Dena l'interview

Six ans après la sortie d'une ode aux plaisirs aquatiques, Dena revient avec If It’s Written, un album franc qui vient encore agrémenter l’éclectisme singulier de la scène musicale indépendante de Berlin. Enfant éternelle de la débrouille et de l'expérimentation qu’on sait fâchée contre les amitiés branchées et l'opportunisme latent de certains de ses pairs, elle revient avec un album où pistes mélancoliques se succèdent pour former le filtre de ses bouillonnements enfouis. Dena nous a livré sa démarche au saut du lit.

Quelle est la toute dernière chose que tu aies faite avant cette interview ?
What was the last thing you've done before taking this interview?

J'ai pris mon petit-déjeuner : un sandwich à l’oeuf au plat et un thé noir.

I had breakfast: a fried egg sandwich and a black tea.

Comment es-tu passée des études en sociologie des médias à la musique ?
How did you move from Medias Studies to making music?

En fait, c'était un processus assez parallèle. J'écrivais et étais déjà dans le bain pendant que j'étudiais, j'ai juste attendu d'être diplômée pour me lancer complètement dans la musique.

Actually, it was a parallel process. I was already writing and working on music while studying, so when I graduated I just stayed in music.

Quel bagage musical préalable t'a forgée avant que tu t'y consacres totalement ?
What was your musical background before putting a feet into this?

J'ai grandi en chantant dans la chorale de mon école dans ma ville natale, en Bulgarie. Lorsque j'ai emménagé à Berlin en 2005, j'ai rencontré un groupe de musiciens et une Canadienne qui, elle, m'a proposé de monter un groupe. On a officié sous le nom "Tschikabumm" pendant à peu près deux ans : je jouais du synthé, j'écrivais, je composais, et ma partenaire était batteuse. Après ça, j'ai commencé les études tout en commençant à écrire mes premières chansons et à programmer mes propres beats et j'ai eu la chance de collaborer avec des amis talentueux de la scène musicale berlinoise sur tout ça.

I grew up singing in the school choir in my hometown in Bulgaria. When I moved to Berlin in 2005, I met a bunch of musicians and a canadian girl who asked me if I wanted to start a band with her. We existed for about two years under the name "Tschikabumm" where I played synth and did some first songwriting, and she was on drums. After this, I studied but then started to write my own songs and programming beats that I was lucky enough to work on and engineer with a bunch of talented friends from the music scene in Berlin.

Berlin est un univers foisonnant de cultures, d'arts et de singularités, comment tout cela nourrit ton propre travail ?
Berlin is an entire universe of culture, arts and idiosyncrasies, how does all of that feed your own work?

Le fait qu'il y ait toutes sortes de communautés et de cercles d'artistes à Berlin est très inspirant. C'est vraiment génial que des artistes ou des gens avec qui j'ai travaillé sur l'album vivent ici-même ou soient en mesure de me rendre visite.

It's pretty inspiring that there are so many different circles and creative communities in Berlin. For me, it's a great thing that a bunch of artists and friends I worked with on my new record were visiting or live in town.

Pourrais-tu décrire ta manière d'écrire et de composer ?
Could you describe your creative process?

Ça part généralement d'émotions ou de sentiments puissants à l'égard de quelqu'un, en rapport au monde, ou en général. Une fois que j'ai trouvé l'inspiration et que ça commence à pétiller, soit j'enregistre une note vocale sur mon téléphone soit je plaque des accords au piano. Ensuite, je programme un beat et je produis le tout.

It's usually connected to feeling intensively in a way towards someone, the world or in general. Once I'm inspired and that the sparkle is in the air, I record a voice memo on my phone or play chords on the piano. Afterward, I make a beat and produce the track.

Tes chansons évoquent souvent ton rapport aux autres et tous les questionnements auxquels cela peut mener : ce processus d'écriture n'était pas légèrement intimidant au début ?
Your songs often treat about your relationship with others and all the concerns it can lead to, wasn't this kind of writing a bit intimidating at the beginning?

Je pense à tout ça dans un second temps, lorsque la chanson est achevée et dévoilée au public. C'est pour moi une façon indubitable de faire part de mes sentiments, parce que ça peut être un peu compliqué sans. La franchise dans la communication humaine parfois ça me manque car dans la vraie vie je pense que le silence et le mystère me contentent également. Du coup, écrire est pour moi une façon de me confronter à tous les non-dits. Aussi, je soutiens la théorie selon laquelle une fois que la chanson est sortie, son message n’est plus personnel. Ça sert l’intérêt public et toute personne qui s’est déjà trouvée dans le même état d’esprit. Je prie toujours pour que les gens de mon entourage ne détestent pas les paroles dans lesquelles ils se retrouvent ou s’identifient.

I reflect on this more afterwards, when the song is done and out there. It certainly is a way for me to communicate my feelings, because in life outside songs it can be a bit hard. I miss that straightforwardness sometimes in human communication, because in real life I guess I am also thrilled by silence and mystery. So songwriting is a way for me to cope with all that is being otherwise unsaid. Also, I have a theory that once a song is out, the message is not personal anymore. It becomes like public service and out there for everyone who has felt similar ways. I do always pray that people from my life who can find and identify themselves in those writings do not hate them.

Dans ton dossier de presse, on comprend que l’autoproduction de l’album est allée de pair avec un gain de maturité et de confiance en toi : est-ce aussi la raison pour laquelle l’album sonne plus « apaisé » que les deux premiers ?
Your press kit lets us know that this self-production process went along with a considerable gain in self-confidence and maturity : is this also the reason why the album sounds a bit more « soothed » than the two others?

Peut-être ! C’est aussi une question de style, les chansons de mon premier album se basaient aussi sur des démos mélancoliques comme celles-ci. Là, c’est davantage lié à mon souhait de ne pas alterner les démos et de faire en sorte qu’elles soient très concrètement les chansons de l’album.

Maybe! It’s also a style thing, even the songs from my first album were mellow demos like those once. It was more the decision this time to not alternate the demos but to make them BE the songs.

Quand Cash; Diamond Rings; Swimmingpools est sortie, les gens te comparaient beaucoup à MIA. N’est-ce pas un peu pénible qu’un travail soit constamment comparé à celui d’autres, même quand c’est bien intentionné ?
When Cash; Diamond Rings; Swimmingpools came out, people were comparing you to MIA a lot. Isn’t it a bit boring when your work is constantly compared to other creations, even when the words are well intentioned?

Je pense que c’est juste une habitude des médias en phase avec internet et les hashtags. J’aime aussi beaucoup MIA donc je pense que je suis assez flattée que les gens aient fait ce rapprochement à l’époque.

Yeah, I guess it’s just a media thing out there for the internet and hashtags. Also, I love MIA so I’m flattered people felt that way I guess, at that time back then.

Peux-tu nous parler de ta rencontre avec Sean Nicholas Savage ?
Could you tell us about how you met Sean Nicholas Savage?

On s’est rencontrés à un festival auquel on a joué à Lodz en Pologne il y a quelques années. Je savais qu’il était basé à Berlin et qu’on avait quelques amis en commun. J’écrivais So Wrong à l’époque donc je lui ai naturellement demandé si chanter dessus l’intéressait, puis j’ai été ravie qu’il accepte et qu’il joue le jeu.

We met at a festival we played in Lodz, in Poland, some years ago. I knew he was based in Berlin and that we had a bunch of mutual friends. It was at the time I wrote So Wrong, so I naturally thought to ask him if he was feeling like singing on the track, and felt so happy he felt it and did it.

Ces quelques collaborations avec Erlend Øye (King Of Convenience, The Whitest Boy Alive), Eyedress et Sean se fondent dans un album qui semble suivre un fil cohérent (chants apaisants, instrumentales éthérées, etc.) : savais-tu déjà comment allait sonner If It’s Written avant de contacter tout le monde ?

These few collaborations with Erlend Øye (King Of Convenience, The Whitest Boy Alive) Eyedress and Sean built themselves into an album which seems to follow a thread of consistency (soothing choruses, ethereal instrumental parts, etc.) : did you already know what you wanted If It’s Written to sound like before reaching everyone?

Bien sûr, j’ai écrit ces chansons plus ou moins à ce moment-là l’année dernière et je savais que j’avais envie d’enregistrer sur Garage Band avec des micros intégrés. Je savais que If It's Written serait une série de chansons très personnelles et je voulais me rapprocher le plus possible de l'aspect obtenu pendant l'enregistrement.

Sure, I wrote all those songs more or less at the same time of my life last year and I knew I wanted to record a lot with Garage Band and built-in mics. I definitely knew If It's Written would be a very personal collection of songs and I knew I wanted to be as close and intimate to the recording process as I could.

As-tu déjà songé à chanter en bulgare dans tes chansons ?
Have you ever considered singing in Bulgarian in a few songs?

J'adorerais faire ça et j'ai déjà même quelques idées en tête, on verra où ça nous mène.

Actually, I would love to do it and even had some ideas already, let's see where it leads.

Quel serait ton métier si tu n'étais pas musicienne et productrice ?
What would your job be it you weren't a musician/producer?

Prof de tennis.

A tennis teacher.

Parle nous de ton obsession musicale actuelle.
Tell us about your current musical obsession.

J'aime beaucoup Tirzah. Le tout est incroyable : sa voix, son album, la prod'. Je l'ai découverte par son album Devotion dont j'adore les chansons et j'aime aussi beaucoup ses EP précédents. J'adore aussi BEA1991.

I really love Tirzah. What an incredible voice and album and production, I just discovered her through Devotion and really love the songs and her previous EPs. Also, I love BEA1991.

Tracklist

Dena - If It's Written (Mansions and Millions/Normal Surround, 14 septembre 2018)

01. If (intro)
02. So Wrong (ft. Sean Nicholas Savage)
03. Imaginary Friends
04. HMU
05. Things That Mean A Lot (ft. Eyedress and Rhxanders)
06. Speculations (ft. Erlend Øye)
07. Freaking Out
08. The Promise
09. Fuck It
10. Forever Whatever
11. Easy Luv
12. If It's Written (outro)


Usé l'interview

Enfant de la crise et rejeton des squats, Usé a déjà connu milles vies avant de sortir au grand jour son projet solo. Après plusieurs formations (Headwar, Les Morts Vont Bien, etc.), il sort son deuxième album, Selflic, chez Born Bad Records. Exutoire à la monotonie ambiante ou digne héritier de la no wave, Usé vient de pondre un LP authentique et sans concession, et se fait le gardien d'une jeunesse enchantée, à l’honnêteté salvatrice. Avec ses faux airs de Mark Arm de Mudhoney, c'est dans le jardin du boss de Born Bad qu'il est venu faire sa promo. Ambiance plutôt chillax.

Agenda : release party au Point Ephémère, à Paris, le 04/07 (event FB)

Quelle est la principale différence avec le premier album ?

Il y en a beaucoup mais c'est surtout le son. Le premier était hyper DIY, j'avais enregistré des batteries avec Seb Normal, c'était un peu plus à l'arrache. Là j'avais envie de rien foutre donc j’ai demandé à Vincent d'enregistrer et même de mixer. Le son change vraiment la dynamique de l'album. En gros, moi j'ai un home studio à 3 000 balles tandis que lui a énormément de matos, c'est plus produit, c'est différent.

Par rapport à tes autres projets, qu'est-ce que cela change d'être sur un label comme Born Bad pour toi ?

Je fais de la musique depuis l'âge de seize ans, j'ai fait mille tournées, j'ai monté un label... c'est juste qu'avant, j'avais pas de copinage avec des journalistes. Born Bad a des contacts. C'est pour ça que je préfère que les journalistes viennent me voir ici que l'inverse. Ça me fait plus plaisir que les mecs viennent par envie. C'est intéressant de voir comment marche cette industrie par rapport aux médias. Pour JB, Born Bad c'est une famille, mais pas forcément pour moi ; j'ai mon label (Brique, ndlr), si je fais des trucs avec lui c'est pour découvrir un autre milieu, voir comment ça se passe, et si ça s'arrête je recommencerais mes trucs à côté. Ce n'est pas bien grave.

Tu continues tes projets à côté ?

Les Morts Vont Bien, c'est toujours d'actualité mais Headwar c'est un peu en suspens. Usé, c'est mon projet solo. Ca a été compliqué, j'ai mis six ans à avoir l'installation. Au départ, je devais avoir dix guitares devant moi, finalement j'en ai plus qu'une. J'avais pas de clavier, juste une batterie complète. Ça sonnait un peu comme Glen Branca ou Swans, des guitares désaccordées où je frappais dessus. J'ai finalement tout viré pour avoir plus de puissance avec des cymbales, etc.

C'est pas trop casse gueule avec ce genre de set up d'assurer en live ?

C'est ce qui m'intéresse. Quand tu vois Lux Interior des Cramps, tu sens que le truc est sur le fil. Ou comme Jesus Lizard. Le truc est solide derrière, ce qui permet au leader d'être en roue libre. Pour Usé, c'est pareil, j'ai comme un back up derrière qui me permet de faire n'imp' à côté.

Quel est le process pour tes compositions ?

J'ai d'abord une idée musicale, les thèmes viennent ensuite, sauf parfois pour les chansons d'amour. Ou parfois j'ai l'idée d'un clip, des images, et la musique vient. C'est ce que je vais faire pour une chanson, Tamponne-Moi, avec un propos assez cul. Ca se passera dans des auto tamponneuses. C'est mon coloc' qui réalise tous les clips, on bosse tout le temps ensemble. On se bourre la gueule et on écrit. En gros. L'alcool est assez important dans Usé. J'admire des mecs comme Gainsbourg. Je lisais l'autre jour que Charlotte, sa fille, se plaignait qu'il était tout le temps à bloc... et bien moi j'admire ce mec : je ne sais pas comment il a pu autant ramassé et être autant prolifique. Pour lui mais aussi pour les autres. Rien que pour ça, ce mec me dépasse.

Tu peux nous parler d'Accueil Froid, ta salle à Amiens ?

On avait un squat avec des potes dans lequel j'habitais et on organisait beaucoup de concerts là-bas mais on s'est fait virés. J'en avais marre de paumer le matos et j'ai eu un plan pour louer un endroit, mes potes ont suivi, j'ai mis deux ans à le trouver, j'ai fait des rendez-vous avec la mairie. Ça, c'est après les élections municipales, on a mis deux ans à réouvrir. Pendant deux ans, la ville nous faisait visiter des lieux complètement improbables, j'en ai eu marre, d'où l'idée de me présenter aux élections, avec l'histoire que l'on connait.

Qu'est-ce que ça t'a appris justement ?

Ça m'a pas fait prendre conscience que j'avais pas forcément raison face aux institutions. Mais les gens de la culture à Amiens m'ont énormément aidé. Même des SMAC m'ont soutenu. On a voulu faire les choses à notre manière : engagées et absurdes à la fois. C'est une expérience, c'est intéressant. Quand tu te retrouves chez France Bleu à sept heures du mat', que t'as pas dormi, devant des journalistes à parler des élections, alors que tout le monde écoute ça en direct en allant bosser, là c'est compliqué.

D'où t'es venu le thème de Selflic ?

J'ai souvent des insomnies, j'écoutais I Shot A Sheriff de Bob Marley et j'ai adoré le truc tout lent avec des paroles bien bourrines, le décalage est intéressant. Après j'ai une passion pour les slows. Comme pour Marilou, musicalement c'est une blague mais le texte est une histoire personnelle. Les slows, ça me sert à faire des "pauses" en concert car physiquement, parfois, c'est compliqué. Tout est construit pour le live à la base. Parfois, les intros sont longues mais c'est pour me poser aussi. Après c'est pas de la performance, il y a une part de théâtralité mais comme chez les Dead Kennedys ou les Cramps. Il m'arrive de sortir de concert et les mecs me disent « merci pour la performance » mais de quoi ? J'ai du mal avec ce truc. Ça reste un concert.

Audio

Tracklist

Usé - Selflic (Born Bad Records, 22 juin 2018)

01. Dans sa corde
02. Cardiaque
03. Danser un slow avec un flic
04. Elle seule
05. Dans un coin
06. En 3 secondes
07. Insomnie le temps d'une nuit


Gaël Faure l'interview

Auteur, compositeur et interprête, Gaël Faure sait tout faire. Autour de quelques bières, l'enfant que l'Ardèche continue d'inspirer, m'a raconté l'engagement derrière l'album de son grand retour, son Regain. C'est en plein coeur du onzième arrondissement de Paris que Gaël Faure m'a ouvert le sien.

Qu'as tu retenu de l'expérience Nouvelle Star ?

Je pars de l'opposé du parcours exemplaire. Quand je suis sorti de la Nouvelle Star, j'avais dix huit ans. Je connaissais vraiment rien à la musique, beaucoup moins qu'aujourd'hui. C'était ma toute première copine qui m'avait inscrit. Je te laisse imaginer le flou dans lequel j'étais. J'étais le candidat le plus vierge du monde, mes parents n'avaient pas la télé, je venais du fin fond de l'Ardèche. C'était parfait pour l'émission. À dix huit ans, j'ai refusé les albums préfabriqués de la Nouvelle Star. Je ne connaissais rien à la musique mais à l'écoute de ce qu'on me proposait, c'était viscéralement pas possible. Il fallait que ça aille vite et je n'étais pas prêt. Je ne savais pas où j'allais mais je refusais de prendre la direction que l'on me proposait. J'ai quand même profité du statut de star éphémère pour chanter un peu mais j'ai su que tout n'allait pas être simple par la suite. Je me suis toujours débrouillé pour faire des concerts quand les gens me demandait. Quand je suis monté sur Paris, j'habitais dans le sixième et j'ai croisé un chien mieux habillé que moi. C'est là que j'ai compris le décalage avec la vie que j'avais connue. Je sais pas pourquoi mais ça m'a marqué.

Comment réagis-tu lorsque l'on te colle l'étiquette du chanteur de variété ?

Se justifier de ses choix en France, c'est épuisant. Quand on me dit que je fais de la variété, à chaque fois j'essaye d'accepter cette remarque et je réponds sereinement que je ne trouve pas. Dans ma tête, j'ai une image très old school de la variété. Je pense à des artistes comme Obispo, dans la pure tradition française. Mais en même temps, je me dis que c'était une autre époque, on ne peut pas comparer des artistes qui ont vingt et trente ans d'écart. On est dans une époque de progrès technologique. À l'époque d'Obispo, ils ont forcément fait avec ce qu'ils avaient.

Avais-tu des craintes avant la sortie de Regain ?

Avec ce dernier album, j'avais envie de décodifier la "variété". Après quelques concerts en France et le début de mon intermittence, j'ai quitté la France. J'ai vécu quatre ans à Bruxelles et à chaque fois que j'allais en soirée ou à des concerts c'était dément. Les soirées musicales étaient décomplexifiées. Les artistes essayaient des choses sur l'instant et jamais personne ne disait : "C'est de la variété ou de la pop". Ca m'a fait beaucoup de bien de connaitre cette atmosphère, et c'est ce que j'ai essayé de mettre dans cette album. Puis dans l'idée de progrès, on oppose souvent l'homme à la machine mais j'ai voulu la dompter cette machine pour cohabiter avec elle. Il y a de ça aussi sur ce nouvel album.

Qu'est-ce qui t'a inspiré pour ce nouvel album ?

J'arrive tout juste à me décoller cette image de candidat de télé-crochet, douze ans plus tard. (c'est pas vrai, ndlr)

Paradoxalement, j'ai jamais eu m'impression de galérer. J'ai jamais totalement arrêté les concerts quand j'étais en France. Même à Bruxelles, je collais mes petites affiches dans la rue, et le plus fou c'est que les gens étaient curieux. J'avais besoin de digérer ma vie, mes expériences en France et ça m'a inspiré. J'avais envie d'un départ plus sain, un regain, une renaissance. J'ai fait de vraies belles rencontres. J'aime les gens et ils ont été réceptifs à ça. D'Alain Souchon à Dominique A, que de belles âmes. J'ai ouvert mon esprit pour cet album. J'ai contacté une asso' et je me suis intéressé à leur travail, j'ai participé au festival du Chant Des Colibris, c'était super inspirant. J'aime m'entourer d'artistes dont je soutiens le travail. Ce pantalon que je porte aujourd'hui a été conçu par une amie qui recycle de vieilles toiles de tentes. Encore une histoire de renaissance.

Comment s'est déroulée la composition de l'album ?

Musicalement, l'album a été composé par ma personne dans son entièreté. Pour ce qui est des textes, j'ai voulu donner de ma personne. Regain est un album beaucoup plus personnel que son prédécesseur. J'aime l'idée d'échanger avec les gens, j'aime confronter différents points de vue et allier les forces. J'ai voulu travailler avec des artistes authentiques tels que Ours et Pierre Souchon qui m'ont aidé à écrire deux belles chansons (Caractère, Il y a Quelque Chose sur La Lune). J'ai aussi écrit avec mon voisin de palier, Rye Chet, une chanson qui s'appelle Siffler. Il y a eu sur le disque le hasard d'un texte écrit sur un piano en l'espace de cinq minutes. Cette chanson s'appelle Traverser l'Hiver.

Si l'on ne devait retenir qu'une chanson pour caractériser l'album ?

Une chanson en particulier ? Courbes et Lacets a une pulse assez souple mais intense qui met en relief un son aquatique, presque élastique. C'est une chanson que j'ai écrite (ainsi que deux autres) avec le très talentueux Bastien Lallement.

Que peut te souhaiter la France pour la suite ?

Pour l'avenir, je suis confiant, il se dessinera tout seul. Je ferais en sorte qu'il ne s'éloigne pas trop. Dans un futur proche, j'aimerais vivre une belle tournée, pleine de saveurs, de belles énergies, de puissance, d'amour et de joie.

Vidéo


Somaticae l'interview

Que se soit sous son alias Somaticae (lire) ou avec ses side projects comme Balladur et Couleur TV, Amédée de Murcia se fait le gardien d'une musique intransigeante et sans concession. Orfèvre de l'architecture sonore et adepte de l’expérimentation depuis ses débuts, ce personnage discret de la scène techno tisse un univers bien à lui où l'on croise autant la science fiction paranoïaque de H.P. Lovecraft que l'électro déglinguée de Pizza Noise Mafia. Il était temps de lui accorder un entretien au long cours à l'occasion de la sortie de sa cassette, Le Premier Matin, chez Fougère Musique.

Peux-tu nous présenter ta cassette qui sort chez Fougère Musique ?

Le Premier Matin est une compilation d'improvisations enregistrées et éditées durant l'été 2017 dans mon studio, 12 avenue Paul Kruger.

Comment décrirais-tu musicalement cette nouvelle sortie ?

C'est un mini album qui mélange l'electronica, la techno, la musique électro-acoustique et les fields recordings. Par cet album, j’ai voulu retranscrire l’environnement des livres de SF qui m’ont marqués comme ceux de K. Dick, Borges ou Lovecraft mais aussi le roman Paranoïa de Christophe Siébert. Chaque morceau raconte un peu une histoire. Par exemple, Le Premier Matin de la Communauté raconte l’histoire d’une communauté qui, dans un futur proche, s'est retirée du monde. Ce premier matin est celui qui suit une nuit d'ingestion de psychédéliques par le groupe. Durant cette matinée, les habitants se prélassent dans leurs jardins et jouent de la musique, entourés d'animaux, en savourant les effets sensoriels et visuels qu'ils ressentent. Dans cette expérience communautaire décrite par le morceau, la notion du temps et des individualités est effacée. Quant au morceau Le Dieu Crapaud de Siébert, il raconte la scène ou Népès s'accouple pour la première fois avec le dieu crapaud Zoga dans son roman Paranoïa.

Il y aussi l'oeuvre vidéo de Martin Le Chevalier, Félicité, dans laquelle j’ai trouvé un écho à certains de mes morceaux. Cette oeuvre raconte une société si utopique qu'elle en devient effrayante, le monde égalitaire merveilleux qui y est décrit témoigne en creux de notre société. Le Premier Matin est donc un album qui parle de créatures de science fiction, d'utopie et d’une communauté psychédélique imaginaire.

Est ce que la littérature, le cinéma ou d'autres domaines influencent ta musique ?

Il y a donc la littérature de science fiction qui m’influence, mais aussi les livres de Noam Chomsky sur la dictature de l'impérialisme américain appuyé par la CIA ou encore ceux de Slavoj Žižek qui démonte l'idéologie de notre société en citant le cinéma hollywoodien. J'aime aussi beaucoup lire des revues comme Tacet, Audimat ou Revue & Corrigé. Ça me permet de prendre du recul sur ma pratique et de découvrir d'autres points de vues sur la musique. Le cinéma est important aussi, je citerai notamment trois films qui ont nourri l'imaginaire de l’album :

- Valérie au Pays des Merveilles, de Jaromil Jires, qui raconte le voyage onirique d'une jeune fille dans un monde à la fois merveilleux et inquiétant. On y trouve de fortes symboliques sur la tyrannie des adultes, des premiers émois sexuels et de la puberté.

The Wicker Man, de Robin Hardy, qui interroge sur ce qui constitue la marginalité dans notre société. Le héros est un inspecteur catholique qui se retrouve sur une île où les habitants vivent ouvertement un rite païen de fertilité ; tout ce qui est amoral pour lui (et pour nous) ne l'est pas sur cette île, et inversement.

- Les Conspirateurs du Plaisir, de Svankmajer, qui raconte les préparations solitaires de rituels érotiques étranges, rituels orchestrés secrètement par des gens ordinaires. J’aime aussi beaucoup l'art vidéo de Lionel Palun, Xavier Querel, Joris Guibert ou encore Electroncanon.

Est-ce que le processus créatif a été différent pour cette nouvelle sortie ?

Oui et non. Ce n'est pas la première fois que j'improvise en studio pour en faire un album mais, par rapport au précédent (Djinn Larsen, ndlr), les techniques ont été un peu différentes. Pour ce disque, j'ai fonctionné systématiquement ainsi : tout d'abord je me préparais un premier dispositif d'instruments issus de mon studio (boîte à rythmes, samples, effets), puis quand je trouvais une base de réglages de paramètres qui me plaisait, j'enregistrais et j'improvisais sur six ou sept minutes. Ensuite, cette première base était raccourcie et je cherchais d'autres éléments à ajouter en transformant mon dispositif d'instruments initial. J'enregistrais alors une seconde piste improvisée en m'imprégnant de la première, puis une troisième et ainsi de suite. Enfin, je cherchais des fields recordings d'animaux qui me rappelaient les sons que j'avais créés et je les glissais par intermittence. Il me semble que c’est une manière simple et amusante d'intégrer des éléments de réel aux sons électroniques afin d'évoquer des paysages ou des scènes de vie imaginaires.

Est-ce que l'expérience du live t'intéresse plus que le studio ?

J'adore tout autant le live et le travail en studio, et j'ai besoin de passer de l'un à l'autre pour confronter mes idées et en découvrir de nouvelles. Je fais bien sûr une distinction entre ces deux expériences. L'expérience du studio, c'est être seul dans une pièce avec une acoustique assez neutre, où il y a des enceintes d'écoute très précises (de monitoring). C'est un cocon aseptisé qui permet de travailler le son de façon chirurgicale afin de créer un enregistrement qui comporte le moins de différence possible lorsqu'il sera diffusé sur différents systèmes sonores. Dans ce lieu hermétique et intime, je travaille seul tout en imaginant bien sûr les réactions de l'auditeur futur.

Le paradoxe, c'est qu'il y a à la fois plus de liberté de création par rapport à un live (car il n'y a pas de limitation de durée d'expérimentation, pas de public réel), mais en même temps il y a plus de contraintes puisqu'on élabore le futur enregistrement qui sera par la suite à jamais figé numériquement. L'autre chose importante pour moi, c'est que le studio me permet aussi d'élaborer une composition non figée, spécialement prévue pour le concert où je viendrais soumettre une interprétation au public le soir venu - en ce moment, je n'improvise pas mes lives.

Le live, au contraire, c'est être dans un lieu où tous les paramètres externes comptent et sont insaisissables ; le soundsystem et l'acoustique de la pièce mais aussi l'affluence du public et son comportement, ce qu'il a consommé, s'il est attentif, s'il est venu pour la tête d'affiche, etc. Avec aussi, bien sûr, l'heure de la nuit et mon état moi-même. Je souhaite toujours jouer en bas, au milieu du public, afin d'entendre le même son que les gens mais aussi dans l'espoir de créer un rapprochement et une émulation entre l'artiste et le public, de casser cette image du musicien en haut, sur un piédestal. Le live et le studio, c'est donc indissociable, très différent mais tout aussi vital pour moi.

Peux-tu nous parler du podcast que tu nous as concocté ?

Ce podcast est un petit best of personnel des artistes qui m'ont inspiré ces derniers temps. Les samples percussifs et polyrythmiques de Jake Meginsky et de Raymonde m'ont pas mal impressionné par exemple. J'ai aussi beaucoup appris des jeux de distorsions sur les basses de boîte à rythmes ainsi que les delays sur les rythmiques avec C_C. J'apprécie beaucoup le minimalisme et la précision chirurgicale dont peut faire preuve Yann Legay ou encore Exoterrism, que ce soit en live ou sur disque. J'ai vu à plusieurs reprises des très bons lives de Terrine et j'ai été frappé par les textures très pures et dures, façon Pan Sonic ou Autechre, qu'elle peut générer avec uniquement la drum machine, ça m'a donné envie de pousser plus loin mon sampler octatrack. Il y aussi le jeu très surprenant de Typhonian Highlife qui peint un univers d'extraterrestres sur ses vieux synthés digitaux, je l’ai vu faire un beau concert l’été dernier à Grrrnd Zero. Il y aussi d'autres artistes dont j'aime beaucoup les concerts et les disques mais que je n'ai pas pu mettre sur le podcast : Accou, Jean Bender, Pizza Noise Mafia, Low Jack, Homnimal, Pierre Berthet.

Quel est ton parcours musical ? Comment es-tu arrivé à l'expérimentation ?

J'ai adoré écouter de la musique très tôt : dès mes onze ans, j'empruntais des disques à la médiathèque avec une préférence pour l'électronique. Ainsi, Homework des Daft Punk a beaucoup tourné quand j'étais en sixième. Mais très vite, en piochant dans les bacs de la médiathèque, je suis tombé sur Aphex Twin, Autechre et Amon Tobin, et là ça été une première révélation. Je voulais absolument faire quelque chose qui ressemblerait à ça. Seulement je n'avais pas les mêmes moyens ! Alors j'essayais des choses sur une vieille boîte à rythme et un 4-pistes emprunté à mon père, puis sur des logiciels sur ordinateur où je m'amusais à ouvrir des fichiers images sur des logiciels de son ou à enregistrer avec un micro de webcam les objets de la maison qui me passait sous la main et les tartiner d’effets. Donc l'expérimentation a été là dès le départ, et au fur et à mesure j'ai été capable d'imiter mieux mes idoles et les styles que j'aimais en maîtrisant mieux les logiciels. Depuis j'essaie de mélanger un peu de tout ce que j'aime en essayant d’utiliser les éléments de différents styles non comme références mais comme des outils pour la création.

Peux-tu nous parler de tes autres projets ?

Depuis cinq ans, j'ai un duo très pop qui s'appelle Balladur. En ce moment, on s'amuse beaucoup à mélanger des éléments de pop africaine ou indonésienne, du dub, de la new-wave ou encore du rockabilly. J'ai aussi formé un duo avec Edouard de C_C (parfois rejoint par Hugo Saugier à la vidéo), ça s'appelle OD Bongo et c'est plutôt drum et bassline, on s'inspire beaucoup de Muslimgauze et de Jah Shaka. Avec Hugo Saugier, on a monté un duo audiovisuel qui s'appelle Couleur TV. On travaille sur des samples et des larsens vidéos, en synchronisation avec des samples audios, dans une esthétique de patchwork télévisuelle flippante. Sinon, avec Romain de Balladur, on a aussi deux autres duos, le premier s’appelle Vinci, où on fait une musique instrumentale très répétitive, une sorte de krautrock industriel avec des nappes dissonantes et des synthés saturés, le second est Sacré Numéro qui est une performance avec la voiture de Romain qu’on remplit de micros et de capteurs.

As-tu des lives prévus ?

Pour ce qui est du mois de mai, je joue Couleur TV et Somaticae les 11 et 12 pour le Toulouse Hacker Space Festival et je finis avec une tournée de Balladur, dans le Finistère, du 18 au 27.

Ensuite en juin, je joue Vinci le 02 aux Tanneries, à Dijon, puis j'enchaîne sur une semaine de résidence avec Jérôme Fino à Besançon, pour le festival Bien Urbain où nous allons travailler sur le son des champs électromagnétiques des distributeurs de billets de banque. Le concert sera le 09.

Comment vois-tu la scène techno évoluer à Paris ces dernières années ?

Absolument aucune idée ! Je ne fréquente plus les clubs et je ne suis pas parisien. Je crois que les scènes musicales qui m'intéressent se trouvent dans d'autres villes comme Bruxelles, Lyon, Leipzig, Marseille ou encore Amiens.

Qu'est-ce que tu fais quand tu ne fais pas de musique ?

Avec des amis, nous nous occupons de la programmation du collectif Si au Périscope, à Lyon. On a déjà fait venir entre autres Christine Webster, Yann Leguay, Nicolas Maigret et Xavier Charles. On espère pouvoir faire venir Alexandre Chanoine en juin, qui travaille sur des objets sonores fabriqués en pierre et en bois. Je pense aussi faire un petit label de k7 avec Romain de Balladur, ainsi qu'un fanzine musical à plusieurs pour parler des artistes et groupes qui nous semblent pas assez mis en avant malgré leurs talents. Pour le numéro zéro, on a prévu un entretien croisé entre Golem Mécanique et Perrine Bourel, un portrait de Terrine, une interview avec un report de concert de Bégayer ainsi que des photos d'un super festival à Cherbourg.

Quel est ton meilleur souvenir de concert ?

Mon dernier bon souvenir de concert, c'est Pierre Berthet qu'on a fait jouer au Périscope, à Lyon, il n'y a pas longtemps. Il a fini son concert en se déplaçant au milieu de la foule et en portant sur la tête une cocotière sertie de coquilles de moule qui produisaient un crépitement cristallin lorsqu’il marchait. Il fallait voir ce sexagénaire faire bruisser son casque devant un public l'écoutant religieusement ! J'ai trouvé ça à la fois drôle et poétique.

Mixtape

Tracklist

Somaticae - Le Premier Matin (Fougère Musique, 08 mai 2018)

01. Le Dieu Crapaud de Siébert
02. Je Suis Resté Perché
03. Ils Dorment Sous l'Eau
04. Ticae Dub
05. Le Premier Matin de la Communauté
06. Après Nous, les Insectes


Dollkraut l'interview

Avec son kraut rock hypnotique et sombre, Dollkraut signe la BO parfaite d'un giallo italien imaginaire via l'album Holy Ghost People. Après un passage remarquable à la Station, cette fois en formation complète, les hollandais pourraient bien détrôner la référence du genre Beak> grâce à ses compositions arides à l'esthétisme rétro. On fait les présentations.

Comment se passe ta tournée ?

Plutôt bien ! C'est toujours agréable de jouer sa musique devant des étrangers.

Tu aurais une anecdote de tournée à nous faire partager ?

Oh mec, j'ai vu tellement de choses se passer en live que je ne m'en rappelle même plus. Mais on adore quand les gens deviennent tarés devant nous et qu'ils se mettent à faire du crowdsurfing.

Pourquoi as-tu décidé d'avoir un groupe sur scène à présent ?

Je pense que c'était la meilleure manière de présenter Holy Ghost People. Ce nouvel album sonne plus organique que le précédent.

Justement, comment le décrirais-tu ?

C'est plus un album « d'écoute » je dirais. Dans le sens où il y a beaucoup plus de profondeur. J'ai utilisé des instruments différents pour insuffler des éléments psychédéliques aux chansons. C'est d'ailleurs la principale influence d'Holy Ghost People , je voulais qu'il y ai une couleur qui ressemble aux vieux disques de psychédélisme, cette vibration si particulière.

Comment composes-tu ?

Je n'ai pas de processus particulier. C'est toujours différent. Parfois les paroles me viennent en premier, d'autres fois, j'enregistre d'abord la mélodie.

Tu te sens proche de d'autres formations ?

J'essaye de ne pas trop écouter ce qui se fait. Ça me pousse à ne pas suivre de tendance et de faire mon propre truc.

Ta musique est assez visuel. Est ce que le cinéma influence tes compositions ?

Énormément ! Des films comme The Holy Mountain, The Trip mais aussi L’ascenseur ou le film l'Alpagueur avec Jean Paul Belmondo ont une influence considérable sur mon travail.

Comment se porte la scène musicale à Amsterdam ?

C'est assez vivant, ll y a beaucoup à offrir. Mais encore une fois, ça peut aussi être très limité. Tu le vois partout, quand une musique commence à devenir moins accessible, le gens ne prennent pas le temps de vraiment l'écouter. Et donc, c'est parfois compliqué de remplir les salles de concert.

Tu penses qu'Amsterdam est une bonne ville pour être artiste et faire de la musique ?

Bien sûr ! Pas mal de gens de l'industrie du disque vivent ici, donc c'est plus facile de les approcher. Après, il y a toujours mieux. Rotterdam par exemple, qui est une ville très inspirante.

Que fais-tu quand tu ne composes pas ?

J' écoute de la musique, j'en poste pas mal sur la chaine web Intergalactic FM channel 4, et je bosse sur des artworks.

Ta musique fait beaucoup penser à des formations comme BEAK>, et à des vieux soundtracks de films d'horreur...

Peut être bien...Mais merci du compliment ! Si un réalisateur de films d'horreur veut travailler avec moi, dis lui de m’appeler sans problème.

Tu te vois toujours faire de la musique dans dix ans ?

Aucune idée, je peux très bien passer sous un train demain, donc bon. Je laisse cette question à ma destiné.

Tu aimerais produire d'autres artistes ?

Pas pour le moment. Mais je pense qu'une collaboration avec Roisin Murphy serait très intéressante.


House of Wolves l'interview

Du séminal Fold In The Wind paru en 2011 (lire) au plus récent troisième album éponyme (lire), Rey Villalobos, aka House Of Wolves, fait définitivement partie de ces quelques artistes avec lesquels Hartzine entretiendra toujours une histoire d'amour, du moins aussi longtemps que le californien nous gratifiera de ses chansons à la grâce et à la délicatesse infinies. Avec une constance étonnante, l'ami Rey nous avait déjà ravis il y a quelques mois avec son dernier LP qui, tout en soulignant le sens mélodique inouï de son auteur, prenait davantage d'ampleur et d'oxygène avec l'apport d'un quatuor à cordes et une section rythmique plus marquée. Une richesse sonore témoignant d'une volonté d'évolution artistique ne reniant pour autant rien d'un passé discographique frisant le sans faute. Toujours en très grande forme, c'est avec un split EP en compagnie d'Emily Jane White, à paraitre sur le label français Discolexique, que nous revient déjà House Of Wolves. Un EP sur lequel chacun reprend un titre de l'autre (Keeley pour House Of Wolves et Just Shy Of Survival pour Emily Jane White) et se fend pour l'occasion de deux nouveaux titres. Six tracks, donc, qui trouvent ensemble une cohérence étonnante, témoignant d'une longueur d'onde partagée entre les deux artistes. Et comme ces deux-là sont loin d'être des manchots,le tout s'écoute avec délice et délectation, dans une certaine légèreté de ton sur laquelle on n'aurait pas forcément parié sur ce coup, malgré le poids émotionnel de certains textes. En témoigne notamment l'irrésistible "Up High And low", qui dévoile une facette plutôt détendue du bulbe de son auteur.

Profitant de leur passage à Rennes le 21 mars dernier dans le cadre de leur tournée commune, et ce jour là, dans le cadre des 20 ans du festival Rennais Les Embellies, on a posé quelques questions à Rey Villalobos, déjà sept années après une première rencontre marquante.

House Of Wolves nous a également fait l'honneur d'une session live quelques heures avant son concert, nous offrant un petit moment de grâce et de générosité dans un coin de loge exigu et pas loin d'un évier, choisi par Rey Villalobos lui-même pour son acoustique et son intimité. La vidéo est à (re)découvrir ici-même.

INTERVIEW  (Rennes, Église du Vieux Saint-Étienne, le 21 Mars 2018)

Te voilà déjà de retour en tournée avec Emily Jane White quelques semaines après la tournée de House Of Wolves pour le dernier album. La scène est-elle un exercice que tu aimes de plus en plus ?
You are back again on tour with Emily Jane White a few weeks after having been on tour for the last album of House Of Wolves. Is being on stage an exercise that you increasingly cherish ?

C'est un défi que de jouer et de présenter ses chansons quand on se produit dans des endroits différents, et après chaque concert, on se demande ce qu'on peut améliorer. J'aime refaire cet exercice encore et encore. Le résultat n'est jamais figé : continuer à faire de la scène, apprendre, améliorer le set...C'est toujours très amusant de voir tout ce qu'on peut faire et c'est aussi un défi que de faire ça en solo parce qu'on se retrouve sur scène, complètement seul, à se demander comment on va faire pour faire en sorte que personne ne s'ennuie pendant 40-45 minutes, et comment on peut jouer avec le set sans un groupe avec soi.

It's a challenge to play and present your song when you play in different situations and after each show you wonder what you can do better. I am enjoying doing it again and again. It's a work in progress all the time : to continue to be on stage and to learn and to make the set better...it's always really fun to see what you can do and it's also really a challenge to do that solo because you're just up there totally by yourself wondering how you're going to keep everyone interested for 40-45 minutes, and what can you do to the set without band.

Ton dernier album, plus riche musicalement, t'a aussi amené à jouer avec groupe, contrairement à tes débuts. Qu'est que cela change dans ton approche de la scène ?
Musically richer, your last album has brought you to play with a band, contrary to when you started performing. What has it changed in the way you perceive being on stage ?

J'ai joué avec des groupes avant. J'ai été dans un groupe de rock donc ça n'a pas vraiment changé mon approche de la scène sauf que quand on joue dans un groupe, les questions de logistique sont tellement plus compliquées en comparaison avec une tournée solo... Mais c'est tellement génial de jouer avec des personnes avec qui le courant passe. J'ai joué avec une altiste, Olive, à Paris, et il y a aussi mon ami Mike, et quand on trouve des gens comme eux avec qui on crée une alchimie, l'énergie change complètement et on en vient à ajouter juste assez de dynamique pour être encore plus dans l'instant.

I've played with band before. I actually was in a rock band before so it hasn't really changed my perception of being on stage except when you play with band, logistics are much more complicated comparing to when you're solo. But then playing with people you click with is so awesome. I've played with a violist, Olive, in Paris, and there's my friend Mike, and when you find people like them with whom you can connect, the energy changes completely and you add just enough dynamic to be more into the moment.

Tes deux premiers albums apparaissaient très intimistes. Le 3ème, « House Of Wolves », est apparu beaucoup plus ouvert, plus ample (dans les orchestrations notamment, - de piano, + de cordes). Aujourd'hui, c'est un split EP avec Emily Jane White qui sort... Qu'est-ce que cela dit de ton évolution artistique ? Es-tu de plus en plus ouvert à l'extérieur ?
Your first two albums came as very intimate. The third one, « House Of Wolves », came as more opened, it gained momentum (especially with the arrangements, less piano, more strings). Today, it's a split EP with Emily Jane which is out now... What does it say about your evolution as an artist ? Are you more opened to exterior influences ?

J'ai fait les deux premiers en solo et le suivant a été enregistré en live, avec un groupe -batterie, basse, guitare et piano -, et quand on a joué cet album de bout en bout, on a joué fort...J'aurais aimé pouvoir amener ces personnes mais le coût était tout simplement trop élevé...Et pour l'album d' après, je me demandais s'il fallait mieux faire quelques chose de plus doux, ou carrément glam rock...On peut prendre n'importe quelle chanson et lui donner des accents rock ou super low fi donc j'aime bien tester les deux et envisager toutes les possibilités d'une chanson.

I did the first two solo and then the next one was recorded live, with a band -drums, base, guitar and the piano-, and when we tracked that album we were playing loud, we were rocking loud...I wanted to bring those guys but it was just so expensive...And for the next record I was wondering if I should be doing it with more mellow accoustics, or go glam rock...You can take any song and make it rock or super low-fi so I like going both and try and dicover all the possibilities for a song.

Avais-tu besoin de bousculer les codes édictés par toi-même concernant ta musique, l'envie d'une évolution plus marquée ?
Did you feel like you had to shuffle the lines of conduct you drew concerning your music, some sort of urge for a more affirmed evolution ?

J'en avais assez de faire de la folk ombrageuse, je venais de faire à la suite deux albums folk donc j'avais envie de tester quelque chose de différent, pas non plus un album glam rock complètement fou, mais différent.

I was tired of doing dark folk, I had made two folk records back to back so I wanted to something not full on crazy glam rock but different..

Le piano est de moins en moins présent dans ta musique, y compris sur cet EP. Quel est aujourd'hui ton rapport à ce qui est pourtant ton instrument de prédilection ?
The piano is less and less present in your music in general, and that's the case too on this EP album. How do you relate now to what's your favourite instrument ?

C'est vraiment juste une question pratique, on voulait faire rapidement cet EP donc on a travaillé avec une guitare. De plus, quand on est on tournée, personne ne va vouloir trimballer un piano partout avec lui...Mais ce serait super de refaire un album avec piano. Christophe (NDLR: le patron du label Discolexique) a réussi à nous avoir un piano pour la date de Lille donc à Lille on s'accompagnera juste d'un piano, sur ce tour.

It's really only just a question of convenience, with this EP, we wanted to do it quickly so we worked with a guitare, and also, when touring, you don't want to carry a piano around with you...but we'd love to do a full piano album again, and in fact Christophe managed to get us a piano for our date in Lille so we're playing with just a piano in Lille on this tour.

A propos de « House Of Wolves », j'ai beaucoup entendu et lu de références à Elliott Smith et notamment son album « Figure 8 », te présentant comme son successeur. Que penses-tu de cette filiation ?
About « House Of Wolves », I've read and heard many references to Elliott Smith, and especially his « Figure 8 » album, that presented you as his successor. How do you feel about this filiation ?

Vous rigolez, c'est incroyable...Je suis honoré...

That's amazing, are you kidding me ? I feel honored...

Pour ce split EP, comment vous êtes vous rencontrés et qui a proposé à l'autre une collaboration ?
For this split EP, how did you meet and who asked the other for a collaboration ?

Je reprends une de ses chansons, et elle reprend une des miennes, et c'est comme ça qu'on s'est rencontré. En 2015 je donnais une interview pour une émission de radio à Toulouse et ils passaient des morceaux, et là j'ai entendu une de ses chansons et j'ai trouvé que c'était un bon morceau. Je l'ai mis sur une playlist qu'on m'avait demandé pour un blog. Et on a fini par demander à Emily si elle voulait qu'on travaille ensemble, et on s'est rencontrés sur Facebook.

I'm covering one of her songs and she is covering one of mine, and this is how we met : I was in Toulouse in 2015 doing a radio interview show and as they were playing songs, I heard one of her songs and I thought it was a good song, I put it then on a playlist I did for a blog. And we ended asking Emily if she wanted to do the collaboration and we met online on Facebook.


Peux-tu nous parler de la genèse du disque ? Comment avez-vous procédé pour l'écriture et l'enregistrement ?
Can you tell us about the making of the record ? How did you do its writing and recording ?

J'ai enregistré ma reprise d'Emily dans ma ville natale à coté de Santa Barbara, avec Tom Flowers dans le studio qu'il a chez lui, avec une guitare acoustique et un vieux micro des années 60, je crois. Et pour les deux titres originaux, je les ai enregistré à L.A, chez Fireproof Recordings et j'ai embauché un de mes amis, Duncan, pour jouer la guitare lead... Et moi j'ai seulement apporté ma guitare acoustique.

I recorded Emily's cover song near Santa Barbara in my home town, with Tom Flowers in his home studio with an accoustic guitare and an old sixties microphone. And for the two originals I recorded them in L.A at Fireproof Recordings and I just brought my accoustic guitare down and I hired a friend of mine, Duncan, to play the lead guitare.

En quoi vous sentez-vous proches artistiquement avec EJW ?
In which ways do you feel artistically close to EJW ?

J'aime ses suites d'accords, comme dans la chanson « Keeley », je me retrouve dans ses suites d'accords, dans ses mélodies.

I like her chords progression, like in the song « Keeley », I could feel myself in the chords progression, in her melodies.

Comment places-tu ce split ep dans ta discographie? Y trouve-t-il une place cohérente ou est-ce une parenthèse?
Where would you classify this split in your discography ? Does it fit organically or is it a parenthesis ?

Je pense qu'il fait partie d'un ensemble assez organique, l'album suivant pourrait être assez similaire, plutôt folk, assez low fi, ou peut-être sera-t-il plus glam rock...ou peut-être les deux à la fois...

I think it's quite organic, the next one could be quite similar, folkish, quite low fi, or maybe it will be more glam rock... or maybe both...

Ce split EP apparaît assez cohérent sur la globalité. Comment avez-vous procédé pour trouver cette homogénéité ? Etait-elle voulue ou s'est-elle présentée naturellement ?
This split EP sounds like a whole. How did you manage to find this homogeneity ? Was it something you were aiming for or did it come as something natural ?

On a eu de la chance parce que c'est venu plutôt naturellement, j'enregistrais, elle jouait...on a été très chanceux.

We were kind of lucky and it came rather naturally, I recorded, she played...we were really lucky.

Dans une interview pour Hartzine en 2011, tu nous présentais l'idée qui alimentait ton projet musical comme une « nostalgie lointaine et entêtante ». Le dirais-tu de la même manière aujourd'hui ?
In an interview for Hartzine in 2011, you labelled what nourrishes your music as « a haunting far away nostalgia ». Would you describe it in the same way today ?

Pareil. La nostalgie d'une époque plus simple, comme une chanson d'amour...Je reste fidèle à mon slogan.

The same, a nostalgia for a more simpler time, like a love song...I'n sticking with my slogan.

Toujours en 2011, tu nous disais à propos de « Fold In The Wind » que ton ambition était de « faire un album très tranquille de chansons d'amour que je pouvais jouer seul ou avec un groupe » . L'ambition pour le troisième album, voire cet EP, était-elle différente ?
Still in 2011, you told us about « Fold In The Wind » that you wanted to make « a very chill album of love songs that – you – could tour solo or with a band. Was it a different ambition for the third album and this EP ?

Je n'ai pas pensé à la tournée quand j'ai monté cet album, j'ai juste assemblé les morceaux...Je me rappelle avoir pensé à ça pour les deux premiers albums, le troisième est un album pour un groupe, il a besoin de batterie et d'une guitare basse pour être joué, mais pour cet EP, je l'ai fait sans arrières pensées, sur ce projet je me suis simplement contenté de faire de chouettes chansons.

I didn't think about the touring aspect on that album, I just put the songs on there... I remember thinking that for the first two ones, the next one is more of a band album that needs drums and bass but for this EP I did it without any thoughts, I was just focusing on making cool songs for this project.

interview réalisée par Marie Baudouin & Sylvain Le Hir

Session

Le duo de choc est toujours en tournée actuellement dans toute la France:

27/03 : Dijon – adresse sur réservation au sabotage_box(at)hotmail.com
28/03 : Bourg-en-Bresse – La Tannerie
29/03 : Saint-Étienne – Le Fil
30/03 : Romans-sur-Isère – La Cordonnerie
31/03 : Toulon – Hôtel des Arts
01/04 : Toulouse – La Sainte Dynamo
04/04 : Nancy – Crypte de la Basilique Saint-Epvre (festival Off Kultur #2) Pays Bas
24/03 : Den Haag (NL) – PAARD Belgique
25/03 : Liège (B) – La Halte / Brunch JauneOrange (concert à 13h)
25/03 : Namur (B) – Chez Lisa (concert à 19h)


Lulu Van Trapp l'interview

C'est dans les profondeurs de Pigalle que j'ai rencontré un animal étrange, lunatique, qui chantait à tue tête de la pop mélancolique aux mélodies d'ailleurs. Il y a quelques jours autour d'une limonade Rebecca Baby et Maxime Sam Rezài m'ont éclairée sur le mystère Lulu Van Trapp.

Qui est Lulu Van Trapp ?

Rebecca : C'est un avatar que je m'étais créé au sein de notre ancien groupe La Mouche. On était très DIY on faisait tout nous même du coup je m'étais crée un personnage de manager imaginaire pour la Mouche. Un pour moi et un pour Max, il s'appelait Abaham Chance. Je me faisais passer pour elle quand il s'agissait de la partie booking du groupe. Pour ce projet au début on était seuls au Wonder avec Max à faire nos petites démos. On se sentait un peu moins seuls avec l'idée d'une tierce personne. Lulu Van Trapp est un groupe mais avant tout un personnage totem.

Comment s'est passé la transition de La Mouche à ce nouveau projet ?

Rebecca : On n’a pas arrêté La Mouche pour démarrer Lulu Van Trapp. Ce projet existait déjà en tant que side projet depuis un moment. C'était notre rendez-vous à tous les deux pour faire de la musique qui nous plaisait, qui était plus pop, le groupe de l'interdit.

Max : C'était plus intime. Lulu Van Trapp c'est le groupe où on se retrouvait au pied de l'arbre tous les jours à une heure donnée. C'était notre petite bulle à Rebecca et à moi, notre truc à nous. La Mouche a cessé de voler par elle-même et on a concentré nos efforts sur ce projet. On voulait faire de la musique un peu plus rock. Avec Lulu Van Trapp on crée un univers, des sensations qu'on n’arrivait pas à se procurer avec La Mouche. On essaye d'avoir un éventail de choses à transmettre. On avait encore beaucoup de choses à donner.

Max : La volonté de recruter d'autres musiciens est venue assez rapidement. Nico notre batteur et sampleur du désert, on le connait depuis des années, on a tourné avec ses anciens projets, on a fait plein de jams avec lui. Ca a été une évidence comme nous comme pour lui de bosser ensemble. Il avait adoré le tout premier set de Lulu Van Trapp super simple qu'on avait donné à la Rat’s Cup à Biarritz l'année dernière.

Rebecca : Nico est batteur pour un autre groupe qui s'appelle Spa Massage et un des musiciens de ce groupe, Manu, est devenu notre bassiste. C'est Nico qui l'a recruté pour nous. On a très vite eu notre première vraie date à quatre à la Maroquinerie en première partie de Faire. On a dû très vite rentrer dans une phase de travail assez intense en résidence afin de préparer ce concert là, ça nous a énormément rapprochés.

Comment se déroule le processus créatif au sein du groupe, qui fait quoi ?

Rebecca : Max et moi on travaille en binôme, on chante et on écrit à deux depuis longtemps. C'est
toujours beau quand on écrit, moi je suis la main qui gribouille et lui est allongé à rêvasser à côté de moi, la guitare à la main. Il me balance souvent des thèmes, des mots et j'essaye d'écrire dessus. Dès que je bute il a juste à dire un mot pour me relancer. On pourrait pas faire l'un sans l'autre. Pour la musique, c'est l'inverse. Max arrive avec des accords et on mélange nos idées. C'est une partie de ping pong entre nous. Lulu Van Trapp est clairement basé sur notre binôme en ce qui concerne les idées de base. Après, les chansons ne seraient pas les mêmes si on ne les partageait pas avec nos musiciens, ils nourrissent notre musique. Chaque membre apporte sa touche.

Max : Chacun est libre dans sa partie. Même quand on a une idée, on a souvent le désir de tout reconstruire, de tout recommencer en partant des idées des autres membres du groupe. On a envie de tout changer. J'adore l'essai, essayer des morceaux version country, version tropical, version pop anglaise, ça dépend.

Quelles sont vos influences musicales ? Où trouvez vous ces sonorités si singulières ?

Max : J'avais jamais vraiment joué de la guitare avant Lulu Van Trapp. Même pour Rebecca c'est un nouveau challenge qui se présente à elle. On utilise toujours son corps et son chant comme plateforme mais c'est différent. Rien que dans les paroles c'est plus fantastique mais aussi plus frontal. On raconte des choses que l'on vit. Tout est fluide entre Rebecca et moi. Dans ce projet, de l’œuf à son éclosion il se passe très peu de temps. Il y a plus de kilomètres au compteur.

Rebecca : Lulu Van Trapp c’est le groupe de la maturité. Là on ose faire de la guitare, du synthé, tenter plus de choses nouvelles en général. Tout me semble plus abouti et ça nous permet de réunir plusieurs styles sous la même bannière. On passe de l'anglais au français mais finalement tout se répond.

Max : A la base on aime les sons synthétiques et les boîtes à rythme japonaises. Pour les influences on part du rythm & blues vers la soul des années 60 tout en passant par la pop. On aime le style des love songs, le fait de déclarer sa flamme à travers la radio. Ce qui est cool en 2018 c’est qu’on peut tout mélanger parce que ça atteste d’une curiosité de notre part. Dans notre musique on retrouve du son des 80’s dans certaines textures mais les mélodies sont plus 60’s. Je sais qu’à la guitare j’ai une grosse influence qui me vient des îles comme Haïti et Hawaii. Notre duo basse et batterie lui est assez rock.

Rebecca : Notre dernière chanson "The Echo" montre bien ce métissage justement. On a utilisé un beat vraiment actuel, trapp d'un côté puis ajouté des paroles et une guitare surf vraiment romantiques de
l'autre. Je pense que ça en fait une bonne chanson d'amour de son époque. On est des gens de notre époque et on a envie de vivre maintenant avec le rythme d'aujourd'hui.

Quelles sont été les influences pour l'esthétique de votre travail ?

Rebecca : On a instauré une sorte de jeu. Avant chaque concert on se dit : "Alors on va faire quoi ? On va s'habiller comment ?" On s'habille tous pareil, on aime bien créer une atmosphère qui va être frappante. On est encore en train de créer notre esthétique, on découvre tout le temps des trucs. On représente parfois le rêve americain style cowboy naïf et tous les autres clichés qui vont avec. On réinterprête des visions qu'on a de certains styles, des trucs qui nous intriguent.

Max : Un peu comme dans les années 80 quand ils imaginaient le futur; des skateboards sans roues, des chaussures qui se lacent toutes seules. Des choses qu'on ne vit pas qu'on imagine, qu'on idéalise. D'une chanson à une autre on a des univers différents ça se ressent au niveau de l'esthétique du projet. Chaque chanson est porteuse d'un concept qui aura son esthétique. Nos concerts, nos chansons ne constituent pas un bloc mais c'est plutôt un voyage. Un voyage d'un point A à un point B en faisant le tour du monde.

En ce qui concerne vos dernieres sorties, quels sont les futurs projets de Lulu ?

Rebecca : On vient de sortir notre deuxième clip "The Echo" qui est en fait notre premier vrai projet à nous. 'G-Host', sorti il y a plus d'un an c'était une maquette pour le projet d’une amie, Julien Oona. On était ses acteurs. On commençait Lulu Van Trapp et on lui a proposé un son bricolé au Wonder, un des premiers du projet. C'était la période où Lulu était en train de naître, c'était naïf mais cool. "The Echo" c'est notre premier bébé 100% Lulu Van Trapp, on a tout pensé et enregistré.

Max : On est dans un délire de sortir des clips. On va sortir les chansons une à une, le tout deviendra un EP mais c'est pas la priorité. Notre volonté c'est de faire vivre nos chansons.

Rebecca : Notre musique et nos paroles sont imagées donc la mise en image est super importante pour nous. Dès que j'écris les paroles j'ai déjà les images et les clips en tête. On va sortir peut être deux clips avant de sortir un disque. Les gent sont bienveillants et super réceptifs autour de nous. Ils nous suivent dans nos délires. Nos prochains concerts seront le 20 Mars à La Maroquinerie en première partie de Bon Voyage Organisation puis le 21 Avril au Point Ephémère pour le Disquaire Day.

Crédit photo : Elodie Talmone


Slove l'interview

Slove c'est le résultat de  l'attraction élective  de deux vieux de la vielle de l'indie  d'ici. Depuis près de 20 ans, chacun de leur côté,  Leo Hellden et Julien Barthe additionnent les projets sans jamais  se perdre dans de trop grands écarts artistiques; les blases de leurs  projets parlant d'eux-mêmes : Asweffal, Tristesse Contemporaine, Plaisir de France, Sweet Light.... C'est en 2005 que le Suédois et le Breton se croisent aux détours d'un studio d’enregistrement à Bagnolet, depuis lors Slove est pour eux un exutoire artistique. Ainsi né cette raconte fortuite puis d'échanges autours de leurs influences contrastées, d'une longue période d'essai,  Slove est désormais une entité à par entière avec ce second album, Le Touch, qui sortira chez  Pschent fin mars et pour lequel Maud Geffray, Alex Rossi, Sarah Rebecca, pour ne citer qu'eux, sont venus donner de la voix sur des tracks tout en clair-obscur, aux asymétries follement harmonieuses, vacillant sans cesse entre flamboyance pop et rythmes synthétiques tranchants.  

Les deux bonhommes se sont prêtés jeu du questions-réponses et nous offrent  une petite mixtape exclusive à écouter ci-après.

Slove sera en concert au Hasard Ludique, samedi 10 mars en compagnie de Born Idiot organisé par nos amis du Bovary Club. Courrez-y avec vos places déjà dans la poche.

Interview

Doù venez-vous?

Julien : de Bretagne
Léo : de Suède

Où allez-vous ?

Julien : vers le futur!
Leo : je suis très bien a Paris mais ça peut bouger, je reste ouvert.

Pourquoi la musique ?

Julien : la musique à toujours été présente dans ma vie ainsi que dans ma famille. J'étais destiné au métier de graphiste et la musique à très vite pris le dessus... je ne suis pas vraiment musicien, j'ai plus l'impression de faire du collage, des découpages, du coloriage justement. Un peu comme un grapheur, un truc assez anarchiste, fun, libre. C'est du bricolage, de l'artisanat. C'est parfois technique mais toujours ludique. Généralement je passe peu de temps sur un morceau, comme quand tu es enfant, dessiner une aprem c'est une eternité!
Leo : Pour moi c’est un besoin d’exprimer quelque chose et de canaliser une énergie. La musique permet de décrire des émotions de manière encore plus précise que les mots. Slove c'est d'ailleurs une émotion, une expression qu'on a inventée, c'est la contraction de slow et de love. Ce qui est intéressant c'est de mélanger nos influences, nos gouts. Italo disco, french touch, acid house, punk, musique classique... Avec Julien on se complète, on est tous les deux un peu fou, on s'entraine mutuellement dans notre folie, et en même temps on est chacun le garde fou de l'autre.

Et si vous n'aviez pas fait de musique ?

Julien : j’aurais été graphiste ou fleuriste, il m'arrive d'ailleurs de faire des artworks avec des fleurs (cf la pochette du maxi Herbes Mauves, en duo avec Barbara Carlotti)
Leo : j’ai travaillé à temps partiel dans les livres anciens mais la musique à fini par prendre toute mon attention. Entre Slove, Camp Claude et Tristesse Contemporaine, je suis bien occupé. Et avant j'étais dans AsWeFall.

Une épiphanie personnelle ?

Julien : continuer a faire ce que j’aime : une chanson et une maison !
Leo : faire du yoga

Une révélation artistique ?
Julien : Dead Sea, DBFC, Dombrance, Pryda « Leja »
Leo : Not Waving, Errorsmith, Arizona

Le revers de la médaille ?

Julien : payer l’addition
Leo : il y en a surement mais j’assume mon mode de vie et je n'ai pas de regret majeur pour le moment.

Un rituel de scène ?

Julien : inspirer, respirer, transpirer
Leo : on aime faire des surprises, avec des invités, des cotillons... On fait aussi des erreurs, des pains comme vous dites ici - c'est pas vraiment voulu, mais ça plait au public.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Julien : Roisin Murphy
Leo : Hope Sandoval

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

Julien : pouvoir travailler avec ceux que nous aimons le plus autant, les chanteurs que les musiciens. On a souvent des rêves de gosses, et parfois ils se réalisent.
Leo : pour l’instant je pense à court terme : le prochain disque, le prochain concert... j'aime enchainer les choses vite, c'est ce qui me fait vivre. Je ne planifie pas trop, je m'amuse au jour le jour, c'est un peu le climax permanent au final.

Retour à l’enfance, quel conseil te donnez–vous ?

Julien : J’ai la chance d’avoir une maman qui m’a toujours encouragé à aller dans ma direction, je fais et je vis de ce que j’aime depuis toujours...
Leo : ne stresse pas: don't worry be happy.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

Julien : facile: je ferai de la musique ambient pop, de l’aquarelle et des diners pour mes amis, ma femme et mes enfants sous ma serre pleine de plantes...
Leo : sur la plage idéalement, avec un noix de coco à siroter

Comment voyez-vous évoluer votre musique ?

Julien : toujours plus de mélodies, de surprises et d'émotion mais aussi toujours de nouveaux featurings. Slove c'est un peu un atelier où on accueille des petits délinquants, on canalise leur energie et on les relache dans la nature quand on les a remis dans le droit chemin.
Leo : toujours à la recherche d’une expression plus pure et précise. Ca parait bête mais c'est un peu le Looking for the perfect beat d'Afrika Bambaataa.

Un plaisir coupable ou un trésor caché ?

Julien : l'autotune!
Leo : de manière générale je pense qu’on cache moins nos plaisirs coupables aujourd'hui qu’avant. On peut mélanger plus librement nos gouts indie avec des choses plus commerciales sans être jugé (on a récemment fait un mix dans lequel on a mit du Deadmau5 ou du Eric Prydz, ce n'est pas de la provocation, quand on aime on se pose pas trop de questions). On a toujours fait ça, Julien en remixant des titres de variété françaises avant que ça soit la mode. Et avec Slove, au delà de la musique, dans les paroles c'est très libre: du francophone, de l'anglais, de l'italien, beaucoup de no-sense ("Si t'as un plan cheval let me know"). Je crois que j'aime bien l'artiste Chaton qui est parfaitement dans l’air d’un temps et assez libre. On est là pour s'amuser et je suis très sérieux quand je dis ça.

 

Mixtape


TG Gondard l'interview

Après l'éclairage qu'a suscité son projet Colombey et son duo avec Pizza Noise Mafia, TG Gondard, n'en a pas pour autant oublié son alias initial en sortant coup sur coup deux albums l'année dernière. Avec son R n' Brie (ça ne s'invente pas) mélancolique teinté de bass music, TG sublime l'ennui, les histoires d'amour impossible, et les bleds paumés. On a vouloir savoir ce qu'il se cachait derrière toute cette grisaille.

Tu as sorti deux albums l'année dernière, Le Château et Avontuur II qui sont très différents. Comment les décrirais-tu ?

Le Château est constitué de nouveaux morceaux, qui sont en partie dans la lignée de l'album précédent Mon Albertine. C'est un album assez pop, avec beaucoup de chansons, mais aussi des morceaux instrumentaux assez élaborés, avec quelques invités de prestige tels que Èlg, Inès (aka Keiki) ou Jon Collin. Avontuur II est un album plus sombre que j'ai enregistré il y a plusieurs années et qui devait sortir sur un label belge à l'époque, mais le projet est tombé à l'eau. Je l'ai réécouté il y a peu et je me suis dit que c'était dommage que ce disque plutôt plaisant reste au placard, alors j'ai décidé de le sortir moi-même.

Quelles ont été les principales influences pour ces deux albums ?

D'une manière générale, les musiques qui m'influencent le plus sont d'une part la bass music actuelle et tous ses succédanés, chantés ou non; d'autre part la musique lo-fi et toute son histoire, des années 80/90 à aujourd'hui (moults comptes sur Soundcloud pourraient être cités en exemple). A ça on peut ajouter la musique des années 60, le R'n'B originel et la musique jamaïcaine, toutes ces chansons d'amour un peu naïves.

Qu'est ce que tu écoutais plus jeune ?

J'ai commencé par écouter de l'Electronic Body Music, le premier concert que j'ai vu c'était Nitzer Ebb. C'était totalement ringard à l'époque et aucun de mes potes n'écoutait ça; alors par la suite je me suis mis à écouter Pavement, Sonic Youth, ce qui était beaucoup plus respecté, puis des trucs plus obscurs comme la scène space-rock britannique et notamment les groupes de Bristol affiliés à Planet Records. Puis la techno, des trucs très durs, les free party, tout ça.

Il y a eu un gros éclairage sur Colombey. Ça te donne envie de te consacrer plus à ce projet ?

J'ai abondamment tourné avec Colombey, et j'ai sorti deux albums et deux singles en très peu de temps, du coup là je fais une petite pause et y consacre actuellement moins de temps. Mais j'y reviendrai plus tard, peut-être sous une autre forme.

Tu peux nous parler de tes autres projets ?

Je fais toujours parti de Pizza Noise Mafia, c'est un duo de musique électronique dansante clairement influencé par l'EBM, l'italo, l'electro, la noise; on tourne toujours régulièrement et on va essayer d'enregistrer un second disque. Mon autre projet en cours s'appelle Mon Alberteen, c'est un solo de techno assez classique pour faire danser les gens, je tourne dans toute la France en mars/avril avec Accou et Avventur.

Les paroles dans le Le Château sont assez mélancolique. C'est du second degré pour toi ? Est ce ton influence pour les chansons romantiques des années 60 ?

Il y a sur ce disque plusieurs chansons qui ne sont pas mélancoliques, mais la teneur générale est sentimentale. Ces chansons des années 60 sont une énorme influence, elles ont quelque chose de délicieusement désuet et poignant.
Mais je ne me contente pas toujours de reproduire bêtement leur schéma, et mes chansons ont souvent plusieurs niveaux de lecture. J'espère néanmoins éviter à tout prix le "second degré" et la moquerie, qui sont des choses qui ne m'intéressent pas du tout.

Ça parle également pas mal d'amour déchu.

J''ai toujours préféré les slows, les morceaux larmoyants et lyriques. D'une manière générale, mes chansons sont souvent fictionnelles. Je me sens plus proche d'un romancier que de quelqu'un qui tient un journal intime, et j'explore forcément souvent les mêmes thèmes, ceux qui m'inspirent le plus.

Tu es très prolifique. Que fais-tu quand tu ne fais pas de musique ?

La musique est ma seule activité, donc je ne me sens pas particulièrement prolifique, je me considère plutôt comme une grosse feignasse au quotidien. Mes autres grandes passions sont l'amour et le cinéma français.

D'où te vient cette fascination pour les villes victimes de l'exode rural ?

Quand j'ai commencé le projet Colombey je voulais parler des sentiments qu'on peut ressentir quand on grandit dans un coin paumé, il me semblait que c'était vraiment un thème qui n'avait été que très peu abordé dans la chanson et que ça manquait dans le paysage musical. D'ailleurs mon influence principale pour ce projet c'est plutôt un film, The Last Picture Show, de Peter Bogdnanovich.

Tu peux nous décrire le matériel sur lequel tu composes et enregistres ?

J'enregistre désormais tout sur ordinateur en multi-pistes. Mes sources sonores sont des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, je n'arrive pas à travailler avec les logiciels comme Ableton ou les VST.

Tes concerts sont à la limite de la performance. Tu le vois un peu comme ça ? C'est un exercice douloureux pour toi ? Un exutoire ?

C'est sans doute une remarque valable pour les concerts sous le nom Colombey, mais sous le nom TG Gondard il m'arrive souvent de jouer assis. Tout cela dépend surtout de l'énergie des morceaux et de l'énergie du moment, j'ai jamais trop réfléchi à la mise en scène ou à la chorégraphie.

C'est important pour toi d'être seul sur scène pour tes concerts ?

C'est un non-choix, je fais de la musique tout seul donc je la représente seul sur scène. J'ai jamais eu assez confiance en moi pour pouvoir jouer avec d'autres musiciens, à de très rares exceptions près. J'ai toujours l'impression de faire des trucs nuls quand je joue avec quelqu'un d'autre, de pas être à la hauteur.

Tu aurais des anecdotes de concert ?

Je te disais plus haut que plus jeune j'étais fan de la scène de Bristol : Flying Saucer Attack, Light, Crescent, tout ça.. Je rêvais un peu d'y aller à l'époque pour voir tout ces trucs en concerts et aussi la ville. Et là j'y suis allé et j'y ai joué pour la première fois il y a quelques semaines. Il y a pas eu plus d'une dizaine de personnes qui sont venues, et personne n'est resté pour mon concert. L'entrée était prix libre et on s'est partagé 90 pence avec le groupe Le Renard, c'était notre seul salaire. Et une Grolsch chacun.

Tu arrives à vivre de ta musique maintenant ?

Je vais voir mon nouveau conseiller RSA dans 30 minutes, olé !

Quels sont tes futurs projets pour 2018 ?

Je voudrais réaliser un beau et long film, un film en costumes si possible.

Audio

Mixtape

Tracklist

Lisa Lotion - Bbbmh
Inès & Regis Turner - Soledad
Christophe Clébard - Les enfants
Anne Laplantine - À main
Bitsu - Halla
Céline et Jean-Francois - Île s'éloigne de plage
Èlg - Triste zoo
Sara Fuego - Una ultima lagrima
"Blue" Gene Tyranny - Leading a double life
Ce Soir - Il neige à la chaux-de-fonds


TH Da Freak, l'interview

Avec ses compositions nonchalantes et ses enregistrements DIY, TH Da Freak impose l'esthétique slacker qui manquait à la France. Comme les apparences sont souvent trompeuses, derrière son style je-m'en-foutiste et ses allures de n'en branler pas une, le Bordelais est pourtant prolifique : il annonce trois disques pour cette année alors qu'il vient de sortir The Hood, un album aux mélodies imparables. En prime, il nous livre une mixtape exclusive.

TH Da Freak, l'interview : l'ivresse et la paresse

Bon, déjà, c'est quoi cette obsession pour l’esthétique slacker des nineties ?

Parce que Wayne's World ! Non, je ne sais pas, sûrement parce que j'adore la musique des années 1990 et que c'est pas bien compliqué de faire des clips ou des visuels comme à l'époque. J'aime beaucoup le grain qu'il y a sur les clips de Sonic Youth par exemple, je trouve ça plus vrai que les vidéos d'aujourd'hui, enfin, je sais pas, ça me parle quoi.

Tu écoutais quoi plus jeune ?

Mes parents écoutent de la musique classique. Donc j'ai commencé à écouter de la musique pop avec la télé surtout, M6 et toutes ces émissions qui passaient du Blink-182, Green Day, Nada Surf mais aussi Gwen Stefani, Snoop Dogg à sa période gangster cuisine, The Servant, 50 Cent, t.A.T.u et tous ces trucs. The Strokes à balle aussi. Les bails du début des années 2000 en fait ! Tout ça avec du Nirvana et du Velvet Underground, éternels sur mon MP3 128Mo.

The Hood est différent des autres albums.

Oui, il est différent, il ne part pas trop dans tous les sens parce que je me suis limité au niveau des instruments pour le recording. Il n'y en a que quatre : guitare, basse, synthé (qui fait les drums) et ma voix, tout ça sur un ampli 15 watts très cheap. Donc il va droit à l'essentiel, il est plus direct, bien que l'ambiance soit un peu léthargique et dreamy.

Tu vis à Bordeaux, tu peux nous décrire la scène musicale là-bas ?

La scène musicale est incroyable, il y a beaucoup de groupes de qualités : les gens d'Iceberg (J.C.Satàn, Sam Fleisch), nos potes de Bootchy Temple ou des groupes grunge/punk comme CHEAAP, Videodrome ou Cockpit qui nous ont beaucoup aidés avec notre collectif Flippin Freaks. Il y a pleins d'assos et de lieux coolos : les stoners de Make It Sabbathy, les weird punks de We Are Vicious, El Chicho, l'Astrodome, le Wunderbar, Bordeaux Rock, l'Antidote, la Cueva, le Void, l'iBoat, la Voute, l'Athénée Libertaire, etc. On se croise plus ou moins tous chez Total Heaven pour acheter nos disques. On est tous copains.

Quels sont tes influences avec TH Da Freak ?

Tout ! De la fourmi qui rampe à l'antilope qui bondit, le kebab du coin, Giant Steps de John Coltrane, euh, le dernier bouquin que j'ai lu ou bien Richard au Pays des Livres Magiques. Mais sinon musicalement, l'insolence et la beauté des années 1990 (Nirvana et Teenage Fanclub en somme), les artistes méconnus avant-gardistes de tout temps, les trucs de Captured Tracks, l'indie en général et le garage... voilà, tout ça c'est ma came.

Quels sont les principales thématiques de tes chansons ?

Ça parle généralement de moi (car je suis très selfish) et de ma vision sur des aspect de la vie, du monde, du love. En tout cas pour The Hood. Sinon ça parle pas mal de chiens aussi.

Tu te sens proche de d'autres artistes en France ?

J'aime me penser proches des artistes français qui font tout en indépendants, du clip à l'artwork, et qui restent dans leur délire parce qu'ils kiffent à fond.

Tu as d'autres projets musicaux ?

Oui, je suis guitariste dans le projet de mon frère, SIZ, je fais de la batterie dans Wet DyeDream et j'ai un groupe de composition où on fait un peu tout ce qu'on veut qui s'appelle 16 Final.

Tu comptes sortir trois albums en 2018. Pourquoi cette frénésie ?

Personnellement, ça me paraît ridicule et pas honnête de sortir quelque chose un an, par exemple, après l'avoir composé, j'aurais l'impression de vivre en décalé par rapport à moi-même. Là j'ai énormément de morceaux déjà composés que j'ai envie de montrer cette année et pas dans deux ans quand ils seront périmés à mes yeux.

Que fais-tu quand tu ne fais pas de musique ?

Et bien j'en écoute, je fais également des clips ou des vidéos rigolotes que je mets sur Instagram, je joue aux jeux vidéos, lis des livres, mate des films et aussi je travaille sur des chantiers avec mes superbes chaussures de sécurité.

À quoi ressemble une journée ordinaire dans la vie de TH Da Freak ?

Toutes les journées sont extraordinaires dans la vie de TH Da Freak. J'ai par exemple mangé un insecte aujourd'hui.

As-tu des anecdotes de tournée à nous faire partager ?

La fois au Cremafest, à Champigny-sur-Marne, où l'esprit de Satan a pris le contrôle de Victor de The Big Idea et m'a (entre autres) lancé un saut rempli d'eau, de bière et de cendres. Je tairai les autres agissements de cette possession maléfique.

Tu te vois comment dans dix ans ? Toujours dans la musique ?

Je me vois comme le futur Maître Gims.

Un dernier mot ?

Le smiley circonflexe circonflexe - c'est pas un mot, désolé.

Mixtape

Tracklist

TH Da Freak – The Hood (Howlin' Banana Records, 16 février 2018)

01. Old Ladies Of The Blocks
02. See Ya In Da Hood
03. Wanking Glass
04. I Add Some Whisky In My Cola
05. I Don't Understand
06. Techno Bullshit
07. Thick Head
08. Bored
09. Bienvenidos At Satori Park
10. Moonmate
11. I Was Such An Idiot


Domotic, l'interview

En parallèle de ses projets Egyptology, Centenaire et Karaocake, Stéphane Laporte continue son odyssée expérimentale sous son alias Domotic. Inspiré par ses vacances à la Ciotat et composé sur un 4 pistes chiné sur le Bon Coin, Smallville Tapes est un cinquième album poétique et instrumental qui convoque les fantômes d'Ennio Morricone et de François de Roubaix. On a décidé d'en savoir plus sur la genèse de ce chef-d'oeuvre.

Domotic, l'interview

Comment s'est passé ton concert à la Maroquinerie ?

Pas trop mal, mais j’ai un peu merdé au niveau de la scéno... J’avais tenté de jouer au milieu du public il y a un mois, à l’Olympic, pour une soirée Err Rec et c’était très chouette, dans un petit lieu, en fin de soirée, tout le monde un peu chaud... J’ai vraiment bien aimé, c’était assez amical comme disposition, donc là j’ai voulu recommencer, sauf que je jouais en premier, et pile à l’heure ! Les gens sont restés loin derrière moi, je me suis senti un peu seul et le public a dû se demander qui était ce gars qui voulait jouer dos au public. Je joue en solo électronique, un peu techno/ambiant, des choses qui sonnent un peu comme les Fourrure Sounds sortis chez Antinote, du coup il y a une grosse part d’improvisation, c’est très élastique. Je trouve des nouveaux trucs à la volée, c’est un exercice très sonore. Là, c’était limité à trente minutes donc un peu étriqué et pas vraiment adapté à ce genre d’exploration. Les gens ont bien aimé, cela dit.

L’exercice du live te plaît ou tu es plus intéressé par l’enregistrement ?

À la base, ce qui m’a donné envie de faire de la musique, ce sont les Beatles. Leurs disques en stéréo me fascinaient quand j’étais petit ; j’écoutais le côté gauche de Strawberry Fields et puis après le côté droit, ça mettait en évidence l’instrumentation et la construction du morceau, j’étais très curieux de ça. J’ai donc abordé la musique du côté enregistrement. J’ai fait une formation d’ingénieur du son parce que je ne pensais pas pouvoir être musicien et puis finalement, pendant ces études, j’ai commencé à enregistrer des morceaux avec mon petit synthé Yamaha pour m’entraîner et pratiquer le logiciel Pro Tools qui me plaisait bien. C’est devenu mon premier album, Bye Bye. Quand on m’a proposé de faire des concerts autour de ce disque, j’ai accepté et ça a été au départ un truc un peu douloureux, stressant, et puis après plein de mésaventures techniques en public et de concerts devant dix personnes, j’ai réalisé que faire un mauvais concert, ça n’est pas bien grave. Depuis, je suis plus détendu et j’aime bien ça. Ça m’a aussi permis de voyager pas mal et j’adore ça, voyager avec un projet, pas simplement en touriste ! Mais je crois que je préfère encore l’expérience studio qui me semble plus créative et aussi plus confortable. J’aime vraiment la phase d’enregistrement, la construction d’un morceau par couches, enregistrer des trucs en première prises et d’autres jouées trente fois avant d’avoir la bonne.

Tu peux nous expliquer la genèse de ce nouvel album ? J'ai entendu parlé d'un 4 pistes acheté sur un parking Auchan et de K7 achetées dans une station-service ?

Ça a commencé comme ça, effectivement. J’avais repéré sur le Bon Coin un vieux Tascam que je connaissais bien, et je l’ai acheté quand j’étais en vacances chez mes parents. Pour le tester, j’ai enregistré quelques pistes de batteries. Je n’avais pas grand-chose comme matériel, juste un micro et un casque, et des vieilles cassettes déjà overdubbées. J’ai mis le casque dans la grosse caisse comme un micro inversé, un SM57 sur la caisse claire et j’ai enregistré des batteries à l’aveugle en saturant un peu tout ça, puis quelques basses ou guitares quand j’avais des idées, mais c’était à chaque fois la batterie que j’enregistrais en premier -
j’en ai une chez mes parents mais pas à Paris où j’habite. Tout ça était fait sans métronome donc un peu bancal, il y a plein de moments où ça hésite, où le tempo bouge... mais quand tu écoutes une piste de batterie toute seule, c’est pas forcément évident.

Comment s'est passé le processus créatif ?

En rentrant de vacances, j’ai transféré ces bouts de batteries et ébauches de morceaux sur l’ordi ; j’ai trouvé ça pas terrible donc j’ai laissé ça de côté. Un an plus tard, alors que j’avais un peu de temps devant moi, je suis retombé dessus. J’ai plein de projets inachevés sur mon disque dur donc je me pose toujours la question de commencer un nouveau truc ou d’en finir un vieux. J’ai réécouté ces enregistrement que j’avais un peu oublié et j’ai trouvé que c’était plutôt cool malgré tous les défauts, le son de batterie me semblait chouette avec le recul, du coup j’ai commencé à essayer de construire des choses qui iraient sur ces rythmiques, couches par couches. De l’orgue, des guitares, des traitements sur la batterie, du synthé, etc. Ça s’est fait quasiment d’un seul jet, de manière hyper instinctive, sans aucune conscientisation, sans enjeu. C’était chouette d’avoir le temps de se perdre dans un projet, c’était une approche très fraîche et innocente, c’est d’ailleurs ce que je préfère dans ce disque, au de-là de la musique, c’est la spontanéité avec laquelle il est apparu. Presque comme un premier disque en fait, sans penser du tout à un public ou à un regard extérieur.

Comment décrirais-tu ce nouvel album ?

J’apparente ça à des chansons sans paroles. Il y a tous les ingrédients de la pop je crois, sauf du chant. J’aimerais bien parvenir à faire des vraies chansons mais je n’arrive quasiment jamais à écrire des paroles satisfaisantes. Je dirais donc quelque chose de mélodique, avec parfois des accords bizarres et des choses étranges, et un son un peu poilu, à l’ancienne.

Tu as eu des influences particulières pour Smallville Tapes ?

Plein d’influences, conscientes ou pas. Dans l’approche du disque, si, il y a des choses décisives, je dirais sans hésiter : Garage Array de Dylan Shearer, un super beau disque sorti sur Castle Face, le label de John Dwyer, avec plein de batteries qui ralentissent et se cassent la gueule et des magnifiques chansons, de beaux changements d’accord à la Syd Barrett. Sans doute aussi Beak> qui m’a bien décomplexé pour les roulements pourris et l’idée de créer une musique "réaliste" plutôt que calibrée - même s'il y a beaucoup de traitements sonores sur le disque et que le son n’est pas naturel. Sinon, mélodiquement, je pense qu’on entend, malgré tous mes efforts, Tortoise, Morricone, Radar Brothers, Can, François de Roubaix et les Beatles. J’essaye d’éviter d’être dans la citation ou le pastiche ceci dit, de trouver une approche un peu originale, mais leur influence sur moi est indéniable.

Mais pourquoi as-tu décidé de renommer La Ciotat, "Smallville" ?

Pourquoi pas ? J'avais déjà enregistré des choses là-bas il y a longtemps et j’avais appelé le projet Music From Smallville, mais je n’ai pas réussi à le terminer alors j’ai ressorti le nom... un peu comme Rimbaud et Charlestown à la place de Charleville, tu vois ? Histoire de coder un peu, de mystifier tout ça. C’était donc le nom de travail du projet : Smallville (La Ciotat) Tapes (cassettes).

L'artwork de l'album est magnifique. Tu peux nous en dire plus sur l'illustrateur, l'histoire derrière cette œuvre et votre rencontre ?

Merci ! J’aime bien les images en général et les vieilles photos en particulier, donc quand il a fallu réfléchir à la pochette, j’ai cherché des images dans des vieux bouquins à moi et je suis tombé sur cette collision entre l’image de la plage et l’autocollant avec le studio. C’était vraiment une épiphanie pour moi, ça représentait super bien ces quelques jours à La Ciotat où j’enregistrait les batteries dans ma petite pièce plutôt que d’aller m’amuser à la plage. Le contraste intérieur/extérieur, clim/canicule, vacances/travail, foule/solitaire me semblait bien drôle et correspondait finalement à la façon dont le disque est né. Ensuite j’ai donné une sélection d’images à Jean-Philippe Bretin, que je connais grâce à Karaocake, pour qui il avait réalisé un clip. On se croise depuis un moment - on a des amis communs -, il a travaillé sur la pochette d’un disque de Ricky Hollywood qui jouait de la batterie avec Egyptology pendant quelques temps. Il a repris et amélioré le collage de base, et a trouvé toutes les déclinaisons pour le dos et la sous-pochette. Il a vraiment su pousser l’idée de base beaucoup plus loin, ça correspond à ce que j’avais en tête sans le savoir : un geste assez brut, simple, un peu idiot et poétique. J’adore le résultat.

Où en est-tu avec tes projets parallèles : Centenaire, Karaocake et Egyptology ?

Centenaire est en sommeil profond, même si on reste amis. Chacun a moins de temps à consacrer au projet donc on a arrêté pour le moment. Karaocake a sorti un album chez Objet Disque l’année dernière, et on essaye de faire des concerts. Et Egyptology a enfin fini son album, on est très fiers, il devrait sortir d’ici quelques mois. Je joue aussi dans le "Morricone Moonshine Pop Ensemble", un groupe de reprises d’Ennio Morricone, et j’accompagne au clavier Xavier Boyer, chanteur de Tahiti 80 dont j’ai produit et mixé l’album solo l’année dernière.

Avec quinze années de carrière, on a l'impression que chaque album est pour toi un défi, avec à chaque fois un nouveau concept, avec des limites imposées. Tu le vois comme ça ?

Défi, c’est un bien grand mot, mais en effet j’aime bien essayer de ne pas me répéter. L’idée de travailler sous contrainte me semble intéressante pour renouveler un peu ma pratique et mon approche, ne serait-ce que de se trouver des limites matérielles comme le fait de travailler aux 4 pistes pour les Fourrure Sounds. Je trouve ça assez épanouissant au final de cadrer un tout petit peu les choses, ou plutôt désinhibant. C’est comme si tu n’étais pas totalement auteur de ton travail puisque quelque chose d’arbitraire a déjà tracé une direction pour toi. Du coup, l’enjeu semble moindre peut-être ; tu réagis à un matériel, une situation, plutôt que de pouvoir partir dans n’importe quelle direction. Ça oblige à prendre des décisions, faire des choix très tôt qu’il faut assumer et ça permet de ne pas se perdre dans des détails. De la même manière, j’aborde un peu la composition comme ça, en me disant par exemple "la ligne de basse de ce morceau ne va faire que monter", ou bien "elle va utiliser toutes les cases de la corde de mi à un moment ou à un autre". Il y a aussi un morceau où je tente de faire toutes les permutations majeur/mineur sur deux accords en boucle. Ce sont des petits exercices idiots mais qui aident à suivre une direction, après j’essaye de trouver des mélodies qui vont faire sens sur ces choix de compositions un peu arbitraires.

Beaucoup d'artistes, comme Forever Pavot, te citent comme une référence culte, mais tu restes encore un artiste de l'ombre. Cette place te convient-elle ou c'est parfois frustrant ?

Ouh là là... culte, je pense que tu vas un peu loin. C’est sans doute juste dû au fait que je persévère malgré l’absence de succès. J’aime faire de la musique, c’est vraiment des moments privilégiés quand tu travailles sur quelque chose de personnel, tu t’oublies un peu, tu sors du temps, tu produits quelque chose sans avoir l’impression de travailler. J’adorerais pouvoir me consacrer pleinement à la musique, sortir des disques plus facilement et plus vite. Je rêve du salaire universel pour ça, d’ailleurs ! Donc oui, parfois je suis insatisfait parce que je suis obligé de faire d’autres choses alors que j’aimerais bosser sur un morceau à la place mais bon, je n’ai vraiment pas à me plaindre.

Avec tout ces projets et ta participation à d'autres groupes, que fais-tu quand tu ne fais pas de musique ?

Je donne des cours de son et video dans une école d’arts appliqués, c’est mon vrai gagne-pain et c’est aussi un travail intéressant. J’aime bien essayer de transmettre des choses, même si je ne suis pas un vrai pédagogue. Sinon je travaille comme mixeur/producteur sur les disques des gens qui me le demandent, dans mon petit studio, c’est très variable de ce côté-là.

Quels sont tes projets pour cette nouvelle année ?

Monter un groupe et répéter pour jouer Smallville Tapes en concert, finir la version disque de la BO d’un court métrage (Friendship Without Love de Sébastien Auger), finir un disque un peu ambiant construit autour du Fender Rhodes et trouver un label pour ça, terminer une cassette de morceaux solo électronique live à sortir chez Err Rec.

Un dernier mot ?
Choucroute.

Photo : Maria Daniela Quiros

Mixtape

Tracklist

Domotic – Smallville Tapes (Gonzaï Records, 24 novembre 2017)

01. Repos forcé
02. Fréquence fuzz
03. Terrain vague
04. Cinquième étage
05. Luminosité variable
06. Département inconnu
07. Rite de passage
08. Cocktail étrange
09. Investigation préliminaire
10. Pierre angulaire
11. Injection


Focus Berlin Atonal 2017 : Emptyset, l’interview

Décidément, Bristol est la ville à arpenter ces derniers temps afin de dénicher les vrais talents de la musique de demain. En un tout petit peu plus de dix ans de carrière, Emptyset a réussi à se forger une solide réputation, se basant sur une identité forte et puisant sa force autant dans la techno traditionnelle que dans l’expérimentation la plus tentaculaire. Leur dernier succès en date, Borders, paru sur Thrill Jockey, tranche quelque peu avec Recur, sorti il y a quatre ans sur Raster-Noton. Avec Borders, Emptyset s’affranchit des codes pour nous offrir une œuvre terriblement mentale tout en gardant une ouverture dancefloor. Rencontre avec ces deux perfectionnistes qui nous en disent un peu plus sur leur façon de travailler et leur exigences musicales.

Hi guys, expliquez-nous comment vous êtes tombés dans la techno ?
Hi guys, tell us how you got into techno?

Nous nous sommes tous les deux intéressés à la techno, la musique électronique et la musique de club lorsque nous étions à Bristol. Des rencontres fortuites avec des artistes comme Jeff Mills ou Claude Young ont vraiment éveillé notre intérêt au-delà de ce que nous a apporté cette ville. Dès lors, il fallait qu’on explore cette musique qui venait de Detroit, Chicago aussi bien que Berlin. L’important était le rythme, la production et les systèmes sonores, c’est sûrement plus tard qu’on a commencé à réfléchir davantage à la façon dont la musique électronique est reliée à l'urbanisme et à l'anthropologie, ainsi qu'aux sonorités liées aux espaces physiques.

We both arrived at an interest in electronic music, techno and club music through our time in Bristol. Of particular interest were chance encounters seeing people like Jeff Mills or Claude Young play that definitely sparked an interest in music occurring beyond the city. From there it became about exploring this music that was coming out of Detroit and Chicago as well as Berlin. Ideas of rhyhthm, production and sound systems, then perhaps later thinking more about how electronic music connected to urbanism and anthropology as well as how sound related to physical spaces.

En quelques années, Bristol s’est convertie de capitale du trip-hop à celle de la techno-expé, que s’est-il passé en dix ans ?
In a few years, Bristol converted from trip-hop to techno-expé music capital, what happened in ten years?

Nous sommes tous deux basés à Londres et à Berlin maintenant, alors nos observations sur les changements de Bristol sont un peu éloignées, mais dans l'ensemble, il semblait qu’il y ait émergence de la bass music et une résurgence d'intérêt pour la house et la techno créant une ouverture de la ville vers l’extérieur. Ensuite, cette nouvelle approche a coïncidé avec un nouvel afflux de producteurs qui ont ensuite commencé à fusionner leur propre approche sonore avec la culture musicale appartenant à Bristol. En fait, ce qui est peut-être le plus impressionnant à propos de Bristol, c'est la quantité de musique qui y est produite par rapport à la population et à la taille de la ville, ce qui en fait un endroit très spécial.

We are both based in London and Berlin now so our observations of Bristol’s changes have been a little from a distance, but overall it seemed the rise in bass music and a resurgence of interest in house and techno created a more outward looking focus for the city. Then this new approach coincided with a new influx of producers that then began to merge their own approaches with Bristol's existing culture of music making. Overall what is perhaps most impressive about Bristol is the amount of music that gets made there relative to the population and size of the city, on those terms it's a very special place.

Vous faites partie de ces rares artistes qui privilégient la mélodie à la rythmique, pourquoi ce choix ?
You are one of those rare artists who prefers melody to rhythmic, why this choice?

Notre manière de faire de la musique s’est souvent axé sur les structures et la façon dont les éléments sonores de base interagissent et affectent les systèmes technologiques ou architecturaux. L'intérêt a été l'utilisation du son en tant que matériel, en explorant comment le ton et le rythme correspondent et se répercutent les uns sur les autres dans différents cadres et contextes.

Our approach to music making has often been focused on structures and how basic sonic elements interact and affect a technological or architectural system. The interest has been the use of sound as a material, exploring how tone and rhythm correspond and impact upon eachother within different frameworks and contexts.

Vous avez travaillé avec des labels très différents (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multipliant les étiquettes. Comment travaillez-vous en binôme et qu’est-ce qui définit le son que vous avez à tel ou tel morceau ?
You worked with very different labels (Raster-Noton, CLR, Subtext, etc.), multiplying the styles. How do you work in pairs and what defines the sound you go into this or that piece?

L’idée de base était de diviser les matériaux qui serviraient à un contexte plus studio pour Raster-Noton et ceux servant à des projets plus spécifiques comme Material et Medium, réalisés via Subtext. La méthode de conception et d'enregistrement de tel truc a généralement déterminé le contexte dans lequel elle sera réalisée. Donc si quelque chose a l'air d'avoir demandé une approche plus complexe par rapport à nos méthodes habituelles de travail dans un studio d'enregistrement, nous cherchons un moyen plus approprié pour l’exprimer.

The general approach has been dividing the idea of a studio based production process such as the material for Raster-Noton with more site-specific projects such as Material and Medium that were released on Subtext. The method of how something was made and recorded usually determines the context in which it will be released. So if something feels like it has a more expanded approach beyond the usual methods of working within a recording studio, then we look at an appropriate way to present it.

Votre dernier album, Borders, est paru sur Thrill Jockey. Au-delà de la visibilité, c’est essentiellement le franchissement d’un cap. Emptyset a toujours été reconnu comme un groupe à part dans la scène techno, est-ce pour vous un nouveau moyen de s’affranchir de cette musique et de revendiquer votre propre identité musicale ?
Your last album, Borders, was published on Thrill Jockey. Beyond the visibility, it’s essentially a crossing time. Emptyset has always been recognized as a group apart in the techno scene, is this a new way for you to get rid of this music and to claim your own musical identity?

Borders a été élaboré avec l'intention de trouver une nouvelle façon de travailler et de jouer ensemble. Nous voulions toujours jouer avec l'électronique, mais pour façonner ces sonorités nous voulions la combiner avec une méthode à la fois acoustique et une approche plus tactile. De même, nous voulions aborder des idées liées à l'anthropologie musicale et à l'expérience collective, et Borders a créé dans cette approche de recherche. L'album nous a définitivement permis de nous affranchir du carcan de la musique électronique habituelle, pour élargir encore l'esthétique sonore d'Emptyset.

Borders was developed out of an intention to find a new way of working and performing together. We still wanted to work with electronics but wanted to combine it with an acoustic method and a more tactile approach to shaping sound. Equally we wanted to address ideas connecting to musical anthropology and collective experience and Borders created an investigative framework for this. The album definitely initiated an opportunity to expand the sonic aesthetic of Emptyset outside of the familiar history of electronic music.

Vous participez cette année au festival Berlin Atonal qui, pour beaucoup, est un tremplin, une expérience ou un moyen d’expérimenter de nouveaux projets. Comment vous projetez-vous dans ce festival ?
You are participating this year at the Berlin Atonal festival which, for many, is a springboard, an experience or a way of experimenting new projects. How do you plan yourself in this festival?

Le site du Kraftwerk est un espace très particulier pour expérimenter la musique et cette année le festival aura une installation de projection spéciale toute la durée du programme. Donc, en réponse, nous travaillerons avec notre équipe visuelle pour créer une performance élargie que nous présenterons cette année.

The site of the Kraftwerk is a very particular space for experiencing music, and this year the festival will have a special projection install for the duration of the programme. So in response we will be working with our visual team on creating an expanded performance that we will present at Atonal this year.

Avez-vous déjà pensé à collaborer avec d’autres artistes, mis à part Cornelius Harris ? Pour vous, quel serait le side-project parfait ?
Have you ever thought of collaborating with other artists than Cornelius Harris? What would be the perfect side-project for you?

La collaboration avec Cornelius était très spéciale. Nous avons un énorme respect pour la musique de Detroit, ce qui a été un projet très particulier à l'époque. À l'avenir, nous n'avons pas de plans concrets concernant des collaborations musicales, mais plutôt que d'autres artistes, il serait peut-être intéressant de collaborer avec des personnes d'autres domaines d'expertise technique, comme des ingénieurs ou des fabricants d'instruments.

The collaboration with Cornelius was very much a special one off. We have an enormous respect for Detroit music so it felt like a very special project at the time. Going forward we have no current plans for musical collaboration, however rather than other artists perhaps it would be more about collaborating with people from other fields of technical expertise such as engineers or instrument makers.

À quoi ressemblera votre set à l’Atonal ?
What will your Atonal set look like?

Nous allons travailler sur une performance spéciale spéciale pour l'Atonal, en collaboration avec Sam Williams et Clayton Welham. À ce jour, ils ont travaillé ensemble sur beaucoup de nos vidéos et des performances live, ce qui constituera une réalisation spéciale de ce travail qui utilisera multiples projecteurs du Kraftwerk. Musicalement parlant, ce sera une représentation de notre travail tournant autours de notre dernier album, Borders.

We will be working on a special expanded performance for Atonal in collaboration with Sam Williams and Clayton Welham. They have worked together on many of our videos an live performances to date, so this will be a special realisation of this work for the Kraftwerk using multiple projectors. Musicallly it will be presenting material from our recent album, Borders.

Avec Borders, vous avez placé la barre très haute, à quoi doit-on s’attendre pour vos prochaines sorties ?
With Borders, you set the bar very high, what should we expect from your next outings?

Nous venons de terminer un nouveau EP pour Thrill Jockey qui sortira en octobre. Celaui-ci reprend certaines des idées et instrumentation de Borders aussi bien qu’il s’inspire de notre récente prestation pour la Fondation des Arts David Roberts, à Londres. Donc ce nouvel enregistrement rassemblera plusieurs domaines de recherche et pratiques et les formalisera autour d’une exposition singulière.

We have just completed a new EP for Thrill Jockey that will be released in October. This has been taking some of the ideas and instrumentation of Borders as well as a recent performance commission for the David Roberts Art Foundation, in London. So this new recording will be bringing together several areas of a our research and practice and formalising them into a singular statement.

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Focus Berlin Atonal 2017 : Roll The Dice, l’interview

Que celui qui ne connaît pas Roll The Dice lève le doigt, on fera un dossier sur le sujet à la demande. Roll The Dice, c’est la combinaison parfaite des deux superproducteurs suédois Peder Mannerfelt et Malcolm Pardon. Quoi, ça ne vous dit toujours rien ? Pourtant, au-delà de sa suractivité qui lui a valu d’être cité dans tous les tops de l’année 2016, Peder s’est fait connaitre sous le pseudo de The Subliminal Kid et a produit et accompagné des groupes comme Fever Ray notamment. De son côté, Malcom est connu pour pour la structure DeadMono, qui a permis l’émergence de groupes pop comme Eskobar, et pour son implication dans le post-punk suédois. Leur dernier album, Born To Ruin, est un condensé d’expé-jazz, de furiosité électro, de downtempo âcre. Ils participeront cet été au festival Berlin Atonal. On a forcement voulu s’entretenir avec ces dieux nordiques de la zik électronique et comprendre leur manière de travailler. Attention, pros à l’œuvre.

Salut à vous deux, pouvez-vous nous parler de votre rencontre ? Comment vous est venue l’idée de Roll The Dice ?
Hello you two, can you tell us more about how you first met ? How did you come up with the idea of Roll The Dice?

Nous nous connaissions brièvement déjà, grâce à des connexions mutuelles, mais c'était d'abord lorsque nous nous sommes installés dans le même espace de studio, que nous partageons encore aujourd'hui avec quelques autres, que nous nous sommes vraiment connectés. Comme nous avons tous les deux travaillé dans des studios différents, nous avons pensé qu'un jour il serait intéressant d'essayer de faire quelque chose ensemble. Nous venons chacun d'univers assez différents musicalement alors nous avons estimé que cela pourrait être un terrain d'échange intéressant pour une collaboration. Nous n'avions aucune idée préconçue, tout ce que nous voulions était d'essayer de créer quelque chose que nous avions expérimenté auparavant individuellement.

We had known each other briefly over the years through mutual connections but it was first when we moved into the same studio space, which we still share to this day together with a few others, that we connected properly. As we both worked in different studios we just thought one day that it would be interesting to try and do something together. We both came in from quite different angles musically so we felt that this could be an interesting breeding ground for a collaboration. We had no preconceived ideas, all we wanted was to try and push ourselves to create something that we had experienced before individually.

Vous êtes assez hyperactifs chacun de votre côté, comment trouvez-vous le temps de vous retrouver pour composer ?
You are quite hyperactive each one on your side, how do you find time to compose together ?

Eh bien, ça devient plus difficile à mesure que le temps passe. Lorsque nous avons commencé, il y avait moins de distractions et moins d'engagements. Maintenant, nous avons beaucoup de projets différents, 5 enfants, un chien et une vie familiale qui nous accapare... Mais il s'agit simplement d'être un peu organisé avec la gestion du temps. Évidemment, partager un même studio aide beaucoup, nous pouvons constamment discuter d'idées, de telle ou telle chose, même si nous ne travaillons pas ensemble durablement.

Well, it gets harder as time goes by. When we started, there were less distractions and less commitments. Now we have a lot of different projects, 5 children, one dog and family life that commands our attention... But it’s just a matter of being a bit organized with time management. Obviously it helps a lot to share a studio space. With that, we can constantly discuss ideas and such, even if we are not working together at the time.

Votre musique est souvent considérée comme hybride, ambient et downtempo tout en alliant des sonorités métalliques et industrielles, comment définiriez-vous votre musique ?
Your music is often considered hybrid, ambient and downtempo while combining metallic and industrial sounds, how would you define it ?

C'est assez précis. Cependant, nous n'avons pas vraiment de "boîte à outils" pour créer notre musique. C'est hybride dans le sens où nous combinons l'organique à l'acoustique comme avec le piano, le saxophone ou les cordes, comme un squelette mélodique aux sons que nous créons avec des machines. Mais à part cela, chaque album prend sa direction et son chemin au fur et à mesure que les chansons se développent.

This is fairly accurate. However we don’t really have one “toolbox” for creating our music. It's hybrid in the sense that we combine the organic and acoustic as with the piano or saxophone or strings as a melodic backbone to the sounds that we create with machines. But other than that each album kind of takes its on direction and path as the songs develop.

Avec Born To Ruin vous avez encore passé un nouveau palier. Cet album ressemble à une synthèse de vos précédents travaux, tout en étant bien plus expérimental et pourtant plus accessible. Comment avez-vous travaillé cet album ? Aviez-vous ce résultat en tête au début de l’enregistrement ?
With Born To Ruin you have reached a new level. This album looks like a synthesis of your previous works, while being much more experimental and yet more accessible. How did you build this album ? Did you have that result in mind at the beginning of the recording?

Nous avons vraiment essayé de réduire les choses. L'album précédent avait un son très large et ouvert, la réaction à cela dans un sens était d'essayer de rediriger l'énergie et d'essayer de capturer quelque chose qui serait plus cloisonné et sentirait plus la frustration. Au commencement, c'était tout ce que nous avions à l'esprit, pour être honnête. Mais progressivement, ce modèle nous a mis dans la bonne direction... en ce qui nous concerne.

We did definitely try and narrow things down. The previous album had a very big and open sound, the reaction to this was to try and redirect the energy and try and capture something which felt more caged and frustrated in a sense. When starting out, this was all we had in mind, to be honest. But gradually this as a template set us off in the right direction... as far as we are concerned.

Certains morceaux comme The Derailed ou Bright Lights, Dark Heart sont bien plus sombres qu’à l’accoutumée, même si l’ensemble de l’album est plus ou moins dans ce ton. Quel était votre état d’esprit en enregistrant ces morceaux ?
Some tracks like The Derailed or Bright Lights, Dark Heart are much darker than usual, although the whole album is more or less in that tone. What was your state of mind when recording these pieces?

En fait, la réalisation de cet album était probablement la plus fun de toutes. Nous plaisantons sur ce que nous faisons. Nous aimons les créations assez sombres mais cela ne signifie pas que nous sommes tristes ou déprimés durant le processus créatif. Nous rions de temps en temps... on s'assure juste que personne ne regarde.

Actually, the making of this album was probably the most enjoyable of all our albums. However we are pretty tongue in cheek about what we do. We like to be pretty dark in our creativity but that doesn't mean we are all moody and miserable in the process. We do laugh once in a while... we just make sure no one is looking.

Pour Born To Ruin, vous avez décidé de ne plus travailler avec Leaf, votre label habituel, pourquoi ce choix ?
For Born To Ruin, you have decided not to work with Leaf, your usual label, why this choice?

Nous avons juste estimé que nous avions besoin d'un rafraîchissement, d’aporter un peu de fraîcheur. Cette fois, nous voulions contrôler tout le processus, du début à la fin. Nous voulions avoir une distance plus courte entre les décisions et les exécutions surtout. En faisant cela nous-mêmes, nous n'avions personne d'autre sur qui râler si quelque chose n’allait pas. Et c’est également sympa d'être son propre directeur de label !

We just felt that we needed a different process to keep things fresh. This time we wanted to control the whole process from beginning to end. We wanted to have a shorter distance between decisions and executions basically, and by doing this ourselves, we had no one else to blame if something goes wrong. Also it’s fun to be your own label boss!

Il y a quelques années, vous aviez réalisé l’excellent In Dubs avec Pole. Y a-t-il aujourd’hui d’autres artistes avec qui vous aimeriez collaborer ?
A few years ago you realized the excellent In Dubs with Pole. are there other artists with whom you would like to work with today ?

Diamanda Galas. Apparemment, elle joue si fort sur son piano qu'elle pète les cordes. C'est une expérience que nous n'avons pas encore réussi.

Diamanda Galas. Apparently she plays so hard on the piano that she brakes the string. That is a skill that we have yet to achieve.

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Focus Berlin Atonal 2017 : Pessimist, l'interview

Premier focus sur cette nouvelle édition du festival Atonal qui, comme à l’accoutumée, risque fort de vous scotcher les cinq sens. Et dans un premier temps, on a tenu à s’entretenir avec Kristian Jabs, jeune musicien anglais pas loin de la trentaine qui, à une certaine échelle, est en train de révolutionner la techno telle que nous la connaissons. Originaire de Bristol, cet artiste plus connu sous le pseudonyme de Pessimist s’est forgé une solide réputation d’entertainer grâce à ses dj-sets racés et noirâtres, mais c’est pourtant avec ses productions qu’il séduit le plus grand nombre. Qu’il le reconnaisse ou non, sa musique emprunte au bagage historique musical de la ville dont il est issu, mêlant à la fois trip-hop, drum'n'bass et indus au gré de productions savamment sauvages et hypnotiques. La musique de Pessimist est de loin la plus représentative de la cité brumeuse du nord de l’Angleterre, passant du gris au noir de jais en une fraction de seconde et alimentant nos cauchemars d’une rythmique battant à 120 BPM. La sortie de son prochain album sur Blackest Ever Black devrait confirmer son statut d’icône et définitivement sortir ce diamant brut resté trop longtemps dans l’underground.

Hello Kristian, peux-tu nous raconter comment tu es tombé dans la musique ?
Hello Kristian, can you tell us how you got into the music?

Salut. En fait, depuis très tôt, j'ai toujours été intéressé par la musique : j'ai joué de la guitare et de la basse, puis, à l'âge de 15 ans, je me suis mis au logiciel Reason que j'utilise toujours à ce jour. Je suppose que c'était inévitable, la musique est mon principal objectif et intérêt dans la vie et je crois avoir compris cela déjà très jeune.

Hello. Well, from a young age I was always interested in music, I played guitar & bass guitar and then eventually when I was 15 I had a go on Reason, the software I still use til this day. I guess it was inevitable that I’d keep at it, music is my main focus and interest in life and I think I understood that since I was very young.

Ta musique a énormément évoluée depuis tes premiers EPs. Penses-tu qu’il t’ait fallu un certain temps pour te forger cette identité aujourd’hui reconnaissable entre toutes ?
Your music has evolved a lot since your first EPs. Do you think that it took you a while to create this identity that is today so unique ?

Je suppose. Comme mentionné précédemment, j'ai débuté très jeune en commençant à être publié sur des labels en 2010, je devais avoir 18 ans. Je pense qu'il est assez difficile d'avoir une identité très particulière à cet âge. Parfois, je réécoute certaines prods et je me dis : Jésus ! ça sonne comme de la merde. Cela dit, j'ai toujours concentré ma musique sur la percussion, cela n'a jamais changé, je me suis toujours penché vers certains processus qui ont donné à ma musique ce « son », c'est-à-dire l'utilisation intensive de reverbs et delays pour donner une sensation plus organique. Beaucoup de drum & bass manquaient de ça à ce moment-là et c’est encore souvent le cas aujourd'hui, les gens pensent que tout le monde veut entendre des sons de batteries semblant être enregistrés dans une chambre anéchoïque, sans écho. Cela m'énerve toujours.
Si tu te réfères au track The Mantra, il n'a été diffusée qu'en 2014 alors que j'avais fait ce morceau avec un de mes amis en 2011. Je pense que c'était le moment où je me suis senti vraiment moi, celui qui a marqué mon identité et a exposé le fil directeur, le son « ruffhouse » et tous les morceaux de Pessimist qui ont découlé également.

I guess so. As mentioned before I started from a young age, starting to release on labels in 2010, I must have been 18 years old. I think it’s quite hard to have a very particular identity at that age. I listen back to some of it and think, jesus, that sounds shite. That said, I’ve always focused my music on percussion, that’s never changed, I’ve also always leaned towards certain processes that’s given my music the ‘sound’ it has i.e the heavy use of reverbs and delays to give a more organic feel. A lot of drum & bass was lacking that at that time and most of it still does today, people think that everyone wants to hear drums that sound like they were recorded in an anechoic chamber. That still puzzles me.
I think if you refer back to the track
The Mantra although it was released in 2014, I actually made that track with a friend of mine back in 2011. I think that was the point where I felt I came into my own and really stamped my identity and set out the blueprint for what followed, the Ruffhouse sound and all the Pessimist tracks that followed too.

Tes mélodies oscillent entre trip-hop, drum’n’bass, musique industrielle, etc. Penses-tu que l’héritage musical de Bristol a eu une influence sur toi ?
Your melodies are a mix between trip-hop, drum'n'bass, industrial music, etc. Do you think that the musical heritage of Bristol has had an influence on you ?

Je suis Bristolien, et si vous êtes un Bristolien pas un fan de Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. il y a quelque chose qui n'est pas tout à fait vrai. Cela dit, c'est toujours une grande influence pour moi. Je pense que le mélange des cultures et d'influences brille de façon quasi flagrante et ce qui m'a vraiment marqué là dedans a été l'obscurité omniprésente dans cette musique. J'adore la musique morose, ça colle parfaitement à Bristol. De toute évidence, Bristol a une riche histoire dans le milieu de la drum’n’bass, mais pour être complètement honnête, ce n'a pas été une si grande influence pour moi.
Je recommande à tout le monde de voir Bristol pendant qu'ils le peuvent encore parce que la gentrification la fait évoluer de jour en jour. Je me demande parfois si ces influences culturelles qui ont créé le son du trip-hop sont encore là. J'aurais préféré passer une nuit entière à The Dug Out plutôt qu’au Motion, de cette manière. Cela dit, ici l’innovation musicale est un gouffre, et je pense que cela ne changera jamais, ce n'est pas quelques promoteurs et certains lieux honteux qui vont changer ça !

I’m a Bristolian and if you’re a Bristolian and not a fan of Massive Attack, Portishead, Tricky, etc. there’s something not quite right. It’s always been a huge influence for me. I think that mixture of culture and influence shines through so blatantly and what really gripped me with the whole thing was the darkness of a lot of that music. I love music that’s moody, it just suits Bristol. Obviously Bristol has a rich heritage in drum’n’bass too but to be completely honest that wasn’t such a big influence for me.
I recommend anyone to see Bristol whilst they can because gentrification is changing it day by day. I sometimes wonder to myself whether these cultural influences that created the trip-hop sound are actually out there anymore. I’d much rather have spent a night down The Dug Out rather than Motion, put it that way. That said there’s an underbelly of innovative music here and I don’t think that will ever change, it’s just a shame promoters and venues aren’t getting behind it!

Pagans reste encore aujourd’hui l’une de tes plus belles réussites. Un condensé de noirceur mais très axé dancefloor. Y a-t-il certains disques, certains morceaux dont tu es le plus fier ? Qui ont marqué une étape dans ta carrière musicale ?
Pagans is still today one of your best achievements. A condensed darkness but very focused dancefloor. Are there some discs, some songs you're most proud of ? Who marked a step in your musical career?

Ouais, et bien Pagans m'a permis de montrer que je ne suis pas seulement l'un de ces types qui font différentes variantes de musique à 170 BPM. C'est drôle, dans une scène comme celle de la drum’n’bass, les gens commencent à se vexer quand ils n'ont pas les quatre pistes de leur EP au rythme qu'ils aiment alors qu'ils sont eux-mêmes DJ, ils se sentent floués, c'est vraiment une façon étrange d’envisager la musique.
Je pense que, comme mentionné précédemment, The Mantra a été une étape importante pour moi. En outre, la version UVB-76/Straight 9 était une déclaration. C'était nous (Ruffhouse) cimentant notre style et c'était presque un adieu à composition ensemble. Je pense que l'écriture de mon premier album doit être le moment dont je suis le plus fier. C'est quelque chose que j'ai toujours voulu faire. J'ai toujours écouté des albums et, en tant que musicien, il était stupide que je ne le fasse pas. C'est un format où je peux vraiment m'exprimer et raconter une histoire. Je suis content de l'avoir fait quand je l'ai fait, pas trop tôt, mais aussi en le remettant pas à un moment où je ne pourrais pas revenir en arrière.

Yeah, well Pagans was me showing that I’m not just this guy who makes different variations of 170 bpm music. It’s funny, in a scene like drum’n’bass people start getting upset that they don’t have all 4 tracks of the EP at the tempo they like to DJ themselves, they feel cheated, that’s a really weird way of looking at music.
I think as mentioned earlier,
The Mantra was a milestone for me. Also the UVB-76/Straight 9’s release was a statement. That was us (Ruffhouse) really cementing our style and it was almost a farewell to us writing together. I think writing my first album has to be my most proud moment though. It’s something I always wanted to do, I’ve always listened to albums and as a musician it would be silly not to do it myself. It’s a format where I can really express myself and tell a story. I’m glad I did it when I did, not too soon but also not putting it off until some perfect moment that might never come.

Ton premier album est prévu ce mois-ci sur Blackest Ever Black. À quoi ressemblera-t-il ?  Quelle a été ta manière de l’aborder en comparaison à tes précédents travaux ?
Your first album is scheduled this month on Blackest Ever Black. What will it sound like? How did you concieve it compared to your previous works ?

Il est destiné d'être écouté du début à la fin, il n’est pas conçu pour piocher tel track comme on piocherait une cerise ou en choisissant quel morceau conviendrait à tel set. Toutes les pistes fonctionnent comme une seule unité, comme un film presque. Il est très froid, minimaliste et conduit par la rythmique.
C'est un album purement instinctif, il n'a fallu qu'un mois pour écrire des morceaux qui fonctionnent par eux-même, je voulais que mon premier album sonne de cette façon, naturel. Comme tous mes albums préférés, ils ont toujours une certaine rage, je n'aime pas quand c’est trop poli et sur-réfléchi. J'ai essayé de déverser beaucoup de mes influences tout au long de l'album et je pense que j'ai réussi à accomplir cela grâce à Kiran Sande, qui a rendu ça possible et m’a permis de me sentir à l'aise afin que cela vienne naturellement.

It’s intended to be listened to from start to finish and it’s not about cherry picking which track you like the most or which track could fit into your set. All the tracks work as a single unit, like a film almost. It’s very cold, minimalist and beat driven.
It’s a purely instinctive album, it only took a month to write the actual tracks themselves, I wanted my first album to sound that way, natural, like all my favorite albums, they always have a certain rawness, I don’t like super polished and over-thought music. I’ve tried to get across a lot of my influences throughout the album too and I think I’ve managed to accomplish that with thanks to Kiran Sande for allowing that and making me feel comfortable to do what comes naturally.

À la maison, tu écoutes quoi ?
What are you listening at home?

Des choses diverses, j'écoutais NTS récemment. Je n'écoute pas beaucoup de musique actuelle. Je travaille tellement à plein temps dans la musique pour la télé qu’il m’est parfois difficile de rentrer chez moi et d'être en mode PLUS DE MUSIQUE !

Various things, I’ve been listening to NTS a lot recently. I don’t listen to loads of current music though. I work full time in TV making music so sometimes it’s hard to get home and be like MORE MUSIC!

Tu es également reconnu pour être un DJ talentueux, qu’est-ce qui te procure le plus de plaisir  jouer en live ou en DJ set ?
You are also known as a talented DJ, what gives you the most pleasure to play live or DJ-set?

Je n'ai pas joué en live avant. Je souhaite le faire un jour mais ça ne fonctionne pas vraiment avec la manière dont je façonne ma musique en ce moment. J'aimerais bien penser que je préfère le live, quoique j'aie vu des sets live qui sont à la limite de la fraude, juste un gars qui jouait ses tracks sur Ablelton en ajoutant un filtre, c'était de la merde. Est-ce que c'est un live ou du djying ?

I haven’t played live before. I wish to do it someday but it doesn’t really work in conjunction with the way I write my music right now. I’d like to think I’d prefer live though. I have seen some ‘live’ sets that are verging on fraud though, just some guy playing his tracks on Ablelton but fiddling with a filter, it was shit. Is that live or djing?

On te retrouvera cet été au festival Atonal. À quoi ressemblera ton show ?
We will see you this summer at the Atonal festival. What will your show look like? Will you play your album?

Je suis trop pressé d’y être, je suis tellement heureux d'être choisi pour y jouer. Je vais jouer en DJ, terminer la scène scène Null. Avec le Berlin Atonal, il faut s'attendre à une variation par rapport à mon set habituel. Vous obtiendrez certainement la fureur de l'album et ce qui a contribué à l'influencer.

I can’t wait for that one, Im so happy to be picked to play there. I’m going to be DJ’ing, closing Stage Null and with it being Berlin Atonal expect some variation compared to a usual set of mine. You’ll definitely get a sneak into the album and what helped influence it.

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Éric Chenaux l'interview

Pratiquer un instrument de nombreuses années crée une familiarité, un confort mais parfois le sentiment que la découverte ne sera plus au rendez-vous, la passion reste intacte mais l’inconnu et le plaisir qui vont de paire s’estompent. La guitare est, probablement avec le piano, l’instrument le plus pratiqué dans le monde, de ce fait surprendre ou, mieux, innover semble chose ardue. Cela fait pourtant longtemps qu’Eric Chenaux étire le chant des possibles de la six cordes, créant un nouveau langage, une ondulation, un fil fragile mais ludique qui s’articule autour de mélodies désarticulées.

Initialement basé à Toronto, il y est une figure de proue de la scène DIY et expérimentale, tout d’abord en tant que frontman d’un groupe de post-punk, Phleg Camp, à la fin des années 1980, puis dans la scène de la musique improvisée, du non jazz, notamment en tant que co-fondateur du label Rat Drifting en 2002, avant de s'établir en solo chez Constellation depuis 2006. Un parcours musical varié, aux collaborations et rencontres multiples (Sandro Perri, Josephine Foster, Radwan Ghazi Moummeh, Eloïse Decazes, Norberto Lobo) mais aussi dans la danse contemporaine et le cinéma. Il revient en 2017, avec deux albums à paraître cette fois chez Three:four Records, un premier en compagnie de Norberto Lobo le 24 mars et le deuxième avec Eloïse Decazes.

Installé depuis quatre ans à Paris et plus précisément à Saint-Ouen, c’est chez lui que nous nous retrouvons autour d’un apéro charcuterie-fromage-vin pour parler de sa future tournée japonaise, de ses prochaines sorties, de ses rencontres, de Constellation et de l’apprentissage du français notamment... (qu’il parle très bien d’ailleurs)

Interview

Quelle est ta relation avec le français ? C’est ton deuxième album avec Éloïse [La Bride, à paraitre le 14 avril, ndlr],le français y est très littéraire et évoque des contes ou des chants de troubadours médiévaux.

Le premier était assez moyenâgeux, comme des complaintes. Le deuxième, c’est plus des ballades traditionnelles, pas nécessairement du Moyen-Âge.

Ça m’a fait un peu penser à Josephine Foster, particulièrement l’album A Wolf In Sheep’s Clothing que j’aime beaucoup, notamment à la très belle reprise de schubert An Die Musik.

Oui, c’est un très bon album.

Tu as travaillé avec elle ?

Oui, plusieurs fois. Une fois en duo et une autre avec une pianiste et son mari, pour cet album justement, à Londres, lors d'un festival de musique expérimental et on a partagé des dates, on est amis.

Dans cette reprise, il y a d'ailleurs cette guitare saturée qui arrive sur la fin, très free, qui pourrait un peu se rapprocher de ton jeu.

Oui, c’est un musicien de Chicago ou Boston, il est incroyable, je crois qu’il a joué qu'une fois avec elle, je ne le connais pas mais je lui ai demandé qui était ce mec ; il joue fort et avec beaucoup de liberté, et surtout il joue joyeusement.

Justement, sur ton album avec Norberto Lobo, on a l’impression que ta guitare est moins narrative, que c’est plus une texture libre par rapport à d’autres de tes albums sur lesquels il y a une mélodie et après une destruction qui se fait autour de cette mélodie. Là on commence directement par cette destruction, cette texture, ce magma.

Oui, oui, l’album de Norberto est, d’une manière, plus un type de musique proche de celui que je faisais à Toronto. Quand j’ai commencé à faire des chansons, c’était plus basé sur l’improvisation free, cérébrale. Les deux sont parallèles pour moi, les impros sont comme un monde, un espace qui utilise un peu de composition mais pas trop ; une chanson, c’est un espace qui utilise quelque chose de prédéterminé, une mélodie en général, des accords et une clef, une base en fait. J'adore les chansons et je suis toujours étonné par le manque d’improvisation dans les chansons. Burt Bacharach a composé des chansons incroyables pour Dionne Warwick, tellement belles, les arrangements et les structures font des détails. Et ces détails, je n’arrive pas à les composer, je n'en suis pas capable, enfin je ne sais pas si je le suis mais j’en ai aucune envie. Pour moi, les chansons sont des détails qui proviennent de l’improvisation. Et c’est une manière d’entrer dans le monde des détails, c’est dans ces détails qu’on trouve l'univers d’une chanson. Les petits bruits, le souffle d’un chanteur, le posé sur un piano, un bend, ce sont les choses comme ça qui me plaisent et qui deviennent un monde pour moi, un intervalle, une perception de la chanson qui provient de ces détails et comment jouer dans ces intervalles, ces frictions, ces hallucinations, ces attractions, ces... beaucoup de mots qui finissent en -ion avec des bases latines, et féminins.

Ah ! Ah ! Ah !

Est-ce que tu sais ce qui détermine le genre des mots ? Pourquoi ces mots sont masculins ou féminins ?

C’est en général d’après une base latine, les mots qui finissent en -ure, -ette, -ie et -ion sont généralement féminins. Mais par exemple, un mot moderne comme "selfie" finit en -ie, comme photographie, etc. qui sont généralement féminins, mais celui-ci est masculin. Pourquoi, qui a déterminé ça et sur quels critères les académiciens ont choisi, je n'en ai aucune idée...

C’est incroyable de se dire que les académiciens prennent une journée pour se dire que "selfie" doit être masculin !

Justement, toi, par rapport au français, apprendre une nouvelle langue, c’est comme apprendre une nouvelle mélodie, une musique, et en plus tu es Canadien, tu viens de ce pays bilingue.

Il y a une association entre le français et le Canada, une histoire mais si tu ne passes pas de temps au Québec, au final tu ne penses pas vraiment au français ; tu vois tout le temps les deux langues, au supermarché, partout mais tu n’y penses pas vraiment. En tout cas, en ce qui me concerne. Quand je suis rentré à Toronto, j’ai été frappé par le nombre d’amis qui pouvaient parler français alors qu’avant mon arrivée ici je m’en foutais. Mais en fait tout cela vient de l’école. Parmi ces amis de Toronto, il y en a deux qui sont batteurs et qui sont mes favoris.

Est-ce qu’il y en a un qui a joué sur Love Don’t Change ?

Oui, c’est Nick Fraser.

Il est incroyable !

Oui, il est... pfiou ! J’ai beaucoup joué avec lui et le voir jouer est étonnant parce que tu n’as pas l’impression qu’il tape, au contraire. Quand tu regardes les autres batteurs, tu vois les gestes et l’amplitude, pas lui.

C’est ce que je te disais la première fois que je t’ai vu, ce morceau ne m’a jamais quitté, il m’accompagne tout le temps, et quand tu parlais de ces intervalles, je trouve que ce morceau en est un parfait exemple. Est-ce qu’il joue aussi sur Impossible Spaces de Sandro Perri ?

Hum, oui, peut-être une chanson... non, je crois que ce sont d’autres batteurs en fait. Mais il y a plein de batteurs incroyables à Toronto. Le père de Nick Fraser est en charge du bilinguisme au gouvernement et en tournée Nick parle aux concerts dans les deux langues, avec un gros accent d’Ottawa. Entre Mariette [sa compagne, ndlr] et moi, au début, je ne parlais pas quasiment jamais en français. Quand je suis arrivé ici, c’était difficile.

Tu n’as pas de membre de ta famille qui est francophone ?

C’est encore plus triste parce que c’est normalement ma première langue, j’ai grandi en Suisse. Je suis né aux Etats-Unis mais je suis arrivé à l’âge de deux ans à Vevey, en Suisse, mon père est Suisse portoricain et ma mère est de Suisse romande. Mon père, lui, parle cinq langues, il a grandi avec trois langues. Avec ma grand-mère, je parlais français et espagnol. Mais j’ai tout oublié. Petit, j’étais le traducteur de ma classe parce qu’il y avait beaucoup d’Américains dont les parents étaient là pour l’entreprise Nestlé.

je vous épargne une digression sur la linguistique et la grammaire française….

Il y a quelque chose que j’ai vraiment beaucoup aimé au début de ton concert à l’Espace En Cours, c’est ta façon de présenter ton concert, cette approche assez humoristique et décontractée, c’était la première fois que je voyais ça en fait, tu spoiles ton concert en disant à l’avance le nombre de chanson, leurs durées, qu’il n'y aura pas de rappel...

Oui, ça, ça me vient de Hitchcock, il commence à introduire son film en disant directement qui est le tueur et j’adore ça. Ces teasers, c’était drôle, prétentieux mais sarcastique et au final tu oubliais qui était le tueur et tu te laissais prendre au jeu. Dans le monde de la musique improvisée, dans le jazz, c’est tellement rare que les personnes parlent, c’est un peu formel et silencieux. Dans la musique traditionnelle ou folklorique, on introduit la chanson en racontant parfois son origine et j’aime beaucoup ça. Les musiciens que j’adore de la musique traditionnelle folk britannique font ça, je ne fais pas partie du même monde musical mais je ne suis pas timide et plutôt à l’aise sur scène donc je veux partager ça avec le public, ce sentiment d’être à l’aise et de partager un moment qui ne soit pas formel.

Parfois tu vas à des concerts et tu sens que l’artiste sur scène est gêné ou stressé et tu compatis un peu, ça je ne veux pas que ça m’arrive, jamais, je veux qu’on sente que je suis à l’aise. Ce qui n’est pas toujours le cas évidemment mais je ne le montre pas. Et donc ça me vient d’Hitchcock, je révèle le mystère dès le début mais je maintiens le suspense, le plaisir pendant le temps du film pour Hitchcock et du concert pour moi. Je dis à l’avance que je jouerai six ou sept chansons, qu’il yen aura des longues, des courtes et que ce sera tout. Peut-être qu'en tant que spectateur, tu vas compter mais tu ne sauras pas combien de temps les chansons vont durer et tu seras peut-être plus réceptif, d’une certaine manière moins stressé, par le concept formel de temps et tu te concentreras plus sur les détails.

La personne qui était avec moi à ce concert, et qui n’est pas nécessairement très familière de ce genre de musique et de son public, ton "effet Hitchcock", ça l’a mise plus à l’aise, ça a créé une atmosphère de familiarité.

C’est très très important pour moi d’éviter le narcissisme de l’artiste sur scène et d’être généreux, d’avoir une relation, un échange avec le public. Après, quand tu es sur scène, c’est pas toujours facile, évidemment tu veux que les gens partent en étant contents parce que tu en dormirais mieux la nuit mais il ne faut pas que cette envie fausse l’échange. Parfois, t’as pas dormi ou ça ne va pas dans ta vie et tu te demandes où trouver la force de créer cette connexion ; pour moi, c’est un rapport au temps et à comment le gérer. Et je pense que l’improvisation contribue à ça, tu te perds toi-même dedans, tu t’aventures. Au début, quand je suis arrivé à Paris (il y a quatre ans), j’étais un peu nerveux de jouer, c’était mon nouveau chez moi alors c’était important pour moi - j'ai peut-être joué deux mille fois à Toronto, la nervosité n’existait plus du tout.

Je peux te demander pourquoi tu es venu à Paris ?

Pour la personne avec qui j’habite, Mariette.

J’ai le souvenir d’un concert, il y a quelques années à Londres, ce soir-là je me suis rendu compte pour la première fois que c’était impossible que la personne à côté de moi entende le morceau de la même manière que moi. En fait, pour moi, la musique et son parcours, son trajet vers l’auditeur est plus pur et direct que n’importe quel autre art. On dit "seeing is believing", il faut le voir pour le croire, on ne peut pas croire directement avec ses oreilles.

Pour toi, la musique serait l’art majeur ?

Non, pas du tout, mais c’est le côté de l’abstraction de la musique qui est pour moi majeure. En général, à un concert, je ferme les yeux, ça soulage d’abandonner la vue, de laisser du répit aux yeux et de se laisser porter. Il y a un côté hallucinatoire dans la musique, on ne la comprend pas. Quand tu vois quelque chose et qu’elle est matérielle, tu la comprends. Une musique n’est pas nécessairement narrative comme les autres arts. Il y a aussi cette ambivalence dans la musique, par exemple la soul qui a des paroles super tristes sur une musique très rythmique, comme James Brown, et cette manière de communiquer propre à la musique n’est pas de l’ordre du langage.

Je comprends mieux ta notion de trajet et de parcours maintenant. Quand j'habitais à Halifax, j’étais allé voir Leonard Cohen, il a joué 4h30 et des poussières et il disait en s’adressant au public "ok les gars, c’est samedi soir et si vous devez vous lever demain matin pour profiter de votre dimanche, allez-y parce que nous, on est là encore pour un moment" et j’ai bien aimé ce truc simple et direct d’enlever le masque et de dire "nous, on fait le boulot mais si vous en avez marre, allez-y", un peu comme toi qui annonce direct le menu en disant "... après vous devez prendre le métro donc je préfère vous prévenir", désacraliser un peu le truc.

Oui, je suis d’accord, j’essaie de garder aussi l’équilibre entre l’aspect rêverie de la musique et l’aspect humain, ouvert, et de jouer avec les deux. Ça ne marche pas toujours, ça prend du temps mais l’idée est de créer un espace ensemble.

Chez toi, il y a d’ailleurs un équilibre qui est intéressant entre la chanson et la destruction de cette chanson, il y a Éric Chenaux qui partage sur scène, qui joue avec le public, qui utilise des effets pour la guitare d’une façon ludique et, en même temps, la beauté de l’improvisation.

En fait, je ne joue pas de la guitare ou des effets, je joue avec mon corps. J’adore les effets, la wah-wah et j’adore les filtres parce que, pour moi, l’oreille est un filtre ; je voudrais les modifier, les multiplier, jouer avec vos oreilles. C’est presque une danse, l’idée n’est pas de cumuler des effets, c’est de créer une relation entre eux et que le tout soit une danse - pas un ballet mais plutôt "dancing like a fool", un peu de la même façon qu'a Buster Keaton de tomber, un peu de grâce et un peu de folie.

J’aime vraiment ces rapprochements que tu fais entre Hitchcock, Keaton et ta musique parce que je trouve que, par exemple, Warm Weather est très gracieux, direct et d’autres morceaux gondolent. Il y a souvent cet équilibre chez toi. Et c’est un peu pareil avec ton label Rat Drifting où il y a du jazz pointu et d’autres choses, plus directes.

Oui, il y a aussi des groupes, dans lesquels je ne joue pas d’ailleurs, sur mon label qui font des trucs plus mélodieux.

Et il y a aussi ce truc avec Constellation, de se dire qu'il y a Godspeed You Black Emperor et Éric Chenaux. Constellation était un label super important pour la scène dite post-rock...

Ca, je dirais que c’est surtout en France où les premières années de Constellation semblaient vraiment importantes. Je pense à ça souvent parce que quand je faisais mes premières dates ici, personne ne me connaissait mais le côté Constellation m’a ouvert beaucoup de portes. Cette relation particulière, française, avec l’Amérique du Nord et, de manière générale, la curiosité culturelle (le jazz au début du vingtième siècle, la littérature, Fitzgerald, etc.), j’adore ça ici. Vous êtes des amateurs dans le bon sens du terme, dans le sens d’amour. J'aime bien le fait que ce mot amateur puisse avoir deux existences complètement différentes.

Je t’ai découvert avec Constellation, je ne sais pas si je serais allé découvrir Éric Chenaux si cela avait été étiqueté "musique improvisée jazz".

Oui, moi non plus !

En fait, si on me demande quels sont mes albums préférés de Constellation, je dirais Sloppy Ground et Impossible Spaces de Sandro Perri.

Impossible Spaces n’est pas un album que j’écoute suffisamment. En fait, j’adore Tiny Mirrors, et pas parce que je joue dessus hein, mais je trouve que les morceaux sont très beaux. Sandro nous avait entendu avec des musiciens de Rat Drifting, il voulait nous inviter sur un album et on a juste joué ensemble de façon naturelle - même si Sandro aime beaucoup l’editing -, mais oui, Impossible Spaces est super, il est plus contrôlé, je crois qu’après cet album il a dû avoir quelques cheveux gris parce qu’il a eu pas mal de travail.

Tu te souviens quand tu as commencé à jouer de la guitare et qu’est-ce qui t’as influencé ?

Non, pas vraiment. Mon père était un grand amateur de flamenco, et spécialement de Carlos Montoya, très célèbre. C’était le premier, je crois, à jouer seul, juste assis sur une chaise et, avec mon père, j’en ai vu plusieurs. Jeune, j’adorais la musique évidemment mais mes parents n’en jouaient pas, ma grand-mère jouait du piano mais c’est tout.

Plus jeune, tu jouais dans un groupe de post-punk, Phleg Camp.

Oui, un groupe post-punk des années 1980. On a beaucoup tourné aux Etats-Unis à l’époque, j’avais dix-huit ans, je vivais quasiment sur la route et j’étais à la fac en même temps.

Et t’étais le guitariste/chanteur, c’est bien ça ?

Oui, c’était quelque chose ! Le groupe était pas mal, un peu funky en fait.

Dans l’album avec Norberto, je voyais le terme various electronic, est-ce que vous avez utiliser d’autres instruments ou ce sont des effets ?

Des effets. Parfois j’utilise le terme various electronic et parfois juste guitare mais pour celui-là ça marchait bien.

Tu joues d’un autre instrument ?

Non, pas du tout, le seul dont je joue un peu mais pas bien, c’est du violon et juste de la musique traditionnelle irlandaise. J’adore le piano, c’est peut-être mon instrument préféré mais tu peux pas faire de bends et j’adore les bends.

C’est sûr que quand on t’écoute, on s’en rend vite compte !

Oui, everything bends.

D’ailleurs, par rapport à ton manche, la tension et tout...

J’ai de la chance, je ne sais pas comment elle reste accordée et comment elle tient, c’est une super guitare.

C’est quoi, d’ailleurs, ta guitare ?

Gibson 1962, super instrument.

Elle bouge pas ?

Si, un peu, il y a aussi le fait que je l’accorde bizarrement et que j’utilise des cordes épaisses, des gros tirants mais oui, je ne comprends pas, je suis chanceux.

Tu l’as depuis combien de temps ?

Ça fait dix-huit ans.

Gibson, en général ?

Non, c’est ma première, en fait j’ai juste deux guitares : la Gibson et celle-ci (il me montre une vielle guitare classique nylon) que j’ai trouvée dans la rue. J’adore les guitares simples et je n’ai aucune envie d’avoir une autre guitare électrique.

C’est marrant, ça.

Oui, je sais, je ne suis pas un passionné de guitares.

En même temps, c’est ça que j’adore dans ton jeu, c’est que tu es hors guitare comme tu disais tout à l’heure, on sent que c’est un truc organique, ça n'est plus vraiment un instrument, il suffit d’entendre quelques notes pour se dire c’est Éric Chenaux. C’est rare ça.

C’est que je n’ai aucune idée, en fait je suis un très mauvais guitariste, j’en connais des incroyables. Moi, je n'ai aucune technique et je joue comme si j’en avais une incroyable, je joue comme si j’étais super doué mais c’est pas le cas, peut-être que c’est pour ça que je sonne comme ça.

J’ai du mal à y croire

Non mais peu importe, c’est une idée intéressante, l’idée que tu puisses juste te lancer sans savoir où. Après je joue beaucoup, je suis assez à l’aise sur cette guitare mais je suis assez merdique en fait. Mais surtout, j’adore ça, il faut que ça soit un plaisir, du bonheur, je joue comme si c’était une fête. Je n’aime pas l’idée de virtuose. Il peut y avoir un truc d’équilibriste, un truc presque contraire mais joyeux. Quand il y a des guitaristes qui parlent de la technique en disant qu'il faut faire ça et ça, j’ai presque envie de faire exactement le contraire et pas juste par esprit de contradiction. Par exemple, un guitariste que j’adore, c’est Derek Bailey (il met un CD), un guitariste d’improvisation qui a vraiment changé la guitare au vingtième siècle. Je cherche et je prends des trucs qui tombent des poches des artistes que j’aime bien, je recycle ce qu’ils jettent en quelque sorte. J’aime utiliser les trucs qui sont délaissés, je sais pas si tu vois ce que je veux dire.

Si, si, je crois.

C’est pas intéressant pour moi de prendre quelque chose qui est connu, qui a une histoire.

Et sinon, qu’est-ce que tu as pensé du concert de Danny Oxenberg et Bear Galvin ?

Je dois dire que j’ai pas vraiment écouté ce concert après la première partie que j’ai vraiment adoré (75 Dollar Bill), Mariette s’occupait de la buvette à l’extérieur et avait un peu froid alors je suis resté avec elle. Mais j’adore les Supreme Dicks.

En fait, j’aime bien par rapport à ce qu’on se disait. Eux ont commencé leur concert par une reprise de Simon & Garfunkel et ils ne savaient pas vraiment la jouer, c’était une reprise un peu désastreuse mais c’était tellement sincère...

Oui, leur sincérité était incroyable.

Et cela marche bien avec l’idée de recycler le virtuose, de l’apologie de la maladresse en quelque sorte.

Tout à fait, et les Supreme Dicks, c’est vraiment cool. Revenant sur l'album de Derek Bailey qu'on écoute : et donc cet album, c’est avec une danseuse qui improvise…

Tu aimes beaucoup la danse, non ? t’as déjà travaillé avec des danseuses ?

Oui, c’est super important pour moi. C’est un art qui me touche beaucoup.

Du coup, pour toi, l’image, c’est très important parce que tu as travaillé pour la danse mais aussi pour le cinéma ?

En effet, j’ai fait des bandes originales de films dont une il y a trois ans.

Sinon on était tous les deux au concert de Mike Wexler, tu en as pensé quoi ?

J’ai bien aimé.

Son approche de la guitare, c’est un peu le contraire de toi, je trouve.

Oui, il est très carré, c’est bien pensé, il y a du travail, j’aime beaucoup, mais la vie sans improvisation, c’est difficile pour moi.

Maxime et Gaëtan (Three:four Records), tu les as rencontrés quand et comment ?

Ça, c’est intéressant, je les ai rencontré par Arlt. Eloïse et Florian m’ont contacté via MySpace il y a huit ans, je crois. Ils m’ont dit "on aime bien ce que tu fais", j’ai écouté leur musique et je me suis dit "putain c’est pas mal, j’aime bien" alors on s’est écrit, on partagé des concerts ensemble et à cette tourné-là, j’ai rencontré Mariette. Maxime, c’était deux ans après et c’était via Radwan de Jerusalem In My Heart - chez Constellation aussi et cofondateur du mythique studio montréalais Hotel2tango. Gaëtan, c’était par une compilation que Maxime a faite pour Three:four Records.

The Byre, vous l'avez enregistré à Lausanne avec Norberto ?

Oui, c’était une résidence que Gaëtan nous a demandé, on a essayé et je pense que ça a bien marché.

Le disque de Derek Bailey se terminant, j’en profite pour lui demander s'il écoute d’autres types de musique et s'il y en a qu’il n’écoute pas.

Je n’écoute pas de salsa, c’est trop rapide. Le reggaeton, c’est un peu trop macho pour moi, par contre j’écoute beaucoup de reggae.

Tu vas encore travailler avec Constellation ?

Oui, bien sûr ! Heureusement, je continue, j’enregistre un nouvel album en avril.

Ça veut dire que tu vas sortir trois albums en 2017 ?!

Je crois qu’il sortira en 2018, celui-ci.

Mais techniquement, ça aurait été possible ?

En principe, trois c’est toujours possible - même plus parce que j’ai un autre album pour Three:four.

En plus de celui avec Norberto et Eloïse ?

Oui, c’est un album expérimental et instrumental.

Et tu chantes ?

Non.

En fait, cela fait trois disques où tu ne chantes plus vraiment.

Oui. Mais pour celui de Constellation, je chante.

En parlant de Constellation, qu’est-ce que tu penses de Off World ?

Il y a des titres que j’aime plus que d’autres. Avec Sandro, il y a toujours une tonalité un peu sombre et j'aime moins quand c’est le cas mais il y a des morceaux incroyables, et le prochain Off World sera incroyable.

Je me demandais, où est-ce que tu répètes ?

J’ai un studio à Belleville, rue du Faubourg du Temple, juste au-dessus du métro, je peux y travailler souvent, c’est des amis et j’ai mon créneau le matin.

Tu es du matin ?

Oui, je suis plus créatif, j’ai plus de dynamisme, et après je peux aller nager.

Qu’est-ce que tu penses de Paris ?

C’est étrange comme lieu, c’est évidemment joli et j’en suis tombé amoureux - moins le métro et la ligne 13 mais j'ai mon Kindle alors ça passe.

Tu pars au Japon bientôt, pour une tournée, je crois que ce n’est pas la première fois ?

Non, c’est la troisième et toujours la même tournée : deux semaines, dix concerts.

Deux semaines, c’est bien comme durée, non ?

Plus c’est possible mais pas beaucoup plus. Moins pour le Japon, c’est impossible, il y a trop de trucs merveilleux à manger sur place !

Et tu y vas seul ?

Ryan Driver vient mais je joue seul et lui aussi.

Mais vous n’allez pas vous retrouvez pour jouer ensemble comme vous l’avez fait ?

Hum, je ne sais pas, c’est difficile de jouer des chansons avec moi, c’est un chemin sinueux... on va voir.

C’est plus difficile de jouer avec toi que toi avec quelqu’un d’autre ?

Je ne sais pas, je ne pourrais pas dire ça mais la façon que j’ai en ce moment de jouer mes morceaux est difficile. Cela dit, quand j’ai joué avec Christine Abdelnour (saxophoniste), ça a super bien marché.

Tu penses que ça pourrait dépendre de l’instrument aussi ?

C’est plus la manière de penser et de jouer.

Parce que je trouve qu’avec le piano, l’approche expérimentale est plus limitée.

Oui, tu as raison, tu dois plus connaitre le morceau avec un piano je crois. Le saxo peut juste faire un souffle, un bruit.

Un peu comme Colin Stetson, qui était chez Constellation ?

Oui, tout à fait. Par contre, il n’y est plus, il a sans doute trouvé quelque chose d’autre qui lui correspondait mieux.

Il a beaucoup changé, ce label : Tindersticks, Vic Chestnutt, etc. 

Oui, ils évoluent bien je trouve. Mon favori, c’est… j’aime beaucoup Sandro et Feu Thérèse, surtout l’album Ca Va Cogner, je le trouve incroyable, ce sont les gars de Fly Pan Am et c’est de la musique vraiment fun… c'est un peu le Gainsbourg porno français.

En ce moment, j’écoute beaucoup de musique japonaise comme Haruomi Hosono et le Yellow Magic Orchestra ou Midori Takada, et comme tu pars d’ici peu au Japon...

Ah oui, j’adore ! Est-ce que tu connais Asa Chang & Junray ?

Non.

C’est superbe, il faut que tu écoutes ! On adore ça avec Sandro.

(il met une vidéo qu’on commente en parlant de Boredom)

Est-ce que tu utilises des pédales de loop ?

Non, jamais, je n’aime pas ça, je n'aime pas les motifs ni les trucs qui se répètent. Pour moi, il faut un fil continu et le loop est absolument contraire à cette idée.

Tu vas jouer où au Japon, dans des salles de concert ou dans différents lieux ?

Ça va être très différent chaque soir, entre des théâtres de deux cents personnes et un magasin de vêtements pour soixante personnes, et à Tokyo dans des clubs et des bars.

Bonne tournée en tout cas et merci pour l’invitation.

Merci à toi.

Mixtape

Sun Ra - I Dream Too Much
Jeanne Lee - Your Ballad
Thelonious Monk - Chordially (Improvisation)
Betty Carter - Spring Can Really Hang You Up The Most
Robert Ashley - Outcome Inevitable
Chris Connor - High On A Windy Hill
Derek Bailey & Min Tanaka - Rain Dance