Qween Beat Presents: QWEENDOM

Dans la vie, comme en musique, il faut toujours remercier les rares rencontres qui vous font découvrir tel ou tel pan d’un univers inexploré. C’est avec ce genre de rencontre que j’ai plongé les deux pieds liés dans la Vogue Music dont je n’avais qu’une vague idée de la vivacité.
Ce qu’il y a de fascinant dans ce courant musical, ça n’est pas tant  qu’il a produit tout un mode de vie et d’organisation particulière (les « ballroom » et les « familles », des fêtes codées avec des danses codées où l’idée de performer son genre, son identité est maitre mot, qu’il a survécu à un presque-assassinat en règle de la part de Madonna, ou encore qu’il est un des rares lieux où les questions de racisations se sont posées dès les années 80 et ne l’ont jamais quitté. Mais c'est sans doute parce qu’il tient peu ou proue en trois morceaux qui se sont disséminés et multipliés quasiment à l’infini. A savoir : Le Ha Dance de Master at Works, le Witch Doctor d’Armand Van Helden, et le Cunty de Kevin Aviance.
On pourrait enfin  citer pour la Vogue d’aujourd’hui la sainte trinité Beyoncé, Rihanna, Nicki Minaj et une relecture convaincante de chanteuses R’n’B qu’on affectionne beaucoup, Sade ou Ciara en passant par Kelela.
On pourrait aussi citer un autre morceau qui a marqué la scène (Work This) pussy.
On s’étonne toujours de la vitalité d’une sorte d’héritage en droite ligne d’un disco engagé dans les questions politiques, d’une house décomplexée, et aujourd’hui d’une relecture audacieuse du r’n’b et des tubes de la variété internationale par la sainte trinité Beyoncé, Rihanna, Nicki Minaj. Il existe aussi des versions latino des ballroom, et on vous a parlé d'ailleurs d’un collectif de cette scène très récemment N.A.A.F.I. (lire)
Mais venons en aux faits. Qweendom est la dernière compilation de Qween Beat un des plus anciens labels/crew de la Vogue américaine. On y retrouve Mike Q, Byrell the great, Beek, LSDXOXO dont nous vous avions dit le plus grand bien (lire)  ou bien encore le plus jeune Ash B qui a sorti cette année un album assez massif…
Voilà donc 11 morceaux qui sonnent comme le manifeste de la vogue d’aujourd’hui et ce, autant dans la droite ligne de la house, ou de la disco des belles années que dans les détournements du R’n’B et du Hip Hop. On y  retrouve des samples à foison des trois morceaux cités plus haut, soit utilisés comme rythmiques, comme mélodie soit comme boucle vocale, où  même samplés ensemble sur le manifeste  I Chant, You Vogue de  Leggoh. On vous conseillera  le classique house de Mike Q,la tuerie « hip hop » de Ash B (qu’il faut définitivement suivre d’urgence) et le tube incroyablement fou de Byrell the Great avec quelques instrus trap ou simili. Autrement dit, le panorama impeccable d’une scène musicale plus que vivace qui passe son temps à se réinventer et à renaitre de ses cendres.
Au final, faîtes l’insurrection ballroom, pas la guerre pourrait-on dire, mais on suppose que les ballroom se débrouille déjà très bien sans nous, alors souhaitons juste encore de nombreuses compilations de Qween Beat, et inspirons nous de ces tentatives politiques et musicales pour donner un peu de folie et de sens à nos ennuyeux dancefloor habituels.Il parait que ça vient, ça finit toujours par venir.

Audio

Tracklist

Qween Beat Presents: QWEENDOM (2016, Qween Beat)

01. Byrell The Great - Legendary Children
02. Beek & Commentator Buddah - Qween Bitch
03. Gregg Evisu XL & Jay R Neutron - Some Type Of Way
04. Leggoh - I Chant, You Vogue
05. Skyshaker - Walk feat. Dashaun Wesley
06. LSDXOXO - Dope Dick Dealer
07. MikeQ & Romanthony - Get Sum
08. Ash B - Realness
09. Koppi Mizrahi & Princess Precious - Manko Backpack
10. Byrell The Great - Bubble Drip feat. Kassandra Ebony, WARREN B. & Princess Precious
11. Qweendom - Qween Beat


N.A.A.F.I - Pirata 3

Voilà, c’est maintenant un marronnier depuis trois ans, le collectif mexicano-andin N.A.A.F.I sort sa compilation pirate. Pirate parce qu’elle est composée entièrement de mash-ups et autres bootlegs. On y retrouve aussi bien des tubes de la pop music, que les productions du collectif. Rihanna feat. Paul Marmota remixé par LAO, LAO remixant Justin Timberlake, Rafa Maya feat. M.E.S.H, ou bien encore Alejandro Paz de Cómeme remixé par Imaabs. Au milieu de tout ça, beaucoup de DJ ou de beatmakers brésiliens et plein d’edits de Zutzut ou de Moro (dont on a déjà parlé pour un album signé chez NON). D’ailleurs, on retrouve un remix du premier projet réalisé entre NON et N.A.A.F.I, Embaci, sous la houlette d’OMAAR, autre DJ bien cool qu’on a pu voir dans les soirées Ressources du Nouveau Casino.

N.A.A.F.I est un collectif vraiment bizarre, vraiment monstrueux, l’hybridation des genres est inscrite dans son identité comme la techno pourrait être inscrite dans les gènes de Laurent Garnier. Depuis quelques années maintenant, ils remettent à la fois au goût du jour le ballroom en Amérique latine, et notamment au Mexique, mais organisent aussi des soirées, diffusent sur des radios, et inventent une nouvelle forme du club. Une forme non ethno-centrée. Une forme qu’il est parfois un peu compliqué d’apprécier pour certains puristes de l’électronique. N.A.A.F.I organise aussi des expositions et divers événements qui ne sont pas proprement musicaux et ils participent de la bien grande vitalité de Mexico en ce moment. Parfois aussi, on les voit mixer sous le nom Mexican Djihad. On dira que N.A.A.F.I est sans doute un parent ou un pendant du collectif NON qu’on a beaucoup chroniqué. À une différence près, N.A.A.F.I ne travaille pas exclusivement avec la diaspora, ils sont quasiment tous basés en Amérique latine.

Musicalement, on est dans la définition même du monstre baroque et de la musique monstrueuse. Électronique au sens très large, on vole de la jungle au reggaeton, en passant par le dancehall, le calypso, les percussions andines, la pop la plus dégoulinante, le grime, la trap, le hip-hop brésilien, ou la techno andine. Et c’est un bref aperçu de toute l’hybridité des compilations Pirata. Il y a même une sorte de morceau hard trance de Zakmatic qui ne manque pas d’intrigue… Bien sûr, on ne commentera pas chacun des 28 morceaux de la compilation. Mais ce qui est intéressant avec N.A.A.F.I, comme avec NON, c’est peut-être qu’on est en train d’assister à un assaut sur la musique électronique, et un assaut qui pour une fois n’est pas issu de notre universalisme occidental. Et cela, c’est peut-être déjà une forme de mini-insurrection. En tout cas, c’est une démarche politique certaine, et une démarche assez radicale. On ne va pas parler de déconstruction, il ne s’agit pas de ça, mais néanmoins il y a quelque chose d’une tentative de faire de la musique autrement, en utilisant d’autres matériaux, et d’autres manières d’imaginer la musique.

Autre fait notable, on trouve pas mal de Sud-Africains dans les mash-ups, ce qui confirme que N.A.A.F.I et NON ont sans doute encore de beaux jours et de belles collaborations devant eux. En tout cas, c’est un intéressant renversement d’hémisphère qu’il va nous falloir suivre avec beaucoup d’attention. Une sorte de connexion du monstrueux, du queer pour produire le club de demain, c’est assez joli à imaginer. D’ailleurs, ça n’est peut-être pas un hasard si on retrouve un mash up avec Venus X. Quelque chose est en train de se jouer entre un développement des scènes électroniques mexicano-andines, africaines et les diasporas minoritaires afro ou latino. Une insurrection via les minorités racisées ou sexuelles, d’habitude dominées, ça ne manque pas d’intérêt, et en tout cas ça nous rend bien curieux de l’insurrection queer de la musique électronique qui est à nouveau en train de se produire.

Le devenir-monstre en musique, ça parait quand même un peu classe. Mettre fin à une reproduction permanente des comportements et à la mollesse générale via l’hybridation, l’indésirable a priori, et l’ingouvernable… Du fauve, du sauvage et de l’intempestif dans tous les clubs, ça n’est pas pour demain, mais en tout cas il est en train de se jouer quelque chose d’important , quelque chose de l’ordre d’un renversement des circulations et des flux connus. Comme chacun sait, pour voir venir l’insurrection il ne suffit pas de bloquer les flux, il faut aussi les détourner, les renouveler et en créer d’autres. Court-circuiter la vie quotidienne par la musique bizarre, voilà déjà une étape qu’il va nous falloir suivre dans d’autres trajets.

Alors peut-être, qu’il est temps, avec N.A.A.F.I ou avec NON, de devenir nous aussi, monstrueux, pirates, ou bien simplement de s’émanciper de la mollesse générale et des injonctions à la moralité ou à la normalité dont nous ne sommes pas dispensés dans la fête ou dans l’intime. La normalité d’aujourd’hui n’est pas forcément autre chose qu’une posture transgressive. Peut-être qu’il est temps de tracer des voies diverses, des voies multiples, des voies sensibles et de se repencher enfin sur la question du sens et du sens politique dans la reproduction permanente du même qu’est souvent notre quotidien à tous. Et si on peut le faire avec une compilation, c’est bien avec celle-ci.

Ah oui, et en plus vous pouvez la télécharger gratuitement avec un simple clic droit. Court-circuiter les flux donc. Décolonisons tout, jusque dans la musique, jusque dans notre plus intime, ça ira sans doute mieux. Peut-être.

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N.A.A.F.I - Pirata 3

Tracklist

N.A.A.F.I - Pirata 3 (19 juillet 2016)

1. LA GOZADERA (LECHUGA ZAFIRO CUMBRELATINX TOOL) – GENTE DE ZONA FT. MARC ANTHONY
2. MOET (IMAABS REWORK) – D ENYEL FT. MIKY WOODZ
3. AIRE SUENAN LAS ALARMAS (PIRATA MIX) – PAULMARMOTA X JKING & MAXIMAN FT YAVIAH
4. SPEND THE NIGHT EDIT – PNB ROCK FT. FETTY WAP X ZUTZUT
5. DASCE DANADINHA X ACID – MCS ZAAC E JERRY X IMAABS
6. RECUERDOS DE MY LOVE BOOTLEG – LAO X JUSTIN TIMBERLAKE
7. SAPOS Y DEMONIOS X DALE PA CA BOOTLEG – LECHUGA ZAFIRO X KENDO KAPONI
8. BUST X FOLLOW MUTE (SANTA MUERTE BOOTLEG) – RAFA MAYA X MESH
9. PHONE DOWN ZZ EDIT – ERIKAH BADU
10. BAD GIRL SPANISH REFIX – TRAXMATIK FT. EEVEE
11. DÉJÀ VU SINIESTRO X EL CADERAZO (ZAKMATIC TRA DEMONIO EDIT) – HOCICO X DEEJAAY QIICKEE
12. SI TE DEJAS LLEVAR 2016 EDIT – OZUNA FT. JUANKA X DJ BEKMAN & DJ AZA
13. DEJA TU ESTRES (ZUTZUT EDIT) – LOS TEKE TEKE
14. CLOAK ENGANGED X TU CUERPO ME ARREBATA (WASTED FATES BOOTLEG) – YAN KEEN X TRÉBOL CLAN X J ALVAREZ
15. TRAIANA X SAOCO (TAYHANA BOOTLEG) – SODA PLAINS X WISIN FT DADDY YANKEE
16. DAME MI BANDA (SINFUL REACTIONS EDIT) – EL MEGA X ZAKMATIC
17. GOLOZA X DJ BEKMAN EDIT – IMPACTO MC
18. LOUCO X HOL (SANTA MUERTE EDIT) – B. HYZZ X MC BRISOLA
19. WE FOUND COLAPSO (LAO BOOTLEG) – PAUL MARMOTA X RIHANNA
20. METELE (OMAAR RMX 2) – ZUTZUT
21. CAVE THONG (LAO BOOTLEG) – OLY X SISQO
22. MASSIVE BANG (PININGA EDIT) – MC MENOR DA VG X RUDEBOYZ
23. SAD SNIPER EDIT – DEADBOY X SANTA MUERTE
24. ERIKA KANE X DENSIDAD CERO (LAO REMIX) D33J EDIT – SPEAKER KNOCKERZ X IMAABS
25. BEAUTIFUL GORGEOUS X GOLDEN GIRL (PININGA EDIT) – MC MENOR DA VG X VENUS X
26. EL HOUSE (IMAABS TRASH EDIT) – ALEJANDRO PAZ
27. MENEITO BOOM BOOM ANGELELA PRAYER MIX – MORO X MISTA JAMS X KELELA
28. FREQUENCY (OMAAR RMX) – LAO FT. EMBACI


Staycore - Erelitha

Un collectif/label dont on parle un peu moins, mais autour duquel on tourne pas mal depuis quelques temps déjà, c’est Staycore. Des Suédois bien intéressants réunis autour de Dinamarca, Toxe, Mechatok, Mobilegirl et quelques autres. Enfin des Suédois, des Suédois Soundcloud, donc forcément ça brasse large autour du monde, des Bernadotte contemporains, on dira. Staycore est plutôt connu pour ses compilations d’été (SUMMER JAMS 2K15 notamment)et quelques EP (Muscle Memory de Toxe par exemple).

Erelitha est la dernière sortie du collectif et elle réserve plein de belles surprises. Une intro sur des bruits d’orages et des instrus néo-R’n’B; un morceau vraiment très très cool d’Oklou, assez différent des productions habituelles de la jeune Picte, plutôt Lotic que le R’n’B tumblr « post-internet » de Coucou Chloé ou Lauren Auder sur ce coup là, et c’est vraiment très réussi (en plus il y a des petits bruits d’animaux bizarres sur le morceau). Trois tubes qui s’enchainent, Bite de Toxe (qu’on a beaucoup aimé pour un remix débile drôle de Britney), Day lite de Mechatok (qu’on connait plus comme producteur), Tanta Negro de Zutzut (qui d’habitude traine ses guêtres chez les Mexicains de N.A.A.F.I) et même un morceau de MM, Miss Modular, dont on avait vraiment bien apprécié la dernière sortie néo-voguing techno bien méchante chez les Londoniens de Her Records. Ça fait déjà pas mal de raisons de télécharger cette compilation d’un été suédois.

Globalement la compilation est construite comme une mixtape, ce qui lui donne une cohérence plutôt intéressante. On retrouve quelques tropes de la scène monstrueuse qu’on essaie de définir depuis les premières sorties de Lotic. Des samples de voix bizarres, une manière de pratiquer la boucle, de jouer sur les codes aussi bien du dancehall, du dubstep, que de la vogue musique ou de la techno. Et un soin particulier apporté à la basse, ou à la percussion à contre-temps. Staycore mélange aussi cette scène monstrueuse avec une certaine frange de la scène R’n’B d’aujourd’hui qu’on aime bien, et notamment plein de petites instrumentations mignonnes au synthé ou un goût pour les tentatives de ré-utilisation des sonorités eurodance, dancehall et vaporwave (RIP).

Ça donne une compilation plutôt bien dans l’air du temps, plutôt très intéressante et qui n’est pas sans rappeler la compilation Bala Club dont on a parlé il y a quelques jours. Une version scandinave de la scène club qui remue un peu nos habitudes molles de conservateurs.

Il y aussi dans cette compilation, déjà une sorte d’héritage, et peut-être qu’il serait intéressant de revenir un jour, notamment sur les productions et remixes de Nguzunguzu et de ce que ce duo new yorkais a pu apporter comme relecture, d’abord de la scène new yorkaise issue des années 90/2000 (notamment le Gang Gang Dance de Brian Degraw), de la scène vogue et aussi d’une scène R’n’B qui émergeait déjà à la fin des années 2000. Je crois qu’on peut affirmer maintenant que Fade To Mind, Night Slugs et GHE20G0TH1K ont participé d’un véritable élan dans la musique d’aujourd’hui, il serait peut-être temps de se pencher sur la question.

Quoi qu’il en soit, Erelitha est un beau croisement entre une scène monstrueuse, une scène happy hardcore,, et une scène R’n’B d’aujourd’hui. Un croisement qui est au cœur de la musique comme elle se renouvelle, et c’est vraiment plutôt très pertinent comme insurrection, on ne cesse de le répéter. Et puis c’est quand même une ode à l’été! Mais un été mondial, et comme vous le savez, c’est une chose qui n’arrive jamais. Pour une fois, et dans une seule et même compilation, tous les pôles imaginent une saison fictive. Une saison qui n’existera jamais. C’est beau d’imaginer cela, une narration autour d’une saison fictive entre les deux hémisphères. On vous laisse apprécier la petite histoire.

Audio

Staycore - Erelitha

Tracklist

Staycore - Erelitha
01. Erelitha
02. Pininga – Gaibu
03. Oklou – Silicium
04. Toxe – Bite
05. Mechatok – Day Lite
06. Zutzut – Tantra Negro
07. Jackie – Twi
08. MM – Zero-G
09. Resla – Nitro
10. Dinamarca – Libro
11. Mobilegirl – GGC
12. Don Sinini – Chapati


Various Artists - Infrastructure Facticity

David Sumner (aka Function) est à l’origine du label américain Infrastructure fondé en 1998 aux côtés d’Ed Davenport (aka Inland). Après une première pause en 2005 pour se concentrer davantage sur leurs activités, l’aventure musicale revient près de 10 ans plus tard. Après la dissolution de Sandwell District en 2011, 2014 a donc vu la réapparition d’Infrastructure New York. Ce dernier semble s’affirmer depuis les deux dernières années comme un passage de qualité pour les artistes actuels. Une dizaine de sorties plus tard, la compilation Facticity fait surface. Le label revient donc avec 15 titrés réalisés par des artistes clés, majeurs mais aussi des nouveaux visages de la scène techno. On retrouve sur cet opus des artistes tels que Cassegrain et Tin Man, Rrose, Efdemin, Vatican Shadow, Silent Servant, Blue Hour, Steve Bicknell et Clerc.

On est tout de suite touché par la brutalité sonore qui s’empare de nombreux morceaux. Effectivement, il est très peu étonnant de retrouver au sein de cette compilation cette ambiance rude caractérisée par les productions d’une grande majorité des artistes depuis de nombreuses années maintenant. Ce qui frappe à la première écoute de cet opus est l’apparition de morceaux résolument ambient cachés entre la techno résonnante de Cleric avec Concrete ou encore la tension acide d’Acidalia d’Inland. Dans Dislocation Is The Only Beginning, Campbell Irvine s’offre une ballade sonore lumineuse et maîtrisée contrastant avec End/Optimism de Silent Servant qui touche à une noise subtile. Vatican Shadow et son Swords Over Paradise proposent une alternative sonore à l’ensemble du projet. L’artiste américain connu aussi pour son projet nommé Prurient décide de se rapprocher habilement d’un morceau ambient au moyen de couches immersives et de synthés travaillés. Cephalon de Rrose offre aux auditeurs une vraie expérience sonore accompagnée par des bassines acides puissantes qu’on peut aussi retrouvés sur Low Lights & Trick Mirrors de Function. Quand à Steve Bicknell, il livre un morceau cosmique ultra dansant rappelant forcement son passé en temps que résident des Energy Raves.

Avec Facticity et son regroupement d’artistes majeurs de la scène techno, Infrastructure signe ici une compilation importante en 2016 jouant avec les codes de la musique électronique moderne. Le caractère éclectique de la compilation traduit une volonté de mettre en avant des sonorités de niches et de conjuguer ce caractère club avec ces excursions sonores. Cette œuvre dissout la relation entre passé et présent, entre rythme et mélodie et entre tension et détente. En tout cas, il n'y a aucun doute que cette compilation de part sa puissance sera forcément votre bande son parfaite pour vos promenades nocturnes durant l’été.

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Function/Inland – Colwyn Bay

Tracklist

Various Artists - Infrastructure Facticity (Infrastructure, 03 juin 2016)

01. Campbell Irvine – Dislocation Is Only The Beginning
02. Vatican Shadow – Swords Over Paradise
03. Rrose – Cephalon
04. Cassegrain & Tin Man – Polyacid Blue
05. Inland – Acidalia
06. Post Scriptum – ISDAT
07. Steve Bicknell – Passage Through Darkness
08. Cleric – Concrete
09. Blue Hour – Averting
10. Function – Low Lights & Trick Mirrors
11. Efdemin – Kassiber
12. Post Scriptum – Donbelief
13. Cassegrain & Tin Man – Open Sea
14. Function/Inland – Colwyn Bay
15. Silent Servant – End / Optimism


Bala Club - Bala Comp vol.1

GHE20GOTH1K, Kunq, Janus, N.A.A.F.I, NON, Bala Club… Voilà quelques collectifs dont on parle beaucoup. Ils font le tour du monde en organisant des soirées, réinventant des scènes, des manières de faire la fête, déplaçant les corps et les oreilles quadrillés par le pouvoir, ailleurs, et avec une certaine permanence. Événement dans cette scène club bizarre et monstrueuse, le Bala Club, crew londonien qui regroupe des gens aussi intéressants qu’Endgame, Uli K, Kamixlo, Rules, Yayoyanoh ou encore Killavesi, sort sa première compilation. Après deux grosses années d’existence, de diverses soirées variées, de jam sessions vraiment super bizarres et de tournées, c’est un peu le moment de faire un point sur Bala Club.

Bala Club mélange encore une fois les genres, loin des clubs techno hétéros-blancs, il court-circuite une certaine idée de la musique un peu linéaire. Il y a un certain kitsch, une certaine vulgarité, une certaine façon d’envisager la danse qui se fait jour chez eux. Mélange de reggaeton, de dancehall, de dubstep, de UK, de bass, de footwork, de R’n’B, de jungle, de nightcore, de techno, de vogue, ils participent à l’écriture d’une musique électronique large et décomplexée d’elle-même. Il n’est plus question chez eux de référer à Terry Riley ou à Steve Reich, ni même à la techno de Detroit ou de Chicago, mais de travailler sans hiérarchie sur une pop music au sens le plus large du terme, et de remettre au goût du jour, de revitaliser certains sous-genres abhorrés. Ça chante en espagnol ou en anglais, ça fait des sessions débiles sur Just Jam ou des shows rigolos sur NTS, et ça participe surtout à l’implosion des dancefloors morts de reproduction de la domination masculine des clubs européens. Plutôt une cave, une rave que le Berghain, même si l’un et l’autre ne sont pas incompatibles.

Seize titres dans cette première compilation, et quasiment autant de manières d’approcher la musique, et son brassage permanent. C’est un peu comme si chaque titre déplaçait d’une certaine façon les esthétiques dominantes de la scène club. On ne s’attardera pas sur chacun des 16 titres, mais on peut signaler quand même les trois bombes de Kamixlo (définitivement vraiment un chouette type) : Esta Noche, Contigo et Ideksmfh. Ideksmfh qui reprend d’ailleurs quelques codes un peu « métal », ce qui n’est pas sans rappeler la furieuse Kablam qu’on aime aussi beaucoup beaucoup… Il y aussi ce titre néo-R’n’B bizarre de Rules, Take Me Hate Me ou encore Di4u d’Endgame (qui sort aussi un très bon EP sur Hyperdub), et signalons pour finir le titre hip-hop étrange de Yayoyanoh, 4me.

La première compilation du Bala Club est une bien belle photographie de cette scène sans cesse inventive depuis maintenant quelques années. Bien loin des postures transgressives de certaines soirées ou scènes, voilà qui promet encore de beaux jours à cette musique monstrueuse qui, de sortie en sortie, semble vraiment explorer un présent plus désidentifié, plus multiple, moins binaire et surtout moins gris.

Alignement des astres vers une insurrection queer dans la musique, peut-être…

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Bala Club - Bala Comp Vol.1

Tracklist

Bala Club - Bala Comp Vol.1

01. Kamixlo - Esta Noche
02. Rules - Take Me Hate Me
03. Uli K & Malibu - Mi Luz
04. Uli K & Rules - Mi Corazon (prod Mechatok)
05. Yayoyanoh - 4 ME
06. Endgame & Rules - DI4U
07. Lunarios - Red Lagrimas
08. Killavesi & Adamn Killa - Ballin Like Messi (prod H!tkidd)
09. Yung Lean & Uli K - Schemin (prod Mechatok)
10. Kamixlo - Contigo
11. SKY H1 - All I Ever
12. Bladee & Thaiboy Digital - Made Of Glass (prod Palmistry)
13. Uli K & Killavesi - Don't Look At Me (prod Mechatok)
14. Organ Tapes - Besitos (prod Uli K & Malibu)
15. Kamixlo - Idesksmfh
16. Endgame - Tears On road


Regis - Manbait

Dans la série Regis est un con, Regis sort une compilation… Annoncé comme un nouveau LP, Manbait n’est qu’une nouvelle compilation de morceaux ou plutôt de remixes d’artistes Blackest Ever Black, dont les tracks étaient essentiellement parus sur divers EP sur Blackest Ever Black pour finalement finir sur une compile étiquetée Blackest Ever Black… On avait un léger doute en chroniquant F Ingers, maintenant, on se demande vraiment si le label ne cherche pas à faire de l’argent pour de l’argent, tant cette compile pue le réchauffé... Mais cette fois-ci, tout n’est pas seulement à mettre sur le dos de la maison de disque. Penchons-nous un peu plus sur le cas Regis avant de nous attaquer à ce Manbait – ce qui je préfère vous le dire tout de suite, va être vite fait ! -  dernière sortie du label londonien qui nous a un temps pourtant tant fait rêver…

Karl O’Connor fait partie de ces artistes que l’on ne présente plus, musicien pluridisciplinaire, ex-tête émergente de Sandwell District, il a rhabillé la hard techno en compagnie de son comparse Anthony Child au sein de British Murder Boys, propulsé le post-punk dans d’autres sphères avec Sandra Electronics et Public Information Film ou encore donné un autre visage à la techno expérimentale avec Cub. Certes, le milieu électronique lui doit beaucoup. Mais devrions-nous tout excuser au nom du talent ? Car depuis la fin de Sandwell District, on ne peut pas dire que le producteur ait été chiche en sorties si ce n’est ce In a Syrian Tongue, éclair de génie, seule sortie originale en presque dix ans… Certes, son label Downwards ne s’est jamais aussi bien porté depuis cette pause, mais depuis quelques temps celui-ci survit également grâce à un concentré de rééditions et de remixes pêchés on ne sait où… Alors que le nom de Regis est sur toutes les lèvres, le mot artiste en est de moins en moins synonyme… Si son comparse David Sumner, même nettement moins brillant en solo, tient des propos peu élogieux quant à sa manière de travailler, Surgeon n’a jamais caché les raisons de ses querelles face à son génial mais paresseux alter-ego au sein de BMB, et que dire des paroles ouvertes de James Ruskin qui au moment de co-fonder Jealous God, confiait que « ce serait une nouvelle fois difficile de travailler avec Karl mais qu’il avait toutefois pris au sérieux John (Silent Servant) ». Regis est devenu équivalent de bankable, plus que de talent… Et cela, le musicien semble l’avoir compris. Or, plutôt que relever les défis, celui-ci semble se complaire à s’asseoir sur sa notoriété… Quel dommage.

Alors au final Manbait, c’est quoi ? Une compilation de remixes, ni plus ni moins… Une quinzaine de morceaux sortis ces cinq dernières années empilés à la chaîne et dans le désordre. Attention, on y trouve quand même quelques perles et pour celui qui n’a jamais entendu des morceaux tel que Blinding Horses ou les remixes de This Foundry pour Raime ou encore Loss pour Ike Yard, c’est du caviar. L’art du remix n’est pas totalement abstrait, et on ne va pas cracher dessus. Mais, il y a dans le fond cette impression de prendre le fan pour un âne… C’est même pas l’équivalent du coffret ultimate qu’on te pond tout les trente-six du mois, c’est un peu la compile carrefour de l’underground et c’est là où il y a foutage de gueule. Pas d’inédit, pas de valeur ajoutée, à part si vous n’avez jamais écouté aucun de ces morceaux (qui sont tous à porté sur YouTube), Manbait n’a pas grand intérêt. A l’heure où le net foisonne de trouvailles inestimables, cet énième album déçoit un peu plus. Le mec qui écoutait Regis il y a quinze ans risque fort de décrocher alors que le nouveau venu va tilter sur des mélodies déjà entendues. Alors oui, c’est un peu bête de taper sur Manbait comme un forcené, c’est comme kicker à la face d’un mec déjà à terre, mais en même temps c’est aussi la mauvaise note pour dire à un élève : « Mais où est passé ton putain de potentiel ? ».

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Tracklist

Regis - Manbait (Blackest Ever Black, 2015)

01. Ike Yard – Loss (Regis Version)
02. Dalhous – He Was Human And Belonged With Humans (Regis Version)
03. Regis – Blood Witness (Original 12″ Mix)
04. Vatican Shadow – Church Of All Images (Regis Version)
05. Family Sex – Manbait (Regis Version)
06. Regis – Blinding Horses (Original 12” Mix)
07. CUB – C U 1
08. Regis – Blood Witness (Downwards Extended Version)
09. Tropic of Cancer – Plant Lilies At My Head (Alternate Version)
10. Regis – Blinding Horses (Turin Version)
11. Raime – This Foundry (Regis Version)
12. Regis – Blinding Horses (Stableboy Version)


V.A. - French Synth Lovers Vol.2

Frédéric Malki, la tête chercheuse du label serendip.lab, aurait-il achevé son exploration de la musique synthétique française des années 80 en sortant le deuxième volume de ses compilations French Synth Lovers ?

Le premier volume n'avait pas bénéficié d'une sortie vinyle, passant un peu inaperçu auprès des habitués des rééditions de french synth pop sur les labels américains Minimal Wave, Medical records ou bien encore Dark Entries. La tracklist de la première compilation créait un pont entre les années 80 et les années 2000, en faisant cohabiter par exemple Atom Cristal, le kraftwerk français (réédité sur Serendip l'année dernière) et Antony Maïovi, co-fondateur du label Giallo Disco qui pour masquer ses origines britanniques s'était rebaptisé Antoine Maïové.

Cette fois Frédéric est aux commandes d'une patrouille galactique qui est allée par monts et par vaux pour enquêter sur nos origines modulaires, redessinant ainsi la carte de France des bidouilleurs de potards dans une sélection pour le moins surprenante. Cette deuxième mouture est composée de dix titres dont la moitié sont des chansons absolument indispensables pour danser cet été... Fille Cosmopolite de Malvina Melville composé par Jay Alansky à qui l'on doit le Banana Split de Lio. Putaing Con des Los Gognococcos petite merveille absolue pour des parties de pétanque avec des boules en plastiques. On retrouve bien sûr les Cha Cha Guitry avec Un Dodo à Cannes, morceau inédit qui ne figure pas sur la magnifique réédition sortie l'année dernière sur Born Bad.

L'autre moitié de la sélection tend vers la cosmic disco. Trip, de Thierry Meyer, magnifique bande son SF entre Moroder et Carpenter. Charter de Benoît Hutin, superbe loop de basse qui rebondit sur elle même au milieu de synthés hallucinés. Android blues de XXe siècle, véritable boum de droïdes faisant des vagues avec les bras. Pour finir, Magazin Frivole de Serge Bienner, mélodie percutante qui surfe sur des météorites pendant près de huit minutes... Entre les mantras synthétiques et le clubbing en orbite, votre été sera aussi souple qu'une disquette !

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V/A - Simple music expérience Vol.1

Bordeaux, ça ne rigole pas. VA simple music expérience Vol.1, c'est une humeur, une heure de la journée ou un état mental. Ça pourrait aussi être la vie sonore de Leopold Bloom en 2015. Coincé dans une maison cour de la Marne, Simple Music, sort une compilation K7. On savait depuis quelques temps que quelque chose se tramait dans un des derniers cours crabot de Bordeaux, de là à s'attendre à une insurrection...

On ne sait pas vraiment combien de groupes de la compilation vivent dans cette obscure maison, en tout cas, entre United Assholes, Killdozer, JORJE 18, panoptique, Larcier ou Our Fortress, Ian Tocor, on est servi. Tout ça a ourdi dans le plus grand secret comme une bande son de De la Marne Ambition. Si Bordeaux était un film bizarre, ça pourrait être la première compilation de Simple Music. Une sorte de topographie sonore entre le cour de l'Yser, la gare, le cour de la Marne et une cave un peu dégueux à côté des "amis de la perle" aux Capucins.

On y retrouve un inédit de panoptique La mission des indécis qu'on avait pu entendre dans une émission berlinoise sur BCR, un morceau plutôt house de Jardin, une balade de Clara Cappagli, des trucs très cools d'Or Fortress, de la synthwave de cave avec Jonathan Plusrien… Y a un même une sorte de carillon électronique sur un morceau d'United Assholes. En tout cas c'est très cave. Y a un peu des trucs à la François de Roubaix freaks à des moments, beaucoup de travail sur le médium, assez peu de basse, des synthés, des guitares, des voix de meufs et des voix de mecs, des samples super bouclés, un très beau morceau de Radiante Pourpre, des morceaux qui pourraient passer en boucle, des trucs un peu spatial, des effets assez église, et un morceau qui fait le croisement entre Asak Maboul et les Residents. On peut dire que c'est cool quoi!

Larcier et panoptique sont à l'affiche avec Ricardo Tobar et The Populists d'une soirée organisée par Hartzine au Bootleg (Event FB).

Audio

Tracklisting

V/A - Simple music expérience Vol.1 (Simple music expérience, 3 mars 2015)

01. Killdozer - The Last Chance
02. United Assholes - Black Hole
03. JORJE 18 - French Freak
04. Ian Tocor - Blue
05. Haydée - Coming Insurrection
06. panoptique - La Mission Des Indécis
07. Jardin - Drop The Bass
08. Larcier - Untitled Tape Work
09. Clara Cappagli - Freaks!!!!
10. Our Fortress - Bad For Me
11. panoptique - Outro
12. Violent Quand On Aime - Leaves Out Your Pride
13. Haydée - Droit Dans Ton Coeur
14. The Simplists - Happy Smellgood
15. United Assholes - Genre Intro
16. Jonathan Plusrien - Pulsion
17. UV - Shepard's Tone Mood
18. United Assholes - Step Out
19. Radiante Pourpre - RIP
20. United Assholes - Mars 8
21. Our Fortress - Grave


Cabaret Voltaire - #8385 Collected Works

Fort connu pour être l’un des groupes fondateurs du mouvement industriel aux côtés de Throbbing Gristle ou encore SPK, le trio originaire de Sheffield, berceau métallurgique anglais, est devenu au fil des ans un incontournable de ce courant musical politiquement incorrect, puisant son inspiration dans de nombreux ouvrages littéraires d’anticipation (notamment Ballard, William Burroughs et plus tard William Gibson), précipitant la civilisation moderne dans une chute inéluctable mais également un climat social mondial désastreux, les conflits liés à la Guerre Froide et les résultantes des bombardement durant la Seconde Guerre Mondiale. Le groupe, dont le patronyme est largement influencé par le mouvement dadaïste mais également un hommage au célèbre café-cabaret zurichois, doit sa reconnaissance à des performances acoustiques d’une rare violence en association à une désinvolture scénique parfois choquante qui lui vaudra d’être immédiatement signé sur le label Industrial Records fondé alors par Genesis P-Orridge et Peter Christopherson. Réduits à la forme de duo au début des années 80, ces expérimentateurs de génie et artistes touche-à-tout révolutionnent une fois de plus la musique grâce à quatre albums pondus successivement entre 83 et 85. Plus que des recueils de morceaux à la fois géniaux et sans concessions, The Crackdown, Micro-Phonies, Drinking Gasoline et The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord posent les pierres fondatrices de ce que l’on appellera plus tard l’EBM, la new wave et la techno. Avec ces quatre masterpieces compilées dans un somptueux coffret complété d’inédits et de vidéos indisponibles à ce jour, cette réédition réalisée sous la houlette du label Mute, qui a récupéré le catalogue du groupe, se révèle être à la fois un objet de convoitise pour tout fan de Cabaret Voltaire mais aussi l'une des clés de la compréhension de l’ascension de ce groupe sur lequel n’a jamais cessé de planer un voile de mystère. Une initiative plus que bienvenue qui devrait faire des heureux… Enfin une poignée car l’objet édité en série limitée est voué à devenir collector.

CABARET-VOLTAIRE

Élevé au rang d’institution par les aficionados, étrange laboratoire des curiosités pour le profane, vous l’aurez rapidement compris, la musique de Cabaret Voltaire laisse difficilement indifférent. Et alors que Red Mecca et Hai!, parus l’année précédente, laissaient l’auditeur la chaise entre deux culs, The Crackdown marque un virage radical à 180° consacré par la suite par l’imparable Micro-Phonies. Les Anglais délaissent peu à peu l’improvisation empruntée au free-jazz pour se consacrer à des mélodies plus élaborées mais toujours empreintes de l’expérimentation la plus folle. On retrouve alors avec un bonheur absolu ces comptines DIY dont le son marque l'apogée de ces vieux synthés Casio et l’utilisation approximative de sampleurs analogiques, donnant le sentiment extrême d’être face à un enregistrement live. Une touche d’authenticité qui transformera rapidement des titres comme Talking Time, Over and Over ou encore In Just Fascination en perles électroniques avant-gardistes et façonnera directement le style d’artistes comme Depeche mode, Fad Gadget mais aussi Soft Cell. Et que dire de Micro-Phonies, dont Ministry extraira le barré Slammer pour modeler son premier succès, Over the Shoulder ? Poussés par le boss de leur label, Some Bizzare, à s’orienter dans un domaine plus électro, Cabaret Voltaire enfonce le clou avec des morceaux comme Do Right, Spies in the Wire, Sensoria, The Operative… Le duo combine avec habileté post-punk crasseux et électro minimale hantée tout en continuant de véhiculer des messages politiques hargneux et à rejeter une société impie qui s'entre-dévore. Un exploit en partie dû au travail d’un certain Flood qui donnera plus tard ses lettres de noblesse à l’EBM dont nous vivons ici les balbutiements, en mixant notamment les premiers albums de Nitzer Ebb. Et si on passera plus rapidement sur Drinking Gasoline, marqué néanmoins par le single Sleepwalking, l'EP marque la nouvelle transition du band de Sheffield, s’orientant dans un domaine qui sied parfaitement à Section 25 ou 23 Skidoo avec lequel le duo partage une affinité : la musique noire. Avec The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord, Richard H. Kirk et Stephen Mallinder subliment ce qu’ils appellent le future-funk, et ce dès l’ouverture de l’album, L21ST marquant les esprits de son slap synthétique improbable et de son groove froid comme la mort.

À ces quatre ogives viennent s’ajouter deux CD dont le premier fait office de best-of de cette période charnière, autour d’une compilation de quelques-uns des meilleurs tracks de ces quatre albums au format single et dont le second prolonge l’expérience autour de faces B méconnues mais pourtant délicieuses paru sur les maxis. Et enfin, pour clôturer, Mute se fend de la réédition DVD dans une version remasterisé de Gasoline in Your Eyes, recueil des meilleurs clips de Cabaret Voltaire où Richard H. Kirk fait montre de ses talents de réalisateur de génie mais également de sa maitrise du cut-up, et aussi, dans un second disque, deux prestations live enregistrées en 1984, restituant parfaitement la grandiloquence et démesure scénique d’un groupe que nous ne sommes malheureusement pas près de revoir sur les planches. Alors que l’on soit adulateur, sceptique, curieux ou bien mélomane, il n’y a aucune mauvaise raison pour que ce coffret ne figure pas sous son sapin, peut-être tout simplement parce que non content d’avoir à jamais changé le visage de la musique, Cabaret Voltaire a su bousculer les codes à une période où l’on pensait avoir tout inventé. En un mot : indispensable !

Audio

Vidéo

Tracklist

CD1: Micro-Phonies
1. Do Right
2. The Operative
3. Digital Rasta
4. Spies In The Wires
5. Theme From Earthshaker
6. James Brown
7. Slammer
8. Blue Heat
9. Sensoria

CD2: Drinking Gasoline
1. Kino
2. Sleepwalking
3. Big Funk
4. Ghost Talk

CD3: The Crackdown + EP
1. 24-24
2. In The Shadows
3. Talking Time
4. Animation
5. Over And Over
6. Just Fascination
7. Why Kill Time (When You Can Kill Yourself)
8. Haiti
9. Crackdown
9. Diskono
10. Theme From Doublevision
11. Moscow
12. Badge Of Evil

CD4: The Covenant, The Sword And The Arm Of The Lord
1. L21ST
2. I Want You
3. Hells Home
4. Kickback
5. The Arm Of The Lord
6. Warm
7. Golden Halos
8. Motion Rotation
9. Whip Blow
10. The Web

CD5: Cabaret Voltaire 83-85 12" As and Bs
1. Just Fascination (12" Version)
2. Crackdown (12")
3. The Dream Ticket (12" Version)
4. Sensoria (12" Version)
5. James Brown (12" Version)
6. I Want You (12" Version)
7. Safety Zone (12" Version)
8. Cut The Damn Camera (12" Version)
9. Bad Self Pt.1 (12" Version)
10. Drink Your Poison (12" Version)
11. COMA (12" Version)

CD6: Earthshaker
1. Earthshaker 5
2. Earthshaker 1
3. Theme From Earthshaker (Sheffield Mix)
4. Digital Rasta (Dub Version)
5. Earthshaker 3
6. Whip Blow (Instrumental Dub)
7. James Brown (Instrumental)
8. Golden Halos (Instrumental Dub)
9. Earthshaker 2
10. Cut The Damn Camera (Sheffield Mix)
11. Do Right (Cut Up Mix)
12. Earthshaker 4

DVD1: Bedford Boys Club 18.08.84
1. Intro
2. Crackdown
3. Sensoria
4. Just Fascination
5. Safety Zone
6. Ghost Talk
7. Digital Rasta
8. Kino
9. Do right

Hammersmith Palais 02.12.84
1. Mao Intro
2. Animation
3. Big Funk
4. Sensoria
5. Digital Rasta
6. Japno
7. Ghost Talk
8. Sleepwalking
9. Kino
10. Do Right

DVD2: Gasoline In Your Eye
1. Introduction
2. Crackdown
3. Diffusion
4. Sleepwalking
5. Slow Boat To Thassos
6. Sensoria
7. Automotivation
8. Big Funk
9. Kino
10. Ghostalk
11. Fadeout

DVD Extras
Just Fascination 7” Mix
Sensoria 7” Mix
I Want You 7” Mix
I Want You 12” Mix


VA - Circuit d'Actes 3

Il y a, entre la France et la Belgique, de petites structures indépendantes qui discrètement, presqu'en cachette tels des sages maîtres de l'alchimie, donnent vie à des compilations singulières et dignes du plus vif intérêt. Parmi celles-ci, le label franco-belge La Forme Lente (LFL)  a rendu disponible en vinyle (500 exemplaires) début juin et  via bandcamp le troisième volume de son Circuit d'Actes. Soit une sélection serrée - 11 pistes maximum, pas plus - pouvant être considérée à juste titre comme une sorte de papier de tournesol de la musique minimale électronique internationale.

Illustration Sonore, qui ouvre la compilation, est un duo parisien qui avec Flying Lights et Violence stimule la curiosité. On est confronté à la cold-wave la plus pure, celle polaire, tellement le son est dur, vide, triste, mélancolique, doucement violent, comme seul Kas Product aurait pu en faire. Changement de climat lorsque l'on passe à l’écoute de Xero Kline Coma, projet minimal synth cold-wave californien. Et si jusqu’alors, on n’avait jamais pensé à une différence notable entre synth-pop française et américaine, le contraste finalement rend tout plus clair : la propreté et la netteté du son américain, combinées à des rythmes beaucoup plus frénétiques, rendent celle de Xero Kline Coma beaucoup plus proche des expériences électroniques de Mr Plaza et du premier John Foox pour l'instrumentation, du Personal Jesus de Depeche Mode pour les vocalises.

Une immense vague de froid resurgit avec Position Parallèle : projet parallèle de M. Geoffroy Delacroix (plus connu sous l'alias Geoffroy D., ou identifié directement avec son patronyme Dernière Volonté). Geoffroy Delacroix est le romantisme noir et décadent qui devient musique. Dans Position Parallèle, son génie est éclatant, que ce soit dans le choix stylistique du chant en français ou dans sa capacité à créer par un jeu subtil de synthétiseurs, soit des atmosphères mélancoliques et désolées (Si Je Te Croise), soit une fusion des ambiances coldwave avec des rythmes italo disco des années 80’ (Pop Mortem).

Les sons et la mélodie se durcissent avec Post Festum, jusqu'à devenir encore plus angoissants et paranoïaques avec Shiny Black Mater et leurs morceaux La Pelote du Chat et le presque néo-folk expérimental Roses and Ashes, où l'on croirait entendre la voix de Douglas Pearce ressuscité de Death in June. La compilation se termine avec A Jovaneck Dedicalva de Új Látásmód Fúzió, groupe hongrois au un nom imprononçable débitant une sorte de new-wave ska respectueuse des années 80.

 

Teaser

http://www.youtube.com/watch?v=6W9BsNMzdzM

Audio

Tracklist

VA - Circuit d'Actes 3 (La Forme Lente, juin 2013)

1. Kline Coma Xero - Left Behind
2. Illustration Sonore - Flying Lights
3. Position Parallèle - Pop Mortem
4. Post Festum - Amorf /verzió/
5. Shiny Black Mater - La Pelote Du Chat
6. Kline Coma Xero - We Are Only Riders
7. Illustration Sonore - Violence
8. Position Parallèle - Si Je Te croise...
9. Új Látásmód Fúzió - A Jövonek Dedikálva
10. Shiny Black Mater - Roses and Ashes
11. Ortrotasce - At Your Last Breath


V.A. - The End Of Civilizati​on

Dans la droite ligne d'une immixtion quasi symbiotique de Mushi au sein du label  - structure sur laquelle l'Italienne a sorti ses deux premiers longs formats, Faded Heart (2011) et Breathless (2012, lire), et dont l'initiateur, Alessandro Adriani, s'occupe des claviers lors de ses prestations live -, rappelant de près ou de loin celle d'Ela Orleans (lire) au sein de Clan Destine Records, une carte blanche a été accordée à Valentina Fanigliulo, de son vrai nom, pour compiler une douzaine de morceaux inédits selon ses propres accointances musicales. Ainsi est née l'idée de The End of Civilization, témoignant une nouvelle fois de l'ouverture internationale du label romain pour les scènes actuelles issues des mouvements cold wave, dark wave, minimal synth et post-punk - en sus d'un flair qui n'a d'égal que celui de Dark Entries ou Desire Records dans l'art de la réédition de trésors cachés. Prolongeant la série de splits du label unissant sur deux faces d'un même vinyle formations transalpines et étrangères - tel le 7" d'Ancien Regime et Led er Est - et illustrant les propos tenus par Alessandro lors d'une interview en 2011 (lire) - concernant justement ce lien vrai et profond entre la scène italienne et étrangère -, The End of Civilization juxtapose styles et influences, faisant la part belle à la scène nord-américaine. Ainsi on chemine avec un intérêt non feint de la coldwave francophone et euphorisante des Montréalais de Police des Moeurs - que l'on retrouvera bientôt via un EP six titres sur Atelier Ciseaux - au post-punk décharné des Angelinos de Deathday, du duo orégonais minimal-noise ASSS aux (faux) Irlandais de Tablets - qui ne sont autres que ceux de Low Sea (lire) -, de la pop synthétique de Jim Smith aka Teeel à celle spectrale de Brandy St. John et son projet The Long Wives, et ce, avec une attention toute particulière pour les formations que l'on connait moins, ou pas du tout, que ce soit la machinerie froide et statique des résidents de Chicago, The Circa Tapes, ou celle luminescente des Londoniennes de Phosphor. Et si une touche plus Krautrock est apportée à l'édifice par les Berlinois de The Strange Forces, les Anglais de The Murder Act coulant la leur dans une no-wave plombée de saturations, l'un des plus beaux mystères restera pendu aux lèvres de Rosemary, projet de la chanteuse iranienne Sahar et du producteur danois Lasse, jetant un pont synthétique entre Téhéran et Copenhague avec un singulier détour par Portland et l'italo-disco de Glass Candy. En plus d'excuser à elle seule toutes les insultes proférées par ce satrape de Materazzi, Valentina Mushy a autant de bons amis que de bon goût à revendre. L'inquiétante pochette de la compilation, réalisée par ses soins, en atteste.

Audio

Tracklisting

V/A - The End of Civilization (11 février 2013, Mannequin)

A1. Police des Moeurs - Tout Ce Qui Te Fait Mal Te Fait Du Bien
A2. ASSS - Clean Up
A3. The Circa Tapes - Olane Dementia
A4. TEEEL - Imperial
A5. Rosemary - Blind Myself

B1. Deathday - After Dark
B2. Phosphor - Skull
B3. The Murder Act - Rapture
B4. The Strange Forces - Shizer In The Shadows
B5. Tablets - I Feel Uneasily Loved
B6. The Long Wives - Odd Funerals


V.A. - Midnight Specials

Écrire sur une compilation et non sur un album classique est un exercice fastidieux qui pose des questions méthodologiques difficiles à résoudre. Qui fait la compile et dès lors sur qui écrire ? Les artistes qui jalonnent les titres, se rencontrent, tentent de parler les uns avec les autres ? Le concept du projet, cette création de rapports codifiés dans un espace qui ne comprend a priori que des segments épars ? Le concepteur de la compile, comme magicien du réseau et inventeur de sens ?

Il n’y a sans doute pas de réponse adéquate. Une compile n’est réussie que par la fusion de ces différentes composantes et la compile Midnight Specials, produite par le label parisien Midnight Special Records, ne déroge pas à cette règle mystérieuse. Projet complètement porté par le créateur du label, Victor Peynichoux, la compilation possède une sensibilité unilatéralement mélancolique malgré une relative diversité de styles et d’artistes. Chaque titre fait îlot mais la tendresse de la production unit et enveloppe d’un voile compact les huit petits morceaux de l’histoire.

La composition du disque trouve son équilibre entre avancée tranquille, légère dépression électronique et brusque pic existentiel. La première extrémité du disque donne le ton : le quatuor Caandidespropose une chanson aqueuse qui serpente entre différents langages sonores. Plus tard, trois chanteuses, Malvina Meinier,Alice Lewis et Michelle Blades, forment un triptyque minéral et envoûtant au centre du disque avec leur travail subtil sur les harmonies et les dissonances minimales de la musique. Chaque titre compose une pop ensorcelante, voyageuse et singulière qui marque profondément l’identité de la compile.

La suite, c’est une folk psychédélique signée Juan Trip et deux morceaux en vis-à-vis : l’un sans âge, l’autre sans passé. Le disque se clôt ainsi entre comptine réverbérée et bruits épars. Vers une forme de néant fécond qu’on attend tous impatiemment de voir se métamorphoser sur scène pour la release party du 14 février à la Java.

Vidéo

Tracklist

V.A. - Midnight Specials (Midnight Special Records, 2013)

1. Caandides - La Fontaine
2. Dick Turner - Contrôle-moi
3. Michelle Blades - Lulls in Humid Rooms
4. Malvina Meinier - Drawing Roads
5. Alice Lewis - Parachute
6. Juan Trip - Hung on High
7. G & A. Johnson - Black Is the Colour
8. G & A. Johnson - Black Is the Colour Part 2


Split w/ Dirty Beaches, Ela Orleans, US Girl & Slim Twig - Statement (2012, Clan Destine Records)

Outre l'intérêt artistique défendu et le partage des frais de pressage et de distribution, la pratique du split constitue l'un des moyens les plus efficaces pour un groupe d'élargir son audience, notamment en emportant l'adhésion d'un public déjà acquis à la cause de l'autre formation prenant part à l'objet. Extrêmement répandu dans le milieu de la musique indépendante, ce procédé y est d'autant plus courant que les artistes ne signent que très rarement des contrats les liant pour une longue durée. Plus qu'un impératif économique, le split est un pari sur la cohérence d'univers musicaux, pari le plus souvent assumé par les labels eux-mêmes. On peut citer les récents exemples de Best Coast et Jeans Wilder sur Atelier Ciseaux (lire), d'Happy New Year et Nite Fields sur Lost Race Records (lire), de Rape Faction et Chevalier Avant Garde sur Skrot Up (lire), ou encore de Cough Cool et Johnny Hawaii sur Hands In The Dark et La Station Radar (lire). Dans cette litanie hautement recommandable, le label Clan Destine Records (lire) n'est pas en reste et repousse même encore plus loin les frontière de l'exercice, convoquant pas moins de quatre artistes dans les sillons de Statement, split LP paru le 7 août dernier. Si chacun d'entre eux ne possède pas la même présence médiatique, notamment de part et d'autre de l'Atlantique, tous épousent une certaine vision de la création artistique - DIY et radicale - se confondant, par-delà leurs horizons musicaux, à leur amitié franche et communicative. Ainsi Clan Destine Records ne joue pas ici la carte de l’étalonnage de l'un par rapport à l'autre, mais bien celle de la réunion de famille avec d'une part les inséparables Ela Orleans et Dirty Beaches - déjà auteurs d'un split l'année passée sur La Station Radar (lire) - et d'autre part Slim Twig et U.S. Girls, tenanciers à quatre mains du label Calico Corp. Quatre amis se prêtant au jeu de rapiécer leurs bandes et leur poésie sonore le temps d'un intime patchwork en clair-obscur : la verve pop et cinématographique de Max Turnbull (Slim Twig), prenant des airs de théâtre hanté sur Bar Roque et Hidden, s'emballe magnifiquement sur Mary Janepréparant le terrain à la longue plage instrumentale entonnée par Alex Zhang Hungtai, Neon Gods & Funeral Strippers, confinant à un hypnotique mantra où crame sa guitare sur d'éparses rythmiques. Se détachant à point nommé de l'amoncellement terrestre et plombé de Dirty Beaches, l'onirisme altier d'Ela Orleans prend la mesure et s'enorgueillit d'un pur moment de magie, où les morceaux dénués de chants (Odyssey19 Out Of 20 feat. Ted Hughes) impriment la trame d'une ambiance surnaturelle et hors du temps, alors transcendée par The Season et Good Night, élégiaques phantasmes savamment texturés comptant parmi les plus belles chansons de la Polonaise à ce jour. La marche est haute - peut-être trop - pour U.S. Girls qui clôt l'odyssée Statement de cinq vignettes, à la production crade et lo-fi, témoignant plus de ses premières amours (Bits And Pieces911 SongChicago War) que de ses aspirations pop actuelles, notamment avec un imminent LP, GEM, à paraître via Fat Cat RecordsSlim Baby (Long Distance Dub) surnage néanmoins, clôturant, sans compter l'inutile Cairo, ce très estimable split LP édité à seulement cinq cents exemplaires. 

Lire le portrait et l'interview d'Ela Orleans.
Lire le portrait et l'interview de Dirty Beaches.
Lire le portrait et l'interview de Slim Twig.

Audio

Vidéo

Tracklist

Split w/ Dirty Beaches, Ela Orleans, US Girl & Slim Twig - Statement (2012, Clan Destine Records)

Slim Twig
01. Bar Roque
02. Mary Jane
03. Hidden

Dirty Beaches
04. Neon Gods And Funeral Strippers

Ela Orleans
05. Odyssey
06. The Season
07. 19 Out Of 20 feat Ted Hughes
08. Good Night

US Girls
09. Bits And Pieces
10. 911 Song
11. Chicago War
12. Slim Baby (Long Distance Dub)
13. Cairo