j'aurais aussi changé en restant au Portugal, mais je n'aurais pas pu vivre l'expérience de toute cette culture qu'offre NYC.

I got a scholarship to finish my last semester of studies here, and that led to an internship — I ended up getting offered a job and I have been here since there. Can't believe it has been 6 years already! I'm still in my twenties, so definitely the move influenced me a lot. I still love all the culture back home, but as time goes by I feel like I'm becoming more and more American. Not in a good way sometimes, haha. My work and taste changed a lot. I'm sure it would have changed as well if I was in Portugal still, but back home I wouldnt be able to experience all the culture NYC gives to you.

shitrobot

Gradations, distorsions, collages, abstractions, couleur, noir et blanc… Ta méthodologie est différente d’une affiche à l’autre. Les expérimentations prévalent-elles sur le style personnel? As-tu un style personnel d’ailleurs?
Gradations, distorsions, collages, abstractions, color, black and white… Your process is different from a poster to another. Do your experiments prevail over your personal style? Do you have a personal style by the way?

Je pense qu’aujourd’hui mon style est de ne pas en avoir du tout. Je dois créer tellement d’affiches et d'illustrations au quotidien que je veux continuer à expérimenter et déboucher sur du neuf à chaque fois. Avoir un style finit parfois par être lassant — du moins pour moi! Et les gens commencent à venir te trouver pour un truc spécifique que tu as fait et refait, et c’est vraiment plombant.

I think my style nowadays is to not have a style at all. I have to do so many posters and illustrations on a daily basis that I really want to keep experimenting and come up with something new every time. Having a style ends up being a bit boring at times — at least for me! And people start coming to you for a specific thing that you did over and over again, and that's really annoying. 

Dans un projet, où commencent tes réflexions et à quel moment sais-tu dans quelle direction aller? Quelle connexion fais-tu entre le concept d’un évènement ou l’artiste, et l’illustration finale?
In a project, where does your thoughts start and at what point do you know where to go? What connection do you make between the concept of an event or the artist and the final illustration?

Tout dépend. Parfois, j’ai une idée en tête et je m’assure que le concept/message est bien clair. D’autres fois, j’écoute simplement les morceaux, trouve un titre/un vers amusant et je m’en sers pour l’illustration. À l’occasion, je bidouille juste les photos du groupe. Sinon, je me contente d'écouter la musique et de produire quelque chose de plus abstrait en m’appuyant sur mon ressenti de la chanson.

All depends. Sometimes I have an idea in my head and I make sure the concept/message is very clear. Sometimes I just listen to their songs, find a funny title/lyric and do an illustration based on that. Sometimes I just fuck around with the band's photos. Other times I just play the music and do something more abstract based on what the song makes me feel.

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Est-ce facile de passer de Bloomberg BusinessWeek à la conception d’affiches pour une salle indé? Et d’un poster pour Suuns à un autre pour Hot Chip?
Is it easy to move from Bloomberg BusinessWeek to designing posters for an indie venue? And from a poster for Suuns to one for Hot Chip?

Honnêtement, à la fin, c’est très proche. À BusinessWeek, on dispose de beaucoup de liberté et on s’appuie énormément sur l’humour pour faire des choses folles. C’est aussi un magazine d’actualités hebdomadaire, il faut donc lire les articles et réagir rapidement avec une illustration ou un concept. Ce processus m’aide beaucoup à concevoir des affiches et à être plus rapide dans mes réflexions et mon exécution. Je pense que cela le rend plus vivant/énergique et moins « précieux ». Le processus est donc plus ou moins le même pour BusinessWeek, Good Room, ou pour une affiche pour Suuns ou Hot Chip.

They end up being very similar honestly. We have a lot of freedom at BusinessWeek and rely a lot on humor to do crazy stuff. It's also a weekly news magazine, so you have to read the stories and react fast with an illustration/design. That whole process helps me a lot in designing posters and be more fast with my thinking and execution. I think that makes it feel more lively/energetic and less "precious". So, the process is kind of the same, either at BusinessWeek, Good Room, or on a poster for Suuns or Hot Chip.

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On dirait que tu donnes de l’importance aux informations manuscrites. Pourquoi?
Handwritten information look important to you. Why?

Cela véhicule une touche un peu plus personnelle et réaliste, au lieu de donner l’impression qu’on a passé 5 heures à concevoir un truc sur son ordinateur. En outre, il m’arrive d’être vraiment mauvais pour choisir des polices, donc j’écris à la main, c’est plus facile et moins stressant.

It just brings a bit more of personal touch and real-ness to it instead of looking like you spent 5 hours looking at a computer designing something. Also I’m kind of bad with picking type sometimes, so if I just hand write it, it's easier and less stressful.

Tu réalises plus d’affiches que de pochettes d’albums. Préfères-tu les premières? Quelles sont les différences entre ces deux supports?
You design more posters than album covers. Do you prefer the first ones? What are the differences between the two media?

J’aime les deux! Malheureusement, je ne suis pas assez sollicité pour réaliser des pochettes. Dans un projet de pochette, j’apprécie de produire plusieurs illustrations, polices, designs, etc. pour les insérer dans le livret, sur le CD, la quatrième, etc. Ça revient à publier un petit book de ses travaux, au lieu d’une seule affiche avec une seule image.

I like both! Unfortunately I dont get asked to design many record covers. With an album cover I do enjoy making a bunch of illustrations, type, designs, etc to put it on the booklet, CD, back covers, etc. It's almost like you are publishing a small book with your work, instead of just one poster with one image.

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Où puises-tu tes influences en design graphique?
What or who inspire your graphic design?

C’est dur comme question! J’aime Barney Bulbes, Saul Bass, Cowboy Henk, Chris Ware, Manuel Donada, Steak MTN, Zach Hobbs, M/M, Mirko Borsche… Beaucoup trop, nouveaux comme anciens.

Oh man, that's such a hard question. I love Barney Bubbles, Saul Bass, Cowboy Henk, Chris Ware, Manuel Donada, Steak MTN, Zach Hobbs, M/M, Mirko Borsche... Too many. Old and new. 

Et en musique?
What about music?

Ex Modela est mon groupe préféré. J’aime tous les trucs Dischord période Revolution Summer, le punk hardcore des années 80, une partie de ce nouveau garage rock comme Ty Segall et The Oh Sees et je continue à aimer Devo et les Beach Boys. En ce moment, mon obsession se porte sur Coneheads et le Minneapolis Uranium Club. J’écoute beaucoup d’autres choses parce que j’aime la musique en général, mais ce sont mes préférences.

My favorite band is Ex Models. I love all the Dischord stuff from the Revolution Summer era, 80's punk-hardcore, some of that new garage rock stuff like Ty Segall and Thee Oh Sees, and always love Devo and Beach Boys. Currently obsessed with the Coneheads and The Minneapolis Uranium Club. I do listen to a bunch of other things because I love music in general, but yeah, this is the main stuff.

Chez le disquaire

No Age — Loosing Feeling

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Toute l’œuvre de Brian Roettinger est fascinante. Celle-ci est tellement simple et belle que je suis super jaloux de ne pas l’avoir faite en premier.
All the stuff Brian Roettinger designs is amazing. This one is so simple and beautiful that I feel super jealous for not doing it first.

The Germs — What We Do Is Secret

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Franchement, que dire de plus?
I mean, what else can I say?

Black Dice — Repo

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Difficile de battre les frères Copeland au collage. Tous leurs albums (et toute leur musique) sont fantastiques, mais c’est le premier que je me souviens avoir acheté.
Can't really beat the Copeland brothers with the collage stuff. All their records (and music) are amazing, but this one was the first I remember picking up.

Le Shok — We Are Electrocution

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Le style est incroyable et l’idée est géniale. En plus, la quatrième conclut parfaitement le tout. Je n’arrive pas à trouver d’autres trucs réalisés par la personne derrière celle-ci.
The style is amazing and the idea is the best. Also, the back cover ties everything up perfectly. I still can't find more stuff by the person who designed this.

Devo — Freedom Of Choice

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Toutes leurs pochettes sont géniales, mais celle-ci est terriblement iconique. J’adore les costumes et les trucs débiles. Non pas que Devo fût « débile », mais plutôt génial.
All their covers are awesome, but this is iconic as hell. I love costumes and silly stuff. Not that Devo was "silly", more like genious.

Projets musicaux

Papaya

Du post-punk étrange et bruyant avec un nom débile, mais on s’amuse beaucoup.
Weird Post-Punk noisy, with a silly name, but lots of fun.

Crime Department

Du punk harcdcore avec un brin de folie. On revient d’un mini-tour en Europe et on travaille sur un LP.
Punk-Hardcore with some crazy juice to it. We just got back from our first euro-tour and we are working on an LP.

Adorno

Emo/Post-hardcore. On a monté le groupe il y a 10 ans et pas mal tourné en Europe! On n’a jamais sorti de LP correct mais pas mal de splits et EP, pour finir par sortir deux 12” avec tous nos morceaux.
Emo/Post-hardcore. We started the band 10 years ago and we toured Europe a bunch! We never released a proper LP but we did many splits and EP's and ended up releasing two 12"s with all the songs.


THESE HIDDEN HANDS Interview & Chronique

La techno est-elle morte ? C’est une question que l’on doit manifestement se poser. Car si la techno n’a jamais été autant d’actualité, elle n’a jamais été aussi caricaturale. Un genre d’ailleurs au centre des préoccupations de ses propres géniteurs, qui n’ont de cesse d’en transgresser les règles pour la rendre un tant soit peu attractive. Mais soyons honnêtes, même emballée dans du papier doré, avec un joli petit nœud, de la merde restera toujours de la merde. A ce titre, pour beaucoup, Feed-forward de Sandwell District perdurera comme l’œuvre posthume (pour moultes raisons) d’une génération qui aura grandit avec ce mouvement alors en déclin. Un joyau noir amorçant un deuil  qu'on ne veut résolument pas accepter. Et pourtant, rapidement une horde de musiciens se détournent des grooves moites et des dancefloors pour épouser des genres plus obscurs (harsh-noise, drone, musique industrielle ou expérimentale, ambient…) et souvent relativement moins accessibles. Bien entendu même si la sauce à encore du mal à prendre,  les profanes commencent à s’habituer à des rythmiques plus mentales que physiques ainsi qu’aux attaques bruitistes vrillant les oreilles. Au-delà de la norme, la confusion. Ce qui nous amène à Vicarious Memories, formidable second LP du combo These Hidden Hands, qui construit à travers ce mirifique album un pont entre passé et futur. Il y dévoile une musique électronique dépouillée de toute étiquette qui entend bien briller de son halo noir pendant très longtemps.

D’une complémentarité absolue, le semi-boy’s band (ils sont bogoss les gars) s’aventurent dans des contrées jusqu’à là peu inexploitées. Peu importe le beat, ici le sound design prédomine et c’est peut-être ce qui fait toute la force de These Hidden Hands. Loin des standards des hits habituels, le duo s’accroche à un concept hors de toute normalisation. Souvent comparé à Nine Inch Nails (Époque Ghost I-IV peut-être), nous on pense plutôt  aux canadiens de Front Line Assembly, à l’époque allemande de KMFDM, mais aussi Kangding Ray, Shinichi Atobe et même la poésie lunaire de Buck-Tick. Entre mantras tribaux et secousses telluriques, Tommy Four Seven et Shards réinventent la musique électronique tout en ouvrant à l’auditeur de nouvelles perceptions. Alors que beaucoup se tourne vers l’analogique, ici les voyages synthétiques n’ont jamais été aussi fantastiques. Mais ne nous leurrons pas, le tandem n’a en rien perdu de son capital anxiogène, LIMA 3AM et ses vocaux souffreteux sont là pour nous le rappeler. D’autres titres comme Hoh Xil ou SZ31X71 continuent à contribuer à cette atmosphère suffocante, étouffante et  paranoïaque qui finalement prédomine tout au long de l’album.  Car si Vicarious Memories est un disque grandiose, il n’en est pas moins jusq’au-boutiste et fatalement nihiliste.  Un chef d’œuvre en devenir qui se savoure au gré des écoutes…

On avoue qu’on a été nous même surpris par cette baffe qui nous est tombé sur la gueule. Loin des disques mémorables qu’on écoute un temps et qu’on laissera prendre la poussière dans un bac un disque, Vicarious Memories fait immédiatement partie de ces albums qui marque comme une cicatrice dont on arriverait à se défaire.  Avec opiniâtreté, on a réussi à s’entretenir avec le duo pas si facile d’accès sur la genèse de ce petit chef d’œuvre et sur leur vision de l’avenir.

Interview

these-hidden-hands-press-pic-4-fredrik-altinellSalut, vous étiez il y a peu au Berlin Atonal, pouvez-vous nous donnez vos impressions sur ce Festival ?
Hi, you were at the Berlin Atonal few days ago, can you give us your impressions on the festival ?

Clairement un des événements les plus cool de la musique électronique dans un lieu fantastique. C’est plus que quelques performances lives, les installations artistiques et les projections l’élèvent à un autre niveau. C’était un plaisir de jouer avec d’autres artistes qu’on respecte énormément, comme Roly Porter.

Definitely one of the coolest events in electronic music at a fantastic location. It’s more than just a bunch of live performances, the art installations and projections take it to the next level. It was a pleasure to playing with other artists we highly respect, such as Roly Porter.


Pouvez-vous nous parler d’Aphelion ? Quelle en a été la genèse ? Est-ce un projet éphémère ou quelque chose que vous souhaitez développer par la suite ?

Can you tell us more about Aphelion? What was its genesis ? Is this a temporary project or something you want to develop in the future ?

Aphelion est le titre de notre live qui comprend de la musique extraite de nos deux premiers albums et une collaboration visuelle entre nous et Pfadfinderei. Atonal était la première mondiale de ce spectacle cependant nous souhaitons faire plus de concerts suivant ce modèle.

Aphelion is the title of our live show which incorporates music from our first and second albums and a visual collaboration between us and Pfadfinderei. Atonal was the world premier of this show however we aim to play more concerts with this setup.

En quoi était-il important pour vous de présenter un projet inédit plutôt qu’un live autour de Vicarious Memories par exemple ?
Why was it important for you to present a new project rather than live around Vicarious Memories for example ?

On a d’abord songé à faire une tournée dédiée à l’album mais nous avons décidé qu’il était préférable d’incorporer la musique de nos deux albums, de retravailler les anciens morceaux pour les jouer d’une nouvelle manière. Avec l’ajout de l’aspect visuel, nous avons pensé que cette association méritait son propre titre. Mais on ne veut pas trop philosopher là-dessus, au final c’est juste un live de These Hidden Hands.

We originally considered doing an “album tour” but decided we preferred to incorporate music from both of our albums, re-working the older material to perform it in a new way. Also with the new visual aspect, we felt the combination deserved it’s own title. But we don’t want to be too philosophical about it - at the end of the day, it’s simply These Hidden Hands playing live.

Avant de parler de Vicarious Memories justement, parlons un peu de la genèse de These Hidden Hands. Comment vous êtes vous rencontrés ? Qu’est-ce-qui vous a réunis ? Et plus important quels sont les éléments qui vous apportent cette complémentarité musicale si unique ?
Before talking about Vicarious Memories precisely, let's talk about the genesis of These Hidden Hands. How did you meet ? What attracted you ? And more important what are the elements that give you this musical complementarity so unique?

On s’est rencontré à l’université où on a commencé à écrire de la techno ensemble vers 2007. On a tous les deux grandis en écoutant de la drum’n’bass, donc ça nous faisait déjà ce point en commun, que peu d’autres de nos camarades partageaient. Même si nos goûts en matière de musique sont très similaires, ce qui nous permet de rester sur la même longueur d’onde, nos approches dans la composition peuvent être très différentes. Donc quand on associe deux façons de composer différentes, on peut obtenir un effet complémentaire.

We first met at university and started writing techno together there in around 2007. We both grew up listening to drum and bass, so this was something we had in common, which few of our other peers related to. Although we have a lot in common in terms of what we enjoy listening to, which keeps us on the same page, our actual approaches to composition can be quite different. So when you combine two different compositional approaches, you can get a complementary effect.

On compare souvent votre musique à des groupes comme Nine Inch Nails en plus électronique, ne trouvez-vous pas ça trop réducteur ? Bien qu’ayant des racines industrielles votre musique par son orchestration tire plus son origine de de l’indus allemande ou japonaise non ?
Your music is often compared to bands like Nine Inch Nails but in a more electronic way, don’t you find it too simplified ? Although industrial roots, your music, through his orchestration, seems to take his roots from the German or Japanese’s indus, isn’t it ?

Nous avons souvent entendu la comparaison avec NIN, on peut la comprendre, mais à titre personnel, nous ne considérons pas Trent Reznor comme une influence importante sur notre son, ou tout du moins, nous avons des influences beaucoup plus importantes, qui nous ont aidé à façonner notre son de façon beaucoup plus considérable. Nous avons tous les deux des goûts plutôt éclectiques en musique donc nos influences dans l’écriture sont assez larges. C’est probablement la raison pour laquelle, bien que nous écrivons tous les deux de la techno individuellement et que nous sommes souvent étiqueté comme un ensemble techno industriel, dans notre musique, on peut tout aussi bien entendre des influences issues du métal alternatif, de la musique classique indienne, de la synthpop, de la drum’n’bass, du trip hop, du rock psychédélique ou de la musique minimale par exemple.

We’ve heard the NIN comparison quite a few times and can appreciate that but we personally don’t consider Trent Reznor a substantial influence on our sound, or at least there are way more important influences to us which have help shape our sound to a considerably larger degree. We both have a fairly eclectic taste in music and so our influences whilst writing music are equally broad. This is probably the reason why, despite both writing techno individually and often being labeled as an industrial techno outfit, in our music you can also hear just as much influence from alternative metal, indian classical music, synthpop, drum and bass, trip hop, psychedelic rock or minimalism for example.

Vicarious Memories est un album d’un registre totalement inédit, à la fois addictif et oppressant. Dans quel conditions l’avez-vous enregistrez ?
Vicarious Memories is an album with a completely new mood, both addictive and oppressive. In which circumstances did you record it?

L’album a été enregistré sur une période assez longue donc il n’y a pas eu l’influence continue d’une humeur ou d’une circonstance particulière. Certains morceaux sont même antérieurs au premier album. Par exemple, nous avions commencé “The Telepath” en 2009 puis le morceau avait été laissé de côté jusqu’à ce que nous décidions de le reprendre et de le terminer en ajoutant des voix au début de cette année. La moitié des morceaux existaient sous forme d’ébauches depuis plusieurs années (Glasir, Dendera Light, Liima 3AM) et d’autres ont été commencés plus récemment (Angkor, Sokotra, Hoh Xil).

The album was recorded over quite a large time span so there was no continuous influence from a particular mood or circumstance. Some songs existed even before the first album. For example “The Telepath” was started in 2009 and then shelved until we decided to rework it and finished it with vocals at the start of this year. Half of the songs started as sketches a few years ago (Glasir, Dendera Light, Liima 3AM) and some we started more recently (Angkor, Sokotra, Hoh Xil).

Vous apportez un grand soin aux textures, aux nappes, les beats étant parfois subsidiaires. Pour vous la musique c’est avant tout une question d’ambiance ?
Textures and layers are keys in your music, the beats are sometimes subsidiary. Music is, above all, question of atmosphere for you, isn’t it?

Ça dépend de comment vous le regardez. Comme nous avons tous les deux une éducation drum’n’bass, les fondations structurelles de nos morceaux sont généralement la batterie suivie par les lignes de basse, du moins d’un point de vue technique pour le mixage, et bien sûr, qui ne s’applique que pour les morceaux comprenant de la batterie. Mais l’écrasante majorité du temps que nous passons en studio est passée sur les détails mélodiques et les textures posées sur ces fondations. L’aspect drum’n’bass vient généralement très tôt dans le processus de composition et sert de cadre au sein duquel nous pouvons construire les composants mélodiques qui définissent réellement le morceau.

It depends from which perspective you look at it from. Both having drum and bass upbringings, the structural foundations of our Songs are actually normally the drums followed by the basslines, at least from a technical mix of view, obviously applying only to those songs which feature drums. But the overwhelmingly large majority of our time in the studio is spent on the melodic details and textures above those foundations. The drums and bass usually come very early on in the compositional process and act as a frame in which can built the melodic components which really define the song.

Les vocals ont une grande importance sur The telepath et Lima 3AM, pouvez-vous nous parlez du choix de vos collaborateurs ?
The vocals are very important on The telepath and Lima 3AM, can you tell us more about the choice of your collaborators ?

Ce sont tous les deux des artistes qui vivent à Berlin. On connaît Julia depuis un bon moment, c’est une superbe multi-instrumentaliste, une sorte de chanteuse folk expérimentale sous le nom de son projet Entertainment For The Braindead et produit une musique géniale avec ses “postcard series” sur sa page Bancamp et dont le prix minimal est fixé à 0, id est en téléchargement libre.

Ale Hop est une amie d’ami, on était spécifiquement à la recherche d’une voix féminine sud-américaine pour un idée que nous avions et l’interprétation qu’elle a trouvée était exactement ce dont nous avions besoin pour le morceau. C’est aussi une artiste solo et l’année dernière, elle a sorti un album solo dont le titre est Pangea.

They are both artists who live in Berlin. We’ve known Julia for quite some time - she is a superb multi instrumentalist, a sort of experimental folk singer under her project name Entertainment For The Braindead and has a lot of fantastic music in the form of her “postcard series” on her Bandcamp page which she has set to zero minimum price IE free download.

Ale Hop is a friend of a friend - we were searching specifically for a south american woman’s voice for the idea we had in mind and the performance she came up with was absolutely exactly what we needed for the track. She is also a solo artist and has an experimental album called Pangea which she released last year.

Hidden Hundred vous sert actuellement à sortir vos propres disques, pensez-vous un jour promouvoir d’autres artistes via votre label ?
With Hidden Hundred you currently edit your own releases, will you ever promote other artists through your label ?

Bien qu’il y ait beaucoup d’artistes avec lesquels nous aimerions travailler ou dont nous voudrions sortir la musique, nous avons conçu Hidden Hundred exclusivement comme un moyen de sortir notre propre musique. Étant tous les deux occupés avec These Hidden Hands, nos projets solos et nos autres obligations, s’occuper de Hidden Hundred est déjà un défi et une charge de travail suffisante sans ajouter d’autres artistes à notre catalogue. Donc, au moins pour le moment, c’est impossible.

Although there are lots of artists we would like to work with or release music from, we set up Hidden Hundred purely as a means to release our own music. Both being busy with These Hidden Hands, our solo projects and other obligations, running Hidden Hundred is already a large enough challenge and workload without adding more artists to the roster. So at least for now, it is not possible.

Tracklist

These Hidden Hands - Vicarious Memories (Hidden Hundred / 2016)

01. Glasir
02. Dendera Light
03. The Telepath feat. Julia Kotowski
04. SZ31X71
05. Grelles Licht
06. Angkor
07. Socotra
08. Lima 3AM feat. Ale Hop
09. Litla Dimun
10. Hoh Xil


Focus Berlin Atonal: Interview Silent Servant

De tous les artistes que l’on aura tenté d’interviewer, Silent Servant nous paraissait certainement le plus inaccessible. L’artiste angeleno ayant la réputation de se montrer discret et rare en interview, on ne voyait pas bien comment approcher le musicien célèbre pour son univers âpre et sa culture indus et post-punk. A notre grand étonnement la demande sera inverse, l’homme présent au festival Berlin Atonal pour un ultime showcase dédié au feu label Jealous God en profite pour se confier. Une page qui se tourne ! Et Juan Mendez est bien décidé de nous expliquer le pourquoi du comment… Enfin tout en gardant une part de mystère !

Salut, Juan ! À la base, Jealous God est un projet que tu as monté avec Karl O’Connor et James Ruskin, mais finalement tu sembles être le seul aux commandes, pourquoi ?
Hi, Juan! Initially, Jealous God is a project that you have created with Karl O'Connor and James Ruskin, but in fact you seem to be the only one in control, why ?

Les choses se sont montées de cette façon. James et Karl étaient tout deux occupés avec leurs labels respectifs ( James / Blueprint ) et ( Karl / Downwards ) donc j’ai pris en main les opérations et adapté au fur et à mesure.

Things just worked out way. Both James and Karl are busy with Their respective labels (James / Blueprint) and (Karl / Downwards) so I just took over operations and update things as they happen.

Quelle était l’idée derrière ce label ? Il y avait un concept musical, mais aussi esthétique n’est-ce pas ?
What was the idea behind this label ? It was a musical concept, and also aesthetics, is’nt it?

À la base, l'idée c'était la couleur. Progresser du noir vers le blanc. Puis le concept a commencé à tourner autour d'une expérience relative. Laisser les gens raconter leur expérience créative à travers leur support préféré.

Basically the idea was color. Move forward from black and white. Conceptually it has become about relative experience. Letting people narrate their creative experience in their desired medium.

D’où vient ce nom ? Jealous God !
Where does this name come from ? Jealous God !

Demande à Karl O’Connor ;)

Ask Karl O'Connor ;)

Comment choisis-tu les artistes avec qui tu souhaites travailler ?
How do you choose the artists you want to work with ?

À la base, tous les intervenants m'ont inspiré de différentes façons : film, vidéo, musique et photographie. Pour l’essentiel, je veux juste transmettre ce genre d’expérience visuelle ou auditive à un large public ou à un public différent. Je me sens très honoré que les artistes impliqués m’aient permis de présenter leur travail.

Basically everyone involved has inspired me in different ways: film, video, music and photography. I basically just want to pass the visual or auditory experience to a larger audience or different audience. I feel very honored that the artists involved have all allowed me to showcase their work.

Pourquoi chaque sortie est accompagnée d’un CD mixé par un autre artiste, n’aurait-il pas été plus intéressant que chaque producteur continue de présenter son univers par un mix qui lui est propre ? En quoi était-ce plus important d’apporter une vision extérieure ?
Why a CD mixed by another artist is joined to each output, don’t you think that it would have been more interesting that each producer continues to present his world by a mix of its own ? Why was it important to provide an external view ?

Au départ, je voulais juste montrer que ces choses peuvent provenir d'endroits très divers. Je m'inspire constamment de personnes et de choses différentes donc, dans mon esprit, ces mixes donnaient un point de vue plus large. Je voulais que les choses paraissent variées et un peu aléatoires, pas destinées à un regard singulier.

Initially I just wanted to show that these things can come from a very diverse place. I am constantly inspired by different people and different things so these mixes just gave a wider point of view in my mind. I wanted things to feel diverse and a bit random they were not always intended to have singular view.

C’est maintenant officiel, Jealous God c’est fini. Pourquoi ce choix ?
It is now official, Jealous God is over. Why ?

Personnellement, il est temps d’avancer. Je me suis senti super chanceux d’avoir été en mesure de faire ce qu’on a accompli. C’est une petite empreinte dans l’univers mais heureusement on laisse quand même une marque bien visible. La musique peut faire beaucoup de choses, mais ce sont ces choses qui ont compté pour moi. Lorsque les derniers enregistrements sortiront, le label aura terminé sont travail je pense.

Personally it is time move on. I felt super fortunate that we have been able to do what we are doing. It is very small in grand scheme of things but hopefully we leave a visual point of view. Music can do many things but these are the things that have mattered to me. When the remaining records come out the label will have done it's job in my opinion.

Tu es assez rare en interview, pourtant, on dirait qu’il était important pour toi d’expliquer pourquoi tu mettais fin à Jealous God. Pourquoi?
You are quite rare on interview, yet it seems that it was important for you to explain why you put an end to Jealous God. Why?

Ce n’était pas vraiment mon intention, c’est ce que les gens choisissent de raconter.

That was not really the intention it’s just what people chose to talk about.

Tu seras dans quelques jours au Festival Berlin Atonal pour un dernier showcase qui marquera définitivement la fin de Jealous God. Comment s’est mis en place cet évènement ? Que représente pour toi le Berlin Atonal ?
You will be in Berlin Atonal Festival in a few days for a final showcase that will definitively mark the end of Jealous God. How will this event  be set up ? What means the Berlin Atonal for you ?

Le showcase était quelque chose que je voulais faire d’une certaine façon et Atonal nous a permis de le faire. L'installation dans son ensemble sert pour l'essentiel à faire l'expérience du label en temps réel, des visuels aux artistes, pour le meilleur ou pour le pire. Pour moi, Atonal est une manière de montrer une sorte de progrès. Ces choses sont toutes relatives, mais nous espérons que les gens les aimeront et de là nous pourrons passer à l’étape suivante.

The showcase was something I wanted to do a certain way and Atonal allowed us to do it. The whole set up is basically to experience the label in real time from the visuals to the artists, for better or worse. Atonal for me is about showing some kind of progress. These things are all relative but hopefully people can enjoy them and we can move on to the next step from here.

La fin de Jealous God, c’est un peu la fin d’une époque j’imagine, un peu comme ça le fut avec Sandwell District, non ? Quels rapports entretiens-tu avec tes anciens camarades Peter Sutton et David Sumner ? Vous reverra-t-on un jour collaborer de nouveau ?
The end of Jealous God, it's a bit the end of an era I guess, a bit like with Sandwell District, right ? What connections do you still have with your old friends Peter Sutton and David Sumner ? Will we ever see you work together again ?

Le temps passe et je garde avec moi le meilleur de ces expériences. On travaille tous sur quelque chose de mieux pour nous-mêmes, et peut-être que dans quelques temps nous retravaillerons ensemble, mais pour le moment nous laissons simplement les choses en l'état.

Things pass and I have taken the best of these experiences with everyone to heart. Everyone is working towards something better for themselves and maybe in time we will come back together but for the time being we just leave laying dogs as they are.

On te sait grand fan de coldwave, de post-punk, de musique industrielle… Musique que tu as remise au goût du jour au sein de Tropic of Cancer ou aux côtés de Karl O’Connor dans le reboot de Sandra Electronics… En dehors de tes activités de producteur et DJ techno, n’as-tu jamais eu envie de revenir aux origines de ces musiques, en créant ton propre groupe par exemple ?
We know you’re a big fan of coldwave, post-punk, industrial music... Music that you put back on trends in Tropic of Cancer or alongside Karl O'Connor in the reboot of Electronics Sandra... Apart of your activities of producers and techno DJ, have you ever wanted to return to the origins of this music by creating your own group, for example.

Tous ces genres ont façonné ce que je fais, mais vous devez aller de l’avant et laisser les choses se développer naturellement. Je suis un DJ, à la fin de la journée, je me rends compte que c’est là où je me sens le plus à l'aise.

All of those things have shaped what I do but you have to move on and let things develop as they may. I am a DJ at the end of the day I am realizing that is where I feel most comfortable.

Quels sont tes projets futurs, pour les mois à venir ?
What are your future projects for the upcoming months?

C'est ce que j'essaie de savoir à l'heure actuelle.

That’s what I’m trying to figure out at the moment.

Vidéo

Silent Servant 60 min Boiler Room Berlin DJ Set


FOCUS BERLIN ATONAL : PRÉSENTATION FESTIVAL + CONCOURS

On vous en parle depuis un petit moment et c’est peu de le dire qu’on est impatient. Dans quelques jours s’ouvrira la nouvelle édition du cultisme Berlin Atonal. Pour revenir aux origines de ce festival mythique, il faut faire un petit voyage dans le temps et revenir en 1982. A l’époque  un certain Dimitri Hegemann eu l’idée de faire côtoyer musique avant-gardiste et performances visuels en investissant  le SO36, petit club implanté en plein Kreuzberg, Berlin Atonal était né. Avec un certain succès le festival vit délier des pointures tel que Die Haut, Einstürzende Neubauten ou encore Test Dept. Mais après la chute du mur, Dimitri plus tourné vers l’émergence de la culture techno poursuivi ses nouvelles ambitions en investissant l’imposant bloc industriel ancré dans le quartier de Mitte, le Kraftwerk, et d’y installer son propre club : le Tresor. Il faudra attendre 2013 pour que Berlin Atonal renaisse de ses cendres à l’initiative de trois aventuriers (Laurens von Oswald, Harry Glass et Paulo Reachi) en manque de sensations et bien décidé à faire les choses en grand. Le temps leur aura donné raison car en à peine trois ans, cette nouvelle mouture du Festival est devenu un incontournable d’une certaine forme de contre-culture. Et cette année ne sera pas en reste puisque s’y produiront dans des configurations totalement inédites des artistes imparables tel que Death In Vegas, Russell Haswell, JK Flesh + ORPHX, Silent Servant + Phase Fatale, Roly Porter, Raime, Mika Vainio, Steve Reich… et d’autres artistes plus confidentiels mais néanmoins tout aussi talentueux tels que PITA, 51717, Nuel, Second Woman, Dot Product… On pourrait vous parler de line-up magique pendant des heures mais, on préfère laisser la main aux programmateurs, après c’est encore les plus à même de présenter leur événement.

Hello, votre festival fait carton plein ! Comment cous êtes-vous rencontrés et avez eu l’idée de relancer le festival Atonal ?
Hello! Your festival is absolutely nailing it. How did you guys meet and how did the idea of relaunching the festival come about ?

Nos routes se sont croisées autour de Dimitri Hegemann qui a organisé les premières éditions de Berlin Atonal entre 1982 et 1990. Dimitri nous a montré l'espace Kraftwerk en 2012, dont la rénovation vient d'être achevée, et nous avons eu l'idée de réintroduire Berlin Atonal.

Our paths crossed around Dimitri Hegemann, who organized the early editions of Berlin Atonal between 1982 and 1990. Dimitri showed us the Kraftwerk space in 2012 which he had recently finished to renovate and we came up with the idea to reintroduce Berlin Atonal.

Que représente pour vous cette nouvelle mouture d’Atonal? Comment expliquez-vous son succès face à ses concurrents européens ?
What does this relived Atonal represent for you and how can you explain its success against its European competitors ?

Nous prenons au sérieux notre rôle de facilitateur de nouvelles expériences et de nouveaux projets, à commencer par ceux en lien avec les espaces caractéristiques où évolue le festival. On s'efforce de briser les “cycles de booking” conventionnels généralement guidés par les dernières modes et ont tendance à recycler les mêmes concepts musicaux dans des villes différentes.

We take seriously our role as facilitators of new experiments and projects, particularly ones connected with the specific spaces in which the festival takes place. We try hard to break the normal ‘booking cycles’ that are usually dictated by the latest fashions and tend to recycle the same musical ideas in different cities.


Vous n’êtes pas tous de Berlin je crois, qu’est-ce qui vous plaît tant dans cette ville ? Berlin est devenu l'un des berceaux culturels de l’Europe au début des années 90 avec un nouveau pic d’engouement pour la culture techno depuis la fin des années 2000, mais avec le tourisme de masse ne trouvez-vous pas que le clubbing berlinois ait perdu un peu de son charme ?

I take it that you are not all from Berlin. What do you enjoy so much in this city that it keeps you there ? Berlin became one of Europe’s cultural cradles in the early '90s, with a surge for techno music since the end of the '00s – doesn’t mass tourism affect the charm of the Berlin scene ?

Berlin tire parti de la richesse culturelle offerte par n'importe quelle grande métropole, et reste fidèle à ses valeurs premières – donc sans perdre sa saveur. On peut faire une observation similaire à l'échelle de la scène musicale. Les oreilles plus curieuses se rassemblent autour de la scène, ce qui impacte la qualité de la recherche musicale présentée de manière exponentielle. La qualité de la vie et de la création reste la force et l'intention.

Berlin benefits from the cultural richness offered by any large metropolitan city, and still stays true to its essential values - that is, without losing its flavour. A similar observation is valid at the level of the music scene. More curious ears gather around the stage, which drives the quality of the musical research presented in an exponential manner. The quality of living and of the creation remain the force and intention.

En quoi le choix de vous implanter au Kraftwerk était-il important ?
How important was your choice to set your seed in the Kraftwerk ?

L'espace et le concept sont apparus ensemble dès le départ, chacun pointant vers l'autre et le justifiant. Le festival lui-même est plus qu'un simple espace, mais son lien avec une version plus abstraite du concept d'un « espace » est un facteur absolument déterminant.

The space and the concept came together originally, each one pointing to and justifying the other. Now the festival itself is more than just the space, but its connection to the concept of ‘space’ in a more abstract manner, is an absolutely defining factor.

berlin-atonal-2015-©-camille-blake-51-1000x768

Vous accordez une grande place aux visuels, ce qui est de plus en plus rare en club depuis quelques années, en quoi était-ce important ? La configuration particulière du bâtiment ne vous pose pas trop de contraintes ou est-ce pour vous au contraire un vrai terrain de jeu ?
You allow great importance to the visual world in your festival. How did this decision come about. Is the unusual configuration of the building something to work around, or rather an entire pleasure to play with?

Nous sommes convaincus que l'une des directions à suivre avec intérêt dans la musique se trouve à l'intersection entre la musique, la vision et l'espace – surtout pour la musique censée se vivre en live, dans un espace partagé avec d'autres personnes. Certaines de nos meilleures expériences ont fait intervenir le visuel ou d'autres aspects spatiaux.

We think strongly that one of the interesting directions in music to follow is the intersection between music and vision and space - particularly for music that is meant to be experienced live, in a shared space with other people. Some of our best musical experiences have also involved visual or other spatial aspects.

Vous offrez chaque année avec Atonal des projets musicaux complètement fou et totalement inédits. Comment s’organisent ces collaborations, à votre initiative où à celle des artistes ?

With Atonal, you offer each and every year crazy musical projects, that are in most part entirely exclusive or premiered during the festival. How do these projects come about ? Are they under your initiative, or that of the artists ?

Généralement, les projets sont le résultat d'une conversation ou d'un échange entre nous et les artistes. Parfois, on a une idée et on essaie de trouver quelqu'un pour la réaliser, parfois des artistes viennent à nous pour des idées et on collabore à trouver une façon de les développer ou les réaliser. Développer de nouvelles créations sur une période de temps plus importante est d'ordinaire plus gratifiant et a souvent pour conséquence finale des travaux mieux réussis.

Usually the projects come as a result of a conversation, or a back-and-forth between us and the artists. Sometimes we have an idea and try to find someone to realise it, sometimes artists come to us for ideas and we collaboratively come up with a way to develop or realise them. Developing new works over a longer period of time is usually so much more rewarding and tends to result in more successful works in the end.

Chaque année la programmation prend une tournure un peu plus élitiste, avec un goût prononcé pour l’expé, le post-indus et une Techno rêche avec la mise en avant de très gros artistes au côtés d’autres plus confidentiels. Comment se pose pour vous le choix des artistes de part vos influences musicales ?
Year after year, the program takes an ever more elitist turn, with a pronounced taste for experimental, post-industrial and raw forms of techno, putting forward famous talents next to more confidential ones. How do you lay down the choice of artists ?

On constate une certaine continuité dans les actions qu'on programme, de Steve Reich à JK Flesh en passant, d'Alessandro Cortini à Imaginary Softwoods. La ressemblance familiale tient à ce que tous ces artistes prennent au sérieux l'idée que la musique a une forme qu'on peut expérimenter et améliorer d'une certaine façon. Je pense qu'ils partagent aussi la croyance qu'il ne suffit pas pour la musique d'être choquant ou sujet à controverses, ou pour l'artiste de privilégier la compréhension de la musique sur la musique elle-même, c'est plutôt la musique qui a la responsabilité de se confronter à ses propres traditions et d'y répondre d'une façon à chaque fois plus novatrice et intéressante.

We see a certain continuity in the acts we programme, from Steve Reich to JK Flesh to Alessandro Cortini to Imaginary Softwoods. The familial resemblance in that all these artists take seriously the idea that music has a form that can be experimented with and advanced in a certain way. I think they also share a belief that it's not enough for music to just be shocking or controversial, or for the artist to be more important to understanding the music than the music itself, rather that music has a responsibility to confront its own tradition and respond to it in an interesting, new way each time.

pro atonalEncore une fois cette année le planning est des plus alléchants, mais si vous ne deviez voir qu’un seul et unique show, lequel ne rateriez-vous sous aucun prétexte, et pourquoi ?
This year again, the program is more appetizing than ever, but if you had to choose only one show, which one wouldn’t you miss under any circumstance, and why ?

Nous sommes très fiers de pouvoir développer et accueillir l'avant-première du nouveau spectacle de Death in Vegas, spécialement monté. Il combine une nouvelle matière expérimentale qui résonne à travers les paysages sonores de la techno viscérale et des drones dissonants et perturbants. Le concept visuel a été développé en lien avec notre propre directeur visuel.

We are very proud to be able to develop and host the premiere of the specially conceived new Death in Vegas show. It combines new experimental material, resonating across the soundscapes of visceral techno and unsettling, discordant drones, and the visual concept has been developed in connection with our own lighting and visual director.

Concours

Et comme on est sympa et qu’on pense à nos lecteurs trainant du côté du Berlin où à ceux qui souhaiteraient finir leurs vacances en beauté, on vous offre 2 pass pour le festival à gagner. Pour remporter le précieux sésame, il vous suffit de nous écrire une jolie lettre d’amour à hartzine.concours@gmail.com sans oublier d’y noter votre nom, prénom et adresse e-mail ou de remplir le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront tirés au sort dimanche 21 et informés le lendemain.

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Focus Berlin Atonal: interview JK FLesh

On conclut avec ce dernier entretien nos rencontres artistiques avec les artisans musicaux qui illumineront cette édition 2016 du Festival Berlin Atonal avant de rentrer dans le dur de la programmation. Et franchement pour cette dernière on ne s'est pas foutu de vous. C’est au tour de JK Flesh de répondre à nos questions. Et pour ceux qui ne connaîtraient pas le bonhomme, il suffit de savoir que derrière cet obscur pseudonyme se dissimule en fait l’immense (autant par la taille que le talent) Justin K. Broadrick, tête pensante de Godflesh, Jesu, Techno Animal, The Blood of Heroes et j’en passe. L’occasion de faire un bilan de carrière et de s’épancher sur son passé, son présent et son futur.

Tes débuts musicaux remontent au milieu des années 80, pas trop dur de se dire qu’à tout juste 46 ans tu es déjà un vétéran de la musique ?
Your musical beginnings date back to the mid-80s, at 46 years old do you feel like a veteran of the music ? 

Je pense en réalité que je débute toujours, que je suis toujours en apprentissage, comme si ces années n’avaient été que des mois!

I actually feel like i am still beginning, and still learning, these years feel like months!

Tu as joué à peu près tous les styles de musique et tu fais parti des précurseurs des mouvements metal-indus, grindcore ou encore abstract hip-hop… D’où te vient ce besoin de constamment te renouveler ?
You played almost all styles of music and you are part of the precursors of metal-indus movements, grindcore or abstract hip-hop ... Why do you constantly need to reinvent yourself ? 

Je ne prévois jamais l'invention, je ne la force pas. Je pense que je me lasse rapidement, souvent alors que je me suis totalement immergé dans un son singulier / un concept / un projet particulier, j'ai ensuite envie de créer le total opposé. C’est un processus entièrement naturel, rempli d'accidents créatifs. Mon unique réel besoin est de d'exprimer ma créativité de façon permanente.

I never pre-conceive invention, it's never forced. If anything I get bored of things quickly, and once I submerge myself in a singular sound / concept / project, and the task at hand has been achieved, I often feel like then creating the opposite. This is a entirely natural process, full of creative accidents. If I need anything then it's to express myself creatively, consistently.

Depuis peu JK Flesh est devenu ton projet principal, et bien que son acte de naissance officiel date de 2012 avec la sortie de Posthuman, on retrouve ses racines dans certains de tes projets beaucoup plus anciens comme Final par exemple… Penses-tu être arrivé à un certain aboutissement avec JK Flesh ou bien est-ce le début d’un renouveau?
Recently JK Flesh became your main project, and meanwhile his official birth date of 2012 with the release of Posthuman some of his roots can be find in some of your older projects such as Final for example ... Do you see JK Flesh as a sort of outcome or is it the beginning of a revival? 

C’est un projet qui a toujours été présent, depuis le tout début des années quatre-vingt dix, si ce n’est depuis les années quatre-vingt ! A vrai dire il l’est depuis que j’ai posé les mains sur des machines et que j’ai su construire du son.
Comme je l'ai récemment écrit dans une autre interview, j'ai essentiellement commencé à produire de l’electronica en solo y intégrant différentes influences de la musique électronique basée sur le beat (techno, hip-hop, drum'n'bass, etc.) à partir du début des 90’s. Voire des 80’s.
Presque tout a été intégré à des projets collectifs, mais certains sons sont restés en attentes dans un coin tandis que j'ai mettais mon énergie dans ces productions collectives.
J'ai estimé à la fin des années 2000 que je souhaitais poursuivre en solo et le pseudonyme de JK Flesh s’est affirmé tout naturellement car c’était mon pseudonyme dans les projets que j’ai partagés avec Kevin Martin – Techno Animal, The Sidewinder, etc. C’est simple pour moi, d’explorer le côté plus heavy de ce que j'aime de la techno, grime/garage, drum'n'bass, etc.

It's in constant motion, and has been since the very early nineties, if not even the eighties! Once I got my hands on electronic equipment and could build beats.
I recently wrote this in another interview: I essentially began producing solo electronica that embodied all corner of beat oriented electronic music (be it techno, hip-hop, drum’n’bass, etc.) in the early 90’s. If not even the 80’s.
But nearly everything usually got absorbed into collaborative projects, but some didn’t, and often this material just sat gathering dust whilst I constantly put my energies into collaborative projects.
I felt in the late 2000’s that I finally wished to pursue this solo, and the JK Flesh pseudonym seemed most fitting since this was my pseudonym in the projects Kevin Martin and I shared – Techno Animal, The Sidewinder, etc. It feels free, basically for me to explore the heavier side of what I love about techno, grime/garage, drum’n’bass, etc.

Avec JK Flesh, tu dévoiles une musique industrielle sous influence techno plutôt que l’inverse, ce qui donne à ta musique une direction très différente de ce que l’on a pu entendre jusqu’à maintenant. Est-ce une manière détournée de revenir à tes origines musicales ou cherches-tu à pousser la musique industrielle à un autre niveau ?
With JK Flesh you unveiled the industrial music with a techno influence rather than the reverse, that gives your music a very different touch than what we heard so far.
Is this a roundabout way back to your musical background or are you trying to push industrial music to another level? 

Depuis que j'ai découvert les débuts d’une techno la plus primitive, j'ai constaté qu'il y avait une relation directe avec la musique industrielle, spécifiquement le côté rythmique de l’industriel, qui une fois découverte était toujours quelque chose que je ressentais le besoin d'explorer, ceci se manifesta aussi quelque peu dans Godflesh, mais était aussi présent dans Techno Animal, et maintenant JK Flesh. La musique industrielle et le punk étaient les premières musiques qui m'ont touché comme un enfant, elles m’ont frappé d'une façon très pure, donc toutes mes créations musicales sont en fin de compte éclairées par ces genres, tant esthétiquement que musicalement. Ces styles ont aussi reflété l'environnement  dans lequel j'ai été élevé - les quartiers de logements sociaux très peuplés de Birmingham au Royaume-Uni.

Ever since I discovered the most primitive early techno, I found it had a direct relationship with industrial music, specifically the rhythmic  side of industrial, which upon discovery was always something I'd felt the need to explore, this also somewhat manifests itself in Godflesh, but was also prominent in techno-animal and now JK Flesh. Industrial music and punk were the first musics that touched me as a kid, they hit me in a very pure fashion, so all my musical creations are ultimately informed by these areas, both aesthetically and musically. these areas also reflected the environment I was raised in - the densely populated council estates of Birmingham, UK. 

En 2013 tu as enregistré Worship is the Cleansing of Imagination, split EP avec Dominick Fernow aka Prurient. Comment c’est organisée cette collaboration ? Vous cultivez des univers très proches, n’est-ce-pas ?
In 2013 you recorded Worship is the Cleansing of Imagination, split EP with Dominick Fernow aka Prurient. How this collaboration is born ? You grow very close universe, right ? 

Nous avons beaucoup dans commun et avons unprofond respect pour nos travaux respectifs. C’est un artiste extrêmement intelligent et talentueux et en tant qu’être humain, une inspiration constante et un ami très proche.

We have a lot in common, and have a deep respect for each others work. He is an extremely intelligent and gifted artist, and human being, a constant inspiration and a very close friend.

Cette année, tu as eu une double activité avec la réédition de Nothing is Free sur Downwards et la sortie de ton album Rise Above sur Electric Deluxe. Si l’on est pas surpris de te retrouver sur le label de Karl O’Connor, on l’est plus de te retrouver sur celui de Speedy J. Comment se sont réalisés ces deux projets ?
This year, you had a dual activity with the re-edition of Nothing is Free on Downwards and output of your album Rise Above on Electric Deluxe. If we are not surprised to find you on Karl O'Connor’s label, it is more unexpected to see you on the one of Speedy J. How do you manage those different projects ?

Speedy J a entendu du projet JK Flesh via un remix que j'ai fait pour AnD sur Electric Deluxe, il a aimé le remix et a demandé si j'avais des matériaux semblables pour la sortie possible sur label, je lui ai envoyé 8 morceaux et il a voulu les compiler tous comme un LP (2 x 12") d'où la sortie de Rise Above. J'enregistre constamment sous JK FLESH donc je suis toujours heureux de sortir autant de disques que possible! En parlant de Dominick Fernow, il a sorti  une double cassette  extrêmement limitée, Suicide Estate by JK Flesh l'année dernière sur son label Hospital Productions, que je sortirai sous forme digitale très bientôt.

Speedy J heard the JK Flesh project via a remix i did for AnD on Electric Deluxe, he loved the remix and asked if I had any similar material for possible release on his label, i sent him 8 tracks and he wished to release them all as an LP (2 x 12")hence the Rise Above release. I'm constantly recording as JK Flesh so I'm always happy to release as much as possible! Speaking of Dominick Fernow, he  released on his Hospital Productions label an extremely limited 2 x cassette Suicide Estate by JK Flesh last year, which I will release digitally very soon.

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On te verra bientôt sur la scène du Festival Atonal à Berlin aux côtés d’ORPHX. Comment s’est organisée cette rencontre avec le duo canadien ? A quoi ressemblera ce projet ?
We'll soon see you on the stage of the Atonal Festival in Berlin with Orphx. How do you meet he Canadian duo ? What will this project look like?

Nous devons remercier Harry d’Atonal pour cette suggestion étonnante de collaboration et en tant qu’admirateurs de nos travaux respectifs, tant ORPHX que moi ne pouvions être plus ravi de cette occasion! Quelque part, j’avais manqué ORPHX, mais toujours entendu parler d’eux avec estime, puis je les ai entendu par coïncidence pour la première fois cette année et j’avais aimé immédiatement leur travail Outre l'inattendu ;) Attendez-vous à une véritable rencontre de nos concepts sonores. Nous serons également accompagnés par un artiste visuel, Thorsten Fleisch, qui fournira des visuels en live.

We must thank Harry @ Atonal for this amazing suggestion that we collaborate, and as admirers of each others works, both ORPHX and I could not be more thrilled for this opportunity! Somehow I had missed out on ORPHX, but always heard them referenced in reverence, then coincidentally heard them for the first time this year, and loved their work immediately! Besides the unexpected ;). We will also be joined by an visual artist, Thorten Fleisch, who will supply live visuals.

Changeons de sujet. Ta musique est depuis toujours un condensé de hargne et de violence, on t’a d’ailleurs souvent vu martyriser tes instruments sur scène jusqu’à la rupture et pourtant j’ai découvert que tu écoutais pas mal d’ambient et de musique expé plutôt calme voir onirique. Qu’est-ce qui t’intéresse dans ce type de musique ?
Let's talk about something else. Your music has always been a mix of spite and violence, you have often been torturing your instruments onstage to rupture and yet I discovered that you were rather listening to a lot of ambient music and expe, quiet dreamlike and peacefull. What do you find intesrtering in that kind of music? 

Je suis une personne très énergique mais calme- mais, comme beaucoup je ressens beaucoup de frustrations – la musique intense est un moyen de canalisation, mais jamais exorciser, l'intensité physique et mentale, soulager la tension. Ma façon de gérer cette variété d'émotions négatives est de les canaliser de façon créative et je me sens chanceux d'avoir cette échappatoire.
MAIS, j'adore toutes les couleurs de la musique, et peut-être que la musique ambient est le reflet le plus immédiat l ma personnalité, un son pur.

I am an extremely energised yet peaceful person - but, like many feel many frustrations - intense music is a way of channeling, but never exorcising, physical and mental intensity, relieving the tension. My way of dealing with a variety of negative emotions is to channel them creatively and i feel fortunate to have this outlet.
BUT, i adore all colours of music, and maybe more immediately reflective of my personality is ambient music, pure sound.

Pour beaucoup tu resteras l’homme derrière Streetcleaner avec Godflesh et Brotherhood of the Bomb avec Techno Animal. Est-ce définitivement derrière toi ou verra-t-on peut-être un jour ces projets renaître de leurs cendres ?
For many you will stay the man behind Streetcleaner Godflesh and Brotherhood of the Bomb with Techno Animal. Is this definitely behind you or those projetcts will one day be reborn from ashes?

Eh bien Godflesh continue encore pour quelques années avec un nouvel album et EP, Techno Animal n’existera plus jamais bien que Kevin Martin et moi-même collaborions toujours - je suis à présent sur certains enregistrements de The Bug, et je dois faire les voix sur deux chansons du nouvel album de Earth vs The Bug. L'avenir devrait apporter un nouveau projet de collaboration.

Well Godflesh has existed again for a few years now with a new album and EP, Techno Animal will never exist again althogh Kevin Martin and I still collaborate - I'm to be found on some records by The Bug, and I have vocals on two songs on the new album from Earth vs The Bug. The future should bring a new collaborative project.

Audio

JK Flesh - Nothing Is Free


Focus Berlin Atonal: interview Russell Haswell

On continue notre présentation du Berlin Atonal avec cet entretien phare de l’un de pilier de la scène noise actuelle, l’artiste anglais Russell Haswell. Parler de musique serait réducteur face à l’œuvre de ce génie touche-à-tout, à la fois multi-instrumentiste, concepteur visuel, sculpteur sonore… Pilier du label Mego et contributeur régulier chez Diagonal, étrange boîte à tubes techno-expé fondé par le jeune Powell. Il nous tardait de d’en savoir plus sur ce qui motivait cet écorché vif des arts extrêmes.

Aussi loin que tu te souviennes, d’où te vient ton appétence pour les arts visuels et la musique ?
As far as you remember, where did you get your appetite for visual arts and music?

Principalement grâce à la télé, aux films des années 70 et à la bibliothèque municipale où je pouvais emprunter des trucs. C’est ce qui m’a fait découvrir pas mal de livres, de vinyles et m’a fait comprendre la différence entre des compositeurs, des artistes, différents genres musicaux… Au milieu des années 80, j’ai visité la Coventry School of Art Library, avec son incroyable collection, surtout la partie qui concerne les Arts Conceptuels et les Nouveaux Médias.

Television and films in the 70s, and also the public lending library. That's where I became fascinated with books and vinyl records and gained an understanding of the difference between composers and artists and different musical genres. In the mid 80s I would visit the Coventry School of Art Library, which had an amazing collection, and there it obviously leaned towards Conceptual Art and New Media.

Tu es très proche des principaux acteurs du label Mego, comment vous êtes vous retrouvés à travailler ensemble ?
You are very close to the main actors of the Mego label, how did you ended up working together?

J’ai rencontré Peter Rehberg au début des années 90 à Vienne, juste avant ou au tout début du label avec Ramon Bauer et Andi Pieper. En quelques visites successives à Vienne, j’ai par la suite rencontré les premiers artistes qui collaboraient avec Mego : Farmers Manual, General Magic, Fuck Head, Elin, PURE… Dès le début, Peter m’a proposé d’enregistrer quelque chose, de faire un disque avec eux ! J’ai vite participé à quelques évènements et tournées avec Mego. Mon premier album solo m’a pris quelques années à faire, c’était en fait une compilation de prestations live captées lors de concerts organisés par Mego, ou carrément ailleurs, comme dans des squats, des vernissages de musée...

I met Peter Rehberg in the early 90s, in Vienna, just before or during its beginnings with Ramon Bauer and Andi Pieper! So across a few return visits to Vienna I met all the early Mego artists; farmersmanual, General Magic, Fuck Head, Elin, PURE … from the start Peter suggested I record something, make a record! In the early days there we quite a few Mego events and tours which I participated in. It took a few years, but my first solo release was a compilation of recordings of LIVE presentations I gave at Mego events, or completely different things, like squat parties or museum exhibition openings!

Ton style musical est unique et assez inclassable, penses-tu que ton multiculturalisme dans les domaines de l’art t’a aidé à définir ton propre style ?
Your musical style is quite unique and unclassifiable, do you think your multiculturalism in the fields of art helped you define your own style ?

Mon style est inclassable, oui. Je ne veux pas être étiqueté, je n’aime pas certains genres musicaux, certains artistes… Je ne veux pas qu’on m’identifie à eux. J’ai utilisé toute la douleur, la colère et la frustration que génèrent, chez moi, des dessins, des films ou des disques sur lesquels je tombe et que je trouve abominables ou qui m’irritent profondément. Parfois mes disques sont qualifiés de “difficiles” ou d’ “extrêmes”, je préfère plutôt dire qu’ils sont “vitaux”.

My style is unclassifiable. I don't want be categorised. I dislike certain genres, as well as certain artists… I use the pain and anger and frustration that's generated when I see, read, and hear, Artworks, Films or Records that I loath, or they might just simply irritate. Sometimes my records are filed under “difficult” or “extreme”, I’d suggest “critical”.

Il y a dans ta musique un rapport très structurel et architectural, quelle place laisses-tu au chaos ?
There are in your music a structural and architectural construct, which space allows you to chaos ?

Une question difficile… Si l’on qualifie mes travaux audio de “musique”, alors je dirais qu’il s’agit d’une musique structurelle ou matérialiste, en terme de théorie et de définition pure. Dans les années 90, je la voyais plutôt comme de la sculpture publique temporaire, un son qui occupait un espace ouvert, comme une gigantesque création publique de Richard Serra.

I’m confused by this question! If my Audio works are classified as ‘music’ , then mine is probably a structural or materialist music, in terms of theory and definition. In the 90s I was thinking of a temporary public sculpture, an audio that occupied open space, like a massive Richard Serra public sculpture.

Tu es généralement cité comme un musicien noise avant tout, pourtant on ressent beaucoup d’influences dans ta musique. Quels sont les genres ou les artistes qui t’ont influencés ?
You are generally cited as a noise musician, yet you music sounds full of various influences. What types of music or which artists have influenced you ?

Curtis Roads disait de mon premier album qu’il s’agissait d’une version XXIe siècle de Bohor (ndr : l’oeuvre de Iannis Xenakis créée en 1962). Parmi les genres que j’apprécie, je suis très influencé par tout ce qui est générateurs de sons, computer music, le grindcore, la techno ou l’improvisation au sens large, tout autant que par le cinéma ou l’art sous forme musicale. L’art conceptuel, les films matérialistes. Si je devais citer quelques noms, je dirais Iannis Xenakis, Alvin Lucier, David Tudor, Michael Heizer, Richard Serra, Incapacitants, Pain Jerk, Masonna, Merzbow, Art & Language, Yasunao Tone, Holger Hiller, Boredoms, Peter Gidal, Michael Snow, Carcass...

Curtis Roads said of my first CD, that it was “a 21st Century Bohor!” I like audio test signals, computer music, grind core, techno, improv, but I’m as equally influenced by cinema and art as music. Conceptual art or materialist film. To name only a few = Iannis Xenakis, Alvin Lucier, David Tudor, Michael Heizer, Richard Serra, Incapacitants, Pain Jerk, Masonna, Merzbow, Art & Language, Yasunao Tone, Holger Hiller, Boredoms, Peter Gidal, Michael Snow, Carcass…

Tu as également collaboré avec de nombreux artistes de tous horizons. Comment choisis-tu les artistes avec qui tu souhaites travailler ? Est-il facile d’imposer ta vision où dois-tu souvent faire des compromis ?
You have also worked with many artists with different backgrounds. How do you choose the artists you want to work with ? Is it easy to impose your vision or do you often have to compromise?

La plupart du temps, les choses se font après une vraie rencontre, en face à face. Ça n’est pas quelque chose que tu planifies à l’avance, ça arrive et ça demande parfois de se revoir plusieurs fois, pour vraiment créer une relation qui sera le socle d’une collaboration fructueuse. Je ne ferais jamais d’échanges de fichiers sur le web sans jamais avoir rencontré la personne. Je ne peux pas travailler avec des artistes associés à des genres musicaux que je déteste, comme ce que j’appelle le “turd jazz” (un jazz européen blanc sans aucune profondeur culturelle) ou des artistes épouvantables que je ne nommerai pas ici. Je ne peux pas travailler avec des artistes ayant mauvais goût !

Je ne peux pas imposer ma vision ou faire de compromis, je veux faire et créer, ou me documenter et travailler, sur une matière première qu’aucun de nous deux n’aurait pu faire séparément.

Usually it's something that happens face-to-face. It's not something you choose in advance, it happens over time, and maybe many meetings to forge a relationship that enables a fruitful collaboration. I wouldn’t do a file-exchange project with someone I've never met. I dont wanna work with musicians associated with terrible genres e.g. TURD JAZZ (culturally insignificant white european Jazz) or appalling Artists I dont have to name here. Its not good to work with a musician with poor taste!

I don't want to impose a vision or compromise, I want to do and make, or document and work, on something that neither one of us could make individually.

Comme beaucoup de producteurs tu te prêtes à l’exercice de DJ set. Que t’apporte cette discipline ? Est-ce pour toi le moyen de te frotter à un public différent et de jouer une musique plus décomplexée ?
As many producers you are also playing DJ sets. What brings you this discipline ? Is it for you the way to you rub to a different audience and to play a more uninhibited music?

Hard Disco Jokey (HDJ) est un projet que j’ai lancé il y a quelques années. Je mixe avec des vinyles (des 80s surtout) et des CD (des 90s). En 2001, Sean Booth et moi-même avons imaginé une table de mix DJ 4 canaux pour une tournée aux États-Unis et en Europe où je devais faire la première partie d’Autechre. Je ne voulais pas utiliser Traktor ou les logiciels que tout le monde utilise ! Et nous, toute la bande Mego, on utilisait déjà principalement nos ordinateurs comme instrument, la plupart du temps. Cet ordinateur que j’utilise pour HDJ a aujourd’hui une collection assez importante de musique que je peux emmener de concert en concert, des tonnes de genres musicaux différents que je peux éclater les uns contre les autres avec des transition et des crossfaders automatiques, sans beat matching ! C’était super drôle à utiliser… En tant que HDJ je me vois plus comme un selector, influencé par des gens comme Claude Young, John Peel, JeffMills, Christian Marclay et DJ Carhouse.

Hard Disc Jockey (HDJ) is what Ive been doing occasionally in recent year… I did DJ with vinyl (80s) and CDs (90s). In 2001 Sean Booth and myself designed a max/nato mp3 four channel DJ player/mixer for a 60 date USA and Euro tour I supported Autechre on… I didn't wanna use Traktor, or what everyone else was using! And we, the Mego lot, had already been exclusively working with laptops as the only instrument for a good few years by then! This laptop HDJ set up enabled a massive collection of music files to be carried around from gig to gig, tons of genres to be mashed together with automated faders and cross faders, no beat matching! It was such fun to use… as a HDJ I feel more like a selector, but kinda influenced by the styles of Claude Young, John Peel, Jeff Mills, Christian Marclay and DJ Carhouse.

Tu seras bientôt sur la scène du festival Atonal à Berlin avec deux projets très différents. Peux-tu nous en dire plus ?
You will soon be on the stage of Atonal festival in Berlin with two very different projects. Can you tell us more about them ?

Oui je serai de retour à l’Atonal pour la troisième fois. Cette année, on m’a proposé de jouer un live solo et de curater un événement, par ailleurs. C’est un “flashback and comeback show”, avec Peter Rehberg qui fera un set de musique modulaire, symbolisant la nouvelle direction prise par Pita, son projet solo. Et le soir, ce sera le climax avec 3 heures de set de Farmers Manual, reformés à l’occasion de ce “mini-festival” que j’ai curaté au Café Oto l’année dernière, une espèce d’échauffement pour cet événement un peu particulier.

Yes, I’m back at ATONAL… Third time… This year I was asked to perform live solo and to additionally curate a program. Its a Flashback and Comeback show at the same time, featuring Peter Rehberg performing a modular set, marking a new phase in the direction of Pita, and the night will climax with a 3 hour set from farmersmanual, who reformed for a “mini-fest” I curated at Cafe Oto last year, which acted as a warm up for this special long form event.

russell-haswell-mini-fest

Tu es un artiste très prolifique, peux-tu nous parler de tes prochains projets en préparation ?
You're a very prolific artist, can you tell us about your upcoming projects under process ?

Mon prochain album sortira sur Bocian Records : Constitutional. Je travaille aussi sur un maxi et un albumc concept pour Diagonal. En octobre et novembre, je ferai de nouveau la première partie d’Autechre en Europe.

My next release is a LP for Bocian, Constitutional. I’m making a Single and developing a concept LP for Diagonal. In October and November I’m touring Europe, supporting Autechre.

Vidéo

Russell Haswell Boiler Room LIVE Show