Broken English Club, l’interview

Certains le connaissent sous le pseudonyme de Raudive, d’autres sous son vrai nom, Oliver Ho, mais c’est sous l’alias de Broken English Club que le producteur britannique nous a réellement fait chavirer… Très inspiré par la techno indus anglaise des nineties, Oliver nous balance régulièrement des salves moites et étranges, se construisant un univers fantasque où règnent inquiétude et fureur ! Une raison évidente de s’entretenir avec le musicien qui fête actuellement ses vingt ans de carrière, et de revenir avec lui sur son parcours plus que prolifique

Tu fêtes actuellement tes 20 ans de carrière… Carrière débutée au sein du label Blueprint fondé James Ruskin… On dit que travailler avec James est très formateur. Tu confirmes ?

You actually celebrate your 20 year long career birthday… A career started at Blueprint, the label founded by James Ruskin… People sais that working with James is very educational. Do you confirm ?

James et Blueprint ont été mes premiers collaborateurs quand je me suis lancé au début de ma vingtaine. Dès que je l’ai rencontré avec Richard Polson, j’ai su qu’ils avaient la même vision et la même attitude à l’égard de la musique, nous étions tous sous l’influence du club londonien LOST et son DJ résident Steve Bicknell.

James and Blueprint were the first people and label I worked with when I first started out in my early 20’s. As soon as I met him and Richard Polson I knew they had very similar outlook and attitude towards music, we all were very influenced by the London club LOST and its resident DJ Steve Bicknell.

On t’a longtemps connu sous le pseudonyme de Raudive, puis il y a eu Birdland, Life, Seeker, sans oublier ton duo avec Zizi Kanaan, The Eyes In The Heat, et le superbe album Program Me… Dirais-tu que la musique rend schizophrène ?

You’ve long been known as Raudive, and then there was Birdland, Life, Seeker… Not to mention your duet with Zizi Kanaan, The Eyes In The Heat, and the greatest album Program Me… Would you say that the music makes schizophrenic?

Les différents labels, pseudonymes et projets que j’ai eus au cours des années sont une manière de donner du sens à un parcours improvisé. J’utilise des pseudonymes parce que j’aime donner un personnage à certaines séries d’idées, la substance de Raudive a aussi des objectifs particuliers, de même que mon projet Broken English Club a son propre panel d’idées qui lui permettent d’exister avec plus d’éclat grâce à son nom. Comme pour évoquer un esprit, c’est toujours plus puissant si le nom des esprits reflète leur nature.

The different labels, monikers and projects I have done over the years are a way of making sense of a journey jam on. I use monikers because I like to give a certain series of ideas a character, my Raudive material had some specific goals and my Broken English Club stuff also has its own set of ideas that allows it to exist in a much more vivid way by giving it a name. Like evoking a spirit, it’s always more powerful if the spirits name reflects its nature.

On retrouve dans Broken English Club cette ambiance qui caractérisait les productions UK du milieu des années 2000, très proche d’artistes comme Surgeon ou de structures comme Sandwell District, parfois plus proche du post-indus que de la techno à proprement parler… D’où te vient cette émulation qui se différencie intrinsèquement de tes autres productions ?

We can find in Broken English Club this atmosphere that characterized the mid 2000’s UK productions, very close to artists like Surgeon or Sandwell District, sometimes closer to post-industrial music than techno… Where did you get this emulation which differs totally from your other productions?

Je ne sens pas une vraie différence avec mes autres productions, il y a beaucoup d’idées similaires dans mon projet Raudive, des tracks comme Total Pure ont beaucoup de voix sombres et d’idées synthétiques que j’utilise dans Broken English Club. Il y avait une dominante post-punk et industrielle dans Raudive, mais en plus lent et avec davantage de groove. Récemment, j’ai tout rendu plus brut et rapide, et j’imagine que ça se rapproche plus du son de Birmingham. C’est à l’évidence plus une progression qu’une évolution soudaine. Il y a beaucoup de parallèles.

I dont think it differs from my other productions, theres a lot of similar ideas in my Raudive project, tracks such as Total Pure have lot of the dark vocal and synth ideas I use in Broken English Club. There was a lot of post-punk and industrial ideas in Raudive, but it was slower and more groove based. These days i have made everything a lot tougher and a bit faster, so this feels a little more similar to the Birmingham sound I guess. It’s certainly a progression rather than a sudden change. There’s a lot of parallels there.

Tes dernières productions sont sorties exclusivement sur les labels Jealous God et Cititrax, tous les deux basés à New York… Beaucoup d’artistes délaissent Berlin pour la côte est des États-Unis, qui semble devenue le nouvel eldorado des producteurs techno. Comment expliques-tu ce changement ? Que t’apporte-t-il ?

Your recent productions were released exclusively on Jealous God and Cititrax labels, both based in New York… Many artists are leaving Berlin for the East Coast of the US, which seems to become the new El Dorado for techno producers. How do you explain this change? What does it bring you?

J’aime travailler avec Jealous God et Cititrax, ce sont deux labels qui fonctionnent d’une manière très passionnée et grâce à des gens que je connais personnellement, et c’est important. Ils comprennent tous deux ma musique et ont aidé à la façonner. Jealous God est à Los Angeles, où vit Juan Mendez, et Cititrax est à New York. Les deux ont un bon passif sur la musique électronique sombre qui transcende l’industriel, le noise et le punk. Les labels ont aussi un fort aspect visuel qui m’influence beaucoup, et rend la création d’album bien plus intéressante et gratifiante, parce que j’apprécie vraiment l’idée de créer une musique qui existe dans une narration ou un environnement qui s’exprime au travers d’images.

I love working with Jealous God and Cititrax, they are both labels run in a very passionate way and by people I personally know, which is important. They both understand my music and also helped to shape it too. Jealous God is based mainly in LA, where Juan Mendez lives, and Cititrax is NY based. Theres a good history in the states for dark electronic music that crosses over with industrial and noise and punk. The labels also have a really strong visual aspect which really influences me, and makes creating a release so much more interesting and fullfilling, because I really like the idea of creating music that exists within a narrative or environment that’s expressed with images.

En vingt ans tu as conçu quelques pièces maîtresses de la techno moderne, pourtant avec Suburban Hunting, tu atteins des sommets inégalés. A la fois dur, énigmatique et fascinant, Suburban Hunting est d’une richesse peu commune. Peux-tu nous parler de la réalisation de ce LP ? L’avais-tu en tête depuis longtemps ou s’est-il dessiné au fur et à mesure de la production ?

In twenty years you have designed some key pieces of modern techno, however with Suburban Hunting, you reach new heights. Hard, enigmatic and fascinating, Suburban Hunting is uncommonly wealthy. Can you tell us about the realization of this LP? Have you had it in mind since long time ago or has it drawn during the production process?

Comme je l’ai dit plus haut, Broken English Club est à l’intersection de nombres de mes différentes influences et obsessions. Je dois à ces choses qui occupent mon esprit de leur donner un lieu pour exister, un endroit où respirer et se mouvoir, et BROKEN ENGLISH CLUB est cet endroit, un monde où ces choses adviennent, c’est l’idée. La musique en fait partie.
Je m’inspire beaucoup de certains écrivains – cela m’a notamment conduit à la création de Broken English Club –, en particulier J.G. Ballard, qui décrit des paysages anglais dystopiques et lugubres. Cela m’a donné le sentiment d’une certaine énergie, qui se reflétait aussi dans mon approche de la musique. Je voulais créer de la musique qui ait ce caractère, qui ait sa place dans ce monde.
L’album est le résultat de ces choses rassemblées. J’en avais l’idée depuis un temps et le son en est lentement sorti, le son d’un endroit en moi, ou d’un lieu extérieur caché dans la banlieue anglaise, une sorte de lieu oublié de la banalité et de l’obscurité.

Broken English Club, as I mentioned before, is the intersection of a lot of different interests and obsessions of mine, I owe it these things that occupy my mind to give them a place to exist, a place they can breathe and move about, BROKEN ENGLISH CLUB is a place, its a world where things happen, thats the idea. The music is a part of that.
I am very inspired by a lot of art and certain writers – this especially led to the creation of Broken English Club –, in particular J.G. Ballard, he depicts these bleak dystopian English landscapes, and I felt that had a certain energy that was also reflected in where I was going music wise. I wanted to create music that had that character, that inhabited that world.
The album is a result of all these things collected together. I had the idea for a while and the sound slowly came out of that, the sound of a place inside of me, or place somewhere out there hidden away in the english suburbs, some forgotten place of banality and darkness.

Broken English Club - Suburban Hunting

Parlons un peu technique. Ce son particulier, tu le dois à tes machines. Peux-tu nous dire quels sont tes instruments de prédilections et ce qu’il te plaît chez eux ?

Let’s talk about technique. This particular sound, you owe it to your machines. Can you tell us what are your predilections instruments and what you like in them?

Il s’agit pour moi d’utiliser des machines qui me donnent ce que je veux, c’est aussi simple que ça. Je ne prête allégeance à aucun matériel ou logiciel. La majorité de ma musique s’appuie sur des fondements drone et noise, et des superpositions de rythmes. Mon matériau de travail c’est du traitement audio plus que des machines. Ce sont des enregistrements de bruit transformés, comme des drones de guitare, un larsen ou autres. La voix a aussi son importance, je chante en direct parce que j’aime l’énergie que cela confère à l’expérience. J’utilise aussi quelques percussions synthétiques que je joue live. Tout cela donne à la performance une teinte plus personnelle et libre. C’est ce qui fait BEC, ses implacables rythmes métronomiques et ses chants étrangement habités. J’aime la façon dont ces différents aspects se complètent.

For me it’s about using machines that give me what I want, it’s as simple as that. I don’t have any type of allegiance to hardware or software. A lot of my music is based around drone and noise, and layering rhythms over that. All of the material I use is processed audio, rather than machines. It’s processed recordings of noise, like guitar drones, or feedback and stuff. The voice is important to the sound too, I do live vocals, because I love the energy it gives to the experience. I also use some synth percussion which I play live. So these things give the performance a more personal looser feeling. That’s what BEC is about, it’s about relentless metronome rhythms and the weird soul of the vocals. I like the way those different aspects sit alongside each other.

Bien qu’extrêmement sollicité, tu joues peu en France. Est-ce par manque d’occasion ou d’emploi du temps surchargé ?

Although extremely asked for, you don’t play son much in France. Is it because of the lack of opportunities or a busy planning?

J’ai beaucoup joué ces dernières années, mais plus autant récemment. J’aime beaucoup la France et ses habitants, j’ai l’impression que tout le monde est ouvert d’esprit en ce qui concerne la musique. J’espère jouer davantage à l’avenir, je pense que les gens apprécieraient vraiment la musique de Broken English Club.

I have played quite a lot over the years, but maybe not a lot recently. I really love France and the people, I feel everyone is really open minded in France when it comes to music. I hope to play more in the future, as I think the people would really enjoy the Broken English Club music.

Tu as déjà joué en groupe et la mode est aux collaborations, aux B2B, aux groupes éphémères… Il y a-t-il des artistes avec qui tu aimerais collaborer ? Ce type de projets t’intéressent-t-ils ?

You have already played in bands and there’s a trend for collaborations, B2B, ephemeral bands… Are there some artists you are interested to collaborate with? Would you like to be part of such projects?

Ces dernières années, j’ai surtout travaillé comme producteur solo. J’ai collaboré quand j’étais dans une formation, The Eyes In The Heat, et aussi dans Zov Zov. J’ai vraiment apprécié les deux projets, constitués de gens très spéciaux que j’admirais et respectais. Je travaille en ce moment avec Jerome de Piano Magic et nous faisons de la musique autour d’improvisations de guitares, de voix et de trucs modulaires. C’est incroyable de faire un truc du genre, c’est très différent de ma musique en studio.

I mostly worked as a solo producer over the years actually. I have collaborated when I was with the band, The Eyes In The Heat, and also with Zov Zov. I really enjoyed both of these projects, they were with very special people who I really admired and respected. I am currently working a little with Jerome from Piano Magic, we are doing improvised music using guitars, vocals and modular synth stuff. It’s amazing to do something like that, its very different from my studio based music.

Au regard de ta carrière extrêmement prolifique éprouves-tu des regrets sur certains de tes choix ou de tes œuvres ? Il y a-t-il des choses que tu aurais aimé changer ?

Given your extremely prolific career do you regret some of your choices or your releases? Is there some things you would liked to change?

Je pense que certaines sorties ont connu le succès, d’autres moins. Globalement je suis satisfait de ce que j’ai accompli, et content de certaines choses en particulier, et je pense que ces moments privilégiés n’auraient pu exister sans tout le reste. J’en ai fait beaucoup au fil des années, mais ça a été important pour moi de faire tout cela, comme si cela faisait partie d’un dessein et du besoin, pour la musique, de rester un phénomène constant.

I think some release have been a success and some have been less so, I am happy with most of what I’ve done, and I am really happy with particular things, and I think those golden moments could have only come if I did all the other stuff. I’ve done a lot over the years, but it’s all been important for me to do, as it was a part of a process and a need for music to be a constant thing.

Il y avait dans Raudive un côté plus accessible au grand public, notamment avec des titres comme Obsession, Slave, Windows… Est-ce pour toi une page de ta musique qui s’est définitivement tournée ou penses-tu revenir avec des projets plus « léger » ?

There was in Raudive a more accessible side for a wider audience, especially with tracks like Obsession, Slave, Windows… Is it a part of your music that has ended for good or will you come back with « lighter » projects in the future ?

Oui, ces morceaus flirtaient avec une disco-house psychédélique. À cette époque, je voulais vraiment créer quelque chose de ce genre avec Raudive, mais je ne suis pas sûr d’y revenir. J’aime la deep house, donc cela dépend si j’ai quelque chose à dire dans le futur à travers ce style. J’ai envie de faire tellement de choses dans ma vie, et je veux essayer beaucoup de trucs, je suis sans cesse attiré par l’expérimentation, et les différents types d’énergie et de sensations.

Yes, those tracks were a kind of psychedelic disco-house almost. I really wanted to create something like that with raudive at that time, I am not sure if I will return to that, perhaps. I love deep house type stuff, it depends if i have something to say in the future with that style. I want to make so much stuff during my life, and I want to try lots of things, I am always interested to try ideas, and different types of energy and feeling.

Quels sont tes projets d’ici la fin de l’année ? À quoi doivent s’attendre les fans d’Oliver Ho ?

What are your plans for the end of the year? What should expect Oliver Ho fans?

J’ai les deux debut albums de mon nouveau label, DEATH & LEISURE. Le premier sera un single 7” Broken English Club, et le suivant un mini album de Zov Zov, mon projet plus expérimental avec Tommy Gillard. J’ai aussi décidé de faire un peu de musique inspirée par la musique industrielle et la noise, mais en la fusionnant avec du blues. J’aime jouer du blues à la guitare et je pense que ça pourrait produire un mélange d’idées spécial.

Merci !

I have the two debut releases on my new label, DEATH & LEISURE. The first will be Broken English Club 7” single, and the second will be a mini album from Zov Zov, my more experimental project I do with Tommy Gillard. I am also interested in making some more music that is inspired by industrial music and noise, but fusing it with blues music too. I love to play blues on the guitar and think it could be a strange and special mix of ideas.

Thanks !

Vidéo

Myths Of Steel And Concrete – Broken English Club