King Dude Interview & Chronique

Thomas Jefferson Cowgill est de ceux pouvant sur terre attester de plusieurs vies. Du moins artistiquement. Embrassant le black metal (Book of Black Earth), le hardcore (Teen Cthulhu) puis enfin le dark folk avec son projet solitaire King Dude, le colosse à la peau criblée de tatouages n'a de cesse de surprendre lorsqu'il s'agit d'intimer sa perception sensible et mystique d'un monde à la violence avérée. Kaléidoscope émotionnel, les intentions accouchées à la hâte à l'occasion de son inaugural premier LP (lire), Tonights Special Death (Disaro / Avant!), trouvent dans LOVE, paru en fin d'année passée sur Dais Records, le fascinant écrin attendu, soigneusement cousu d'ambiances gothiques et néo-folk, à la croisée des chemins de Johnny Cash et Death in June, et d'une hagiographie biblique toute personnelle. Colère et rage d'antan occises sur l'autel d'une méditation mâtinée d'occultisme "intellectuel", c'est-à-dire à rebours de celui rituel, T.J. Cowgill livre dix balades vespérales, chacune transpercée d'un souffle mélodique au dénuement obnubilant. Ne s’embarrassant que d'une guitare, de quelques pédales et d'une réverbération sur sa voix, ce dernier esquisse, par le biais de concises ritournelles, son propre abécédaire de la rédemption, oscillant entre caverneuses psalmodies (Don't Want Me Still, Please Stay (In The Shadow Of My Grave), Endless Rose) et antiennes luminescentes (In The Eyes Of the Lord, Spiders In Her Hair, Lucifer's The Light Of The World). Et si une chanson à la beauté diaphane telle que Hello Mary, où l'on perçoit d'infimes bruissements de claviers, indique que l'homme semble désormais en paix avec lui-même, une tenace curiosité colle aux basques du personnage qui, sous ses apparences bourrues, s'avère plus que charmant.

 I'm King Dude

Comment est né le concept à l'origine de King Dude, et d’où vient ce nom ?
How did the whole concept of King Dude come about and how did you come up with this band name?

Pour leur faire une blague, j’ai raconté à mes amis Mary et Tosten que j’allais former King Dude, un groupe de reprises a capella. Et puis, peu de temps après, j’ai commencé à enregistrer chez moi des morceaux écrits à la va-vite, sous le nom de King Dude, à défaut d’autre chose de mieux. Je me souviens que Tosten avait enregistré l’un des morceaux pour moi, et quand j’ai entendu ma voix, ça m’a fait un choc. Je ne savais absolument pas à quoi ma voix ressemblait quand je chante. Ça m’a fait penser à du Syd Barrett. Et puis une fois écouté, Mary a trouvé que ça ressemblait à du Current 93, un truc que je n’avais jamais entendu avant. Par la suite, j’ai découvert Death In June, qui m’a pas mal influencé. Ça devait être en 2004. Mais, je n’ai pas pris tout ça au sérieux avant 2006-2007, quand j’ai composé The Black Triangle. Mais, c’était plus ou moins un heureux accident.

I told my friends Mary and Tosten that I was starting an all a capella cover band called King Dude as a joke. Then shortly afterwards I started doing a lot of home recording of really hastily written songs and out of lack of a better name I called it King Dude. I remember Tosten recorded one song for me and when he played my voice back I was shocked. I had no idea what I sounded like when I really tried to sing. It reminded me of Syd Barret. Then Mary heard it and said it sounded like Current 93 who I'd never heard before. Then that led me to Death in June and obviously a great deal of influence. I guess that would've been in 2004. It wasn't until about the time I wrote The Black Triangle in 06 or 07 that I started to take it even more serious. But it's all more or less a happy accident.

Comment décrirais-tu ta musique ? Quelles sont tes plus grandes influences ?
How would you describe King Dude's music, and who are your biggest influences?

Je dirais que c’est de la musique spirituelle. Enfin, si tu entends bien ce que j’entends. J’ai été inspiré par trop de gens pour pouvoir tous les nommer ici. Dernièrement, c’était surtout Buddy Holly, Johnny Cash, Bob Dylan, et puis Kitte Wells, Elizabeth Cotten et Dock Boggs pour ce qui est des gens un peu moins connus. Et je ne parle que du mois dernier. Je suis inspiré par tellement de bonne musique.

I would say that it's spiritual music. That is if you hear it the way I hear it. I have too many influences to name. Lately it's been Buddy Holly, Johnny Cash, Bob Dylan for the more mainstream artists and Kitte Wells, Elizabeth Cotten and Dock Boggs of the lesser known folks. And that's just the past month or so. I am inspired by so much good music.

Tu es aussi le chanteur du groupe de black metal Book Of Black Earth. Le processus est-il vraiment différent en termes d’écriture quand tu composes pour King Dude ?
You also sing in the black metal band Book Of Black Earth. Is your songwriting process different when writing songs for King Dude?

Oui, très diffèrent. Je dois prendre les sentiments d’autres personnes quand je compose pour des groupes. Avec King Dude, les morceaux sortent très vite et personne à part moi ne peut intervenir. Je dirais que c’est un procédé plus intéressant en ce qui me concerne.

Yes very. I have to consider other people's feelings when I write songs in bands. In King Dude the songs come out really fast and no one can change them other than me. I'd say it's a better process for me.

Mort, religion, amour, Lucifer, nature et instincts primitifs sont tous de grandes sources d’inspiration. Peux-tu nous parler un peu de ton rapport avec l’occulte ?
Death, religion, love, Lucifer, nature, primal feelings are your main inspirations. Can you explain to us what is your intellectual relationship with the occultism?

Il y aurait tellement de choses à dire. Je vais tenter de faire court. Les morceaux de King Dude sont comme de petites odes aux choses qui illuminent l’esprit. J’essaie de capturer ce moment d’expression divine dans un enregistrement, pour partager ce sentiment avec l’auditeur. Les chansons portent le sceau de mes intentions, et c’est en devinant si mes intentions sont ressenties ou non par l’auditeur que je fais le tri entre ce qui doit être enregistré et ce qui devrait être mis de côté. De plus, ma relation avec tout ce qui est occulte est exclusivement intellectuelle, et je me considère comme un homme qui ne suit aucun dogme. Je suis un homme simple, qui n’a jamais fait partie d’aucune fraternité clandestine. Ceci dit, juste par curiosité, j’ai choisi de regarder ‘’au travers du voile’’ qui a tendance à salir tant de mes confrères. J’espère que cela répond à ta question.

There's so much I could say here. I will attempt to summarize. King Dude songs are like little odes to things that cast light into the soul. I attempt to encapsulate that moment of divinity into a recording so the listener can share a certain sentiment that I've felt. The songs are imprinted with an intention of mine and wether or not that intention is felt by the listener is how I know when a song is ready to be recorded or discarded. Furthermore, I approach the occult from a purely scholarly level and consider myself a man of no codified dogma. I am a natural man who has never belonged to any clandestine fraternity still out of curiosity I have chosen to "peer beyond the veil" which tends to mire so many of my peers. I hope that answers your question.

Qu’avais-tu en tête pour LOVE LP ?
Did you have specific goals for LOVE LP?

Je voulais écrire un album de chansons d’amour. Rempli de lumière et d’amour.

I wanted to write a record of love songs. Filled with light and love.

Lucifer's The Light of the World est un morceau magnifique. Peux-tu me parler des conditions dans lesquelles tu l’as écrit ? Tous les morceaux ont-ils une histoire particulière ?
Lucifer's the Light of the World is a magnificent song. Can you tell me about the story around it it? Have all the songs a particular story for you?

LTLOTW est la version cathare de l’histoire d’Adam et Eve, extraite de la Genèse, dans laquelle ils sont expulsés du jardin d’Eden après avoir mangé le fruit défendu de l’arbre de la connaissance. Dans les récits cathares, le serpent était en fait le véritable Dieu de lumière, descendu du seul et unique Paradis, pour faire le don du savoir à l’humanité, au travers d'Adam et Eve. Selon cette version, c'est Yahvé, un sous-dieu - le Dieu juif par la suite hérité par les Catholiques - qui, pris d'une colère folle, jeta l’homme du paradis pour le punir. Cette croyance cathare est en accord avec la vision du reste de la Bible des Catholiques ou Yahvé est décrit, sans raison, de temps en temps, comme un dieu ouvertement maléfique, sournois, égoïste et narcissique. Grâce à l’interprétation très belle et finalement complètement logique de cette parabole enfantine, le Judéo-Christianisme est renversé et son sens caché se retrouve exposé. En termes musicaux, cette chanson est une réponse à l’un de mes morceaux favoris de Son House, John the Revelator.

LTLOTW is the Cathar version of the story of Adam and Eve from the book of Genesis in which Adam and Eve are expelled from the Garden of Eden for eating the fruit from the forbidden tree of knowledge. In the Cathars telling, the serpent was in fact the true god of Light who descended from the one and only true Heaven, to impart the knowledge of the soul onto humanity through Eve to Adam. It was the sub-deity, Yahweh - the Jewish God later inherited by the Catholics - who became enraged and cast man out of paradise for his disobedience. This Cathar belief lies in accordance with their view of the rest of the Catholic bible where Yahweh is inexplicably painted time and time again as a petty, selfish, narcissistic and overtly evil god. With this one beautiful and otherwise completely logical interpretation of this otherwise childish parable, Judeo-Christianity is turned on it's head and - like coins out of it's pockets - it's hidden meaning comes tumbling out. Musically the song is a response to one of my all time favorite songs John The Revelator by Son House.

LOVE est sorti sur Dais. Peux-tu nous en parler un peu ?
LOVE was released on Dais. Could you say a few words about it? 

J’aime beaucoup Dais. Ryan et Gibby sont de véritables enfoirés. Ils sont investis à 100% dans leur art et ils ont été le point fort de mon expérience musicale. Je ne pourrai jamais dire assez de bien à leur propos, et d’autres labels devraient en prendre note.

I love Dais. Ryan and Gibby are some real motherfuckers. They believe in art 100% and have been a highlight of my musical experience. I can't say enough good stuff about them, all other labels should take note of how it should be done.

Es-tu toujours en contact avec Avant!, Bathetic, Disaro et Clan Destine... tes labels précédents ? As-tu des projets avec eux ?
Are you still in touch with Avant!, Bathetic, Disaro and Clan Destine, your previous labels? Would you consider any other project with them?

Ouais, de temps en temps. Depuis que j’ai commencé à bosser avec Dais, je n’ai pas vraiment eu de raison d’aller voir ailleurs. J’ai juste signé chez Vàn en Europe, mais d’après ce que je sais, Vàn soigne aussi beaucoup ses sorties. J'ai toujours beaucoup d'affection pour tous les albums que j'ai sortis, mais je dois tout particulièrement remercier Bathetic et Can Destine que j'adore, pour avoir sorti mes deux premiers LP. L'artwork de Love, c'est Dais qui m'a poussé à le faire, et ils m'ont aussi beaucoup aidé et se sont assurés que tout se passe bien. C'est vraiment incroyable, mec !

Yeah from time to time. Once I linked with Dais I have no real reason to work with anyone else. I did just sign with Vàn in Europe but as far as I can tell Vàn also puts a l lot of care into their releases. I still love all the records I've put out but man, and I especially have to give my love and thanks to Bathetic and Clan Destine for putting out my first two releases but did you see the artwork on that Love LP? Dais not only encouraged me to do it, they helped made sure it happened and that it came out perfectly. It's fucking unreal man. 

L’aspect graphique et esthétique de ton album, est-il important ? Si oui, pourquoi ?
Is the graphic & aesthetic aspect of your album important? If so, could you explain us why?

L’aspect esthétique est une des choses les plus importantes au monde, pour tout le monde, qu’on le sache ou non. Je deviens un peu fanatique quand il s’agit du design de mes albums, et je ne supporterais pas que quelqu’un d’autre intervienne. Ça devient de plus en plus difficile, alors que je vieillis, beaucoup plus de gens veulent me changer.

Aesthetics are one of the most important things in the world to everyone whether they know it or not. I am a freak when it comes to my album artwork and can't really have it any other way than my own at this point. It's getting worse and worse as I get older and more set in my ways.

Et en ce qui concerne tes vidéos ?
Same question concerning your videos...

D’autres personnes s’occupent des vidéos, mais je dois absolument pourvoir avoir mon mot à dire. Mais, je préfère ne pas avoir trop de contrôle de ce côté-là, pour qu'on puisse ainsi vraiment parler de collaboration artistique.

Other people make the videos, but I can't just have anything shot and edited without my say in it anymore. Still I like to have a bit less control in this department because it's more of an artistic collaboration that way. 

J’ai assisté à ton concert à Paris l’année dernière. Quels souvenirs marquants gardes-tu de ta tournée européenne ? Etait-ce une bonne expérience ?
I went to your show in Paris last year. What striking souvenirs do you keep from your European tour? Was it a good experience?

De très bonnes cigarettes et des tonnes de LP Krautrock d’Allemagne. J’ai aussi rapporté d’Amsterdam un bootleg génial de Nico, assemblé par le 'Nico Fan Club of Netherlands', ou un truc comme ça, mais sur vinyle tout de même. Il contient un enregistrement de soundcheck qu’elle avait fait avec le Velvet Underground que je n’avais jamais entendu avant ça. En règle générale, le public européen est vraiment différent du public américain. Par exemple, ils écoutent les morceaux quand tu les joues.

Really good cigarettes and tons of Kraut Rock LPs from Germany. I got a great Nico bootleg in Amsterdam complied by the or something like that on blue vinyl no less. It has a pretty rad soundcheck recording she did with Velvet Underground that I'd never heard before. In general European crowds are much different than American Crowds. For example they listen to your songs when you play them.

Tu as vécu à Seattle. Qu’en est-il de la scène musicale désormais ?
You've lived in Seattle. What's the music scene like in Seattle now?

Assez merdique pour la plupart. Il y a toujours quelques bons groupes ici et là, mais c’est comme des morceaux de bouffe mal digérés dans un gros tas de merde. J’imagine que c’est peut-être un peu exagéré. Mais quoique tu fasses, ne pars pas vivre là-bas. C’est horrible. Portland est bien plus cool.

Shitty for the most part. Their are a few good bands sprinkled here and there like bits of undigested food in a big pile of shit. I guess when I put it like that it sounds way worse than it is. Just whatever you do, don't move here. It's horrible. Move to Portland. It's much cooler.

Peux-tu nous dire comment tu t’es impliqué dans Actual Pain ?
Can you tell us how are you involved in Actual Pain?

J’en suis le fondateur et je m’occupe de tout ce qui est design.

I own it and design nearly all of it.

Pour finir, que pouvons-nous te souhaiter en 2012 ?
To conclude, what should we wish you in 2012? 

Souhaites-moi beaucoup de Lumière et d’Amour ! C’est ce que je te souhaite, mon ami !

You should wish me Light and Love! That's what I wish to you my friend!

Vidéo

Tracklist

King Dude - Love  (Dais Records, 2011)

01. Intro
02. Don't Want Me Still
03. In the Eyes Of the Lord
04. Spiders In Her Hair
05. Please Stay (In The Shadow Of My Grave)
06. Eternal Night
07. Lucifer's The Light Of The World
08. Big Blue Eyes
09. Hello Mary
10. Endless Rose

 


Shifted l'interview

Il se passe de grandes et sombres choses dans la techno contemporaine. On pourrait parler de post-techno, de techno-indus, ou d’avant-techno, peu importe. Il existe un sillon, initié il y a vingt ans avec le dub fantôme de Basic Channel, l’épure de Plastikman, le rigorisme du label Sakho ou les rafales du label Downwards, qui s’élargit depuis une dizaine d’années. Tout d’abord Sleeparchive, puis l’équipe de Sandwell District, et désormais tout un panel de producteurs très inspirés et à l’identité plus ou moins floue, de Londres à Berlin ou même à Madrid, qui s’enfoncent dans les coins les plus opaques du territoire techno. On met l’emphase sur la texture, la permanence, l’espace, le temps, le sensoriel. En somme, la techno devient un objet quasi-intellectuel ou la matière première d’une sculpture. Le travail de Shifted se situe dans le même espace, et son premier LP, Crossed Paths, en est le climax. Sorti sur Mote Evolver, label de Luke Slater, c’est un album de techno des tunnels, des puits sans fond, des fondus au noir ou des traversées en altitude. L’homme-mystère (au passé encore plus mystérieux) à la tête de cette œuvre puissante et statique partage ses opinions sur la question.

Some great and dark things are happening in modern techno. Call it post-techno, industrial techno, or avant-techno - whatever. There’s a line, initiated 20 years ago by Basic Channel’s ghost dub, Plastikman’s minimalism, Sakho label’s rigorism or Downwards label’s machine guns, that more and more people are following since 2000. First there was Sleeparchive, then the Sandwell District team, and now a whole panel of inspired and more or less anonymous producers, from London to Berlin and even in Madrid, who are all plunging into the most opaque territories of techno. Here textures, permanence, space, time, senses are all emphasised, becoming the core of the deal. Techno’s turning into an almost intellectual object, or the raw material of a sculpture. Shifted’s work is located within that space, and his first LP Crossed Paths shows a great mastery of that art. Released this month on Luke Slater’s imprint Mote Evolver, it’s techno for tunnels, for bottomless pits, or high-heights rides. The mystery man (with an even more mysterious past) who’s authored this mighty and static piece of work, is sharing his thoughts about it and the darkest sides of techno in general.

Shifted l'interview

Malgré tout cet anonymat, que pouvons-nous savoir de toi ?
In spite of your anonymity, can we know where you are from, how old you are and where you are based now?

Je suis un Anglais de 31 ans. Je viens du sud-est de l’Angleterre, mais je viens de déménager à Berlin.

I’m a 31 year old Englishman. I’m from the south east of England, but I just recently relocated to Berlin.

J’ai lu que tu sors en fait des disques depuis dix ans. Que faisais-tu avant de faire le genre de techno pour lequel tu es connu en tant que Shifted, Relay ou Pacific Blue ?
I’ve read you’ve been releasing records for about a decade now. What were you doing before then and when did you shift to the kind of techno you’re now doing as Shifted, Relay or Pacific Blue?

Il est vrai que je sors des disques depuis dix ans maintenant. Je ne révèlerai pas exactement ce que je faisais avant, mais je dirais que c’est très éloigné de ce que je fais en tant que Shifted, d’où la discrétion. Je ne veux pas que les gens fassent des connexions entre mon travail passé et ce que je faisais à l’époque. Je voudrais que les gens écoutent Shifted sans aucune préconception.

Yeah, I‘ve been putting out records for almost a decade now, I won't reveal exactly what I was making, but I will say that it was far removed from what I am doing as Shifted (hence the need for secrecy). I don’t want people making connections between my past work and what I’m doing now. I would like people to listen to the Shifted material without any preconceptions of what to expect.

Ce LP est tout en paysage et abstraction, contrairement aux EP. Qu’est-ce que tu as pu faire ici que tu ne pouvais pas faire avant ?
Compared to most of your EP, what we find on your LP is more into landscaping and abstraction. What is it that you’ve been able to do here that you couldn’t before?

Un LP permet de creuser plus loin dans un certain son et de faire une sorte de déclaration d’intentions et pas simplement quelques morceaux conçus strictement pour le dancefloor. Je pense m’être développé assez rapidement en tant que Shifted et j’espère que cet album sera vu comme l’aboutissement. Je l’ai approché un peu de la même manière qu’un EP, avec des aller-retours entre chaque track, et je suis allé plus loin dans cette démarche. Ce LP marche bien mieux comme un tout que par tracks séparés, ça ne sert à rien de l’écouter en diagonale, il repose sur la patience de l’auditeur pour fonctionner.

I guess when writing an LP project there is a lot of scope to delve deeper into a sound and think about it as a statement and not just a couple of tracks aimed squarely at the dancefoor. I think over the time that I have been writing music as Shifted I have developed fairly quickly and this album I hope marks the pinnacle of my work to date. I guess I approached it in a similar way to how I write an EP, with each release I try to have certain ebb and flow and make connection between the individual tracks. Obviously for the LP I was able to go even further in to this process, I think that Crossed Paths is an LP that works far better as a whole than as individual tracks, it’s not something you can skip through and understand, in fact it relies on the patience of the listener to work at all.

Tu dis être très inexpérimenté en termes de production, à côté de producteurs plus anciens dans ton genre, alors que le genre de techno que tu pratiques repose grandement sur le sound design et la production. Tu te penses vraiment DIY ?
You said you’re quite naive in terms of production skills in comparison with other techno producers of your kind, though the kind of techno you’re making relies a lot on sound design and production. How « DIY » (so to say) do you think you are?

Pour être honnête, j’ai toujours l’impression de bricoler des petits trucs les uns avec les autres. J’écoute beaucoup de disques et je les trouve si finement sculptés, avec un grand soin accordé au détail – je suis l’opposé de tout ça. Je travaille aussi rapidement que possible pour poser une idée avant que mon esprit ne passe à autre chose. J’ai une très petite capacité d’attention. J’ai des centaines de petites idées qui ne dépassent jamais le stade de la simple boucle. Etant donné que je me lasse vite, j’ai appris à maîtriser tout ça maintenant, et je n’ai pas l’intention de changer de manière de faire. On peut s’imaginer que le sound design prend des heures d’orfèvrerie pour fignoler un morceau, mais je préfère utiliser mes petites astuces et mes méthodes efficaces pour rendre cette partie de la production musicale aussi rapide et peu douloureuse que possible.

Yeah I still feel like I’m scraping tracks together to be honest, I listen to a lot of records and they are so finely sculpted and obviously a great deal of care and attention to detail has gone in to them, I’m pretty much the opposite of this. I work as fast as I can to get an idea down before my mind drifts off and I loose focus. I have a very short attention span; I have hundreds and hundreds of little ideas that never make it past the loop stage. Just because I become bored or something else grabs my attention. I’ve kind of learnt to embrace this now though, and I wouldn’t try to change the way I do things. I guess people have this idea of sound design being something that should take hours and hours of sculpting and bending something to fit a track. I prefer to use my own tricks and time saving methods to make this part of writing music as painless and fast as possible.

Comment approches-tu le temps et l’espace pour faire cette techno ? Comment bien doser l’hypnose et le minimalisme ?
How do you approach time/space? How do you measure the right dose of hypnosis and the necessary minimalism?

Mon travail en tant que Shifted est principalement sur la texture, et pour que ça marche il faut que la colonne vertébrale du morceau soit aussi dépouillée que possible afin de laisser chaque élément respirer et venir en premier plan. Le projet Pacific Blue était dans cet esprit, je voulais faire quelque chose autour de structures rythmiques traditionnelles. Mais ça ne correspond pas à ce que je fais en tant que Shifted, je préfère donc séparer chaque projet sous des pseudonymes différents plutôt que de sonner comme un touche-à-tout. J’ai un autre projet cette année, absolument pas techno, qui se concentrerait sur des drones industriels, ainsi qu’un autre qui inclurait un guitariste et des éléments vocaux. Je suppose que c’est l’expression de ma nature indécise et volage.

My work as Shifted is mostly about texture, and for this to work the backbone of the track has to be stripped back as much as possible in order for the other elements to breath and come to the foreground. This is why I started the Pacific Blue project, I wanted to do some stuff that was more concerned with rhythm and traditional percussive structure, I enjoy doing this kind of thing. But it doesn’t really fit with the aesthetic that I have tried to build around the Shiftedmaterial. I’d rather separate experiments in different areas with various pseudonyms than end up sounding like a ‘jack of all trades’. I have another project that I intend to work on this year for instance that focuses on purely non techno, industrial/drone sounds and I’m also working on a project with another artist using guitar & vocal elements as well. I guess this is my indecisive and fickle nature coming through again.

Depuis plus de dix ans, de plus en plus de producteurs (de Sleeparchive à Sandwell District, de Perc à Milton Bradley, d’Ancient Methods à Tommy Four Seven, et toi inclus) explorent les versants les plus rudes, austères et conceptuels de la techno et visent les dancefloors les plus pointus. Pourrait-on y voir l’esprit avant-gardiste de la scène indus/expérimentale de l’ère post-punk appliqué à la techno contemporaine ?
For more than a decade now, some producers (from Sleeparchive to Sandwell District, from Perc to Milton Bradley, from Ancient Methods to Tommy Four Seven, and you included) are exploring the starker, harsher, even more conceptual side of techno, targeting the bleakest possible dancefloor. Couldn't we see here the same challenging spirit of the experimental/industrial scene of the late 70s/early 80s (Throbbing Gristle & co) applied to modern techno?

En termes d’expérimentation la techno est dans de bonnes mains, à mon avis. Pas mal de producteurs explorent des territoires similaires tout en y mettant leur propre patte. La plupart des producteurs cités ici partagent les mêmes influences, post-punk et indus en tête. Un bon exemple en serait un label comme Blackest Ever Black, à la surface ça ressemble à un label d’indus, mais pourtant il a ses racines dans la techno. Je ne pense pas qu’il pourrait exister sans un autre label comme Downwards qui a tant marqué la culture de la jeunesse britannique dans les mid-90’s. La techno est une scène gigantesque, une grande partie en est consacrée au dancefloor et se préoccupe peu d’intégrité artistique, mais il y a un coin de cette scène qui s’attelle à produire une musique qui peut fonctionner à un niveau plus intellectuel.

Yeah, in terms of people experimenting and taking chances I think Techno is in a very healthy place, there’s quite a few producers out there exploring similar territory but still managing to put their own stamp onto it. Certainly I think a lot of the people you mention have similar influences, the whole Post Punk or Industrial scene being a major part of this. An example being a label like Blackest Ever Black, on the surface I guess you would call it an Industrial imprint but it has deep roots in Techno and I don’t think it would exist as it is now without labels like Downwards that made such an impression on British youth  culture around the mid 90’s. Techno is a big scene, a lot of is it is purely music for the dancefloor with little artistic integrity, but there is certainly a corner of the scene now focusing on creating music that not only works on the floor but on a deeper more intelligent level as well.

Il semble parfois que le but de cette musique est de vider la substance de la techno et voir ce qu’on peut encore y trouver après. Tout menace parfois de disparaître dans le brouillard (particulièrement dans les morceaux les plus distants comme Out Of Tune ou Relict). A quel point la techno peut-elle s’enfoncer dans l’abstraction ?
It sometimes feels that the goal of that music is to empty the whole substance of techno and see what we can find below. Sometimes, the whole thing threatens to disappear behind the haze, or even beyond time (I’m thinking of the most distant tracks like Out Of Tune or Relict). How far can techno go into abstraction?

Ce que je trouve intéressant avec la techno c’est son équilibre. J’aime faire de la club music, mais en même temps j’adore expérimenter et conceptualiser. Je pense parfois que l’on peut arrêter de penser la techno comme une musique en tant que telle, et se mettre dans un état d’esprit qui permettrait de la considérer comme un art où l'on utiliserait une palette de sons pour exprimer des émotions, des concepts, une personnalité. Une fois que tu adoptes cette façon de penser et que tu ne t’obliges plus à coller à aucune convention ou structure musicale traditionnelle, la techno peut aller aussi loin que les gens veulent l’amener. Pour quelqu’un de totalement non-musical comme moi, être capable de m’exprimer de cette manière est très important. Il est intéressant d’utiliser le mot « distant » pour évoquer ma musique. J’aime que la musique semble presque se situer en arrière-plan et fonctionne sur l’hypnose, comme si elle n’était pas là du tout, et laisse ainsi l’auditeur remplir le vide restant avec sa propre imagination, dans le contexte d’un club qui leur permettrait un peu de s’égarer et d’oublier où ils sont vraiment, particulièrement si tout cela est accru par des stimulants chimiques.

What I find interesting about Techno is the balance of it, I enjoy making club music, but at the same time I love to experiment and conceptualize. I sometimes think that you can almost stop thinking of Techno as music per say and get into the mindset that it is purely art, using sound as a palette to express emotion, concepts and personality. Once you embrace this way if thinking and forget having to stick to any form of traditional musical rules or structure then I think it can go as deep as people want to take it. As someone who is completely unmusical, being able to express myself in this way is very important to me. I think it’s interesting that you use the word “Distant” in relation to my music, I love music that almost appears to sit behind the foreground and work on a hypnotic level, almost as if it is not there at all, and enables the listener to fill in the blank spaces with their own imagination, in a club setting allowing the audience to drift off a little and forget where they actually are, especially if this is enhanced by chemical stimulants.

Cette techno ne viendrait-elle pas comme une sorte de réaction radicale et anti-fun à toute la techno classique et à la minimale qui sont devenues une sorte de muzak de club ces dernières années ?
Could we somehow consider that this kind of techno comes as a radical and « anti-fun » reaction to classic & minimal techno and all the stuffs that became some kind of dancefloor muzak within the years?

A chaque fois qu’un nouveau son est apparu, et pas seulement en techno, c’est souvent une réaction à ce qui était venu avant. Je suppose que cette techno est en effet une réaction à une « minimale » devenue surfaite et sans âme. Après tant d’années de ce son, qui avait débuté avec quelques producteurs intéressants et s’est éteint avec tout plein de clones qui sont venus la diluer, les gens ont envie d’autre chose. Je trouve que la scène ces temps-ci est très influencée par la techno du début des 90's, mais forcément avec toutes les nouvelles technologies disponibles et les influences extérieures qui interviennent dans la musique électronique, quelque chose de différent est né. Mais comme avec tout, ça fera son temps, et les failles sont déjà en train d’apparaître. Ça avance par cycles, et d’ici peu les gens passeront à autre chose.

Every time a new sound or direction is born, not just in Techno but within music as whole it tends to be a reaction to whatever came before it, and I guess this sound you refer to is indeed a reaction to how overproduced and ultimately soulless the whole “minimal” thing became. I think after so long of that sound, starting with a few key producers doing interesting stuff, then ending inevitably thousands of clones popping up and watering it down, people start to crave something different. I think the scene as it stands now is heavily influenced by early 90’s techno, but obviously with the advances in production techniques and the newer outside influences within electronic music something ultimately different has been born. As with anything though, it has its sell by date, and already the cracks are beginning to show. It moves in cycles, and before too long people are going to crave something else.

Ne penses-tu pas qu’on assiste à une émulation des producteurs vers les coins les plus sombres de la techno et qu’il y a un intérêt grandissant pour cette musique de la part d’un plus large public ?
Don’t you feel that there’s been quite an emulation among techno producers around the darkest corners of techno, and that there’s been a greater interest into that kind of techno from a larger audience lately?

On dirait bien oui. Effectivement ce sous-genre de techno en particulier est de plus en plus en vogue actuellement, et je pense que toute cette Berghain-mania y est pour beaucoup. Des gens comme Marcel Dettmann que je considère toujours comme un DJ très underground mixent dans de grosses soirées à Ibiza ou dans d’énormes festivals, ce qui est positif en un sens puisque ça expose les masses à de la « vraie » techno plutôt qu’à de la daube édulcorée. Mais d’un autre côté ça ne peut qu’accélérer ce cycle dont je parlais plus tôt. Néanmoins, je pense que la nature dystopique de cette musique l’empêchera de devenir aussi énorme (et par conséquent rance) que la minimale ou la tech-house qui se sont tant répandues dans la presse musicale électro ou parmi les « clubbeurs » moyens.

Yes, you’re right there. I guess this particular strain of Techno is very in vogue right now. I think the whole Berghain thing has a lot to do with this. It has its upsides and downsides I guess. People like Marcel Dettmann who I still consider to be a very underground DJ is playing big party’s in Ibiza or huge festivals, this is positive in one sense, exposing the masses to ‘real’ Techno music instead of watered down bullshit. But at the same time it can always speed up this cycle that I already spoke about. However I guess with the dystopian nature of this music will stop it ever becoming as big (and ultimately stale) as the whole minimal thing, or the Tech House stuff that is also so popular with the dance music press and your average ‘clubbers’.

Audio


Mike Simonetti (Italians Do It Better) l'interview & mixtape

Fidèle à sa réputation, insaisissable, avare de mots mais toujours enthousiaste, Mike Simonetti, DJ, producteur et pierre angulaire des labels Italians Do It Better et Perseo, a accepté de répondre à nos quelques questions dans l'optique d'un double show qu'il donne les 31 mars et 1er avril prochains dans l'antre du Social Club et de celle du Silencio. L'occasion, trop belle, pour évoquer tour à tour lesdits labels - dont , qu'il co-dirige avec Johnny Jewel, et ce à l'aube d'un retour fracassant de celui-ci flanqué des nouveaux albums de Chromatics, Kill For Love, et Glass Candy, Body Work - mais aussi sa propre carrière de DJ, ses lubies et sa vision de l'industrie musicale : "Je pense qu'on a mieux à faire que de se battre avec des gens qui veulent écouter notre musique...". Imparable, à l'image de ses edits. En sus, une sélection commentée ci-après et téléchargeable à merci.

Audio

Entretien avec Mike Simonetti

Tu as fondé Italians Do It Better avec Johnny Jewel en 2005. Quelles étaient alors tes intentions et quelles sont-elles aujourd'hui ?
You have built the label Italians Do it Better with Johnny Jewel in 2005... What were your intentions at the time, and what are they today?

J'ai fondé IDIB pour me concentrer sur la dance music, et pour sortir un nouvel album de Glass Candy. C'est marrant car ça n'a pas changé !

I started italians to focus more on dance music, and to release new Glass Candy material. It's funny because it is still the same intentions now!

Tes premières amours sont hardcore et punk (Troubleman Unlimited). À quel moment t'es-tu intéressé au disco ?
From your roots in hardcore and punk (Troubleman Unlimited), can you tell us when your interest in disco started and why?

Je bossais dans des clubs vers la fin des années 80, et mes intérêts ont commencé à pencher au fil des ans vers la house et le disco. J'ai toujours aimé le disco, la soul, le funk et le rap...

I worked at night clubs in the late 1980's and it morphed over the years towards house and disco music. I was always into disco, soul, funk and rap...

L'esthétique Italians Do it Better est reconnaissable parmi cent : qui décide ? qui fait ?
The aesthetics of Italians Do It Better have got this unique and recognizable flavor : who decides? Who does the work?

Johnny s'occupe de tout ce qui est visuel. Heureusement, je n'ai pas à y toucher. C'est vraiment stressant. L'image du label est entièrement entre les mains de Johnny. Il en a une idée bien spécifique et c'est génial.

Johnny does all the visual work. Thankfully i do not have to deal with that stuff. It is very stressful. The image of the label is all Johnny's doing. He has a specific vision, and it's great.

Quel est le futur proche d'Italians Do It Better ?
Whats the near future of Italians Do It Better?

After Dark pt. 2, le nouveau Chromatics, Glass Candy, Perseo (le label de réédition issu d'Italians Do It Better) et peut-être un nouvel album de mon côté aussi...

After Dark pt. 2, new Chromatics, Glass Candy, Perseo, and maybe another record by me as well...

À ce propos... Personnellement, tu en es où ?
Personally, what are you working on?

J'ai des morceaux en cours de composition, et j'ai bossé avec des collaborateurs sur des parties vocales et d'autres instruments pour mon prochain album. J'ai aussi travaillé avec Chris Burns sur de la house 'big room', et avec Momty Luke sur d'autres parties chantées... Il y a aussi eu des edits, et des remixes. Ça avance lentement...

I have songs written in various stages, and have been working with collaborators on vocals and other instruments for my next record. Also been working with Chris Burns on big room stuff and Momty Luke with some vocal based stuff... Edits as well. Remixes too... Moving slowly...

Si tu devais n'écouter plus que trois disques dans ta vie, tu choisirais lesquels ?
If you only had to listen to 3 records for the rest of your life, wich one would they be?

Wouah, c'est une question difficile. Je ne sais pas si je pourrais écouter seulement trois trucs différents jusqu'à la fin de mes jours, je deviendrais fou, sans doute.

Wow that's a tough question. I don't know if i would want to listen to three things for the rest of my life i would probably go crazy...

Tu n'arrêtes pas de jouer aux quatre coins du monde. Quelle est ta relation à la scène ?
You haven't stopped touring around the world, how is your connection to the stage?

On dit que je ne regarde pas assez la foule, que je n'interagis pas assez. Je pense qu'on attend du DJ qu'il soit divertissant. C'est un produit direct de la pensée des années 2000. J'ai tendance à laisser la musique parler pour elle-même. Je passe juste de la musique, créée par d'autres personnes. Mon boulot consiste à faire danser les gens, pas à les avoir en face de moi à me regarder en brandissant leurs iPhones. Je préfère me focaliser sur la programmation de bons morceaux en soirée, plutôt que de faire exploser les haut-parleurs en sautant en l'air et en éclaboussant des jeunes filles prépubères de champagne, et plutôt que de sauter dans la foule ou d'autres conneries du genre.

People say i don't look and interact with the crowd enough. I think people expect a dj to be an entertainer. That is a product of 2000's thinking. I tend to let the music speak for itself. I am just someone playing other people's music. My job is to make the people dance, not to have them stare at me and hold up their iPhones. I'd rather concentrate on programming good songs for night rather that banging it out and jumping up and down splashing champagne on underage girls, or stagediving or some other bullshit.

Quels sont les artistes dont tu te sens proche ?
Wich actual bands/DJ do you feel close to?

Je considère tous les artistes présents sur Italians comme faisant partie de ma famille.

All the artists on Italians are my family.

Tu mets beaucoup de choses en téléchargement gratuit. Quel est ton sentiment sur les évolutions actuelles en la matière ?
You put many things in free download. What's your feeling on the current evolution on this matter?

Je pense qu'on a mieux à faire que de se battre avec des gens qui veulent écouter notre musique. C'est vraiment honteux de perdre son temps à se battre contre les téléchargements illégaux. Sois juste content que des gens veuillent de ta musique et reprends-toi. À ce stade, c'est vraiment pour raquer des centimes. Un téléchargement coûte quoi, 99 cents ? C'est une perte de temps.

I think it's better to focus on other things than fighting people who want to hear your music. It's embarrasing to waste your time fighting illegal downloads. Just be honored people want to hear your music and get on with it. At this point you are chasing pennies. What's a download, 99 cents?? It's a waste of time.

Qu'est ce qu'on peut te souhaiter pour 2012 ?
What can we wish you for 2012?

M'occuper de mes enfants, de ma carrière de DJ et enregistrer.

Parenting, djing, recording.

Mixtape

(DL/TC)
01. Todd Richards - Shall Go

Todd, le Dieu, n'est pas seulement une légende, il vient de la ville juste à côté de la mienne. C'est bon de le voir revenir.

Todd the God is not only a legend , he's from the town next to me. Good to see him back.

02. Lana Del Rey - Video Games (Joris Voorn edit)

J'aime les remixes pop, plus particulièrement encore quand de bons producteurs s'en chargent. Et puis ça surprend les hipsters quand je les passe.

I love pop remixes, especially when really talented producers do it. It also makes the hipsters confused when i play it.

03. Chris Burns and Gavin Holland - Malcolm X Park (Party Bros)

Avec Chris on sort un disque bientôt... "big room house".

Me and Chris have a record coming out together... big room house.

04. Variations De Noir (Mike Simonetti Remix)

Mon dernier mix. Je l'ai seulement mis là car le titre est en français.

My latest remix. I m only putting this on this list because he is French!

05. Sam Sparro - Happiness

Ces nouveaux trucs sont bons. Intransigeants et dotés d'une sacrée voix.

His new stuff is great. uncompromising and such a great voice.

06. Wolfram - Thing Called Love (Legowelt Remix)

Legowelt est le meilleur producteur au monde actuellement (derrière la famille Italians Do It Better bien sûr).

Legowelt is the best producer in the world currently , in my opinion (besides the Italians Do It Better Family of course).

07. Radiohead - Everything In Its Place (Afefe Iku remix)

Afefe Iku manque rarement...

Afefe Iku rarely misses...

08. Sycorax - Euphrates

C'est le nouveau projet de mon ami Ben Manzone.

New project by my friend Ben Manzone.

09. Split Secs - Slave

C'est un gars de la Côte Ouest nommé Travis. Un producteur de malade sur le point d'exploser.

West coast guy named Travis (aka TK). Sick producer about to blow up.

10. Chromatics - Lady

Ce nouvel album va changer la donne.

This new album is going to change the game.


Femminielli l'interview

Rares sont les anachronismes avant-gardistes. Néanmoins, la musique de Bernardino Femminielli peut se concevoir ainsi, et emprunte à la fois des premières pulsations italo-disco - celles du producteur Giorgio Moroder sur From here to Eternity (1977) ou celles du batteur Marc Cerrone à l'heure de Supernature (1977) - et de ce souffle inaltérable d'une scène DIY sévissant à Montréal et déjà évoquée par l'entremise du label Electric Voice Records (lire). Un pied dans un passé à la fois mélancolique et hédoniste, où l'avalanche de couleurs vives se télescope à l'apparition d'une musique d'essence sensuelle et synthétique, l'autre dans un présent agrégeant les sonorités à un désir d'expérimentation et d'extrapolation, notre homme - cheveux bruns, frisés, à la barbe abondante, vêtu d'une chemise ouverte et d'un costume à la blancheur immaculée - ne pratique pourtant pas l'art du grand écart stylistique tant ses compositions se nourrissent à merveille de ce creuset iconoclaste que l'on contiendra dans l'oxymore "rétro-futuriste". Proférant une musique ludique mais sentimentale, Bernardino love en son sein un spleen susurré dans de multiples idiomes - italien, français, espagnol - conférant ainsi à celle-ci le charme suranné d'opérettes de variété à la fois naïves et subversives. Fondateur avec Jean-Sébastien Truchy (Fly Pan Am) et Riccardo Lucchessi (Red Mass) du label Los Discos Enfantasmes, responsable d'une trentaine de cassettes en un peu plus d'un an, le crooner lo-fi - dont l'ultime EP Sprezzatura est disponible via les New-Yorkais de Robert & Leopold - s’apprête à conquérir l'Europe muni de Double Invitation, nouveau disque dont il nous offre la primeur avec le morceau Actriz, ci-après en écoute. S'ensuit une entrevue et une mixtape de haute volée, réconciliant space disco et chanson française. Femminielli !

Entretien avec Bernardino Femminielli

Qui es-tu Bernardino ?
Who are you Bernardino?

Une personne contre le conservatisme de toutes formes. J'aime les gens qui assument ce qu'ils font et qui ne se tracassent pas trop de ce que les autres pourraient penser.

An individual standing up against conservatism in all its forms. I like people who assume what they do and don’t really care about what others might think.

Si je prends mon dictionnaire, Femminielli désigne, dans la tradition napolitaine, les transgenres efféminés. Peux-tu présenter ta personnalité à l'aune de ton nom de scène ou est-ce juste une coïncidence ?
If i look it up in a dictionnary, Femminielli describes feminine transsexuals in the Neapolitan tradition.

La définition ne s'applique pas réellement à ma personne mais j'aime l'idée de ce qu'elle suggère. 'Femminielli' résonne pour moi comme un casse-tête d'identités qui tentent de déjouer les catégorisations de toutes sortes. De plus, phonétiquement, c'est comme du miel pour les oreilles ! Lorsque j'écris mes paroles et performe sur scène, j'aime pouvoir me sentir homme et/ou femme à la fois, ou simplement me sentir étranger à moi-même.

The definition itself doesn’t really apply to me, but I like the idea behind it. To me, 'Femminielli' suggests a puzzle of various identities trying to avoid categorisation. Phonetically, it’s also very pleasant! Whenever I’m writing lyrics or performing on stage, I like being able to feel both masculine and feminine, or just to be a stranger to myself.

Tu vis à Montréal, tout comme Automelodi et Jef Barbara. Une coïncidence ?
You’re currently staying in Montréal, just like Automelodi and Jef Barbara. Is this just a coincidence?

C'est fort probable, bien que la scène musicale à Montréal soit assez petite et qu'on finisse par connaître tout le monde pour le meilleur ou pour le pire ! J'ai rencontré Jef et Xavier il y a environ cinq ans par l'entremise de Dominic Vanchesteing.

It’s very likely, in spite of the fact that the musical scene in Montréal is rather small and you quickly end up knowing just about everybody, for better or for worse! I met Jef and Xavier about 5 years ago, thanks to Domic Vanchesteing.

Tes morceaux naviguent entre italo-disco et synth-pop, le tout sur fond d'ambiances rétro-futuristes décadentes. De ton côté, comment définirais-tu ta musique et quelles sont tes influences essentielles ?
Your tracks are somewhere between italo-disco and synth pop, with a background of futuristic and retro decadence. How would you describe your music, and what are your main influences?

C'est de la chanson romantique métaphorique. J'exprime ma musique comme si j'écrivais une lettre à quelqu'un de cher, je tombe souvent dans une poésie abstraite ou maladroite, incomprise, mais qui reste tout de même un message passionnel. Ce que je tente de faire, c'est transposer des fantasmes sur des thèmes mémorables avec une totale liberté. Côté esthétisme sonore, j'ai toujours été accro à la sensualité des ambiances des discothèques et des pulsions de la musique disco. C'est une musique qui possède une base assez simple pour la complexifier à notre guise. Je trouve qu'en général elle va droit au but avec ce côté de bien-être qui transcende à l'infini et elle possède une particularité dans sa forme, elle vous transporte d'un ton ludique à un ton dramatique sans perdre son groove dansant. Mais je préfère le mélange des éléments électroniques avec l'instrumentalisation classique de la pop, disons comme cette période de chansons de variété européennes de 1978 à 1983. Ça donne une autre profondeur à l'ensemble. Mais je pourrais très bien aller dans une direction reggae, heavy metal ou blues, qui pourrait être mêlée ou non à l'électronique... Il faut juste trouver un moyen de bien s'approprier différents styles, jouer et déjouer les stéréotypes et surtout d'être entouré de bons musiciens !

I make metaphorical and romantic songs. I make music as if I was writing a letter to someone very dear, so very often I fall into a kind of abstract or clumsy poetry, which is misunderstood whilst also remaining a passionate and personal message. I try to transfer my fantasies onto memorable themes, all of which in total freedom. In terms of sound and aesthetics, I’ve always been a fan of the sensual atmosphere in clubs and the rhythms at work in disco music. Disco has a very simple base that is easily made more complex if one wishes to. In general, I think disco is quite straightforward, with a sense of infinite well-being. It’s also quite singular, in the sense that it can take you from a playful sound to a more dramatic sound, without losing its dancing groove. But I think I prefer the mingling of electro parts with classic pop instrumentalization, let’s say like European pop songs between 1978 and 1983. It gives a lot of depth to the whole thing. But I could also go towards reggae, heavy metal or blues, mixed with electro music or not…You just need to find a way to own different styles, to play with stereotypes and be able to avoid them, and really be surrounded by good musicians!

Giorgio Moroder n'est pas loin... tout comme l'Italie des années soixante-dix et quatre-vingt ?
Not far from Giorgio Moroder…And 70’s/90’s Italy?

J'adore Moroder ! Le gars avait un excellent sens de l'humour pour chacune de ses productions de l'époque, une âme sensible quoi ! Même chose pour les compositeurs intellectuels comme Franco Battiato ou Roberto Cacciapaglia qui n'ont pas eu peur de participer à la direction pop. Ils ont grandement apporté une vision non-orthodoxe à la chanson, avec des structures sophistiquées et sublimes, voire addictives. Mais il n'y a pas seulement l'Italie, l'Europe ou le disco qui m'ont influencé. Je dirais qu'être exposé à la musique latino-américaine, plus précisément cubaine et sud-américaine, par mon père depuis un très jeune âge, m'a énormément aidé à interpréter la musique autrement. J'ai appris à écouter la musique tout en observant l'effet qu'elle provoquait sur les individus, notamment sur une personne qui a fui son pays par nécessité, ça révèle les multiples facettes nostalgiques des chansons. La musique dans un contexte de performance live, comme dans les talkshows où l'on invitait toutes sortes de personnalités populaires ou obscures à faire du lipsync tout en créant une mise en scène pour divertir ou aliéner un public à la maison, j'en mange tous les jours ! Le magnifique travail surréel des plateaux de télévision (RAI, TELEVISA, TVE, etc.) de ces années, accompagné de l'animation des splendides animatrices-chanteuses Raffaella Carra, Amanda Lear ou Stefania Rotolo, m'a marqué au fer rouge depuis l'enfance et ne cessera jamais de me hanter. J'ai toujours désiré avoir une émission comme Popcorn ou Mister Fantasy pour inviter n'importe qui, chanter, faire la fête et créer des performances en direct pour le monde entier avec toutes sortes de gens issus de différentes sphères. C'est dans mes plans.

I love Moroder! That guy had a great sense of humour put into all of his production at the time. He was a sensitive guy, that’s all. Same goes for other contemporary intellectual composers like Franco Battiato and Roberto Cacciapaglia. They were not scared to change pop music. They brought an extremely important unorthodox vision to song writing, with sublime and sophisticated structures, addictive even! Italy wasn’t the only inspiration: Europe and disco music have been huge influences on me. I’d say that listening to Latino music, Cuban and South-American stuff in particular, thanks to my dad when I was growing up, it really helped me to see music differently. I learned how to listen to music while observing its various effects on people, especially on someone who was forced to run away from their own country for instance. It reveals the nostalgic side within the songs. I enjoy live music every day, and even talk shows where various more or less individuals would get invited to lip-sync and putting on a show to entertain or alienate the audience at home. Since I was a kid, I’ve never stopped obsessing over magnificent and surreal shows - like the ones on RAI, TELEVISA, TVE, etc…- and their splendid singers/ presenters such as Raffaella Carra, Amanda Lear and Stefania Rotolo! I’ve always wanted to put on a TV show like Popcorn or Mister fantasy, and be able to invite anyone, party on and create live performances for the entire world to see, with all kinds of different people from all kinds of scenes. I’m still considering it.

Ta musique semble graviter entre onirisme glam et tragédie sentimentale. Comment composes-tu ? Qu'est-ce qui motive ta volonté créatrice ?
Your music seems caught between glam fantasy and sentimental tragedy. Tell us about the writing process. What fuels your creativity?

Je ne compose que lorsque j'en ressens vraiment le besoin et que j'en ai le temps. Ça arrive souvent lorsque j'évite d'affronter mes problèmes personnels ou de confronter ma propre direction musicale, alors je tombe dans une sorte de spleen créatif. Par exemple, dès que je suis revenu de tournée, j'avais cette espèce de dégoût de la scène rock et expérimentale à la fois. Alors le remède à cette amertume était d'aller en studio pour lancer l'idée d'une pièce comme Atlantida et remettre les pendules à l'heure, aller tout droit dans une autre dimension utopique avec l'aide de Sabrina Ratté au visuel. Ce qui me motive principalement, c'est l'idée de chercher à aller plus loin que sa zone de confort, aller dans l'excès des choses que l'on aime réellement et être honnête avec soi-même.

I only write when I feel the need to and when I have time for it. Typically, it would happen when I try to run away from personal issues or whenever I want to face my own musical directives. That’s when I fall into a sort of creative daze. When I got back from touring for instance, I really felt like I couldn’t take any more rock or experimental music. To cure this bitterness, the only remedy was to go in the studio and start working on a track like Atlantida to set things right, and entering another utopian dimension thanks to Sabrine Ratté’s visuals. I think that trying to look outside my comfort zone is what motivates me the most and when you get over the top with things you really like and manage to stay true to yourself.

Parlons de ta discographie. Carte Blanche Aux Désirs est paru l'année passée sur ton label Los Discos Enfantasmes quand un split 7" avec Araignée paraissait sur Fixture Records, autre label montréalais. Qu'est-ce qui a changé depuis Las Enamoradas, notamment dans l'écriture de tes morceaux ?
What about your discography ? Carte Blanche Aux Désirs was released last year on your label Los Discos Enfantasmes, just when a 7’’split was being released on Fixture Records, another label based in Montreal. Has anything changed since Las Enamoradas, including your writing process?

Las Enamoradas, La Montana Del Capricornio et Souvenir Express sont des albums qui ont été composés en même temps, vers la fin de l'année 2008. Mais j'ai décidé d'étaler le tout sur une période de trois ans. J'ai créé inconsciemment une sorte de trilogie de musique "astrale" en attendant d'être enfin prêt à sauter dans une autre phase que j'ai toujours admirée et étudiée, celle du narrateur/chanteur. Je trouvais qu'après avoir fait ces trois premières sorties, il était inutile de continuer dans la même voie, je ne voulais pas non plus être perçu comme quelqu'un qui compose seulement avec une seule direction esthétique en tête. J'aime les textures et les ambiances créées par les synthés mais mettre tout cela en chanson est beaucoup plus pertinent à mes yeux. C'est bien d'écouter des albums que j'appellerais des explorations sonores, mais ça peut vite me lasser. J'aime aller dans plusieurs directions musicales. Je suis très sensible à tout ce qui m'entoure et c'est pourquoi j'adore la musique de variété car elle répond immédiatement à tous mes désirs primitifs et intellectuels. Que je sois en pleurs ou en transe, ça fonctionne pour moi à tous les coups !

Si j'ai trouvé une certaine assurance à chanter, que ce soit en public ou en enregistrement, c'est en quelque sorte grâce à l'aide accidentelle de mon ami et artiste-parolier Joseph Edmond Vincent Leduc avec qui j'ai un projet nommé Sacré Coeur. Il devait chanter sur une de mes compositions pour une soirée hommage à Gainsbourg. Non seulement la soirée fût chaotique mais mon ami ne s'est pas présenté, alors j'ai dû chanter à sa place en dansant comme un imbécile heureux et en faisant des assortiments kitsch pour divertir un public ivre et déçu. Heureusement la réception fût positive et ce fût le déclic pour moi. Mais je crois également que d'avoir travaillé avec Jef et Dominic à composer des chansons pop ces dernières années m'a également encouragé à poursuivre ce chemin.

Las Enamoradas, La Montana Del Capricornio and Souvenir Express were written at the same time, towards the end of 2008. But I thought I would release it over three years. I unconsciously created a kind of astral music trilogy, before jumping straight into the narrator/singer role, a part I have always admired and studied for a long time. It’s ok to listen to some music I could qualify of ‘’sound discoveries’’, but it can quickly become really boring. I like to experiment with different music styles, I’m very sensitive to everything that’s going on around me, and that’s why I like variété music so much, because it’s an immediate answer to my own basic intellectual desires. In tears or in a trance, it’s always a winner for me!

To some extent, the only reason why I managed to find the confidence to start singing, live or in the studio, is all due to the accidental help of Joseph Edmond Vincent Leduc, a good friend and lyricist. We used to work together on a project called Sacré Coeur. He was supposed to be singing on one of my tracks during a special Gainsbourg night. Not only was the whole evening total chaos, but my friend never showed up so I had to sing it myself, grinning and dancing like an idiot in front of everyone and making up a kitsch selection in order to entertain a drunk and disappointed audience. Thankfully, people seemed to like it and it was a real turning point for me. But I collaborated a lot those past few years with Jef and Dominic, writing pop songs together, and I think that really encouraged me too.

Chauffeur a particulièrement marqué mon attention, notamment par son extravagance sensuelle. Peux-tu me raconter dans quelles conditions tu l'as composé ?
Chauffeur really striked me, notably because of its sensual eccentricity. How did you happen to write this song?

J'accompagnais Les Momies De Palerme (Xarah Dion et Marie Davidson) aux synthétiseurs pour le Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville. Nous étions dans la voiture en route pour notre prestation. Nous avions tous le trac, car il faut l'admettre, l'ambiance de ce genre de festival un peu chiant et ''avant-garde'' ne nous inspirait pas confiance. Notre ami Pierre, nommé soudainement ''chauffeur'', probablement par une nervosité générale du groupe, devait en quelque sorte obéir aux demandes, même les plus ridicules, de Xarah et Marie. Je suis resté fasciné par le mot ''chauffeur''. En arrivant dans notre loge juste avant d'aller jouer sur scène, j'essayais de fuir mon stress en inventant des histoires à dormir debout sur les caprices de starlettes, et d'un chauffeur amoureux névrosé. Ça ne prend pas grand-chose pour composer une histoire !

I was playing the synth with Les Momies de Palerme (Xarah Dion et Marie Davidson) during the Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville. We were driving to the gig. We were quite anxious about the whole thing, because, let’s be honest, the atmosphere in those kinds of avant-garde festivals is always a bit of a bummer and we were not feeling it at all. Pierre, our friend and impromptu ‘’chauffeur’’ for the occasion -probably because everybody else was feeling too nervous- had to obey Xarah and Marie’s commands, some of them completely ludicrous. I remained fascinated by the word itself ‘’chauffeur’’. When we finally got backstage just moments before going on stage, I was trying to relax by making up cock-and-bull stories about some temperamental starlets and a neurotic chauffeur in love. It doesn’t take much to make up a story!

Tous les morceaux ont-ils une histoire particulière pour toi ?
Do all the tracks have a special meaning to you?

Pas tout le temps. C'est un mélange de vécu et de fantasmes humains. Je dirais que les histoires de couple, de sexe et de spiritualité ont toujours été la source principale de mes morceaux.

Not all the time. It’s a combination of real events and human fantasies. I’d say that stories about lovelife, sex and spirituality have been the main source of inspiration whenever I’m writing songs.

Tu es proche d'Hobo Cult ou encore d'Electric Voice Records - tu as d'ailleurs participé à la prochaine compilation EVR tout juste parue (lire). Le Canada - et Montréal en particulier - semble être un nouvel eldorado vu d'Europe. C'est également ton sentiment ?
I know you’re quite close to Hobo Cult or even Electric Voice Records - you will actually be featuring on the upcoming EVR compilation in March. Canada - and especially Montreal- is becoming to new Eldorado to the European audience. Do you share that sentiment?

Montréal a toujours eu des trucs intéressants à surveiller. Par contre, avant il n'y avait pas autant de labels DIY ni de communauté éclectique comme celle d'aujourd'hui pour tisser des liens solides avec différents blogs influents, échangeant périodiquement des nouveautés à un public situé à l'étranger.

There’s always been some interesting stuff going on in Montreal and worth watching. However, there were never that many DIY labels or eclectic communities like today’s helping to build stwith various influencial bloggers and reaching a new public abroad thanks to new releases out on a regular basis.

Parle-nous un peu de ton expérience en tant que gérant de label... Pourquoi avoir créé Los Discos Enfantasmes, et quel avenir lui prédis-tu ?
Tell us about your experience as a label owner... Why did you start Los Discos Enfantasmes, and what do you plan next?

Jean-Sébastien Truchy (Fly Pan Am), Riccardo Lucchessi (Red Mass) et moi avions envie de fonder Los Discos Enfantasmes pour sortir nos propres enregistrements dans l'immédiat tout comme promouvoir et mettre en vitrine des artistes de Montréal et d'ailleurs qui n'étaient pas bien diffusés comme on le souhaiterait. Nous aimons tous les mêmes choses en général mais je crois que chacun de nous a des préférences pour différents courants musicaux et c'est ce qui nous a poussés à varier le plus possible notre catalogue. Créer plusieurs ''Soirées Enfantasmes'' et sortir plus de trente cassettes en moins d'un an nous a apporté le support de plusieurs personnes de différents milieux artistiques et musicaux, ce qui nous a encouragés à aller de l'avant avec ce projet.

Jean-Sébastien Truchy (Fly Pan Am), Riccardo Lucchessi (Red Mass) and I waanted to start Los Discos Enfantasmes to be able to release our music immediately, as well as being able to promote and showcase local artists who were not receiving as much help as we thought they deserved. We all like the same kind of things, while also diverging on some musical styles, and that’s what helped us diversify our catalog. We put up several ‘’Soirées Enfantasmes’’ and released more than 30 cassettes in less than a year, and it got us the support of several people from various artistic and musical backgrounds, and helped us moving the project forward.

Sprezzatura est sorti en décembre sur un label new-yorkais, Robert & Leopold. Qu'en sera-t-il de Double Invitation, futur second LP que tu es en train de terminer ?
Sprezzatura was released last year in December on New-York label Robert & Leopold. What about Double Invitation, your second LP you’re just about to finish?

Je ne peux rien dire pour l'instant car je n'ai pas encore eu d'offre sérieuse, mais le marché européen est dans ma mire depuis longtemps. J'ai l'impression qu'il répond plus à ma vision artistique que les marchés d'Amérique du Nord. Mais pour être plus précis, je souhaite prendre une autre voie que celle du monde DIY, ce n'est pas que je veux totalement m'éloigner de celui-ci mais j'ai le désir de travailler avec l'équipe d'un label qui a plus de marge de manœuvre dans le monde musical et qui sera intéressé par ma musique et par le fait de s'impliquer avec moi à la promotion de l'album et de collaborer à mes futures démarches artistiques.

I can’t really say anything about it just now, because I haven’t made any serious deals yet, but the European market has been part of my plans for a while. I feel that it responds more to my artistic vision than the North American markets. To be precise, I’d like to move towards something other than the DIY world. It’s not that I want to completely forget about it, but it’s just that i’d like to work with a team who have more experience in the business and who will be passionate enough about my music to help me promote the album and collaborate with me on future artistic projetcs.

Quelle sera l'ambiance de ce dernier ? Une suite logique ou une rupture ?
What will be the atmosphere be like in the upcoming one? Will it be a logical follow-up or will there be any dramatic changes?

Double Invitation est une continuité en quelque sorte, mais beaucoup plus émotive et sombre que Sprezzatura et moins lo-fi que Carte Blanche Aux Désirs. La thématique de l'album est l'étrange dilemme de satisfaire les autres au détriment de soi en souhaitant qu'un jour tout vous sera concédé. C'est une forme subtile d'autodestruction. Le son italo-disco n'est pas très loin mais je désirais aller ailleurs musicalement et le fait d'avoir travaillé avec Dominic Vanchesteing à la production m'a énormément aidé à marier des plages dansantes atmosphériques à des ballades olympiques.

Double Invitation is kind of a follow-up, except it’s a lot more emotional and darker that Sprezzatura, but also less lo-fi than Carte Blanche Aux Désirs. The themes are centered around the bizarre dilemma that is trying to satisfy others in spite of one’s self and wishing that one day everything will be granted to you. It’s a rather subtle kind of self-destruction. The italo-disco sound is never really far, but i wanted to try something else musically, and working with producer Dominic Vanchesteing really helped me in putting together atmospheric and dance tracks to more Olympic ballads!

Aimes-tu la jouer live ? Est-ce une nouvelle dimension pour ta musique ?
Do you enjoy playing it live ? Does it constitute a new dimension for your music?

Certainement ! Toute ma musique prend plus de sens lors du live et surtout depuis que je suis accompagné de talentueux musiciens pour pousser mon son vers d'autres directions, la performance scénique est beaucoup plus amusante et libératrice. Lors des spectacles, j'ai l'impression d'avoir besoin d'offrir au public l'ivresse nécessaire pour s'oublier et profiter de chaque minute d'une transe personnelle. Ouvrir une porte pour les laisser se désirer, être bien dans leur peau.

Of course! All of my music really makes more sense during a live show, and even more since I’ve had amazing musicians to help me experiment with different styles. The shows are much more entertaining and emancipating. I always feel like I have to give the audience enough euphoria to forget themselves and enjoy every minute of their own personal trance. Opening the door so they can want each other and feel good in their own skin.


Pour terminer, que faut-il te souhaiter pour 2012 ?
To conclude, what should we wish you in 2012?

Que l'impossible se réalise !

To make the impossible possible!

Vidéos


TOPS l'interview & chronique

Si TOPS trouve en Europe un bien bel écrin magnétique - et bientôt vinylique ! - via le label franco-montréalais Atelier Ciseaux, le groupe formé par les deux ex-Silly Kissers Jane Penny (voix) et David Carriere (guitare) - en plus de Riley Fleck à la batterie et Thom Gillies à la basse - est un pur produit d'Arbutus Records, label à l'élégance aussi éclectique qu'avérée (Blue Hawaii, Grimes, TonstartssbandhtSean Nicholas Savage). Enregistrant Tender Opposites, leur premier LP, dans les locaux de La Brique - loft transformé en studio et salle de concert et hébergeant la plupart des artistes du label - Tops est l'émanation d'une communauté de groupes ayant de loin ou de près des rapports avec Arbutus : les feu Silly Kissers donc, mais aussi Paula (David Carriere) et Pat Jordache (Thom Gillies) que l'on retrouve notamment sur la récente compilation de la structure dédiée à Montréal (télécharger). À l'instar de Blouse ou Summer Camp, ou de leur compère de maison de disques, Sean Nicholas Savage, les quatre Canadiens ancrent leur musique dans des standards pop propres aux années quatre-vingt, à quelques encablures des Pretenders de Chrissie Hynde ou de Romeo Void, distillant sur Tender Opposites une huitaine de douceurs à la fois naïves et complexes, enjouées et mélancoliques. À l'origine d'une telle ambivalence, l'assurance et la chaleur de la voix de Jane Penny, omniprésente, tranche avec la fragilité rétro de guitares discrètes et de nappes surannées de claviers, suggérant un charme anachronique que la volubilité des mélodies ne fait que subjuguer. Tender Opposites, sans être rétrograde, est ainsi à concevoir tel un voyage passéiste invitant l'auditeur à l'immersion, entre introspection tourmentée (EveningGo Away), funambules cavalcades (Diamond LookVII BabiesTurn Your Love Around) et balades rassérénées (Double VisionRings Of Saturn). Il n'en fallait pas plus pour inviter David Carriere à nous dévoiler quelques Tops secrets. Easy.

Entretien avec David Carriere

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Qui es-tu, David ?
Who are you David?

Salut tout le monde ! Je m’appelle David, j’ai grandi à Edmonton et je vis à Montréal. J’aime passer mon temps à jouer de la guitare au sein de TOPS avec mes amis Jane, Thom et Riley.

Hi Everybody, My name is David, I grew up in Edmonton and live in Montreal. My favourite things to do are play guitar in my band TOPS and hang out with my friends Jane, Thom, and Riley.

Comment as-tu rencontré Jane Penny et les deux autres membres du groupe ?
How did you meet Jane Penny and the two other guys of the band?

J’ai rencontré Jane au college à Edmonton, Alberta, et on a commencé à traîner ensemble quelques années plus tard à Montréal. J’ai rencontré Thom et Riley à Montréal lors de concerts et de fêtes.

I met Jane in middle school in Edmonton, Alberta, we started hanging out years later in Montreal. I met both Thom and Riley in Montreal by going to shows and parties.

Comment vous est venu le nom du groupe ?
How did you come up with the band name?

Nous avons trouvé le nom TOPS en assemblant les première et troisi§me lettres du prénom ‘Thom’, la première lettre du nom de famille de Jane, ‘Penny’, et Riley a ajouté le ‘S’. En fait, ça veut dire ‘le meilleur’ ou ‘le plus cool’.

We came up with name TOPS by combining the 1st and 3rd letters of Thom's name, the first letter of Jane's last name Penny, and Riley came up with the S. Actually, it means the best or the coolest.

Comment pourrais-tu décrire ta musique, et quelles seraient tes plus grandes influences ?
How would you describe your music, and who are your biggest influences?

Nirvana et les Beatles étaient mes groupes préférés en grandissant. Tu connais le morceau Captain of the Heartde Double ? Ouais, bon…

Nirvana and the Beatles were my favourite bands when I was a growing up. You know the song Captain of the Heartby Double? Yeah, well…

Quels disques emporterais-tu avec toi sur une île déserte ?
If you were stranded on a desert island what records would you want with you?

Don Cherry - Mu Part I and II
Brian Eno - Music For Airports
James Brown and Rick Ross
Ariel Pink - Worn Copy
Romeo Void - Warm In Your Coat
Tusk - Fleetwood Mac
Elton John - Don't Shoot Me I'm Only the Piano Player
Madonna
Minute By Minute - Doobie Brothers
Michael Jackson - Thriller

De quels groupes te sens-tu le plus proche ?
Which actual bands do you feel close to?

Sean Nicholas Savage est l’un de mes meilleurs potes. Il ne fait pas partie d’un groupe, mais c’est quelqu’un de très spécial. J’aime aussi beaucoup Mac DeMarco et son groupe.

My favorite pal is Sean Nicholas Savage, he is not an actual band but he is special. I like Mac DeMarco and his band too.

Qu’attendais-tu de Tender Opposites ?
Did you have specific goals for Tender Opposites?

Au début, on voulait juste voir si on était capable de jouer ensemble, et comme ça a bien marché, on a décidé de faire un album. On voulait l’enregistrer par nous-mêmes, et essayer de reproduire le son live. Désormais, je voudrais juste que ça plaise et pouvoir partir à nouveau en tournée. J’ai vraiment hâte de commencer un nouvel album après celui-ci car le groupe a pas mal évolué depuis le mois d’avril dernier.

At first the goal was to see if we could play together, and after it started to work we decided to do an album.  We wanted to record it ourselves and have it convey the feeling it does live. Now I want to have people enjoy it and to be able to tour to all over.  I am really excited to start writing another record after this one because we grew so much as a group since starting the band last April.

Diamond Look est un morceau magnifique. Pourrais-tu nous parler du contexte dans lequel il a été écrit ? Tous les morceaux ont-ils une histoire particulière pour toi ?
Diamond Look is a magnificent song. Can you tell me in what conditions you composed it? All the songs have a particular story for you?

J’ai écrit les paroles de ce morceau car je n’arrêtais pas de voir des artistes super apprêtés. Je ne sais pas pourquoi tout le monde pense qu’il n’y a que cela à faire quand bien même le contenu véritable n’est pas bon du tout. Je me suis sans doute focalisé sur le mauvais côté des choses et pas tellement sur ce qu’une chanson doit vraiment être. Jane écrit la plupart des paroles, et il n’y a pas énormément de narration ou d’histoire, mais chaque morceau a sa raison d’être.

I wrote the lyrics for that song because at the time I felt like I kept seeing artists super done up and for some reason everybody would think it was the best thing ever even though the actual content was not good at all. I think I was focusing too much on the wrong thing, but that is what the song is about. Jane writes most of the lyrics, there isn't much storytelling or narrative in them but each song has a reason.

Tender Opposites est sorti sur Arbutus et Atelier Ciseaux. Pourrais-tu nous parler un peu de ton histoire avec ces deux labels ?
Tender Opposites was released on Arbutus and Atelier Ciseaux. Can you say a few words about your history with those label?

Arbutus nous a soutenus dès le début. Je connaissais Sebastian depuis quelques années. C’était vraiment une expérience musicale libératrice, parce qu’on savait qu’on avait un label derrière. Atelier Ciseaux m’a contacté très peu après la sortie de la première version de Turn Your Love Around. Quand j’ai fini l’enregistrement de Tender Opposites en janvier dernier, je l’ai envoyé à Rémi en lui demandant s’il voulait faire une sortie européenne. J’ai vraiment hâte de travailler sur de nouveaux enregistrements avec eux deux.

Arbutus was with us right from the beginning, I have known Sebastian for a few years. It was very liberating musically to start a band knowing that we had a label to back us up. Atelier Ciseaux contacted me very soon after we released the first version of Turn Your Love Around. When we finished recording Tender Opposites in January I sent it to Remi and he asked if wanted to do a European release with him. I look forward to putting out more recordings with both of them.

Comment avez-vous trouvé l’idée pour la pochette de Tender Opposites ? Penses-tu que l’artwork est aussi important que la musique en elle-même ?
How’d you come up with the album art for Tender Opposites ? Is the album art and packaging as important as the music itself?

Les apparences ont souvent plus d’importance, parce qu’il est plus facile de refuser quelque chose d’un regard que d’écouter le message derrière. Ceci dit, je crois que nos morceaux sont ce qui importe le plus. Je pense que la pochette d’album est pas mal car on y est tous, mais nous ne sommes pas dans notre élément. Je ne suis pas quelqu’un de très glamour et je ne pense pas qu’au fond on me voie de cette façon. L’idée à la base de la pochette était d’imiter celle d’un groupe super tape-à-l’œil.

The way something looks is usually more important because it easier to turn something down by looking at it than to hear what they have to say. That being said, I think the songs are what matters most. I think the album cover is cool because all of us are on it, but we are out of our element. I am not a glamorous person and in the end I don't think it comes across that way. The idea for the cover came from the front cover of a super fancy looking band.

À quoi ressemble la scène musicale de Montréal ?
What is the music scene like in Montreal?

Montréal est un endroit excellent pour faire de la musique, et très peu cher, ce qui permet de passer plus de temps à faire ce qui importe le plus. Je ne parle pas français... du coup je n’ai pas du tout envie de me lancer dans une carrière conventionnelle. Mes amis ont la même vision des choses à ce niveau.

Montreal is a good place to make music. The city is super cheap so it allows you to spend more time on things you care about. I don't speak French, so I have no desire to start a conventional career job, I think my friends are people who seem to feel the same way.

Traduction : Simone Apocalyse.

Vidéo

Tracklist

TOPS - Tender Opposites (Arbutus/Atelier Ciseaux, 2012)

01. Evening
02. Diamond Look
03. VII Babies
04. Double Vision
05. Go Away
06. Turn Your Love Around
07. Rings Of Saturn
08. TOPS Theme


Busdriver l'interview & chronique

"Quelle question débile !" se lamente Busdriver, lorsque le plus honnêtement du monde et à la faveur d'une lecture plutôt objective de l'histoire du genre nous lui demandons si le rap ne serait pas mort. À cette formulation quelque peu brutale et provocatrice, on espérait une réponse éclairante de celui qui, à la fin des années 90 - époque avènementielle d'un genre sur le point de se fourvoyer dans l'exacerbation éhontée de ses travers - tournant justement le dos à la facilité et l'uniformisation ambiante, étonnait par son flow off-beat à la cadence hors-norme. C'était une époque bénie pour l'auditeur attentif à l'évolution du rap underground, une petite dizaine d'années durant lesquelles le double H connu dans ses marges son acmé stylistique. Seulement ce genre, célèbre pour ses penchants à l'insoumission, ses remises en cause sonores et ses velléités contestataires, a cédé face aux regards insistants du business et aux courbes de tendance. Pis, ce dernier jadis généreux avec l'avant-gardisme de la rue - véritable source d'idées et d'énergie dans laquelle il puisait généreusement pour se renouveler - s'en est peu à peu détourné, jetant en impudent renégat un large voile d'ignorance sur tout un pan de son activité souterraine. Certains, au regard des évènements récents, diront tout comme "Bus" que j'ai tort. Pour autant, les Dany Brown, Schoolboy Q, A$SAP Rocky, Yealawolf… ces nouveaux agiteurs du rap que le magazine Spin se plaît d'appeler "New Underground" ne sont en rien novateurs. Leurs clins d'oeil au rock, leur goût pour les sons électroniques sales et rugueux, leurs postures introspectives et leurs inclinations pour l'abstract sont autant de caractéristiques largement utilisées par tout une ribambelle d'artistes trop peu écoutés (Big Juss, Labwaste, Edan, Canibal Ox, Thavius Beck, Dose One…). Voilà pourquoi le rap est mort, "Bus", et ce n'est en rien ta faute toi qui, d'album en album, s'est évertué à le réanimer. Il nous faut donc nous pencher sur le septième album de la discographie de l'Angelinos en occultant ces circonvolutions éditoriales, et l'apprécier pour ce qu'il est, à savoir le disque honnête et généreux d'un artiste enfin apaisé. Et si au passage ce dernier fait mentir mes précédents propos, c'est tout simplement parce qu'il n'est pas qu'un disque de hip-hop. Oubliant d'une part sa verve rapologique et ses expérimentations élitistes de la première heure et d'autre part les côtés abordables mais inégaux de ses trois derniers disques, Busdrivrer réussit pour la première fois à faire cohabiter son besoin d'expérimenter et son désir de plaire. Album ramassé et d'une rare cohérence pop, Beaus$eros est rempli de productions soignées et d'intentions légères et acidulées dans lesquelles nous avançons aisément et sans nous lasser.

Entretien avec Busdriver


Tu sors ton septième album. Une longévité rare de nos jours. Es-tu fier de ton parcours ?
This is going to be your 7th album. You've been around for a while and it's a rather impressive achievement by today's standards. Are you proud of your career?

Pas encore, mais ça vient...

Not yet, but I'm getting there.

Que reste-t-il de blowedian chez Busdriver ?
Is there still a bit of blowedian in your work ?

Mon travail n'est rien d'autre que blowedian. La curiosité intellectuelle et la virtuosité sur lesquelles mon travail repose sont des caractérisques essentielles à l'approche du genre.

My work is nothing but blowedian. The intellectual curiosity and virtuosity that my work depends on are hallmarks of the blowedian approach.

Beaus$eros est donc ton septième album ; qu'est-ce qui se cache sous un tel titre ?
As mentioned before, Beaus$eros is your 7th full-length album. What does the title mean?

Le titre peut être pris au premier degré : 'beau' et 'éros'. Le but de l'album était de demander pardon à toutes les femmes que j'aime, donc le titre fait juste référence aux efforts romantiques masculins. Je le considère plus comme une mise en garde que comme une invitation.

The title can be taken literally: 'beau' and 'eros'. The record's main focus has to do with me pleading for forgiveness from the women I love so the title just labels the effort as the romantic pursuits with men that you've grown fond of. I see it as more of a warning than an invitation.

Sur ton précédent album, Jhelli Beam, tu conviais plusieurs producteurs - Deadlus, Nobody ou encore Omid. Pour cet album, tu n'as fait appel qu'au Belge Loden (Mush Records). Pourquoi un tel parti-pris ?
Several producers collaborated on your last album, Jhelli Beam, such as Deadlus, Nobody and Omid. On the new album however, you have chosen to work exclusively with Belgian producer Loden (Mush Records). Why such a change?

J'avais besoin de me concentrer. L'esthétique de cet album devait vraiment être unique. Ça impliquait que quelqu'un puisse s'investir à fond pour la réussite de l'album. C'est ce que Loden a fait, et plus encore. Il a rendu possible ces emprunts à la pop, à la bass music et bien plus encore, et ça sans aucun pépin. Et il est resté patient jusqu'au bout. En fait, j'avais besoin d'une relation autour de laquelle centrer l'album, pour pouvoir matérialiser les meilleures idées possibles.

I needed focus. The aesthetic of this record needed to be singular. It demanded someone to invest themselves in the record's success wholeheartedly. Loden did that and more. He allowed the forays into pop, bass music and everything else to happen without a hitch. Plus he was patient with the process as a whole. All and all, I needed a central working relationship to bring the best possible ideas to life.

Peux-tu nous raconter ta rencontre avec Jolan Koks ?
Could you tell us about your meeting with Jolan Koks?

On s'est rencontré sur internet ou peut-être grâce à Mush Records, ou bien même les deux. Au début, je bossais avec lui sur un petit album de rap sur lequel j'étais en charge de la prod. Je suis tombé amoureux de sa manière de travailler et j'ai beaucoup insisté pour que l'on puisse travailler à nouveau ensemble. Dès lors, on a un peu perdu le contrôle des choses. C'était il y a environ deux ans et demi.

We met on the internet or through Mush records, or both. At first I was working with him for a small rap record that I was executive producing. After I feel in love with his process, I insisted that we worked together. From there things just spiraled out of control. That was probably 2 and a half years ago.

Vous avez travaill& à distance sans jamais vous rencontrer physiquement ?
Were you able to work without meeting in person?

Tout à fait. Nous ne nous sommes rencontrés qu'une seule fois, sept mois après avoir fini l'album.

Very much. We've only been in each other's company once...and that was 7 months after we finished the record.
Quelles ont été tes sources d'inspirations tant artistiques que sociétales pour l'écriture ce nouvel album ?
What were your artistic and sociological inspirations for this new album?

L'amour. La beat music de Los Angeles. Des albums qui parlent de séparation amoureuse...C'est à peu près tout.

Love. Los Angeles beat music. Break-up records... that's about it.

Tu sembles de plus en plus t'éloigner de ce qui a construit ta légende, à savoir la singularité de ton flow. Les parties chantées sont d'ailleurs omniprésentes sur Beaus$eros. Pourquoi un tel virage ?
It seems you are moving away from the very unique "flow" which was your original trademark. There's actually much more singing on Beaus$eros. Why such a change?

Juste parce que...

Just because...

Cet album sort donc via Fake Four, structure fondée en 2008 par des passionnés de l'indie rap (les frères Ramos) et dans laquelle nous retrouvons rien de moins que la crème du genre. Et pourtant c'est, de ta discographie, l'album qui semble le plus éloigné de tes racines hip-hop. Comment expliques-tu cette ambiguïté ?
This album is on Fake Four, a label on which some of the most acclaimed acts are signed to, founded in 2008 by the Ramos brothers who have been huge supporters of indie rap music. However, of all your work, it's perhaps the album that feels the less rooted in your hip-hop background. How would you explain this ambiguity?

La naissance de mon album n'a absolument rien eu à voir avec le label. Je n'ai pas non plus essayé de rester dans un genre en particulier. Pas mal de règles ont été abandonnées pour celui-là, remplacées par des directives plus larges. Mon ancien label m'avait lâché et j'avais perdu ma fiancée, et ça m'a énormément influencé dans tout ce que j'ai pu faire.

My record's inception had nothing to do with a label. Nor was I looking to stay rooted in any genre exclusively. A lot of rules were just abandoned for this one and replaced with other more expansive guidelines. Being dropped from my previous label and losing my fiancee were huge influences in how I approached everything.

Mush, Big Dada, Anti, Epitaph, et aujourd'hui Fake Four Inc. Tu as connu un nombre important de labels. C'est par choix ou par obligation ?
Mush, Big Dada, Anti, Epitaph and now Fake Four inc. You've really been through quite a lot of different labels. Was it by choice or by obligation?

Je vais où l'on m'appelle...

I go where I'm wanted...

D'ailleurs, qu'en est-t-il de ton Label Temporary Whatever ?
What's happening with your own label Temporary Whatever?

Je n'ai pas le temps ou les idées pour y travailler. Peut-être un jour.

I don't have the time or vision to do such a thing. May one day I will.

Comment appréhendes-tu ta tournée européenne ? Tu seras seul sur scène ?
How do you feel about your European tour? Will you be on your own on stage?

J'ai de la chance de pouvoir tourner en Europe aussi souvent que ça. Et oui... Je serai seul sur scène.

I feel lucky to be able to tour Europe as ofter as I do. And yes... I will be on stage alone.

Tu es un sage désormais ! Alors quel regard portes-tu sur la nouvelle scène rap californienne, l'émergence d'OFWGKTA, sur le swag en général, et l'apologie du désenchantement qu'ils véhiculent ?
You must be quite the expert now! So how do you see the new californian rap acts, the emergence of OFWGKTA, the swag in general, and the desillusioned vision they seem to carry?

Le rap de L.A. est bien plus sain ces temps-ci. Mon groupe de rap préféré est Black Hippie, et il y a dix mille autres artistes qui se battent pour être remarqués. Mais il y a aussi pas mal de talents à découvrir. Les liens que je peux avoir envers ma ville, en terme de rap, existent, mais ils sont tendus. Malgré tout, ça reste un terrain en friche plus coloré que le jardin luxuriant d'autrefois. Cette année est pleine de promesses, ceci dit, et on verra bien ce qui se passera.

Rap in L.A. is a lot healthier nowadays. Black Hippie is my favorite new LA rap crew and there are tons of other acts fighting for exposure. But there is still a lot of talent languishing. The connection that I have to my city rap-wise is there, but strained. It's still more a colorful wasteland than the lush garden that it once was. This year does look promising though, so we'll see what happens.

Le rap est-il mort ?
Is rap just dead?

Quelle question débile... Peut-être pour toi. Et si c'est le cas, toutes mes condoléances.

What a ridiculous question... It could be dead to you. And if so, I'm sorry for your loss.

Qu'écoutes-tu en ce moment ?
What do you listen to at the moment?

Euh...Schoolboy Q, Sonnymoon, du vieux Portishead, SBTRKT, Scott Walker, Hellfye Club et j'en passe.

Ummm... Schoolboy Q, Sonnymoon, old Portishead, SBTRKT, Scott Walker, Hellfye Club stuff and other things that I forget.

Quels sont tes futurs projets ?
Any future projects?

Eh bien, je suis en train de finir un EP avec Del The Funky Homosapien, et j'essaie de trouver un moyen de sortir le premier album de mon groupe, Physical Forms. À part ça, j'ai commencé à bosser sur un autre album de Busdriver.

Well, I'm finishing an EP with Del the Funky Homosapien and am figuring out a way to put out the debut album by my band Physical Forms. Aside from that I've started laying the groundwork for another Busdriver album.

Audio

Vidéo

Tracklist

Busdriver - Beaus$Eros (2012, Fake Four)

1. Utilitarian Uses of Love
2. Bon Bon Fire
3. Kiss Me Back to Life
4. You Ain't OG
5. NoBlacksNoJewsNoAsians
6. Picking Band Names
7. Beaus & Eros
8. Feelings
9. Ass to Mouth
10. Electric Blue f/ Sierra Cassidy of CocoRosie, Mike Ladd, Joëlle Phuong Minh Lê
11. Here's to Us
12. Colour Wheel
13. Swandive into a Drinking Glass
14. Scattered Ashes

Tour

4/4 - Roubaix, France - Cave aux Poètes
5/4 - Bruxelles, Belgique - Bar du Matin
6/4 - Creil, France - Grange à Musique
8/4 - Namur, Belgique - Belvédère
11/4 - Paris, France - La Bellevilloise
12/4 - Limoges, France - La Fourmi
13/4 - Annonay, France - La Presqu'Île
15/4 - Vogüé, France - L'Escargot
16/4 - Toulouse, France - Connexion Café
17/4 - Bordeaux, France - I Boat
18/4 - Tours, France - Temps Machine
19/4 - Bobigny, France - Canal 93


FRAK l'interview + mixtape

Tous les 15 jours, la newsletter de Brad E. Rose est attendue par la rédaction avec cette certitude qu'on y trouvera un ou deux trucs dont on pourra parler. Elle nous donne à entendre les nouveautés de son label, Digitalis Industries. Ce dernier (pourvu d'un nombre conséquent de ramifications) a contribué à instruire le contenu du web digging orienté musiques de niche. On parle ici d'éditions limitées de K7, CD et vinyles ayant contribué à révéler des projets comme Barn Owl, Ensemble Économique ou Ilyas Ahmed, entre autres.

Digitalis réédite à l'occasion des documents d'archives. Dans ce sens, l'album à venir de FRAK (Muzika Electronic) est un heureux accident : la (re)découverte d'un groupe suédois aux 25 ans de carrière... toujours en activité et creusant le terrain vaste de l'expérimentation techno. Sincèrement, leur discographie est informe, quasiment uniquement distribuée par le label d'un des membres du groupe, Börft Records. Grossièrement, et la mixtape préparée par leur soin vous le confirmera, FRAK navigue entre dance music post-indus (Trevor Jackson parle de Metal Dance Music) et hard techno acid. Ils semblaient se grimer en petits bonhommes verts coiffés de toques en aluminium bien avant The Locust, ce qui leur donne un a priori forcément positif.

Entretien avec Johan Sturesson

C'est un peu compliqué pour moi de présenter votre groupe que j'ai découvert récemment. J'ai lu beaucoup de choses à propos de FRAK ces derniers jours : "marriage of acid robotics, analog-richtechno, DIY electronics and Residents-flavored absurdity" ou "Techno-pop machine and synth music exploratory". Quelle est votre définition de FRAK ?
It's difficult to introduce a band with a 25-year career, especially as I've only just discovered them a few weeks ago. I've read a lot of things about FRAK the last few days: "marriage of acid robotics, analog-richtechno, DIY electronics and Residents-flavored absurdity" or "Techno-pop machine and synth musicexploratory". What is your definition of FRAK?

Au cœur de Frak se trouve vraiment le désir de rester vrai et ouvert d'esprit. Essayer de saisir l'acte même de créer, sans trop savoir le pourquoi du comment, mais le faire malgré tout.

Frak is all about being true and open minded. Trying to capture the moment of creating without knowing how or why, but doing it anyway.

J'imagine que durant vos 25 ans de carrière, pas mal de choses ont évolué pour FRAK. 25 ans après vos débuts, qu'est-ce qui fait sens pour les membres actuels de FRAK ?
I can only imagine that during your 25-year career, members, feelings, projects have evolved many times.25 years after your debut, how does Frak still make sense to you and the other current members?

Oui, de beaucoup de façons différentes. FRAK est un projet extrêmement sérieux tout autant qu'une partie de rigolade, et ce depuis toujours. Si tu penses que tu fais de la bonne musique, alors c'est le cas. Personne ne peut t'enlever ça en disant que c'est de la merde. Fais ton truc à toi, c'est bien plus important que ce que les autres peuvent penser. Sinon, la musique perd de son âme et cesse d'être une forme d'art. C'est très important et nous en sommes la preuve vivante, et c'est pour ça qu'on aura toujours besoin de groupes comme FRAK .

Yes, in many ways. FRAK is, and have always been, deadly serious as much as it's a joke. If you believe your music is good, then it is. No one can take that away from you by saying its crap. Doing your own thing is alot more important than what other people think. If not, music looses its heart and stops being an artform. We are living proof of how important this is and thats why acts like FRAK will always be needed.

En parcourant votre discographie, j'ai été surpris par votre attrait pour le format album. Très peu d'EP et pas de remixes. Est-ce uniquement une histoire d'opportunités ? Est-ce plus simple pour vous de sortir des albums ? J'imagine que Börft est un élément facilitateur ?
Browsing through your discography, I was surprised by how deliberately you seem to stick to the album format, most of the time. A few EPs and no remixes. Is this strictly a business opportunity? Is it easier for you to release an album? I'm guessing Börft is perhaps a facilitating agent?

Si nous avons pas mal de morceaux, alors on opte pour un album ou une K7. Avec un peu moins de morceaux, on choisit un 12'' ou un 7''. On choisit vraiment le format le plus adapté aux morceaux, tout simplement ! Il n'y a pas beaucoup de remixes car on enregistre d'une façon qui rend le procédé un peu difficile. Une seule piste peut contenir batteries, basse et autres instruments principaux, et il n'est donc pas possible de séparer ces différents sons.

If we have lots of tracks -then it's an album or tape. Fewer tracks means an 12inch or 7inch. We release on whatever format that fits the material, it's as simple as that! The reason to the lack of remixes is that we record in a way that makes remixing a bit difficult. One recorded channel can contain drums, bassline and some leadsounds so its not possible to afterwards separate these sounds.

Les disquaires en ligne vous associent à cette scène appelée Technoise et quelques artistes comme Pete Swanson, KPLR, etc. Selon vous, est-ce que cette notion de scène a un sens ? A-t-elle une valeur dans le temps ? Ou d'un point de vue géographique ?
Online record stores are directly associating you to this scene called Technoise and some acts such as Pete Swanson, KPLR, etc. According to you, is this notion of "scene" real? Does it have a more specific sense in terms of duration? Or from a geographical point of a view?

Les "scènes" sont seulement porteuses de mots qui tentent de labelliser la musique. Parfois, ça marche, et d'autres fois, c'est complètement à côté de la plaque ! La scène Technoise, comme nous la connaissons, représente très bien notre musique. Elle s'inscrit dans une veine opposée à celle de la scène techno actuelle qui reste lisse et pas très intéressante. Si une scène colle à ton genre de musique, alors les forums, DJ et autres, joueront un rôle dans la découverte de ta musique par d'autres gens. Ceci dit, nous ne voulons pas rester associés à une scène en particulier : nous voulons aussi dépasser les frontières pour aller à la rencontre d'un autre public.

Different scenes are just words trying to describe what the music sounds like. Sometimes its good, sometimes we feel we dont fit in at all! The Technoise scene, as we know it, fits our music very well. It's the true opposit to the smooth, nowadays a bit boring, usual technoscene. If the scene is right for your music, its forums, djs and so on, help people to discover your music in a good way. Yet we dont want to be stuck within a scene, we want to cross borders and reach other people aswell.

Votre discographie est à cheval sur trois décennies très importantes pour la musique électronique. Que retenez-vous de ces années en termes de travail de composition, de production et de performance de musique électronique ? Et en tant que "dirigeant" de Börft, en termes de développement d'artistes et de ventes de musique ?
You've been through 3 relevant decades of electronic music. What would you keep from those decades in terms of working, scoring, producing and performing electronic music live? And as the head of Börft, how do you find, develop and sell music/artists?

Nous avons compris que le plus important est de rester sincère, vrai, et de travailler tout en apportant sa touche perso. Il en est de même pour ce qui est de produire la musique, mais aussi dans tout le reste. Fais-le à ta façon, arrête-toi un instant et réfléchis de toi-même ! Peu importe où tu es, le monde entier est à ta portée, à quelques secondes près. On peut contrôler de son fauteuil toute une scène underground à l'autre bout de la terre sans même y être présent. Et c'est à s'y perdre, c'est certain. Être influencé est une chose, mais il est bien évident que pas mal d'artistes ont trouvé "leur" son sur YouTube par exemple, au lieu de l'avoir trouvé en eux-mêmes. Si tu joue en live, la musique doit être un écho de toi-même, ou alors ça se verra.

We have learned that the most important thing is to be genuine, true and to do things with your own twist to it. This goes for not just music production but also in everything else that you do. Do it your way, stop and think for yourself!!!! No matter where you are, the whole world is within your reach, just seconds away. You can have full control over some underground scene on the other side of the planet, without even attending -you have access to it from your livingroom. There´s a big chance that you might get lost in all this. Being influenced is one thing but its quite obvious that alot of acts have found "their" sound on for example YouTube -instead of finding it within themselves. If your playing live, the music has to be a reflection of yourself -otherwise the whole thing shines through.

Jan disait que la musique de FRAK peut être à la fois intime et partagée. Par curiosité, j'ai regardé quelques extraits de vos performances live disponibles sur YouTube (ici et ). Les dancefloors en Suède sont réactifs à votre son et à vos déguisements. Avez-vous observé des réactions différentes par ailleurs ?
Jan said FRAK's music can be both intimate and crowd-pleasing. I was curious and watched a few YouTube snippets from your live acts in clubs. The crowd in Sweden is reactive both to your sound and apparel. Haveyou noticed different reactions in the different regions / countries you played in?

Les réactions ont été assez similaires, peu importe le pays dans lequel nous avons joué.

The response has been quite similar regardless what country we have been performing in.

Y'a-t-il un âge de péremption pour produire la musique de FRAK ?
Is there an age to stop making FRAK music?

Non, mais on ne sait jamais !

No, but you never know!

Mixtape

FRAK sounds over the years mixtape

1. Hope To Swim (2007)
2. Degression (1990)
3. Breakfast Morning (2007)
4. Sepig (Re-edit) (2003)
5. Grunge Bonus (1993)
6. Out Trip (2007)
7. Uzzoon (1995)
8. Herkules (2010)


Jef Barbara l'interview + remix exclusif

Personnage iconoclaste et attachant, Jef Barbara n’indiffère jamais. Que ce soit par sa musique - croisement synth-glam affriolent, où le vernis italo-disco s'entiche d'un rimmel à la Ziggy Stardust - ou par sa personnalité tendancieusement attifée et maniérée, l'androgyne Montréalais glane à coup sûr et sans combattre cette ineffable affection cousue d'indicibles extravagances. Marivaudage concupiscent et délicieusement provoquant, les caresses synthétiques de l'éphèbe aux chemises flanelle s'absolvent pourtant de toutes mièvreries guindées ululant un prosélytisme gay rabat-joie et rabâché. Que ce soit par le biais de son univers musical, ou plus spontanément par l'entremise de son journal blogué, Jef fait l'impasse sur tout onanisme pseudo revendicateur, se concentrant sur l'essentiel : l'écriture de pop songs lui seyant à merveille, aussi faussement candides que bien troussées. Tout droit issu de la scène DIY québecoise - où le jeune homme s'acoquine avec une myriade de groupes et de labels dont on n'a pas fini de louer la singularité intrinsèque, de Dirty Beaches à Femminielli en passant par Electric Voice Records ou Fixture Records - Jef Barbara s'apprête à franchir un des caps cardinaux, et non des moindres, de sa chatoyante carrière discographique. Déjà connu en Europe via les insomniaques Pragois d'Amdiscs - participant même au summer tour de ces derniers - et n'ayant dans l'escarcelle que quelques productions relativement confidentielles - sur Amdiscs donc, mais aussi sur EVR et les Japonais de Big Love Records (lire) - notre homme s'est laissé séduire par le label de Bertrand Burgalat, Tricatel, qui sortira le 5 mars prochain Contamination, son premier LP. Mais avant d'aborder dans l'entretien qui suit sa mue patronymique, sa rencontre avec R. Stevie Moore ou encore son bagage à main regorgeant de disques estampillés Mariah Carey ou George Michael, Jef Barbara dévoile ci-après l'un des remix de Wild Boys, extrait de l'EP du même nom à paraitre le 6 février, qui n'est autre que celui de CVLTS (lire), évoqué en fin d'interview.

Audio (PREMIERE)

Audio

01. Wild Boys
02. Larmes de Crocodile

Entrevue


Qui es-tu Jef ?
Who are you Jef?

Je suis un chanteur. Je suis de Montréal. Je suis asthmatique. Je suis allergique à la camomille. Je suis obsédé par les tutoriels d'extraction de cérumen sur YouTube. J'aime les serpents. J'aime la pluie. J'aime le gris. J'ai un chat gris. J'aime les hommes. J'aime les femmes. J'aime le jus de pamplemousse. J'aime le coca. J'aime les candy cigarettes. J'aime le cheddar fort. J'aime les crudités. J'adore les framboises. J'ai une afro sous ma perruque.

I'm a singer. I'm from Montreal. I'm asthmatic. I'm allergic to camomile. I'm obsessed with ear wax removal tutorials on YouTube. I like snakes. I like the rain. I like grey. I have a grey cat. I like men. I like women. I like grapefruit juice. I like coca-cola. I like candy cigarettes. I like mature cheddar. I like crudités. I like raspberries. I'm sporting an Afro under my wig. 

Peux-tu présenter ta personnalité en quelques mots ?
Could you tell us a few words about your personality?

Je suis sensuel. Je suis capricieux. Je suis désordonné. Je suis coquet. Je suis poète. J'aime être bien sapé. J'ai un vague trouble obsessionnel compulsif. J'ai un trouble dissociatif de l'identité. J'ai une personnalité féminine. J'ai de légers troubles d'insomnie. J'ai un penchant anorexique-boulimique.

I am sensual. I am temperamental. I am messy. I am coquettish. I'm a poet. I like being stylish. I am a bit OCD. I have a dissociative identity disorder. I have a feminine personality. I suffer a little from insomnia. I have anorexic and bulimic tendencies. 

Comment es-tu passé de Jef and the Holograms à Jef Barbara ? Peut-on parler d'une mue artistique ?
How did you go from Jef and the Holograms to Jef Barbara? Should we talk about an artistic transformation? 

Tout à fait. Si on écoute l'EP que j'ai fait sous le nom de Jef and the Holograms, on verra bien pour commencer que le ton est plus célébratoire que ce que j'ai fait paraître sous Jef Barbara. Cet EP fut un premier jet. Un croquis. Une évacuation de fantasmes. Mon projet solo est plus nuancé, bien qu'il retienne mes qualités burlesques de jadis. D'ailleurs, le titre Contamination témoigne vivement d'une mue artistique. L'EP de Jef and the Holograms s'intitule Truly Contagious...

Absolutely. If you listen to the EP I made under the name of Jef and the Holograms, you will immediately notice that the tone is more celebratory than anything I have ever done under the name of Jef Barbara. This EP was a first draft. A sketch. A way of letting go of my fantasies. My solo project is not as straightforward, even though it does contain some previous elements of burlesque. The title Contamination actually reflects quite strongly this artistic change. The Jef and the Holograms' EP is called Truly Contagious…

Dans quel contexte as-tu rencontré R. Stevie Moore et qu'est-ce que votre collaboration a fait naître en toi, dans ta musique ?
How have you met R. Stevie Moore and what did this collaboration bring to you and your music?

Je connaissais très peu R. Stevie Moore avant d'avoir collaboré avec lui en 2009. C'est Dominic qui en était fan à la base. J'avais alors écrit un texte destiné à être chanté en duo avec un homme plus âgé, et qui allait faire partie d'un EP concept, fondé sur l'histoire de Pinocchio. Nous avons beaucoup brainstormé, sans résultat conclusif. J'ai donc proposé Stevie tout en étant réticent, sachant que le texte que j'allais lui faire chanter était en français, et que j'allais devoir le lui apprendre phonétiquement et ce, à longue distance. Forcément, la chanson lui a plu car il a dit oui. R. Stevie Moore chante donc dans la peau d'un Geppetto subverti et pervers, qui fait croire à sa marionnette qu'il fera d'elle le prochain Heath Ledger.

L'expérience fut pour moi particulièrement édifiante car je me suis reconnu dans la démarche DIY de Stevie. J'ai depuis enregistré une reprise de Irony, qu'il m'a à son tour dédiée lors de son dernier concert à Montréal. J'ai rarement été aussi ému.

I didn't really know R. Stevie Moore before working with him in 2009. Dominic was the actual fan. I had written lyrics I was planning to sing in a duet with an older man and that was going to be on a concept EP based on Pinocchio's story. We did quite a lot of brainstorming, without really getting anywhere. So i reluctantly asked Stevie, aware of the fact that the text was in french, which implied that I had to approach it phonetically, all of which while living apart from each other. He must have liked the song since he agreed. In the song, R. Stevie Moore embodies a perverse and corrupted Geppetto who makes his puppet believe he will help it become the next Heath Ledger. 

The experience has been really fulfilling for me. I recognised myself in Stevie's DIY approach. Since then, I recorded a cover of
Irony, which he then dedicated to me during his last gig in Montreal. I really got quite emotional. 

A priori, je situe ta musique à quelques encablures de celle de Marc Almond et de Soft Cell, en plus glam. Comment la définirais-tu et quelles sont tes influences essentielles ?
I would put your musical style between Marc Almond's and Soft Cell, but with extra glam. How would you define it and what are your influences? 

Ce n'est pas la première fois qu'on me balance la comparaison avec Marc Almond. Bertrand me l'a dit aussi. Il reste que mis à part quelques clins d'oeil, je ne puise que de manière subconsciente dans l'oeuvre des autres. C'est vrai, j'ai été très excité en écoutant Non-Stop Erotic Cabaret pour la première fois. Idem pour Replicas ou même Dirty Mind, si on veut se pencher du côté plus black, plus américain. Mais il reste que mes intérêts ne se limitent pas qu'à la New Wave. J'adore la pop féminine d'une manière générale, qu'elle s'inscrive dans le disco ou dans le genre adulte contemporain. J'ai intensivement étudié la structure du songwriting de Mariah Carey. Pour le chant, j'ai beaucoup appris du R&B commercial de années 90, principalement en écoutant les interprètes des compositions de Babyface. Mais tout ça ne retrouve son sens que dans ma tête. Que j'écoute des disques de Diane Tell ou de Bonnie Tyler n'a vraiment pas d'importance car leur musique passe par le filtre d'une pensée qui m'est propre. En ressort donc un univers musical qui j'ose croire est assez original, et qui me prouve que faire du namedropping n'a aucun intérêt, si ce n'est que de se conditionner à dire des choses en fonction de l'image qu'on veut projeter pour soi-même. Surtout lorsqu'il est question de musique.

Donc au lieu de parler de trucs que personne ne connaît ou, pire, de jouer l'énième sérénade en l'honneur de Jesus & Mary Chain, je préfère dire que mes influences essentielles sont très variées, ce qui explique le fait que Contamination possède cette allure de trousse à maquillage. J'aime la variété dans son sens premier.

It's not the first time i'm being compared with Marc Almond. Bertrand said the same. In any case, except a few homages here and there, I only really subconsciously get inspired by the work of others. It's true I got very excited over Non-Stop Erotic Cabaret when I listened to it for the first time. The same goes for Replicas, or even Dirty Mind, in terms of more black, american music. But really, my interests are by no means limited to the New Wave. I really like female pop music in general, including disco or more contemporary adult genres. I studied intensively Mariah Carey's structures of songwriting. In terms of singing, I learned a lot from 90's mainstream R&B music, including a lot of Babyface. I realise this is only meaningful to me. Whether I listen to Diane Tell or Bonnie Tyler, it doesn't really matter: their music is filtered through my own thoughts. As a result, I like to think it creates a rather unique musical landscape which also proves that dropping names is quite useless, unless you want to attach your personality to an image you're looking to project. Especially when it comes to music.

So, instead of mentioning people nobody's never heard of, or - even worse, singing yet another time the praises of The Jesus & Mary Chain, I'd rather say that my inspirations are very diverse, which also explains why Contamination is a bit like a make-up bag. I like diversity in its first instance.

D'ailleurs, si tu es obligé de t'exiler sur une île déserte, quel disque emmènerais-tu avec toi ?
Which album would you bring with you on a desert island anyway?

Tout est une question de timing. J'ai souvent évoqué le Faith de George Michael mais dans un registre semblable, il y a le Nightclubbing de Grace Jones que j'écoute souvent depuis plusieurs mois. J'ai des humeurs changeantes. J'aime le Pull Marine d'Isabelle Adjani. Je ne sais vraiment pas quoi répondre. J'avoue que Psychocandy est très bon...

It's all about timing. I often thought about Faith by George Michael, but in the same vein, I've listened a lot to Nightclubbing by Grace Jones these past few months. But all depends on my mood. I like Pull Marine by Isabelle Adjani. I don't really know what to say. Psychocandy is rather good, I must confess...

A l'écoute de Contamination, les thèmes liés à la sexualité semblent prendre le dessus, le tout sur fond d'esthétisme burlesque (notamment dans tes vidéos). Quels sentiments/messages essayes-tu de faire passer au travers ta musique ?
Thematically, Contamination is centred a lot around sexuality, with a background of burlesque aesthetics (in the videos for instance). What are the feelings or messages you are trying to convey through your music? 

Je n'ai pas de sentiments ni de message précis en tête, si ce n'est que de communiquer mon expérience en tant qu'être humain. J'exprime des idées sexuelles certes, mais il y a de tout sur le disque, comme dans la vraie vie. Peut-être est-ce dû au fait que j'aie une sexualité à fleur de peau et un sentimentalisme débordant, je ne sais pas. Tout ça n'est pas calculé.

Contamination n'est pas un album concept. Les thèmes abordés reflètent ce que je vivais au moment où je les écrivais. C'est un album humain qui relate des expériences humaines vécues par de vraies personnes. Il en va de même pour l'esthétisme burlesque. Comme dans la vie, une petite dose d'humour dans la musique ne fait de mal à personne.

I don't really have anything in mind, except trying to communicate my experience as a human being. I am dealing with sexuality - it's true, but there is a bit of everything on this album, just like in real life. Perhaps it's also due to a bursting sexuality and an overflow of sentimentalism on my part, who knows. Nothing is meant purposely.

Contamination isn't a concept album. Thematically, it reflects what I was going through at the time of writing. It's an all too human record. The same goes for the burlesque aesthetics. Just like in real life, a little bit of black humour injected in music will not do any harm.

Contamination sort une seconde fois sur Tricatel le 5 mars prochain. Peux-tu nous expliquer ton cheminement entre Amdiscs et Tricatel ?
Contamination is released a second time on Tricatel on 5/03/12. Could you explain your relationship with Amdiscs and Tricatel? 

Bertrand (Burgalat, ndlr) m'a approché en m'envoyant un email, faisant l'éloge de me mes chemisiers à la Françoise Giroud, ce qui m'a séduit immédiatement. Je lui ai alors filé le contact d'Amdiscs, me disant qu'une collaboration pourrait se faire entre les deux labels. Malheureusement, ça n'a pas marché. J'ai donc été forcé de choisir entre deux voies et j'ai choisi celle que Tricatel m'offrait.

Bertrand got in touch via email, complimenting my shirts à la Françoise Giroud, which I liked a lot immediately. Then, I sent him the contact details for AMDISCS, thinking the two labels could perhaps work together. It didn't work, unfortunately. I had to choose between the two and opted for Tricatel. 

Que retiens-tu des premiers, qu'espères-tu des seconds ?
What did you think of your work with AMDISCS and what do you hope fromTricatel? 

J'admire beaucoup la démarche d'Amdiscs. Je crois qu'ils ont une bonne longueur d'avance sur ce qui se fait dans leur pays et c'est tout de même impressionnant de voir la liste d'artistes qui se sont produits en République Tchèque grâce à A.M.180, le collectif de musiques indépendantes et d'art contemporain qui en fait est la division promotionnelle d'Amdiscs. Ce sont des gens qui s'investissent énormément. Le problème dans le monde DIY est qu'il y a plein de bonnes intentions mais très peu d'argent et qu'à la fin, c'est frustrant de voir qu'un album de musique pseudo-expérimentale qui peut avoir pris quelques heures à finir obtienne exactement le même support qu'un album qui a pris plusieurs mois à achever.

Je me sens très en confiance avec Tricatel. J'ai eu de forts moments de réticence au début parce qu'on m'avait raconté des histoires d'horreur, non pas sur eux, mais sur les labels en général. Mais cette méfiance passagère ne m'habite plus. Je leur fait entièrement confiance et j'ai la certitude que l'objectif premier de ma signature est de me donner des opportunités que je n'aurais pas autrement, et non pas uniquement de faire rayonner le label. J'espère aussi avoir la liberté de continuer à faire ce que je veux sur le plan créatif. Et ce n'est pas difficile pour Bertrand de comprendre ça, comme il est un artiste.

I really admire AMDISCS approach. I think they really are ahead of everything that's currently being done in their country. Indeed, it's quite impressive to see the list of artists who were able to play in Czech Republic thanks to A.M. 180, the indie music and contemporary art collective, which is actually part of AMDISCS. They are extremely dedicated people. The thing with the DIY scene is that there is a lot of good intentions, but very little money in it. It's very frustrating when you come to realise that a so called experimental album which has been created in just a few hours, ends up on exactly the same format than an album that took several months to complete.

I feel very at ease with Tricatel. At first, I was very reluctant because I had been told a lot of terrible things, not about them, but about music labels in general. But I don't mistrust them anymore. In fact, I trust them entirely, and I rest assured that the whole point of my signing was to give me more opportunities, things I could never have done otherwise. It's not just about the label's interests. I also hope to be able to keep doing what I want in terms of creativity. Bertrand is very understanding: he's an artist himself.

Revenons à ton disque. Cocaine Love est un morceau éminemment sombre. Peux-tu me raconter dans quelles conditions tu l'as composé ?
Let's back to your record. Cocaine Love is an eminently dark track. Could you tell me how it was written?

Cocaine Love n'est pas si sombre que ça. La chanson parle d'un amour si passionnel, si addictif qu'on pense qu'il vaudrait mieux y résister, à défaut de se faire mal. Ceci dit Get Off The Coast (R.I.P.) l'a décrite comme un numéro de cabaret qu'on pourrait entendre le soir dans le lobby d'une station de ski pour gens riches et célèbres. J'ai adoré la description. Le morceau a été composé lors d'une période de transition, entre Jef and the Holograms et Jef Barbara. Je passais alors beaucoup de temps à jouer avec Dominic et Bernardino, et de ces jams sont nés Wild Boys et Cocaine Love. J'ai écrit les paroles en moins de dix minutes. Tout s'est fait naturellement. La voix fut alors enregistrée avec Femminielli en background vocals. Une démo en une prise, c'est ce qu'on entend sur le disque.

Cocaine Love is not that dark. It's about a love which is so strong, so addictive, it would be better to resist, even if that implies getting hurt. That being said, Get Off The Coast (R.I.P.) described it like a cabaret show that one would hear at night in the lobby of a ski resort for rich and famous people. I loved the description. The track was written during a transitional period, between Jef and the Holograms and Jef Barbara. I would spend a lot of time playing with Dominic and Bernandino and that resulted in Wild Boys and Cocaine Love. I wrote the lyrics in less than 10 minutes. It was all very natural. The background vocals were then recorded with Femminielli. It was done in one take, the one you can hear on the album. 

Tous les morceaux ont une histoire particulière pour toi ?
Have all the tracks a particular meaning for you?

Pas tous. Par exemple, Larmes de Crocodile n'est pour moi qu'une sotte histoire d'amour amer. Ceci dit la majorité des chansons sont biographiques, parsemées d'éléments de sottise et de fantaisie.

Not all of them. For instance, Larmes de Crocodile is only a silly tale of bitter love. That being said, most of the songs are biographical, with added elements of silliness and fantasies. 

Et si l'on prend le Flight 777, quelle destinée nous promets-tu ?
And what about Flight 777, what kind of fate would you predict for us?

Ça dépend des croyances religieuses de chacun. J'ai entamé l'écriture du morceau lors d'un vol retour vers Montréal qui fut pour le moins turbulent. J'ai alors été confronté à mon propre agnosticisme, n'étant pas en mesure de prier de façon sincère comme le faisaient déjà quelques personnes autour de moi, si ce n'était par opportunisme. J'ai donc commencé à imaginer la chanson dans ma tête, trouvant ainsi dans l'impuissance refuge et transcendance.

It all depends on everyone's religious beliefs. I started writing it during a rather turbulent flight back to Montreal. I suddenly had to face my agnosticism, and found myself unable to pray in a sincere way like the other people around me. It would have only been sheer opportunism. So I started imagining the song in my head, and managed to find shelter and transcendence in an otherwise helpless situation. 

Quelle place accordes-tu à l'objet disque ? Toi qui viens du DIY intégral, de quelle manière la confection de celui-ci a-t-elle pris forme ?
What do you think about the record as an object? Coming from an integral DIY scene, how did the manufacturing take place? 

J'adore l'objet, à condition qu'il soit analogue. J'éprouve un énorme plaisir à écouter les vinyles, mais surtout les cassettes. Écouter la musique lorsqu'elle provient d'un format digital est moins intéressant pour moi parce que l'accès est plus facile, ce qui rend l'expérience moins importante et l'écoute moins sacrée.

Pour ce qui est de la confection, ou plus précisément du design, j'ai toujours fait appel à des amis talentueux. Par exemple, c'est Frank du label Hobo Cult qui a fait les collages sur les photos de Contamination. Aussi auparavant, j'envoyais le matériel à une compagnie pour la reproduction mais je ne crois pas que j'aurai à refaire ça tant et aussi longtemps que je suis avec Tricatel !

J'ai néanmoins l'intention de continuer à impliquer les gens de ma communauté au niveau de la conception. C'est important pour moi.

I love the object, but it has to be analogue. I always find very pleasurable listening to vinyls, and cassettes even more.

Listening to music on a digital format loses interest for me because it's more easily accessible, which renders the experience less important and the listening itself less sacred.

In terms of manufacturing or design, I always have some talented friends who can come into action. For instance, Frank from the Hobo Cult label who have done the collage on the photos in Contamination. I used to send the material to a company for the copying process, but I don't think I will ever have to do that again as long as I'm with Tricatel.

In any case, I still mean to keep on involving people around me in the overall design. It's important to me.

Quels sont tes amis, Jef ? Tu te sens issu d'une scène particulière ? De celle plurielle et excitante de Montréal ?
Who are you friends with? Do you feel you belong to a particular scene? Perhaps Montreal's diverse and exciting music community?

Quand j'ai commencé à m'impliquer dans la scène locale, cette dernière avait beau être plurielle et excitante, elle était aussi très homogène. Presque partout c'était de l'indie rock, qui n'est pas un milieu si ouvert que ça, en dépit de ce que ses adeptes revendiquent. Il reste que je n'en étais qu'à mes débuts.

J'ai mis du temps à trouver une communauté. Toujours est-il que je n'ai pas l'impression d'être issu d'une scène particulière, puisque je sens que ma démarche est très différente de celle qu'adoptent les gens que je fréquente. Mais s'il faut donner des noms, voici une liste, comme on voit dans les livrets CD de musique rap : Dominic Vanchesteing. FemminielliRape FactionPassion PartyChevalier Avant GardeWicked CraftsInstitutional Prostitution. Freelove FennerAlex Zhang HungtaiBrave RadarLe CouleurSheer Agony. Spastic Joy.

Sans oublier la multitude de groupes issus d'une sublime communauté du nom de La Brique : Léopard et moi. Bataille Solaire. Les Momies de Palerme. Xarah.

Les labels suivants : Los Discos EnfantasmesElectric Voice RecordsFixture Records. Kinnta Records. Hobo Cult.

J'ai oublié des gens, j'en suis sûr et certain.

When I started getting involved in the local music community, it was diverse and exciting, for sure, but also very homogenous on the other hand. Indie rock was almost everywhere, and it's not a very open scene, in spite of what the participants believe. But I had only just started.

It took me a while to find a community as such. Still, I am not under the impression that I emerged from a particular scene, since I actually find my approach is very different from people's I hang out with.

But if you really had to pick names, here's a list, like the one you can find in rap CD's booklets: Dominic Vanchesteing. Femminielli. Rape Faction. Passion Party. Chevalier Avant Garde. Wicked Crafts. Institutional Prostitution. Freelove Fenner. Alex Zhang Hungtai. Brave Radar. Le Couleur. Sheer Agony. Spastic Joy.

Not to mention, the multitude of bands which came from an amazing community called La Brique: Léopard et moi. Bataille Solaire. Les Momies de Palerme. Xarah.

The following labels: Los Discos Enfantasmes. Electric Voice Records. Fixture Records. Kinnta Records. Hobo Cult.

I'm pretty sure I forgot some names.

A ce propos, peux-tu me dire quelques mots au sujet de Femminielli ?
Speaking of which, could you tell me a bit about Femminielli?

Il a récemment rasé sa barbe et ça me plaît moins. Cela dit, j'ai rencontré Femminielli il y a plusieurs années, alors qu'il faisait partie d'un duo électro nommé Violencia Nocturna. Je l'ai vu évoluer à travers ses albums, ses looks, ses phases... Je l'aime beaucoup. C'est notre lien d'amitié qui fait qu'il a participé à l'enregistrement de trois morceaux sur Contamination. J'en suis très fier.

He recently shaved off his beard and I don't like it as much. Anyway, I met him a few years ago, when he was part of an electronic duo called Violencia Nocturna. I saw him changing through his albums, his style, different phases…I really like him. It's because of our friendship that he collaborated on three tracks off Contamination. I'm super proud of it. 

Et de CVLTS dont le remix de Wild Boys est présent sur l'EP du même nom à paraitre le 6 février ?
And what about CVLTS whose Wild Boys' remix will be on the eponymous EP which will be released on 06/02?

J'ai rencontré Josh et Gaurav (CVLTS) l'été dernier à Creepy Teepee, festival organisé par A.M.180 et qui donnait le coup d'envoi à la tournée Amdiscs que nous avons faite avec Dream Boat également. J'ai donc passé deux inoubliables semaines sur la route avec eux. Dès qu'on m'a demandé si j'avais des idées de remix de Wild Boys en tête, j'ai automatiquement pensé à eux. Je suis d'ailleurs bien content de ce C V L T S R E M I X.

I met Josh and Gauray last summer at Creepy Teepee, a festival organised by A.M. 180 which inaugurated the AMDISCS tour we did with Dream Boat amongst others. I spent two unforgettable weeks on tour with them. When I was asked if I had any ideas for a Wild Boys remix, I immediately thought of them. I'm actually really happy with this CVLTS remix. 

Pour terminer, que faut-il te souhaiter pour 2012 ?
To conclude, what should we wish you for 2012?

Du succès et beaucoup d'argent.

Success and a lot of money.

Traduction : Simone Apocalypse.

Vidéos


JEF BARBARA - LARMES DE CROCODILE par Tricatel-Vision

Tracklist

Jef Barbara - Wild Boys Remixes (6 février 2012, Tricatel)

1. Wild Boys (Radio edit)
2. Wild Boys (Tulip's Club mix)
3. Wild Boys ( NZCA/LINES remix)
4. Wild Boys (C V L T S R E M I X)
5. Black Caress
6. Wild Boys (Tulip's Dub mix)


Jonathan Fitoussi l'interview

Nous sommes une génération baignant dans l'héritage des grands défricheurs de la musique contemporaine. Peu d'artistes en ont pleinement conscience. Lui, oui : Jonathan Fitoussi sort un premier album de musique minimaliste exigeant dont la beauté rend hommage aux grands compositeurs du siècle passé. Jonathan est affilié aux artistes américains de la scène minimaliste comme Steve Reich ou Philip Glass, mais il revendique les techniques d'enregistrement analogique développées par les maîtres du GRM comme Pierre Schaeffer ou Pierre Henri. Aujourd'hui, le jeune père de famille continue de travailler pour l'INA en restaurant les archives de la radio française, mais il accorde de plus en plus de temps à la musique. Un jour, dans un studio de la radio, alors qu'il écoutait un enregistrement de drone qu'il avait réalisé sur un orgue d'église, il fit la rencontre de Daniel Caux, l'homme derrière le label mythique Shandar qui a transformé sa vision de la musique. Signe du destin ou heureuse coïncidence, Jonathan marche dans les pas de ses pères, et nous le suivrons jusque sur la lune. Après de longues écoutes, comme on accomplit un voyage spirituel, vous aurez médité sur ce monde à la vitesse de la lumière, et l'année 2012 vous apparaîtra comme une fin tout à fait évitable. Cinq ans auront été nécessaires pour que la conjonction astrale favorise enfin la poussée de cette comète alors que d'autres sont déjà prêtes à quitter la constellation Pan European. Cet album stellaire est une invitation au voyage intérieur, chaque titre contient un fort potentiel émotionnel. Ouvrez grand vos oreilles, vous commencez à sentir vos muscles se détendre et votre respiration se ralentir. Maintenant, la possibilité que vos paupières glissent progressivement vers le bas et vous plongent dans l'obscurité est importante. Mais avec une bonne condition physique, vous parviendrez à parcourir des paysages projetés par votre subconscient et peut-être même à vous échapper de votre corps pour une petite balade astrale. Un album construit comme une bande originale de film expérimental. Imaginez des caméras plantées aux quatre coins de la galaxie, une œuvre du futur, un genre de Koyyanisqatsi monolithique où le spectateur embarque à bord d'une fusée avec un toit panoramique qui permet en fait de voir le film en direct... "Nous sommes transportés dans une autre Dimension. Une Dimension faite non seulement de paysages et de sons, mais surtout d’Esprit. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont notre imagination. Un voyage au bout des ténèbres où il n’y a qu’une destination : La Quatrième Dimension !"

Interview vidéo

Tracklist

Jonathan Fitoussi - Pluralis (Pan European Recording, 2012)

1. Cycle 500
2. Pluralis
3. Dreamscape
4 Errance
5. Résonance Magnétique
6. Surimpression
7. Emphase
8. Souffle Continu
9. Organium
10. Abysses


Nurses l'interview

À Portland, Oregon, on a le verbe métaphorique, des idées capricieuses et des couleurs pop à exprimer… Le tout forme un ensemble brouillon et carnavalesque, assez emmêlé pour que je m’y perde parfois mais assez poétique pour me faire malgré tout apprécier ces chemins bizarres. Interviewer un groupe dont la musique est un relatif mystère peut d’abord sembler une aubaine. Après m’être échinée à décortiquer Dracula, véritable casse-tête musical et dernier album de Nurses, je me suis un peu remise en question sur mes capacités à rendre raison de la musique. J’ai donc sauté sur l’occasion de la venue du groupe à Paris pour remettre un peu mes idées en place, comprendre ce qui ne se comprend pas. Mais mes belles questions se sont effondrées une à une : toutes les subtilités techniques, les notions tangibles, les données pratiques du disque était évincées par les réponses d’Aaron Chapman (chant, guitare, clavier) et John Bowers (clavier et chœurs), les deux membres fondateurs du groupe. À la place, j’ai eu droit à une philosophie néo-platonicienne ondulante, une forme de Romantisme américain, et un ensemble de phrases exaltées sur l’Enthousiasme, l’Inspiration et l’Essence funky des Choses. J’ai apprécié ce qu’ils m’ont dit ce soir-là. Et si je ne sais pas rendre raison de la musique, c’est simplement que la pop n’est jamais raisonnable.

Lire la chronique de Dracula.

J’ai écrit une chronique sur Dracula et je me suis retrouvée face à l’impasse des mots, incapable de pleinement restituer votre album. J’attends donc beaucoup de cette interview pour clarifier certaines choses. Tout d’abord le fossé entre Dracula et votre dernier album, Apples Acre, m’a semblé immense. Comment expliquer un tel changement de direction ?
I published a paper on Dracula. And it was not so easy to put words on your album. So I hope this interview will help me clarify a few things about your music. Firstly, I think that the gap between Dracula and Apples Acre is very impressive. How can you explain your evolution and why did you choose this new direction?

C'est intéressant, car certaines personnes disent qu'il y a une grande différence entre ces albums et d'autres pensent le contraire. En fait, ce n'était pas un choix réfléchi. Seulement, l'évolution naturelle de nos goûts et sensibilités. Et c’est aussi lié à l’arrivée de James dans le groupe, qui joue désormais des percussions avec nous. On voulait faire quelque chose de funky. De plus groovy.

It’s interesting because some people say there is a big difference between these albums and some people say the contrary. Actually, it wasn’t a conscious choice. Just a natural progression of our tastes and sensibilities. And also we have James who plays percussions with us. We only wanted to do some kind of funky stuff. Have a little more groove.

J’ai été aussi émue par la variété et la complexité de la production de Dracula. Les morceaux semblent à la fois singuliers et s’intègrent à l’album de façon très cohérente. Il est très bien articulé. Comment expliquez-vous cette liberté de style ?
I’ve also been touched by the variety and the complexity of Dracula from a production point of view. All the songs sound very different from each other but the album is very coherent and well articulated at the same time. How do you explain such a diversity?

Ce n'est pas volontaire, on fait juste ce qui nous vient naturellement. Alors c'est dur d'y mettre des mots. L'album nous parle et on ne fait que le produire. Au niveau technique, c'est peut-être parce que les morceaux ont été écrits sur une longue période, alors que l'enregistrement s'est fait assez vite : on n'a pas arrêté de travailler et ça s'est fait tout seul.

It’s not conscious, we’re just doing what is natural. So, it’s hard to put this into words. The album speaks and we just make it. The technical reason might be that we wrote the songs in a long period of time but the part of the recording process was shorter : we kept working and everything came naturally.   

Et pensez-vous avoir désormais trouvé votre style ou peut-on s’attendre à d’autres surprises à l’avenir ?
Do you now believe you have found a particular style/your own voice or can we expect more surprises in the near future?

Des surprises, j'espère ! On a toujours beaucoup de projets en tête, alors je crois qu'on va continuer dans le changement.

Surprises, I hope! We’re interested in doing things all the time, so I think we’ll continue the change.

Dracula est un album très coloré, il l’est jusque dans sa pochette. C’est finalement l’inverse d’un album macabre : le contraste est donc grand entre le contenu du disque et son nom vampirique, pourquoi ?
Dracula is a very colorful album as shown in the artwork. It is not exactly gothic or dark, so there is a real contrast between the songs and the name of the album. Why did you call your album this way?

Ce n'était pas vraiment le gothique ou plus particulièrement les vampires qui nous ont inspirés. Dracula me rappelle beaucoup de choses ancrées dans la culture populaire : le sang, les comics. J'aime beaucoup ce personnage immortel qui incarne pour moi audace et autres grandes valeurs.

It wasn’t really gothic things or specifically vampires that inspired us. Dracula reminds me a lot of things relative to pop culture : blood, comics. I just love this immortal character who embodies boldness and great values to me.

Pensez-vous appartenir à une scène musicale à Portland ou vous sentez-vous en retrait par rapport aux autres groupes ?
Would you say you belong to a specific musical scene or do you consider your work as being different from other bands?

Je ne sais pas... Je n'ai pas l'impression de faire partie d'une scène musicale. On travaille dans une ville où beaucoup de nos connaissances font de la musique, mais on est tous différents les uns des autres. Je pense que les scènes et culture musicales forment comme une sorte d'arbre généalogique dont les artistes seraient les branches ; mais notre groupe n'est pas lié à un seul arbre. On aime beaucoup de styles différents, tout en ne ressemblant à aucun autre groupe. On est juste en train d'explorer notre propre univers.

I don’t know… I don’t feel as part of a music scene. We exist in a town where we know a lot of people doing music but we are all kind of different. I think scenes and music culture are like a family tree and the artists are branches : but our band is not connected to a unique tree. We love a lot of styles but without precisely looking like other bands. We’re just interesting in exploring our universe.

L’inévitable question : quelles sont vos principales influences ?
The unavoidable question… Who inspire you among old and current artists?

C'est difficile à dire... Quand on a fait cet album, je crois qu'on écoutait seulement de la musique "directe". On écoutait du Prince. Beaucoup de Prince. Mais aussi XTC et pas mal de hip-hop des années 90 comme Timbaland, Busta Rhymes et le Wu-Tang. On s'intéressait aussi au funk, à la soul e à la musique folk des débuts. On aime d’ailleurs beaucoup un label de Portland, Mississipi Records. Mais pour être honnête, je pense que c'est l'esprit d'un genre musical qui nous inspire, plus qu'un certain homme/groupe en particulier.

It’s hard to say… When we made this album I think we only liked direct music. We listened to Prince. A lot of Prince. But also XTC and a lot of 90’s hip hop like Timbaland, Busta rhymes and Wu Tang. We were also interested in old soul, funk or old folk music. There is also in Portland a label called Mississippi Record that we particularly liked. But to be honest, I think that the spirit of every style of music inspired us even more than a man in particular. 

Comme on l’a dit précédemment, la production est très soignée dans Dracula et les chansons respectent un peu moins l’esprit DIY que sur votre précédent album. Cela changera-t-il quelque chose dans votre manière de vous produire sur scène ? Est-ce qu’il faut s’attendre à du changement dans vos prestations live ?
As we said, the production plays an important part in Dracula since your songs sound less lo-fi than in Apple’s Acre. You obviously did a very meticulous job, but will it change the way you are on stage?

L'album est funky. Alors, c'est génial de pouvoir jouer nos morceaux tels qu'ils ont été enregistrés. C'est passionnant et amusant, tout en restant assez fidèle au son de l'album. Mais, si c'est vraiment différent, tant pis, c'est la vie !

The record is funky. So, it is exciting to play our songs as we recorded them. Exciting and fun without being vastly different from the record. But it’s pretty different though, it’s life!

Pour finir, est-ce que j’aurais oublié de poser une question fondamentale ou du moins y-a-t-il un point sur lequel vous voulez insister et qui peut nous aider à mieux apprécier et décrire votre musique ?
To conclude, is there a relevant question that I forgot to ask that would help to describe and appreciate your music?

Il n'est pas nécessaire de se focaliser sur l'esthétique de notre musique. Ce qui importe vraiment, c'est de ressentir nos morceaux. C'est vraiment important pour nous. Il s'agit plus de sentir un groove et de le comprendre sans aucune logique. C'est comme l'essence d'un rêve qu'on ne saisit pas très bien mais qui nous imprègne de sensations au réveil. Ça paraît cohérent ce que je dis ?

It is not necessary to focus on the esthetic of our music. The most important thing to do is to feel the feeling of our songs. That is really important to us. It’s more about grooving something and understanding it illogically. It is like the essence of a dream that you can’t understand very well but that you feel when you wake up. Does that make sense?


Primary Structures l'interview

Peu avant Noël, nous avions reçu dans nos souliers, avec bonheur, le premier LP de Primary Structures, nouveau groupe tout droit sorti de San Francisco, ville décidément en pleine ébullition artistique. Réjouis par cet album tombé du ciel, comme on vous l'explique plus largement ici, il n'en fallait pas plus pour nous décider à poser quelques questions à Kyle Williams, chanteur et compositeur de la formation, histoire d'en savoir un peu plus sur ces mystérieux nouveaux venus...

Primary Structures est né des cendres de projets antérieurs. Pouvez-vous nous raconter votre rencontre et comment s'est créé ce nouveau groupe ?
Primary Structures finds its origins in the ashes of formers projects. Can you tell us how did the members meet each others and how was the band born?

Nous fréquentions tous les mêmes cercles artistiques et musicaux à San Francisco et Oakland. Jason et moi avons commencé à jouer ensemble en 2005, lorsque nous avons tous deux formé un projet nommé Volunteer Pioneer, avec Sabrina Duim, une harpiste très talentueuse. Elle était vraiment une star. Malheureusement, elle est décédée environ un an après nos débuts. Puis quelques temps plus tard, un nouveau groupe s'est formé, issu du cercle d'amis proches de Sabrina, qui tentaient tous de surmonter cette perte : moi, Jason, Matt et Ashley. A l'époque, Jason avait aussi demandé à son vieil ami Brian de nous rejoindre pour jouer de la basse.On avait appelé ce nouveau groupe Lady Genius. Puis Ashley s'est mariée et à déménagé. Jason, Matt, Brian et moi, on a alors décidé qu'on continuerait quand même à jouer ensemble, mais de manière différente, avec un son différent. On a donc aussi voulu changer de nom, et on s'est alors baptisés Primary Structures.

We were all in the same art and music circles in San Francisco and Oakland. Jason and I began playing together in 2005 when we formed a project called Volunteer Pioneer, which was the two of us and a talented harpist named Sabrina Duim. She was really a star. But, she unexpectedly passed away about a year after we began playing. Sometime after that, a band came together out of this group of friends that had been close to Sabrina and were all trying to deal with her loss -- that was me, Jason, Matt and Ashley, and at that same time Jason asked his long-time friend Brian to join and play the bass. We called that band Lady Genius. Eventually, Ashley got married and moved away, so we were just down Jason, Matt, Brian and me. We decided we'd keep playing together, but played differently and sounded different, so we wanted to change the name and came up with Primary Structures.

Quelles sont les raisons du choix de ce nom ?
Primary Structures, why this name?

Primary Structures était le nom d'une exposition d'art datant de 1966, durant laquelle avaient étés présentés les travaux de sculpteurs minimalistes, comme Donald Judd, Carl Andre et Sol LeWitt. Ce nom nous est apparu très ouvert, dans le sens où il n'évoquait aucune image ou style de musique particuliers. On aimait aussi d'où ce nom venait : on est tous fans de ces artistes, et Jason et Brian font eux-mêmes des peintures minimalistes, tendance hard edge. C'est donc plutôt bien que notre nom soit en rapport avec une chose pour laquelle on éprouve tous de l'intérêt, sans que cela soit pour autant trop ostensible.

Primary Structures was the name of a 1966 art exhibit that showcased minimalist sculptors like Donald Judd, Carl Andre, and Sol LeWitt. To us, the name seemed open, like it didn't evoke a particular image or style of music. We liked where it came from too; we are all fans of those artists -- Jason and Brian both make minimal, hard-edge paintings themselves -- so it's nice that the name is connected to something we are all interested in without being too blunt about it.

Pouvez-vous nous en dire plus sur la genèse de cet album ? De quelle manière composez-vous vos chansons ?
Can you tell us a bit more about the genesis of this album? How were your songs made?

J'écris les mélodies et les textes des chansons, avant de les présenter au groupe afin qu'on les travaille et qu'on les arrange ensemble. Jason s'occupe de la guitare, Brian de la basse, Matt de la batterie. Quant à moi, je chante, et joue du synthé sur quelques chansons. Quand nous étions encore cinq, nous avions enregistré un album avec le même tracklisting que l'actuel, mais on en n'était vraiment pas satisfait, et on a tout laissé de côté. Du coup, quand on a commencé Primary Structures, notre point de départ, c'était ça : un semblant d'album composé de chansons dont aucun de nous n'était satisfait. On a donc réécrit l'ensemble des titres, puis on les a enregistrés à San Francisco avec Jason Kick, un super ingénieur du son, avant qu'ils ne soient masterisés par un autre gars très talentueux, Paul Oldham, qui joue et écrit avec son frère Will Oldham au sein des Palace Brothers.

I write the melodies and lyrics for the songs, bring them to the group, and then we arrange them together. Jason plays guitar, brian: bass, matt: drums and I sing and play the synthesizer on a few songs. When we were a five-piece, we recorded an album with a similar list of songs but weren't happy with how it turned out, and canned the whole thing. So when we began Primary Structures, that was our starting point - an album's- worth of songs none of us were happy with. We re-wrote the songs, and then recorded them in San Francisco with a great engineer named Jason Kick, and had them mastered by another talented guy musician, Paul Oldham who plays with and records his brother Will Oldham of Palace Brothers.

Peu d'instruments sont présents sur votre premier album. Était-ce une volonté de votre part de composer vos titres sur la base d'une formation orchestrale réduite ?
There are few instruments on your first album. Was it a choice of yours to compose your songs on the basis of a reduced music group?

Oui, comme je l'ai dit, du temps de notre ancien line-up, les chansons avaient fini par être sur-écrites. Il y avait une seconde guitare, des claviers et du chant sur chaque chanson, et ce qui en ressortait était une sorte de millefeuille sonore, de pop orchestrale et émotionnelle, qui je pense nous plaisait à tous, sans pour autant vraiment correspondre au son que nous souhaitions avoir. Pour l'album, j'ai arrêté de jouer de la guitare, en me contentant d'ajouter un peu de synthé lorsque je pensais que cela apporterait réellement un plus. Jason, Matt et Brian, quant à eux, ont écrit une musique plus dépouillée, avec une vraie direction et plus intéressante que celle qui avait pu être la nôtre avant.

Yeah, as I was saying, with our old line-up the songs ended up being over-written. There was another guitar, keyboard and voice on every song, and the sound that came out was a kind of layered, emotive, orchestral pop sound that I think each of us liked, but didn't really get what each of us really wanted for a sound. For this record, I quit playing guitar, and only added synthesizer where I thought it made a difference, and Jason Matt and Brian wrote music that was straighter, more driving and more interesting than what we'd come up with previously.

L'album apparait taillé pour la scène. Y pensiez-vous déjà en l'enregistrant ? Comment appréhendez vous l'exercice du live ?
The album sounds shaped for live shows. Did you have it in mind while recording it? How do you consider the stage experience of this album?

Je pense que c'est vrai. On souhaitait vraiment enregistrer une version propre et bien foutue de ce qu'on peut faire en live.

I think that's right. We really just wanted to capture a clean, well-made version of what we could do in a live performance.

Lorsque l'on écoute cet album, il semble plus issu de la scène anglaise, voire new-yorkaise, que de celle de San Francisco. Votre ville a-t-elle une influence sur la musique que vous proposez ? Vous sentez-vous appartenir à une scène san franciscaine ?
As we listen to this album, it seems that it is rooted more in the British, or even New-Yorker stage than in the San Francisco one. Does your city influence your music in any ways? Do you feel like you belong to any San Francisco stage?

Personnellement, je n'ai pas ce sentiment d'appartenance. Il y a beaucoup d'excellents groupes issus de San Francisco en ce moment - je suis très fan de Grass Widow, ou The Fresh and Onlys- et parmi eux beaucoup d'artistes psych-garage qui font de la bonne musique et forment une vraie scène san franciscaine. Mais je ne pense pas pour autant qu'on partage les mêmes influences, ou alors si c'est le cas, ça ne nous mène pas au même résultat musicalement parlant.

Speaking personally, I don't think so. There are a lot of excellent bands coming out of San Francisco now - I'm a big fan of Grass Widow and the Fresh and Onlys - and there a lot of other psych-garage acts that are making good music and forming a San Francisco scene, but I don't think that we share the same influences, or if we do, do end up at the same place musically.

Votre musique semble baignée d'influences post-punk. Quelles sont-elles réellement et de quels autres groupes vous sentez-vous proches aujourd'hui ?
Your music seems bathing in post punk influences but what are trully your influences and to which bands do you feel close to musicwise?

Oui, c'est vrai qu'on a beaucoup d'influences post-punk, mais à nous quatre je crois que tous les goûts sont représentés. Je pense qu'on partage effectivement des influences, comme Pavement, The Smiths ou Talking Heads, qui ont pour particularité la capacité de pouvoir s'attacher à un songwriting solide, tout en continuant à composer des musiques simplement, comme un groupe peut le faire. J'aime particulièrement la façon dont ces artistes peuvent écrire des musiques et des mélodies magnifiques sans pour autant sonner trop popeux ou sentimentalistes (oui oui, même The Smiths, vraiment !). J'aime aussi la façon dont ils sont capables de transfigurer ces mélodies pour en arriver collectivement à un résultat noisy.

I think that's correct, that we have a lot of post-punk influences, but between the four of us, I think we're all over the place. I think we share influences, like Pavement, The Smiths, and Talking Heads that are about using the skills of a group to focus on strong songwriting, while still writing music like a band. I particularly appreciate how those bands could write really interesting, beautiful music and melodies without seeming too poppy or overly emotional (even The Smiths really). And how they'd be able put those melodies into noisy, collaborative arrangements.

L'album désormais sorti via Gold Robot Records, quels sont vos futurs projets ?
The album now out via Gold Robot Records, what are your plans for the future?

Les projets, c'est de continuer à jouer et composer, et puis passer cette nouvelle année à faire la promotion de l'album. On espère aussi mettre sur pieds une courte tournée en Europe à la fin de l'année.

Our plans are too keep playing and writing music, and to spend the year supporting the record. We're hoping to plan a short tour in Europe by the end of the year.

Et que vas-tu faire, là, juste après cette interview ?
And what are you gonna do just after this interview?

J'aurais aimé avoir une réponse un peu plus sexy, mais là je suis sur le point d'aller chanter des classiques de Noël.

I wish I had a sexier answer, but I'm about to go Christmas caroling.


Chronique, Interview et mixtape : The Garment District

New-York, downtown. Entre la Cinquième et la Neuvième Avenue et de la 34e à la 42e rue, The Garment District étale ses fastes et imprime les modes vestimentaires : cet immense quartier absorbe - outre de nombreux entrepôts et d'innombrables ateliers de confection de vêtements - l'Empire State Building, le Madison Square Garden en plus de l'un des plus grands magasins du monde, le Macy's. La démesure à l'américaine, comme souvent, pour un lieu réputé être l'une des places fortes mondiales de la création et de l'habillement. The Garment District, encore et toujours, ou le patronyme sous lequel Jennifer Baron déploie solitairement sa verve mélodique. "The Garment District - nous apprend elle dans l'interview qui suit - évoque un sens de l’artisanat, du travail créatif et de la production, qui, je l’espère, se retrouve dans ma musique et mes vidéos. J’aime beaucoup l’idée de prendre un concept englobant un espace qui aurait certaines connotations - et qui implique une quantité inimaginable de travail et d’énergie humaine à une échelle de consommation en masse - pour l’associer avec un projet très artisanal, tactile et viscéral." A l'écoute de Melody Elder - LP disponible digitalement par ici et récemment sorti en cassette via l'inestimable label de Shawn Reed, Night People - les mots de Jennifer tombent sous le sens de cette musique cousue main, intimiste et expérimentale, mais tutoyant sans relâche d'imprescriptibles desseins, telles l'harmonie, la filiation ou l'innovation. Une tension vitale entre l'un et l'infini qui confère à ses chansons une insondable mélancolie, celle légère et bleutée, que l'on porte avec discernement sur une vie déjà bien remplie. Car si The Garment District est un récent projet pour cette multi-instrumentiste patentée, Jennifer est loin d'être née de la dernière pluie. Habitant désormais Pittsburgh, elle connait bien New-York pour y avoir fomenté - à la mi-temps des années quatre-vingt dix - et ce en compagnie de son désormais ex-mari Jeff et d'une triplette composée de Gary Olson, Edward Powers et Javier Villegas, The Ladybug Transistor, l'une des formations les plus excitantes affiliées au collectif Elephant 6.

1995, l'indie rock se fait escroquer sur l'autel de la renommée : si Pavement et Sonic Youth résistent nonchalamment, le haut du pavé est tenu par des groupes aussi excitants que Silverchair et Bush. Une sale époque enfantée par la glorification commerciale de Cobain et ses apôtres. Dans l'ombre, Big Apple assure le passage de témoin. Le do it yourself pop incarné par Sarah Records (lire) migre de Bristol à l'autre rive de l'Atlantique : à l'initiative de Robert Schneider et de ses Apples In Stereo, une flopée de groupes, à la fois fascinés par les sixties - des Byrds aux Sonics en passant par les inévitables Beach Boys - et l'avant-gardisme, envahissent les ondes dès 1995 sous la bannière de l'Elephant Six Collective. Parmi eux se distinguent les Neutral Milk Hotel, The Olivia Tremor Control, Elf Power, Of Montreal et donc The Ladybug Transistor. Participant à substituer à la pression commerciale le plaisir de jouer une pop légère - en agrémentant celle-ci d'instruments jusqu'alors incongrus, tels le violon et le saxophone -, The Ladybug Transistor connait son apogée à l'orée d'un troisième album, The Albemarle Sound (1999), avant de glisser lentement mais sûrement dans un relatif anonymat. Groupe à géométrie variable, leur sixième album Clutching Stems, est paru en juin dernier, toujours sur Merge Records.

Jennifer quitte l'aventure dès 2002 et coupe pour un temps toutes relations avec l'univers discographique. L'occasion pour elle de déménager et d'approfondir ses autres lubies liées notamment à l'art contemporain. Il lui aura ainsi fallu un peu moins d'une dizaine d'années pour se réapproprier la production d'un disque, avec cette ferme volonté de ne pas reprendre les choses là où elle les avait laissées. "J’avais l’habitude de me concentrer sur l’idée du “morceau”, et parfois, ça peut finir par restreindre et bloquer l’élan créatif. J’ai voulu essayer différentes approches avec Melody Elder." Dès Only Air, morceau introductif, on perçoit cette liberté de ton ne pouvant aller de pair qu'avec un projet d'album conçu sur la durée, dans son entièreté, avec comme fil conducteur l'omniprésence de claviers aux sonorités anachroniques, à situer quelque part entre un psychédélisme très sixties et cette vision panoramique que conférait Ennio Morricone aux films pour lesquels il composait. Unique chanson à prétention pop de Melody Elder - sur lequel Jowe Head (Television Personalities, Swell Maps) love sa basse - Bird Or Bat ferait, sortie de son contexte, immédiatement penser aux volutes sirupeuses des trois New-Yorkaises d'Au Revoir Simone, si elle n'était pas sertie d'une relecture déconstruisant celle-ci dans ses moindres recoins (Bird Or Bat Reprise). Entre sinuosités mélodiques (The Parlance, Apple Bay Day), ambient cinématographique (I Am Not The SingerSupermoon) et patchwork sonores du plus bel effet (Mountain Highway Hymnal RainGaza DriftPush), difficile de ne pas sentir Jennifer coucher sur bandes magnétiques d'éparses bribes de sa propre biographie. L'interview qui en découle témoigne dans ses grandes largeurs de cette générosité curieuse tandis que la mixtape composée par ses soins - à écouter et télécharger plus bas - ne fait qu'enfoncer le clou tant elle regorge de trésors cachés.

Interview

Qui es-tu Jennifer ?
Who are you Jennifer?

Un être en construction : née sous le signe du Lion, rêveuse, amoureuse de la mer, insomniaque, sceptique, accro au café, oiseau de nuit, collectionneuse, grande sœur et fille aînée. Une partie de l’histoire : je m’appelle Jennifer Baron, multi-instrumentiste de The Garment District. Avant, je jouais de l’orgue, du mélodica et des percussions avec un groupe de soul de Pittsburgh, The New Alcindors, avec qui j’ai eu le privilège de pouvoir utiliser un ampli qui appartenait à Clarence White de The Byrds, alors qu’on enregistrait dans le légendaire Castle Studios de Nashville.

Alors que je vivais à Brooklyn jusqu’en 2002, j’ai fondé en partie The Ladybug Transistor (Merge Records). Parmi de nombreuses expériences enrichissantes, alors qu’on tournait aux États-Unis, au Canada, en Europe et en Scandinavie, on a joué avec Belle & Sebastian, Broadcast et Mercury Rev au Bowlie Weekender (le premier All Tomorrow’s Parties). Puis on a tourné avec nos potes de Of Montreal, The Lucksmimths et d’autres membres de Elephant 6. On a collaboré avec Kevin Ayers de Soft Machine sur une reprise de son morceau Puis-je ? (voir), pour la compilation Pop Romantique: French Pop Classics (Emperor Norton Records).

J’ai travaillé au sein de l’immense Brooklyn Museum of Art et à la Mattress Factory de Pittsburgh. C'est une galerie d’art contemporain pionnière en la matière et un lieu de résidence où beaucoup de mes artistes préférés ont travaillé comme James Turrell, Yayoi Kusama, John Cage, Kiki Smith, et Rolf Julius. J’aime et collectionne tout ce qui est fait main de façon presque obsessive, et j’aide au fonctionnement de Handmade Arcade, une foire aux travaux manuels et DIY à Pittsburgh. En 2010, j’ai co-produit un livre sur l’art des panneaux rétros : Pittsburgh Signs Project - 250 Signs of Western Pennsylvania.

A work in progress: Leo, dreamer, ocean craver, insomniac, skeptic, optimist, coffee junkie, nocturnal, collector, big sister, first born. Part of the story: I am Jennifer Baron, multi-instrumentalist of The Garment District. I previously played organ, melodica and percussion in the Pittsburgh soul combo, The New Alcindors, with whom I once had the privilege of using a Fender guitar amp that belonged to Clarence White of The Byrds, while recording at Nashville’s legendary Castle Studios.

While living in Brooklyn until 2002, I was a founding member of The Ladybug Transistor (Merge Records). Among my many transformative experiences then were touring in the U.S., Canada, Europe, and Scandinavia; performing with Belle & Sebastian, Broadcast and Mercury Rev at The Bowlie Weekender (the first All Tomorrow’s Parties); touring with musical comrades such as Of Montreal, The Lucksmiths and Elephant 6 friends; and collaborating with Soft Machine co-founder Kevin Ayers on a cover of his song “Puis-Je?” for the “Pop Romantique: French Pop Classics” compilation (Emperor Norton Records).

I have worked at the vast Brooklyn Museum of Art and in Pittsburgh at the Mattress Factory, a pioneering contemporary art space, where many of my favorite international artists have worked in residence, including James Turrell, Yayoi Kusama, John Cage, Kiki Smith, and Rolf Julius. I am an obsessive crafter/collector and I help run Handmade Arcade, Pittsburgh's DIY/indie craft fair. In 2010, I co-produced a book about vintage signs: Pittsburgh Signs Project: 250 Signs of Western Pennsylvania.

Peux-tu présenter The Garment District en quelques mots ?
Can you describe The Garment District in few words?

Parfois vague, parfois articulé, des chansons et des sons qui divaguent entre pop psyché, bande-son, expérimentation et musique d’ambiance au synthé. Un ami le décrit mieux, en disant que Melody Elder rentre dans sa playlist “rêverie”, quand un rédacteur de Tiny Mix Tapes écrit que Bird Or Bat est à classer au rayon ballades nocturnes. J’approuve volontiers tout ça.

Sometimes hazy, sometimes articulate—songs and sounds that hover at the intersection of psych-pop, soundtracks, experimentation, and synth-driven ambience. A friend describes it better, saying Melody Elder is going into his “reverie playlist,” and a Tiny Mix Tapes blogger wrote that “Bird Or Bat” is his “new night-walk jam.” I’ll gladly take that. 

Peux-tu expliquer le choix du nom du groupe, The Garment District ?
How did you come up with the band name?

The Garment District, c’est moi, parfois aidée de quelques amis et membres de ma famille. J’ai eu l’idée du nom car il reflète ma passion pour la mode vintage, la couture et les travaux manuels, ainsi qu’un respect profond pour les femmes - dont beaucoup restent anonymes - travaillant dans de dangereuses conditions tout autour du monde.

J’aime créer et fabriquer, et ce nom est en phase avec mes autres intérêts artistiques. Je suis très attirée par la façon dont certains mots résonnent et par leur graphisme, à la fois quand ils sont parlés/entendus et quand ils sont écrits en police de caractère. Pour moi, The Garment District évoque un sens de l’artisanat, du travail créatif, de la production et de l’innovation, qui, je l’espère, se retrouve dans ma musique et mes vidéos. J’aime beaucoup l’idée de prendre un concept englobant un endroit/espace qui aurait certaines connotations - et qui implique une quantité inimaginable de travail et d’énergie humaine à une échelle de consommation en masse - pour l’associer avec un projet très artisanal, tactile et viscéral. Surtout que ce premier projet est en édition limitée, via des K7 faites maison. Quand je vivais à New-York, j’adorais faire du shopping, en quête de bricoles et autres tissus vintage sur Canal Street et dans les entrepôts de Brooklyn.

The Garment District is me, with the occasional help of a few patient family members and friends. I came up with the name to reflect my love for vintage textiles and fashion, sewing and crafting, as well as my deep respect for the women —many anonymous— who toiled in dangerous conditions in specific neighborhoods in cities around the world.

I am a crafter, so the name suits my other artistic outlets. I am very drawn to the way certain words sound and look, both when spoken/heard and when written as typeface. For me, The Garment District implies a sense of making, creative labor, production, and innovation that I hope is reflected in my music and videos. I like the idea of taking an overarching concept of a place/space that has certain connotations, and that involved an unfathomable amount of human labor and energy on a mass commercial scale, and co-opting it for a project that is very homespun, tactile and visceral, especially given that my debut release is via a handmade limited-edition cassette. When I lived in NYC, I was obsessed with shopping for vintage trimmings on lower Canal St. and in Brooklyn warehouses.

Comment définirais-tu ta musique et quelles sont tes influences essentielles ?
How would you describe your music, and who are your biggest influences?

Quand je compose, je ne pense pas concrètement ou consciemment en termes d’influences. Je me concentre sur l’écoute de ce qui se passe dans ma tête, comment l’interpréter et lui donner vie avec des sons. J’espère parvenir ainsi à créer quelque chose indépendant de ce qui se passe cérébralement. Le cinéma (je regarde beaucoup de documentaires), tout comme la musique, avec des films comme Picnic at Hanging Rock, The Swimmer, Bunny Lake Is Missing, The Wicker Man, Grey Gardens, Seconds, Suspiria, ainsi que le cinéma expérimental des années 60-70, m’inspirent pour y parvenir. Je considère l’inspiration comme une force, une énergie, plutôt que comme une influence littérale. Tout ça s’infiltre dans l’inconscient et finit par se retrouver de façon artistique sans que l’on puisse le reconnaître. J’admire énormément et je peux être exaltée par une grande variété de différents types de musique : la musique psychédélique des années 60-70, la folk, la pop, le garage, le freakbeat ; le rocksteady et le ska, les débuts de l’électro, le free jazz ; le hip-hop new-yorkais des années 1980 ; la pop et la new wave écossaise, néo-zélandaise et australienne, les bande-sons et les musiques de séries et de dessins animés.

Je m’inspire tout aussi bien de Sesame Street, de la BBC Radiophonic Workshop, des livres pour enfants de Remy Charlip que de mes albums préférés, notamment ceux des Beach Boys, Lee Hazlewood, Gene Clark, Syd Barrett, The Left Banke, The Zombies, The Soft Machine, Kraftwerk, Brian Eno, Love ou The Kinks.

Il y a des albums qui feront toujours partie de ma vie et puis il y a aussi ces moments où l’on a le plaisir de découvrir quelque chose qu’on n’avait jamais entendu avant, et où on réalise à quel point garder l’esprit ouvert est important. Par exemple, lorsque j’ai écouté une réédition de UFO de Jim Sullivan en 2010. Mes parents nous ont élévés, mes trois frères et moi, avec la trinité “Léonard Cohen-Bob Dylan-Neil Young”. Les LP des Beach Boys ont été nos premiers jouets. Ce genre d’inspiration provient de quelque chose d’inaccessiblement beau et qui ne pourra jamais revenir, et pourtant encourage la création. Des projets contemporains m'inspirent aussi : KWJAZ, Rangers, Matrix Metals, Peaking Lights, Wet Hair, James Ferraro et The Soft Moon.

Je me sens souvent un peu dépassée par toutes ces nouvelles musiques qui se propagent à la vitesse du feu, surtout que la musique est partagée de façon digitale. Je me tiens souvent en retrait et n’écoute que la musique dont je dispose en vinyle. Ecouter, c'est découvrir la vision d’une personne de manière plus complète, authentique et viscérale. Je sais que ce n’est pas toujours faisable ou approprié, alors j’essaie aussi d’adopter un mode de partage de la musique plus temporel et fracturé.

Certains de mes groupes préférés des années 90 me font toujours monter les larmes aux yeux : Neutral Milk Hotel, Gorky's Zygotic Mynci, Broadcast, Beachwood Sparks, The Supreme Dicks, My Bloody Valentine, The Olivia Tremor Control et même les Français de Fugu. Il y a pas mal de rééditions d’albums des années 60 aux années 80 qui sortent sur des labels comme Sundazed, Light in the Attic, Dark Entries, et Numero Group. Ça me fait tourner la tête.

When I write music, I don’t concretely or consciously think about influences. I focus on listening to what is in my head and interpreting and giving it form via sound. My hope is that it takes on a new life that is out of my control cerebrally. Films (I am addicted to watching documentaries)—as much as music—such as Picnic at Hanging Rock, The Swimmer, Bunny Lake Is Missing, The Wicker Man, Grey Gardens, Seconds, Suspiria—and experimental cinema of the 1960s-1970s—inspire me to translate what I hear in my head into music. I think more in terms of inspiration as an energy force, rather than a traceable or literal influence. Things seep into your subconscious and may end up making their way into your artistic voice in unrecognizable or partially discernible ways. I am endlessly in awe and of and uplifted by a massive range of music—1960s-1970s psychedelia, folk, pop, garage, freakbeat; 1950s-1960s rocksteady and ska; early electronic music; free jazz; 1980s NYC hip hop; 1970s-1980s pop and new wave from Scotland, New Zealand and Australia; and film soundtracks and TV and cartoon theme shows.

I can be just as inspired by a Sesame Street interstitial or a BBC Radiophonic Workshop vignette, or by children’s books by Remy Charlip, as I can by my favorite albums by The Beach Boys, Lee Hazlewood, Gene Clark, Syd Barrett, The Left Banke, The Zombies, The Soft Machine, Kraftwerk, Brian Eno, Love, or The Kinks. There is music that will always just BE in my life, and then there is that amazing moment when you discover something you have never heard before, when you realize how crucial it is to always keep your mind open and listening and waiting. An example of that came for me when I first heard the 2010 reissue of Jim Sullivan's haunting UFO. My parents raised my three brothers and me on what I call the "Leonard-Cohen-Bob-Dylan-Neil-Young-Trinity," and their Beach Boys’ LPs were our first toys. That kind of inspiration comes from something that is so unattainably beautiful and can never be repeated, yet it also propels you to create. Contemporary stuff I listen includes KWJAZ, Rangers, Matrix Metals, Peaking Lights, Wet Hair, James Ferraro, The Soft Moon.

I get quite overwhelmed by the rapid-fire influx of new music, especially given the way music is shared digitally, so I often retreat and only want to listen to music I own on vinyl. For me, it’s a more complete, visceral and authentic experience of someone's vision, but I know that is not always feasible or relevant, so I try to also embrace the more temporal fractured exchange of music. Some of my favorite music from the 1990s still moves me to tears, such as Neutral Milk Hotel, Gorky's Zygotic Mynci, Broadcast, Beachwood Sparks, The Supreme Dicks, My Bloody Valentine, The Olivia Tremor Control, Fugu (from France). There are astounding 1960s–1980s reissues to keep up with on labels like Sundazed, Light in the Attic, Dark Entries, and Numero Group—it makes my head spin.

Si tu es obligée de t'exiler sur une île déserte, quels disques emmènerais-tu avec toi ?
If you were stranded on a desert island what records would you want with you?

J’ai un besoin maladif de vivre près de la mer, en partie parce que je suis née au Jersey Shore Medical Center. Toutes mes photos de bébé sont à la plage. La mer me procure un sentiment de bonheur absolu que je ne peux pas retrouver ailleurs, alors le bruit des vagues pourrait me suffire. Mais comme je ne peux pas vivre sans musique :

I crave the ocean, partially because I was born at the Jersey Shore Medical Center. All of my baby pictures are on beaches. The sea provides a state of bliss that I cannot attain elsewhere, so the waves would serve as album numero uno. But I cannot live without music, so for starters:

Mayo Thompson - Corky’s Debt to His Father
The Golden Dawn - Power Plant
John Cale - Paris 1919 & Vintage Violence
Kaleidoscope - Tangerine Dream
Judy Henske and Jerry Yester - Farewell Aldebaran
Harald Groskopf - Synthesist
Jim Sullivan - UFO
Gene Clark - Echoes and Roadmaster
The Beach Boys - Pet Sounds
Brian Eno - Here Come the Warm Jets & Talking Tiger Mountain (By Strategy)
New Order - Power, Corruption & Lies
Neil Young - Neil Young

Quels sentiments/message essaye-tu de faire passer dans ta musique ?
What kind of vibe/message are you trying to convey with your music?

Ce que j’entends dans vos oreilles. Je vais laisser ça à ceux qui m’écoutent. J’espère sincèrement que des relations importantes et viscérales se créent entre mon public et ma musique. Quand j’écris, je ne pense pas à faire passer un message. Pour moi, Melody Elder reflète des sons rééls et imaginaires issus de la folk et de la psyché, des décors et des protagonistes, ainsi qu’un son inhabituel mais vaguement familier. Je reste très attachée aux objets en général, en incluant des instruments analogues, et aussi aux mélodies évocatrices, aux expériences de fracture, texture et aux sentiments provoqués par des endroits et des expériences diverses. Je préfèrerais laisser la parole à ce qu’a écrit un de mes amis musiciens à propos de Melody Elder:

"Ta musique me rappelle quand j’avais dix ans, et que j’étais resté à la maison, malade un jour d’école, à regarder Inside/Out sur PBS. L’album me donne envie d’un retour mélancolique au temps d’une lointaine solitude virginale, et d’un bonheur magique, elfique, comme sous l’effet de champis hallucinogènes."

What I hear into your hears. I will leave most of that up to listeners. I genuinely hope that meaningful relationships and visceral connections are formed between listeners and my music. When I write, I don’t actually think about a message. For me, Melody Elder reflects real and imagined folk-psych sounds, settings and heroes, as well as an unusual yet vaguely familiar sound. I am very attached to objects in general, including analog instruments, and to evocative melodies, fractured experience, texture, and impressions of places and experience. I’d rather defer to what a musician friend of mine wrote, after he heard Melody Elder:

"Your music makes me feel like I am 10 years old, stayed at home sick on a school day watching Inside/Out on PBS. The record gives me the oddest combination of wistful wanting to go back to some far away virginal loneliness and a more blissful almost mushroom-tripping elfin magic thing."

As-tu des attentes particulières avec Melody Elder?
Did you have specific goals for Melody Elder?

Sortir une K7 sur Night People était un rêve pour moi. J’aimerais beaucoup sortir Melody Elder sur vinyle. J’espère pouvoir commencer à jouer sur scène très bientôt. Ça me manque terriblement et on n’arrête pas de me poser la question. Quand je ne voyage pas, je deviens claustrophobique et je me sens comme piégée. Les voyages en Europe me manquent, et j’aimerais beaucoup revenir en France, qui est un pays très beau. En ce moment, je me concentre sur de nouveaux morceaux, et je répète avec un batteur et un bassiste tous deux très talentueux. Je pense pouvoir enregistrer cet hiver. C’était très satisfaisant de pouvoir entendre les morceaux prendre une nouvelle forme. J’enregistre également des nouveaux morceaux dans notre studio très lo-fi de Golden Mountain Frequencies.

C’était assez libérateur de pouvoir écrire et enregistrer Melody Elder, après avoir été dans des groupes qui suivaient une routine plus ou moins huilée en termes de composition, enregistrement et tournées. Quand j’écris, j’écoute attentivement la composition pour tenter de trouver la forme la plus authentique, afin de lui donner un enregistrement permanent, et j’essaie de filtrer et extraire les mélodies qui me viennent naturellement. J’avais l’habitude de me concentrer sur l’idée du “morceau”, et parfois, ça peut finir par restreindre et bloquer l’élan créatif. J’ai voulu essayer différentes approches avec Melody Elder.

Releasing a tape on Night People is a dream come true. I’d love to release Melody Elder on vinyl. I hope to start playing live again soon. I miss it desperately, and keep getting asked about that. If I don’t travel I feel claustrophobic and landlocked. I miss traveling on a semi-regular basis to Europe, and would love to return to beautiful France. Currently I am focusing on new songs, rehearsing with an amazing drummer and bassist, and plan to record this winter. It’s been satisfying to hear the songs take on a new life. I am also recording new stuff at our totally lo-fi Golden Mountain Frequencies home studio.

It was somewhat liberating for me to write and record Melody Elder, after being in bands that followed a more structured existence, in terms of writing, recording and touring. When writing, I listen closely to a composition to figure out what is the most authentic way for it to be given a permanent record in sound and try to sift through and filter the melodies I hear naturally. I used to be firmly focused on the idea of "the song," and sometimes that can be restrictive and can inhibit creativity, thus I tried to allow for a variety of approaches on Melody Elder.

Comment as-tu rencontré Jowe Head ?
How did you meet Jowe Head?

Le légendaire et indéfinissable Mister Jowe Head, un type vraiment merveilleux ! Je suis une grande fan de Television Personalities et des Swell Maps, et je l’ai rencontré pour la première fois à la fin des années 90. Il est resté chez nous, à Brooklyn, dans une maison victorienne à la réputation assez mythique au coeur de Flatbush, où des groupes restaient assez souvent. Un documentaire français y a même filmé une des scènes avec Salman Rushdie et Paul Auster ! Jowe répétait dans notre studio de Marlborough Farms (tenu par Gary Olson de The Ladybug Transistor), et montait sur scène avec nos potes Hamish Kilgour de The Clean et Lisa Siegel de The Mad Scene.

Lors d’un énorme blizzard sur la côte est, on était tout deux coincés. Jowe et moi avons spontanément enregistré quelques morceaux avec Ed Powers, le premier batteur de The Ladybug. On se donnait le nom de Cabin Fever, Jowe écrivit des paroles inspirées par le western de 1953, Shane, avec Jack Palance et Van Hefli et les deux morceaux ont fini sur une compilation de Windless Air Music. On est resté en contact au fil des ans et malgré la distance. J'ai été très touchée lorsque Jowe nous proposé d'ajouter des basses sur Bird Or Bat.

The legendary and elusive Mister Jowe Head, a truly delightful fellow. I am a huge Television Personalities and Swell Maps fan, and first met lovely Jowe in the late 1990s, when he stayed at our place in Brooklyn—a fairly legendary Victorian house in tree-lined Flatbush, where bands crash regularly, and where a French documentary once filmed a scene with Salman Rushdie and Paul Auster! Jowe was rehearsing in our Marlborough Farms studio (run by Gary Olson of The Ladybug Transistor), and playing shows with our friends Hamish Kilgour (The Clean) and Lisa Siegel of The Mad Scene.

During a massive East Coast blizzard, when we were trapped indoors, Jowe and I spontaneously recorded a few songs with original Ladybug drummer, Ed Powers. We dubbed ourselves Cabin Fever, Jowe penned lyrics based on the 1953 Western, Shane, starring Jack Palance and Van Hefli, and two songs ended up on a Windless Air Music compilation. We remained in touch over the years and the distance, and it was very special to me that Jowe offered to add bass to Bird Or Bat.

Only Air est un superbe morceau. Peux-tu me raconter dans quelles conditions tu l'as composé ? Tous les morceaux ont une histoire particulière pour toi ?
Only Air is a magnificent song. Can you tell me in what conditions you composed it? All the songs have a particular story for you?

Merci beaucoup. Je m’intéresse à la convergence entre une musique pop pure et des sons plus ambients, expérimentaux et élusifs, ainsi qu’aux contradictions comme le fait de vouloir contrôler et laisser faire. Faire de la musique est pour moi similaire à de l’alchimie, ou peut-être à avoir de la fièvre. Ce n’est pas facile d’en discuter et parfois, il vaut mieux garder le procédé caché ou privé.

Je me souviens du jour où j’ai écrit Only Air, qui commence par une suite d’accords très spécifique et sur une rythmique assez distincte, à la fois pour le couplet cadencé et le refrain frénétique, le tout sur un Hohner vintage. Je suis très orientée sur la mélodie et pas vraiment sur le chant, alors j’écris diverses mélodies qui se superposent et des harmonies avec différents instruments, comme ici, la guitare, le mélodica et du synthé.

C’étai un vrai bonheur de travailler avec Kevin C. Sea (The Artificial Sea), car c'est un sacré collectionneur de matériel vintage, un manipulateur ingénieux de synthé et artiste du son. Only Air est vraiment la rencontre choc de quelque chose de flottant et d'insouciant, malgré une nostalgie latente, dénuée de ce qu’implique le chant.

Le narratif, les idées et les expériences peuvent se traduire par des ambiances, des textures et la mélodie. Quand j’ai découvert dans des archives les films de Greenwich Village dans les années 60 pour la vidéo (éditée par Keith Tassick), j’ai trouvé vraiment étrange la façon dont ils allaient avec la musique en termes d’ambiance et de tempo. J’ai vécu dans le East Village et j’ai passé tellement de temps à me balader jour et nuit dans les environs de Manhattan. De nombreuses années plus tard, je rêve encore de mes errances dans les rues de New-York. Je suppose qu’il s’agit de ma façon d’exprimer mon amour pour ces expériences passées, et pour ces années et cet endroit, dans le Village que je ne connaissais en fait pas, donc il s’agit moins de nostalgie que de désir.

Merci beaucoup. I am very interested in the convergence of pristine pop music and the vibe/feel of more ambient experimental and elusive sounds, and in contradictions like wanting to have control and letting go. I think there’s something akin to alchemy, or maybe having a fever, about writing music. It’s difficult to discuss and sometimes best to keep the process hidden or private.

I do recall the day I wrote “Only Air” which began as a very specific chord progression and slightly distinct rhythm, for both the lilting verse and the frenetic chorus, on my vintage Hohner. I am very melody oriented, not much of a vocalist at all, so I write multiple layered melodies and harmonies on instruments, such as with the guitar, melodica and dueling synth lines on “Only Air.”

It was a joy to work with Kevin C. Smith (The Artificial Sea), because he is quite the vintage gear collector, circuit bender and sound artist. "Only Air" is definitely a collision of something buoyant and carefree, yet with undertones of longing, and purposely stripped of the implications of vocals.

Narrative, ideas and experience can be conveyed through vibe, texture and melody. When I discovered the archival 1960s-era footage of Greenwich Village for the video (edited by Keith Tassick), it was uncanny the way it naturally fit the music in terms of vibe and tempo. I used to live in the East Village and spent so much time walking around lower Manhattan at all hours of the day and night. Many years later, I still have dreams that I am wandering aimlessly around the streets of NYC. I suppose this is my love letter to those experiences, and to a time and place in the Village that I actually never knew, so it’s not nostalgic, but rather longing.

Melody Elder sort sur Night People Records. Peux-tu expliquer en quelques mots ton histoire avec le label ?
Melody Elder was released on Night People Records. Can you say a few words about your history with this label?

J’ai vu Wet Hair jouer à Pittsburg en 2010, dans un endroit appelé The Shop, un ancien bâtiment aux usages divers qui a été transformé en salle de concert et galerie d’art. J’étais allée voir un autre groupe - je ne me souviens plus du nom - et en fait, j’ai été renversée par Wet Hair. J’adore leur mélange de bruits électroniques et de musique pop entraînante : une atmosphère très distincte se crée et qui leur est unique, mais qui me rappelle aussi mes groupes préférés comme New Order, The Clean et Spacemen 3.

J’ai été vraiment emballée par leur sélection de K7 et 45 tours en édition limitée et j’ai échangé quelques mots avec Shawn. Quelques mois plus tard, j’envoyai quelques morceaux en cours à Shawn et il me demanda si je voulais enregistrer une K7. J’ai tout de suite accepté. J’admire Night People et leur soin pour le fait-main - en termes de donner un nom et de créer le désign pour un K7 - et  j’étais déjà fan de Wet Hair, de Peaking Lights, Dirty Beaches, Naked on the Vague et Dan Melchior. J’ai toujours voulu sortir une K7, car avec mes groupes précédents, je ne l’avais fait que sous la forme de CD et de vinyles. Je suis infiniment reconnaissante envers Shawn pour avoir répondu à ma musique.

I saw Wet Hair play in Pittsburgh in 2010, at a space called The Shop, a former mixed-use complex that's been rehabbed as a performance/gallery venue. I went there to see another band—I cannot recall whom—and ended up being blown away by Wet Hair. I love their fusion of electronic noises and catchy pop music—it’s a distinct atmosphere that seems their own, but also recalls some of my favorite bands, such as New Order, The Clean and Spacemen 3.

I was taken with their selection of beautiful limited-edition cassettes and 45s, and spoke briefly with Shawn. A few months later, I sent a few tracks in progress to Shawn, and he asked me if I wanted to do a tape. Instant affirmative. I admire Night-People's attention to the slow handmade process—in terms of both dubbing and designing tapes—and I was already a fan of Wet Hair, as well as of Peaking Lights, Dirty Beaches, Naked on the Vague, Dan Melchior. I have always wanted to release music on tape, because in my previous bands, I have only done so on vinyl, 7" and CD. I am incredibly grateful that Shawn responded to the music.

Peux-tu expliquer comment a été créée la pochette de Melody Elder ?
How'd you come up with the album art for Melody Elder? Is the album art and packaging as important as the music itself?

Le design de la pochette a été créé par Shawn Reed. C’était la première fois que j’étais impliquée dans une sortie sans participer au design. J’admire la vision esthétique constante de Night People, et tout particulièrement celle de Shawn et son utilisation des couleurs, de la texture et du collage. J’étais en territoire inconnu - un challenge à titre personnel : il était très difficile de ne pas prendre part à cette étape du processus, encore moins car je suis quelqu’un de très visuel. Je suis attirée par les juxtapositions de couleurs vives, qui m’entourent chez moi, à travers mes collections de choses vintage, et j’étais contente des déclinaisons de jaunes et de violet, du collage et de ses qualités tactiles d’objet fait-main.

C’est un honneur pour ma musique d’être représentée ainsi. J’ai toujours un lecteur cassette dans ma vieille Volvo et quand j’étais enfant, pendant l’âge d’or des K7, je passais mon temps à faire des mixtapes et à en dessiner les pochettes. Parmi ces K7, on trouvait des groupes que j’aime toujours : Game Theory, New Order, The Velvet Underground, Prince, The Smiths, Galaxie 500, The Go-Betweens, Orange Juice, The Feelies, Psychic TV, The Jesus and Mary Chain. Quand j’achetais des K7, je refaisais souvent les pochettes, et il m’en reste des tonnes. Je suis fascinée par le côté précieux des K7 en éditions limitées. C’est une sorte de devise culturelle. Les K7 sont brutes et encombrantes, mais aussi magiques. Cette fine et fragile bande qui contient tellement de données, d'énergie et de communication. Sortir une K7 s’est fait dans le prolongement naturel de mon appartenance à la scène DIY et artisanat indé.

The artwork was designed by Shawn Reed. This was my first time being involved in a release that I did not have a direct hand in designing/packaging. I admire the consistent visual aesthetic of Night-People, particularly Shawn’s use of color, texture and collage. It was unknown territory for me—a challenge personally—to have to let go of that stage of the process, especially since I am a very visual person. I am drawn to bold juxtapositions of color—which surround me at home in my obsessive collections of vintage wares—and I am thrilled with the yellow and purple color scheme, the collage-based process and the handmade tactile qualities.

It’s an honor for me to have my music represented in such a visual way. I still have a tape player in my old Volvo, and I was a kid during the heyday of cassette culture, constantly making mixes with hand-designed artwork. Those tapes included bands I still love—Game Theory, New Order, The Velvet Underground, Prince, The Smiths, Galaxie 500, The Go-Betweens, Orange Juice, The Feelies, Psychic TV, The Jesus and Mary Chain. When I purchased tapes, I would often remake the artwork myself, and I still have crates filled with them. I am mesmerized by the precious and limited-edition nature of tapes. It’s a kind of cultural currency. Tapes are both raw and clunky but also magical. This thin tiny fragile strip of tape holds so much information, energy, effort, and communication. Releasing a tape was a natural extension of my participation in the DIY/indie craft scene.

As-tu des side-projetcs ?
Do you guys have any side-projects?

Greg, mon mari, et moi, avons développé un concept de film documentaire centré sur un artiste et musicien inconnu et novateur de Western Pennsylvania qui s’éternise pour le moment au stade de projet. Récemment, on m’a demandé de venir jouer du synthé sur scène, pour accompagner mon ami Taichi Nakatami, un guitariste accompli, né au Japon, qui était auparavant dans le groupe Harangue.

My husband Greg and I have developed a documentary film proposal about an obscure, pioneering musician-artist from Western Pennsylvania that is languishing in the concept phase. Recently, I was asked to play synthesizer live, accompanying my friend Taichi Nakatani, a talented guitar player (born in Japan) who used to be in the band Harangue.

Quels sont tes amis ? Parle nous de la scène de Pittsburgh...
Who are your friends? What is the music scene like in Pittsburgh?

Certains de mes amis dont je me sens le plus proche vivent en fait tout autour du monde, comme à New-York, San Francisco, Los Angeles, la Grande-Bretagne, l'Australie et même au Bangladesh. Je fais de la musique dans une sorte de cocon, et comme entre deux trains. En fait, j’ai fini Melody Elder en faisant le ménage dans ma tête, et en évitant certains éléments toxiques qui font partie des écueils quand on est associée avec la naissance d’une certaine scène.

Ceci dit, je suis un être social, et tout le monde est affecté par son environnement, qu’on l’admette ou pas. L’espace dans lequel j’évolue est un poids sur ma conscience. Il y a vraiment des moments où je ne me sens pas à ma place dans la ville où je vis actuellement. New-York fut ma première véritable histoire d’amour avec un endroit. N’importe quel jour, on peut s’y sentir comme un voyageur du monde, du temps et  de l’esprit. C’est ce genre de ville. J’ai cette ville dans la peau, jusque dans mes veines et elle restera toujours un de mes “chez moi”.

Ceci dit, je suis très attirée par la topographie géniale de Pittsburgh, ses artistes, son architecture, ses quartiers authentiques, ses magasins d’occasion et les magasins de musique. Ce que je préfère à propos de Pittsburgh, c’est le rôle remarquable qu’elle a joué dans l’histoire de la musique américaine, en termes de jazz, de soul et de funk (Kenny Clarke, Billy Strayhorn, Gene Ludwig, Betty Davis, Henry Mancini), de rock'n'roll (Fantastic Dee-Jays, Swamp Rats, The Duchess, Todd Tamanend Clark, The Cynics) et des DJ novateurs des années 50 et 60, les discothèques pour ados et les hit singles. C’était au temps où des DJ comme Terry Lee, Mad Mike et Porky Chedwick créaient la demande et ont propulsé dans les charts de nombreux groupes inconnus et remis au goût du jour des morceaux comme Hanky Panky de Tommy James.

En plus de cet héritage musical s’ajoute une scène underground musicale et artistique assez active avec des labels indé comme Dynamo Sound Collective, As Above So Below, Mind Cure Records, and Machine Age. Il y a pas mal de nouveaux endroits alternatifs et de des musées fantastiques. Mon mari Greg dirige le label de K7 As Above So Below, qui a sorti les deux premiers Rangers et celui du groupe Dreams West de North Carolina. Ici, un mélange de brutalité urbaine et de verdure alimente créativité et innovation.

L’architecture de Pittsburgh m’inspire avec le Alcoa Building - le premier gratte-ciel en aluminium du pays -, la prison et l’église de H.H. Richardson, et les bâtiments modernistes et “brutaux” de Mies van der Rohe et de Paul Schweikher, ainsi que les chefs-d’œuvre de Frank Lloyd Wright et les maisons alignées typiques construites pour les ouvriers en sidérurgie. Les gens sont surpris de voir que Pittsburgh contient des parcs aux grandes étendues, des funiculaires et des vues aux airs très européens, et on peut se perdre dans la nature sauvage d’un parc national à une heure de la ville. Une ville a besoin de ces caractéristiques, et moi aussi.

Some of my close friends I feel most connected to actually live in places all over the world, such as NYC, SF, LA, the UK, Australia, and even Bangladesh. I make music in something of a cocoon, with one foot on and one off the train that might be termed a scene. I completed Melody Elder basically in a vacuum of my own mind, blocking out some of the toxic hazards that can sometimes be associated with the construct of a scene.That said, I am a social creature, and everyone is impacted by and thinks about their surroundings—whether they admit it or not. A sense of place weighs heavily on my mind. There are definitely times when I do not feel like I belong in the city I currently live in. My first true love affair with a city came when I lived in NYC. On any given day you have the potential to feel like a world, time or mind traveler there, it’s just that kind of city. It got under my skin and into my veins and will always be one of my “homes.”

That said, I am very compelled by Pittsburgh’s amazing topography, art scene, architecture, authentic neighborhoods, thrift shops, and record stores. One of my favorite things about Pittsburgh is its remarkable role in America’s music history, in terms of jazz, soul and funk (Kenny Clarke, Billy Strayhorn, Gene Ludwig, Betty Davis, Henry Mancini), rock and roll (Fantastic Dee-Jays, Swamp Rats, The Duchess, Todd Tamanend Clark, The Cynics) and 1950s/1960s pioneering DJs, teen dance clubs and pop hits. This is where tastemaking DJs such as Terry Lee, Mad Mike and Porky Chedwick created hits for many obscure groups and where songs like Tommy James's "Hanky Panky" were literally revived and made into hits here—so music is in the fabric.

Adding to this legacy is a fairly active underground music/arts community, with independent tape/vinyl labels, such as Dynamo Sound Collective, As Above So Below, Mind Cure Records, and Machine Age. There are several new alternative spaces and house venues, and amazing museums. My husband Greg runs a tape label called As Above So Below, which released the first two RANGERS tapes and just released the debut by North Carolina-based Dreams West. The mix of grittiness and green here fuels creativity and innovation.

Pittsburgh’s architecture inspires me, with the Alcoa Building—our country’s first aluminum skyscraper—H.H. Richardson’s jail and church, and modern and Brutalist buildings by Mies van der Rohe and Paul Schweikher, plus Frank Lloyd Wright masterpieces, and signature row houses built for steelworkers. People are surprised to learn that Pittsburgh is home to amazing sprawling parks, dramatic funiculars and vistas that are actually quite European, and you can get lost in the wilderness in state parks one hour from the city. Cities need these characteristics and so do I.

But alas, you asked about the “s” word! Recently, I have seen inspiring shows here by KWJAZ, Spencer Clark, Dolphins Into the Future, Khaira Arby, Hamiet Bluiett, Onra, Real Estate, Woods, Crystal Stilts, Jandek, Kurt Vile, Polvo, Bert Jansch (RIP), Van Dyke Parks, Spectrum, Ford + Lopatin, Weyes Blood, Eddy Current Suppression Ring, Peanut Butter Wolf, Zombi. Thanks to an industrious arts collective, Pittsburgh is now home to VIA, an annual new media and music festival, that hosted the world premiere of RVNG Intl's FREAKWYS Ensemble (James Ferraro, Laurel Halo, Daniel Lopatin, David Borden, Samuel Godin). I’m not sure how any of this has inspired my own music. Here’s a CliffsNotes version of Pittsburgh’s music landscape from my warped mind: in the 1990s, when I lived in NYC, Pittsburgh’s independent music scene, which also has roots in punk rock, seemed to be dominated by (sorry to use a cliché) “math rock,” with bands like Don Caballero and Modey Lemon (its members now have interesting solo projects here). The climate seems to have opened up to include pop, experimental, folk, rap, and soul music. It’s been interesting to see bands like Black Moth Super Rainbow, Zombi, DS Miller, Girl Talk, Majeure, Sagas, and Hunted Creatures, and visionary artists whose work crosses boundaries of video, visual art and music—such as Jacob Ciocci (Extreme Animals, Paperrad) and Spencer Longo (who now lives in L.A.). I recently met Kenny Rakentine, of Specialist Morgen J, who just released a great cassette on UUU tapes, affiliated with the terrific American music blog, Friendship Bracelet. I recently collaborated with Pittsburgh-based Buscrates 16-Bit Ensemble, who did the remix of my song, “Bird Or Bat,” and who is a member of ELQ.

Traduction : Simone Apocalypse.

Vidéos

Mixtape

The Garment District Mixtape for Hartzine
Pittsburgh, PA, 12.09.11


(TL/DL)

01. Joe Raposo - Seahorse
02. Jan & Dean - Save For A Rainy Day
03. Tyrannosaurus Rex - Once Upon The Seas Of Abyssinia
04. John Cale - Big White Cloud
05. Laserdisc Visions - Data Dream
06. Harald Grosskopf - So Weit So Gut
07. Mayo Thompson - Fortune
08.The Orkustra (Bobby Beausoleil) - Punjab's Barber (excerpt)
09. Roy Harper - Committed
10. Bill Fay - Screams in the Ears
11. Gary Higgins - Looking for June
12. Jim Sullivan - Jerome
13. Judy Henske & Jerry Yester - Horses on A Stick
14. David Hess - Ice Cream Song
15. Television Personalities - Three Wishes
16. The Stranglers - Golden Brown
17. The Golden Dawn - This Way Please
18. Faine Jade - USA Now
19. Pisces - Children Kiss Your Mother Goodnight
20. L'Infonie - J'ai Perdu 15 Cents Dans Le Nez Froid D'un Ange Bronze
21. Yellow Magic Orchestra - Computer Games
22. Matching Mole - O Caroline
23. Kaleidoscope - The Sky Children

Tracklist

The Garment District - Melody Elder (Night People, 2011)

01. Only Air
02. The Parlance
03. Bird Or Bat
04. I Am Not the Singer
05. Nature-Nurture
06. Supermoon
07. Bird Or Bat Reprise
08. Highway Mountain Hymnal Rain
09. Apple Bay Day
10. Gaza Drift
11. Push

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Mustang l'interview

Photos © Adrian Martin pour hartzine

Ces temps-ci, les bananes ont la cote. Après Rebotini et Code Napoléon, rendez-vous Place de Clichy pour rejoindre Mustang qui fêtait tranquillement la sortie imminente du deuxième album par quelques interviews. Le groupe avait remué l'année 2009 en allant chercher le rock aux fondamentaux 50's, un peu comme 1995 ou Cool Connexion avec le rap cette année. Mêlant des guitares en « twang », des boîtes à rythme et des textes en français, ils s'offrent maintenant quelques perles fuzz voire carrément psychédéliques sur ce nouveau disque qui refuse la facilité du vintage et se veut résolument moderne. Un grosse demi-heure d'interview autour de leur évolution, de la production, des textes et de leur place dans le paysage musical.

Pourquoi ce nouvel album?

Jean : Pourquoi ? Parce qu'on fait des chansons... Enfin, je veux dire, c'est de l'artisanat, donc on fait sans cesse des chansons, et puis ça fait un album. Il n'y avait pas d'orientation particulière, les chansons sont venues au fur et à mesure c'est toujours comme ça qu'on fait. Enfin je sais bien que ce n'est que le deuxième...

Johan : Ça part de coups de cœur sur le moment, de références. On continue à avoir cette base de rock 50's, mais on a essayé de l'enrichir, de préciser tout ça, parce qu'on nous a parfois pris à tort pour un groupe de rockabilly. On a essayé de montrer un peu qu'on était un groupe de rock « total », c'est-à-dire avec diverses influences, d'abord rock, mais aussi hip-hop, un peu électronique.

Jean : En fait, si, quand même. On voulait injecter un tout petit peu de rythm'n'blues, un petit peu plus de groove, comme on l'a fait sur Ramper, par exemple, sur Qu'est-ce qui se passe ?, parce qu'on écoute beaucoup de musique soul, rythm'n'blues, blues. On voulait aussi qu'on entende plus le groupe jouer. Sur ces deux titres-là, vraiment, on entend un vrai groove de groupe. Sur le premier, il y avait beaucoup de cache-misère parce qu'on n'était vraiment pas bons musiciens.

Jugez-vous que le résultat colle avec l'ambition originelle ou avez-vous trouvé de nouvelles pistes inattendues durant ces sessions ?

Jean : Non. Mais nos disques n'ont jamais été à la hauteur de nos attentes. Le premier non plus. Je crois qu'avec le temps, on rate moins, on est plus à la hauteur de ce qu'on imagine. Pour l'instant, on en est quand même encore à rater, en fait. Mais bon, c'est intéressant, aussi, hein ? On a été surpris dans le bon sens aussi sur des choses.

L'album est plus dansant que le précédent. On trouve des cocottes bluesy dans Tabou, qui font presque 90's, genre presque FFF. Cherchiez-vous une nouvelle manière de faire danser au milieu de l'hégémonie du disco ?

Jean : Ouais ouais ouais ! On voulait quelque chose d'un peu funky. On a toujours voulu s'éloigner des rythmes d'aujourd'hui, fondamentalement du 4/4, comme par exemple sur le disco. On voulait faire plus subtil. Pas forcément qu'on est de grands techniciens de la musique, au contraire. On y va avec un peu de feeling, un peu de groove, mais un groove qui ne soit pas disco. Tabou, c'est un peu un morceaux de rythm'n'blues rapide, quoi.

Est-ce que les morceaux ont été testé en live, ou sont-ce de purs produits de studio ?

Rémi : Certains, ouais.

Jean : Pas beaucoup. Il y a Ramper et Qu'est-ce qui se passe ? qui ont été testé en live. Je crois que c'est tout.

Le son est plus marqué. Est-ce l'aboutissement du temps passé en studio avec Stéphane Briat ou est-ce que c'est sur scène que ces nouvelles sonorités se sont forgées ?

Jean : Stéphane était juste mixeur sur le premier, là il est réalisateur.

Rémi : C'est aussi le fait qu'on trouvait le son d'A71 un peu petit, des fois. Des batteries un peu trop en retrait, tout ça... On voulait que ça tape un peu plus.

Jean : Il ne s'agissait pas de faire un truc avec des grosses guitares ou quoi... On ne voulait pas genre une grosse production. On voulait juste que ça cogne un peu plus. Mais on a pas vraiment travaillé avec Alf (ndlr : Stéphane Briat) en repèt'. On a fait juste un jour avec lui avant d'entrer en studio. Mais sinon, on a surtout travaillé nous, tous seuls, sur des maquettes, et ensuite Alf nous a apporté sa connaissance des synthétiseurs, parce qu'on avait envie de sortir un peu des Farfisa, tout ça... Même s'il y en a toujours.

Johan : Pour le coup, la première fois qu'on a vraiment travaillé sur ce nouvel album, c'était sur l'enregistrement de La Nuit Je Mens.

Jean : C'était une sorte de test. On s'est fait la main sur ce morceau-là.

Johan : On est arrivé avec pas grand chose et là, Alf, il a dit : « On va essayer des trucs qu'on va utiliser après sur le prochain disque ». Ça a commencé vraiment avec ce morceau.

Question digressive : La Nuit Je Mens, il s'est passé quoi ?

Jean : Ce qui c'est passé, c'est qu'on a eu vent du projet de Barclay de faire une compil' hommage à Bashung. On nous a communiqué la liste de qui avait pris quoi. On était un peu baisé, tout avait été pris et là, on se rend compte qu'il n'y avait pas La Nuit Je Mens. On se dit : « Bon, c'est pas que ce soit notre chanson préférée de Bashung, mais c'est quand même sa plus emblématique et sa plus décorée. » Personne l'avait faite, on s'est dit qu'on allait la faire. On s'est dit surtout, puisqu'on était les moins connus des artistes de cette liste-là, que si on la faisait, on était sûr d'être sur le disque. Ben ça a raté. Je pense que notre version est très bien, mais bon... Elle a eu un peu d'écho sur Internet. Je crois que le secret de ce morceau, c'est qu'on s'est pas donné d'exigence particulière, on y est allé à tâtons, mais on s'est pas dit : « Oh putain, on s'attaque à un monument, qu'est-ce qu'on va faire ? ». Je trouve que cette chanson est un tout petit peu surestimée, même si c'est une super chanson, donc voilà... On y est allé à la cool, quoi.

Johan : Comme l'aurait fait Bashung, finalement. Il a fait des gros album comme Play Blessures, où il y a des choses un peu audacieuses pour l'époque. Bashung a toujours essayé de faire des trucs audacieux. J'espère qu'il aurait aimé notre version, parce qu'on a essayé de faire un truc recherché, comme il a toujours cherché à le faire dans ses disques. Au lieu de faire un truc un petit peu fadasse, on a tenté ce truc-là...

Pour revenir sur le son, il y a moins de boîte à rythme, plus d'envolées fuzz, de révèrb'... Vous dépassez Suicide pour aller vers des paysages plus chauds, genre The Dead Weather ?

Jean : Il n'y a pas moins d'électronique. Il y a de vrais synthétiseurs, ce qu'il n'y avait pas sur A71, sauf sur un morceau. Ce coup-ci, on en a utilisé plusieurs fois, avec des Farfisa. L'argument qu'on avait sur le premier disque, pour montrer qu'on n'était pas un groupe de rockabilly, c'était de dire : « Regardez, on utilise des boîtes à rythme. » C'est vrai qu'on n'est pas un groupe de rockabilly, mais c'est pas juste parce qu'il y a des machines que c'est moderne. La musique à boîte à rythme, elle a 30-40 ans, maintenant. On voulait que notre modernité ne passe pas seulement par là. Il n'y a plus qu'un morceau avec une boîte à rythme, et je pense que tous les morceaux sont modernes, en tout cas pas rétro.

Johan : Niquée, il y a un peu de ça. Un coté fuzz.

Jean : Les Dead Weather, pour être honnête, c'est un groupe qu'on n'a jamais écouté. L'idée de ce morceau, c'était de faire un truc typé 50's. Pour moi, c'est d'ailleurs le seul du disque, même si je sais qu'au fond, il est pas très 50's parce qu'il y a de la fuzz. Mais dans la structure, ça pourrait presque être un morceau de Buddy Holly, tu vois ? Une structure simple, avec un truc chœur, un refrain un peu... Je ne sais pas si ça sonne Dead Weather, je trouve que ça sonne plus comme un truc rétro 50's des années 70.

Johan : Un peu glam...

Au niveau du matériel, y a-t-il de grosses nouveautés sur cet album ?

Johan : Le truc intéressant, c'est qu'on a enregistré au studio ICP, à Bruxelles, et là-bas, c'est un peu le magasin dans un studio...

Rémi : La foire mondiale du matériel...

Johan : Ils ont tout un tas de guitares, tout un tas d'effets pour guitares et basses, d'accessoires, synthés, claviers, etc. Ils ont tout. Vu tout ça, on aurait pu se dire : « Wouahhh, on va tout tester ». Mais on s'était déjà un peu amusé avec A71, genre sur Anne Sophie. Là, ce qui était bien, c'est qu'on avait tout le matériel à disposition, mais on a essayé de se restreindre. De ne pas partir dans tous les sens.

Jean : Finalement, on a fait tout l'album avec le même ampli basse et ampli guitare. On a utilisé quoi ? Deux-trois basses et guitares chacun, trois-quatre pédales d'effet et c'est tout. C'est pas énorme.

Johan : Un synthé, peut-être un autre clavier...

Jean : Il n'y a pas énormément de pistes sur le disque.

Johan : Si tu veux, comme on avait beaucoup de matériel et qu'on était un peu libre, se restreindre nous a permis d'être encore plus libre, et c'était super.

Vous avez passé combien de temps en studio là-dessus ?

Jean : Dix jours.

Johan : D'enregistrement. Après il y avait le mix...

Jean : Et les chants. J'ai fais les chants à Paris, et c'était vachement long. On venait de se faire piquer tout le matériel, alors j'étais un peu... Ça m'a un peu miné le moral, alors le chant a pris un certain temps à être enregistré.

Raconte !

Jean : Ben on s'est fait voler le matériel de live. On s'est fait cambrioler le camion, il n'y avait plus rien dedans. On était vert. On pu le racheter avec les assurances, heureusement.

Tu te sens héritier d'Antoine ou d'autres vieux rockeurs français des 60's, sur le texte ?

Jean : Non. J'aime beaucoup la variété française, mais c'est pas une influence pour les textes. Les influences, elles sont surtout anglo-saxonnes. C'est les textes d'Iggy Pop, qui je trouve est un immense auteur, des Ramones, de Bob Dylan, de Buddy Holly, tout ça.. J'essaie plus de faire quelque chose d'un peu direct en français comme ça. Mais c'est vrai que j'écoute toujours un peu de musique française, alors à force, peut-être que ça m'influence. Je ne sais pas...

Les textes sont assez uniques dans le paysage français. Comment les écris-tu, quelles sont leur visée ?

Jean : L'objectif, c'est pas soit la musique, soit le texte, c'est la chanson. Ça, malheureusement, c'est difficile d'en parler, parce qu'il n'y a pas de règles particulières. On peut pas dire : « Une bonne chanson, c'est ça ». Une bonne chanson, ça s'impose. Un bon thème, une bonne mélodie.

Johan : Globalement, sur la plupart des morceaux, Jean arrive d'abord avec la musique. Après il y a les textes. Mais les textes sont importants aussi. C'est ça qui fait une bonne chanson.

Au final, tu sens un vraie différence avec l'anglais ?

Jean : Je chante en anglais chez moi... Mais je sais pas faire autre chose que de faire des chansons en français. Je le fais de plus en plus naturellement, de faire des chansons, et je ne me suis jamais posé la question. Quand les mots sortent, pour parler comme un connard de poète de merde, ils sortent en français. C'est peut-être parce que j'écoute beaucoup de variété, mais c'est très naturel. C'était pas vraiment mon truc, les textes, au début. J'ai vite su faire des musiques, mais les textes il a fallu du temps. D'abord, j'écrivais les trucs en prose, une histoire, et après, j'essayais de structurer ça avec des rimes, tout ça, de le faire sonner. Mais ça n'a jamais posé de problème. C'est comme ça.

Vous avez écouté quoi, pour cet album, par rapport au précédent ?

Johan : Il y a des choses qu'on écoute toujours en boucle, enfin régulièrement, c'est le rock 50's, aussi large qu'il soit. Après, il y a d'autres groupes qui se sont ajoutés.

Jean : Il y a d'autres trucs qui étaient déjà là sur le premier. On écoutait déjà énormément Suicide, les Stooges, même les Beatles, le Velvet. Là, un truc à côté duquel on était un passé, c'est le rock anglais 60's. Who, Small Faces, Rolling Stones. Surtout Rolling Stones. Moi j'avais un disque des Stones, que j'avais jamais vraiment écouté, et je me suis fais la discographie. Ça m'a fait un choc à peu près aussi grand qu'Elvis quand je l'ai découvert. C'est banal... C'est con, hein? C'est ça et Bob Dylan. C'est con de découvrir Dylan à notre âge. C'est genre comme Victor Hugo pour les gens qui lisent...

Johan : Il y a un mec aussi qui nous a un peu inspiré, juste quand le premier album est sorti. C'est Don Cavalli. Lui aussi, il est peu dans le même esprit que nous. Des références très roots, et il fait une musique moderne en mélangeant un peu tout ça. Et c'est vrai qu'à l'écoute de Cryland, on s'est dit qu'on n'était pas complètement tout seuls. On l'a découvert en signant sur notre label. Cryland nous a donné une idée de ce qu'on pouvait faire avec de la musique roots. Son influence peut un peu se sentir sur Ramper, par exemple.

Il y a pas mal de guitares en arpèges, c'est une grande nouveauté de l'album. Neil Young, Elliott Smith ou Nick Drake sont-ils passés par là ?

Jean : Pas du tout. Alors là, je vais te dire, pas du tout. J'avais envie de mettre des guitares acoustiques depuis longtemps. Il n'y en avait aucune sur le premier disque, c'était presque un truc d'orgueil, parce qu'à ce moment-là, il y avait beaucoup de trucs folk chiants. Là, je voulais essayer, parce que franchement, ça vient de l'écoute du premier album de Big Star, où toutes les guitares acoustiques sont incroyablement mixées, le son est magnifique. Et peut être de Bob Dylan, aussi. Je voulais essayer de la douze cordes, aussi, à cause de l'écoute de pop psychédélique, de Love, ou encore des Beatles ou des Small Faces. On voulait tenter d'autres sons, pas se limiter à un « twang » de guitare. Que j'adore, hein, mais pas faire que ça parce qu'on sait le faire, on sait toujours le faire...

Votre place sur la scène musicale est assez hybride. Vous jouez avec qui, en concert ?

Jean : Avec un peu tout le monde.

Johan : Super question, ça ! Ben tu vois, sur le premier album, on a partagé quelques dates avec Arnaud Fleurent-Didier, qui n'a rien a voir avec le rock. C'est des chansons... On a fait plusieurs premières parties de Revolver, groupe pop...

Rémi : On a fait vraiment tous les styles. Quand on a joué avec Zombie Zombie, aussi, c'était électro !

Jean : On se met à dos à peu près autant de gens qu'il y en a qui nous aiment, dans tous les groupes. C'est-à-dire qu'il y a des gens de la chanson, comme Arnaud Fleurent-Didier, qui aiment beaucoup certains de nos titres, d'autres plutôt genre rock garage vintage qui aiment bien certains de nos trucs. Et pour chacune de ces personnes, il y en a une autre qui déteste pour les mêmes raisons que les autres aiment. « C'est un truc de chanson, c'est un truc de PD, j'en ai rien à foutre » ou « c'est un truc de rockab', c'est les Forbans, j'en ai rien à foutre ». Donc on a le cul entre toutes ces chaises-là, et on va continuer comme ça, parce que j'ai pas envie qu'on se limite à une formule magique. « On va faire du rock rapide façon « J't'emmerde » avec des petites guitares réverbérées », ça me ferait chier de faire ça toute ma life. Franchement... Surtout qu'on sait faire des chansons, des vraies chansons, des vraies belles chansons, on sait faire du rock'n'roll, donc autant faire ce qu'on peut faire...

Donc à 50 ans, ça donnera quoi ?

Jean : Des chansons, j'espère !

Rémi : Moi, ce sera les chèvres au fin fond du Pérou...

Johan : C'est vrai que là, on se remue pas mal la tête pour faire quelque chose de bien. Si on se laissait aller, tu vois, il y a tellement de trucs dans le rock 50's qui sont énormes, tu te dis : « Comment on va pouvoir surpasser ça ? », on ferait des reprises tranquilles. Vieux, on fera peut-être ça...

Jean : Je crois qu'un des avantages qui peut nous permettre de durer un certain temps, c'est qu'on n'est pas vraiment dans quelque chose de fermé, genre le rock'n'roll juvénile. Qu'on adore, hein, mais on sait aussi faire des chansons, quoi. C'est un grand classique du rock de dire : « J'veux crever jeune, machin... ». Non, je veux vivre vieux et continuer à faire des chansons tant que je peux. J'espère que j'en ferai jusqu'à ce que j'aie 80 ans. Un mec comme Johnny Cash, il a fait des chansons toute sa vie, il a réussi à faire des choses intéressantes à la fin de sa vie, c'est pas donné à tout le monde, c'est un peu à part, mais... Mais ça me ferait chier de faire des trucs aussi crépusculaires à la fin de ma vie. C'est un peu ma limite avec les derniers albums de Johnny Cash, Je trouve ça trop... le vieux mec qui va mourir. Mais bon, il y a quand même des trucs très bien, là-dedans.

Vous venez de Clermont. Depuis Paris, on a l'impression que c'est une sorte d'équivalent de Rennes dans les années 90. Ça se passe comment, là-bas ?

Jean : C'est un peu exagéré.

Johan : Ouais, c'est un peu exagéré. Je pense même que, même si on n'y était pas, quand je lis dans les journaux : « A Rennes, il y avait une scène et tout... » et que je vois ce qu'on dit de Clermont... A Clermont, il y a eu un petit vivier de groupes, mais faut faire attention avec ça, faut pas trop surestimer le truc. C'est vrai qu'il y a eu plusieurs groupes qui sont sortis, il y a eu une petite effervescence... C'est en partie le hasard et en partie grâce à la Coopérative de Mai, la salle de concert de Clermont-Ferrand. C'est un peu des deux.

Quel rôle a joué la Coopérative de Mai, qu'on peut considérer comme le Point Éphémère auvergnat, dans votre développement ?

Johan : Musicalement, ça n'a eu aucune influence. Ça nous a en revanche permis de nous développer, entre autres grâce à Didier Veillaut. C'est grâce à lui qu'on a pu avoir un premier contact avec un label à Paris.

Jean : Putain, ils nous aident depuis le début, ils nous font faire des résidences ; ils nous ont trouvé notre label, ils nous aident... C'est un soutien permanent quoi ! On leur en est carrément redevable !

Question subsidiaire : c'est ta meuf sur Tu mens ?

Jean : Ouais, c'est ma copine. A un moment donné, on avait eu l'idée de faire un duo, pas moi et ma meuf, hein, mais Mustang et quelqu'un d'autre. J'avais un vieux texte que j'avais co-écrit avec le chanteur d'Asyl, qu'on avait mis sur une musique, mais ça marchait pas. J'ai récupéré le texte et je l'ai adapté pour faire un duo, et puis ben... J'ai testé avec ma meuf, et ça a bien marché, donc on l'a enregistré.

Là, on en arrive au moment où je n'ai plus de questions. Vous sortez d'une journée promo. Est-ce qu'il y a des trucs que vous auriez voulu évoquer, mais que ni moi ni mes prédécesseurs n'avons abordé ?

Jean : Franchement, dans l'absolu, un artiste, c'est pas important ce qu'il a à dire. Les artistes que j'aime.... J'ai plus envie... J'ai plus envie de les rencontrer.

Rémi : Ben si, quelques uns, quand même...

Jean : Quelques uns, ouais. Mais je suis sûr que je pourrais être déçu si je rencontrais... Je ne sais pas... Elvis lui-même. Je me ferais chier avec avec lui, tu vois ?

Rémi : Le jour où je rencontre Iggy, je lui saute dessus quoi...

Jean : Ouais, mais en fait, c'est pas très très important, ce qu'on a à dire. L'important, je crois que c'est sur la scène.

Johan : Et puis j'aimerais ajouter un truc aussi : faudrait arrêter de se faire des fausses idées sur Mustang. « Qu'est-ce que vous êtes comme type de groupe ? » Ben écoutez notre musique ! Ne posez pas trop de questions.

Jean : Généralement, c'est les mecs qui posent trop de questions. Les meufs sont beaucoup plus instinctives avec la musique, elles reconnaissent beaucoup plus facilement une bonne chanson, ça c'est vrai.

Johan : Nous, on essaie de faire un rock un peu « total », avec toutes les années, toutes les références qu'on aime bien, en essayant de montrer un peu toute l'étendue de notre talent, tout ce qu'on sait faire.

Vous accepteriez d'être considérés, finalement, comme un groupe avant-gardiste ?

Jean : On l'assumerait, mais faut pouvoir l'être. Je pense qu'on n'est pas un groupe d'avant-garde. Je crois qu'on est un groupe original, qu'on fait de bonnes chansons. Je ne sais pas si on est novateur, j'aimerais bien, mais je ne sais pas si on fait une musique nouvelle. Le rock'n'roll, c'est déjà pas une musique nouvelle. C'est juste une fusion... Enfin voilà. On est content quand on crée notre musique, on l'assumerait, mais on n'en est pas là pour l'instant. Moi, je sais au moins que l'avenir sera encore meilleur, qu'on ne fait que progresser, qu'on est vraiment sur la pente ascendante et qu'on peut faire des morceaux encore meilleurs, encore plus originaux. Je dis pas qu'on va révolutionner le monde, mais... Je pense qu'on est capable de faire pas mal de choses, à notre façon, maladroite, tout ce que tu veux, mais je pense qu'on est un bon groupe. Je suis fier de notre groupe. J'en suis très fier.

Merci à Jean, Johan et Rémi de nous avoir accordé de leur temps. Merci à Antoine. Merci aux Caves Populaires, Paris XVII, d'avoir hébergé l'entrevue. Encore une fois merci à Adrian Martin pour la couverture photographique de l'interview. 


Conquering Animal Sound l'interview

À bas la folk mièvre trempée au whisky et vive Conquering Animal Sound, une entité musicale hybride unique, mi-homme, mi-femme, aux accents électroniques et organiques à la fois. Leur premier album, Kammerspiel, sorti en février dernier chez Gizeh Records, est un petit bijou de pop électronique, intime et troublant, mué par la force de références pointues et de lignes de basses profondes. Les vocalises d'Anneke, aériennes mais puissantes, se prêtent parfaitement au jeu de cette pop étrange, dans la lignée de Grimes et Fever Ray.

Tout juste rentrés d'une tournée triomphale en Europe, j'ai rencontré et assailli les nouveaux héros de la pop électronique écossaise de mes questions imbéciles, et James et Anneke se sont gentiment prêtés au jeu. Au cours de cet épique entretien, lisez tout des trépidations de la vie en tournée et de sa gastronomie parfois aléatoire, des joies de l'hibernation en Écosse et de la préparation du nouvel album, des bizarreries pop et de la techno minimale et découvrez une sélection des groupes les plus intéréssants au pays des brebis bourrées...

Comment s'est passée votre première tournée en Europe ? Quels en furent les meilleurs moments forts et les moins bons (découvertes culinaires et musicales comprises) ?
You seemed to have had a lot of fun during your European tour... Any tour/food/musical highlights?

James : C'était génial ! On en est plutôt content. Le concert donné à Paris fait partie pour moi des moments forts de la tournée : dans une maison, avec notre hôte pour la soirée, le sympathique Oliver Peel, mais aussi les concerts donnés à Gent, Strasbourg, Hambourg et Santiago de Compostela. De très bons moments, avec un excellent public. Ça me surprend toujours un peu que des gens viennent nous voir tout en étant aussi loin de chez nous.

Anneke : Quasiment tous les concerts ont été des moments forts ! Mais, tout spécialement Hanovre (la bouffe était incroyablement bonne, et les promoteurs vraiment sympas), Hambourg, Santiago, et j'ai aussi beaucoup aimé Berlin.

James : Quant au meilleur repas de la tournée, c'est facile... Les promoteurs de Santiago en Espagne nous ont emmenés dans un bar à tapas juste avant le concert, et à la fin du dîner, je n'avais qu'une envie, c'était d'aller me coucher, mais il fallait monter sur scène... On se souvient aussi très bien du repas le plus mauvais : on avait joué dans un bar minuscule à Brême et le promoteur nous avait préparé des spaghetti avec son pesto fait maison, mais il n'y en avait vraiment pas assez pour cinq, alors on a fini par se faire un plat de pâtes sèches… Je n'avais jamais rien mangé d'aussi dénué de valeurs nutritionnelles depuis lontemps.

Anneke : Cette fois-ci, on a tourné avec notre ami (et ingénieur du son) Sam, qui s'est révélé être une source inépuisable de divertissements en tous genres. Après un concert, il demandait systématiquement : "Où sont les chocolats ?". S'en suivirent plusieurs incidents au milieu de la nuit en voiture, à la recherche de friandises. Manger devient vraiment important quand on est loin de chez soi pendant un certain temps. C'était devenu un peu n'importe quoi à la fin : je prenais deux petits déjeuners, plusieurs déjeuners…

James : En termes de découvertes musicales, le promoteur à Strasbourg passait un album de Van Pelt [ndlr : ex Miracle-Fortress] quand on est arrivés. Je l'ai acheté depuis et j'aime beaucoup.

Anneke : J'ai dû écouter pas mal d'indie écossais (bêêêuuurk !) dans la voiture car mon iPod ne marchait plus, et j'ai découvert des choses, en quelque sorte... Le problème avec Sam, c'est qu'il n'écoute pas assez de techno !

James: The tour was great - it was our first European tour, and we're very happy with how it went. Personal highlights for me were in Paris - a house show hosted by the lovely Oliver Peel - Ghent, Strasbourg, Hamburg and Santiago De Compostela. All great shows with brilliant audiences. I'm still surprised by us going so far from home and having people come along to see us.

Anneke: Most of the shows were highlights! But really special ones include: Hanover (the food was also incredible and the promoters were such nice people), Hamburg, Santiago and I really enjoyed being in Berlin.

James: Best food is easy: the promoters in Santiago in Spain took us out for tapas just before the show, andafter the meal, I just wanted to go to go for a nap, but we still had the show to do! Worst food is also very easy - we played in a small bar in Bremen, and the promoter fed us spaghetti with his homemade pesto, but there was so little pesto to go around 5 people that we were just eating spaghetti on it's own.. I've not eaten a meal so devoid of nutrition in a long time.

Anneke: This time we toured with our friend (and sound engineer) Sam, whom was a reliable source of good times. We would play a show, and after he would say 'wheres the chocolate?'. There were some incidents of driving around at night in search of sweet treats.Food becomes this really significant and important thing when your away from home for a reasonable period of time. It got a bit ridiculous by the end -i started eating two breakfasts, several lunches...

James: On musical discoveries, the promoter in Strasbourg was playing an album by the Van Pelt when we were there, which I have since got a copy of, and I'm really enjoying listening to that.

Anneke: I had to listen toquite a lot of Scottish Indie music in the car (bleeeuugh) as my ipod stopped working so that proved an education of sorts. The only problem with Sam is he doesn't like techno enough!

Quels sont vos projets du moment ? Qu'en est-il du nouvel album ?
What are you both up to now? New album?

James : Il nous reste trois concerts ce mois-ci en Grande-Bretagne, avec nos potes de Gizeh Records, Sleepingdog et FareWell Poetry (qui vient de Paris). Après ça, on va faire une pause en ce qui concerne le live et on va commencer à enregistrer les nouveaux morceaux. On a joué pas mal de nouveaux morceaux pendant la tournée, et on a pas mal de choses sur lesquelles commencer à bosser. En ce qui concerne le nouvel album et une date de sortie, on en est vraiment encore qu'au tout début. Avec un peu de chance, la sortie se fera pour l'été ou l'automne 2012 !

Anneke : En effet, on en est toujours à l'écriture, donc rien n'est officiel. On va hiberner un peu et beaucoup enregistrer. L'hiver écossais est parfait pour ça.
Je travaille aussi sur quelques projets musicaux de quartier à Glasgow sur lesquels je m'amuse beaucoup. Par exemple, je vais participer à un spectacle de danse dans un centre pour jeunes délinquants dans quelques semaines…

James: We have three shows this month in the UK with our Gizeh Records labelmates Sleepingdog and FareWell Poetry (who come from Paris). After this, we're going to take a break from live performing and record all the new material that we have - we played a lot of new songs on tour, so we have plenty to start record. As for a title, or release date, we're still in the early stages of something coming together. Hopefully we will have something out in the summer/autumn next year!

Anneke: Yes we're still writing so nothing is official yet. We're going to do some winter hibernating and record a lot - winter in Scotland is good for this.
I am working on some community music projects in Glasgow too, which are a blast. Going to a dance performance in a young offenders institute in a few weeks...

Kammerspiel est un album à l'atmosphère très intime, mais les nouveaux morceaux semblent un peu plus conflictuels (Ultimate Heat Death of the Universe, par exemple). Quels seront les thèmes du prochain album?
Kammerspiel was very intimate, the new songs seems a bit more confrontational (Ultimate Heat Death of the Universe for instance). What are the themes about for the new songs/album musically and lyrically?

James : Musicalement, je pense que les morceaux sont en train de devenir un peu plus sombres, un peu plus pesants. Je ne sais pas vraiment d'où cela vient, mais quand on a commencé à composer ensemble, pas mal de choses étaient en gammes majeures. Par la suite, notre premier album était un mélange de thèmes plus ou moins légers, tandis que les nouveaux morceaux sont beaucoup plus sombres.
Cela reflète probablement, et plus que jamais, la musique qu'on écoute nous-mêmes : il n'y a rien de franchement très joyeux dans ma collection d'albums.

Il y aura aussi plus de sonorités électroniques dans le nouvel album, et moins d'instruments acoustiques comme la harpe et les orgues du premier album.

Anneke : J'ai commencé à réfléchir de plus en plus en terme de rythme (dans mon chant et avec les instruments) cette année. De mon côté, j'ai toujours voulu produire quelque chose de plus rapide, moins fade et plus direct. Je travaille différemment avec ma voix, en explorant d'autres gammes. Je ne conçois pas vraiment la musique en termes de gammes mineures/majeures, mais je vois où James veut en venir. Les nouveaux morceaux sont plus riches, moins plaintifs. Les thèmes abordés ont changé : le précédent album évoquait les choses au premier plan, désormais, je veux parler de phénomènes plus étendus. Je me sens plus forte et j'éprouve moins le besoin de me cacher ces temps-ci.


James: Musically, I think the songs are becoming darker, a little more tense. I'm not sure what that is borne of, but when we started writing together, a lot of stuff was in a major key. Then with our album there was more of a mix of light and dark themes, and now with the newsongs, we seem to be writing a lot of tenser, darker music. That probably reflects what our own listening habits more than before there's not much outright happy music in my record collection.. There is more electronic experimentation with the sounds on the new record, with less emphasis on acoustic instruments like the harp or organs that were heard on the first record.

Anneke: I have been thinking a lot more about rhythm (in my voice and in instrumentation) over the past year. For me, I always knew I wanted to create something faster, less washy and more direct. I have been using my voice differently, exploring my dynamic range. I don't really think about things in terms of major/minor, but I know what Jamie is getting at.The new songs are richer, less whiny I think,[ in some ways less positive but in others more so.] There has been a shift in subject matter too. The last album looked at things from close up, with this one the view has changed: I am trying to be more inclusive and discuss larger forces and more widespread phenomena. I feel stronger and less like hiding these days.

L'influence de la musique techno minimaliste (et de Stephan Bodzin, notamment) et le côté DIY plutôt "organique" et intime rendent Conquering Animal Sound vraiment unique. Comment pensez-vous que cette influence se traduit au travers de votre musique ?
I feel that the minimal electronic influences (such as Stephan Bodzin's) almost paradoxically added to the intimate DIY rather "organic" aspect of your music, makes Conquering Animal Sound stand out…. How do you think this translates in your music?

James : On restera toujours fans de Stephan Bodzin. Son album Liebe Ist est vraiment sous-estimé. Sa musique nous inspire, en terme de rythmique. J'aime beaucoup les séquences de beats répétitifs. Mais, comme tu l'as remarqué, notre musique est un mélange de sons plus organiques qu'électroniques. J'aimerais continuer à développer ces thèmes, tout en restant ouvert à d'éventuels changements…

Anneke : Je pense qu'il y a eu un changement dans la façon où les gens créent et jouent sur scène. Il y a eu pas mal d'artistes qui ont mélangé le synthétique avec l'organique de façon très naturelle. Il ne s'agit plus d'un seul homme penché sur son ordinateur, secouant la tête de haut en bas et mixant à l'aide de deux ou trois filtres. Désormais, il y a des femmes et des instruments ! Ce que je veux dire, c'est que l'on reste assez loin de nos influences musicales, mais on utilise quelques techniques souvent associées à la techno minimale.


James: We will always love Stephan Bodzin - his album
Liebe Ist.. is an underrated gem. His music inspires us rhythmically, I really love repetitive kick drum patterns, for example. As you say though, our music is a blend of more organic sounds than pure electronic music, and I'd like to continue to develop those themes in our music, while being open to changing things as well..

Anneke: I think there has been a shift in the way people make and perform electronic music over the past few decades. There are a great deal of artists who blend the synthesised with the organic in a very natural way. Its not so much about a man hunched over a computer, moving his head up and down really quickly, fiddling with a few filters anymore. There are women and instruments too! What I mean to say is, we are a few steps away from our influences but i think that we make use of some musical devices often associated with minimal music.

Votre reprise de Kate Bush est vraiment excellente. À part Kate Bush, qu'est-ce que l'on peut trouver d'autre sur vos platines en ce moment ?

Your Kate Bush cover is an amazing track. What do you actually listen to these days?

James : Merci ! C'était une idée d'Anneke, c'est elle qui est vraiment fan de Kate Bush… Cette reprise a été enregistrée à l'occasion d'un podcast de reprises de morceaux des années 80, pour le blog Cokemachineglow. Je ne savais pas que Wild Nothing avait déjà repris cette chanson, dans tous les cas, je crois qu'on est parvenus à en faire quelque chose de différent. En ce moment, j'écoute Prurient, Rustie, Zomby et Araabmuzik. J'ai aussi découvert Margaret Dygas, une productrice polono-américaine de techno. Sa musique est beaucoup plus enjouée et dynamique que pas mal de techno que j'ai écoutée récemment. Pendant la tournée, sur la route, Neil Young fut le seul artiste sur lequel on a tous pu se mettre d'accord. On a dû l'écouter tous les jours…

Anneke : Pas mal d'électro, surtout par des femmes. Je pense que les femmes qui font de l'électro apportent plus de finesse. Et aussi un peu de pop barrée : Laurel Halo, Stellar Om Source, Daphne Oram, le dernier EP de Inga Copeland que j'aime beaucoup.

James: Thanks! Anneke must take credit for that, she's the big Kate Bush fan of the two of us.. That cover came about as a result of the blog Cokemachineglow, who asked us to contribute a track to an 80s covers podcast. I hadn't realised that the band Wild Nothing had recently covered the same song for one of their releases, but I think we put a different spin on it in any case. At the moment, I'm really enjoying new albums from Prurient, Rustie, Zomby and Araabmuzik. I also discovered Margaret Dygas, a Polish-American techno producer, who is great - her stuff is a more playful and dynamic than a lot of the techno I've been
listening to recently. On tour, one of the few things that Anneke, Sam our driver and I all agreed on listening to was Neil Young, I think he was on nearly every day..

Anneke: Electronic things mostly - especially things made by women, i think women work with electronic sounds with superior softness! Freakish sounding pop music. Recent listening includes: Laurel Halo, Stellar Om Source, Daphne Oram, Inga Copeland. I really like the EP Inga just released.

Pourriez-vous nous recommander quelques nouveaux groupes écossais ?
Any local(-ish?) Scottish acts that you think deserve more attention/you would like to recommend for Hartzine?

James : Fox Gut Daata, qu'on admire depuis longtemps. Il a commencé à faire de la musique avec son frère sous le nom de Cru Servers, que je vous recommande également, ainsi que d'autres groupes géniaux comme Grnr, Ben Butler & Mousepad, Withered Hand et j'attend avec impatience l'album de Rob St John.

Anneke : Oui, Fox Gut Daata est génial. Il travaille de manière complètement cinglée, réalisant une dizaine de versions différentes pour chaque morceau produit. Il vaut vraiment la peine que l'on s'attarde sur lui. J'ai vu BBMP lors du festival Music is the Music Language à Glasgow il y a quelques semaines de ça, et il était vraiment super, plein d'énergie, positif, et attachant.


James: Fox Gut Daata, who we've long admired, has started making music with his brother as Cru Servers, both of whom I'd recommend checking out. Other awesome stuff is Grnr, Ben Butler & Mousepad, Withered Hand and I'm also looking forward to hearing the Rob St John album.

Anneke: Yes, Fox Gut Daata, hes amazing - the way he works is so bonkers,I love it - he seems to have like 8 versions of every track he makes, well worth listening. I saw BBMP at a festival my friend Emily put on in Glasgow a few weeks ago called Music is the Music Language, he was great, really energetic, positive and engaging.

Comment voyez-vous Conquering Animal Sound évoluer dans cinq ans ?

How would you like Conquering Animal Sound to evolve/where do you see yourselves in 5 years time?

James : Tant que l'on continue à faire de la musique ensemble, et que l'on réalise et continue dans notre lancée toutes les opportunités qu'on a eu la chance d'avoir cette année, je serai heureux. Sonar peut-être ?

Anneke : Ça serait aussi génial de pouvoir un jour gagner notre vie grâce à notre musique et aussi de faire une tournée au Japon...

James: As long as we keep making music together, and continue to build on the great opportunities that we've had this year, I'll be happy. Maybe headlining Sonar?

Anneke: It would also be really great to one day be able to support ourselves financially from making music and I want to tour in Japan...

Vidéo


Silver Apples l'interview

Deux albums auront suffit à construire la petite légende de Silver Apples et à poser, en toute naïveté, les bases d'une grande partie de l'électro-rock de notre époque. Issu d'un groupe de blues assez pépère qu'il a vidé de leurs membres, le duo deviendra une petite sensation sur la scène new-yorkaise de la fin des 60's en faisant passer quelques ritournelles pop rudimentaires sous des strates d'oscillateurs et de distorsions électroniques quelque peu préhistoriques, le tout porté par un jeu de batterie presque proto-breakbeat. Mais une mauvaise blague (la pochette du deuxième album associait un accident d'avion à le compagnie aérienne Pan/Am, qui les attaquera en justice) achèvera de couler leur label - et le groupe.

Entre-temps, on a retrouvé l'écho de la pop monocorde et des dissonances électro cradingues de Silver Apples dans le Krautrock, chez Suicide ou chez Add (N) To X, et plein d'autres qui ont tous rendu hommage à Simeon, tête pensante du duo (son acolyte est décédé il y a dix ans) et aujourd'hui vieux monsieur un peu excentrique de l'électronique qui revient sur scène pour quelques concerts, quelques collaborations, et pour raconter la petite histoire de son projet vieux de quarante-quatre ans.

Aviez vous déjà un background électronique avant de commencer Silver Apples ?
Did you have some notions of electronic music before you started Silver Apples?

Je n’écoutais que du rock et du bluegrass et je ne savais même pas ce qu’était un oscillateur jusqu’à ce qu’un ami ne m’en montre un à l’époque où je jouais dans un groupe de rock. J’ai appris la musique électronique dans la rue d’une certaine manière. C’était à l’époque où on n'avait pas encore signé avec un label, j’habitais dans mon van à NY parce que je ne pouvais pas me payer de loyer, mais Danny venait de NY donc il habitait quelque part. Sur Canal Street, il y avait plusieurs boutiques de déstockage de matériel électronique. Pour 50 centimes, on pouvait récupérer des cartons comprenant des tonnes de bidules électroniques, comme des circuits, ou divers appareils que je connectais ensemble pour voir comment ils fonctionnaient ; c’est comme ça que je me suis éduqué. Je n’avais aucune idée de qui était Morton Stubotnik par exemple, alors que tout le monde me disait : « Tu es dans la droite lignée de ce mec ».

My background was totally rock and bluegrass. I didn't have a clue of what an oscillator was until a friend of mine showed me one and I was already fronting a rock band at the time. I didn't have any idea of what electronic music was, I got it strictly from street. I was a street person, I was living in my van in NY. Danny was from there and had a place to stay, which I didn't. And originally I couldn't even afford accommodations, that was before we even had a record label deal. On Canal St, which is on the downtown section of NY, there were several electronic surplus store, and they had huge boxes full of unlabeled junk, electronic stuffs on the sidewalk. Everything in the box would be 50 cents. I got circuitry, different engines and they I tried to see how they could work, that's how I educated myself. I didn't have any idea of Murton Stubotnik or the like, whereas some people were constantly telling me "you're from that guy's school".

Comment de simples oscillateurs ont-ils fait fuir tous les membres de votre premier groupe, The Overland Stage Band ?
How come all the members of your first band, The Overland Stage Band, all left only because of a mere oscillator?

C’était des guitaristes purs. Le son des dissonances électroniques que je trouvais si excitant ne s’adaptait pas au blues et ça les rendait dingues. Ils se sont dit qu’ils avaient tout intérêt à se cantonner à une scène plus traditionnelle, ainsi ils sont partis les uns après les autres jusqu’à ce qu’il ne reste plus que Danny et moi. Ils avaient déjà menacé de nous quitter avant ça, ils étaient vraiment sérieux concernant l’oscillateur. « Ne joue plus de ce truc, Simeon, sérieusement ! » Et évidemment je le faisais quand même.

They were pure guitar player guys. The sound of electronic dissonance that I found exciting, just didn't fit in their blues progression and it messed them up. They felt they could do a better living doing a more traditional scene in NY. And they left one by one and there was just me and Danny left. They threatened to quit several times before, they were serious about the oscillator, like "don't play this anymore, hey Simeon, don't do that". And I would do it!

Comment Silver Apples s’est retrouvé sur un label qui sortait des bandes-son de comédies musicales, Gilbert Bécaud ou Sonny & Cher ?
How did you end up on a label that released Gilbert Bécaud, Sonny & Cher or musicals sountracks?

Kapp ne faisait pas du tout de rock’n’roll. Ils avaient même un pianiste, Roger Williams, sur leur catalogue, ils n’étaient juste pas habitués à du gros son. Je pense qu’ils voulaient juste faire un truc un peu branché parce qu’ils se sentaient un peu à la ramasse. Ils avaient remarqué qu’on avait une certaine fanbase sur la scène underground, notamment celle du Max Kansas’ City, et ils nous ont signés. On était le seul truc plus ou moins pop du label.

Kapp Records didn't do any rock'n'roll at all. They had people like pianist Roger Williams on their roster, they were not used to big sounds. I think they just wanted to do something hip. They felt like they'd been left behind in the industry and they wanted something hip. They saw we had a following among the underground scene (Max Kansas' City, etc), and that made them sign us. We were the only pop kinda thing on the label.

Comment se passaient les concerts, techniquement parlant ?
How did the gigs go, technically speaking, at the time?

Pour jouer par exemple à 21h, il fallait que je commence à m’installer à 14h. Si quelque chose foirait pendant le concert, ça me prenait des années pour comprendre pourquoi. J’ai passé toute ma carrière musicale à essayer de réduire toute cette technique à quelque chose qui me soit accessible et sur lequel je puisse compter, ce qui n’est arrivé que maintenant.

When we played at 9pm we had to show up at 2am. It would take me that long to get everything all set up. It was a nightmare. If something went wrong it would take me ages to figure out why. My whole musical life has been spent trying to boil all this down to something I could understand and that is more reliable, which only happens now.

Pourquoi Silver Apples a dû se séparer à l’époque ?
Why did Silver Apples have to split at the time?

Le Pan/Am incident nous a achevé. Kapp flanchait sérieusement, ils nous avaient bien expliqué que si l’on pouvait enregistrer ce deuxième album, c’était uniquement parce que l’on avait un contrat avec eux et qu’il fallait l’honorer. Ils n’ont donc fait aucune promo à sa sortie. Et là Pan/Am les a poursuivis en justice à cause de la pochette, ça a été la goutte d’eau… Danny et moi n’avions aucun problème l’un avec l’autre, c’est juste que nous ne pouvions plus continuer Silver Apples dans ces circonstances. Il a été musicien de session par la suite, et on a perdu contact.

The Pan/Am incident sank the ship. Kapp was going under anyway. They had told us that we could record the second album only because we had a 2-album deal, and they didn't pay for any promotion. And then Pan/Am sued them because of the cover, and that was the straw that broke it. Danny and I didn't have any problem together, it's just that we couldn't do Silver Apples anymore under the circumstances. He did some session work on his side, and we lost touch.

On dit toujours de Silver Apples que c’était un groupe anti-hippy, mais les textes étaient très fleur bleue.
Silver Apples are often said to be anti-hippy, but the lyrics were quite lovey-dovey?

Après tout, quand tu as 20 ans, tout tourne autour de l’amour, non ? Tu ne penses qu’à ça normalement ! Nous n’étions pas des hippies en effet, on n’avait pas cette mentalité « fleur au fusil », mais nous étions aussi épris de romance que n’importe qui. Nous étions des gars des rues de New-York, mais on avait de l’amour en nous.

When you're 20 yo, it's always about love ain't it? That's all you think about! We weren't hippies at all indeed, we didn't have that flower-in-the-gun mentality, but we were into romance as much as anybody. We were NY street people, and love was part of us.

Quelles étaient les réactions à Silver Apples à l'époque ?
How were people reacting to Silver Apples at the time?

Extrêmes. Certains musiciens ou journalistes nous adoraient, d’autres nous haïssaient. Au début il y avait surtout des gens qui nous détestaient. Parfois lorsqu’on jouait en première partie d’autres groupes plus connus, ils venaient après notre concert en nous hurlant dessus : « Mais qu’est ce que vous faites ? C’est quoi ce truc ? C’est même pas de la musique ! ». Il arrivait le même genre de choses au Velvet Underground, alors que je les trouvais plutôt accessibles, ils avaient un son de guitare un peu drone mais il n’y avait rien de menaçant là-dedans.

D’autres musiciens nous aimaient bien, comme Hendrix (voir), avec lequel Danny jouait souvent sous le nom de Blue Flames. Il y avait donc des gens à NY qui avaient suffisamment entendu ce que nous faisions pour s’y habituer. Mais à San Francisco par exemple, nous avions joué dans un festival de hippies qui prenaient de l’acide assis sous des couvertures, et ils nous ont jeté des pommes. Je me souviens d’un article sur le festival qui avait pour titre « Silver Apples : Rotten Apples ».

Hot and cold. Some writers and musicians loved it and some others hated it, but no one said "ho here comes another band". In the beginning it was mostly people who hated it. We would be on bill with known bands at the time and we would play before them, and they would come backstage and just yell at us, "what the hell do you think you're doing? this is not even music!" Same thing happened to the Velvet Underground, but they were pretty tamed to me too, it just had a droney-guitar sound, but I didn't hear anything threatening there.

Some musicians liked us a lot. Hendrix for example hung out in NY a lot. Danny knew him. They jammed together, they were called The Blue Flames. Danny was a drummer off and on with him. Some of those musicians had heard enough of what we were doing so they were used to it. But for example in San Francisco we once played and they threw apples at us, I even remember there was a headline that read "Silver Apples: Rotten Apples", it was in a festival, with hippies sitting under blankets doing acid.

Qu’est-ce qui choquait les gens chez Silver Apples, finalement ?
What was it that alienated people in Silver Apples finally?

Il faut se remettre dans la situation de l’époque. Personne n’avait entendu ce genre de chose, à moins d’avoir été étudiant en musique à Columbia ou un truc dans le genre. C’était des sons très étrangers. De nos jours, tout le monde aime les sons électroniques, il y a même des endroits où les groupes à guitares ne peuvent plus jouer ! Mais à l’époque c’était complètement mutant. D’une certaine manière, c’est dans la nature humaine de se sentir menacé par quelque chose que l’on ne comprend pas. Ca prend un certain temps de s’y habituer et de se dire : « OK, ça ne va pas me mordre ». Pour moi, la musique en elle-même était plutôt raisonnable. Elle avait des structures, des mélodies. C’est seulement la manière dont elle était produite qui était étrange.

You have to look back at the time. No one had ever heard this kind of thing, unless they were in some music school in Columbia. These were all very foreign sounds. Nowadays people are quite into electronic sounds, so much that there are places where guitar bands can't get a job! But then it was the most alien thing in the world. It's human nature to be threatened to by something you don't understand. It takes a while to get used to it and say "ok this won't bite me". The music in itself to me was pretty tamed. It had structures and melody, it was just the way it was produced that was alien.

A quel moment vous êtes-vous rendu compte de l’influence de Silver Apples après sa disparition, notamment sur le Krautrock dans les 70's, puis sur l’électro-rock dans les 90’s ?
When did you grow aware of SA’s influence, notably on Krautrock in the 70's and on electro-rock in the 90's?

Je suis devenu artiste à partir de là et je ne me tenais plus trop au courant de ce qu’il se passait sur la scène musicale. J’entendais quelques trucs à la radio et je me disais : « Finalement, l’électronique prend de la place », mais je n’ai pas fait la connexion. Puis j’ai rencontré des artistes qui m’ont demandé des autographes en me disant combien on avait été influent pour eux et j’ai écouté ce qu’ils faisaient et j’ai compris qu’il y avait une sorte de progression organique entre ce que je faisais à l’époque et le présent.

I wasn't that aware in the 80s and early 90's of the music scene. I was working as an artist at that time. Still, I heard things on the radio and I thought "well, finally electronics are coming around". But I didn't make the connection. Then I started meeting some artists and they had me sign their records telling me how big an influence I had been, then I started listening to it and I saw that organic growth between what I was doing at the time and the present.

Quels sont les projets du moment désormais ?
What are your current projects?

Je travaille sur un opéra, je ne le finirai peut-être jamais. Ca parle d’une civilisation entière d’anti-vampires, ils sont immortels mais ils se nourrissent d’essences et de sentiments humains, et ils considèrent les vampires comme des carnivores puants, parce que quand tu passes des siècles à te nourrir de sang, à la fin il coagule et tu sens comme un animal mort à des kilomètres à la ronde.

Mais j’ai des projets plus abordables aussi. Notamment un album avec moi jouant avec certaines des personnes que j’ai influencées, de Jello Biafra des Dead Kennedys jusqu’à Portishead (voir) ou Blur, avec lesquels j’avais joué au Royal Albert Hall. Ca ressemblait à une improvisation mais ce n’en était pas une, et un article nous avait décrit comme « le son que pourraient faire tous les taxis de Londres s’ils freinaient tous en même temps dans un gigantesque crissement de pneus ». Quant à Portishead, ce sont des gens formidables. Ils m’avaient envoyé Third avant qu’il sorte en me disant : « Je crois qu’on vous a plagié sur un des morceaux. » et je leur ai dit : « Je suis honoré ».

I have several projects going. I'm working on an opera, I may never get there. The more I get into it the bigger it gets. It’s about a whole civilization of anti-vampires, they are immortal too and survive by feeding off of human essences and feelings. They think as vampires as stinky carnivores, stinky because when you spend centuries drinking blood then it coagulates and you stink like dead animals from miles away.

But there's something more doable, it's an album of me playing with some people who've been influenced by me, from Jello Biafra from the Dead Kennedys to Portishead, a wide musical spectrum of people who expressed an interest in doing it. Once all the paperwork is done, there would be a possibility to have it done. Also with Blur, we performed together at the Royal Albert Hall once as part of a John Peel festival. One the reviews of the big magazine described us as "the sound that would make all the bloody cabs in London if they came to a screeching halt together at the same time", which is a wonderful review. Portishead already had their record released and sent it to me saying "I hope you don't mind but we kinda properly ripped you off". And I said "no I'm honored".

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