Crocodiles – Summer of Hate (Fat Possum records)

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Il y a des détails de l’histoire de la musique qui rapprochent des générations : ici, l’évènement fondateur est sûrement l’improbable rencontre musicale entre un jeune illuminé charismatique (Charles Manson) et une popstar à la dérive (D Wilson des beach boys). En effet, le titre du cd de Crocodiles (Summer of hate) est en tout point semblable à celui utilisé pour une compilation regroupant les sessions d’enregistrements datés de l’été 67 ayant débouché sur le premier album de Manson (Lie : the love and terror cult). L’anecdote tient dans le fait que cet album contient une chanson (Cease to exist) qui appartenait auparavant au répertoire des Beach Boys dans un format quelque peu différent.
A défaut de pouvoir rejouer la scène dans toute sa consistance (et son surréalisme), Crocodiles nous ressert le précepte post moderne : « quand les prémodernes se reposaient sur la tradition et les modernes sur l’avenir , les postmodernes auraient les pieds dans le vide. ». Dixit leur biographie les sources d’inspirations sont l’aliénation et la frustration que des adolescents peuvent éprouvés quand ils séjournent trop longtemps dans une ville dortoir. Musicalement cela donnerait (toujours selon leur biographie) un mélange entre le Velvet Underground et Jesus and Mary Chain ; encore un grand vide.
A titre personnel j’accorde une valeur marginale à ce genre d’emballage commercial d’un groupe de rock. Ce cd est avant tout un bon disque de power pop nostalgique d’une époque où Spectrum, Drop Nineteens ou Sonic Youth brillait en affichant déjà les mêmes aspirations (sortir d’un quotidien morose). Pensez grands espaces, recherche sonique et psychédelisme…

Nicolas

AUDIO

Crocodiles - Summer Of Hate

TRACKLIST

Crocodiles – Summer of Hate (Fat Possum)

01. Screaming Chrome
02. I Wanna Kill
03. Soft Skull (In My Room)
04. Here Comes The Sky
05. Refuse Angels
06. Flash Of Light
07. Sleeping With The Lord
08. Summer Of Hate
09. Young Drugs


Slowcream - Wax On Wool

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Même s'il n'est guère au sommet de l'affiche, le nom de Me Raabenstein sonne désormais familièrement aux oreilles des fans d'electronica ambient, tendance jazz vs musique contemporaine. Patron du label berlinois Nonine, (co-)auteur de plusieurs sorties dont le très recommandable First Raw de Sqaramouche, il explore pour sa seconde production en tant que Slowcream la musique du début du vingtième siècle (Schulhoff, Berg), qu'il confronté dans un osé mélange au spoken word revêche et lentissimo d'un fils vocal de William S. Burroughs, le tout sur un fond dub ralenti et oppressant («Into Butter», «Mild Mountains»). D'autres instants atmosphériques fondent rapidement dans une ambient proche de Ryan Teague et de Marsen Jules, en moins bien jusqu'à l'entrée de la ligne mélodique, émouvante comme du Giuseppe Ielasi («In The Cave»). Une curiosité, qu'on aime partager les jours de pluie.

Fabrice

Tracklist

Slowcream - Wax On Wool (Nonine, 2009)

1. Punch indigo
2. Into butter
3. In the cave
4. Mild mountains
5. Luck of the north
6. On carpets
7. Wanderlust
8. Gwynplaine’s hill
9. Asymetric herding
10. Creamin’ over
11. Sacred knots

Video

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Jeremy Jay - Slow Dance

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Le temps n'aura pas été laissé à l'incandescence des braises d' A Place Where We Could Go d'être réduite en simple fumée d'après fête. Le protégé de Calvin Johnson et trusteur des podiums 2008 de la presse musicale, remet donc de belles grosses bûches fraîchement tronçonnées dans la partie et joue ainsi du soufflet pour raviver le feu de joie allumé au début de l'automne dernier. Deuxième du nom, le nouvel album du grand tout maigre californien, nous plonge dans une High School Goodbye Party (et pourquoi pas) où, sans cavalière, le héros cherchera  à emballer la reine de la soirée, tout juste cocufiée par Monsieur Baraque et dont la tristesse en cette nuit devenue soudainement si blafarde n'attend finalement  qu'une seule chose, être vengée.  C'est alors que, les yeux imbibés d'alcool, la jeune femme s'approche du jeune homme qui dansait jambes serrées et paume des mains tournées vers le parquet du gymnase  pour se faire remarquer. Le jeune méché, tout content d'avoir attiré  la belle épleurée, lui fredonne, la voix pleine de trémolos, "Will you Dance with me"?.  Va-t-il"Breaking the Ice", se demande-t-on alors? Et finalement, lors d'un dernier Slow Dance bien cadencé, avec juste ce qu'il faut de doigts sur le bas du dos,  la belle lui suggére à l'oreille   :"Where could we go Tonight?". On vous laisse imaginer la suite.

Benoit


Fennesz - Black Sea

fenneszblackseaUne référence sans doute à cette mer Noire, de l’est européen, portes de l’Orient, symbole d’une certaine forme d’exotisme à notre portée. Une mer d’un autre temps, le rivage de Syrtes comme le suggérait Julien Gracq, qui nous renvoie tout à la fois à la mythologie grecque (Jason et les argonautes, aux Scythes en Crimée) qu’à des stations balnéaires désuètes de Bulgarie ou de Roumanie, à des périodes obscures de la guerre froide, à Odessa (référence à James Gray et son Little Odessa) et son port (et peut être une industrie dépassée).
La pochette de cet album nous y renvoie immédiatement, nous voilà débarqués sur les côtes de la mer aveugle comme la surnommaient les romains. Des côtes pour le moins maîtrisées et laborieuses… On y distingue au loin comme une ville surgissant de la brume, et des rails ensevelis, rappelant d’autres heures, plus glorieuses.Comme si la mer reprenait le dessus. Une image finalement plutôt optimiste, comme une ode à la nature. Si nous devions revenir plus particulièrement à la musique du compositeur autrichien, ce n’est sans doute pas sous ce vocable que nous la qualifierions. Fennesz officie davantage dans un registre mélancolique même si ce terme, en l’occurrence, en critique musicale a été largement galvaudé.
Ce nouvel album, qui s’inscrit dans la lignée de « Venice » donne l’occasion au musicien de développer ce qu’il avait commencé à laisser entrevoir avec son précédent disque et plus antérieurement avec « Endless summer ». J’en vois certains lui reprocher déjà un certain manque de renouvellement. Mais qu’importe, à quoi bon faire autre chose quand on est au firmament de son art et de son expression. Fennesz a semble t’il trouvé sa voix, en tout cas, jusqu’à nouvel ordre.
Ici sur ce « Black Sea », il s’illustre par l’alternance qu’il fait de longues pièces aux climats variées et de titres plus concis. Il ouvre l’album avec le titre éponyme qui s’étend sur plus de 10 minutes et sur lequel il développe sur la durée sa perception de la mélodie. Il enchevêtre ses textures et ses nappes avec précisions à ses guitares claires ou au contraire saturées, préfigurant la houle. Le reste de l’album nous plonge dans de multiples suggestions de la pensée, et inspire diverses attitudes à son écoute. Certains titres comme « Glide » (joué avec Rosy Parlane en live) expriment très nettement ces différents états que l’on traverse en tant qu’auditeur à l’écoute du disque : des rires aux larmes, de la peur à la joie, du dépaysement au cloisonnement.  Il œuvre donc à nouveau avec ce disque,  à un travail sonore qui lui appartient pleinement et qui le distingue de la composition musicale actuelle, même si d’autres sont déjà derrière à suivre sa trace. L’appréciation de « Black Sea » se fera sans doute lentement, mais à chaque nouvelle écoute on découvrira des richesses et subtilités que l’on ne soupçonnait pas. Il s’agit donc d’une musique onirique en somme…

Cyril

Audio

Fennesz - Saffron Revolution

Tracklist

Fennesz - Black Sea (Touch, 2009)

1. Black Sea
2. The Colour of Three
3. Perfume for Winter
4. Grey Scale
5. Glide
6. Glass Ceiling
7. Vacuum
8. Saffron Revolution


Alva Noto - Xerrox Vol. 2

alvanotoCaché sous son alias d'Alva Noto ou exposé sous son propre nom, Carsten Nicolai est toujours passionnant. Nous ne reviendrons plus sur l'indispensable Unitxt de l'an dernier, disque référence du maître de Chemnitz, où le spoken word grave et surréaliste d'Anne-James Chaton faisait écho à un monde déshumanisé et aéroportuaire. Dans le même secteur d'une electronica allemande plus que jamais au sommet, la réédition des quatre albums de GAS démontrait toute la pertinence de ses explorations des forêts lugubres de l'Europe du nord, et de la kyrielle de musiciens qui les ont traversées.

Tel un écho du pape de l'ambient techno de Cologne, les beats minimaux en moins, le second volume de la série Xerrox plonge ses racines dans notre modernité et vise à explorer un nouveau monde, là où le Vol. 1 se plongeait dans les racines du vieux monde et de sa musique classique. Imprégnés de samples collectés et développés aux Etats-Unis (ce fameux New World), les onze morceaux restent viscéralement proches de l'electronica germanique, tout en atteignant une universalité contemporaine proche de la perfection. Absolument fascinantes et remarquables, leurs textures brumeuses développent sur des tempi étirés des atmosphères entre rêves aériens et profondeurs souterraines. Qu'elles grésillent ou planent à des années-lumière d'avance sur la planète drone, les évolutions soniques du boss de Raster-Noton dérangent la meute bien pensante, tout en n'oubliant de nous rappeler par d'infimes menus détails la grande particularité - aux confins de la métaphysique et de l'astronomie - de chaque étape d'un parcours dès les premières secondes.

Fabrice

Tracklist

Alva Noto - Xerox, Vol.2 (Raster-Norton)

1/ Xerrox Phaser Acat 1
2/ Xerrox Rin
3/ Xerrox Soma
4/ Xerrox Meta Phaser
5/ Xerrox Sora
6/ Xerrox Monophaser 1
7/ Xerrox Monophaser 2
8/ Xerrox Teion
9/ Xerrox Teion Acat
10/ Xerrox Tek Part 1
11/ Xerrox Monophaser 3


Leopold Skin - Leopold Skin and the Blue House Dandelions

leopoldskin-smallRoad to the country, petit demo fragile mais précieuse comme un vieux disque de blues enregistré entre deux moissons, nous avait déjà inspiré quelques mots élogieux au sujet de son auteur. A peine revenu de son périple canadien, le jeune auvergnat nous gratifie déjà de ses nouveaux carnets de voyage, carnets qui plus est reliés dans les ateliers d'orfèvres des activistes clermontois de Kütu Folk Records. Dès la première plage de ce moleskine sonore, Leopold Skin, guitare en bandoulière et harmonica en bouche, sort de son silence habillé d'un sari et convoque sous ses doigts délicats Shankar et Harrisson pour un incipit  qui,  telle la fraîche douceur d'un soleil d'été au levant,  vous donne le sentiment d'être ici et ailleurs en même temps. Ainsi mis en jambe, on en tourne alors les pages, avide de découvertes,  et chacune, l'une après l'autre, se révèle être une invitation sans cesse renouvelée à poursuivre le voyage, voyage dont la voix frêle et angelique du jeune Leopold en est le parfait audioguide. De retour au pays, reposé, serein et heureux comme Ulysse, on se dit qu'au retour de la pluie, on y retournera volontiers.

Benoît

Audio

Leopold Skin - The Color of the Past

Tracklist

Leopold Skin - Leopold Skin and the Blue House Dandelions (Kütu Folk Records / Discograph)

1/Last night
2/Flowers & trees
3/The colour of the past
4/The voice of reason
5/ Still yellow
6/ Wild flowers
7/ Walk & talk
8/ Sooner or later
9/ Building shelters
10/ Turkish bath
11/ Coming back home



Max Richter - 24 Postcards in Full Colour

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Max Richter - 24 Postcards in full colour  (FatCat Records, 2009)

Le compositeur anglais Max Richter sort ce mois-ci son quatrième album (sans compter également la bande originale du film de Ari Folman «Valse avec Bachir»). Ce dernier est sans doute en passe de changer de « statut » et sa musique, jusqu’alors confinée au rang des secrets les mieux gardés de la musique indépendante, a l’air tout à coup d’intéresser un plus grand nombre. Sans doute faut-il y voir un intérêt plus croissant des médias, qui du coup exposent l’artiste de manière plus conséquente…
Dans tous les cas ce disque, quoi que plus visible, n’en est pas moins aussi brillant que les trois précédents. Richter est un tout jeune compositeur contemporain (40 ans) de très grande facture, qui nous offre un album lumineux, riche en couleur, comme son titre l’indique.
Il a, cette fois-ci, réalisé un opus plus conceptuel, alignant 24 vignettes sonores d’assez courte durée chacune, mais donnant la sensation au final d’une pièce unique…
Richter s’est interrogé sur la musique et son utilisation par notamment les opérateurs de téléphonie (sur sa marchandisation donc et sa médiocrité générale…) et s’est aventuré à proposer 24 sonneries potentielles. Les morceaux sont donc fugaces dans l’ensemble, enchaînant des séquences plus expérimentales (électronique et acoustique) avec des pièces orchestrées, habituelles à leur auteur. Toujours aussi minimale, la musique de Richter est à rapprocher de celle de Michael Nyman, John Tavener, Arvo Pärt ou même Erik Satie, quand il joue seulement au piano.
Elle est dans tous les cas très évocatrice et d’une profonde mélancolie, propice à la rêverie et au dépaysement.

Cyril

AUDIO

Max Richter - Cradle Song for A


K-THE-I??? - Yesterday, Today & Tomorrow

ktheiK-THE-I??? - Yesterday, Today & Tomorrow (Big Dada, 2008)

Croire encore en des lendemains qui chantent, voilà bien une sentence qui en ces temps minés par un hiver trop long n'est plus vraiment d'actualité. Pour autant, il est des hommes qui, malgré la longueur sans fin de leur chemin de croix, gardent toujours en tête l'espoir d'une arrivée prochaine.  K-THE-I??? fait parti de ceux-là ! A mille lieu d'une existence paisible -  hier encore il cherchait à panser les plaies d'un amour déçu - notre natif de Cambridge, toujours emprunt au doute,  poursuit malgré tout sa recherche de la vérité  au travers d'un nouveau disque en forme d'ultime exutoire.

Exilé à Los Angeles, notre ami a su très vite trouver chaussure à son pied afin d'éviter à ses coups de gueule, aussi pertinents soient-ils,  de se perdre dans le marasme urbain. Ainsi l'apport du génie de Thavius Beck à la production  de ce Yesterday, Today & Tomorow, permet à K-the-I??? de garder le cap de la réussite et de ne pas enfiler les perles. Morceaux après morceaux, nous avançons vers ce qui aujourd'hui ce fait de mieux dans le hip-hop, à savoir le contrepoint parfait entre la pertinence du verbe et la puissance du son, sans que l'un ne prenne le pas sur l'autre.  Les lois du featuring sont ici respectées,  les invités , parmis les meilleurs éléments que compte la scène californienne, ne servent pas à boucher les trous ou à éviter à son concepteur le ridule. Au contraire, Busdriver, Nocando et autres Mestizo et Subtitle, en bons duettistes, font de chaque morceaux  de cette album un moment singulier, tel 'Never Heard It Done Like This'  qui en trois petites minutes va vous faire plier les genoux.

Benoît

AUDIO

K-THE-I??? - Never Heard It Done Like This


DIETER SCHOON - Lablaza

dieterschoon

Je ne sais pas si l’on devrait écrire quoique ce soit sur Lablaza tant notre cœur balance entre le souhait de livrer au monde le nom de son talentueux concepteur et la volonté  de faire de cette découverte l’apanage de quelques uns. Soyons cependant honnêtes ! Nous ne sommes pas les seuls sur le coup et d’autres, au vu de la floraison de chroniques entrevues ici et là, n’ont pas eu autant d’états d’âmes à laisser transpirer leur enthousiasme derrières quelques lignes sans ambages. Alors tant qu’à être un mouton soyons un bon mouton et participons nous aussi à cette volonté collective de faire de Dieter Schööm autre chose qu’un parfait inconnu. Le premier album du suédois, au-delà d’être une simple découverte sympathique, fait déjà figure de disque chevet. Une pop bricolée à l’électronique - que l’on pourrait classer entre l’oeuvre sous-estimée de Ms John Soda et les élucubrations d’Owen Ashworth - qui navigue aussi bien sans chavirer sur des eaux calmes et folktroniques que sur celles plus mouvementées et Uptempo. Bref, un disque en forme de  grand écart qui a su tout autant faire danser les noctambules du Södermalm stockholmois que ravir les chasseurs d’aurores boréales du Lappland. Et maintenant, parisiens, corréziens, même combat !

 

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DIETER SCHOON - Warm Hearts

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Bastro - Antlers

bastroantlersBASTRO - Antlers (Drag City, 1991)

J'ai trouvé ce disque, au hasard de mes pérégrinations, dans la boutique toulousaine Vicious Circle. Bastro est un projet dont je connais peu de choses. Si ce n'est qu'il reste mythique pour tous les adeptes de la scène de Chicago et qu'il réunissait trois des musiciens les plus talentueux de leur génération. A savoir David Grubbs, plus tard croisé au sein de Gastr del sol, John McEntire de Tortoise et Bundy K. Brown qui fût aussi un membre de Tortoise et créateur des projets éphémères comme Pullman ou Directions in music. Ce disque est sorti sur un label, qui me semble être une division de Drag City, mais je n'en suis absolument pas certain.Dans tous les cas les enregistrements de ce groupe sont assez introuvables aujourd'hui, et si vous désirez écouter ce qu'ils faisaient et bien il vous faut trouver la perle rare, sur Ebay. L'entreprise reste tout de même difficile mais cela ne parait pas impossible. Vous pourrez même tomber sur l'incontournable split qu'ils ont fait avec Codeine et sa pochette "d'un homme et une femme".
Quant à "Antlers" il s'agit d'un disque qui réunit des morceaux enregistrés en live en 1991 notamment au Lounge Ax à Chicago, salle elle aussi mythique. Ce disque vous donnera une idée plus précise de Bastro, et de la complexité de sa musique, de son énergie, nous ramenant directement à cette époque où Chicago vivait ses heures glorieuses avec des groupes fondateurs (les années 90). Dans la lignée de Rapeman ou Slint, moins connu mais tout aussi indispensable.

Cyril

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BASTRO - Hirscheneck

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Zach Hill - Astrological Straits

zachhillastrological Zach Hill - Astrological Straits (IPEPAC, 2008)

Les musiques foutraques ont la fâcheuse tendance à tomber trop facilement dans la fosse commune des musiques éphémères une fois l’effet de l’étonnement digéré. En effet, combien de ces disques cache-cache, ou rien ne ressemble à rien, sont devenus l’ombre d’eux-mêmes , le goût intrigant de la nouveauté passé. Astrological aurait pu appartenir à cette caste des « sans lendemain » si son créateur n’avait pas su baliser son œuvre des preuves révélatrices de son ingéniosité. Méthodiquement bordélique, le dernier album de Zach Hill (entrevu comme batteur du groupe californien Hella et néanmoins grand batteur), derrière l’amusement sonore de façade, regorge de moments d’une extrême sensibilité qui font de ce dernier une expérience musicale bigarrée, à la fois haletante et touchante. Astrological est donc comme ses chambres d’adolescents qui, derrière l’apparente sérénité de leur porte, se font s’affronter dans un combat fratricide l’obligation d’appartenir à la caste des grands et rêves naïfs de rester un éternel enfant. Pourvus que Zach Hill soit tombé dans la fontaine de jouvence.

Benoît

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