On oublie parfois, tant les tendances musicales nous dictent encore ce qui est cool ou ne l’est pas – et ce particulièrement dans le milieu underground – que le paysage musical ne se résume pas qu’au revival garage à fortes reverbs. Blasée de tous ces groupes qui portent la guitare comme un ras-de-cou et mimiquent tellement mal John Dwyer que ça en devient ridicule, j’ai presque lâché l’affaire et me suis retranchée dans mes albums de Sonic Youth et My Bloody Valentine, valeurs sûres en ces temps de lassitude musicale.

Avec le recul, forcément, le groupe qui allait me sortir de l’ennui ne pouvait venir que d’Olympia, dans l’état de Washington. Olympia, berceau des riot grrrls, de groupes cultes comme Bikini Kill, Unwound, Sleater-Kinney ou encore Beat Happening. C’est là aussi où se sont montés les excellents labels que sont K Records ou Kill Rock Stars, et enfin, Perennial Death.

Et puisqu’on en parle, c’est justement sur le site de Perennial Death que j’ai pu me perdre dans les nappes noisy de White Boss, saigner quelques titres larsenant de SonSkull, que je suis tombée sur ce qui me paraissait presque être un ovni : Whet, le premier LP de Broken Water. Emmené par Kanako Pooknyw à la batterie et Jon Hanna à la guitare – bien qu’il arrive régulièrement qu’ils échangent leurs instruments sur scène – Broken Water est une onde modulante, divergente, bruyante et distordue, qui donne l’impression de se noyer doucement, puis vous secoue jusqu’à ce que vous vous réveilliez d’un coma marin.

Il est difficile et réducteur de catégoriser Broken Water. Les premiers mots qui viennent en tête sont – liste non-exhaustive – féministe, punk, shoegaze, fuzzy, grunge… Lourd et aérien. Radical. Wrought est leur tout dernier album en date, qui fait suite à l’excellent Tempest, paru en 2012. Si musicalement Wrought tend plus du côté water que broken, le côté radical y transparaît néanmoins fortement. Côté lyrics, c’est la répression policière (« Scapegoats for the police state over petty theft / Yet we trust the dollar bill and uniforms with guns?” dans Love and Poverty), l’omniprésence des caméras vidéo dans notre quotidien (« Are you aware you are observed? » dans 1984), et la vacuité de nos boulots (“More… need something more… than my wages garnished for a war” dans Close) qui sont remis en cause. L’assaut sonore est lancé sur Wasted, morceau dans lequel Jon Hanna dévoile clairement ses influences grunge et punk. Mais le son de guitare de Jon Hanna s’apprécie mieux sur les morceaux plus shoegazeux (1984, Close) qui rappellent vraiment My Bloody Valentine époque Loveless. Avec Steve Fisk aux manettes – à qui l’on doit des albums de Nirvana, Soundgarden, Beat Happening, ou encore Unwound – Wrought bénéficie sans conteste de l’estampille « Olympia ».

L’album se clôture sur le magnifique Beach, un morceau dronatique et languissant de 12 minutes, sur lequel s’invite la violoncelliste Lori Goldston, qui a fait ses armes avec – entre autres – Earth et Nirvana.

Pour la première fois, Broken Water nous gratifie d’une tournée européenne dont un passage le 16 octobre prochain à La Mécanique Ondulatoire (Event FB). Je vous encourage très fortement à aller les voir s’ils passent près de chez vous. Vous ne le regretterez pas. « Look out, ‘cause it’s coming down ».

Victoria Arfi – membre de Mary Bell & du Collectif semi conscient.

Concours

Les Broken Water seront le 21 octobre à Marseille dans l’antre de l’Embobineuse (Event FB) avec les colistiers Local 41 de la Grande Triple Alliance de l’Est et les locaux de Purple Bliss. On fait gagner deux fois deux places. Pour tenter votre chance, rien de plus simple : envoyez vos nom, prénom et un mot d’amour à l’adresse hartzine.concours@gmail.com ou remplissez le formulaire ci-dessous. Les gagnants seront prévenus la veille du concert.

[contact-form-7 id= »21274″ title= »Concours post »]

Audio

Vidéo

Tracklist

Broken Water – Wrought (Night People, avril 2015)

01. High-Lo
02. Wasted
03. 1984
04. Choice
05. Psycho Static
06. Love and Poverty
07. Set Free
08. Close
09. Stone
10. Beach