L’album est-il le meilleur format d'écoute musicale ?

Ces dernières années, et avec la spécialisation des publics de la musique, le format "album" (et par extension EP) s’est imposé comme unique format légitime d’écoute et de consommation musicales. Cela s’est notamment vu l’année dernière quand le magazine Elle a sorti un article sur le « slow listening » et que tout Twitter est monté sur ses grands chevaux - une fois n’est pas coutume -, s’indignant que ce monde mainstream ne découvre qu’en 2017 l’intérêt d’écouter des albums entiers, rappelant au demeurant qu’elles et eux le savaient déjà.

Avec la démocratisation du téléchargement illégal et le développement d’internet, les publics de la musique se sont beaucoup transformés et se sont notamment considérablement spécialisés, brouillant désormais les lignes entre les notions d’amateur et d’expert. Là où avant les années 2000 il fallait se déplacer pour bénéficier des conseils et des recommandations du disquaire ou discothécaire, créant de grandes inégalités géographiques au passage, on a maintenant accès à plus ou moins toute la musique chez soi, depuis son ordinateur, ainsi qu’à de nombreuses ressources extra-musicales avec la presse, Wikipédia, etc. Aussi, acheter les CD ou vinyles coûte beaucoup d’argent et prend de la place, il était donc impossible de connaître et d'écouter autant de musique que le permettent aujourd'hui le téléchargement (illégal comme légal) ainsi que le streaming.

Ce tout nouvel accès à plus ou moins toute la musique du monde a permis aux publics de la musique de se spécialiser très vite, et a précipité l’émergence de ce nouveau statut, que nous appellerons les amateurs/experts et amatrices/expertes, ou AE parce c’est moins long.  Les AE sont donc des amateurs de musique, en ce sens qu’ils ne sont pas professionnels : ils n’ont pas nécessairement de diplômes liés à la musique, ou ne travaillent pas forcément dans ce milieu, et ne sont pas toujours musiciens eux-mêmes. Pourtant, ils connaissent aussi bien que ces derniers la musique, ses différents courants, son histoire, en tout cas dans les genres musicaux qui les intéressent.

Il se trouve que quand les AE parlent de musique, ils le font le plus souvent en terme d’albums. Et si l’album est le format d’écoute le plus légitime, alors le vinyle en est sûrement le support légitime. Les AE écoutent beaucoup de vinyles, sûrement parce que le vinyle a la réputation d’être le meilleur format d’écoute (spoiler : ce n’est pas le cas, le vinyle est plein de bruits parasites). Or le fait est qu’il est compliqué, voire très chiant, de changer de track sur vinyle, qui est donc clairement fait pour coller au format album. On ne se lève pas toutes les cinq minutes pour changer de morceau et, si on le fait, le résultat est toujours plus ou moins approximatif, quasiment impossible de tomber du premier coup entre deux morceaux sans perdre une seconde. Ecoutant beaucoup de vinyles, il est logique que le public spécialisé de la musique la pense principalement en terme d’albums. La façon dont on écoute la musique et le support qu’on choisit, s’ils peuvent paraître anodin, pourtant déterminent beaucoup la façon dont on va penser et envisager la musique.

Si l’album est le principal format légitime d’écoute, c’est probablement dû aussi au temps consacré qu’il nécessite. Ecouter un album, ça prend du temps, en général entre trente et cinquante minutes, et exige donc un certain temps consacré. Or, si les AE dédient beaucoup de temps à la musique, plusieurs heures par jour pour certains, ils ne peuvent souvent pas s’y vouer entièrement et uniquement, et vont le faire en travaillant, marchant, etc. C’est là que la cohérence de la curation des albums devient presque nécessaire puisque changer de morceau toutes les trois minutes n’est pas possible. Même si on choisit d’écouter une playlist personnelle par exemple, le manque de cohérence entre les morceaux peut se révéler très distrayant. L’album, au contraire, permet de se laisser porter mais ne requiert pas autant d’attention. En ce sens, parler de musique en termes d’albums, c’est aussi montrer le temps qu’on consacre à la musique et insister sur la place que celle-ci occupe dans notre vie.

Mais penser la musique en terme d’albums, c'est aussi et surtout montrer un rejet du mainstream. Là où l’industrie musicale a pour habitude de miser sur les singles, écouter les albums entiers montre qu’on veut aller au-delà, et se donner l’impression d’une connaissance moins partielle de la musique. Etant donné que la musique est le plus souvent promue par les singles, le public mainstream va effectivement souvent s’y arrêter puisqu’il n’a pas d’intérêt à creuser le sujet plus que ça. Ecouter l’album entier, le connaître et en parler, c’est donc se détacher du public mainstream, avoir des pratiques et un discours en opposition à ce dernier.

Si le single est le plus souvent mis en avant, c’est qu’il est censé être plus catchy, plus facile, efficace et accessible. Il faut donc souvent connaître la musique, en comprendre les codes pour avoir un accès culturel à tout un album, en plus de l’envie d’y consacrer du temps.

L’album, au-delà d’un simple format de diffusion et de consommation de la musique, est un outil de distinction sociale. Il sert aux AE à se distinguer d’un monde mainstream qu’ils rejettent, de séparer clairement le légitime et le vulgaire. Or, comme tous les mécanismes de distinction sociale, celui-ci instaure une domination d’une catégorie de population sur une autre et se doit donc d’être déconstruit, autant que possible. Bien sûr, il n’y a aucun mal à écouter des albums ou à préférer ce format. Mais aucune pratique ne peut être considérée en dehors de son contexte social, et la façon dont on consomme et écoute la musique forge notre façon d’en parler, mais aussi de la penser. Et c’est bien là que la distinction opère sa domination.

Les milieux de la musique sont des milieux assez compétitifs et, disons-le, un peu pourris parfois. Heureusement, il n’y a pas qu’une façon d’aimer la musique ni de la connaître. Les milieux de la musique ont parfois tendance à privilégier la quantité à la qualité, et il n’est pas rare d’être jugé sur la quantité d’artistes, et de leurs albums, qu’on connaît. Déconstruire cette idée, c’est aussi peut-être reconnecter avec l’émotion, écouter une chanson cent fois de suite pour ressentir cette même émotion encore et encore. L’approche de la musique n’a pas à être nécessairement froide et clinique, elle n’est pas un savoir. Qui est-on pour dire qu’on s’y connaît plus parce qu’on connaît par coeur la tracklist de cent albums que si on connaît par coeur chaque note d’une seule et même chanson ? En se spécialisant, on dirait que que le public de la musique ait parfois oublié les raisons premières qui l’ont mené ici. Déconstruire l’idée que l’album est le seul format légitime d’écoute permettrait peut-être alors de rendre ce milieu pourri un poil plus sympa, mais aussi plus varié dans ses pratiques, dans ses façons se s’envisager lui-même et dans le regard qu’il pose sur la musique elle-même, et donc forcément beaucoup plus intéressant.

Et finalement dans tout ça, l’oeuvre, c’est l’album ou la chanson ? Il n’est évidemment pas possible de répondre à cette question de manière définitive, mais il reste intéressant de la poser. Un album peut être considéré comme une somme de chansons, à la manière d’un recueil de poème. Mais il est aussi une oeuvre à part entière, un moment de musique, une seule et même entité. Cet aspect est encore plus fort dans les musiques électroniques, dont les morceaux se suivent sans pause, comme Street Horrrsing de Fuck Buttons par exemple, où si chaque piste a son propre titre, l’album peut être envisagé un seul et même morceau, il n’y a pas de frontière claire entre les tracks : à la fin de chacune, on entend déjà le début de la suivante. Si on considère que l’album est l’oeuvre, alors sa curation est primordiale. Mais souvent, l’ordre de l’album, travaillé, pensé, n’est pas le même que celui des setlists en live. L’oeuvre pure, serait-elle donc le morceau ?

Si la tracklist d’un album est souvent différente de la setlist en live, c’est aussi parce que ce sont deux exercices très différents. Elaborer la tracklist d’un album est un travail artistique, elle est vectrice de sens. Mais si elle est vectrice de sens, elle ne l’est que dans un contexte précis : l’album est fait pour être écouté chez soi, ou en marchant (dans la plupart des cas), et permet donc à l’auditeur de continuer ses activités. En revanche, ce n’est pas le cas de la setlist, et c’est sûrement ce qui explique qu’elle soit si souvent différente : le groupe ou l’artiste doit garder l’attention d’un public qui est voué à écouter la musique, qui est souvent debout, etc. La tracklist et la setlist sont donc deux travaux artistiques de manière égale, mais qui ont chacune leurs propres contraintes et enjeux. Le fait qu’elle diffère ne veut pas dire que l’ordre des morceaux est interchangeable, qu’il n’a pas d’importance ou que leur curation ne relève pas de l’artistique.

Cependant, la cohérence de l’album ne devrait pas faire d’ombre à l’intensité de la chanson. La chanson, en raison de sa durée, facilite une connaissance parfaite, exacte, et offre une expérience émotionnelle éphémère qui, si elle a moins le temps d’installer une atmosphère, n’en est que plus forte. La chanson permet moins de continuer ses activités pendant l’écoute, elle requiert donc une attention complète. Qu’il s’agisse d’énormes tubes pop ou de dark folk obscure et pointue, son format est pensé pour retenir l’attention quand elle est écoutée indépendamment de l’album auquel elle appartient. L’essence de l’album réside dans la curation et la somme de ses chansons, et s’il éclaire chacune d’elles d’un nouveau sens, chaque morceau a son existence propre une fois sortie de ce contexte.

Il n’y a pas de bonne façon d’écouter de la musique, de l’aimer, de la connaître ou de la penser.


Pourquoi faut-il sauver le Phono Museum de Paris ?

On y va tout droit, et c'est ainsi. Mais il faut s'accrocher et sauver ce qui peut être sauvé. Je m'explique : ce n'est un secret pour personne, nos sociétés contemporaines aussi diverses soient-elles préfèrent aujourd'hui, s'agissant du passé, le langage de l'émotion plutôt que celui de la compréhension, de la commémoration plutôt que de la mémoire. Logique, une telle option est bien plus soluble dans un discours médiatique et des formules préconçues relayées en 140 signes. L'on préférera ainsi poser une plaque, avec ou sans fautes, plutôt que de sauver un musée. Et pourtant, quand un musée meurt, si modeste soit-il, c'est une partie de notre patrimoine culturel qui s'étiole. Et lorsqu'il s'agit d'un musée dédié à l'histoire de l'enregistrement sonore, il convient, lorsque l'on est mélomane, de prendre part à la mobilisation et se bouger sans hésiter. Pourquoi ? Situé au 53 boulevard de Rochechouart, dans le 9ème arrondissement de Paris, le Phono Museum a ouvert ses portes en septembre 2014, exposant didactiquement des phonographes, gramophones, électrophones, juke-box, lecteurs K7 et autres lecteurs sonores, tout retraçant par le biais de supports pédagogiques quelques cent-quarante années d'histoire de l'enregistrement sonore. Pour mesurer à sa juste valeur une telle visée, il faut bien comprendre que l'enregistrement sonore est une révolution sans précédent, ayant littéralement bouleversé la sphère musicale notamment dans son rapport au temps. Question simple : sans sa découverte, comment écouter quoi que ce soit autrement que par la représentation scénique ? Si l'on creuse dans cette direction, comment ne pas reconnaître par ailleurs à l'enregistrement deux autres bienfaits majeurs, à savoir comme l'introduit Guillaume Kosmicki dans son livre Musiques Electrniques (le Mot et le Reste, 2010), "la diffusion d'influences fondamentales à l'évolution esthétique de la musique du XXe siècle", mais aussi "l’apparition de nouvelles musiques, et parmi elles les musiques électroniques qui, du fait de technologies encore laborieuses, ne pouvaient se réaliser en direct et ne trouvaient leur aboutissement que fixées sur un support". Dès lors, il n' a pas trente-six solutions pour garder à Paris un musée vivant, ayant à cœur de transmettre plutôt que de juste donner à voir : il faut venir le visiter ou alors faire un don.

Pour fêter ce jeudi 17 mars la fin de la campagne de financement participatif pour sauver le Phono Museum, un phonographe à double pavillon pour salle de bal va rugir du jazz des Années Folles à partir de 18h. L'occasion de s'y radiner de toute urgence donc.

Le Phono Museum en vidéo


Labels indépendants, vous avez un problème.

En sus des problèmes pointés dans nos deux précédents éditoriaux 2015, triste fanfare et Albini c'est fini ? - portant en gros sur la distribution et le mode de diffusion de la musique indépendante - un sérieux obstacle se dresse désormais sur la route des labels qui, contre vents et marrées, n'ont jamais abandonné le format vinyle : le retour de hype de celui-ci. Car si certains se paluchent sur la recrudescence des ventes de vinyles de par le monde, beaucoup oublient de dire que cette dernière se fait une nouvelle fois au détriment de la multitude de structures tenant plus par passion que par appât du gain. Qui oserait penser gagner des mille et des cents en produisant un disque tiré à quelques centaines exemplaires ? Et qui perd de l'argent, qu'il n'a pas ou plus, devant l'attente interminable des commandes de pressage ? Sûrement pas les majors qui sécurisent leur part sans cesse grandissante dans un processus industriel qu'elles ont précisément saccagé à l'heure de l'apparition du disque compact, et qui vit actuellement à la fois en extrême surchauffe et en situation de plus en plus problématique de monopole. Les labels indépendants, et plus particulièrement ceux de musique électronique désireux de sortir rapidement leur production, sont une nouvelle fois les dindons de la farce et c'est factuellement ce que décrit Thaddeus Herrmann dans Das Filter, lui qui, en qualité de musicien au sein de Herrmann & Kleine - hébergé par Morr Music - de producteur et de co-fondateur du label City Centre Offices, à une petite idée de la chose. Et plutôt que de paraphraser, on a décidé de traduire tel quel ledit article.

Version Française par Alexis Beaulieu

Ubiquity 12
Pressé vers la sortie : pourquoi la mode du vinyle est en train de tuer le disque.

Au cours de l’été 2013, l’industrie musicale s’est rassemblée à Röbel en Allemagne. Les acteurs de l’industrie furent invités à visiter Optimal Media, l’une des plus importantes usines de pressage européennes de CD, DVD et vinyle. Située sur les bords de Mecklenburg Lake District, l’entreprise produit des supports physiques depuis 1990. Dotée de lignes d’assemblage modernes pour les supports physiques tel que les CD et les DVD, d’une large presse, de logistique, et d’un centre de traitement, l’entreprise est l’un des premiers employeurs dans une région en déficit d’infrastructures. C’est une entreprise au service de l’industrie du divertissement à échelle mondiale, et tout particulièrement quand on en vient au vinyle.

Le SommerFest n’avait seulement pour objectif de s’occuper de relations professionnelles, il avait aussi pour but d’inaugurer la nouvelle presse à vinyle de l’entreprise. « Nous pensions sincèrement que les nouvelles machines allaient fluidifier la production, » se souvient Jens Alder du label berlinois Morr Music. « Et pourtant, après le Fest les choses n’ont fait qu’empirer. » Bien que les machines aient été restaurées dans les règles, et contrairement à ce qui avait été prévu par les plans, l’alimentation en gaz s’est révélée trop faible pour alimenter le débit de la presse. Il a fallu attendre des mois avant que le problème ne soit réglé. Pendant ce temps, les délais de production nécessaires à la conception des vinyles n’ont pas cessé d’augmenter.

Les labels qui n’ont jamais cessé de sortir des vinyles, et les labels qui ont sauvé l’infrastructure de production de la banqueroute, se trouvent maintenant pris au piège d’une industrie extrêmement concurrentielle qui tente, contre vents et marées, de reprendre ses marques auprès d’une poignée de fabricants qui sont tout simplement incapables de répondre à la demande. Le point de rupture, toutefois, ne se limite pas à sécuriser la capacité des usines de pressage. Le problème trouve ses racines bien en amont du processus de production.

Contrairement au CD, dont la production est essentiellement automatisée et les machines aisément disponibles sur le marché, la chaine de fabrication du vinyle est fracturée de part en part. Elle est complexe et nécessite énormément de main-d’œuvre, aussi bien dans les usines de pressage que dans les autres étapes de la production. Durant les dernières décennies, les fabricants ont assisté à la reprise des affaires sans jamais considérer sérieusement de nouveaux investissements, et c’est pour cette raison que les labels et les musiciens doivent aujourd’hui prévoir jusqu’à quatre mois d’attente pour produire un vinyle. Même avec trois rotations par jour et en travaillant les weekends, les sites de production ne sont plus en mesure de respecter les délais. Comment a-t-on pu en arriver là alors même que ceux qui n’ont jamais cessé de presser des vinyles ont vu leur rythme de production baisser continuellement au cours de ces dernières années ?

« C’est exactement ça le problème », explique Silke Murer de Handle with Care, l’une des principales agences de production. Avec son équipe, elle coordonne la production d’enregistrement pour de nombreux labels, peu importe que ce soit sur vinyle, CD, marque blanche ou dans une box set. « Au cours des quatre dernières années, nous avons quasiment doublé la production de vinyles. On pourrait croire qu’il s’agit d’une bonne nouvelle mais il faut regarder dans le détail pour comprendre comment on en vient à ce résultat. Sur la même période, les premiers titres ont presque été réduits de moitié. Ce qui signifie plus de travail pour la presse. Les machines doivent être reconfigurées plus souvent, ce qui prend beaucoup de temps. Mais le vrai problème, ce n’est pas le pressage – c’est au niveau de la galvanoplastie que ça coince."

La galvanoplastie, procédé consistant à recouvrir la gravure sur laque d’une couche de métal afin de produire des matrice de pressage, est très chronophage et nécessite un personnel hautement qualifié. Ceux qui ont appris la galvanoplastie sont encore loin d’être capable de préparer la laque - le fastidieux procédé nécessitant une grande expérience et un grand savoir-faire. C’est seulement à ce moment là qu’on peut garantir que la musique sonnera comme elle est supposée sonner. Et tout ça doit se faire dans un temps restreint: lorsque la musique est gravée sur la laque, elle ne peut pas être stockée indéfiniment. Une période de stockage supérieure à deux semaines est considérée comme problématique.

« La production de vinyles est un business très lucratif, ou du moins l’a été par le passé », déclare Maurer. « Les marges sont hautes et les machines ont été amorties depuis longtemps. Aussi longtemps que les volumes de production se sont maintenus, on était bon. Mais il aurait fallu investir de nouveau et beaucoup plus tôt, en particulier dans la galvanoplastie.

En effet, une visite des usines de pressage offre un curieux tableau. Les machines donnent l’impression d’avoir été directement empruntées à un musée et installées sur le sol de l’usine. Elles sont lourdes, étroites et brûlantes. Toutes les trente secondes, la presse crache un disque qui est automatiquement rangé dans une pochette ou bien déposé sur une broche en attendant d’être glissé à la main.

Il reste trois grosses usines de pressage en Allemagne : Optimal, Pallas et R.A.N.D. En plus de ces dernières, il y a GZ en République Tchèque, MPO en France et Record Industry en Hollande. Faites-les disparaître, et le paysage Européen devient très vite confus.

De nombreuses usines de pressage indépendantes ont fermé à la fin des années 80 et au début des années 90 à cause du manque de demande. Et les majors, qui étaient presque toutes propriétaire de leurs presses, ont délibérément détruit leurs machines afin de favoriser l’hégémonie du CD. L’introduction du CD au début des années 80 a été un véritable miracle économique. Le développement de ce nouveau format était supposé se rentabiliser quasi immédiatement, les disques étaient donc vendus dans les premières années à des prix largement supérieurs à leurs coûts de production. Grâce au digital, à l’époque le mot magique, les labels pouvaient vendre la totalité de leur catalogue en moins d’une seconde, avec un son prétendu de meilleure qualité, sans scratch, de plus grande capacité (avec des morceaux bonus) dans un format plus petit et plus pratique.

Il y a eu une ruée vers l’or chez Sony et les autres majors, et il difficile de se débarrasser du sentiment que les labels sont en train d’essayer de vendre leurs archives une troisième fois, cette fois aux quarantenaires qui se souviennent avoir acheté des vinyles, sont naturellement passés au CD, ont vendu ou jeté leurs vieux vinyles et ne sont pas vraiment satisfaits avec le streaming aujourd’hui. Un simple coup d’oeil à la section vinyle d’une grande surface berlinoise prouve que les rayonnages sont bourrés de réédition de vieux titres, la plupart produit par des majors. Les lecteurs peuvent être achetés directement à la caisse. Il n’y a rien de mal à ça - la musique devrait toujours être vendue dans tous les formats demandés par la clientèle. Mais certains signes montrent que les majors sont activement en train d’essayer de sécuriser une partie substantielle des capacités de production vinyle des usines. Comment ? En payant à l’avance. Il est d’ailleurs possible que certaines presses soient d’ores et déjà complètement réservées à certaines entreprises. L’EP techno peut attendre, Led Zeppelin ne peut pas. En effectuant les recherches nécessaires à la rédaction de cet article, nous avons reçu des e-mails confirmant l’existence de pareilles demandes de la part des majors.

Si c’est effectivement le cas - et les usines de pressage refusent de l’admettre - cela signifierait que les majors sont en train d’essayer d’acheter leur place au sein d’une industrie qu’elles ont largement contribué à détruire. Et elles sont une fois encore en train d’essayer d’affamer les les labels indépendants, ceux-là même qui n’ont jamais abandonné le vinyle. Durant le Record Store Day, lorsque les magasins sont remplis d’édition limitées et que les consommateurs font la queue pour pouvoir les acheter, les usines de pressage ont déjà tourné à plein régime durant des semaines pour l’occasion. Qui sait combien de machines ont été rafistolées au lieu d’être proprement réparées ? Personne n’a le temps de souffler. Les prochaines sorties sont déjà en attente, et les machines continuent de fonctionner à rythme délirant.

Mais le procédé de production de vinyles n’est pas la seule chose qui ralentit les usines de pressage: les nombreuses étapes situées en amont du pressage sont elles aussi sujettes à complication. « Le problème c’est la monopolisation », déclare Andreas Lubich, ingénieur en mastering et expert du vinyle résidant à Berlin. « Il y a de nombreux très bons studios de mastering qui préparent la musique pour vinyle et s’occupent eux-même de l’enregistrement. Mais les graveurs sont vieux et nécessitent d’être manipulées avec beaucoup de précautions. Les pièces de rechange sont rares et les prix sur le marché de l’occasion sont juste inimaginables. Seule une poignée de personnes peuvent les remettre en état. Ils sont en voyage autour du monde tout au long de l’année et sont constamment débordés par la demande. Dans le pire des cas, cela signifie qu’une machine va rester inexploitée durant des semaines.

Les problèmes ont commencé bien avant ça. « Il n’y a que deux entreprises au monde qui produisent de la laque. L’une d’elles est une entreprise individuelle japonaise menée par vieil homme qui produit la laque dans son garage. La qualité est remarquable mais qui sait combien de temps il va pouvoir, et surtout il va vouloir, continuer à faire ça. Lorsque nous sommes en contact avec lui, nous essayons de commander autant de laque que possible pour en stocker le maximum. Vous ne pouvez jamais vraiment savoir quand vous serez en mesure de le contacter à nouveau. L’autre entreprise est aux États-Unis et approvisionne une grande partie du marché. C’est quasiment un monopole. C’est pas bon pour le business."

Ensuite, il y a les graveurs. Les plus connus étaient ceux développés en Allemagne par Neumann et ont été produits jusqu’au début des années 80s. Pour faire fonctionner ces machines, il faut recourir à ce qu’on appelle un stylet, qui grave les sillons dans la laque afin d’enregistrer la musique sur le disque. « Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une seule entreprise au monde qui produit ces stylets » déclare Lubich, « c’est Apollo aux US, où est aussi fabriquée la laque. » Une personne, Maria, était en charge de l’intégralité de la production des stylets et était devenue experte en la matière, d’après Lubich. « Maria savait exactement quelles colles étaient les bonnes, et quelles étaient celles que vous ne pouviez pas utiliser dans les grandes cuves parce que leur consistance aurait été altérée. Et puis elle est partie à la retraite, et pendant un bon moment, la qualité des stylets n’était plus suffisante. »

Son successeur a dû acquérir pas à pas ce savoir-faire très spécialisé. C’est l’ensemble des ingénieurs qui gravent les vinyles à travers le monde qui en a subit les conséquences. « Un stylet de mauvaise qualité a des répercussions directes sur la qualité d’un disque » déclare Lubich. Les fournisseurs aussi contribuent à la formation du goulet, parce que les grains de vinyle - le matériau brute nécessaire à la production des disques - sont seulement produits par cinq entreprises.

Ce qui était de l’ordre de la pratique commune dans la dance music il y a quelques années - être en mesure de sortir un single en deux-deux - est aujourd’hui quasiment impossible. Si un morceau a du succès, il va devoir être repressé pour pouvoir satisfaire la demande. Malheureusement, ce n’est plus possible. « Ce qui a des nombreuses conséquences », déclare Jens Alder de Morr Music. « D’un côté, il faut mieux estimer à combien le vinyle va s’écouler. Ce qui est complètement impossible. De l’autre, le vinyle détermine désormais complètement le planning de sortie. Impossible d’avoir une date de sortie concrète avant d’avoir les pressages tests devant soi et que les artistes aient également les leurs. Par le passé, le disque en lui-même était surtout une partie du processus. »

L’industrie du vinyle a toujours été professionnelle, mais à une échelle plus réduite, plus raisonnable. Les problèmes étaient réglés directement entre les usines et le client. Le manque de capacité et le hold-up des moyens de productions n’est devenu un problème que lorsque certains labels, qui s’étaient très bien débrouillés sans les vinyles pendant des années, ont redécouvert le format à leur propre avantage.

Les usines de pressage pensent que la situation va s’arranger au cours des prochaines années. Le boum du vinyle va se calmer et la production va se normaliser. La hype entourant les rééditions, qui se révèle être en grande partie responsable de la situation actuelle, ne bénéficie pas d’un effet de longue traîne. Difficile de dire quels seront les dommages collatéraux subis par les labels et les artistes qui ne considèrent pas le vinyle comme le symbole d’un statut ou une machine à cash, mais comme le meilleur format pour leur musique. L’une des étapes du processus de production finira par lâcher un jour ou l’autre. Si cela se produit parce que toute une partie de l’industrie est occupée à fabriquer les futurs disques des marchés aux puces, ce serait une fin bien indigne pour le disque vinyle.

Article originel extrait de Das Filter. Traduction par Alexis Beaulieu.

English Version

Ubiquity 5

Pressed to the Edge: Why vinyl hype is destroying the record

We have a problem. The music industry has been celebrating a surge of interest in one of its most beloved artifacts: the vinyl record. Major labels are returning to their old business model and are quickly saturating clothes stores, online shops, electronics outlets and international vinyl-themed holidays with reissues of old classics.

It’s easy to get swept up in the hype – after all, this is surely a worthy alternative to streaming for the music fan with a fondness for physical objects. However, the vinyl boom is hiding problems that could have disastrous implications for popular culture. Vinyl production worldwide is currently operating way above its capacity, and expensive materials, expert knowledge and antiquated techniques have led to to supply shortages and quality problems.

For independent labels, especially those specializing in electronic music, who survived the last two decades by focusing on vinyl in a time when CDs dominated, the resurgence of interest has resulted in more disadvantages than advantages. In fact, their very existence is now in jeopardy. Thaddeus Herrmann, long-standing label owner and editor of German online magazine Das Filter explains why this is the case, what the actual problems are and why the survival of the humble vinyl record is in danger.

In the summer of 2013, the music industry met in Röbel, Germany. They were invited to visit Optimal Media, one of the largest pressing plants in Europe for CD, DVD and vinyl. Based on the edge of the Mecklenburg Lake District, the company has produced physical media since 1990. With modern assembly lines for digital data carriers such as CDs and DVDs, a large press and logistics and fulfillment center, the company is one of the largest job creators in a region weak on infrastructure. It is a company that serves the entertainment industry worldwide, especially when it comes to vinyl.

The SommerFest was intended not only to take care of business relationships, but also to inaugurate the company’s new vinyl presses. “We really thought the new machines would relieve pressure in our production,” Jens Alder of the Berlin label Morr Music remembers. “However, after the Fest it just got worse.” Even though machines had been restored properly, one thing that was not considered in the planning was that the gas feed did not have enough power to provide the presses with enough output. It would take months before this problem was remedied. In the meantime, the production delays for vinyl just increased.

The labels that never stopped releasing vinyl records, and the labels who saved the production infrastructure from bankruptcy, now see themselves trapped within a highly competitive industry that is attempting, by hell or high water, to find its footing with a few remaining manufacturers that simply cannot meet demand. The point of failure, however, is not limited to securing capacity in the pressing plants. The problems start a long time before this process begins.

In contrast to the CD, which for the most part is produced in a completely automated way with machines available on the open market, vinyl’s manufacturing chain is divided into many small parts. It is complicated and requires a lot of work by hand, both in the actual pressing plant as well as with the other steps in the production. Manufacturers have watched as business has boomed in the last few decades, but important investments were ignored, and this is the reason why today’s labels and musicians have to allow up to four months to produce a vinyl record. Even when working three shifts a day and through the weekend, the production facilities can’t deliver in a timely manner. How can that be when even in genres that have traditionally pressed to vinyl, the production runs have continually decreased over the last few years?

“That’s exactly the problem,” explains Silke Maurer of Handle with Care, one of the largest production agencies for records. With her team, she coordinates the production of recordings for numerous labels, no matter whether it is on vinyl, CD, white label or in a box set. “In the last four years, vinyl production has almost doubled here. That sounds super, but you have to take a closer look at how the numbers come together. In the same timeframe, the first run of a title has reduced nearly by half. That means more work for the press. The machines have to be reconfigured more often, which takes a lot of time. But the real problem is not in the pressing – the bottleneck is in the electroplating.”

Electroplating, a process which involves coating the master lacquer in a metal layer to produce stampers, is time-intensive and requires highly trained personnel. Those who have learned electroplating are still a long way from being able to prepare the lacquer – the lengthy process requires a great deal of experience and expertise. Only then can it be guaranteed that the music sounds how it is supposed to sound. And all this has to happen quickly – when the music is cut to the lacquer, it can’t be stored indefinitely. A time period of over two weeks is considered to be problematic.

“The production of vinyl is actually a very lucrative business, at least that was the case in the past,” says Maurer. “The margin is high and the machines are old and completely paid for. As long as production volume stayed the same for the most part, that was it. There should have been new investment much earlier, especially in electroplating.”

Indeed, a trip to a pressing plant offers a bizarre picture. The machines look like they were taken straight from a museum and installed on the factory floor. It is loud, narrow and hot. Every 30 seconds the presses spit out a record that is either automatically placed in a sleeve or put on a spindle in order to be sleeved by hand.

There are still three large pressing plants in Germany: Optimal, Pallas and R.A.N.D. In addition there is GZ in the Czech Republic, MPO in France and Record Industry in Holland. Remove those, and the landscape in continental Europe quickly becomes confusing.

Many independent pressing plants closed in the late 1980s and early 1990s due to lack of orders. And the major labels, practically all of which owned their own presses, wantonly scrapped the machines in order to help the CD triumph. The introduction of the CD at the beginning of the 1980s was a self-made economic miracle. The development of the new format was supposed to pay for itself as soon as possible, so the silver discs were sold at highly inflated prices in the early years. Thanks to “digital”, back then the magic word, record companies could sell their entire back catalog a second time and with alleged better sound, no scratches, longer playing times (with bonus tracks!) and in a smaller, more practical format.

There was a gold rush at Sony and the other majors, and it’s hard to shake the feeling that the labels are trying to sell their archive a third time, this time to middle-aged buyers who can remember buying vinyl, naturally switched over to the CD, sold or threw away their old vinyl and aren’t completely happy with streaming today. A look at the vinyl section of a large Berlin store proves the shelves are full of reissues of old titles, mostly from major labels. Record players can be purchased right at the checkout. There’s nothing wrong with that – music should be sold in the formats that meet customer demand. But there are indicators that the majors are actively trying to secure substantial vinyl production capacity at the remaining pressing plants. How? By paying in advance. There might even be presses completely reserved for certain companies. That techno EP can wait – Led Zeppelin can’t. In the course of researching this article, we received emails that confirm such requests by the majors.

If this is the case – and the pressing plants are denying it – it would mean that the majors are attempting to buy their way into an industry that they played a significant role in destroying. And they are attempting once again to starve the indie labels, the very labels that never gave up on vinyl. On Record Store Day, when the shops are full of specially-made vinyl records and customers wait in line for these limited editions, the pressing plants have already had many hard weeks of work leading up to it. Who knows how many machines were quickly patched-up in lieu of a proper repair? Nobody has time to take a breath. The next releases are already on standby, and the machines continue to run at a furious pace.

But the vinyl production process isn’t only slowed down by the pressing plants – there are many steps long before a record is pressed that are also subject to complications. “The problem is the monopolization,” says Andreas Lubich, a mastering engineer and vinyl expert from Berlin. “There are currently many good mastering studios that prepare music for vinyl and also take care of the recording themselves. But the cutting machines are old and have to be used with a great deal of care. Replacement parts are rare and the secondhand market prices are unfathomable. Only a handful of people can repair them. They travel around the world throughout the year and have more to do than they can handle. In the worst case this means that a machine will lie idle for many weeks.”

The trouble starts before that. “There are only two companies worldwide that produce lacquers. One of these companies is a one-man operation in Japan run by an old man who produces the lacquers in his garage. It’s excellent quality, but who knows how much longer he can and especially will want to continue to do this. When we are in contact with him, we attempt to order as many lacquers as we can in order to stock up as much as possible. You don’t really know when you will reach him again. The other company is in the USA and serves a large portion of the market. It is practically a monopoly. This is not good for business.”

Then there are the cutting machines. The most popular and well known of these were developed in Germany by Neumann and were produced until the early 1980s. To operate these machines a so-called stylus is needed, which carves the groove into the lacquer to store the music on the disc. “Today, these styluses are produced by one company worldwide,” says Lubich, “by Apollo in the USA, where the lacquers are also made.” One person, Maria, was responsible for the entire production of the styluses and she had mastered the process, according to Lubich. “Maria knew exactly which adhesives were the right ones, and that you couldn’t use the large vats because the consistency of the adhesive would change. Then she retired, and for a long time the styluses were qualitatively just not as good.”

Her successor had to acquire the highly specialized knowledge step-by-step. The engineers who cut vinyl worldwide had to suffer the consequences. “A low quality stylus has direct repercussions on the sound of a record,” says Lubich. The suppliers are also causing a bottleneck, because vinyl granules – the raw material for the production of records – are only produced by five companies.

What was common practice in dance music a few years back – to be able to put out a 12” in a flash – is now practically impossible. If a track is successful, it will need to be repressed quickly in order to meet demand. Sadly, this is no longer possible. “That has many consequences,” says Jens Alder of Morr Music. “On the one hand, you have to better estimate what the vinyl run should be. But that is completely impossible. On the other hand, vinyl now determines our entire release schedule. We can only have a concrete release date when we at least have test pressings in front of us and the artist also has theirs. In the past, the record itself was mostly part of the process.”

The vinyl industry has always been professional, but on a smaller, manageable level. Problems were taken care of through direct contact between the plant and the client. Lack of capacity and production hold-ups only became a problem when certain labels, which had done very well for years without vinyl, rediscovered the format for themselves.

The pressing plants assume that the situation will ease up again in the coming years. The vinyl boom will subside and production will normalize. The hype surrounding the reissues, which appear to be responsible for a large part of the current situation, doesn’t have a long tail. What the collateral damage will be on the labels and artists who don’t view vinyl as a status symbol or as a machine to print money, but as the best format for their music, is hard to determine. One of the steps in the production process will fail eventually. If this happens because an entire industry is busy manufacturing the flea market records of the future, it wouldn’t be an adequate end for the vinyl record.

Article originally posted on Das Filter. Translation by Oswald Harris King.


Albini, c'est fini ?

Dans la nuit noire de la récupération à tout va par l'industrie musicale, certaines figures ont toujours porté haut la rectitude des notions d'indépendance et intransigeance. Des voix rares mais encore audibles et qui, dans un relatif anonymat, s'évertuent à une besogne servant toujours la vision d'une musique qu'ils défendent. Parmi eux, on pense évidemment à Ian MacKaye, membre émérite de Minor Threat puis de Fugazi et fondateur de Dischord Records, label intiment lié à la scène punk-hardcore de Washington, refusant tout diktat d'un quelconque distributeur et organisé selon une éthique égalitariste. On ne peut également que se référer à l’indéboulonnable Steve Albini à qui, outre les cinq albums de son groupe Shellac avec Todd Trainer à la batterie et Bob Weston à la basse, l'on doit la production pêle-mêle de groupes comme Nirvana, The Jesus Lizard, Pixies, Slint, Tad, The Breeders, Jon Spencer Blues Explosion, Helmet,  Don Caballero, Gastr del Sol, Tortoise, Palace Music, Oxbow, et même Fugazi ou les français de Sloy ou des Thugs. Un mec capable de faire défiler la même année dans son studio Electrical Audio à Chicago Will Oldham, Neurosis ou Godspeed You! Black Emperor en connaît forcément un bout sur le rigorisme et la vertu, lui qui écrivait dans une fameuse lettre adressée à Kurt Cobain lors de l'enregistrement d'In Utero qu'il refusait tout royalties, voulant être payé "tel un plombier : je fais mon travail, vous me payez ce qu'il vaut." Ian MacKaye et Steve Albini donc, chacun sur le retour en 2014, l'un avec l'excitante réédition de démos de Fugazi, First Demo (lire), l'autre avec l'album Dude Incredible (lire) dont l'austérité n'a pas cillé avec l'âge, et dont la parole compte. Si le premier ne confine celle-ci que par le bais de documentaires traitant exclusivement de Washington DC - on pense évidemment à Salad Days : The Birth of Punk In The Nation’s Capital (lire) - le second s'offre parfois quelques sorties bien senties, dont celle à la conférence Face The Music de Melbourne en novembre dernier. Une intervention derechef retranscrite par The Gardian et presque instantanément traduite par les collègues de Mowno (lire). Ce qui en dit long sur l'importance suggestive de l'auteur en 1993 de l'essai The Problem With Music dans un milieu ayant connu une révolution cardinale, la généralisation d'internet et de ses conséquences pratiques en terme de production, de relais ou de distribution, en plus de toutes les potentialités nouvelles offertes par ce medium. Et le mec est sûr de lui, posant son CV en introduction : "Je vais d’abord revenir sur quelques points me concernant. J’ai 52 ans, j’ai constamment fait partie de groupes, j’ai toujours été actif – d’une manière ou d’une autre – dans le domaine de la musique depuis 1978. A ce jour, je joue toujours, je travaille en tant qu’ingénieur du son, et je possède mon propre studio d’enregistrement à Chicago. Par le passé, j’ai écrit pour un fanzine, j’ai été programmateur radio, organisateur de concerts, et j’ai aussi monté un petit label. Je n’ai pas toujours été convaincant dans tout ce que j’ai entrepris, mais ces choses, je les ai faites, donc elles font partie de mon CV. Je travaille la musique tous les jours, avec des musiciens, depuis plus de trente ans. J’ai enregistré près de 2000 disques pour des groupes indépendants comme pour des rock stars, pour des petits labels comme pour des gros. J’en ai enregistré un il y a deux jours, et je me pencherai sur un nouveau lundi à ma descente d’avion. Donc, en sachant comme elle était et ce qu’elle est devenue, je pense que ça me place dans une bonne position pour évaluer l’état de santé de la musique." Plutôt que de retenir son souffle plus longtemps quant à la teneur des propos, et avoir cette désagréable impression d'être passé à côté de quelque chose, l'idée a germé d'une lecture critique de ce texte par cinq représentants de micro-labels hexagonaux que sont Hands in The Dark, Svn Sns Records, Atelier Ciseaux, Fin de Siècle et Stellar Kinematics. Morceaux choisis, sachant que l'intervention de Steve Albini est à mater dans son canap en intégralité ci-après.

Albini 2

Son point de vue, sans apporter vraiment quelque chose de nouveau, semble tenir la route : sans internet, Hands in The Dark n'existerait pas. Parvenir à vendre des disques à l'autre bout du monde, réussir à rentrer en contact en quelques clics avec de gros médias, des shops un peu partout sont autant de choses qu'il nous serait quasi impossible de faire sans notre chère connexion freebox. Mais l'explosion du net / streaming / téléchargement a aussi des côtés moins jouissifs. Alors oui, soundcloud / youtube / bandcamp & co facilitent les démarches pour les groupes ou labels mais ils sont aussi devenus d'immenses déversoirs à merde. J'imagine qu'en tant que S. Albini, c'est aussi plus simple pour lui d'être sur une approche positive du marché. Et quand Albini dit que "la musique oubliée s'est vue offrir une seconde vie", certes il a raison mais il passe sous silence l'effet néfaste de ce phénomène puisque pas mal de gens sont désormais à l’affût de rééditions ou d'archives déterrées via les labels/blogs, oubliant parallèlement des trucs tout aussi excitants chez les jeunes artistes. (Morgan, Hands in The Dark).

Même si l'on parle d'indépendant, c'est un monde qui n'est pas le nôtre : les conditions sont beaucoup plus difficiles pour des labels ou groupes qui veulent en vivre et qui sont là depuis moins longtemps. Mais j'ai surtout l'impression que tout le monde se renvoie la faute. Les majors disent que c'est la faute du net, ce qui est vrai, les consommateurs que les disques restent trop chers, ce qui est aussi vrai, les mecs comme Albini que c'est mieux maintenant, facile pour un mec de sa stature, et les labels comme Atelier Ciseaux qui refusent cette idée du mp3 payant bien qu'on ne peut plus réduire les acheteurs de mp3 à des consommateurs shuffle. Ce qui me gène, c'est que pour certains, sortir du vinyle ou de la K7 est une affirmation d'indépendance... ce qui est faux, totalement. Cœur de Pirate fait du vinyle, Captured Tracks sort des coffrets cassettes limités a cent copies à des prix pas possible. Je suis sure qu'en creusant, certaines majors ont dû en sortir également. On utilise des formats pour brandir un étendard en fin de compte vierge. Après c'est clair que sans internet, Atelier Ciseaux ne serait pas le même, voir ne serait peut-être pas. On ne sortirait peut-être pas de disques avec des Américains, on ne vendrait pas à Taiwan, les groupes n'auraient pas la possibilité, comme Albini le dit, de pouvoir enregistrer à moindre coût. Ça a démocratisé tout ceci et c'est vraiment une bonne chose. Mais quelque part, on a aussi perdu de vue que la sortie d'un disque implique des gens, de l'argent, du temps, de l'énergie, de la passion... J'ai le sentiment que la nouvelle génération qui connait principalement le mp3 n'a pas conscience de tout ça. Que la musique ne sort pas par magie d'internet. Que soundcloud ou youtube ne sont que des intermédiaires. Que sans tous ces passionnés, toutes ces plateformes seraient vides. Je trouve assez scandaleux que certains blogs ne parlent jamais des labels ou ne filent aucun lien pour acheter le disque ou juste des informations. On minimise toute cette énergie et il n'est pas ici question d’ego, comme si c'était dérisoire. (Rémi, Atelier Ciseaux)

Le soldat Albini enfonce pas mal de portes ouvertes. En fait, c'est absolument normal qu'un type dans sa situation tienne ce discours, il n'y a rien de génial, ni rien de scandaleux dans ses propos. C'est un constat. Il capitalise sur son passé et c'est pour les gens comme lui que l'industrie du disque redevient un petit eldorado avec toute la folie des rééditions. C'est vrai qu'on peut constater une espèce de tendance qui voudrait que ce qui est plus ancien ait plus de valeur que le contemporain. Presque un délire muséal ou de conservation. Célébrons plutôt les gloires passées, pas grave pour nos contemporains, de toutes façons on aura le temps de les redécouvrir dans dix, quinze, vingt ans. (Alex, Svn Sns Records).

Internet a rééquilibré le rapport labels / artistes. Par son accessibilité et la facilité de diffusion, pour un peu qu'on s'approprie quelques techniques de web-marketeux, on peut très bien créer ses différents profils de diffusion et vente. L'activité de label ne tourne plus autour de ce rôle de valorisation mercatique. Aujourd'hui, un label doit apporter un savoir-faire, une approche, un positionnement. Idem pour la diffusion: la qualité d'un label va au-delà de la seule dimension de son réseau, aujourd'hui tout le monde peut se créer un réseau. Le label doit créer la valeur ajoutée, s'attribuer des fonctions vraiment utiles et si l'argent aide forcément, c'est d'abord les compétences qui sont à la base de la relation de confiance avec les artistes et les diffuseurs. Le positionnement sur la musique de niche est par ailleurs un vrai choix. Ce n'est pas une sorte de limitation de facto, imposée par le consumérisme ou la démocratisation des réseaux. Internet, c'est aussi des millions d'artistes à la noix qui sortent de la soupe diffusée sur YouTube en attente d'intégrer un télé-crochet et de signer chez Universal. Leur proposer de rejoindre un petit label ne me semble pas très compliqué. En revanche, la niche, ou du moins ce que je verrais plutôt comme une spécialisation volontaire, relève plutôt de la véritable indépendance : tu choisis ton fond de commerce, en général ça correspond à tes goûts, et de ce point de vue ça n'a rien d'un pis-aller, c'est au contraire la motivation qui permet la création puis le développement d'un label indépendant comme Stellar Kinematics. Et aujourd'hui, la motivation compte autant voire plus que le fric dans la vie d'un micro label. La spécialisation ou la niche, c'est d'abord faire ce que tu aimes même si tu sais que tu vas en chier.

Par ailleurs, j'aime son expression, blasé par les concerts, qui renvoie à cette capacité qu'on a aujourd'hui de TOUT voir, ne rien rater. Tout est accessible, la rareté n'existe que par l'autodiscipline et beaucoup se perdent dans le FOMO. Mais où et quand et comment s'arrêter ? Les labels n'ont jamais eu autant de visibilité, des soirées portent leurs noms, c'est un véritable réseau d'influence qui tend parfois à lasser, à décourager de chercher par soi-même. Le label est aussi évidemment là pour ça : démarquer les influences, pourquoi pas les bouleverser dans le meilleur des cas. Mais ça ne doit pas être servi comme une becquée virale à faire mousser les tourneurs, ça ne doit empêcher personne de chercher ses propres influences. C'est l'émulsion produite par cette accessibilité qui importe vraiment, ni la quantité, ni la tendance. Ce qui me permet de passer au point suivant : celui du prix des concerts. Je n'ai pas vraiment connu les concerts des années 70 et 80, mais j'ai le souvenir de tarifs élevés sur les grosses affiches et d'un manque de connaissance des lieux de concerts dits "découverte", qui ont quand même eu leur lot de stars en devenir. En 89, Nirvana jouait à Issy-les-Moulineaux, et les exemples ne manquent pas de salles, de bars et de MJC qui pratiquent des tarifs attractifs. La scène indé a de plus en plus de lieux pas chers où s'affirmer, et la viralité est justement le nerf de la guerre dans ces cas là. Les labels y ont leur rôle à jouer. Quant à l'analyse sémantique à laquelle il procède à la fin de son intervention, elle est aussi vide de sens que la phrase qu'il tente d'analyser maladroitement en y insérant la seule vision de son point de vue de quinqua qui a vécu l'histoire du punk. Il tire la sonnette d'une alarme qui résonne déjà depuis des années. L'évolution de l'industrie musicale est aussi sauvage qu'elle est fluide et ne se résume pas à un rapport direct artiste / fan. Au contraire, cette fluidité donne la capacité à des acteurs nouveaux de se créer, à leur niveau de compétences et/ou de médiation, et les labels font partie de ces acteurs, comme le sont les développeurs des plateformes de diffusion, les graphistes des covers et affiches, les bookers, les fanzines et blogs, etc. La musique est une création de l'esprit, et à ce titre attire comme un aimant d'autres esprits créatifs et motivés, démocratisant des supports, des ressources et surtout des courants musicaux qui se traduisent de plus en plus souvent en sous-genres complexes et riches. Encore une fois, je pense que c'est l'émulsion qui caractérise l'approche de la musique indépendante aujourd'hui et il n'est pas plus légitime de vouloir réformer la façon dont se crée, propage et vend la musique actuellement que de vouloir donner des leçons aux réformateurs (Thibault, Stellar Kinematics).

D'abord, je veux juste m'aligner sur Rémi, entre autres, qui précisait que les propos viennent d'un acteur très visible de l'indé aux US, qui, quoi qu'on en dise, vit lui aussi sur l'héritage d'un circuit musical de distribution / promotion propre aux 80's / 90's. Et même si des labels comme Touch & Go ou autres sont des exemples majeurs de réussite indépendante pour nous, vingt ans plus tard, il n'en reste pas moins qu'Albini a cette posture issue de ce qu'il a connu, de cette époque dorée, comme on peut le lire ici et là où tout était plus difficile et plus cher mais où il existait une véritable économie, un véritable modèle, pour guider le travail et tenter d'avancer tout en gardant ses principes. Ça n'est plus le cas aujourd'hui, ou de manière beaucoup moins claire et visible. Je n'irai pas jusqu'à reparler de certains détails du propos de Steve Albini comme le prix du disque et des concerts, le fait que l'industrie de la musique soit à l'époque une industrie du disque, etc., pour ne pas rentrer dans une explication de texte chiante. Mais je voudrais m'attacher à un point précis. Pour moi Albini vient d'une génération qui pense qu'Internet a tout bouleversé. Et c'est ça le malentendu. En pratique, oui évidemment, avec une dématérialisation de la musique qui l'a rendue plus accessible, échangeable, trouvable, achetable, etc pour le consommateur, qui l'a rendue moins "chère" à créer pour le musicien ou à fabriquer. Mais le modèle économique, lui, n'a pas changé, c'est faux, archi-faux, et une illusion grossière que de dire ça. Il n'est qu'un clone de ce qui existait avant, déporté ailleurs, avec d'autres acteurs que les traditionnels labels / maisons de disques de l'ère post-50's, en gros. Les moyens techniques ont changé comme je le disais mais les rapports économiques n'ont pas évolué, et ça c'est la réalité sur le terrain pour les petits acteurs comme Fin de Siècle. Du coup, il existe aujourd'hui une vraie démarcation nette entre les "gros indés" avec groupes qui tournent, qui vendent, même de manière modérée, mais qui existent tant en terme de promo que par la relative possibilité qu'ils ont d'aller à la rencontre de "leurs fans", les gentils fans encensés par Albini. D'ailleurs, certains de ces groupes sont encore la queue de la comète de cette période pré-Internet dont Albini fait parti, soyons clairs. Et les très petites structures quasi invisibles qui se débattent pour ne serait-ce qu'exister, créer un micro-modèle avec trois bouts de ficelle, un modèle qui se voudrait même pas rentable mais juste durable.

Le web a créé des milliers d'activistes qui n'existaient pas avant peut-être, mais ce sont, nous sommes, des activistes du "pas grand-chose" pour qui le projet musical ne dépassera pas le fait de se faire plaisir, soutenir une démarche que l'on apprécie et tenter de l'apporter à quelques dizaines ou centaines de personnes en plus. Albini déplace le débat sur le terrain de ce qui est "faisable" aujourd'hui et qui ne l'était pas hier (enregistrer, diffuser sur le web, parler avec ses fans...) mais c'est occulter le fait que la "philosophie" du milieu reste la même : tout tournera toujours autour des moyens que tu peux ou ne peux pas mettre à tous les niveaux de ton travail de micro micro label (enregistrement, fab, promo, partenariat, édition et j'en passe). Rien n'a donc changé. Et ça n'est même pas une bonne ou une mauvaise nouvelle, ça n'est juste pas une nouvelle en soi. Rien n'a changé. Je fais partie de ceux qui ont vu des portes s'ouvrir depuis quinze ans, en grandissant, grâce à l'explosion du web et des richesses qu'il a proposé. C'est vrai que c'est devenu la caverne d'Ali Baba et ça nous a permis de nous faire cette culture musicale précieuse. Mais la véritable réflexion est que les gens comme moi se seraient peut-être tout de même lancés quoiqu'il arrive, car c'est là que se situe le cœur de notre passion. Le web n'a été que facilitateur de ça mais n'est pas à l'origine d'une envie d'exister dans cet univers musical, même de manière microscopique. Du coup, le débat sur les format, les moyens techniques accessibles aujourd'hui ne compte plus, pour moi. Le modèle n'a pas changé en soi, il y a toujours une "caste", peu importe son nom, qui en remplace une autre et c'est l'histoire de tous les changements économiques depuis l'invention de nos sociétés modernes.

A mes yeux, le sujet important dans ce que soulève Albini est le suivant : l'illusion du contrôle absolu que peut conférer le web. C'est une putain d'illusion plus vicieuse et pernicieuse que jamais. C'est l'utopie de la gestion à 360° par le musicien lui-même, qui n'est rien d'autre qu'une nouvelle émanation de toutes les gentilles utopies post-adolescentes du XXème siècle. Ça n'existe pas, ça n'existera jamais. La réalité est que même si tout est mille fois plus accessibles théoriquement, tout cela se heurtera toujours à la capacité d'investissement budgétaire : que ce soit pour la fabrication (avoir les bons contacts, le savoir-faire, le budget pour,...), la promotion (le temps nécessaire ou l'appui d'une tiers personne à rémunérer pour essayer d'émerger de la masse, se faire un nom, ne serait-ce qu'exister), les partenariats pour dégager visibilité et/ou un peu de revenus complémentaires, la gestion des droits voisins / édition avec tout ce que ça pré-suppose de connaissance juridique, de connaissance du business, de réseau... Bref, rien n'a changé. Tout est virtuellement accessible mais concrètement aussi complexe qu'auparavant. D'autant que l'on est aujourd'hui dans un secteur dont on dit que l'économie se rétracte depuis quinze ans au moins, je ne vois pas comment dans ce contexte il n'y aurait pas davantage de "tensions" pour exister et émerger.

Le seul changement évident à mes yeux est la potentialité d'y parvenir, peut-être cent fois plus forte qu'il y a trente ans, à l'époque d'un modèle ultra-verrouillé, ouvertement fermé et contrôlé clairement par une oligarchie de structures. Mais aujourd'hui, qu'est-ce qui a changé à ce niveau là ? Remplacez certains mots ou noms du texte d'Albini par des mots récents et le texte sera aussi pertinent : la promo chez le disquaire en PLV est faite aujourd'hui sur Pitchfork avec un encart ou un publi-rédac, chez Youtube avec une vidéo en pré-roll ou un lien sponso ou que sais-je. C'est l'illusion conférée par cette potentialité, qui a véritablement progressé. Et c'est mille fois plus pernicieux à mes yeux. Tout ça entretenue par la moindre hype dont on pense qu'elle sort de nulle part sans se douter parfois des moyens déployés derrière pour y parvenir. Les acteurs ont changé, hier c'était les labels, aujourd'hui, qui ? Les boites d'édition ? Les plateformes de streaming ? Les ayant droits divers et variés ? Albini est dans le rêve hérité de ses années de "militantisme" post-hardcore / punk etc, d'une société plus horizontale que le web aurait permis de créer. Virtuellement oui, tout est accessible pour celui qui ne fait que ça, ne dort plus et s'investit à deux mille pour cent. Pour les êtres humains normaux, ça n'est pas le cas. Concrètement, c'est donc faux : émerger dans le milieu musical reste toujours une putain de montagne infinie à gravir, comme avant. On a juste contribué à nous faire croire depuis quinze ans que tout était réglé, que tout allait mieux et que le monde serait sauvé. En vérité, rien n'a changé. Et nous continuons à faire nos trucs dans nos coins, pour nous faire plaisir. Mais ne venons pas nous dire qu'aujourd'hui tout est accessible et rendu faisable. Et ce même si, comme le dit Captain Obvious, le monde est mieux ainsi, avec un système plus ouvert. (Dom, Fin de Siècle).

Vidéo


2015, triste fanfare

A peine le temps de vider une boîte mails regorgeant de vœux plus ou moins honnêtes que 2015 se pare d'une coloration bien plus saumâtre que n'a été pénible à déglutir la fin d'année écoulée. Inutile de palabrer sur les événements tragiques qui ont eu lieu avant-hier, peu ou prou à l'heure où le point final de cet édito a été signé, chacun est assez ébranlé pour se retrouver, seul, dans la nuit du doute et de l'incertitude. Même s'il est malaisé de se sortir la disparition de Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Tignous et Georges Wolinski de la tête, la pudeur nous résout au silence et la raison au discernement. Et, malheur relatif s'il en est, la litanie de mauvaises nouvelles est plus que légion en ce début d'année.

Car si le vivier de micro-labels fleurissant aux quatre coins de l'hexagone et prospérant à l'ombre d'une crise du disque chaque jour plus difficile à appréhender dans sa globalité - lesdites petites structures ne sortant plus des disques pour gagner de l'argent mais pour a minima couvrir les frais de production et rétribuer autant que faire se peut les artistes par le biais de concerts en support des sorties - permettait de passer outre le fait qu'en France plus qu'ailleurs, il y a une prime commerciale à la médiocrité - oui, le top 10 des ventes compte en 2014 une ribambelle de tocards devant l'éternel -, la fin de la récré semble désormais avoir sonné par le biais de deux modifications, indépendantes l'une de l'autre, mais qui, applicables toutes deux au 1er janvier de cette année, va considérablement freiner une émulation pour le moins nécessaire à notre hygiène culturelle.

S'agissant des fichiers digitaux d'abord, toutes les ventes seront désormais assujetties à la TVA, que cela soit via un site dédié ou une plateforme de téléchargement. Histoire de complexifier la chose, l'imposition se fait au taux de TVA en vigueur dans l’État membre où l'acheteur est domicilié. Même si un guichet unique pour ce type de vente a été créé sur le site du Ministère des Finances - chaque trimestre le label doit déposer une déclaration de TVA et l’acquitter via le mini guichet -, et même si les Bandcamp ou BigCartel détermineront automatiquement si l’acheteur se situe dans un pays de l’UE, calculant de facto le montant de la TVA en l'ajoutant au prix final, inutile de préciser l'effet d'une telle mesure obligeant les labels soit à répercuter à la hausse cette taxe sur les prix des fichiers, soit à s’asseoir dessus malgré une marge déjà bien faible.

S'agissant des disques physiques ensuite, c'est la Poste française qui emboîte le pas à celle américaine l'année dernière avec la suppression pure et simple du paquet prioritaire international pour ne laisser comme alternative que le Colissimo. Soit une hausse grosso merdo de 185% des frais d'envoi, quand on sait que nos amis artisans du disque vendent - et c'est regrettable - la plupart de leur production hors des frontières de l’Hexagone. Pris en tenaille par ces deux mesures contestées et contestables - une pétition relative à la seconde est à signer d'urgence par ici -, nul doute que certains vont se décourager, jetant l'éponge, las de couvrir sur leurs propres deniers les fruits déjà dispendieux de leur engagement. Et qui s'en plaindra ? Sûrement pas ceux n'ayant nullement cillé à l'annonce du hiatus d'une année en 2015 du Festival MoFoplus petit des grands festival qu'on se plaisait à couvrir chaque début d'année. Non. Le climat est délétère et, au risque de passer pour de vulgaires poujadistes des cultures souterraines, il devient évident que des mondes parallèles se superposent pour ne plus se rejoindre. A l'un la promesse d'une indifférence dédaigneuse et d'une invitation à la résignation silencieuse, à l'autre tous les égards.

En prenant la culture tel un prisme, il s'avère que face au grand bond en arrière intellectuel auquel on assiste - plus que désemparé -, la primeur est avant tout donnée à l'hédonisme et au divertissement. Si celui-ci est vital, il n'est en rien une obligation de tout instant. Or, l'air du temps fait que les grosses machines économiques des professionnels du spectacle s’enquièrent avec brio de cette hystérie collective seyant parfaitement à la réduction des musiciens au statut d'auto-entrepreneurs ayant plus une renommée bankable qu'un univers musical forçant à la curiosité : le quidam accepte de se faire saigner pour dodeliner de la tête trois jours durant dans des halls sans âme tout en rechignant à lâcher quelques euros pour le moindre disque - et qu'importe l'omniprésence médiatique de certains - souvent support de cet amusement. D'ailleurs, comme on pouvait s'y attendre, la nuit est loin de mourir, elle se recompose, tandis que la dimension culturelle, elle, s'effiloche sur l'autel du fric : la musique n'est plus qu'une composante parmi d'autres pour atteindre un chiffre. Le désenchantement gerbe d'un calendrier sans cesse alourdi, sans cesse implacable : Pitchfork Festival, Primavera, Festival des Inrocks, et j'en passe, toutes ces coquilles vides ne se remplissent qu'en fonction d'une thermométrie de tendances et non d'une véritable direction artistique. Les groupes sont interchangeables, devenus de simples variables d'ajustement, et ce, sur des sentiers ultra-balisés.

2015, donc. Plus que jamais on louera l’irrévérence, l'indépendance et le courage de la différence. Comme un symbole, la Villette Sonique fêtera cette année ses dix ans, jonglant encore et toujours entre exigence des choix et succès populaire. A notre niveau, on tentera de donner un sens, une importance, à ce qui nous aide à nous lever chaque matin. En ce sens, et dès janvier, on vous parlera longuement des vingt piges de Prohibited Records.


Bilan 2014 : Albums, Tracks & Mixtape

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YG - My Krazy Life (Pu$haz Ink)

18. YG - My Krazy Life

(Pu$haz Ink)

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Profligate - Finding The Floor (Not Not Fun)

17. Profligate - Finding The Floor

(Not Not Fun)

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The War On Drugs - Lost In The Dream (Secretly Canadian)

16. The War On Drugs - Lost In The Dream

(Secretly Canadian)

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Woods - With Light And With Love

15. Woods - With Light And With Love

(Woodsist)

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Ariel Pink - Pom Pom (4AD)

14. Ariel Pink - Pom Pom

(4AD)

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Amen Dunes - Love (Sacred Bones)

13. Amen Dunes - Love

(Sacred Bones)

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Vanessa Amara - Both Of Us King Machine (Posh Isolation)

12. Vanessa Amara - Both Of Us/King Machine

(Posh Isolation)

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ABT040 TOPS LP-Jacket 11183 v2

11. Tops - Picture You Staring

(Arbutus)

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Andy Stott - Faith in Strangers (Modern Love)

10. Andy Stott - Faith in Strangers

(Modern Love)

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CS541835-01A-BIG

09. In Aeternam Vale - Jealous God 05

(Jealous God)

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ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ-Music-Of-The-Fire-Walkers-1

08. ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ : Music Of The Fire Walkers

(ΚΕΜΑΛ / Berceuse Heroique)

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Grouper - Ruins (Kranky)

07. Grouper - Ruins

(Kranky)

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HTRK - Psychic 9-5 Club (Ghostly International)

06. HTRK - Psychic 9-5 Club

(Ghostly International)

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Violet Poison - Non Sequitur (Haunted Air)

05. Violet Poison - Non Sequitur

(Haunted Air)

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Etienne Jaumet - La Visite (Versatile Record)

04. Etienne Jaumet - La Visite

(Versatile Record)

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John Carpenter - Vortex (Sacred Bones)

03. John Carpenter - Vortex

(Sacred Bones)

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Bing & Ruth - Tomorrow Was the Golden Age (Rvng Intl.)

02. Bing & Ruth - Tomorrow Was the Golden Age

(Rvng Intl.)

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gesloten-cirkel-submit-x

01. Gesloten Cirkel - Submit X

(Murder Capital)

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TOP 4 REEDITIONS

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Mogwai_Comeondieyound-500x500

01. Mogwai - Come on Die Young

(chemikal underground)

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TomEllard_80sCheescakeJacket

02. Tom Ellard - 80's Cheesecake

(Dark Entries)

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Slint_-_Spiderland

03. Slint - Spiderland

(Touch & Go)

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Black Zone Myth Chant - Straight Cassette

04. Straight Cassette - Black Zone Myth Chant

(Laitdbac)

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TOP 5 LABELS

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OPALTAPES_LOGOrvng-logoantinotebhtesla

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TOPS REDACTEURS

[/fullwidth_text]

Top albums

01. Gesloten Cirkel – Submit X (Murder Capital)

02. Vanessa Amara – Both Of Us / King Machine (Posh Isolation)

03. Profligate – Finding The Floor (Not Not Fun)

04. Tomaga – Futura Grotesk (Hands in the Dark)

05. Black Rain – Dark Pool (Blackest Ever Black)

06. Fugazi – First Demo (Dischord)

07. Odawas – Reflections of a Pink Laser (Bookmaker Records)

08. In Aeternam Vale – Jealous God 05 (Jealous God)

09. Woods – With Light And With Love ( Woodsist)

10. ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ : Music Of The Fire Walkers (ΚΕΜΑΛ / Berceuse Heroique)

Top morceaux

01. Watter – This World (Temporary Residence Ltd)

02. Umberto – La Llorona (Mind Records)

03. Former Descent – All-In And Losing The Game (Gooiland Elektro)

04. Vanessa Amara – King Machine (Posh Isolation)

05. Shellac – Dude Incredible (Touch and Go)

Top labels

01. Berceuse Heroique (Angleterre)

02. Opal Tapes (Angleterre)

03. Blackest Ever Black (Angleterre)

04. Antinote (France)

05. Hands in the Dark (France)

Top rééditions

01. Mogwai – Come On Die Young (Chemikal Underground)

02. Slint – Spiderland (Touch and Go)

03. Patrick Cowley & Jorge Socarras – Catholic (Dark Entries)

Un concert

The Space Lady (Night School Records), 2 octobre @ Espace B

Révélations 2014

01. Ekman – Untitled (Panzerkreuz Records)

02. Helena Hauff – Shatter Cone ‎(Lux Rec)

Espoirs 2015
01. Syracuse – (Antinote)

02. Tsantza (Svn Sns Rcrds)

03. Maoupa Mazzocchetti (Unknown Precept)

Album honni
Liars – Mess (Mute Records)

Plaisir coupable

Tous coupables

Top albums

01. Bing & Ruth – Tomorrow Was the Golden Age (Rvng Intl.)

02. Andy Stott – Faith in Strangers (Modern Love)

03. Sleaford Mods – Divide & Exit (Harbinger Sound)

04. Azealia Banks – Broken With Expensive Taste (Prospect Park)

05. Etienne Jaumet – La Visite (Versatile)

06. Takako Minekawa & Dustin Wong -Savage Imagination (Thrill Jockey)

07. Aquaserge – À l’amitié (Chambre 404)

08. Amen Dunes – Love (Sacred Bones)

09. Freddie Gibbs and Madlib – Piñata (Madlib Invasion)

10. YG – My Krazy Life (Pu$haz Ink)

11. Frank & Tony – You Go Girl (Scissor and Thread)

Top morceaux

01. J. Cole – Fire Squad

02. Hannah Diamond – Attachment

03. Massimiliano Pagliara – With One Another

04. Stimming – Southern Sun Feat. Piper Davis

Top Labels

01. Rvng Intl.

02. PlanetMu

03. The Trilogy Tapes

04. Antinote

05. Modern Love

Top réedition

01. Nas – Illmatic XX

02. Mogwai – Come on Die Young

03. Lewis – L’Amour

Espoir 2015

Katie Gately

Plaisir coupable

Lana Del rey – Ultraviolence

Top albums

01. The War On Drugs – Lost In The Dream (Secretly Canadian)

02. Tops – Picture You Staring (Arbutus)

03. Amen Dunes – Love (Sacred Bones)

04. Ariel Pink – Pom Pom (4AD)

05. Juan Wauters – North American Poetry (Captured Tracks)

06. Mac DeMarco – Salad Days (Captured Tracks)

07. Grouper – Ruins (Kranky)

08. Todd Terje – It’s Album Time (Olsen)

09. Cut Copy presents Oceans Apart (Cutters Records)

10. Red Axes – Ballad Of The Ice (I’m a Cliché)

Top morceaux

01. Hamilton Leithauser – Bless Your Heart (Ribbon Music)

02. Prince Innocence – Cold (self-released)

03. NO ZU – Raw Vis Vision (Cutters Records)

Top rééditions

01. Severed Heads – Dead Eyes Open (Dark Entries)

02. Tom Ellard – 80’s Cheesecake (Dark Entries)

Concerts

01. Kate Bush (Fish People), Eventim Apollo @ London

02. WhoMadeWho (Darup Associates), Sonar festival @ Barcelona

03. Hercules & Love Affair (Moshi Moshi), La Machine @ Paris

Révélations 2014

01. Karen Gwyer (Opal Tapes)

02. Syracuse (Antinote)

Espoirs 2015

Pas d’espoir, le monde est flingué.

Top Albums

01. HTRK – Psychic 9-5 Club (Ghostly International)

02. Lorenzo Senni – Superimpositions (Boomkat Editions)

03. Consumer – Electronics Estuary English (Dirter Promotions)

04. Florian Hecker – Articulaçao (Editions Mego)

05. David Moss & Hannes Strobl At The Beach – Music For Voice And Electric Bass (Monotype Records)

Top Morceaux

01. Wild Beasts – Wanderlust

02. The Acid – Creeper

03. Lukid – Nine

Top labels

01. Tesla Tapes (UK)

02. Principe Discos (Portugal)

Top rééditions

01. Cha Cha Guitry – St-Etienne 1981 (Born Bad Records)

02. Rodion GA – Behind The Curtain (The Lost Album)

03. 1970’s Algerian Folk And Pop (Sublime Frequencies)

Un concert

Phill Niblock @ Centre Georges Pompidou 29/11.

Révélations 2014

01. Marie Dior

02. Lutto Lento

03. Gazelle Twin

Espoir 2015

Shia Laboeuf

Album honni

Christine & The Love Mountain, SyrEx (Les Disques de Perlimpinpin)

Plaisir Coupable

GusGus Mexico (Kompakt)

2014, pour moi c’est l’année d’un live, celui de Future Islands qui, après m’avoir fait poireauter quatre ans en me laissant croire qu’ils allaient devenir infréquentables à force de talent, passent dans une de mes salles préférées et non bondée, et enchaînent coup sur coup Tin Man et Before The Bridge. Extraordinaire, inoubliable. 2014.

Top albums

01. WIFE – What’s Between (Tri Angle)

02. Mamiffer – Statu Nascendi (SIGE)

03. Future Islands – Singles (4AD)

04. Jessica93 – Rise (Teenage Menopause/Music Fear Satan)

05. Vessel – Punish, Honey (Tri Angle)

Top morceaux

01. Ritual Howls – Turkish Leather (Felte)

02. Plurabelle – Lindo (Stellar Kinematics)

03. Idioma- Pandore (Marketing Music)

Top label

01. Tri Angle (USA)

02. Felte (USA)

Un concert

01. Future Islands (4AD), 13.05.2014 @ Les Trinitaires (Metz)

02. Young Fathers (Big Dada), 16.08.2014 @ Exit07 (Luxembourg)

Révélations 2014

01. Essaie Pas – Nuits de Noce (Teenage Menopause/Malditos Records)

02. Micro Cheval – Debut EP (svnsns)

03. Strasbourg – Sexe et Violence (Le Turc Mécanique)

Espoirs 2015

01. Aïsha Devi (Danse Noire)

02. Rendez-Vous (Zappruder)

03. Louise Roam (Stellar Kinematics)

Album honni

U2 – Songs of Innocence (N°1 du top 50 2014 de Rolling Stone)

Plaisir coupable

Dd elle – Tell Me

Top albums

01. ANAΣΤΕΝΑΡΙΑ : Music Of The Fire Walkers (ΚΕΜΑΛ)

02. Ben Frost – Aurora (Mute / Bedroom Community)

03. YG – My Krazy Life (Def Jam)

04. Beau Wanzer – Untitled – (no label)

Top morceaux

01. Karen Gwyer – Girl With Pitbull (Opal Tapes)

02. Femminielli Noir – Me Gusta El Dolor (Mind)

03. ScHoolboy Q – Man of the Year (TDE)

Top labels

01. Antinote (Fr)

02. Opal Tapes (UK)

Top rééditions

01. Tom Ellard – 80’s Cheesecake (Dark Entries)

02. Unwound – No Energy (Numero Group)

03. Slint – Spiderland (Touch & Go)

Un concert

Ben Frost @ Sonar 2014, Barcelone

Révélations 2014

01. Karen Gwyer

02. Syracuse

Espoirs 2015

NIQUE SA MERE L’ESPOIR

Album honni… sans même l’avoir écouté

Extreme Precautions – I (In Paradisum) Le terme honni est faible, faudrait inventer une catégorie à part tant ce disque est une merde sans nom.

Plaisir coupable

Egyptian Lover – I Cry

On retiendra assurément de 2014 que c’est l’année de la sortie d’un album de Morrissey n’apparaissant pas dans mon top 5. Du coup, j’ai fait un top 6.

Top albums

01. Gem Club – In Roses (Hardly Art Records)

02. Pure X – Angel (Fat Possum Records)

03. Grouper – Ruins (Kranky)

04. The Proper Ornaments – Wooden Heart (Slumberland Records)

05. Amen Dunes – Love (Sacred Bones Records)

06. Morrissey – World Peace Is None Of Your Business (Harvest Records)

Top morceaux

01. Foxes In Fiction – Shadow’s Song

02. Morrissey – Mountjoy

03. Johnny Aries – This Grave Is My Bed Tonight.

Top label

01. Hand Drawn Dracula

02. Burger Records

03. Fire Records

Top réédition

01. Rééditions des albums de Wedding Present (Edsel Records)

02. Slint – Spiderland (Touch & Go)

Un concert

The Notwist @ Le Grand Mix à Tourcoing, le 14 Mars 2014.

Révélations 2013

01. Full Ugly (lire)

02. Alpine Decline (lire)

03. Wish (lire)

Espoirs 2014

01. Johnny Aries

02. Cheryll

Album honni… sans même les avoir écouté

1. Foxygen – And Star Power

Plaisir coupable

J’assume tout.

Entre une expatriation de six mois en Chine, un nouveau taff où les sites de streaming n’ont pas droit de cité et un appartement coupé d’internet, l’année 2014 aura été quelque peu… filtrée. Top 2014 façon ermites de la Taïga.

Top albums

01. Gesloten Cirkel – Submit X (Murder Capital)

02. Yong Yong – Greatest It’s (Night School)

03. Koudlam – Benidorm Dream (Pan European Recording)

04. Etienne Jaumet – La Visite (Versatile Record)

05. Valentin Stip – Sigh (Clown and Sunset)

Top morceaux

01. Koudlam – Negative Creep – (Pan European Recording)

02. Container – Glaze (Liberation Technologies)

03. Ricardo Tobar – Hundreds (Desire Records)

Top labels

01. Antinote

02. Raster Noton

Réédition

01. Early Recordings – Bal Paré – Medical records (2014)

Un concert

01. Syracuse (Antinote), 04/09/2014 @ La Plage de Glazart

Révélations 2014

01. Syracuse (Antinote)

02. Night Riders (Svn Sns Records)

03. Bitchin Bajas

Espoirs 2015

01. Voiron (Cracki, Concrete, Rave or Die, One Eyed Jack)

02. Micro cheval (Svn Sns Records)

03. Objekt (Pan)

Album honni

Tout ce qui a pu dégouliner de chez Bromance et autres designers sonores de fêtes foraines

Plaisir coupable

Beaucoup trop coupable

Top albums

01. Future – Honest (Epic)

02. Violet Poison – Non Sequitur (Haunted Air)

03. Birdman, Young Thug & Rich Homie Quan – Tha Tour Part 1 (YMCMB)

04. Aquaserge – A L’Amitié (Chambre 404)

05. Lotic – Damsel In Distress (Janus Berlin)

Top morceaux

01. Vince Staples – Blue Suede (Def Jam)

02. Violet Poison – Force (Haunted Air)

03. Night Riders – L’Espace Et Le Temps (Svn Sns / C’est Ca)

Top label

01. Quality Control (Etats-Unis)

02. Opal Tapes (Royaume-Uni)

Top réédition

01. Hailu Mergia – Hailu Mergia & His Classical Instrument: Shemonmuanaye (Awesome Tapes From Africa)

02. Black Zone Myth Chant – Straight Cassette (Laitdbac)

Un concert

Sun Araw & Laraaji, 03/06/14 @ Espace B

Révélations 2014

01. Migos (Quality Control)

02. Night Riders (Svn Sns Records)

Espoirs 2015

01. Leave Things (Fin De Siècle)

Album honni

01. Caribou – Our Love (Merge)

Plaisir coupable

01. Beyoncé – Beyoncé (Columbia)

Trop tard pour être dans le top, bande de boloss des dates de sortie

01. Starlito – Black Sheep Don’t Grin

02. Kevin Gates – Luca Brasi 2

Top albums

01. John Carpenter – Vortex (Sacred Bones)

02. Helena Hauff – Return to disorder (Panzerkreuz Records)

03. Arca – Xen (Mute)

04. Violet Poison – No Sequitur (Haunted air)

05. NehruvianDoom – Sound of the son (Lex Records)

Top morceaux

01. John Carpenter – Obsidian (Sacred Bones)

02. Wu Tang Clan – Ruckus in B Minor (Warner)

03. Cut Hands – The Claw (Blackest Ever Black)

Top labels

01. Farbwechsel (Hongrie)

02. Odd Frequencies (France)

Top rééditions

01. Straight Cassette – Black Zone Myth Chant (Laitback)

02. Joe Della – Ms.45 (Death Waltz)

03. Psyche – Re-Membering Dwayne (Dark Entries)

Un concert

Helena Hauff (Panzerkreuz Records) @ Petit Bain

Révélations 2014

01. Stephen Olbricht (Farbwechsel)

02. Person of interest (L.I.E.S)

Espoirs 2015

La réédition de Brown Book de Death in June façon Nada Plus.

Album honni

ZAZ, non je déconne, Aphex Twin – Syro (Warp)

Plaisir coupable

Wu Tang Clan – A better tomorrow (Warner)

Que retenir de 2014? Christian Gourcuff qui quitte le FC Lorient, et peut-être en effet un peu de musique… Quelques bonnes pioches, mais surtout l’impression d’être passé à côté de beaucoup de choses, vieilles marottes obligent.

Top albums

01. Avi Buffalo – At Best Cuckhold (Sub Pop)

02. Papercuts – Life Among The Savages (Memphis Industries)

03. Plaid – Reachy Prints (Warp)

04. Childhood – Lacuna (Marathon Artists/Pias)

05. James Yorkston – The Cellardyke Recording And Wassailing Society (Domino)

Top morceaux

01. Traams – Flowers (FatCat Records)

02. Night Riders – Sombre Danse (Svn Sns Records)

03. Motorama – Dispersed Energy (Talitres)

Top labels

01. Svn Sns Records (Parc Des Princes, Paris)

02. Antinote (Paris)

Top rééditions

01. Various Artists – C86 (Cherry Red)

02. Lambchop – Nixon (Merge)

03. Réédition des albums de The Wedding Present

Un concert

Slowdive @ La Route Du Rock

Révélations 2014

01. Geena (Antinote)

02. FKA Twigs (Young Turks)

03. Tsantza (Svn Sns records)

Espoirs 2015

01. Motorama – Poverty (Talitres)

02. Tous les prochains tracks de Geena (Antinote)

03. Le retour de Teenage Fanclub

Album honni

Je crois que Sydney Valette a sorti quelque chose.

Plaisir coupable

The Fresh & Onlys – House Of Spirits (Mexican Summer)

Puisqu’il est temps que 2014 se termine… 2015 : end of the World?

Top albums

01. The War On Drugs – Lost In The Dream (Secretly Canadian)

02. Sebastien Tellier – L’Aventura (Record Makers)

03. Forever Pavot – Rhapsode ( Born Bad Records)

04. Woods – With Light And With Love ( Woodsist)

05. Amen Dunes – Love (Sacred Bones)

06. I Love You But I’ve Chosen Darkness – Dust (Secretly Canadian/Monopsone)

Top morceaux

01. Real Estate – Talking Backwards (Domino Records)

02. Beck – Blue Moon (Capitol)

03. Shamir – Sometimes a Man (Godmode)

Top label

01. Woodsist (USA)

02. Born Bad Records (fr)

Top rééditions

01. Songs: Ohia – Magnolia Electric Co. (Secretly Canadian)

02. The Moles – Flashbacks and Dream Sequences: The Story of the Moles ( Fire Records)

Un concert

Sébastien Tellier (Record Makers), Stereolux @ Nantes

Révélations 2014

01. Quilt (Mexican Summer), Levitation festival @ Angers

02. Cosmo Sheldrake (Transgressive Records), Les Transmusicales @ Rennes

Espoirs 2015

Manceau (label à déterminer)… les gars, ne me décevez pas sinon je vais me faire virer de Hartzine rien que pour avoir mentionné votre nom.

Album honni

Pink Floyd – The Endless River ( Columbia). Ils auraient du l’appeler l’ennui sans fin tellement c’est nul de voir un album fait par la moitié du groupe à partir de chutes d’un album déjà plutôt mauvais…

Plaisir coupable

Étienne Daho – Bleu comme toi ( Virgin)

Top Album

01. Wall Eyed – A quest (Humble records)

02. In Aeternam – Vale Gnd Lift (Minimal Wave)

03. Ekman – Panzerkreuz 1015

04. Cabsum Miradolores Ep MINIBAR032

05. In Aeternam Vale – « Jealous God 05″ – 12 » BLACK – JL005 RP

Top morceaux

01. Ben Vedren & Leiris – Procrastination Minibar

02. Monsalve – La Carcaja

03. Francois X – Rising MDR

Réeditions

01. Tom Ellard 80’s – Cheesecake ( Dark Entries)

02. Severed Heads – Dead Eyes Open (Dark Entries)

Labels

01. Dark Entries

02. Dement3d records

Un concert

Who made who à la Cigale

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VIDEOS

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MIXTAPE

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[button colour="black" type="slightlyroundedarrow" size="large" link="http://www.mediafire.com/download/p21a2eioxpju2xl/hartzine-yearly-Mixtape.zip" target="_self]DOWNLOAD[/button]

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Tracklist

01. Night Riders - L'Espace Et Le Temps

02. Container - Glaze

03. Motorama - Dispersed Energy

04. Plurabelle - Lindo

05. Sterling Roswell - The Girl from Orbit in Dub

06. Massimiliano Pagliara - With One Another

07. Wild Beasts - Wanderlust

08. Umberto - La Llorona

09. The Acid - Creeper

10. Ritual Howls - Turkish Leather

11. Koudlam - Negative Creep

12. Femminielli Noir - Me Gusta El Dolor

13. Ricardo Tobar - Hundreds

14. Wild Beasts - Wanderlust

15. TRAAMS - Flowers

16. Hannah Diamond - Attachment

17. Prince Innocence - Cold

18. Real Estate - Talking Backwards

19. Johnny Aries - This Grave Is My Bed Tonight

20. NO ZU - Raw Vis Vision

21. J. Cole - Fire Squad

22. John Carpenter - Obsidian

23. Wu-Tang Clan - Ruckus In B Minor

24. SchoolBoy Q - Man Of The Year

25. Foxes in Fiction - Shadow's Song

26. Vanessa Amara - King Machine

27. Karen Gwyer - Girl With Pitbull

28. Lukid - Nine

29. Violet Poison - Force final

30. Cut Hands - The Claw

31. Morrissey - Mountjoy

32. Former Descent - All-In And Losing The Game

33. Stimming - The Southern Sun (Original Mix)

34. Shamir - Sometimes A Man

35. Shellac - Dude Incredible

36. Vince Staples - Blue Suede

37. Watter - This World

38. Beck - Blue Moon

39. Gesloten Cirkel - Submit X

40. Etienne Jaumet - Metallik Cages

41. Kassem Mosse - Untitled B1

42. Frank & Tony - After Days

43. Lorenzo Senni - Elegant and never tiring

44. Aquaserge - Tout arrive

45. Ariel Pink - Black Ballerina

46. Red Axes - Too Late To Samba

47. Ara Koufax - Brenda

48. SLEAFORD MODS - tweet tweet tweet

49. YG - Sorry Momma (Feat Ty Dolla $ign)

50. Azealia Banks - Desperado

51. Yong Yong - Maca Lu-Lu

52. Helena Hauff - Message From Filippo

53. Vessel - Red Sex

54. Andy Stott - Faith In Strangers

55. Arca - Thievery

56. Valentin Stip - Correlation

57. Future - Honest

58. Rich Gang feat. Rich Homie Quan & Young Thug & Birdman - Flava

59. NehruvianDOOM - OM

60. Freddie Gibbs & Madlib - Deeper

61. Takako Minekawa & Dustin Wong - Party on a Floating Cake

62. Morrissey - World Peace is None of Your Business

63. Jessica93 - Asylum

64. Don't DJ - Swifts

66. TOPS - Way To Be Loved

67. Mac DeMarco - Passing Out The Pieces

68. Future Islands - Spirit

69. Papercuts - Still Knocking At The Door

70. Avi Buffalo - Overwhelmed with Pride

71. The War on Drugs - Under The Pressure

72. Amen Dunes - Lilac In Hand

73. Gem Club - Polly

74. Bing & Ruth - The Towns We Love is Our Town

75. Childhood - Right Beneath Me

76. Adam X - Catenary

77. Violet Poison - Palace of Mirrors

78. Ben Frost - Nolan

79. John Carpenter - Vortex

80. Consumer Electronics - Affirmation

81. Plaid - Hawkmoth

82. Odawas - Black Iron Awakening

83. HTRK - Blue Sunshine

84. In Aeternam Vale - 62,54hz

85. ΑΝΑΣΤΕΝΑΡΙΑ _ Vatican Shadow Version

86. Vanessa Amara - Untitled

87. Lotic - Crazy 4 Val Venis

88. Fugazi - Merchandise

89. Black Rain - Protoplasm

90. Tomaga - Malintesi

91. Profligate - Maniac Will Win

92. The Proper Ornaments - Summer's Gone

93. Pure X - Starlight

94. Beau Wanzer - Balloons

95. Koudlam - Tonight

96. Obalski - hotensia

97. A.r.t. Wilson - Janine's Theme

98. Mamiffer - Caelestis

99. Battle Trance – Palace Of Wind I

100. Wife- Heart Is A Far Light

101. Todd Terje - Delorean Dynamite

102. Grouper - Holding

103. Juan Wauters - Escucho Mucho

104. Nas feat A.Z. - Life's A Bitch

105. Lewis - I Thought The World of You

106. Mogwai - come on die young - cody

107. Lambchop - Nixon - The Old Gold Shoe

108. Psyche - Eye Of The Hurricane

109. Joe Delia & Artie Kaplan - Ms. 45 Dance Party

110. Black Zone Myth Chant - My Glory Will Be to Sing Eternal Law

111. Craig Leon - Nommo

112. Hailu Mergia - Hari Meru Meru

113. Kennedy - The Wedding Present

114. Slint - Good Morning, Captain

115. Unwound - Pardon My French

116. Freedom (Hourya) - Abadane

117. Rodion G.A. - Elastic

118. CHA CHA GUITRI - Monsieur Madame

119. Severed Heads - Dead Eyes Opened

120. Patrick Cowley & Jorge Socarras - She Had Her Nerve

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Fin 2014 avec Hartzine, tout un programme

hz_Events_2014_uneVous avez été près de cinq cent à gaiement vous ensabler pour notre concert de rentrée à La Plage de Glazart avec les funambules de Night Riders et Syracuse au menu. On espère vous voir tout aussi jouasses et nombreux aux futurs événements que l'on a concoctés bien sagement avant de décamper l'été venu. Programme, présentation et écoute.

Audio

26.09 BERCEUSE HEROIQUE w/KEMAL, EKMAN & KOEHLER @ PETIT BAIN (Event FB)

ΚΕΜΑΛ [BERCEUSE HEROIQUE / GB]

Boss du label Berceuse Héroïque, le Londonien d'adoption est aussi imprévisible que son label capable de sauter du coq à l'âne, de la techno la plus bruitiste à la disco la plus pétée en passant par des chants traditionnels grecs remixés par Vatican Shadow et Pete Swanson. Qui vivra verra. Surtout ce soir-là.

EKMAN [BERCEUSE HEROIQUE / DE]

La musique dégoisée par Ekman (interview) fait froid dans le dos tout autant qu’elle obnubile, entre excitation horrifique et fascination morbide, s’adjugeant une aura placée sous le signe de Carpenter. Encore trois formats courts permettent de cerner, si ce n’est la personnalité, la musique de celui qui imprime sa techno polaire selon les prismes dégénérescents de la musique industrielle, Throbbing Gristle en tête : un 12″ sur Gooiland Elektro – subdivision d’Enfant Terrible – et deux 12″ sur Berceuse Héroïque dont il eut l’honneur d’ouvrir en avril 2013 le catalogue avec la diatribe house-techno Reform - comprenant un remix du Norvégien DJ Sotofett - suivi en février 2014 par le vénéneux Acid7 rebooté en face B par le Vereker de L.I.E.S. et The Trilogy Tapes.

KOEHLER [BERCEUSE HEROIQUE / SW]

Nouveau venu sur Berceuse Héroïque avec le maxi Dynasty, l'également Londonien d'adoption aux allures de Sébastien Tellier a auparavant mitraillé sa techno sur Skudge White Label, tout en contribuant aux R-Zone series. BH n'a pas de meilleure description quant à sa musique ultra-physique : "Fuck Lo-Fi Jungle"

TSANTZA [SVN SNS RCRDS / FR]

Tsantza, duo encore inconnu. Plus pour longtemps pour les sorciers de l'analogique, en cavale de Night Riders, puisqu'une cassette est annoncée en octobre sur Svn Sns Rcrds.

02.10 THE SPACE LADY & MICROCHEVAL @ ESPACE B (Event FB)

THE SPACE LADY [NIGHTSCHOOL RECORDS, US]

"Par où commencer, donc, avec cette Dame ? D'abord dire qu'il n'y a aucune raison de vous en vouloir si vous n'avez jamais entendu parler d'elle. A l'instar de Moondog, The Space Lady a commencé sa carrière dans les rues de San Francisco à un moment indéterminé des années 70, l'a interrompue à un moment indéterminé des années 90 et à l'exception des bonnes gens et des badauds de la Bay Area, très peu de mélomanes ont eu l'occasion de l'entendre chanter.

En fait, les chansons de The Space Lady sont devenues plus ou moins légendaires chez le grand public indie via le volume 2 de Songs In The Key Of Z, compilation historique d'Irwin Chusid consacrée "au monde étrange de l'outsider music" où elle s'illustrait aux côtés des Shaggs, de B.J. Snowden ou de Jandek. A part ça, les seuls fragments de musiques enregistrés par la Dame qu'on pouvait entendre étaient soit lacunaires, soit auto-édités en CD-R à des tirages dérisoires (mais apparemment toujours disponibles via CD Baby). Ce qui n'a pas empêché des méta-outsiders comme John Maus de se répandre en éloges sur son usage cosmique de l'accordéon ou du Casio et de la playlister à gogo (cf. ce mix). Car derrière les volutes de synthé cheap et le petit casque d'Astérix sur la tête, toute la magie de The Space Lady tient à sa voix terrienne et gracieuse, à mi-chemin d'une Grace Slick groggy et d'Alison Statton des Young Marble Giants." Olivier Lamm - The Drone

MICRO CHEVAL [SVN SNS RCRDS, FR]

La Parisienne Laurène Exposito susurre d’étonnantes comptines synth-pop à l’oreille de son Micro Cheval. Étonnantes, parce qu’à la fois bancales et charnelles, fragiles et lumineuses, passéistes et futuristes. C’est d’ailleurs en ces termes – charriant la stabilité et la gravité – que la principale intéressée décrit son projet, citant parmi ses influences majeures Solid Space – duo anglais méconnu auteur en 1982 d’un unique et épuisé LP, Space Museum. La dernière cassette EP, parue sur le label francilien Svn Sns Rcrds en septembre 2013, figure à merveille cette emprise mélancolique des ondes rétro-stellaires par l’imagerie eigthies. Avec quelque chose en plus : un timbre de voix plus que singulier.

03.10 AUTOMELODI @ ESPACE B (Event FB)

"Lorsque je signe des groupes étrangers, je les encourage fortement à chanter dans leur propre langue, revendiquer leur culture, et éviter l’écueil des étrangers qui chantent en anglais". Ce sont les mots, en 2009, de l’Américain Pieter Schoolwerth, fin connaisseur des moindres recoins de la minimal wave internationale et soutien majeur de son renouveau grâce à son label-pivot Wierd Records à New York. Il ne parle pas français et ne peut donc savourer l’un des aspects les plus croustillants du projet montréalais Automelodi dont il a sorti le premier album, mais on aimerait bien lui dire qu’il a été particulièrement gâté sur ce coup-là (...)

Il est utile de restituer le tandem Automelodi dans ce contexte, tant son approche romantique et décomplexée du folklore francophone et français est un de ses plus grands atouts. Le tour de force inattendu de sa tête pensante Arnaud Lazlaud (nom de scène Xavier Paradis, histoire d’afficher la couleur) est bien de parvenir à faire de la Nouvelle Vague française au XXIème siècle en étant québécois et en faisant une synth-pop toutes voiles dehors dans une langue délibérément maniérée, le tout sans perde la face. Ce patrimoine artistique hexagonal, il l’avait déjà revendiqué à l’occasion d’un exquis single avec la moitié chantante de Xeno & Oaklander en 2012, Rien à Paris, qui convoquait joyeusement Jacques Rivette en face A et Françoise Hardy en face B, le genre de références qui sonneraient immanquablement chics et pompeuses de la part d’un Français.

C’est pourtant avec une absence totale de complexe que la langue française et son univers sont abordés et magnifiés chez Automelodi, comme le confirme ce deuxième album hautement enjôleur. Ces Surlendemains Acides, ce sont Les Nuits de la Pleine Lune d’Éric Rohmer sur des claviers analogiques en 2013 à Montréal – le titre Fables et Proverbes sonne d’ailleurs comme un clin d’œil à la série des Comédies et Proverbes du défunt réalisateur. Chez Xavier Paradis (et non Dolan, pourtant on n’est pas si loin du compte), on y va sans scrupule : frange basse et chemise cintrée, pop chamarrée et air détaché, on s’alanguit sur son vague-à-l’âme après des nuits agitées (Métropole Sous la Pluie), on déchiffre son mal-être en formes géométriques (À la Date Verticale, et surtout Aléas, Dernières Chances, tube pour danser sous les néons cet automne) et bien sûr, on n’oublie pas que les formes de son corps ne veulent rien dire pour moi (les frôlements érotiques de La Cigale, avec clin d’œil à la Fontaine Pour le Plaisir). On s’autorise aussi des intonations affectées à outrance, des formules ampoulées au bord de la complaisance, et des « r » scandaleusement exagérés qui donnent un relief indécent à des mots tels que « corps » ou « cœur », autant d’éléments que l’on assimilerait ici à de mauvais gimmicks de variété française.

Sur le papier, tout cela pourrait sembler en effet rédhibitoire, et c’est là qu’Automelodi fait fort. D’abord, l’opération s’appuie sur une écriture pop de grande noblesse, et une production tendre et succulente en contraste avec les raideurs pour lesquelles les autres artistes de la néo-minimale wave sont le plus souvent appréciés. Mais Paradis gagne surtout en latitude par le sérieux, l’innocence et la légèreté avec lesquels il nous confie sa fantaisie et son désarroi, là où de nombreux Français n’auraient pu se priver d’un certain second degré voire d’une distance sarcastique. Le Montréalais se joue du registre mathématico-sentimental d’un Moderne ou d’un Performance, frôle parfois le Tranxen 200, mais ne tombe jamais dans le ridicule. Tout au contraire, Surlendemain Acides est un petit chef-d’œuvre de lyrisme assumé, d’humour enlevé et de pop synthétique distinguée auquel on a envie de s’attacher. Comme le dit si bien Xavier Paradis lors d’une de ses poses les plus solennelles, "merci pour l’insolence". Thomas Corlin - Hartzine

09.10 BITCHIN BAJAS, EGYPTOLOGY & HENRYSPENNCER @ PETIT BAIN (Event FB)

BITCHIN BAJAS [DRAG CITY / US]

Bitchin Bajas est le projet solo de Cooper Crain, aujourd'hui plus connu en tant que membre du groupe Cave, formation motorik issue de Chicago. Derrière ses machines, Crain crée des paysages et des mondes sonores aux tonalités organiques, un peu à l’image de Cluster ou d'Edgard Froese. Rejoint en live par Dan, de Majhong, et illustré par les créations vidéos d’Olivia Wyatt et Water Wrackets, Bitchin Bajas présentera un nouvel album, double et éponyme, paru le 28 août sur Drag City et faisant suite à l’excellentissime Bitchitronics sorti en fin d'année 2013.

EGYPTOLOGY [CLAPPING MUSIC / FR]

Les deux musiciens parisiens étaient déjà connus pour leurs explorations post-électronica (Olamm) ou avant-pop (Domotic) au sein de la communauté musicale née à la fin des années 90 avec les labels Active Supension et Clapping Music. Les deux laborantins ont cette fois mis en commun leur amour du bruit blanc et des synthétiseurs vintage, tout en associant leurs différences : mélodies gracieuses cultivées en savants alambics et « utilisation extensive d’échos à bandes 60’s et de réverb' à ressort » pour le producteur « à l’ancienne » Stéphane, grande culture disco, house, techno et IDM pour Olivier, qui s’exprime largement à travers les « polyphoniques grassouillets de la première moitié des 80’s », un sens aigu du détail sonore, et l’envie de faire lentement décoller la piste de danse, et tout le bateau à sa suite.

HENRYSPENNCER [BOOKMAKERS RECORDS / FR]

En février 2013 paraissait le second long format d’Henryspenncer, révélant en six morceaux la palette d’émotions susceptibles de naître de la guitare d’Henryspenncer, invitant à ce voyage introspectif, immobile et infini, celui où la psyché s’échappe par les soupiraux de paupières mi-closes, flottant entre intimité blême et géographie cosmique. Alternant drone suspendu aux aspérités temporelles, psychédélisme ouaté, folk méandreux et brouillards de saturations concassés de rythmiques lourdes, Saturn est le fruit de deux années d’écriture pour Valentin Féron, co-fondateur du label Bookmakers Records, et d’un méticuleux travail d’enregistrement au studio Holy Mountain de Londres. Il sera pour la première fois joué live à Paris.

21.10 PEAKING LIGHTS & JAAKKO EINO KALEVI @ LA MACHINE DU MOULIN ROUGE (Event FB)

PEAKING LIGHTS [DOMINO - WEIRD WORLD / USA]

Plus les albums se succèdent et plus le duo Peaking Lights formé par Indra Dunis et Aaron Coyes change de ton : les assertions hypno-pop prennent lentement mais sûrement l'aval sur les digressions expérimentales du couple. Du très lo-fi Imaginary Falcons paru sur Night Peoples en 2009 au sensuel Lucifer dégoisé par Weird World et Mexican Summer en 2012, en passant par l'inégalable 936 sorti sur Not Not Fun records, les Peaking Lights tracent leur route et affinent leurs idées. Cosmo Logic, prévu pour le 6 octobre prochain, constitue une étape fondamentale avec le saut assumé vers une esthétique pop totale.

JAAKKO EINO KALEVI [DOMINO - WEIRD WORLD / FIN]

Résidant à Helsinki, Jaakko Eino Kalevi a sorti son premier EP, Dreamzone, le 2 décembre 2013 via Weird World. Multi-instrumentiste et autodidacte, le bonhomme a ainsi jeté les bases d'un univers pop psyché mâtiné de résonances funk et de bribes folk.

07.11 UNIT MOEBIUS, HELENA HAUFF, HYPNOBEAT & CLEMENT MEYER @ PETIT BAIN (Event FB)

UNIT MOEBIUS [BUNKER RECORDS / NL]

Le célèbre collectif hollandais né à l’orée des nineties revient en France pour une date unique afin de prêcher une techno aux beats froids et aux relents acides, une marque de fabrique qui leur a souvent valu d’être comparés à leur cousin de la scène de Détroit, Underground Resistance. Nappée d’une aura fantomatique, la musique d’Unit Moebius fait le grand écart entre fétichisme électronique et rigueur martiale avec pour leitmotiv le brisement des stéréotypes au profit du plaisir du groove.

HELENA HAUFF [PANZEKREUZ, WRECK DISCS / GER]

Passionnée par la scène techno hollandaise et les sons bruts des nineties, la jeune Hambourgeoise Helena Hauff s’initie rapidement aux rudiments des machines analogiques et façonne un univers musical brutal qu’illustre Return To Disorder, un premier LP sans concession démontrant l'obsession de l’artiste pour des mélodies rugueuses et sans concession - fascination qu’elle dévoile autour de sets sauvages, croisant électro-punk survolté et classicisme ghetto-tech.

HYPNOBEAT [MONOCHROME TAPES, DARK ENTRIES, SERENDIP / GER]

Si la dernière sortie discographique d’Hypnobeat remonte à 1986, il n’aura fallu qu’un vague vent de nostalgie pour les mélodies minimal-synth un brin vintage pour pousser James Dean Brown à reprendre les manettes de son projet phare, et lui donner un sacré coup jeune. Accompagné d’Helena Hauff, remplaçant au pied levé un Pietro Insipido ayant raccroché les gants, le duo marie allègrement proto-techno et avant-gardisme radical à l’aide d’un set-up de machines analogiques à faire pleurer n’importe quel artiste : une TR-707, trois TR-808 et deux TB-303.

CLEMENT MEYER [GET THE CURSE, ODD FREQUENCIES / FR]

Figure essentielle de l’underground parisien, Clément Meyer fomente au sein du collectif/label Get The Curse des innovations soniques à l’attention des clubbers du monde entier. Tête chercheuse parmi les têtes chercheuses, fer de lance d’un renouveau club en France comme ailleurs, Clement Meyer, patron du label Get The Curse, a notamment signé Low Jack et Tomas More. Mais avant d’être un dénicheur, le Frenchy est producteur, DJ et remixeur. Après plusieurs EP parus depuis 2009, il sort un nouveau maxi, Modern Primitivism, où ce bidouilleur techno passionné de machines s’en donne à cœur joie !

Flyers

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BH FLYER

BB FLYER

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Changer sans rien jeter

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Conscient qu'écrire dans les limbes d'internet confine à se satisfaire d'un éternel éphémère, c'est toujours sans nostalgie aucune que l'on se défait de nos us et coutumes d'alors pour en adopter de nouveaux. Oui, le Hartzine d'avant ne ressemble en rien à celui de maintenant : on publiait moins, par salves, une puis deux fois par semaine, des articles plus longs, selon un format plus proche du blog que du site. Et surtout, régnait une absence totale de publicité. Six ans après, tout a changé, en mal ou en bien selon les goûts, les seules permanences demeurant, pour bien longtemps encore, une indépendance à tout crin et une volonté intacte de fédérer le lecteur d'hier et d’aujourd’hui, le fidèle comme le volage, autour d'une effervescence musicale désormais ininterrompue et qu'Hartzine se propose de hiérarchiser. A sa façon. Et comme celle-ci évolue, l'outil s'adapte : une nouvelle version du site, plus légère, tournera à plein dès la rentrée, indissociant la section blog des autres plus traditionnelles, chroniques ou interviews. Le souci de joindre l'acte à la parole se fera d'ailleurs d'autant plus pressant et enthousiasmant : c'est ainsi qu'on glisse d'ores et déjà le programme de rentrée, entre soirée gratuite, les pieds dans le sable, dans le prolongement d'un été alangui, virées noctambules au son d'une techno exigeante et dure sur l'homme, et concerts oscillant entre culte, efficacité et transcendance.

A venir...

04.09 SYRACUSE + GUEST @ LA PLAGE (Event FB)
21.09 BELGIO MORRICONE PARTY w/THE LOVED DRONES FEAT BERTRAND BURGALAT, DANS DANS & CONDOR GRUPPE @ LA BOULE NOIRE (Event FB)
26.09 BERCEUSE HEROIQUE w/KEMAL, EKMAN & KOEHLER @ PETIT BAIN (Event FB)
02.10 THE SPACE LADY & MICROCHEVAL @ ESPACE B (Event FB)
03.10 AUTOMELODI @ ESPACE B (Event FB)
09.10 BITCHIN BAJAS, EGYPTOLOGY & HENRYSPENCER @ PETIT BAIN (Event FB)
21.10 PEAKING LIGHTS & JAAKKO EINO KALEVI @ LA MACHINE DU MOULIN ROUGE (Event FB)
07.11 UNIT MOEBIUS, HELENA HAUFF & HYPNOBEAT @ PETIT BAIN (Event FB)


Edito & Mixtape : Hexagonie - ANTI-frenchpop

antiDire qu'il se passe quelque chose à Paris et balancer à la figure de son interlocuteur la réouverture du Showcase, c'est un peu comme dire qu'en France une nouvelle scène n'en peut plus d'émerger, prête au raz-de-marée discographique, en citant pêle-mêle et sans les mentionner ici tous ces groupes sortis de l'ornière souterraine qu'à la force de maisons de disques sur les jantes et de producteurs d'événements avides de salles combles. Alors oui, il y a un regain de business dans la musique pop française, avec un nouveau modèle qui émerge : le repérage, la mise à l'épreuve, puis le coup de massue médiatique. Bon. Avec internet, une curiosité bien placée amène toujours au-delà de cette piètre mascarade et c'est donc presque naturellement que les magazines papiers sont encore les meilleurs soldats de ce regain de cocorico - comme si le made in France était musicalement et commercialement un avantage. Cela peut paraître con à dire, mais l'existence d'une scène dans une ville ou une région, ou d'un mouvement musical fait sur des accointances spontanées, n'a rien à voir avec les frontières et encore moins avec la langue. Des groupes français se retrouvent sur des labels américains, allemands, britanniques. L'inverse n'est pas moins vrai. L'émulation créative ne se regarde jamais a posteriori, sauf dans les musées. Alors quoi ? Il ne se passe rien ? Non, justement, mais faire des compilations bleu blanc rouge ne rime à rien s'il s'agit de plaquer un étendard préfabriqué à la face des auditeurs, imaginé par des quadra nostalgiques des années Daho et composé de gringalets pillant éhontément ce répertoire que leur jeunesse leur interdit de sanctuariser. Dans un mouvement inverse, l'idée de cette anti-compilation est née d'une demande faite à la rédaction par le site Goûte Mes Disques, sachant que ses germes étaient pré-existants. La trame : rassembler groupes hexagonaux et labels indépendants de par le globe, amis et profondément exigeants sans se confondre en babillages, sinon en remerciements pour leur spontanéité à répondre par l'affirmative à ce projet. Faire des choix fut presque aussi compliqué que de s'arrêter à vingt. Alors on en a mis vingt-et-un : sur Goûte Mes Disques dans un sens, ci-après dans l'autre, sur Goûte Mes Disques en téléchargement titre par titre, ci-après d'un seul tenant.

Tracklisting

01. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)

Si la France - et l’axe Paris/Bordeaux en particulier - est un étonnant réservoir de formations garage entremêlant crânement stridences punk et sonorités synth, ce n’est pas peu dire qu’il faut séparer le bon grain de l’ivraie. Et La Secte du Futur se pose là, forte d’un second album foutrement bon sorti le 24 janvier 2014 via Eigtheen Records et intitulé Greetings From Youth. Coalition de membres issus des Catholic Spray, de J.C. Satàn, de Black Bug ou encore Skategang, ledit album, mixé par Maxime Smadja et dressant un pont entre noise, punk et surf music, se dévoile à l'aune de Fall Prism, véritable claque pleine de cambouis.

02. Anna - Badman (Howlin Banana Records)

Side-project d'un membre de Volage, formation garage-noise de Tours, Anna est l'occasion pour ce dernier de dégoiser de très belles compositions psych-folk à l'évidence rare et gravées sur bandes magnétiques en février 2014 via le toujours très actif label parisien Howlin Banana Records.

03. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mécanique)

Encore un groupe Rennais, le quatuor Maria False donne à la fois dans le shoegaze et le psyché depuis 2012, avec notamment le Lp Artefact au compteur. Le remix de Death, morceau extrait du maxi Spots and Lines in a Frame sorti en juin 2013 via Le Turc Mécanique, est signé Montebourg - projet kraut sentant bon la désindustrialisation.

04. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)

Il aura suffit d’un peu plus d’une année à Anne-Sophie Le Creurer pour maturer son projet Saintes et le transposer parallèlement de son imagination à la bande magnétique et de sa chambre d’étudiante à la scène. Savant fourre-tout DIY entremêlant guitares, samples et boîte à rythmes sur l’autel d’une pop lo-fi émotive et brinquebalante, Saintes – devenu trio avec l’addition de Floriane Kaeser au clavier et Charlie Xiorcal à la batterie –, a livré le 11 septembre 2013 son premier album Horizontal/Vertical via Crash Symbols, partiellement dévoilé à l’occasion d’une compilation du collectif Nøthing – nébuleuse dont fait partie le groupe en compagnie de Maria False, Venera 4, DEAD, Future, Dead Horse One et The Name of the Band. L’abrasive Where Were the Boys?, où la voix d’Anne-Sophie joue au chat et à la souris avec celle de Kim Gordon, dans une vidéo à découvrir ci-après.

05. Future - In Your Eyes (Anywave)

Quand on s'enquiert du passé, notamment dans un pays qui s'est violemment épris de Trisomie 21, Front 242 ou Kas Product, autant le faire avec doigté, le regard vers l'ailleurs, l'Angleterre et pourquoi pas le shoegaze. Et autant se baptiser Future. À la fois âcre et fascinante, mélange d'historicité et de prémonitions, la musique de ce duo rennais trouve avec l'EP Stay Behind sorti en avril 2014 sur Anywave - label du stakhanoviste Aurélien Delamour, instigateur d'Avgvst - le parfait écrin entre assertions gothiques, justesse mélodique et visée électronique - deux remix d'Harshlove et GS01-h Container étirant l'affaire.

06. Dead - Loser (KdB Records)

Les rennais de Dead ont bâti leur univers autour de boîtes à rythmes acides et dansantes, en plus d'une voix froide et distante. Associés à des guitares oscillant entre déluge de larsens et répétitions de riffs, Dead fait la jointure entre les textures de Jesus and Mary Chains et la puissance d'A Place To Bury Strangers. Leur EP Verses paru en avril dernier via KdB Records en vinyle confirme ce que l'on savait déjà, à savoir que l'on peut compter sur eux.

07. Israel Regardie - Holocaust

Pour dénommer un morceau Holocaust en jouant sous le patronyme d'Israel Regardie, il faut avoir soit de l'insouciance à revendre, soit un talent brut de décoffrage. Les Lyonnais, auteurs d'un EP autoproduit Tu n'es personne en septembre 2013, tracent une ligne médiane entre coldwave et shoegaze, forts de cet habile équilibre.

08. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)

Loin d’incarner la musicalité bariolée que connote son blase, le Réveil des Tropiques s’avère être un sulfureux cocktail puisque des membres de Farewell Poetry, One Second Riot, Casse Gueule, Testa Rossa, Ulan Bator, Looking for John et Trésors le composent. Si le quintette parisien, auteur d’un double LP éponyme via Music Fear Satan en novembre 2012, s’attelle à un genre plus qu’éculé – et où finalement les quelques maîtres règnent en seigneur (cf le nom du label) – il n’y trouve pas moins sa place, distendant, de par ses horizons aux sinusoïdes infinies, une galaxie post-rock claquemurée. Un nouveau double LP vient de paraître en avril 2014, Hallucinations Scéniques, enregistré lors de son éprouvante tournée française.

09. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)

Attention, génies. Si certains se paluchent encore à raison sur les astres du label canadien Constellation - quoi que dès fois l'on s'endort défroqué - l'hexagone compte parmi ses ouailles l'une des plus atmosphériques et poétiques saillies post-rock jamais entendues de ce côté-ci de l'Atlantique et de ce côté-là de la Manche. Oiseaux Tempête, formation emmenée par Frédéric D. Oberland et Stéphane Pigneul - par ailleurs membres de FareWell Poetry et du Réveil des Tropiques - ouvre avec son album éponyme paru en novembre 2013 sur Sub Rosa une brèche béante dans le cloisonnement quotidien, laissant avec subtilité l'esprit s'évader loin des affres d'un monde qui se meurt : le vol mélancolique de l'aigle, repu de sa puissance d'antan. L'album de remixes, nommé Re-Works et sorti le 28 avril dernier via Sub Rosa et Balades Sonores, est un modèle du genre, étoilé de relectures de Saaad, Dag Rosenqvist (aka Jasper TX) ou encore de Justin Small, membre de... Do May Say Think.

10. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)

Alice Dourlen, aussi discrète que magnétique, possède un rare charisme scénique, les odes brumeuses et méandreuses de la Normande s’intimant jusqu’au plus profond de l’assistance, laissant chacun tituber d’un trop-plein d’émotions. En parfaite résonance, le LP Folie Sacrée – paru le 30 septembre 2013 sur l’inestimable maison d’édition bruxelloise Shelter Press – s’égraine tel un bréviaire imageant une nébuleuse balade emprunte de mysticisme, à mi-chemin entre les halos vaporeux de Grouper et l’obscurantisme acrimonieux de Chelsea Wolfe. On flotte benoîtement dans des paysages sonores nimbés de guitares et de claviers, merveilleusement hanté par le fantôme d’une Nico désincarnée.

11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)

Celui dont on avait observé les prémisses de la mue stylistique en 2012 avec son LP Sourire - co-réalisé par Bookmaker Records et Blwbck - a sorti le 28 novembre 2013 Achievement March, à la fois plus abouti et définitivement libéré du post-rock d’alors, aussi aride que cathartique. Julien Magot, sous le patronyme d’Appalache évoquant l’immensité étasunienne, se libère littéralement de toute contrainte afin d’apposer son chant sincère et pénétrant dans un entrelacs de guitares lo-fi, résonnant tel le double trituré d’une sensibilité poignante. Acquire Peace en révèle l'essence.

12. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seem (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)

Certains s’entichent d’un coquillage pour ouïr le lent ressac d’une mer rêvée, subodorée. D’autres, les yeux fermés, dérivent au rythme des odes scintillantes et flottantes du Marseillais Olivier Scalia, usant du patronyme de Johnny Hawaii pour embarquer qui le veut bien sur d’immenses plages sonores – où les embruns miment un psychédélisme ouaté et où la houle se fait guitare réverbérée. Après un étincelant split cassette en compagnie de Cough Cool sur les labels Hands in the Dark et La Station Radar, le dream expop surfer inocule avec son ultime Southern Lights, paru le 30 septembre 2013 sur les précités labels, une invitation à la contemplation nostalgique, le regard scrutant la langueur de sonorités s’immisçant à équidistance des Américains de Ducktails et Real Estate et des standards surf-pop chers aux Beach Boys. Mâtiné d’un humour certain se révélant à la lecture du tracklisting, Southern Lights distille un charme nonchalamment fécond.

13. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)

Les labels Stellar Kinematics et Heia Sun ont co-édité en mai 2013 le premier LP d’Opale, L’Incandescent. Établi à Paris et formé de Rocío Ortiz et Sophia Hamadi – œuvrant préalablement au sein de Playground –, le duo féminin franco-espagnol sculpte par ses compositions un trouble halo mélodique, où se confondent lascivement brume ambiant et luminescence psyché, tapissant leurs pérégrinations lunaires d’un voile mélancolique que révèle progressivement Hold You Tigh extrait dudit LP à l'esthétique visuelle soignée. Un nouvel album est en préparation.

14. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)

La Parisienne Laurène Exposito susurre d’étonnantes comptines synth-pop à l’oreille de son Micro Cheval. Étonnantes, parce qu’à la fois bancales et charnelles, fragiles et lumineuses, passéistes et futuristes. C’est d’ailleurs en ces termes - charriant la stabilité et la gravité - que la principale intéressée décrit son projet, citant parmi ses influences majeures Solid Space – duo anglais auteur en 1982 d’un unique et épuisé LP Space Museum. La gracile Space Shit, extrait d’un EP cassette paru sur le label francilien Svn Sns Records le 30 septembre 2013, figure à merveille cette emprise mélancolique des ondes rétro-stellaires par l’imagerie eigthies de la conquête spatiale.

15. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)

Si le milieu de la musique manque souvent d'humour, les histoires de branleurs magnifiques et érudits frappent toujours avec autant d'évidence. Meilleur duo geek depuis Wayne Campbell et Garth Algar, les rennais de Splash Wave éclaboussent de leur gouaille synth-pop vocodée quiconque encore convaincu que Parker Lewis ne perd jamais. Mais le vernis ne trompe personne, les slackers sont de gros bosseurs et leur EP Guilty of Being Rad paru en janvier 2014 sur Beko Disques - prolongement physique de l'aventure digitale et brestoise du même nom - est une claque longtemps désirée, assurément méritée. Hymne de leur set live, le morceau Spin Jammers est remarquablement autoproduit.

16. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)

Le quatuor Night Riders, orfèvre en sonorités pop analogiques, sortait en octobre 2013 via son propre label C’est ça l'EP Sombre Danse. Ceux qui, il n’y a pas si longtemps, chantaient en anglais et déclaraient nonchalamment être « une interprétation à la fois des esprits black et punk » sous l’emprise de pulsions éthyles de fin de soirées, s’émancipent d’une nébuleuse synthétique à forte consonance locale, par une musique à la fois plus sombre et concise, où rien ne dépasse et ne vient troubler l’ordonnancement de compositions imageant d’intimes combinaisons noctambules. Précisément la frontière délimitant le rêve du mystère. Tandis qu'un nouvel EP, L’Espace et le Temps, est d’ores et déjà annoncé pour le 22 mai prochain, un quatrième – Soleil Noir – est paru sur Svn Sns Records.

17. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)

Après Orbs & Channels en 2013, le duo toulousain Saåad, composé de Romain Barbot et Greg Buffier, a remis une nouvelle fois le couvert sur la table déjà bien garnie du label Hands in the Dark avec un LP, Deep/Float, ayant vu le jour le 17 avril 2014. À la fois introspectives et puissamment lumineuses, les longues respirations instrumentales du duo – que l’on retrouve à l’instigation du label Blwbck – résonnent telles l’échoïsation chamanique d’une scène techno de plus en plus aspirée par le bruit. Ce n’est ainsi pas un hasard si Blwbck a co-réalisé en 2013 le split de Saåad et Insinden avec les Parisiens d’In Paradisum et si Greg Buffier participe à l’exécution scénique du nouvel album de Mondkopf, Hadès.

18. Kaumwald - Léthé (Opal Tapes)

Les Lyonnais Ernest Bergez et Clément Vercelletto forment Kaumwald, projet électronique et expérimental ayant eu le privilége de voir son premier EP, Hantasive, droppé en janvier dernier par la structure de Basic House, Opal Tapes. Oscillant entre drone invertébré et proto-techno sombre et bouillonnante, le duo ne laisse pas insensible tant les amateurs de stridences que de beats.

19. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)

La récidive a du bon. Du moins, c’est ce que l’on se dit spontanément à l’écoute de cette nouvelle livraison signée Tidiane Brusson agissant, du haut de son jeune âge, sous le patronyme de Leave Things. Après l’onirique diptyque Otherness/Unquiet révélé en juin dernier via l’exigeant label Fin de Siècle, le Parisien envoie joliment paître toutes les attentes à son égard à la lisière d’un décor surnaturel, dépassant à la vitesse grand V l’endroit même où l’on croyait le situer. Aperçu à quelques miles de The Field, le Suédois de Kompakt, le producteur à l’infamante précocité dégoise désormais avec le 7″ Atonement/Empfang paru le 1er avril digitalement, une techno sombre et raffinée, martiale et obnubilante, dont l’essence est à humer du côté des Anglais de Sandwell District. L’air du temps diront certains, mais avec un tel soin à peaufiner ses beats et ses textures, où l’effusion rythmique s’éprend de la pesanteur des émotions, difficile de ne pas y voir l’esquisse d’une grande œuvre, à la fois introspective et dansante, destinée à être gravée dans le sillon d’un long format attendu, toujours sur Fin de Siècle, en fin d’année.

20. Cotton Claw - Climax (Cascade records)

Oui, les faiseurs de beats ont encore de l'avenir. Lilea Narrative, Zo aka La Chauve-Souris, YoggyOne et Zerolex le prouvent, dépassant leur carrière respective avec Cotton Claw et distillant à huit mains un panachage de rythmiques et de synthétiseurs analogiques du plus bel effet. Avant tout destiné à rompre genoux et bassins en club, les odes électro hip-hop du quartet bisontin ont trouvé via Cascade Records et l'EP Dusted un accueil au-delà de toute espérance. C2C et Birdy Nam Nam pointent à Pôle Emploi, on ne va pas s'en plaindre.

21. High Wolf - 707 (Not Not Fun)

High Wolf, dont la psychédélie tribale, tropicale et acide s’entiche de beats, de nappes et de guitares obsédantes, hypnotise les oreilles tout autant que les rétines, doublant ses concerts d’une imparable dimension visuelle. Ode chamanique, 707 est extrait du sublime et onirique LP Kairos: Chronos paru l'année passée sur Not Not Fun.

Mixtape

01. High Wolf - 707 (Not Not Fun)
02. Cotton Claw - Climax (Cascade Records)
03. Leave Things - Atonement (Fin de Siècle)
04. Kaumwald - Lethe (Opal Tapes)
05. Saåad - New-Helicon (Hands in the Dark)
06. Night Riders - Sombre Danse (C'est ça)
07. Splash Wave - Spin Jammers (Beko Disques)
08. Micro Cheval - Space Shit (Svn Sns Records)
09. Opale - Hold You Tight (Stelar Kinematics, Heia Sun)
10. Johnny Hawaii - The Parrots Are Not What They Seems (They Are Just Pigeons On Acid) (Hands in the Dark, La Station Radar & Atelier Ciseaux)
11. Appalache - Acquire Peace (Blwbck)
12. Chicaloyoh - Turn Into Windy Sand (Shelter Press)
13. Oiseaux Tempête - Nuage Noir (Sub Rosa)
14. Le Réveil des Tropiques - Sigiriya (Music Fear Satan)
15. Israel Regardie - Holocaust
16. Dead - Loser (KdB Records)
17. Future - In Your Eyes (Anywave)
18. Saintes - Where Were the Boys? (Crash Symbols)
19. Maria False - Death (Montebourg Burnt dub) (Le Turc Mecanique)
20. Anna - Badman (Howlin Banana Records)
21. La Secte du Futur - Fall Prism (XVIII Records)


Bilan 2013

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Les larmes du deuil, le vacarme des séparations, perdre un père, en devenir un à son tour, s'oublier, se retrouver, la vie après tout. Hartzine aura tout connu en 2013, année chaotique mais année héroïque. Notre bilan musical ne pouvait donc être que dense et foutraque, difficile à classifier, à synthétiser, pas très orthodoxe. Un grand écart entre les genres et les goûts à lire et à écouter ci-desous.

forest-swords_engravings_cover-500x5001. Forest Swords – Engravings

(Tri Angle)

 

 

james-holden-inheritors-300x3002. James Holden – The Inheritors

(Border Community)

 

 

Fuck-Buttons-Slow-Focus3. Fuck Buttons – Slow Focus

(ATP Recordings)

 

 

index4. Automelodi – Surlendemains Acides

(Hidden Treasure Music)

 

 

index5. Vatican Shadow – Remember Your Black Day

(Hospital Productions)

 

 

index6. The Asphodells – Ruled by Passion, Destroyed by Lust

(Rotters Golf Club)

 

 

index7. Issakidis – Karezza

(Kill the DJ)

 

 

index8. Orval Carlos Sibelius – Super Forma

(Clapping Music)

 

 

Beach-Fossils-Clash-The-Truth9. Beach Fossils – Clash the Truth

(Captured Tracks)

 

 

index10. Prurient – Through the Window

(Hospital productions)

 

 

e904b7b111. Braids – Flourish/Perish

(Arbutus)

 

 

index12. Oneohtrix Point Never – R Plus Seven

(Warp)

 

 

index13. Musiccargo – Harmonie

(Emotional Response)

 

 

14. Blouse – Imperiuindexm

(Captured Tracks)

 

 

index15. Molly Nilsson – Travels

(Dark Skies Association / Night School Records)

 

 

index16. Yuck – Glow & Behold

(Fat Possum)

 

 

large_DC55316. Bill Callahan – Dream River

(Drag City)

 

 

index17. The Drones – I See Seaweed

(self-released)

 

 

index18. Blondes  – Swisher

(Rvng Intl.)

 

 

index19. Jeremy Jay – Abandoned Apartments

(K Records)

 

 

index20. Suuns – Images du Futur

(Secretly Canadian)

 

Top albums

1. Forest Swords – Engravings (Tri Angle)
2. Mendelson – Personne ne le fera pour nous (Ici d’Ailleurs)
3. The Asphodells – Ruled by Passion, Destroyed by Lust (Rotters Golf Club)
4. Alpine Decline – Night of the Long Knives (Laitbac Records)
5. Beach Fossils – Clash the Truth (Captured Tracks)
6. Blackmail – Bones (Yuk- fü)
7. James Holden – The Inheritors (Border Community) (lire)
8. Vatican Shadow – Remember Your Black Day (Hospital Productions)
9. Kim Brown – Somewhere Else It’s Going To Be Good (Just Another Beat)
10. Automelodi – Surlendemains Acides (Hidden Treasure Music) (lire)

Top morceaux
1. Jeremy Jay – When I Met You
2. King Krule – Neptunes Estate
3. Busta Rhymes – Thank You ft. Q-Tip, Kanye West, Lil Wayne
4. Israel Regardie – Dead Birds
5. Omar Souleyman – Wenu Wenu

Top labels

1. WT (USA)
2. Captured Tracks (USA)
3. Opal Tapes (USA)

Top rééditions

1. Saâda Bonaire – Saâda Bonaire (Captured Tracks)
2. Cabaret Voltaire – #8385 Collected Works (Mute Records)

Un concert

Nick Cave à La Route Du Rock

Top révélations

1. Huerco S.
2. Automelodi
3. Lindsay Tuc

Espoirs 2014

Aucun – j’attends la mort

Album honni

Fauve – ≠

Plaisir coupable

Darkside – Psychic (Matador)

Une vidéo

2013, fini d’effleurer la vie. Et si la musique peut s’avérer relative, elle est loin, très loin d’être accessoire.

Top albums

1. James Holden – The Inheritors (Border Community) (lire)
2. Forest Swords – Engravings (Tri Angle) (lire)
3. Fuck Buttons – Slow Focus (ATP Recordings) (lire)
4. Robedoor – Primal Sphere (Hands in the Dark) (lire)
5. Suuns – Images du Futur (>Secretly Canadian) (lire)

Top morceaux

1. George Issakidis – Karezza (Kill the DJ)
2. Jonas Reinhardt – Mask of the Maker (Not Not Fun)
3. Vatican Shadow – Enter Paradise (Hospital Productions)
4. Ricardo Tobar – If I Love You (Desire Records)
5. Fairmont – Last Dance (My Favorite Robot Records)

Top labels

1. In Paradisum ex-æquo Dement3d (France)
2. Desire Records (France)

Top rééditions

1. The Space Lady – Collected (Night School Records)
2. Nine Circles – The Early Days (Genetic Music)
3. Cabaret Voltaire – #8385 Collected Works (Mute Records)

Un concert

In Aeternam Vale à l’Espace B le 22 mars 2013

Top révélations

1. Lee Noble (Bathetic Records)
2. German Army (Skrot Up)
3. White Poppy (Not Not Fun)

Espoirs 2014

1. Facit (Cititrax)
2. Au.Ra (LebensStrasse Records)
3. Exotic Club (Crash Symbols)

Albums honnis

Aline – Regarde Le Ciel (Idol) ex-æquo La Femme – Psycho Tropical Berlin (Born Bad Records) ex-æquo Pendentif, Fauve…

Plaisir coupable

No Age – An Object (Sub Pop Records)

Une vidéo

En général, quand sonne l’heure du bilan, la boîte d’aspirine n’est pas loin. Et pourtant 2013 aura été riche en rebondissements. C’est une victoire écrasante de la contre-culture sur les standards musicaux, bousculant les charts… Il n’est donc plus étonnant de voir apparaître Vatican Shadow dans le mag très Gauche caviar Technikart ou de ne pas sourciller à l’écoute du dernier Lady Gaga, ressemblant à du Betty Davis remixé par Noisebuilder. Finalement, il ne serait pas si surprenant que le prochain Rihanna ou Miley Cirus soit enregistré dans un bunker avec des instruments tribaux ou que les titres de Silent Servant ou encore Oneohtrix Point Never crèvent le Top 50. Une certaine idée du futur.

Top albums

1. Prurient – Through the Window (Hospital productions) (lire)
2. Issakidis – Karezza (Kill the DJ) (lire)
3. Huerco S. – Colonial Patterns (Software Records)

Top morceaux

1. Prurient – Through the Window (Hospital productions)
2. Primal Scream – Relativity (Pias) (lire)

Top labels

1. Hospital Productions (USA)
2. Death Waltz Recording (UK)

Top rééditions

1. Cabaret Voltaire – Collected #8385 (Mute) (lire)
2. Dickon Hinchliffe – Red Riding: In Year of Our Lord 1980 Soundtrack (Blackest Ever Black)

Un concert

Nine Inch Nails à Rock en Seine

Une révélation

Natasha Kmeto

Espoir 2014

Violet Poison

Album honni

Daft Punk – Random Access Memories (Columbia) (lire)

Plaisirs coupables

1. Sky Ferreira – Night Time, My Time (Capitol Records)
2. Nine Inch Nails – Hesitation Marks (Polydor) (lire)

Une vidéo

Au risque de passer pour un pisse-froid à l’heure de ce bilan, force est de constater que 2013 n’aura pas été jojo-jojo pour nos oreilles. Bien peu d’albums de garde pour trop de disques à consommer tout de suite, remisés aux oubliettes en un temps parfois record. Mais bon, ne dramatisons pas non plus, comme chaque année, quelques-uns se sont tout de même distingués et nous aurons finalement à peu près sauvé l’année. Les voici.

Top albums

1. Yuck – Glow & Behold (Fat Possum)
2. Jon Hopkins – Immunity (Domino)
3. Jeremy Jay – Abandoned Apartments (K Records)
4. Beach Fossils – Clash the Truth (Captured Tracks)
5. Braids – Flourish//Perish (Arbutus Records/Full Time Hobby/Flemish Eye)
6. Automelodi – Surlendemains Acides (Electric Voices Records) (lire)
7. Jef Barbara – Soft to the Touch (Tricatel)
8. Blouse – Imperium (Captured Tracks) (lire)
9. Parquet Courts – Light Up Gold (What’s Your Rupture?/Mom & Pop)
10. Born Ruffians – Birthmarks (Yep Roc/Paper Bag)
11. Yo La Tengo – Fade (Matador)
12. Orval Carlos Sibelius – Super Forma (Clapping Music) (lire)
13. Majical Cloudz – Impersonator (Beggars/Matador/Naive)
14. My Bloody Valentine – MBV (self-release) (lire)
15. Smith Westerns – Soft Will (Mom & Pop)

Top morceaux

1. Automelodi – Aléas, Dernières Chances (Electric Voices Records)
2. King Krule – Border Line (Beggars)

Top labels

1. Captured Tracks (USA)
2. Morr Music (Allemagne)

Top rééditions

1. Dump – Superpowerless (Morr Music)
2. The Postal Service – Give Up Deluxe 10th Anniversary Edition (Sub Pop)

Top concerts

1. Motorama au Petit Bain
2. Nick Cave à La Route Du Rock

Top révélations

1. Automelodi
2. Pale Spectres

Espoirs 2014

1. Geena
2. Un nouvel album de Mark Hollis

Une vidéo

Top albums

1. Molly Nilsson – Travels (Dark Skies Association)
2. Blouse – Imperium (Captured Tracks) (lire)
3. Petit Fantôme – Stave (self-released)
4. Beyoncé – Beyoncé (Columbia)

Top morceaux

1. Summer Camp – Fresh (Moshi Moshi)
2. Savages – Husbands (Matador/Pop Noire)

Un label

Captured Tracks (USA)

Un concert

Glenn Branca et Colin Stetson à la Cité de la Musique

Une révélation

Petit Fantôme

Espoir 2014

Un concert de John Maus à Paris

Plaisirs coupables

1. La Femme – Psycho Tropical Berlin (Born Bad Records)
2. Taylor Swift – Red (Big Machine)

Top vidéos


Les bilans ne sont pas mon fort et ma mémoire sélective et désordonnée ne me permet pas de faire une photographie bien nette de l’année écoulée, mais l’une des choses que je retiendrai est que la frontière entre mainstream et underground ne m’a jamais parue aussi floue. Sinon, au rayon des bonnes blagues dont nous gratifie régulièrement la société du spectacle, j’ai bien rigolé sur la mutation d’un produit Disney pour gosses de merde en pute grotesque. Ce qui est certain c’est qu’il y en aura plein du même acabit en 2014, j’ai hâte.

Top albums

1. Vatican Shadow – Remember Your Black Day (Hospital Productions)
2. James Holden – The Inheritors (Border Community) (lire)
3. Fuck Buttons – Slow Focus (ATP Recordings) (lire)

Top morceaux

1. Prurient – You Show Great Spirit (Blackest Ever Black)
2. Sean Nicholas Savage – Other Life (Arbutus)
3. Holy Other – Held (Fort Romeau Remix)

Top labels

1. Blackest Ever Black (UK)
2. Hospital Productions (US)

Top rééditions

1. Royal Trux – Accelerator (Drag City)
2. Nas – Illmatic (Get On Down)

Un concert

Omar Souleyman au festival Iceland Airwaves

Une révélation

Pharmakon (Sacred Bones)

Espoirs 2014

1. Micro Cheval
2. Night Riders
3. Geena

Album honni

Daft Punk – Random Access Memories (Columbia) (lire)

Plaisir coupable

Whitney Houston, toute la discographie, y’a rien à jeter.

Une vidéo

Encore une très bonne année où les courants alternatifs de l’électronique conquièrent davantage le monde, où j’ai de plus en plus de mal à écouter des groupes affiliés « indie pop », « indie rock », etc., et où Paris n’a plus grand chose à envier aux autres capitales en termes de concerts et de clubbing. Je suis content, et je me touche.

Top albums

1. Oneohtrix Point Never – R Plus Seven (Warp)
2. These Hidden Hands – These Hidden Hands (Hidden Hundreds)
3. Blondes – Swisher (Rvng Intl.)

Top morceaux

1. The Knife – Full of Fire (Rabid Voices)
2. John Grant – Pale Green Ghost (Bella Union)

Top labels

1. Opal Tapes (UK)
2. PAN (DE)
3. L.I.E.S. (USA)

Top rééditions 

1. Patrick Cowley – School Daze (Dark Entries)
2. Indoor Life – Indoor Life (Compost)
Uncle O – Cosmic Machine. A Voyage Across French Cosmic And Electronic Avant-Garde (Because Music)

Un concert

Vatican Shadow au Wip Villette

Une révélation

German Army

Espoirs 2014

1. Oake
2. Huerco S.
3. Yves De Mey

Album honni

Disclosure – Settle (Universal)

Plaisir coupable

Nine Inch Nails – Hesitation Marks (Columbia Records)

Top vidéos

Pour moi, l’année 2013 en musique, c’est un peu l’histoire d’un transfert plein de promesses qui finit en eau de boudin laissant heureusement place à des lendemains heureux. En somme, pas mal d’espoirs, beaucoup de déceptions et le refuge dans la satisfaction d’entendre de bonnes petites pousses confirmer sereinement et humblement tout le bien qu’on pouvait penser d’elles.

Top albums

1. Orval Carlos Sibelius – Super Forma (Clapping Music) (lire)
2. Porcelain Raft – Permanent Signal (Secretly Canadian)
3. Beach Fossils – Clash the Truth (Captured Tracks)

Top morceaux

1. Jay Som – A Breeze
2. Blouse – Imperium (Captured Tracks) (lire)
3. Minks – Everything’s Fine (Captured Tracks/Differ-ant)

Top labels

1. Captured Tracks (USA)
2. Hand Drawn Dracula (CAN)
3. Matador Records (USA)

Top rééditions

1. Motorama – Alps (Talitres) (http://www.hartzine.com/motorama-alps/lire)
2. Scott Walker – The Collection (1967-1970)

Un concert

Wild Nothing à l’Aéronef de Lille

Révélations

1. Automelodi
2. Beliefs / Breeze

Espoirs 2014

1. Night Dew Call
2. High Hazels

Album honni

London Grammar – If You Wait (Metal & Dust Recordings)

Plaisir coupable

Summer Camp – Summer Camp (Moshi Moshi)

Une vidéo

Top albums

1. The Ashodells – Ruled By Passion, Destroyed By Lust (Rotters Golf Club)
2. Braids – Flourish/Perish (Arbutus Records)
3. Cut Copy – Free Your Mind (Modular)
4. Coma – In Technicolor (Kompakt)
5. Automelodi – Surlendemains Acides (Hidden Treasure Music) (lire)
6. Bill Callahan – Dream River (Drag City)
7. Kurt Vile – Waking on a Pretty Daze (Matador)
8. Clement Meyer – Modern Primitivism (Get The Curse)
9. Pharaohs – Island Time (ESP Institute)

Top morceaux  http://we.tl/cPMmTU0msE

1. Nhar – Novice (Undo Remix) (200 Records)
2. Nile Delta – Aztec (Cutters Records)
3. La Folie – Her New Dress (self-released)
4. Bryan Ferry – Don’t Stop the Dance (Todd Terje remix) (Virgin Records)

Top concerts

1. Blur au Festival Primavera (Barcelone)
2. Cut Copy à l’Oval Space (Londres)

Une révélation

Elorn (Moï Moï)

Il est 23h58, il me reste deux minutes avant d’envoyer mon top – la deadline imposée à l’heure où j’écris est le 6 décembre. J’attends une livraison de disques qui tarde un peu avec des références ci-dessous, notamment le Spike que j’ai hâte d’écouter.

Top albums

1. Musiccargo – Harmonie (Emotional Response)
2. James Holden – The Inheritors (Border Community) (lire)
3. Moderat – II (Monkeytown)
4. The Asphodells – Ruled by Passion, Destroyed by Lust (Rotters Golf Club)
5. Var – No One dances Quite like my Brother

Top morceaux

1. Golden Teacher – Dante and Pilgrim (Optimo Music)
2. Omar S – Thank You For Letting Me Be Myself (FXHE)

Top labels

1. Emotional Response (UK)
2. Dark Entries (US)
3. Discogs (W)

Top rééditions

1. Lansing Dreiden – The Incomplete Triangle (Mexican Summer)
2. Twink – Think Pink (Sunbeam)
3. Krysztof Komeda – The Dance of the Vampires (Bronzerat)
4. Spike – Orange Cloud Nine (Golf Channel)
5. Ninosta Steel – Foxy Pup (Holllie Records)

Un concert

Nick Cave à la Route du Rock (lire)

Une révélation

Musiccargo (Emotional Response)

Espoir 2014

On va tout faire pour

Album honni

Daft Punk – Get Lucky (Universal) (lire)

Plaisir coupable

Babeth – Bébé reggae (Carrere)

Une vidéo

2013 aura été la confirmation que l’on n’a vraiment plus aucune honte à avoir en regardant de l’autre côté de la Manche. Car pendant que l’Angleterre n’est pas au mieux et continue de s’embourber dans le rock FM et la hype putassière, la France démontre qu’elle possède un véritable vivier de jeunes groupes passionnants qui ont rythmé nos soirées tout au long de l’année : Venera 4, Volage, Jessica 93, Maria False, Orval Carlos Sibelius, Appalache, Seventeen at this Time… Soit autant de belles promesses pour 2014.

Top albums 

1. The Drones – I See Seaweed (self-released)
2. The Growlers – Hung at Heart (Everloving/Fat Cat)
3. Human Eye – 4: Into Unknown (Goner)
4. Dick Diver – Calendar Day (Chapter Music)
5. The Flaming Lips – The Terror (Bella Union)

Top morceaux

1. Kurt Vile – Wakin on a Pretty Day
2. Bill Callahan – Javelin Unlanding
3. Orval Carlos Sibelius – Desintegraçao

Top labels

1. Slumberland (US)
2. Chapter Music (AUS)

Top rééditions

1. Magnolia Electric Co. – Songs: Ohia (Secretly Canadian)
2. The Dentists –  Some People Are on the Pitch (Rev-Ola Records)

Top concerts

1. My Bloody Valentine au Bataclan (lire)
2. Cosmonauts à l’Espace B

Révélation

Orval Carlos Sibelius (lire)

Espoir 2014

Venera 4

Album honni

London Grammar – If You Wait (Metal & Dust Recordings)

Plaisir coupable

The Dirtbombs -Ooey Gooey Chewy Ka-blooey!(In the Red)

Une vidéo

Pas grand chose d’intelligent à raconter. Il y a eu de très bonnes choses et d’autres très mauvaises – un peu comme tous les ans j’imagine… Pour moi, le seul truc véritablement notable de l’année, c’est qu’on a jamais si bien fait la teuf à Paris. Un grand merci à tous ceux qui se bougent pour nous offrir des événements mémorables. Merci 75021, merci Hartzine (schizo compliment), merci la Source, merci Sonotown, merci la Mamie’s, merci Concrete et puis merci aux autres aussi.

Top albums

1. Boards of Canada – Tomorrow’s Harvest (Warp)
2. Forest Swords – Engravings (Tri Angle)
3. Various – The Black Ideal (Unknown Precept)

Top morceaux

1. Boards of Canada – Reach for the Dead (Warp)
2. Tuff Sherm – Burglar Loops

Top labels

1. The Trilogy Tapes (UK) (bon L.I.E.S. aussi évidemment mais ils n’ont pas besoin de pub donc je préfère parler de TTT)
2. Antinote et Dement3d ex-aequo (FR)

Une réédition

Cabaret Voltaire – Collected Works 1983 – 1985 (Mute)

Top concerts

1. Darkside au Pitchfork Festival (lire)
2. Amenra à Dour
3. Luciano au Peacock Festival

Une révélation

Tuff Sherm (TTT)

Espoir 2014

Kelly Pavan

Album honni

Sky Ferreira – Night Time, My Time (Capitole)

Plaisir coupable

Daft Punk – Giorgio by Moroder (Columbia) (lire)

Une vidéo

Année musicale plutôt légère, vite résumée… Quelques bons trucs mais pas de vraie grosse révélation. Et puis trop de mp3 à passer, je suis perdu avec tout ça. Du coup, je me suis rabattu sur les pépites physiques de ma discothèque (« la musique, c était mieux avant… vieux« ).

Top albums

1. Chris Cohen – Overgrown Path (Capturedtracks)
2. Arcade Fire – Reflektors (Barclay)
3. Cass McCombs – Big Wheel and Others (Domino)
4. Matthew E White – Big Inner (Spacebomb Records)

Top morceaux

1. Juveniles – Strangers (AZ)
2. Matthew E White – Brazos (Spacebomb Records)

Top labels

1. Domino (World)
2. Captured Tracks  (USA)

Top rééditions

1. The Grateful Dead – Sunshine Daydrean (Warner)
2. Van Dyke Parks – Son Cycle (Bella Union)

Top concerts

1. The Reflektors au Pavillon Baltard (lire)
2. Phosphorescent, Matthew E. White et Chris Cohen au Festival Primavera (Barcelone)

Révélations

1. Juveniles – Juveniles (AZ)
2. Cayucas –  Big Foot (Secretly Canadian)

Espoir 2014

Moodoïd (lire)

Album honni

The Knife – Shaking the Habitual (Mute)

Plaisir coupable

Daft Punk – Get Ready (Columbia) (lire)

Un vidéo


Mixtape TOP 2013

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01 - Forest Swords - The Weight Of Gold
02 - Fuck Buttons - Brainfreeze
03 - Suuns - Bambi
04 - Vatican Shadow - Enter Paradise
05 - James Holden - The Caterpillar's Intervention
06 - Blackmail - Concrete Heap (Cosmo Vitelli remix)
07 - Golden Teacher - Dante & Pilgrim
08 - Jonas Reinhardt - Mask Of The Maker
09 - George Issakidis - Karezza
10 - Orval Carlos Sibelius - Desintegraçao
11 - Jeremy Jay - When I Met You
12 - Sean Nicholas Savage - Other Life
13 - Moderat - Bad Kingdom
14 - Omar Souleyman - Wenu Wenu
15 - Holy Other - Held (Fort Romeau Remix)
16 - Kim Brown - Christabel
17 - Clement Meyer - Hi Tek Snuff
18 - The Asphodells - A Love From Outer Space
19 - Saada Bonaire - You Could Be More As You Are
20 - Krzysztof Komeda - Herbert's Song
21 - Pharaohs - Island Time
22 - Elorn - Peter Panoramic
23 - Tuff Sherm - Burglar Loops
24 - LindsayTuc - Ainsi
25 - The Drones - I See Seaweed
26 - Lansing Dreiden - Metal on a Gun
27 - Venera 4 - Can You Feel
28 - Petit Fantôme - Dans Le Vent
29 - Spike - Can You See Me
30 - Israel Regardie - Dead Birds
31 - Cabaret VoItaire - I Want You
32 - Facit - Om Igen
33 - Automelodi - Aléas, Dernières Chances
34 - La Folie - Her New Dress
35 - John Grant - Pale Green Ghosts
36 - Porcelain Raft - The Way Out
37 - Beach Fossils - In Vertigo (feat. Kazu Makino)
38 - Parquet Courts - Master Of My Craft
39 - Dick Diver - Calender Days
40 - Primal Scream - Relativity
41 - Busta Rhymes - Thank You ft. Q-Tip, Kanye West, Lil Wayne
42 - Nas - NY State of Mind
43 - King Krule - Neptune Estate
44 - Robedoor - Stagnant Venom
45 - White Poppy - Who Are You
46 - Lee Noble - December
47 - Mandelson - D'un coup
48 - Coma - T.E.D.
49 - Nhar - Novice (Undo Remix)
50 - Bryan Ferry - Don't Stop The Dance (Todd Terje Remix)
51 - Omar S - Thank U 4 Letting Me Be Myself
52 - Geena - 3 Tongues To Talk
53 - Nile Delta - Aztec
54 - Huerco S. - Ragtime U.S.A. (Warning)
55 - Jon Hopkins - Open Eye Signal
56 - Oake - Drenba Nih Sendaut
57 - Frédéric Mercier - Spirit
58 - Yves de Mey - Metrics
59 - Indoor Life - Voodoo
60 - Royal Trux - I'm Ready
61 - My Bloody Valentine - She Found Now
62 - Smith Westerns - Varsity
63 - Summer Camp - Fresh
64 - Cass McCombs - There Can Be Only One
65 - Cut Copy - Free Your Mind
66 - Braids - In Kind
67 - Jef Barbara - I Know I'm Late
68 - The Dentists - Flowers Around Me
69 - Night Dew Call - Last Day Of Youth
70 - Human Eye - Gettin' Mean
71 - The Growlers - Beach Rats
72 - Twink - The Coming Of The Other One
73 - Vår - No One Dances Quite Like My Brothers
74 - Molly Nilsson - Kumla
75 - The Space Lady - Major Tom
76 - Oneohtrix Point Never - Problem Areas
77 - Boards of Canada - Reach for the Dead
78 - Exotic Club - French Theory
79 - Musiccargo - La Era
80 - Jay Som - A Breeze
81 - Blondes - Elise
82 - Alpine Decline - Drunk on Crystal Fire
83 - Blouse - Imperium
84 - Bill Callahan - Javelin Unlanding
85 - Beliefs - Violets
86 - High Hazels - Hearts Are Breaking
87 - Patrick Cowlay - school daze
88 - These Hidden Hands - Ivy
89 - Cayucas - High School Lover
90 - Kurt Vile - Wakin On A Pretty Day' track set to moving images
91 - Matthew E. White - Brazos
92 - Born Ruffians - Needle
93 - Yo La Tengo - I'll Be Around
94 - Nine Circles - Mercy
95 - Dickon Hinchliffe - In the Year of Our Lord
96 - Minks - Everything's Fine
97 - Majical Cloudz - Childhood's End
98 - Savages - Husbands
99 - The Knife - Full Of Fire
100 - Prurient -You Show Great Spirit


Edito #3 : Le nerf de la danse

le nerf de la danseLe 9 novembre dernier, le deuxième tour des élections du Maire de la Nuit à Paris a eu lieu dans une cinquantaine de lieux de vie nocturne de la capitale. Une bière à la main, un bulletin de vote dans l'autre, tranquille, on s'organise face au déclin supposé de la nuit parisienne jugée trop concentrée, trop chère, pas assez accessible. Résultat d'une initiative indépendante, l'organisation de cette élection s'inscrit dans le prolongement des Nuits Capitales, elles-mêmes découlant de la pétition Paris, quand la nuit meurt en silence. Après un premier vote via facebook, six candidats s’affrontaient pour représenter, à la manière du Nachtbrugemeester d’Amsterdam, les citoyens noctambules. Les propositions sont parfois intéressantes, souvent fleuries, toutes convergeant à quelques encablures près en faveur d'un dialogue constructif avec les pouvoirs publics et les associations de riverains pour que les noceurs puissent continuer à nocer à satiété. Et qu'ainsi la caisse enregistreuse marche sans entrave. Comme le dit si bien l'heureux élu, Clément Léon R., quand y'a de la teuf, y'a du taf. Ouais. Au-delà d'une tentative quelque peu brouillonne d’institutionnalisation et de légitimation de problématiques inhérentes à la réalité des nuits parisiennes cet ultime épiphénomène, trop esseulé pour être crédible, témoigne en filigrane d'une triple rengaine désormais servie à toutes les sauces, du sempiternel Paris, c'était mieux avant au rébarbatif Paris c'est pas Londres ni Berlin, en passant par la théorie du complot selon laquelle une mafia tiendrait tous les établissements parisiens par le cul de la pinte. Certes, il y a du vrai, mais il faut sans doute se l'être donnée des années durant pour déclamer, à la manière d'un Didier Lestrade écœuré dans Minorités, que "Paris est une merde et son maire doit arrêter ASAP son ordonnance de Rohypnol" (lire). On est ainsi encore parti pour souper du Pulp à toutes les sauces, tandis qu'on bouffe sans rien avoir demandé à personne une kyrielle d'événements Facebook vantant les concepts berlinois ou UK underground de soirées se ressemblant peu ou prou toutes entre elles. Tradition française oblige, l'herbe est forcément plus verte ailleurs, moins chère et surtout de meilleure qualité : se la coller du côté de Kreuzberg relève désormais du quasi pèlerinage tandis qu'il n'y a rien de plus valorisant que de prendre le shuttle pour se mettre une mine à la Fabric. Une Fabric qui, comme le Berghain, serait un endroit autrement plus excitant que notre bon vieux Rex - fêtant pourtant dignement ses vingt-cinq. Sans doute, on ne va pas affirmer le contraire. Mais il y a une propension tellement grégaire à cet attrait pour la Currywurst et le porridge qu'on en oublie de regarder au plus près et d'investir ce qui se trame à quelques stations de métro de chez soi. Au fait, il est de quel couleur le papier peint de ta chambre ?

Si l'extension de la gentrification aux confins du périph' parisien est un phénomène opérant telle une lame de fond depuis des décennies, Paris à toujours plus tenu du musée que de la ville en reconstruction, en ruines ou en mutation architecturale profonde. La seconde guerre mondiale n'a pas mis à sac l'urbanisation serrée francilienne, au contraire de Londres et Berlin, de la même manière que les grands entrepôts manufacturiers n'ont pas, à de rares exceptions près, été implantés dans le cœur de la belle endormie. Comment alors investir les vestiges de l'histoire ou les cicatrices de la désindustrialisation pour danser sur leurs ruines encore fumantes ? Putain de collaboration, putain de Napoléon III. S'esquinter la santé et s'obscurcir les lendemains dominicaux à toujours été plus aseptisé et guindé dans les dédales haussmanniens, quand bien même de nombreux clubs ont taillé une réputation de choix à la nuit parisienne. Une tendance aujourd'hui à son paroxysme et qui n'emballe que les plus naïfs ou amnésiques d'entre nous - n'est pas Patrick Thévenin qui veut (lire), oui le mec citant sans l'esquisse d'un sourire Brodinski et Pedro Winter pour nous redonner le moral. Comment se réjouir en effet d'aller s'entasser à La Machine du Moulin Rouge et raquer comme un connard pour des bières chaudes en canette ? Comment sauter de joie à l'idée de se coltiner les videurs du Wanderlust pour avoir le privilège de festoyer dans un truc rappelant étrangement d’impersonnelles cafet' étudiantes, en moins bien ? Certes, des montagnes qui accouchent de souris, il y en a à chaque coin de rue à Paris. Ce n'est ni nouveau, ni ancien. C'est juste comme ça. Mais à force de prendre les trains de banlieue uniquement pour gagner les aéroports, on en oublie qu'une chiée de collectifs se bouge l'arrière-train pour faire vivre - et non revivre - la techno à Paris et ses environs bétonnés. Si le Weather Festival fut une agrégation de bonnes volontés, comment ne pas citer nos amis de SonotownRelease the GrooveThe Only Way Out, Club Lonely, I'm a Cliché75021 ou même les agités du Zéro Zéro. Aussi, à se barrer invariablement chaque week-end et s'en remettre pépère toute la semaine devant sa télé, on en oublie avec une facilité déconcertante qu'une multitude de concerts ont lieu dans les salles de la capitale, qui, si elles ne sont pas légion, ont tout de même le mérite d'exister et de faire vivre cahin-caha des agences de booking dans le game et le trend - de Super ! à Imperial - en plus d'autres bien plus modestes et à des années-lumière de la professionnalisation. Je pense à Super DrakkarGone with the WeedMaison Sauvage ou même Hartzine Events, noircissant les programmations de lieux comme l'Espace B, la Mécanique Ondulatoire ou encore l'International avec des groupes sur les chemins boueux de la renommée - soit le moment idoine pour évoquer le concert des Canadiens de Doom Squad le 3 décembre prochain à l'Espace B (Event FB). D'ailleurs, à trop assimiler nuit et techno, on en arrive à occulter combien la scène musicale francilienne peut s'avérer attrayante : si l'on prend par la noblesse de la création contemporaine l'activité musicale, un Jeff Mills - récemment interviewé - tranche invariablement en faveur de Paris et de la France : "lorsque l’on appréhende la musique en termes d’expression humaine et de dispositif dans lequel matérialiser l’émotion, il n’y a pas beaucoup d’autres endroits en Europe de l’ouest qui peuvent se targuer d’avoir une telle histoire et une telle richesse culturelle". Si l'on prend par la lorgnette politique l'émulsion musicale, quel autre pays que la France aurait transformé avec une telle fantasmagorie délétère la tournée C'est un Rêve des Death in June ? Menaces de violence des antifa, procès d'intentions, interdiction préfectorale, concert tenu dans des lieux secrets... du petit lait pour le sulfureux Douglas Pearce revêtant alors sa plus belle tenue de résistant à la censure, aussi homoérotiques fut-elle.

Ainsi donc, que cachent les Cassandre des Nuits Parisiennes, sinon un panier de crabes plus ou moins représentatif de l'individualisme contemporain ? En effet, on veut investir des immeubles inoccupés et des stations de métro abandonnées pour clubber ? Courage politique ou pas, n'y a-t-il pas de finalité sociale plus évidente, notamment à l'heure de la crise du logement ? On demande plus de taxis pour que le pauvre petit noceur puisse guincher sans se soucier de l'heure ? La non extinction des enseignes lumineuses ? Un salaire minimum pour les DJ ? Et puis quoi encore, l'institution des glory hole dans chaque rade ? Difficile de répondre par l'affirmative sans arrières-pensées vilement égoïstes et foutrement paresseuse, à l'heure où la société ne se consacre plus qu'à la satisfaction de celles-ci plutôt qu'à la mise en perspective collective des problèmes. Plutôt que de claironner qu'on en veut toujours plus, faisons avec ce que l'on a. C'est déjà un moindre mal et à la longue ça rend moins con.

HZ MONTHLY MIXTAPE - NOVEMBER 13

Retrouvez l'édito #1 (septembre 2013) : Le sens du poil
Retrouvez l'édito #2 (octobre 2013) : Ethique et toc


Edito #2 : Ethique et toc

7180038142_0b7a0f6d2d_b"I do not want and will not take a royalty on any record I record. I think paying a royalty to a producer or engineer is ethically indefensible. The band write the songs. The band play the music. It’s the band’s fans who buy the records. The band is responsible for whether it’s a great record or a horrible record. Royalties belong to the band. I would like to be paid like a plumber. I do the job and you pay me what it’s worth." Steve Albini à Nirvana, 1992.

Succès littéraire s'il en est, le dernier ouvrage de Simon Reynolds, Retromania - paru en février 2012 aux éditions Le Mot et le Reste - , n'en finit pas d’interpeller sur l'état de la création musicale contemporaine. Prenant le parti de formuler à grands coups de néologismes - sa véritable marque de fabrique - des idées rabâchées à droite et à gauche et s'épaississant dans le fameux "c'était mieux avant !" - comprendre plus authentique - , l'auteur du désormais classique Rip It Up and Start Again avance cependant deux idées structurantes dont l’acuité s'avère plus que probante. D'une part, du fait d'internet, le présent croule sous le poids du passé : l'accès quasi illimité associé à des capacités de stockage infinies concourent à rendre le passé omniprésent. D'autre part, les styles musicaux s'intiment à nos oreilles selon des cycles - prémisses, explosion et dissolution - bien plus proches de la mode vestimentaire que des tendances lourdes culturelles. Cold-wave, post-punk, surf-pop, krautrock, drone et j'en passe, deviennent des accessoires à combiner ensemble pour le bonheur de critiques trop heureux d'ergoter par étiquettes. Internet fluidifiant l'information, rognant tout le superflu pour ne garder qu'un message simple et concret, accélérant ainsi les modes - musicales ou non -, on se doute qu'à cette allure, tutoyant le n'importe quoi, une multitude de séquelles pour le moment invisibles sont à anticiper en termes de création pure. On fonce tous sans exception, ou si peu, la tête dans le guidon. Or la vitesse compulsive annihile l'écoute et la réflexion, l'auditeur et l'artiste s'engrainant dans un jeu circulaire décervelant où l'unique nouveauté réside dans la célérité d'un débit sans cesse augmenté. Ce qui frappe c'est que le phénomène touche tout aussi bien "l'industrie musicale" - où, dans la reconstruction d'un modèle économique, un véritable intérêt des majors, sonnant et trébuchant, se comprend aisément - que les marges alternatives, celle-ci s'appuyant sur un réseaux de micro-labels, aussi indépendants que pour la plupart philanthropes, vecteurs d'une profusion quasi paralysante : la nouveauté de demain chasse celle d’aujourd’hui en moins de vingt-quatre heures. Et là, difficile de saisir l'enrichissement de quiconque en sous main : on dégueule juste d'un trop-plein rendu accessible.

La conséquence de ces tendances concomitantes s'observe dans la perte de valeur des musiques actuelles - devenues bien plus un patchwork de réminiscences recyclées qu'un laboratoire d'innovations et de révolutions culturelles - avec en trame de fond un questionnement loin de s’épuiser à l'épreuve des faits : que restera-t-il de notre époque au tamis du temps ? Même si cette question taraude en général le petit vieux sur son lit de mort, nous sommes en droit de nous interroger et de sonder systématiquement l'actualité musicale par ce prisme. Histoire de relativiser, de prendre du recul. La déprime guette alors. Quelques exemples, au hasard. Que retiendra-t-on, année après année, du Pitchfork Music Festival qui se tiendra à Paris du 31 octobre au 2 novembre ? Au-delà d'une programmation se mordant la queue avec les couilles dans une perpétuelle répétition dont la logique a été exposée par Gonzaï (lire) - surprise, quand ce n'est pas Animal Collective, c'est Panda Bear - , quelle portée peut-on accorder à cette compilation de concerts au timing millimétré, ressemblant plus à des mouchoirs jetables qu'à des performances ? Rien, sans doute, ou si peu : quelques clichés avinés et instagrammés de fin de soirée. Que retiendra-t-on de cette seconde édition du MaMa qui, du 16 au 18 octobre 2013, se pose en salon de professionnel de la musique, national et international, ouvert à tous les publics ? Un langage superfétatoire, croisant maladroitement un très large vernis musical, pour ne louper personne, et une chiée de conférences aux problématiques pour la plupart techno-économiques, assimilant ni plus ni moins les labels à des start-up de communication. Deux exemples parmi d'autres qui insinuent à mots couverts une bien triste réalité : la musique se résout au happening médiatique quand l'organisation de concerts confine à l'événementiel. Il n'y a plus d'auditeurs, seulement des consommateurs. Avec l'intrusion des marques on était au courant, mais là le pot-aux-roses est foutrement défloré.

À force d'être gadgétisée à but lucratif et vampirisée par un passé qui ne passe plus, la musique, et par extension les musiciens, deviennent des caricatures d'eux-mêmes, reproductibles jusqu'à la lie. Dans un tel environnement référencé et sur-saturé, nous n'avons plus conscience collectivement des nouvelles scènes émergentes, susceptibles d'imprimer un rythme culturel, quand bien même celles-ci se trouvent de plus en plus déconnectées de la vie sociale et politique. Si le punk et la techno partagent, lors de leur apparition, un point commun, celui-ci est à trouver du côté d'un acronyme de nos jours galvaudé dans les grandes largeurs : le DIY (pour Do it Yourself). Un principe de démerde répondant à un impératif catégorique "de crise" lié au dénuement et à la volonté de faire quelque chose envers et contre tout de ses dix doigts. Aujourd’hui, cela consiste uniquement à revendiquer le "fait-soi-même" : loin de la nécessité, le DIY s'imprime telle une mode résonnant aussi bien qu'une coquille vide et endossé par une foultitude d'artistes auto-entrepreneurs. En 1983, Gilles Lipovetsky tançait, dans un ouvrage du même nom, L'ère du Vide, marquée par un désinvestissement de la sphère publique et une perte de sens globalisée des grandes institutions collectives. Dans le prolongement de l'individualisation des modes de vie, la culture se métamorphose, en se travestissant gaiement en divertissement. Trente ans après, le spectacle est à son paroxysme avec comme symbole cette ribambelle de festivals à programmation peu ou prou identique. Glastonbury ne sera plus jamais le Glastonbury filmé par Julien Temple et ce, quand bien même la musique n'incarne plus aucune lutte autre que celle de cours d'école. Un mec comme Joe Strummer s'engageait avec charisme au travers de ses compositions : au-delà du message, il y avait l'intégrité. Cette même préoccupation qui animera toute sa vie Steve Albini, producteur culte et guitariste de Shellac, et dont une lettre adressée aux trois Nirvana, récemment publiée à l'occasion du vingtième anniversaire d'In Utero, atteste d'une probité à quelques encablures de celle de Fugazi et de leur label Dischord. Même si désormais, tout semble distendu et cantonné à une kyrielle de niches éparses, le tableau est loin d'être complètement noir, la curiosité, plutôt que le panurgisme consanguin, réservant encore son lot de tangibles espoirs. Et tandis que nos amis de la plateforme Serendip - terminant leur troisième festival - ou du collectif Mu - nous invitant dans leur garage à l'occasion du concert de Robedoor de Britt Brown, instigateur du label Not Not Fun, le 25 octobre prochain (Event FB) - , œuvrent dans la nuit de la débrouille pour faire bouger les lignes et redonner du sens à la scène, certains labels - tels Night People de Shawn Reed et In Paradisum de Mondkopf et Guillaume Heuguet, que l'on abordera ce mois-ci dans nos colonnes - alignent patiemment les disques tels des manifestes épris d'intentions. Les bonnes, loin du tumulte médiatique.

photos by Russell Lee

MIXTAPE

Retrouvez l'édito #1 (septembre 2013) : Le sens du poil


Edito #1 : Le sens du poil

9662099116_ef421dec4c_bS'il s'avère facile - quoique futile - de tirer à vue, à l'occasion de ce premier éditorial, sur ceux prétendant avec solennité avoir déniché aux quatre coins de l’hexagone une nouvelle scène française "fière comme un coq" et pétrie "de l’audace et de l’ambition d’une génération spontanée, [composant] pour des lendemains qui chantent" (rire ou bien pleurer) - rassemblant les groupes que l'on évitera de citer comme d'autres ad nauseam -, il semble plus approprié de signaler l'effort estival réalisé par l'équipe du mensuel Tsugi, qui a couché sur papier un numéro dédié à la musique en 100 labels, à la fois concis et ludique, ratissant large et mettant le métier en perspective. Bien que certains choix soient discutables et qu'une telle sélectivité engendre les défauts de ses qualités, on se retrouve délectablement plongé dans un passé plus ou moins proche, à travers les genres et par-delà le globe, de Manchester à Détroit, de Paris à Berlin. Néanmoins, un édito de Patrice Bardot, corroboré par un article conclusif et prospectif, pique les yeux tout en éludant les bonnes questions : "Les labels doivent muter ou mourir. Ça peut paraître brutal, mais c'est ce qui rend passionnant le futur de l'industrie musicale." On ne comprend pas bien, de quoi parles-tu vraiment Patrice ? Comment peut-on cocher dans ta liste Factory, Underground Resistance ou Rough Trade, tout en parlant de transition économique de l'industrie musicale ? N'est-ce pas se résoudre à demander à Emmanuel Chain si oui ou merde il y a un renouveau de la nuit à Paris ? Le malaise se fait encore un peu plus insistant vers la fin du hors-série où Anthony Mansuy imagine ce à quoi ressemblera un label en 2023 et ce, selon six scénarios inspirés des grandes tendances actuelles : "la gratuité améliorée", "le tout-streaming" - l'album devenant une simple "dépense marketing" -, "l'élargissement et la diversification des compétences" - la maison de disques prenant sa marge sur les tournées et les produits dérivés -, "l'artiste livré à lui-même" et se tapant tout le boulot grâce a sa connexion internet, "le travail avec les marques et la publicité" et, enfin, le "direct-to-fan", sorte d'abonnement aux sorties d'un label. Et cette conclusion, toute démoniaque : "Qui saura draguer le fan saura attirer le pognon". Net, sans bavure, on touche ici le nerf saillant de l'économie culturelle et de la récupération compulsive des marges : on n'imagine pas les futurs improbables mais passionnants d'une multitude de labels se saignant, débordant d'imagination, multipliant les supports physiques et bravant la démerde et les pré-commandes pour faire émerger les artistes auxquels il croient, non, on pavoise dévotement sur un futur universel où les groupes - repérés pour leur potentialité - ne sont qu'une ressource, parmi d'autres, à faire fructifier - le label étant le dépositaire naturel desdites stratégies marketing. Spontanément, et plutôt que de crier vilement au loup, Hartzine préfère mettre l'accent ce mois-ci sur trois micro-structures encore absentes des macro-radars, avec un Who Are You? dédié le 19 septembre prochain aux londoniens Night School Records, une release party de Geste le 20 à l'International co-présentée avec le label Fin de Siècle  (Event FB), et une label night le 27 consacrée au label techno parisien Dement3d avec Dscrd, Polar Inertia, François X, Heartbeat et Ligovskoï (Event FB). À ce titre, et s'il faut parler à tout prix commerce à l'heure du redressement productif national, pourquoi ne s'acharne-t-on qu'avec ce prétendu renouveau de la pop française ?

MONTHLY MIXTAPE

01 - Twin Cabins - Cool Kids (USA / 2013 / Dufflecoat Records)
02 - Breeze -Dolls (CAN / 2013 / Hand Drawn Dracula)
03 - Chevalier Avant Garde - Nowhere (CAN / 2013 / Fixture Records)
04 - John Wizards - Lusaka By Night (Afrique du Sud / 2013 / Panet Mu)
05 - Sutcliffe Catering Co. - Clermont ( USA / 2013 / Self-release )
06 - Tomorrows Tulips - Flowers on the Wall (USA / 2013 / Burger Records)
07 - Sudden Death of Stars - Song For Laïka (FR / 2013 / Close Up Records)
08 - Dustin Wong - Japan (USA / 2013 / Thrill Jockey)
09 - Cobwebbs - Middle of Nowhere (AUS / 2013 / Long Gone Records)
10 - CLUBZ - Golpes Bajos (MEX / 2013 / Self-release )
11 - Yves Simon - Raconte-toi... (FR / 1975 / RCA VICTOR)
12 - Francis Lung - Age Limits (UK / 2013 / Self-release)
13 - Opal - Northern Line (USA / 1985 / One Big Guitar)
14 - Yuck - Rebirth (UK / 2013 / Fat Possum)
15 - Cosmonauts  - What Me Worry (US / 2013 / Burger Records)
16 - Girls Names - Drawing Lines (US / 2013 / Slumberland Records)
17 - White Poppy - Wear Me Away (CAN / 2013 / Not Not Fun)
18 - Koo De Tah - Too Young For Promises (AUS / 1985 / Mercury)
19 - Modular Cowboy - from You (ALL / 2013 / Hard Wax)
20 - Shed - Fluid 67 (ALL / 2013 / 50 Weapons)
21 - Stitched Vision - The Greatest Depth (AUS / 2013 / BLWBCK)
22 - Youth Code - Tigers Remorse (USA / 2013 / Dais/Angry Love)
23 - Porcelain Raft - The Way Out (ITA / 2013 / Secretly Canadian)
24 - Nine Inch Nails - Various Methods of Escape (USA / 2013 / Columbia)
25 - Tent - Distances (NL / 1983 / Wereld Rekords)
26 - Believer/Law - The Task at Hand (USA / 2013 / //cae-sur-a//)
27 - Sawf - Menete (GR / 2013 / Perc Trax)