Fairmont - Automaton

En octobre 2007 sortait Coloured In Memory (Border Community), premier LP de Jacob Fairley sous le patronyme de FairmontAutomaton, son éminent successeur, est disponible via la superstructure techno canadienne My Favorite Robot Records depuis le 12 novembre dernier. Cinq longues années émaillées de quelques EP - dont le très remarqué Velora (2011, Border Community) -, plusieurs collaborations et des centaines de lives aux quatre coins du globe. Une éternité donc, mais toute relative pour ce stakhanoviste du grand écart, entre background pop dévoyé et aspirations électroniques chevillées au corps. Et si certains gloseront sur les évolutions capillaires qu'induisent le poids des ans (lire), il n'empêche, celui que l'on a interviewé cet été (lire) - et qui soulignait l'importance de travailler avec un label qui encourage ses artistes à innover sans retenue - n'est, artistiquement du moins, plus le même. Entre son activité de DJ producteur/globe-trotter et son projet, partagé avec James Sayce (Tangiers), Bishop Morocco, une féconde schizophrénie s'est au fil du temps immiscée dans sa vision créative, au point de brutalement converger dans l'écriture de ce nouveau LP, patiemment mûri.

Entremêlant textures synthétiques et prétentions pop, fulgurances électroniques et arithmétique gutturale, Fairmont érige Automaton en agrégat de ses expériences multiples et de ses influences évolutives, avec des choses qui restent comme Aphex Twin et les Ramones. Creatures Of Night, le morceau introductif, résume d'ailleurs à merveille l'évanescente promenade noctambule à laquelle Fairmont convie l'auditeur : basse et claviers frivoles, textures alambiquées et vocalises vocodées rivalisent dans la conception de lignes mélodiques imparables et inclassables, prenant à la gorge tout soupçon de pastiche, de l'Américain Matthew Dear à l'écurie Italians Do It Better. Chatouillant les guibolles tout en épandant le langage du cœur, la polysémie indie-dance assumée d'Automaton trouve son origine dans un syncrétisme stylistique de chaque instant, où la machinerie rythmique sert le spleen ambiant (Waiting, Sara, Slowing Down) et où le formalisme couplet/refrain rajoute à l'emballement cardiaque (Alkaline, Old Ways). Monolithique bien que contrasté, Automaton s'écoute d'une traite, la tête scotchée aux étoiles (Last Dance), les bras ballants dans l’apesanteur (FateLibertine), le corps suintant d'infra-basses (Broken Glass, Tiny Diamonds). Si l'on reconnait entre toutes l'orfèvrerie dancefloor de Fairmont - les notes de synthétiseurs qui vrillent, les soubassements techno hypnotiques - Automaton ne ressemble à aucune des autres sorties de son géniteur, ce dernier redessinant élégamment les contours fuyants d'une nu-disco empreinte d'onirisme pop.

Audio

Tracklist

Fairmont, Automaton (My Favorite Robot Records, 2012)

01. Creatures of Night
02. Alkaline
03. Waiting
04. Old Ways
05. Sara
06. Last Dance
07. Fate
08. Broken Glass
09. Libertine
10. Tiny Diamonds
11. Slowing Down
12. Weird Friends (Beatport Exclusive)

Agenda

KILL THE DJ w/ FAIRMONT, CHLOE & IVAN SMAGGHE
Rex Club - 15 novembre 2012

Réservation / Event FB

Mixtape

Mixtape publiée le 20 juin 2012 à l'occasion de cette interview.

01. Fairmont – Crowbar

J’ai composé ce morceau il y a quelques mois, très rapidement en une après-midi. J’ai tout fait avec un DX100 que j’ai acheté ce jour-là. J’ai appris à m’en servir avec cette chanson.

This is a track I did a few months ago very quickly one afternoon. It’s all done on a DX100. I had bought it that day and got to know it through this song.

02. My Favorite Robot – Barricade

Des amis de Toronto. Des mecs très sympas qui font de la très bonne musique en ce moment.

These guys are friends of mine from Toronto. Very nice people making great music at the moment.

03. Undo – Motas De Polvo

Mon pote Undo de Barcelone. L’album est génial.

My man Undo from Barcelona. The whole album is great.

04. Daniel Avery – Movement (Andrew Weatherall Remix)

Dernière sortie de l’excellent label Throne Of Blood.

The latest on the very cool Throne Of Blood label.

05. Ricardo Tobar – Esoteric

Un de mes meilleurs amis. Ricardo est un musicien unique et une personne très spéciale.

One of my best friends. Ricardo’s a very special person and musician.


King Dude - Burning Daylight

Peut-être est-ce par réaction au déroutant succès populaire de l'ami des bêtes de la forêt, Bon Iver, auprès des blancs de classe moyenne, mais ces derniers mois ont connu une multiplication des chanteurs qui semblent jouer à celui qui aura le plus gros zob la voix la plus grave. King Dude est de ceux-là. Mais à la différence de pas mal de ses compères (Lescop, Fairmont, Matthew Dear...) il le fait avec une aisance et une audace plutôt remarquables, et surtout, pas sur des petits prouts électro-pop.

Il ne faut probablement pas prendre les intentions de King Dude trop au premier degré : on ne peut décemment pas appeler des morceaux Barbara AnneJesus In The Courtyard ou My Mother Was The Moon sans un petit sourire en coin (et rappelons aussi que King Dude s'appelle King Dude). Heureusement, c'est suffisamment bien fait et peu potache pour que l'auditeur n'ait pas l'impression que c'est de lui dont on se moque.

Certes, Burning Daylight, le nouvel album de King Dude, n'est pas exempt d'un certain maniérisme - ce qui semble être une constante chez les barytons. Par exemple, le chant a tendance à être un peu cartoonesque (I'm Cold), la guitare est parfois plus americana qu'americana (Barbara Anne) et les inflexions spooky (je donne un VHS de Suspiria à celui qui me trouve l'équivalent français) sonnent parfois un peu forcées (Lord I'm Coming Home). Mais mises à part ces quelques fautes de goût, Burning Daylight est une séduisante tentative de country apocalyptique, audacieuse et obstinée à se moquer de l'ère du temps.

Dans les meilleurs morceaux (le terrifiant single Holy Land, ou l'envoûtante ballade féminine My Mother Was The Moon), la rencontre qu'organise King Dude entre une country rugueuse et l'onirisme d'un psychédélisme eschatologique est très heureuse. Surtout lorsque sa voix évoque plus une entrevue au tattoo parlor de Nick Cave et de Lux Interior (Holy Land, Jesus In The Courtyard) qu'un dialogue sur fond vert du méchant de Docteur Gadget et de Dark Vador (Vision In Black). Si l'utilisation immodérée de la réverbération, de l'écho et du tremolo détournera les auditeurs les plus attachés au réalisme, elle enchantera les rêveurs tourmentés, les mélancoliques du désert, les cow-boys urbains, les amoureux solitaires, les fumeurs au cœur brisé, les romantiques à Wayfarer, les tendres bagarreurs, les rebelles fleur bleue, les hommes mal rasés aux cheveux brossés à l'arrière, les femmes à tignasse et jeans noirs... Je vous laisse compléter la liste.

Audio

Vidéo

Tracklist

King Dude - Burning Daylight (Dais Records, 2012)

1. Introduction
2. Holy Land
3. Barbara Anne
4. I'm Cold
5. Vision In Black
6. Jesus In The Courtyard
7. I Know You're Mine
8. My Mother Was The Moon
9. Lorraine
10. You Can Break My Heart
11. Lord, I'm Coming Home


Motorama - Calendar

Comme un signe du destin, certains artistes semblent venir hanter votre quotidien à des moments clés de votre existence. Réalité ou simple interprétation personnelle, vous êtes tentés d’assimiler chaque nouvelle parution de leur part à des évènements heureux ou tragiques, en tout état de cause, toujours marquants de votre vie. Le quatrième art est très certainement celui qui génère le plus d’émotions immédiates, qu’elles soient contrôlées ou non, la voie la plus rapide à l’identification, le vecteur le plus direct à l’accomplissement ou à l’autodestruction. Plaisir innocent ou révélateur de nos tendances masochistes, il démontre finalement que la marge entre ces deux états d’apparence si antagonistes est bien plus étroite qu’on pourrait le soupçonner.

2010 et 2011 furent des années riches, particulièrement intenses pour moi. Entre incommensurables bonheurs, déterminantes rencontres et splendides désillusions, elles demeureront les années des sentiments à fleur de peau, quasi décharnés, sans faux-fuyant ni compromis, les années des relations vraies, qu’elles soient jubilatoires ou terriblement douloureuses. Comme une évidence au milieu de ce tourbillon émotionnel est alors venu se déposer sur ma platine Alps, premier opus de Motorama, groupe originaire de Rostov, contrée dont j’ignorais jusqu’alors l’existence mais immédiatement édifiée au rang de terre bénite. Une bonne centaine d’écoutes et une divine prestation dans une salle lilloise bien trop petite pour contenir tant de talents plus tard, l’évidence s’est imposée : Vladimir Parshin et sa bande détenaient la recette secrète, celle qui conjugue passé et présent, celle qui allie Bristol à Manchester, Sarah à Factory, celle permettant la fusion des deux époques de The Wake en quelque sorte. L’avènement du groupe fédérateur par excellence. Une autoproduction rendant le précieux sésame rare, le système de duplication s’organise alors très vite. Comment résister au plaisir de partager cette œuvre profonde et mélancolique, comment résister au plaisir de partager sa propre existence avec autrui ? Car Alps, avec ses allures de classique des temps modernes, s’est intronisé avec une déconcertante aisance en à peine une année au panthéon de nos disques favoris, ceux-là même qui détiennent cet art ultime de l’introspection et du recueillement.

Comme un signe du destin, la tempête succédant à l’accalmie bat de nouveau son plein en ce mois de septembre 2012 lorsque j’apprends que le label bordelais Talitres (aux références plus que respectables, Maison-Neuve, Idaho ou encore The Apartments ayant trouvé refuge récemment au sein de cette institution) hébergera le second essai des jeunes et talentueux Russes. Voici un des groupes sinon LE groupe le plus prometteur de notre époque face à la véritable épreuve de vérité que représente le second album, montagne au pied de laquelle grand nombre d’espoirs trop vite élevés au rang de génies ont bien souvent laissé inspiration voire dignité. À ce jeu du « tant de choses à gagner mais infiniment plus à perdre », l’écoute de Calendar, sorti le 5 novembre, démontre l’intelligence du combo de Rostov. En effet, si le groupe semble de prime abord reprendre les choses exactement là où il les avait laissées deux ans plus tôt, quelques écoutes suffisent à apprécier le chemin parcouru depuis Alps et à transformer notre bonheur en félicité.

Mais comment diable de si jeunes gens peuvent-ils faire preuve d’autant de maturité artistique ? Alors qu’ils étaient déjà bien loin devant la meute des poursuivants, Calendar illustre leur inéluctable progression. Chaque instrument semble s’affirmer encore un peu plus tout en respectant cette implacable justesse rythmique caractérisant ce groupe au son clair si particulier. Image, alerte et enjoué, affiche en ouverture un groupe totalement décomplexé et sûr de sa virtuosité, les mélodies de guitares s’entremêlant dans un déferlement de notes distinctes que n’aurait pas renié un Johnny Marr à la recherche d’une petite sœur pour Girl Afraid ou Stil Ill. Cette affirmation manquait quelque peu au premier opus mais nous nous en accommodions parfaitement, faisant nôtre cette retenue. Cependant, le coup de maître de nos jeunes pousses est d’être parvenu à transcender cet état tout en conservant le caractère fragile et délicat de leurs compositions. Si White Light et ses ondulantes nappes de synthétiseur surfe sur la vague du morceau inaugural, To The South réinstaure l’invitation au voyage, thématique baudelairienne de prédilection du collectif avant que Rose In The Vase et surtout In Your Arms, véritable pierre angulaire de cet album, renforcent encore un peu plus cet état de contemplation et instaurent un sentiment d’apesanteur dont nous le savons pertinemment, il nous sera bien difficile d’effacer le souvenir. Car c’est un pas supplémentaire vers la perfection qui est atteint au travers  d’In Your Arms, délicate pièce convoquant entre autres à la Ceremony les fantômes de Brighter et des Field Mice. Motorama reprend alors sa course effrénée vers les sommets, Young River et Sometimes dévoilant un Vladimir Parshin aérien et relâché, nouvelle preuve d’une formation de plus en plus convaincue de ses capacités.  Si Two Stones pourrait faire figure d’inédit d’Interpol, tant la similitude du chant avec celui de Paul Banks est saisissante, il nous permet cependant de souligner à quel point la rigueur peut prendre toute sa dimension quand les aspects mélodiques, lyriques et surtout émotionnels ne sont pas occultés… et qu’il est tout à fait possible de véhiculer beaucoup plus d’émotions en short qu’en costume cintré. Mais que dire du « tinderstickien » During The Years avec son chant habité et sa rythmique saccadée, intrépide chevauchée sur laquelle le simple fait de remplacer les sons du clavier (imposant de justesse tout au long de cet album) par quelques cordes pourrait suffire à retranscrire la magie des plus belles compositions de l'ami Stuart et de ses acolytes. Ce morceau, tel un clin d’œil aux détracteurs des Russes jugés par certains constants dans la qualité mais ne sachant pas se renouveler, surprend par son audace et surtout ouvre de nouveaux horizons, forcément lointains, à cette jeunesse triomphante nous prouvant qu’avec Motorama, nous ne sommes très certainement pas au bout de nos surprises et de nos émerveillements.

« L’amitié parasite le jugement, je sais, laisse-moi te dire que l’inverse est vrai aussi » affirmait Pierre Bondu dans Mieux Que Personne, somptueuse réflexion introspective sur la connaissance de soi et des autres. L’interprétation que l’on donne aux évènements jalonnant nos vies ne peut bien évidemment être dénuée de subjectivité, de rencontres jugées fortuites, de hasards qualifiés d’improbables. Mais au final, il s’agit toujours de nous face à nos propres émotions et à la manière de les gérer. Les amis précieux, dans les bons comme les mauvais moments jugés déterminants, ne se distinguent alors pas par leurs avis tranchés et leur verbe haut mais par leur présence, leur action silencieuse et compréhensive emplie d’un soutien sans faille et réconfortant. Leur humilité les rend uniques à nos yeux, je les connais, je sais qui ils sont. Si Motorama pouvait être érigé au rang d’ami, il ferait indéniablement partie de cette caste de personnes, rares, se caractérisant par une immense classe dénuée du moindre esprit de prétention, ces mêmes personnes qui, en toutes circonstances, vous aident dans l’ombre à regarder vers la lumière, cette radieuse lumière qui, plus que jamais, se lève à l’est.

Vidéos

Tracklist

Motorama - Calendar (Talitres, 2012)

01. Image
02. White Light
03. To The South
04. Rose In The Vase
05. In Your Arms
06. Young River
07. Sometimes
08. Two Stones
09. Scars
10. During The Years


Black Marble – A Different Arrangement

Dire que nous piétinions d’impatience dans l’attente de la sortie de ce A Different Arrangement, premier LP du duo new-yorkais Black Marble (ex-Team Robespierre) relève d’un certain euphémisme, tant nous fûmes bluffés par la parfaite maîtrise et la rugosité d’un premier maxi (Weight Against The Door) incroyablement abouti. Nourris au post-punk et à la cold wave, Ty Kube et Chris Stewart nous livraient alors une poignée de titres d’une noirceur éreintante, et dont les troublants Pretender et Backwards ne pouvaient provoquer chez l’auditeur sensible à la scène corbac anglaise du début des eighties qu’une certaine fascination. Celle-ci étant appuyée par le magnifique clip du titre Backwards, réalisé par le cinéaste Timothy Fiore (quelques clips pour les Vivian Girls). Œuvre d’inspiration lynchienne, transpirant l’érotisme et les atmosphères lugubres. Une vidéo de toute beauté, mettant en exergue le climat funeste et strident du morceau et desservant de la plus belle manière qui soit la musique parfois étrange de Black Marble.

Alors s’il est clair qu’il serait facile de coller une étiquette sur la musique de notre duo en allant leur chercher des influences dans tout le répertoire cold des années Reagan et Thatcher, on s'intéressera plus à l’organisation des mélodies qui semble fonctionner à deux vitesses. D’une part, l’instrumental, entrelacs de bidouillage malingre d’électro lo-fi, de claquements de synthés vintage et de lignes de basse minimalistes et répétitives, de l’autre, une voix caverneuse, noyée dans les effets, semblant parfois ralentie afin de donner plus d’écho, le tout donnant un aspect lointain, un charme désuet et parfois morbide à cet ensemble cependant dynamique. Une association qui n’est pas sans rappeler les  expérimentations sonique d’un autre New-Yorkais, Blank Dogs (Cruel Summer). Mais si ce que Black Marble nous offrait sur son premier EP tournait accessoirement ses mélodies vers un certain renfrognement maladif, A Certain Arrangement apparaît lui comme bien plus lumineux, et des titres comme le single A Dreat Design ou encore le magnifique UK sont là pour nous le rappeler. D’autres comme Static puent la naphtaline (pour ne pas dire l’éther) et se présentent comme une invitation à jammer dans les cimetières. Après tout, les habitudes ont la vie dure.

Vous l’aurez donc compris, il est donc difficile de contourner cet album se présentant au final comme un pur monument de dark wave/cold wave à l’égal de ceux qui marquèrent notre enfance ou adolescence. Black Marble signe avec A Different Arrangement 11 titres à tiroirs sur lesquels le temps ne semble pas prendre prise à l’instar d’Unreleated, court bouquet final évoquant aussi bien Tangerine Dream que Cluster. Vivement la suite !

Vidéos

Tracklist

Black Marble - A Different Arrangement (Hardly Art, 2012)

1. Cruel Summer
2. MSQ No-Extra
3. A Great Design
4. A Different Arrangement
5. Limitations
6. UK
7. Static
8. Pretender
9. Last
10. Safe Minds
11. Unrelated


Dark Dark Dark - Who Needs Who

Si l'amour n'a pas pour habitude de prévenir lorsqu'il frappe à votre porte, on ferait tout pour le retenir...
Quand j'ai entendu pour la première fois Tell Me dans la playlist de septembre d'hartzine, mon cœur battait pour une fille sublime rencontrée lors d'un voyage quelques jours auparavant. Ce morceau résumait à lui seul toute la passion qui se déchaînait alors en moi et qui laisserait place peu à peu au souvenir.
Depuis j'ai écouté des dizaines de fois Tell Me, contemplant les larmes de condensation qui recouvrent la baie vitrée de mon appartement causées par la baisse effective des températures d'un automne assassin. À chaque fois je me suis laissé prendre au piège par ce refrain, quand les accords de piano suspendus à la voix d'Invie s'élancent à toute vitesse dans le vide. Tell Me est l'expression intacte du vertige causé par cette rencontre.


Pas besoin d'être bilingue pour comprendre ici le sens des mots dans la bouche d'Invie tant les intentions musicales sont maîtrisées : "Tried to be good, but I get tired, running around, trying to manage all that I want” chante Invie, "I want to live in a time when you cherished me" clame-t-elle dans le refrain...
Who Needs Who est un disque de rupture amoureuse, il raconte avec une sincérité éblouissante les regrets causés par la séparation début 2011 de la chanteuse Nona Marie Invie et du co-fondateur du groupe Marshall Lacount. Cinq mois auront été nécessaires pour prendre le temps de la réflexion avant d'enregistrer au début de l'année à la Nouvelle-Orléans cet écrin de pop sensible.

Dark Dark Dark n'est définitivement pas le nom approprié pour ce groupe folk de Minneapolis. La finesse de leurs compositions sont de véritables diamants bruts qu'on chérira longtemps pour leur éclatante lumière.

À part Last Time I Saw Joe, morceau anecdotique au milieu de ce chef-d’œuvre, on retiendra tout.
Parfois ponctué dans les breaks par des trompettes ou de l'accordéon savamment dosés comme sur un disque de Sufjan Stevens, le piano donne la gravité en habillant chaque composition comme un flacon contenant le parfait élixir d'amour.

Le single Daydreaming annonçait déjà cette sincérité bouleversante sur le précédent album, et les réalisateurs de Grey's Anatomy qui l'avaient utilisé dans la saison 7 trouveront dans Who Needs Who une matière de premier choix pour leur série à l'eau de rose comme je viens de le faire pour cette chronique...

Dark Dark Dark sera à Paris le 2 décembre sur la scène de la Maroquinerie et je serai au premier rang pour écouter Tell Me.



If love doesn't have the habit to warn you before it knocks on your door, we'd do anything to make it stay, though.
When I first heard
Tell Me on Hartzine's september mixtape, my heart was painfully beating for a gorgeous girl I had met in a trip a couple of days before. That song seemed to catch the storm of passion that was tearing my guts appart, but which would soon just become a memory.
Since, I listened to
Tell Me dozens of times, gazing at the air turning into teardrops on my flat's window, as the consequence of the aching cooling of the atmosphere, since the arrival of that violent autumn. Each time, I let myself get tricked by that chorus, when those piano chords, hanged underneath Invie's voice, are furiously drawn toward the edge. Tell Me is the untouched expression of the vertigo caused by my encounter with the aforementioned girl.
No need to know English to get the meanings of what comes out of Invie's mouth, the intention of the melody speaks for itself: "
Tried to be good, but I get tired, running around, / Trying to manage all that I want. / I want to live in a time when you cherished me." she sings in the chorus.
Who Needs Who is a heartbreak record. Driven by a dazzling sincerity, it deals with the regrets created by the breaking up in 2011 between singer Nona Marie Invie and the band's co-founder Marshall Lacount. It took five months just to think about to do then, before the band went to the New Orleans to record that sensitive piece of pop music.
Dark Dark Dark is a strange name for such a folk band from Minneapolis. The delicacy of the songwriting creates pure and rough diamonds that will be cherished for a long time, thanks to their dazzling light.
If
Last time I Saw Joe is a weak song, it's the only one on that masterpiece, in which all the other tracks can't be forgotten.
Sometimes joined by some trumpet or accordion, smartly used, in a very restraint and elegant way, like Sufjan Stevens would do, the piano adds solemnity and turns each song into the most perfect elixir of love.
On the previous record,
Daydreaming suggested that Dark Dark Dark's moving sincerity could give birth to some beautiful music. Grey's Anatomy's fans, who enjoyed that single in the seventh season, should run towards Who Needs Who: this is top notch soundtrack for that TV show as mushy as this review.
Dark Dark Dark will play in Paris December 2 at La Maroquinerie, and I shall be on the front row, heart-banging on
Tell Me.

Vidéos

Tracklist

Dark Dark Dark - Who Needs Who - (Supply & Demand Music, 2012)

1. Who Needs Who
2. Tell Me
3. Last Time I Saw Joe
4. Patsy Cline
5. Without You
6. How It When Down
7. It's A Secret
8. Hear Me
9. Meet In The Dark


Blackfeet Braves - Blackfeet Braves

Il y a des disques qui se laissent désirer. Pas de manière dramatique et sans réelle impatience. C’est une autre forme d’attente, plus inégale et plus insoupçonnée : le souvenir revient de temps en temps dans les mémoires, ces disques en puissance font surface ponctuellement comme autant de promesses jamais accomplies, autant de pâles désirs irrésolus. Le premier disque des Blackfeet Braves faisait partie de la race de ces albums attendus.
Attendus de qui ? Pas grand monde à vrai dire. Une poignée de connaisseurs, toujours les mêmes, qui recherchent et qui creusent les méandres d’internet pour trouver ce qui se fait de meilleur et de plus insoupçonné. Ils se connaissent entre eux et ils s’aiguillent, forment un réseau de pisteurs inlassables et fiers. Il est utile d’être ami avec un ou deux de ces chercheurs d’or car sans eux, inutile de dire que cette chronique n’aurait jamais vu le jour.

La fable commence donc il y a plusieurs mois. Il était une fois un lien bandcamp découvert au hasard où les Blackfeet Braves, groupe presque anonyme de San Diego, dévoilaient une série de démos fascinantes. Tout en cuir et fils dorés, des chansons solaires semblaient se traîner dans la poussière d’arrangements lo-fi, dessinant un garage blanc aux reflets psychédéliques et marbré de blues résigné. Cloud Nine, première piste sur la liste, retenait alors particulièrement l’attention avec sa tristesse de western et la beauté simple de la voix réverbérée. Le reste semblaient encore inachevé, mal mixé et grossier comme le chef-d’œuvre d’une statue en attente d’être sculptée. Rien pourtant pour indiquer si un jour l’objet final verrait le jour.
Il y eut alors de l’attente et le groupe fut même parfois oublié. Et puis la rentrée apporta son lot de bonnes surprises puisque ce premier disque parut. Les longues périodes d’expectatives furent alors entièrement pardonnées : dans la nouvelle version du LP, les chansons semblaient véritablement renaître à la faveur d’une production épurée et équilibrée, sans fausses notes. À l’écoute, des paysages désertiques venaient à l’esprit (jaunes et gris comme ceux de la pochette), partout l’excitation et la résignation semblaient se combiner. C’était un disque déjà sans âge car s’il semblait très moderne dans son discours, il était cependant impossible de le décrire en utilisant un présent de l’indicatif. L’imparfait, avec sa chaleur suspendue, correspondait mieux à la douceur aigre d’une chanson comme Vicious Cycle, par exemple.
La fable ne se clôt pas réellement avec l’avènement de ce tout petit miracle. Elle se termine en fait par une dernière recommandation, ou plutôt une prière. Car si l’attente demande de la reconnaissance et d’être estimée comme un trésor, ce disque n’est pas beau parce qu’il a été attendu et choyé. Il est beau car il a la teneur de ces objets inépuisables. Il doit désormais vivre dans le présent et mérite d’être écouté au-delà du cercle de ses admirateurs. Il faut qu’il soit écouté.

Audio

Tracklist

Blackfeet Braves - Blackfeet Braves (unsigned, 2012)

1. Mystic Rabbit
2. Trippin Like I Do
3. Open Up Your Heart
4. Misery Loves Company
5. Please Let Me Know
6. Dockweiler
7. Oh So Fine
8. Cloud Nine
9. Stranger Lovers
10. Hangin' Round
11. Vicious Cycle
12. Hugh n' Dry


Don Cash - City

Les rappeurs canadiens cultivent souvent un complexe d’infériorité légitime envers leurs homologues américains. Naître dans un pays qui est la copie d’un autre (mais a pourtant réussi à éviter les pires travers culturels de son modèle) est sans doute un climat néfaste pour quiconque tente de composer de la musique hip-hop. Une petite exception semble avoir émergé en cette année 2012 puisque le disque City de Don Cash est un album plutôt réussi. Sa richesse sonique, ses trouvailles musicales et sa vocation pop en font même un objet assez irrésistible. En d’autres termes, Don Cash s’est servi du dynamisme joyeux de Toronto pour créer un hip-hop dansant et léger, synthétique et moite à la fois.

Concentré d’électro rétro, de beats inspirés des années 1980, les boîtes à rythme de cet album dessinent des détours funky aux allures tantôt contemporaines, tantôt vintage. Mais ne nous leurrons pas : lorsqu’une chronique abuse des termes « rétro » et « vintage » dans une seule phrase, c’est souvent la preuve que le sujet critiqué mérite cette accumulation de qualificatifs pauvres et vagues. De fait, Don Cash est un artiste talentueux mais sans génie et City est un disque peu novateur malgré des titres formellement enthousiasmants.

L’influence de Jay-Z est par exemple patente. Plus généralement, le flow du Canadien et les instrumentations qu’il affectionne rappellent souvent ce que d’autres ont fait en mieux. Big City souffre également d’un certain opportunisme musical : le disque grouille de références, de collages astucieux, mais il n’y a pas comme chez par exemple Theophilius London (avec qui les ressemblances sont également permises), cette élégante façon de plaire sans se complaire dans un panaché de sons à la mode.

Ces remarques ne doivent cependant pas cacher les qualités sensibles de ce disque qui mériterait d’être écouté en boucle cet été ! Il y a en effet de très bonnes chansons. Avec ses chœurs d’enfants et son allure robotique, We Got This est ainsi un titre coloré et ondulant ; d’autres se distinguent également tel que Juice, morceau final joliment emphatique. Il serait ainsi dommage de ne pas utiliser ces hymnes éphémères pour consommer intensément l’ambiance des grandes villes.

Audio

Tracklist

Don Cash - City (2012)

01. We Got This
02. $ Rulez
03. All In
04. I Got 500 On It
05. Game Video
06. Models And Cars
07. Young G's Coming Up
08. Bumper Sticker
09. Tall Tales Of Europe
10. City
11. Marisol In Aerosol
12. Juice


Adele & Glenn - Carrington Street

Adele Pickvance, bassiste, Glenn Thompson, batteur. Une section rythmique, certes, mais sous la houlette de deux orfèvres au sein de la dernière formation en date des illustres Go-Betweens. Deux musiciens ayant fait partie intégrante du retour au premier plan de ce groupe aux deux périodes aussi réussies l'une que l'autre... Jusqu'au drame, ce jour de mai 2006 où Grant McLennan est retrouvé mort dans sa demeure de Brisbane ce qui (re)dissocie le duo magique qu'il formait avec Robert Forster mais cette fois-ci pour l'éternité, scellant définitivement l'existence du mirifique collectif australien. Hériter et repartir, ainsi donc s'inscrit la problématique Adele & Glenn : quelle orientation donner à sa carrière musicale lorsqu'on a eu la chance d'évoluer au sein d'un des plus grands groupes pop de ces trente dernières années emmené par deux compositeurs au talent et à la sensibilité incomparables ? Faire abstraction de son nom de famille peut-il suffire à effacer le lourd fardeau qu'un tel héritage peut engendrer ?

Autant de questions que le duo, finalement, semble s'être refusé de se poser. Car l'intelligence des deux comparses réside en  premier lieu dans le fait de s’accepter musicalement, de ne pas renier les valeurs transmises par leurs ex-compagnons de route mais de les magnifier à leur manière, avec leurs propres armes. C’est en effet une extrême simplicité, au sens le plus noble du terme, emprunte d’une certaine humilité, qui émane des premières écoutes de Carrington Street, essai inaugural du groupe, sorti chez Glitterhouse Records le 27 août. Rien de hasardeux dans tout cela tant les deux musiciens se sont donnés le temps de faire mûrir ce projet durant plusieurs années, de peaufiner ces dix compositions aussi éclectiques qu’authentiques.

C'est bien un véritable exercice de style qui nous est proposé tout au long de ce délectable opus : l’introductif I Dreamt I Was A Sparrow  et sa ligne de basse bondissante soutenue par la douce voix d'Adele Pickvance insuffle immédiatement un vent de douce folie et de légèreté, fil conducteur de cet album aux orientations riches et variées. Car si ce premier morceau lorgne sans vergogne du côté de Crowded House, autre représentant de la grandeur pop océanienne qui ne cesse de nous émerveiller depuis plus de trente ans, le ton adopté change ensuite au gré des morceaux, mettant ainsi en scène la capacité du duo à jouer avec les genres sans jamais cependant tomber dans la caricature. De l’émouvante ballade Auntie Nelly avec son piano chatoyant et son orchestration tout en crescendo en passant par le très jazzy Tomorrow Today, les singularités s'enchaînent, entraînant un déferlement de petites pépites toutes plus originales les unes que les autres. Alors que Rescue avec ses airs de démo tout droit sortie de 16 Lover’s Lane ranime la flamme affective et rend un hommage d’une rare justesse au groupe de Brisbane, Remembering Names en forme d’inédit de Teenage Fanclub totalement assumé, chœurs ensoleillés et guitare soyeuse à l'appui, joue la carte du petit hymne et envoie un énormissime clin d’œil en direction de l’Écosse, cette autre terre bénie de la pop. Une œuvre décidément évocatrice du nord du Royaume-Uni, tant au travers du somptueux Grey Suits, petite pièce en forme de chef-d’œuvre atemporel, c’est surtout à la bande de Stuart Murdoch que nous sommes tentés de faire référence. En effet, ce morceau  aurait pu être l’œuvre d’un Belle & Sebastian perdu quelque part entre ses périodes Jeepster et Rough Trade mais capable d’éradiquer toute maladresse volontaire dans le chant, la production ou l’orchestration  tout en gardant un côté authentique et sincère, virage que n’est pas parvenu à négocier en son temps le leader du groupe de Glasgow.

Œuvre au caractère kaléidoscopique d'une rare pureté mélangeant pop, rock et folk voire country comme sur ce Happiness hanté par la présence de John Fogerty, où ces voix féminines et masculines soutenues par un harmonica s’entremêlent avec grâce, Carrington Street n’en demeure pas moins un disque évocateur d’une certaine cohérence, les différents morceaux le composant se distinguant au final plus par leur complémentarité que par leur différence. Adele & Glenn sont parvenus avec subtilité à faire de leur héritage une réelle richesse afin d’offrir un album inaugural chaleureux et sans simulacres. Devoir de mémoire ? « I'll dive for your memory », assurément, sans aucune concession.

Vidéo

Tracklist

Adele & Glenn - Carrington Street (Glitterhouse Records, 2012)

1. I Dreamt I Was A Sparrow
2. Tunnels
3. Tomorrow Today
4. Grey Suits
5. Auntie Nelly
6. Rescue
7. Remembering Names
8. City Of Sound
9. Happiness
10. Earthly Air


Jeans Wilder - Totally

Andrew Caddick est le type même de personne reflétant sa musique en creux de sa personnalité. Ainsi Jeans Wilder - patronyme né d'un jeu de mot s'amusant de Gene Wilder, l'acteur - n'est pas un autre "moi" d'Andrew, mais bien la décalcomanie minutieuse d'une sensibilité entremêlant, dans le fond de ses yeux bleutés, romantisme, flegme et pessimisme. Une nonchalance parfois bousculée - lui qui n'hésita pas à vendre sa bagnole, histoire de traverser l'Atlantique et d'entamer une tournée aussi chaotique que mémorable - mais largement signifiée par sa patiente discographie. À l'heure des réflexes diarrhéiques de nombre de ses congénères n’échafaudant leur existence que par leur présence continue sur le net, Andrew adopte un rythme de croisière de presque deux années entre chaque album, Nice Trash (lire), co-édité par La Station Radar & Atelier Ciseaux, ayant vu le jour en décembre 2010, quand Totally, via Everloving, est disponible depuis le 28 juin dernier. Entre temps, Andrew fit grâce d'un silence besogneux, partagé entre la gestion d'un restaurant, chez lui, à San Diego, et la conception de ce dernier disque, imaginé tel un prolongement logique et inéluctable de Nice Trash. Dans un entretien à l'occasion de la sortie de celui-ci (lire), Andrew remarquait que si le début de son projet était "très "Jana Hunteresquement" sombre et folk", son univers musical actuel était le fruit d'une rencontre entre "doowop et Beach Boys". Une assertion pouvant se prêter à merveille pour contextualiser Totally, effeuillant une intimité mise à nue sous fond d'ambiances délicieusement surannées, et débutant son odyssée sur une plage de la côte ouest, entre le crépitement d'un feu de camp et le flux et reflux de vagues paresseuses. Mise en bouche les pieds dans l'eau, Blue Dream invite à l'écoute lascive de Gravity Bong et Maple Bars, comptines étirant le chant d'Andrew sur un mélancolique continuum atmosphérique tantôt transpercé de toussotements, tantôt agrémenté d'aboiements. Le rythme s'imprime, yeux mi-clos, pour se disloquer brusquement, le temps d'une triade détonante où l'on sent battre à tout rompre le cœur épris du jeune homme : Sunroof plonge dans un tintamarre cadencé d'applaudissements, Dog Years instigue une verve hard-fi percluse de distorsions quand Limeade dresse un bréviaire surf-pop addictif soutirant à Totally tout soupçon de redite fainéante. Celle notamment que Spanish Tile aurait pu aider à ourdir et ce, malgré sa délicate instrumentation. Plus intimistes, Slow Bum et Chloride semblent célébrer la moiteur des nuits estivales, entre effloraison chill-wave et épure folk lo-fi, tandis que Daisy, conclut l'album sur une complainte amoureuse, non dépourvue d’ululements lymphatiques. Loin d'être un simple générique de Nice Trash, à posologie équivalente, Totally s'avère être l'un des opiacés actuels les plus efficaces à prescrire contre les crises d’anxiété. Sans effets indésirables, totalement légal. 

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Tracklisting

Jeans Wilder - Totally (Everloving, 2012)

01. Blue Dream
02. Gravity Bong
03. Maple Bars
04. Sunroof
05. Dog Years
06. Limeade
07. Evaporated
08. Spanish Tile
09. Slow Burn
10. Chloride
11. Daisy


Parenthetical Girls - Sympathy For Spastics

Zac Pennington, maître dandy déluré à collants dorés du quatuor Parenthetical Girls, est de retour avec Sympathy For Spastics, le quatrième opus de l'épique feuilleton musical Privilege, un fascinant numéro d'équilibriste pop qui, en quatre morceaux seulement, démontre une virtuosité fébrile, entre pastiche folk et ballade, hommage aux classiques et autres fascinantes curiosités sonores, et le tout baigné de rancœur cynique.

The Privilege ouvre à nouveau le bal du morbide (thème assurément chéri par Pennington) en orchestrant d'inquiétants synthétiseurs, drums sinistres et clavecins gothiques, un univers créé sur mesure et où se dessinent vies ratées et tragédies familiales, et les silhouettes fragiles de figures féminines rompues et autres résignations pathétiques : "I know your heart's not really in it, I'll just keep hanging for the privilège". Au contraire, A Note To Self est une véritable contrefaçon pop où les guitares acoustiques s'affolent, faussement joyeuses et à bout de cordes, dans un tourbillon rythmique entraînant, et où un Pennington un peu aigri fait la part belle à l'auto-dénigrement ("round of applause and self-sabotage") et aux ratés de la vie ( "Walk toward the light, I know you think we've failed at life…").

Alors que Entitlements affiche une admiration effrontée pour les lignes de basse made in New Order, Sympathy For Spastics conclue l'acte IV de Privilege avec une ballade à la Morrissey, où piano et violon s'entrelacent avec le chant intense d'un Pennington tour à tour crooner, révolté, cinglé et poignant. Le mégalomane perfectionniste ne s'essouffle pas.

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Parenthetical Girls - Entitlements

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Tracklist

Parenthetical Girls, Sympathy For Spastics (Slender Means Society, 2011)

1. The Privilege
2. A Note to Self
3. Entitlements
4. Sympathy For Spastics