Braids - Flourish // Perish

Basiquement, avant l'année 2013 et la sortie des seconds albums respectifs de Blue Hawaii et Braids, il convenait de dire que le premier s'inscrivait tel le projet le plus électronique de l'hyperactive Raphaelle Standell-Preston, tandis que l'autre représentait son versant plus pop. Mais ça c'était avant la parution en mars d'Untogether du duo composé de la Canadienne et d'Alexander Cowan - officiant par ailleurs à son compte sous le patronyme d'Agor -, mais aussi et surtout, avant la co-réalisation par les trois labels Arbutus Records, Full Time Hobby et Flemish Eye du nouveau LP de Braids, Flourish // Perish, ce 19 août 2013, brouillant irrémédiablement des frontières déjà peu étanches. Car si la patine électronique reste à peu de chose près la même s'agissant des conjectures musicales de Blue Hawaii, et ce dans le bruissement d'une IDM tintinnabulante, le glissement est d'autant plus flagrant pour celles de Braids, plantant le décorum de sa dizaine de compositions dream-pop en plein havre stratosphérique, où les caresses vespérales entonnées par Raphaelle Standell-Preston gravitent dans les limbes kaléidoscopiques et délicates imaginées par Austin Tufts et Taylor Smith, aux contreforts rythmiques idoines, à la fois ciselés (Victoria, Together) et ascensionnels (Fruend, Ebben), carénés de textures fluides et graciles, voluptueusement produites par Harris Newman. Amputé depuis mai du départ de la claviériste Katie Lee, très impliquée dans la nouvelle direction artistique impulsée, substituant aux guitares de pénétrantes nappes de synthétiseurs, le quatuor devenu trio, originaire de Calgary et formé sur les bancs de l'université, s'est retrouvé à Montréal pour accoucher du successeur de Native Speaker - paru en 2011 via Flemish Eye et Kanine Records -, quelques mois seulement après avoir collaboré avec le producteur techno irlandais Max Cooper à l'occasion de son EP, Conditions One (lire). Défloré fin avril par le biais de l'abyssal 12" EP In Kind / Amends, Flourish // Perish témoigne sur son entièreté d'une grâce élégiaque, parsemée d'aspérités soniques et d'arrangements se jouant sans filet de la haute voltige, réceptionnant avec un savoir-faire troublant de maturité et d'ingéniosité les acrobaties vocales et aériennes de Raphaelle Standell-Preston. La dentelle ouvragée d'Amends reste sans équivalent, mises à part les premières échappées solitaires de Björk, le velours côtelé de Juniper est inestimable quand la respiration d'In Kind, nébuleuse et labyrinthique, se fait vitale. La prouesse est de taille d'autant qu'elle se dénoue à la faveur d'un paradoxe sur lequel nombreux sont ceux à s'être brisé les mâchoires, à savoir avoir réussi à conserver la teneur hautement émotionnelle de leur musique et ce malgré le filtre potentiellement déshumanisant des machines employées.

Vidéo

http://youtu.be/_Xk-s4fCCwc

Tracklist

Braids - Flourish // Perish
Braids - Flourish // Perish (Arbutus Records, Full Time Hobby, Flemish Eye, 19 août 2013)

1. Victoria
2. Fruend
3. December
4. Hossak
5. Girl
6. Together
7. Ebben
8. Amends
9. Juniper
10. In Kind


Parquet Courts - Light Up Gold

À la réception de Light Up Gold, premier véritable album des Américains de Parquet Courts - après un American Specialities de 2012 passé relativement inaperçu, en premier lieu à cause d'une distribution absente et d'un support cassette - on espère d'abord qu'à l'instar des craquinettes, le meilleur est à l'intérieur. Non pas qu'on ait une dent contre le rodéo et le jaune moutarde, mais tout de même, à la vue de l'artwork, rien de très élégant, rien de très urbain de prime abord. Mais heureusement, dès l'introductive Master of My Craft, nos inquiétudes sont balayées par un bon coup de Converse. Car en dépit de l'origine de ses deux têtes pensantes, le quatuor n'a rien d'une bande de cul-terreux texans : la petite troupe transpire New-York, tout du moins en ce qui concerne l'attitude. On comprend assez vite qu'on a à faire ici à une joyeuse équipe de slackers, dont la principale ambition sera de balancer sans complexes une succession de petites bombes corrosives, lardées de riffs tranchants et saupoudrées d'un chant je-m'en-foutiste à souhait. Rien de neuf sous le soleil, me direz-vous. En effet, on est loin du Think Tank aux ambitions avant-gardistes. Mais ces garçons ont un talent indéniable pour trousser et expédier ces hymnes dégingandés et rageurs à toute berzingue, propulsés par une énergie juvénile qui, si elle n'est peut-être déjà plus de leur âge, prouve au moins que ces garçons n'ont rien perdu de leur fraîcheur originelle. On n'est pas complètement étonnés non plus de la qualité de ces compositions : Andrew Savage, l'un des leaders et voix de Parquet Courts, nous avait déjà enchantés en 2011 avec Unlearn, premier et excellent album de Fergus & Geronimo, qui présentait déjà certaines de ces heureuses caractéristiques. Mais dans ce nouveau giron de Parquet Courts, tous les éléments semblent... catalysés. On pense bien sûr aux Feelies pour l'urgence adolescente, l'humour, la simplicité, et à Pavement pour le côté laid back, lo-fi, et un certain art de la dissonance, notamment sur N Dakota. On pense aussi beaucoup à Eddie Argos et sa troupe d'Art Brut à l'écoute du phrasé singulier de Savage, sorte de scansion en courant alternatif, avec une propension à faire un slogan d'à peu près n'importe quoi, et en définitive assez irrésistible. Ainsi, bien qu'ancrés dans une école new-yorkaise dont la figure tutélaire pourrait être, sans surprise, Television, les titres de Parquet Courts sont comme par magie mâtinés d'un esprit british du plus bel effet, pour un mélange des saveurs aussi rafraichissant que pimenté. Sorti depuis déjà quelques mois par le groupe, mais idéalement distribué chez nous en ce début d'été, Light Up Gold est une vrai réussite qui se prête magnifiquement à une saison électrique et ensoleillée, gorgée de chaleur et d'apéritifs en tous genres. Parquet Courts, Top of The Pops!

Audio

Tracklist

Parquet Courts - Light Up Gold (What's Your Rupture?/Mom & Pop/PIAS, 2013)

1. Master of My Craft
2. Borrowed Time
3. Donuts Only
4. Yr No Stoner
5. Yonder is Closer to the Heart
6. Careers in Combat
7. Light Up Gold I
8. Light Up Gold II
9. N Dakota
10. Stoned and Starving
11. No Ideas
12. Caster of Worthless Spells
13. Disney P.T.
14. Tears O Plenty
15. Picture of Health


Fuck Buttons - Slow Focus

Slow Focus ou quand l’œil fait le point et s’accommode lentement à son environnement immédiat. Procédant de multiples contextes, dont le plus récurent et partagé de tous - entre réveil chaotique, mine grise et bouche pâteuse -, cette inflexion du cristallin, assurant la convergence des rayons lumineux sur la rétine, est relativement fréquente lors d'un passage brutal entre clarté et obscurité. Et inversement. D'un lascif émerveillement, drapé de sommeil, à la prise de conscience laborieuse et nécessaire, ce phénomène visuel - auréolé depuis la nuit des temps par cette dimension philosophique conférée par le récit platonicien du mythe de la caverne -, vient de trouver avec le troisième album des Anglais de Fuck Buttons une double mise en perspective, à la fois sonique et orgasmique. De leur propre aveu, "on se sent comme au réveil, lorsque l'on ouvre les yeux et qu'on prend conscience d'être dans un endroit inhabituel et pas particulièrement accueillant." À paraître le 22 juillet prochain sur ATP Recording, Slow Focus conjugue ainsi métaphore biologique et expérience sensorielle sur les bases d'un savoir-faire bruitiste, à la frontière de la noise et de l'électronique, déjà éprouvé sur les deux précédents - et anthologiques - albums que sont Street Horsing (2008) et Tarot Sport (2009). Formé en 2004 par Andrew Hung et Benjamin Power, le duo subjugue dès ses premiers EP, entremêlant, au sein de ses textures instrumentales agressions drone et embardées mélodiques, hypnotisant sur la durée n'importe quel fanatique comptant dans son hagiographie des groupes aussi divers que les Yellow Swans, Ministry, My Bloody Valentine, Prurient, Spacemen 3 ou Black Dice. Sans vraiment jamais ressembler à quiconque, sans pour autant utiliser un matériel démentiellement technique pour ériger ses assourdissantes cathédrales - fatras de pédales d'effets, de boîtes à rythme, de synthétiseurs d'occasion et de micros déformants -, Fuck Buttons se trouve rapidement d'illustres protecteurs que les producteurs de ses premiers albums symbolisent : John Cummings - guitariste de Mogwai - pour Street Horsing et Andrew Weatherall - moitié du duo IDM Two Lone Swordsmen - pour Tarot Sport. Soit les deux faces stylistiques d'une même pièce pour un groupe en perpétuelle évolution quant à la formalisation de ses idées. Se nourrissant pour ce faire d'une accumulation sans pareille d'intenses prestations scéniques, doublées d'échappées solitaires dans des projets parallèles - Blank Mass pour l'un, Dawn Hunger pour l'autre -, et désormais désireux d'exprimer l'ampleur de celles-ci par le seul dialogue créatif inhérent au duo, Slow Focus a été méticuleusement autoproduit durant quatre années, les deux natifs de Bristol canalisant dans leur home studio la violence crue émanant de leurs instruments en un climax jubilatoire, transperçant d'une traite - comprendre, sans aucune pause - l’entièreté du LP. S'imposant tel un véritable chef-d’œuvre intime et mutant, confondant l'ADN rave et noise de leurs sept morceaux dans une même hybridation à la lisière de la pop, et balayant d'un revers de manche les fadaises réconfortantes du moment - de Daft Punk à Boards of Canada -, Slow Focus déborde déjà, à l'heure des prémisses, de son lit d'initiés, chatouillant la curiosité d'un public plus large, presque contre son gré, inconsciemment obnubilé par le très chaloupé The Red Wing aux beats élastiques - single par ailleurs marketé en radio edit et transposé à l'image par Andrew Hung lui-même filmant la chorégraphe et danseuse Jacqueline Mitchell. Et si ce dernier constitue sans conteste le nouveau Surf Solar - thème ressassé à merci de Tarot Sport -, Brainfreeze écarte, de par son introduction dévastatrice en deux temps et sa superposition rythmique abrasive, toute inquiétude quant au potentiel pyrotechnique de l'album. D'entrée de jeu, on sent la lame caresser l'aorte dans un déluge inflexible et claustrophobe, l'étreinte ne se desserrant aucunement à l'aube d'un elliptique Year of the Dog évidée de toute métrique. Loin de l'avanie, et tandis que Sentients et Prince's Prize obtiennent le prix du concassage en règle, un trouble halo mélodique dardé de sinusoïdes emphatiques enveloppant leur implacable marche, Stalker révèle une ode progressive et ascensionnelle vers un paradis synthétique que ne renierait aucunement Stuart Braithwaite s'il ne s'adonnait pas exclusivement à la guitare et au piano - à 6'42 les étoiles scintillent. Hidden XS ne faisant que grossir le trait de cette maturité nouvelle, délaissant l'apocalypse tempétueuse pour s'enquérir d'une mélancolie explosant de mille feux, Slow Focus n'a de cesse de résonner : à ce tarif, la mise au point risque l'éternité.

Audio

Vidéo

http://www.youtube.com/watch?v=EBvEKq1thIw

Tracklist

Fuck Buttons - Slow Focus (ATP Recordings, 22 juillet 2013)

01. Brainfreeze
02. Year of the Dog
03. The Red Wing
04. Sentients
05. Prince’s Prize
06. Stalker
07. Hidden XS


Orval Carlos Sibelius - Super Forma

Est-il acceptable à notre époque de rendre une chronique musicale avec près d'un mois de retard ? Certes non car désormais le temps presse, tout va désormais plus vite, tout va désormais si vite. Cependant, par-delà les excuses, bien légitimes, que j'adresse à mon employeur adoré, je tiens, sans pour autant chercher à me disculper, à légitimer quelque peu cet écart calendaire. Ce retard est en très grande partie imputable à cette œuvre avec laquelle je me suis de prime abord innocemment et gentiment acoquiné jusqu'à ce que les liens nous unissant tournent littéralement à l'obsession. Car accepter de pénétrer dans les entrailles de Super Forma, nouveau super (long) format d'Orval Carlos Sibelius revient à renoncer à toute vision simpliste de l'analyse critique, le principal questionnement n'étant plus de se demander si nous sommes en présence d'un bon ou d’un mauvais disque mais bien d’une œuvre majeure ou d’une œuvre indispensable. Et vous m’accorderez aisément que ce genre d’interrogations, si rare et si précieuse, est susceptible de perturber au plus haut point n’importe quel véritable amoureux du quatrième art partageant la vision de l’ami Friedrich qui affirmait il y a déjà bien plus d’un siècle que sans la musique, la vie serait une erreur.

Car le temps devient une notion somme toute relative à l’écoute de ce nouvel essai d’Axel Monneau composé sous ce nom si hétéroclite qu'il en devient révélateur. En effet, ce qui le rend si particulier, c'est qu'il parvient à rendre atemporelle une musique composée à tous les temps. Œuvre certes kaléidoscopique puisant ses racines à la source du plus pur psychédélisme sixties, cet opus n'en dévoile pas moins peu à peu une problématique bien plus riche et complexe qu'elle n'y paraît. Si ce phénomène décidément bien à la Mods tendant à lorgner respectueusement du côté des illustres aînés ne peut être ici occulté, la force de Super Forma est d'y ajouter un bon quintal d'audace et d'ingéniosité lui permettant non pas de réécrire l'Histoire mais d'y ajouter un nouveau chapitre. Dans un genre similaire, si nous avions pu récemment trouver plaisant l'essai de Jacco Gardner, force est de constater qu'après s'être délecté de Super Forma, le Cabinet of Curiosities du Flying Dutchman, nous paraissant soudainement on ne peut plus prévisible, semble désormais voler au ras des tulipes.

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Si Sonho de Songes, tel un rêve éveillé, annonce de la plus belle des manières la Chevauchée Nocturne et le Lever de Soleil, la suite n'en sera que plus somptueuse, cultivant ce sentiment de clair-obscur où tour à tour, ombres célestes et lumineuses fulgurances viendront s'entremêler en plein cœur de ce road-movie sans âge. De cinéma, il est d'ailleurs question tant Super Forma, au gré des écoutes, nous invite à mettre en image nos propres obsessions comme sur Super Data, instrumental d'un classicisme renversant lorgnant du côté d'Ennio Morricone et François Deroubaix, ravivant toute cette filmographie d'Henri Verneuil et autre José Giovanni ayant bercé notre enfance. Projectionniste de profession, Axel Monneau parvient ainsi à mélanger les arts avec justesse et à-propos. Et les époques également. En témoigne le majestueux Spinning Round et sa pop psychédélique diablement moderne, flirt improbable, excusez du peu, entre John Cunningham et The New Lines sous l'oeil approbateur de Blur en pleine session d'enregistrement au Maroc de Think Tank (laboratoire d'idées, tiens tiens...). Et que dire de Desintegração jonglant avec les folies douces de Kevin Ayers et Steve Marriott et la virtuosité des Byrds tandis qu'Asteroids, météore à tendance surf-rock de moins de trois minutes dans la plus pure tradition West Coast invite les fantômes des Trashmen en plein film de Georges Lautner. Nulle question de se fâcher, bien au contraire. Et le jeu des émotions ne cesse de s'accélérer, du délicat et calme Bells sorti tout droit des White Christmas Sessions des Beach Boys avec son orchestration subtile et ses jeux de voix savamment distillés en passant par le dantesque et luxueux final d'Archipel Celesta pas très loin des dernières expérimentations des copains de label Yeti Lane, ici, tout n'est que volupté. Nous tremblons d'inquiétude à l'écoute de Calufon, sépulcrale ritournelle puis frissonnons de bonheur dès l'entame de Good Remake, morceau doux et sucré comme une rencontre entre Teenage Fanclub et les Posies, à ériger au rang de classique pop doté d'un sens mélodique si évident et familier. Ce genre de morceau vous ramenant à la vie, cette vie faite de ces si rares moments où la béatitude l'emporte sur les vicissitudes. Les quinze minutes de Burundi, dernière destination offerte, clôturent entre traditionalisme et expérimentations modernes ce fabuleux voyage empli de terres inconnues jalonnées d'endroits pourtant si familiers, parfaite synthèse d'un artiste capable de nous offrir la plus trépidante des aventures dans le confort le plus sécurisant.

Odyssée musicale à tiroirs ne révélant ses merveilles que par infimes touches écoute après écoute, Super Forma s'inscrit donc dans cette lignée des disques rares, ceux-là mêmes générant l'envie de les partager avec nos plus proches amis tout en ayant le regret de ne pouvoir les garder pour nous seuls. Clapping Music, après The Echo Show de Yeti Lane l'année dernière, sort donc sa seconde merveille absolument inclassable... et donc indispensable. Ces œuvres riches s'appuyant sereinement sur le passé et le présent pour mieux envisager le futur. Ne cherchez plus le vrai renouveau de la scène française, il éclate enfin au grand jour, discret et talentueux, originel et original, la marque des (super) grands.

Audio

Tracklist

Orval Carlos Sibelius - Super Forma (Clapping Music, 2013)

1. Sonho De Songes
2. Desintegração
3. Asteroids
4. Spinning Round
5. Super Data
6. Bells
7. Archipel celesta
8. Cafuron
9. Huong
10. Good Remake
11. Burundi


Boards of Canada – Tomorrow’s Harvest

Effectivement, quand on vous annonce que “bim bam patatra”, après huit longues années encéphalogramme plat, le duo Boards of Canada envisagerait peut-être de donner un successeur à The Campfire Headphase et d’agiter les potards, ça a de quoi foutre immédiatement une gaule d’enfer. On ne va pas vous refaire l’histoire, mais de Twoism à Geogaddi en passant par l’inusable Music Has the Right to the Children, les Écossais ont su bâtir une cathédrale musicale voire une secte rassemblant fans et musiciens venant téter aux mamelles de leur œuvre et se recueillir auprès de leur prêche mélodique, influençant une pléthore d'artistes. Il ne faudra pourtant pas longtemps pour que la rumeur soit confirmée et que l’album enregistré soit prêt à débouler dans les bacs. On flaire rapidement le coup de marketing de ces vieux filous de Warp qui connaissent le gout immodéré de leurs poulains pour la dissimulation et silence médiatique, à moins que ce quatrième “véritable” opus ne soit qu’un coup de sifflet soufflé dans le cul d’un âne et que les deux musiciens ce soient perdus dans leur traversée du désert.

Autant le dire tout de suite, si l’album est long sur la forme (17 morceaux tout de même, cela dit chez BOC c’est habituel), le fond l’est mortellement également, malgré des titres qui dépassent rarement les quatre minutes. Il semblerait que ce soit là la seule qualité de l’album. Et bien que nous ne partagions pas tous la même opinion au sein de la rédaction, il est est néanmoins incontestable que cet opus est bien en-dessous de nos espérances à tous. Là où je fus fasciné par la psychédélisme électro et les patchworks mélodiques du duo qui n’hésitait pas à piocher dans l’imaginaire collectif de l’auditeur, envoyant celui-ci en apesanteur et ouvrant des portes musicales, laissant échapper nos vieux rêves d’enfant coincés aux tréfonds de notre subconscient, Boards of Canada livre ici un Tomorrow’s Harvest inabouti (pour ne pas dire à l’état d’ébauche), anxiogène et terriblement répétitif. C’est simple, je me suis endormi lors des deux premières écoutes, capturé par l’ennui, l’impression de me retrouver face à du sous-Plaid réalisé par un compositeur de musique d’ascenseur ayant ajouté quelques envolées lyriques de-ci de-là pour faire joli. À vous de voir si cela marche mieux qu’une plaquette de Lexomil, hélas ce LP n’est pas remboursé pas la sécu et ça c’est bien dommage. Je préfère encore me fader le dernier Bibio et ses multiples défauts que de me repasser une fois de plus ce frisbee quelconque qui a pour triste défaillance d’être bloqué dans un passé où tout restait à inventer. Illégitimes héritiers d’Eno, brassant dans un IDM qui n’avait rien à envier à Aphex Twin, Marcus Eoin et Michael Sandison  perdent de vue leur trajectoire, tournant en orbite (White Cyclosa, Splite Infinities) avant le grand flash (Nothing Is Real), laissant planer nos deux ex-héraults dans le le vide intersidéral.

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Donc pas grand chose à retenir de ce rendez-vous manqué, si ce n’est que Boards of Canada confirme son statut de groupe autiste, si bien qu’il semble vouloir jouer uniquement pour soi. À force de vouloir repousser les limites et de jouer au bord du précipice, on finit toujours par tomber. Tomorrow’s Harvest manque d’audace et d’authenticité, car comme Icare à voler trop haut, nos amis mélomanes semblent s’être brûlé les ailes à la lueur des étoiles. Quand on pense qu’il y a encore quelques mois, Richard D. James avouait avoir de quoi constituer six albums, s’ils sont du même acabit autant qu’il les garde dans son grenier. On ne peut empêcher l’auditeur d’être nostalgique d’une période, d’une époque, d’un album, d’un artiste. Mais je préfère vivre avec des remords qu’avec des regrets, et Tomorrow’s Harvest changera malheureusement à jamais le regard que j’avais sur un duo qui a bercé une partie de ma vie.

Vidéo

Tracklist

Boards of Canada - Tomorrow’s Harvest (WARP, 2013)

01. Gemini
02. Reach For the Dead
03. White Cyclosa
04. Jacquard Causeway
05. Telepath
06. Cold Earth
07. Transmisiones Ferox
08. Sick Times
09. Collapse
10. Palace Posy
11. Split Your Infinities
12. Uritual
13. Nothing Is Real
14. Sundown
15. New Seeds
16. Come to Dust
17. Semena Mertvykh


Primal Scream – More Light

Il y a les revivals tout moisis (suivez les pavés jonchant notre vitrine), et ceux dont tout le monde semble se foutre, passant à côté de ce qui reste et restera certainement l’un des comebacks les plus convaincants de la décennie. Alors qu’on essaye à grands coups de marteau-pilon de nous faire croire que la pop anglaise n’est pas morte et enterrée, se trouvant des héritiers aussi éphémère que Django DjangoThe XX ou encore Alt-J, les papis tentent de prendre la relève (, Depeche ModeStone Roses…) n’ayant même pas la jugeote de constater que leur musique sent déjà les chrysanthèmes depuis des lustres. Malgré un Beautiful Future à côté de la plaque et une tournée anniversaire en demi-teinte, le plus écossais des groupes de brit-rock confirme, du haut de son dixième album studio, son statut d’icône, pilonnant au passage tout ce qui se revendique ouvertement pop. On souhaite bonne chance à ceux qui s’imaginaient déjà pisser sur la pierre tombale de Gillespie, celui-ci livrant de son sourire narquois l’album le plus complet, abouti et jubilatoire entendu depuis le Parklife de Blur, la rage et des années baigné dans l’acid-house en plus.

PRIMAL SCREAM 04 NIALL O'BRIEN

Loin du pamphlet commercial, More Light sonne brut. Un travail dû aux exigences du producteur David Holmes qui semble en avoir fini avec les musiques d'ascenseur et s’être sorti les doigts du cul afin de retrouver la verve de son sublime Let's Get Killed. Autant dire que ceux qui s’attendaient à écouter ce LP confortablement installés dans leur canapé en dévorant une pizza risquent de se retrouver avec les anchois collés au plafond. 2013 balance sec, ouvrant de manière tonitruante cette cuvée sous forme de time-lapse musical piochant autant dans le répertoire de Vanishing Point que celui de XTRMNTR, la cogne en sus. Entre hit stoogien et poésie post-apocalyptique - “It’s a final solution, to teenage revolution… inducted, corrupted, seduced & reduced. Deluded, excluded. Shackled and hooded…” - Gillespie nous hypnotise de sa transe reptilienne, crachant son venin avec délectation, ravivant la fougue des excès qui s’était atténuée depuis Riot City Blues. Mais enfin c’est bien joli tout ça mais que penser une fois cette majestueuse intro de neuf minutes (tout de même) écoulée ? Que du bien. L’auditeur est pris au piège dans un défouloir où s’entrechoquent rock hargneux, noise pop, acid-house et parfois tous les styles en même temps sans pour autant être indigeste le moins du monde. Peu de groupes peuvent se targuer de pouvoir passer du psychédélisme narcotique d’un Hit Void aux dévastations mélancoliques d’un Tenement Kid, brûlot rageur sur les ravages de l’enfance. Car même si dixième LP semble bien parti pour être le plus accompli du combo (une fois de plus remanié, Mani ayant finalement quitté le navire pour rejoindre ses ex-comparses des Stone Roses), il a également oublié d’être con, laissant la part belle à des textes vacillant entre visions cauchemardesques et réflexions désespérées sous codéine.

Alors pourquoi faire l’apologie d’un tel album me direz-vous ? Y en a-t-il vraiment besoin ? Car loin de ses désirs de célébrité, Bobby Gillespie est LA pop star, éclipsant d’une chiquenaude les mercantiles derniers albums de Daft Punk ou de !!! (Chk Chk Chk) d’un groove véritable, pur, à contre-courant et purement jouissif. Parce que More Light est peut-être le dernier vrai album de rock anglais entendu depuis une bonne décade. Et puis, même si en réalité la phrase est sortie de son contexte, comment résister à un groupe qui eut pour hymne Kill All Hippies ?

 

Vidéo

http://youtu.be/bdCraT9_wk4

Tracklist

Primal Scream - More Light (PIAS, 2013)

1. 2013
2. River of Pain
3. Culturecide
4. Hit Void
5. Tenement Kid
6. Invisible City
7. Goodbye Johnny
8. Sideman
9. Elimination Blues
10. Turn Each Other Inside Out
11. Walking With the Beast
12. Relativity
13. It's Alright, It's OK

Bonus Disc

1. Nothing Is Real / Nothing Is Unreal
2. Requiem for the Russian Tea Rooms
3. Running Out of Time
4. Worm Tamer
5. Theme From More Light
6. 2013 (Weatherall Remix)


Still Corners - Strange Pleasures

Je n’écoute plus Creatures of an Hour. Ou plutôt, je ne l’écoutais plus. Non pas par sentiment de lassitude mais par peur de retomber dans l’état de contemplation addictive ayant accompagné la découverte de cet opus alliant le sentiment masochiste et éprouvant de vouloir boire le calice jusqu’à la lie tout en sachant que les Danaïdes le remplissent sans fin. Après une telle invitation au voyage, que pouvait-on attendre de Still Corners, figure de proue d’un renouveau musical spleenétique et hypnotique lancé au début de cette décennie, ayant dépassé les limites du genre avec cette œuvre, véritable pierre angulaire d’un nouvel élan musical, étouffant et réduisant à néant la concurrence dans un domaine parfois si propice à la suffisance et l'autosatisfaction ?

La formation, à l’orée de sa nouvelle odyssée musicale, aurait légitimement pu se demander si elle avait à choisir entre confirmation et surprise. Régénérer la richesse d’un premier essai qui prend de plus en plus de valeur au fur et à mesure que la concurrence s’évertue en vain à tenter de l’atteindre ou se réinventer dans le but de s’inscrire définitivement comme la formation audacieuse et originale du moment. Plaisir étrange, force est de constater que la bande à Tessa Murray a opté pour la seconde solution, semblant avoir saisi que son salut passerait obligatoirement par là.

Car point de méandres afin d’atteindre la félicité à l’écoute de Strange Pleasures sorti chez Sub Pop ; se perdre sciemment dans un dédale d’émotions plus intenses les unes que les autres n’est plus de mise, le fil d’Ariane tissé tout au long des douze travaux que propose cet album apportant liant au propos tel un itinéraire certes atypique mais délibérément assumé. En effet, évolution et sérénité caractérisent avant tout le second essai du combo. Si l’inaugural et envoûtant The Trip s’avère être une parfaite transition avec l'effort précédent, sonnant comme un nouvel envol du phénix renaissant de ses cendres, une guitare au son clair avare de tout excès rappelant les plus belles heures de Mazzy Star, dès Beginning to Blue, le « nouvel ordre » est donné : le ton sera plus affirmé, la voix de Tessa Murray plus assurée et le son plus organique. Mais soyons honnêtes, la surprise n’en est pas vraiment une car le collectif avait, en amont de la sortie de Strange Pleasures, intelligemment pris soin de dévoiler ses desseins au travers de deux morceaux aussi antagonistes que complémentaires : Fireflies au rythme midtempo et la production voluptueuse aussi sucré qu'une pomme d'amour et surtout le bien-nommé Berlin Lovers, petite pépite électro d’à peine deux minutes trente tendant vers le minimalisme synthétique qui aurait fait excellente figure entre Chromatics et Desire sur la bande originale de Drive. Des univers différents, donc, constamment servis par un chant irréprochable et une production au diapason. Car si la belle Tessa Murray domine différemment les débats avec plus d'insistance encore que sur Creatures of an Hour, la bête de studio Greg Hugues fait preuve d'une ingéniosité débordante afin de servir au mieux sa muse comme sur Midnight Drive où le fantôme de Robert Smith vient jouer les invités surprises au beau milieu de la fête (pas trop) triste ou encore Future Age avec ses allures de tube après lequel Beach House court vainement.

Still Corners band photo

Mais force est de constater que sur la longueur, certains morceaux ne parviennent pas à s'accaparer leur propre identité. Beatcity ou We Killed the Moonlight lassent tout simplement parce que dans cette voie rendue presque obligatoire après l'intouchable Creatures of an Hour, Still Corners saute à pieds joints dans les parterres de fleurs sauvages essaimés par Chromatics et Glass Candy et se frotte de ce fait à son tour à l'inaccessible... Italians Do It Better, indeed. On regrette alors que des morceaux comme le bien nommé Going Back to Strange, jolie comptine aux allures d'inédit des Walkabouts version 2.0, esseulé au cœur même de l'opus, n'aient pas fleuri de-ci de-là car c'est finalement dans cet exercice mêlant sincérité, humilité et délicatesse sous couvert d'une pointe de mystère savamment cultivée que la formation se trouve définitivement être la plus convaincante.

Je n’écoute plus Creatures of an Hour. Ou plutôt, je ne l’écoutais plus. Car il me faut bien avouer que j'ai reporté mon attention dessus afin de chercher à comprendre Strange Pleasures dont le titre apparaît sous cet angle bien évocateur. Essai courageux et non dénué de remarquables fulgurances, il marque avant tout l'effort d'un groupe très certainement victime de son propre coup de maître. L'intérêt du propos n'en demeure cependant pas vain, les protagonistes étant assez talentueux et ingénieux pour détourner l'attention et ainsi contourner la comparaison mais il semble marquer comme un aveu de faiblesse de l'Artiste face à sa propre Création. Puisse ce Strange Pleasures être la transition nécessaire vers un prochain Unknown Pleasures nous renvoyant à la découverte de contrées aussi mirifiques et délicieusement inquiétantes que celles explorées dans un passé pas si lointain.

Audio

http://youtu.be/52-OszXrQwU

Tracklist

Still Corners - Strange Pleasures (Sub Pop, 2013)

1. The Trip
2. Beginning to Blue
3. I Can't Sleep
4. All I Know
5. Fireflies
6. Berlin Lovers
7. Future Age
8. Going Back to Strange
9. Beatcity
10. Midnight Drive
11. We Killed the Moonlight
12. Strange Pleasures


Psychic Ills - One Track Mind

Détail qui n'a plus la même importance qu'alors - ce temps où l'on se permettait d'acheter un disque rien que pour son aguicheuse pochette -, mais autant la superposition d'images figurant sur Hazed Dreams (Sacred Bones, 2011) avait un sens, eut égard au psychédélisme proféré par les guitares dilettantes de Tres Warren et Elizabeth Hart, autant la collection de têtes de morts ornant l'ultime One Track Mind des new-yorkais de Psychic Ills ne traduit a priori en rien l'atmosphère du disque - toujours aussi moite et nonchalante, où le flegme s'érige en matrice de l'inspiration -, sinon la part congrue laissée à une section rythmique squelettique, tapis dans l'ombre d'un nébuleux brouillard de guitares. Salutairement dépressif, ce nouvel album paru le 19 février dernier sur Sacred Bones l'est d'ailleurs tout autant que le précédent (lire), évoquant d'un même prisme kaléidoscopique l'Amérique des grands espaces comme refuge à un imaginaire perclus de béton : pas une once de Big Apple, de sa sophistication et de sa verticalité, ne transpire des cordes poussiéreuses du quatuor versant plus dans la transcription auditive d'un road trip panoramique et camé sous le soleil plombant du grand Ouest. Les yeux mi-clos, dès l'entame de One Track Mind, on s'imagine sans peine le cul vissé sur le siège d'une Mustang brinquebalante, sillonnant solitairement des routes au tracé rectiligne, s'effilochant à l'horizon d'un immaculé dôme céruléen. Le temps se dilate, les pupilles aussi, à mesure que l'on s'empare de cette psychédélique ode à la lenteur, à la langueur, cet infernal désespoir né de la conviction que toute chose est courue d'avance. Si l'urbanité semble ici un conte oublié, lointain souvenir de junkie, la nature sauvage et désertique qu'elle met en scène ne se révèle guère plus accueillante, cramant de son intangible souffle chaud toute tentative d'évasion. Les crânes barrant la couverture de One Track Mind se font de suite moins fortuits. Si One More Time dissimule un certain enjouement à remettre le couvert, See You There et sa guitare cisaillant l'atmosphère telle une épée de Damoclès indique le chemin le plus court vers l'impasse nauséeuse. Flamboyant dans l'attentisme, Might Take A While, introduit lascivement la luminescente mélopée Depot, où la guitare lead de Tres s'émancipe gracieusement d'une épaisse brume de saturations. Même chose pour la ronronnante Tried To Find It, induisant les milles gyrophares scintillant de FBI, fascinante balade immobile, ainsi que les fastes mélodiques de I Get By. L'harmonica de City Sun plante le décors de U-Turn, cette foutue ville filmée par Oliver Stone et dont Sean Penn ne s'extirpera jamais quand l'instrumentale Western Metaphor, doublée de l'indolente Drop Out, illustrent d'une même tonalité mélancolique l'indicible nuit californienne à laquelle Violent Horizon donne sa coloration. Un happy end presque euphorisant.

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Tracklisting

Psychic Ills - One Track Mind (Sacred Bones, février 2013)

01. One More Time
02. See You There
03. Might Take A While
04. Depot
05. Tried To Find It
06. FBI
07. I Get By
08. City Sun
09. Western Metaphor
10. Drop Out
11. Violent Horizon


Unknown Mortal Orchestra – II

Printemps 2010, une chanson apparaît sur une page bandcamp sans aucune information concernant son auteur, excitant alors la curiosité des internautes. Qui se cache donc derrière le fantastique titre Funny Friends ? Finalement débusqué, Ruban Nielson, un Néo-Zélandais exilé à Portland, dévoila le nom de son projet : Unknown Mortal Orchestra. Depuis cette mystérieusement apparition, le groupe cultive ce sens de l’énigmatique et des labyrinthes hallucinogènes. Un premier album éponyme a défini ce son groovy délicieusement saturé à la croisière entre vintage et rétrofuturisme où s’entrechoquent rock psychédélique et soul voluptueuse. Une merveilleuse formule que l’on retrouve presque inchangée sur II, deuxième album du trio.

Les premières notes trahissent pourtant l’écoute du Magical Mystery Tour et surtout l’abandon du son crade et lo-fi des productions précédentes. Les compositions sont ralenties, adoucies et surtout emplies de mélancoliques. Elles nous racontent le voyage de Ruban Nielson à travers les méandres de son esprit. Une expédition unique au milieu des rêves qui ne l’ont pas laissé indemne. De From the Sun (“Isolation can put a gun in your hand”) à So Good at Being in Trouble (“Now that you’re gone, it’s been a lonely, lonely time”), en passant par la sublime Swim and Sleep (“I wish I could swim and sleep like a shark does. I'd fall to the bottom, and I'll hide 'till the end of time"), les thématiques de la solitude et du désespoir sont omniprésentes dans les paroles du Néo-Zélandais.

Mais à trop naviguer sans boussole au milieu de cet océan d’expérimentation, Ruban Nielson se perd parfois dans ses dédales psychédéliques. Ainsi, malgré une certaine sensualité, Monki s’embourbe rapidement dans des boucles sans rythme et sans saveur là où So Good at Being in Trouble et ses riffs magiques excellent justement avec un procédé similaire.

Malgré ces quelques égarements, on accompagne avec plaisir Unknown Mortal Orchestra dans ce voyage initiatique au groove hypnotique, porté par trois premiers morceaux exceptionnels.

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Tracklist

Unknown Mortal Orchestra - II (Jagjaguwar, février 2013)

1. From the Sun
2. Swim and Sleep (Like a Shark)
3. So Good at Being in Trouble
4. One at a Time
5. The Opposite of Afternoon
6. No Feed for a Leader
7. Monki
8. Dawn
9. Faded in the Morning
10. Secret Xtians


Phantom Love - 12" EP

Il y a tout juste un mois, Phantom Love révélait son insidieuse essence via un 12″ EP à paraître aujourd’hui sur  - et partiellement divulgué par le blog 20JazzFunkGreats et le morceau introductif Lotus -, le tout sans dévoiler une once de son existence, ni même de son identité véritable. Contrecarrant donc la fameuse assertion sartrienne avec cet énigmatique projet, qu'on nous laisse situer quelque part au sud de l’Europe, et plus certainement en Italie, Phantom Love ravive par ses instrumentations denses et hypnotiques cette fascination morbide, aux ornements gothiques, pour l’obscurité, mère de toutes les mystères. Désormais marque de fabrique de la structure romaine - ayant récemment édité la compilation End of Civilazation (lire) -, l'électronique minimale inoculée sur les quatre pistes dudit EP - en écoute exclusive ci-après - témoigne d’un syncrétisme sans frontière - conciliant la fantasmagorie propre au cinéma de Carpenter (lire) aux soubassements rythmiques d’une kosmische music proférant encore et toujours que d’une discipline stricte peut naître une liberté absolue -, créant par analogie un jeu de miroirs par le biais duquel on ose quelques comparaisons plus contemporaines : dans le sillage d’artificiers américains tels que Xander Harris (lire) et Umberto (lire) du label Not Not Fun, passés maître dans l’art d’ensorceler les foules, Phantom Love magnétise l'attention avec une lascivité qui n'est pas sans rappeler celle de Tropic of Cancer, le chant en moins. S'étirant sur dix minutes, qui en paraissent moitié moins, Lotus initie la cabale introspective par la répétition primaire de motifs séquencés, dans lesquels s’immiscent les germes psycho-actifs du voyage spatio-temporel : arpèges de synthétiseurs obsédants, tintements de cymbales lointains et nébuleuses réverbérations. Odeon Columns prolonge cet état traumatique, que Psychic June, en face B, fait voler en éclat par ses vitupérations discoïdes. Tropical Illness, et ses claviers en suspension, conclut un premier EP, bientôt suivi d'un second, paru le même jour que deux autres albums sur l'hyperactif Mannequin : le LP de Cult of Dom Keller, ainsi qu'un autre 12" de The Coombe, collaboration de Karen Sharkey et Samuel De La Rosa de Led Er Est.

Streaming (PREMIERE)

Tracklist

PHANTOM LOVE - 12" EP (09/04/2013, Mannequin)

01. Lotus
02. Odeon Columns
03. Psychic June
04. Tropical Illness


Suuns - Images Du Futur

Fin novembre 2012, le Guess Who? Festival d'Utrecht (lire) avait la commode idée d'inviter le même soir Clinic et Suuns. Hasard circonstancié puisque les Anglais de Clinic venaient à peine de sortir Free Reign, leur septième long format, via Domino Records, quand les Montréalais de Suuns remettaient le pied à l'étrier scénique histoire d'annoncer Images du Futur, prévu pour début 2013. Coïncidence fortuite encore, la bande d'Ade Blackburn dévoilait le 4 mars avec Free Reign II une nouvelle mouture de ses compositions, faisant la part belle à celles initialement écartées et produites par Daniel Lopatrin (Oneohtrix Point Never) quand, le jour suivant, les quatre Québécois dévoilaient l'entièreté du successeur de Zeroes QC (2011) par le biais, une nouvelle fois, de Secretly Canadian. Même débarrassé d'un quelconque esprit superstitieux, inutile de tourner plus longtemps autour du pot pour remarquer qu'une telle synchronisation prête à confusion tant Suuns semble s'inspirer à tout va des chirurgiens-dentistes de Liverpool. Mais aussi improbable que cela puisse paraître, si Zeroes QC portait les stigmates d'une telle comparaison, semblant condamner ses géniteurs à la voie de garage - on prédisait aux Canadiens un futur aussi court que n'étaient évidents PVC ou Sweet Nothing, les deux incontestables sommets de ce dernier -, Images du Futur s’enorgueillit d'une telle influence tout en déplaçant celle-ci sur le terrain d'une double hybridation faite de minimalisme et d'électronique. En témoigne le triumvirat Power of Tens, 2020 et Mirror Work où la voix lancinante de Ben Shemie charrie l'accent scouse avec un aplomb que ne démordront pas les chirurgicales saillies d'électricité contrites. Remarquable tour de force que de creuser avec autant de singularité le sillon d'une terre arable aussi souvent défrichée, Suuns n'hésite d'ailleurs pas à diluer ces consonances post-punk dans une production qui sépare plus qu'elle n'agrège, tout en carénant ses morceaux de soubassements rythmiques estampillé Kraut.

Actionnant ainsi deux leviers concomitants, matrice d'une disco maladive que l'on retrouve sur Bambi et Music Won't Save You, la répétition enivrante nourrit la tension propulsive qui induit la dimension dramatique. Si l'origine de cette dernière est également à mettre en perspective avec le printemps d’érable, immense mouvement de contestation de la jeunesse québécoise s'étant cristallisé en 2012 sur la hausse des frais de scolarité, période lors de laquelle le groupe a couché sur bandes ses Images du Futur et dont le morceau-titre à l'instrumentation viciée pourrait en constituer la bande-son, Suuns apprivoise la retenue statique de ses émotions avec autant d'audace et de liberté que Liars ne l'a préalablement fait sur WIXIW (lire) : amples, aérés et presque rassérénés, Minor Work comme Edie’s Dream, le premier single, percent de luminescentes brèches à l'électronique rampante - que Sunspot châtie de guitares délétères -, dans un ensemble à la cohérence recherchée à équidistance entre intensité et distanciation. En plus d'avoir une passion inédite pour la redite, Clinic a le plus souvent expérimenté ses limites quand Suuns, s'appropriant la filiation, s'affranchit de celles-ci de la tête et des épaules. En deux mots, Images Du Futurest grand disque, celui que n'aura jamais composé Clinic.

Vidéos

Tracklisting

Suuns - Images du Futur (Secretly Canadian, 2013)

01. Powers of Ten
02. 2020
03. Minor Work
04. Mirror Mirror
05. Edie’s Dream
06. Sunspot
07. Bambi
08. Holocene City
09. Images du Futur
10. Music Won’t Save You


The Strokes - Comedown Machine

Pour ne rien cacher, l'objet initial de cette chronique n'était non pas de parler de Comedown Machine, mais plutôt de l'acclamé Delta Machine des increvables Depeche Mode. Seulement, à l'heure qu'il est, le nouvel opus de la bande de Basildon n'a franchement pas besoin de compliments supplémentaires. Tout comme l'album des Strokes pourrait d'ailleurs survivre à notre avis quel qu'il soit. Mais s'il n'en a effectivement pas besoin, il mérite tout de même qu'on s'y attarde, surtout au vu du lynchage quasi général dont il fait l'objet par une presse aux allures de charognards. Car ainsi, les Strokes seraient morts, mais malheureusement pas enterrés, les New-Yorkais s'échinant à donner en spectacle leurs carcasses désincarnées. Et Comedown Machine ne serait même pas leur testament : non, non, un album aussi affligeant serait plutôt le témoignage d'un décès artistique intervenu avant même son écriture. Car on lui trouve tous les défauts, du chant de Casablancas subitement devenu inaudible aux insupportables synthés eighties en passant, bien sûr, par l'absence de compositions dignes de ce nom. Foutaises. Ou mauvaise foi de la part des mêmes qui se répandront bientôt en louanges sur le vomitif retour de Phoenix et ses claviers dignes d'un film de Belmondo de la même époque. Comedown Machine est un très bon album. Tout comme Angles, qui annonçait la couleur à venir, l'était d'ailleurs lui aussi. Les Strokes sont bien vivants, et cela s'entend plus que jamais ici, que cela soit à travers l'envie - si décriée - de Casablancas de jouer avec sa voix défaillante, ou au regard de la capacité des Américains à faire muter leur ADN pour se réinventer là où beaucoup leur demandent de se contenter de bien vieillir, en restant dans les clous (notamment ceux qu'ils devraient, d'après certains, encore arborer sur leurs blousons). Oui, le quintette sait encore s'amuser, notamment en jouant avec ses propres codes. Et c'est plutôt une bonne nouvelle. Il n'y a ici ni odeur de mort, ni même crise d'identité. Le groupe a seulement pris de la bouteille, et alors que tout le monde les croyait fâchés tout rouge, les cinq garçons semblent au contraire simplement avoir appris à collaborer. Les frictions durant le processus d'écriture, c'était au début. Aujourd'hui, ces gars-là s'amusent, et s'ouvrent par là même de nouvelles voies d'exploration sonore, quand bien même mèneraient-elles trente ans en arrière. Et ce, sans pour autant avoir perdu leurs qualités originelles, comme All the Time, étendard pop digne de leurs débuts, le prouve : la guitare de Valensi est intacte, le sens du refrain aussi. Et le shoot 50/50, s'il ne révolutionnera pas le punk, prouve au moins à ses détracteurs que Casablancas peut encore pousser une gueulante sans titiller les ultrasons. Si les Strokes ne font plus du Strokes, c'est parce qu'ils l'ont décidé, pas parce qu'ils ont perdu la recette. Et dans leur cuisine flambant neuve, ça groove parfois sévère, comme avec Tap Out, sur laquelle Michael Jackson aurait pu faire de jolis pas de danse, ou avec Welcome to Japan et son refrain catchy à souhait. Et lorsque le tempo ralentit, cela nous donne le petit bijou extatique qu'est Chances. Alors que beaucoup reprochent aux Strokes de lorgner sur le pire des 80's, on aurait plutôt tendance à les remercier, quitte à nous rappeler cette douloureuse période, d'y injecter, comme sur Happy Ending, de la classe. Un élément qui aura cruellement manqué aux années 80, mais dont les New-Yorkais ne se seront jamais départi au cours de leur discographie.

Audio

Tracklist

The Strokes - Comedown Machine (RCA/Jive Epic, 2013)

1. Tap Out
2. All the Time
3. One Way Trigger
4. Welcome to Japan
5. 80s Comedown Machine
6. 50/50
7. Slow Animals
8. Partners in Crime
9. Chances
10. Happy Ending
11. Call it Fate, Call it Karma


Mogwai - A Wrenched Virile Lore / Les Revenants

L'esprit vagabond, le regard aspiré par le vide, une modulation spectrale se dessine peu à peu dans les écouteurs et embrasse d'un même mouvement les teintes diaphanes du présent immobile et celles grisâtres d'un passé racorni de mélancolie. Le visage fouetté par le vent, la pluie déchirant chaotiquement le ciel, la musique inoculée par la bande à Stuart Braithwaite s'appréhende comme il se doit, tel un hymne contemplatif, transcendé d'une irrépressible volonté de puissance. Soit la transcription poétique et émotionnelle du lien unissant l'homme aux éléments. Renfrogné, les mains dans les poches, déambulant au gré d'une amertume consommée, le ciel et quelques bouts d'immeubles impersonnels se reflètent sur le trottoir détrempé à mesure que ne s'égrainent les quelques vingt nouveaux morceaux de Mogwai parus récemment à l'occasion de la sortie d'un nouvel LP de remixes, A Wrenched Virile Lore, et de la bande originale de la série Les Révenants. Deux moyens détournés de renouer avec le quintet écossais, après l'intense Hardcore Will Never Die, But You Will (lire) paru l'année passée, mais non deux moyens inusités, l'un comme l'autre ayant été préalablement éprouvés : Kicking A Dead Pig (1998, Eye-Q) voyait My Bloody Valentine, Surgeon, Arab Strap, Alec Empire ou Hood relire des morceaux de l'initiatique Young Team - dont la phénoménale Mogwai Fear Satan -, quand Zidane: A 21st Century Portrait (2006, Wall Of Sound), incarnait une véritable œuvre dans l'œuvre - que Mogwai interprétera lors de la prochaine édition du Midi Festival - magnifiant celle des réalisateurs Douglas Gordon et Philippe Parreno.

Six ans après, force est de constater qu'avec Les Revenants la virtuosité des natifs de Glasgow pour l'exercice de style n'a pas pris une ride : tricotant toujours dans l'abîme de notre inconscient avec une grâce hors du commun, les instrumentations déployées exaltent tout autant les passements de jambes du divin numéro dix que l'ambiance inquiétante et claustrophobe développée par la série de Fabrice Gobert. Si Hungry Face et Wizard Motor s'affirment tels les points d'orgue de la bande originale, notamment dans leur utilisation télévisuelle, Kill Jester, Relative Hysteria ou Portugal sonnent démesurément juste, à mille lieux d'une vulgaire commande, insufflant un piano pour la première fois de bout en bout et centrant sur celui-ci l'ensemble des arrangements. D'une beauté rare à faire pâlir tout documentaire sur l'Islande, il s'avère d’autant plus simple de déconnecter la musique de la série que la reprise What Are They Doing in Heaven Today? de Washington Phillips - entonnée par Stuart lui-même - ponctue l'ensemble d'un spleen boisé, si typiquement écossais. A contre-temps d'un tel lyrisme ouvragé, la compilation de remixes A Wrenched Virile Lore s'inscrit telle une preuve supplémentaire de l'imbrication de Mogwai pour la scène actuelle - en plus du label Rock Action : les échappés de l'écurie Not Not Fun (lire), Xander Harris et Umberto signent d'ailleurs, chacun dans leur style, deux des plus remarquables relectures avec celles d'How To Be A Werewolf et Too Raging To Cheers, quand Letters To The Metro transfiguré par Zombi donne dans le film spaghetti d'épouvante et que San Pedro revisité par The Soft Moon fait parler la poudre, l'explosion et le détonateur à la fois. Mais bien au-delà de petits jeux entre amis - la technophile réappropriation de Rano Pano par Klad Hest, qui n'est autre que Matt Loveridge de Beak et Fairhorns - l'essentiel tient aux "deux morceaux en un" de Robert Hampson qui, sur La Mort Blanche, clôture l'album d'une version agrégée, aéré et fantasmée de White Noise et Death Rays. A écouter, l'esprit vagabond, le regard aspiré par le vide.

Audio

Tracklisting

Mogwai - A Wrenched Virile Lore (Nov 2012, Rock Action / Sub Pop)

01.George Square Thatcher Death Party (Justin K Broadrick Reshape)
02. Rano Pano – Klad Hest (Mogwai)
03. White Noise (Cylob)
04. How To Be A Werewolf (Xander Harris)
05. Letters To The Metro (Zombi)
06. Mexican Grand Prix (RM Hubbert)
07. Rano Pano (Tim Hecker)
08. San Pedro (The Soft Moon)
09. Too Raging To Cheers (Umberto)
10. La Mort Blanche (Robert Hampson)

Mogwai - Les Revenants (Fev 2013, Rock Action / Sub Pop)

01. Hungry Face
02. Jaguar
03. The Huts
04. Kill Jester
05. This Messiah Needs Watching
06. Whisky Time
07. Special N
08. Relative Hysteria
09. Fridge Magic
10. Portugal
11. Eagle Tax
12. Modern
13. What Are They Doing in Heaven Today?
14. Wizard Motor


Lonely Walk - VIHS

Lonely Walk est le nouveau projet sorti tout droit du cerveau en ébullition de l’hyperactif Mickaël Appollinaire, alias Monsieur Crane. L’homme aux mille facettes, déjà tête pensante des bruitistes Strasbourg (auteurs notamment du fabuleux titre La Chanson Française) comme de la bande pop Crane Angels, est un des fers de lance de l’excellent collectif bordelais Iceberg, qui compte également en son sein les incroyables J.C. Satàn ou Petit Fantôme. C’est pourtant sur un label parisien, Satanic Royalty (qui fête ici sa toute première référence), que V.I.H.S., premier album du groupe, voit le jour. Bienvenue en enfer.

Originellement une évasion solo, Lonely Walk s’est agrandi en chemin, recevant le soutien de trois complices bordelais ainsi que de Johan Gustafsson, leader du groupe synth-punk suédois Black Bug. Dans la lignée de ses trois précédents EP, le groupe distille une ambiance lugubre au doux parfum d’Halloween. Leur cold wave macabre s’épanouit six pieds sous terre et s’impose comme la bande-son idéale d’un film d’horreur où goules et zombies s’acharnent inlassablement à déguster notre cervelle. Les morts déambulent parmi nous et la fin est proche. Un vent froid traverse la ville déserte alors que les rares survivants courent dans tous les sens dans leur vaine quête de survie (People Run).

À la croisée des mondes entre Warsaw, The Horrors et John Carpenter, V.I.H.S. explore les profondeurs du shoegaze et de l’électro. Le fantastique single Halloween Sixteen condense à merveille ces influences : des beats glacés rongés jusqu’à l’os et un synthé grinçant enveloppés d’une mélancolie venimeuse.

« We need a miracle », répète inlassablement Monsieur Crane dans la chanson du même nom, comme si notre vie n’était désormais plus entre nos mains : seul un miracle pourrait encore venir nous sauver. Heureusement, ce sont dans les ténèbres les plus sombres que surgissent les plus beaux éclairs mélodiques, froides lueurs d’espoir. Talking to You ou Destroyer, merveilles de slow post-apocalyptique, montrent que Lonely Walk sait également se montrer doucement romantique. Une preuve de plus, s’il en fallait, que le quintette possède tout l’avenir devant lui. Même après la fin du monde.

Audio

Tracklist

Lonely Walk - VIHS (Satanic Royalty, mars 2013)
1. New Shit
2. Halloween Sixteen
3. Talking to You
4. Feel Nothing
5. People Run
6. V.I.H.S.
7. Endless Time
8. We Need a Miracle
9. Just Ghost
10. Destroyer
11. Terminator 13


Prurient - Through the Window

S’il y a toujours eu quelque chose d’identifiable dans la musique de Dominick Fernow, que ce soit dans la harsh noise détraquée de Prurient ou les inquiétantes boucles techno industrielles de Vatican Shadow, le Ricain n’a de cesse de se renouveler à chacun de ses essais sonores. Construisant un patchwork musical boursouflé et maladif, fascinant d’étrangeté, il compose chanson après chanson un curieux pamphlet, devenant peu à peu la nouvelle bible du DIY électronique. Through the Window, mini-LP paru sur le label british Blackest Ever Black, en est une preuve plus qu’évidente. Récemment installé à Los Angeles, le musicien ne rêve pas plus de mélodies transpirant le soleil pour autant. Bien au contraire, il nous livre avec cet album compact (trois titres seulement) une œuvre d’une noirceur absolue. Commençons par Through the Window, titre éponyme d’une quinzaine de minutes, qui désarçonnera certainement las aficionados de Prurient puisque l’on y retrouve toute les recettes de son projet plus électronique Vatican Shadow. Le morceau s’ouvre sur une longue intro anxiogène au possible arpentée d’un susurrement fantomatique, jusqu’à ce que celui-ci cède la place à un matraquage de kicks aussi sourd que mécanique. Un hymne messianique et quasi religieux, semblant rongé par l’électricité ambiante. Une musique viciée, entraînante et malsaine dont l’inquiétante montée nous entraine jusqu’à une catharsis arrivant en milieu de morceau sous un déluge de basses, les nappes s’affolant jusqu’à ébranler notre épine dorsale. Un court frisson nous parcourt l’échine et nous secoue les mollets. Hit parfait calibré pour le clubbing underground, ce Through the Window sonne comme du Shifted ou du Marcel Dettmann revisité par Cabaret Voltaire. Une recette qui fait mouche et l’on finirait presque déconcerté à l’écoute de Terracota Spine, qui retrouve les sachems bruitistes habituels de notre multi-instrumentiste qui nous plonge durant près de quatre minutes dans un chaos atmosphérique étouffant. You Show Great Spirit nous engloutit une fois de plus dans les affres d’une techno industrielle très martiale, on pense notamment à P.A.L  sur l’excellent label Ant-Zen ou les toutes premières divagations pulsatives de Combichrist. Cependant rien n’est vraiment comparable à ce morceau qui nous entraîne un peu plus loin dans les méandres définitivement nébuleux de l’esprit créatif de Dominick Fernow. Un nouvel opus d’une richesse inépuisable, et un artiste qui n'a définitivement pas fini de nous surprendre.

Audio

Tracklist

Prurient - Through the Window (Blackest Ever Black, 2013)

1. Through the Windox
2. Terracota Spine
3. You Show Great Spirit