BEKO

beko-recordsSouvenez-vous de l’âge de pierre, du temps du compact-disc. Ce temps où l’on nous annonçait la mise à mort du microsillon sur l’autel du laser optique. Remémorez-vous le cloisonnement qu’il induisait, sa cherté et son peu d’intérêt cellophané. L’espace musical de chacun ne trouvait alors de convenables horizons qu’en assiégeant le consciencieux disquaire du coin et sa platine nichée entre deux fauteuils en cuir à la profondeur désarmante. Lequel disquaire fut vite remplacé, concentration capitalistique oblige, par la fameuse borne fnac n’égrainant que les trente petites secondes introductives de chaque morceau. Rien de tel pour honnir ce code barre et tout le commerce qui tourne avec, tel un rapace tentaculaire avilissant l’incongruité et l’originalité à la botte d’un conformisme dispendieux. Maintenant, projetez votre attention sur l’explosion digitale. Muni d’une bonne dose de curiosité, il est extrêmement facile via le net de se plonger dans des univers musicaux autres et de s’immerger de sonorités composées aux quatre coins de la planète. Flippant même, le chemin parcouru en si peu de temps. Pour le pire diront certains : téléchargement illégal, violation de propriété intellectuelle et mise à mort des albums au détriment des singles.

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L’apparition l’année passée d’Holidays Records dans le paysage musical bouscule pourtant les idées reçues : le net-label propose un maxi ou une compilation chaque vendredi en téléchargement gratuit. Emboîtant ce pas de géant d’une diffusion nouvelle d’un vivier musical infini, le label digital BEKO se ré-approprie l’idée. A sa manière. Si le principe reste peu ou prou le même, à savoir la publication hebdomadaire d’un single librement téléchargeable, le site est épuré au paroxysme du minimalisme quand les pochettes polychromes n’indiquent guère plus que le nom du groupe et le numéro de collection. Au delà d’un effet visuel, par ailleurs incontestable, c’est sur la diversité et la qualité que Jack et Reno s’appuient pour faire avancer et grandir leur protégé au nom de four pyrolitique. De leur Bretagne chérie, selon un axe Brest / Nantes, ces deux passionnés dénichent de véritables pépites d’ici et d’ailleurs pour les exposer ensuite aux oreilles d’un public aussi bigarré que ne le sont les groupes békotés. Ce qui attire inévitablement l’oreille de professionnels en quête de nouvelles têtes. Preuve en est, la récente signature du troublant duo canadien de Memoryhouse sur le label Evident Records.

En résumé, chacun y trouve donc son compte. Alors pourquoi pas vous ? Laissez-vous guider par Reno, qui, outre son statut de co-promoteur du site Beko(teur), partage son temps entre son magasin de disques et l’association Mémé Préfére en Quinquonce, dans un entretien trusté d’inestimables découvertes cliquables. Le jeu en valant outrageusement la chandelle, ce n’est pas dit qu’on ne lui redonne pas la parole très bientôt…

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Que faisais-tu avant Beko ?

Haha… Je te vois venir… Il y a maintenant plus de dix ans, avant de Bekoter, nous avions avec des amis un label « Diesel Combustible » au catalogue bien achalandé d’artistes locaux tels que Tank, Osaka, Dale Cooper, nos amis germaniques des cultissimes Ma Chérie for Painting, Mileva, Velvet First Floor et Color und Climax, une collaboration avec notre ami d’Active Suspension. Suite à une tentative avortée de sortie cdrs.. l’aventure s’est terminée. Reste que les artistes Diesel ont fait parler d’eux en signant sur de prestigieux labels, Earworm, Roisin, Rocket Racer… pour ne citer qu’eux.

D’où vous sont venues l’idée et la volonté à toi et Jack de créer un tel net-label avec chaque semaine un single en téléchargement gratuit ?

C’est avec le label Autres Direction in Music que l’idée m’est venue et notamment avec leurs premières sorties digitales (Atone, Melodium)… Mais il en existe tant d’autres… on est loin d’être les précurseurs ! Une chose est sûre, c’est que Beko je ne voulais pas le faire sans Jack… N’écoutant plus vraiment les mêmes choses, cela nous permet de nous compléter…

Holiday Records vous a poussés à franchir le pas ?

Entre autres, je trouvais intéressant de proposer le téléchargement gratuit d’un artiste chaque semaine. Après il me fallait trouver une idée différente, sous forme de 7″, une direction artistique propre et un autre jour que le vendredi !

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Peux-tu expliquer comment « fonctionne » un net-label proposant la mise en téléchargement gratuite notamment à l’heure où le téléchargement illégal est de plus en plus réprimandé ?

Beko est sous Creative Communs ce qui permet aux groupes d’autoriser le téléchargement, tout en ayant la possibilité de sortir les morceaux proposés par Beko sur cd / vinyle. Beko permet de diffuser, promouvoir leur musique plus facilement… tout cela dans la légalité.

Comment choisissez-vous les artistes avec lesquels vous travaillez et comment entrez-vous en contact avec eux ?

Au début j’avais mes préférences, je savais ce que je voulais Bekoter, à savoir des groupes que j’écoutais depuis longtemps (Bilinda Butchers, Death and Vanilla, Hanging Coffins). Je les ai juste contactés par mail et ils ont accepté immédiatement ! Puis en prospectant, je suis tombé sur Memoryhouse (le Beko s’est fait en deux semaines), Bathcrones et très récemment sur le Hongrois de Evil Have no Songs. Maintenant la demande est telle, que l’on reçoit un grand nombre de propositions permettant de tomber sur quelques perles comme The Leaf Library (sortie le 19/04). Et il faudra être patient, vu que le planning est complet jusqu’en octobre prochain !

Quels sont tes rapports avec les artistes que tu sors via Beko ?

J’espère bons… Je suis très souvent en contact avec eux pour les informer des stats et des retours sur les blogs, radio et presse, mais beaucoup d’entre eux étaient déjà des amis. Andrea de Procedure Club nous a beaucoup aidés en contactant Sore Eros et Eternal Summers, Mélanie de Moscow Olympics nous a fait un beau Beko, en attendant leur nouvel album… D’autres le sont devenus comme Liz et Chris de Tan Dollar, Jamie Long… Vous retrouverez d’ailleurs beaucoup d’entre eux très prochainement..

Pourquoi cette volonté de faire paraître des artistes du monde entier ? On remarque qu’il y a très peu de groupes français dans le catalogue…

C’est pas mal de voyager non ? Les USA sont très bien représentés, vu la quantité et qualité musicale, l’Asie avec Moscow Olympics nous a permis des téléchargements de Chine, Corée et même de Mongolie ! Quatre artistes français à ce jour… des amis et des nouveaux venus très talentueux, tel La Femme, qui a réussi à sa façon de me réconcilier avec la chanson
française. Mais très prochainement d’autres viendront se greffer à l’aventure Beko… par exemple EDH et Folle Eglise

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Peux-tu expliquer la marque de fabrique de Beko, notamment au niveau du style de musique et de l’artwork ?

Beko a été créé pour la musique (de la bonne), la créativité et la liberté artistique… Nous sommes de grands consommateurs de disques… quelque peu maladifs. Nous ne considérons pas Beko comme un label mais plutôt une plate-forme où l’on peut accéder gratuitement à la découverte… Le but est de faire découvrir les artistes que nous aimons… La sobriété du site par son peu d’info et ses pochettes permettent à Beko de se démarquer…

Sur l’ensemble du catalogue, j’imagine que tu as tes coups de cœur. Si tu en gardais cinq (player) ? Peux tu dire pourquoi ?

Chaque Beko est un coup de cœur…mais si tu en veux cinq…

The Dreams… je suis fan de toutes les productions de La Grande Triple Alliance Internationale de L’Est !

Raw Thrills, pour sa créativité débordante et ses relents à la John Maus.

Procedure Club, parce que c’est eux…

Eternal Summers, le « k » tant espéré !

[servez-vous de la touche ► pour faire défiler les morceaux]

Et à venir Muscle Drum, la pop déglinguée à la Tall Dwarfs que je rêvais d’entendre depuis bien longtemps

Peux-tu nous dire comment tu imagines Beko dans dix ans ? Une future Institution ?

Je ne suis pas quelqu’un qui se projette dans l’avenir. J’espère seulement que Beko aura permis de découvrir de nouveaux groupes, et j’espère qu’ils seront signés sur un vrai label ! Et puis dans dix ans je serais …… à la retraite !

Dans le court terme, des évolutions ?

Le site devrait être amélioré très prochainement, ça devient pénible d’aller cliquer sur le Death and Vanilla ! Des écoutes seront proposées et un lien (tant demandé) pour ouvrir les fichiers rar sur Mac.

As-tu des projets parallèles ou bekoter est une activité à plein temps ?

Heureusement non. J’ai un métier qui me comble, une association organisatrice de concerts Mémé Préfére en Quinquonce et je me prépare activement pour le marathon de New York, qui fêtera cette année son quarantième anniversaire.

En guise de conclusion, je te laisse présenter tes coups de cœur d’ici et d’ailleurs… et tous non bekotés !

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Sur ma platine… j’écoute :

Liliput – Live Recordings, Tv-clips & Roadmovie (Kill Rock Star, 2010)
C’est un groupe avant-gardiste suisse, à savoir l’un des groupes féminins les plus emblématiques des débuts du punk.

Bleach – Killing Time (1992)
L’un des albums shoegaze (deuxième vague) qui me suit d’années en années…

Cliffordandcalix – Lost Foundling 1999-2004 (Aperture, 2010)
Il s’agit de la rencontre entre Mira Calix et Mark Clifford (Seefeel).

Grand Trine – Sunglasses 12 » (Divorce, 2010)
Du heavy-psych-space-punk canadien !

My Cantina – Wide Awake (Hidden Feast, 2006)
L’album d’un duo de Chicago, que je me suis enfin décidé à acheter : imagine que Slowdive rencontre the Postal Service !

The Feeling of Love – School Yeah 7 » (Sweet rot, 2010)
L’un des meilleurs groupes français actuels.

Wild Safari – Cave Sequins cs (Night People, 2010)
Le projet de William Cody Watson de Pink Priest.

Arian Sample – Self-Titled lp (Hogs on Ice, 2008)
Étrange disque de folk… d’ailleurs je n’ai pas de pochette pour celui ci, juste du papier Kraft…

Ruth White – Fowers of Evil (Limelight,1969)
Groupe mutant d’avant-garde électronique, très noir, loin d’un silver apples…

Opus Finis – Penance 7 » (2007)
Une sortie Weird Records (Xeno & Oaklander+Led er est) d’un duo post-wave basé à Miami.

The Seven Fields of Aphelion – Periphery (Graveface Records,2010)
Des membres de Of Black Moth Super Rainbow, fragile, ambiant…

– This Town Lp (Hozac, 2009)
Du garage rock sur un des labels des plus excitants du moment !

Native Cats – Native Cats 7 » (White Denim, 2010)
Une très belle découverte australienne, qui me fait penser (bizarrement) à Arab Strap.

White Ring / OoOOo 7″ (Emotion, 2010)
La witch house, la musique la plus excitante de l’année.
Mater Suspiria Vision – ANNODAMONNA (free download)
Le groupe le plus créatif de l’année.

Mes coups de cœur en vrac…

Rosemary
Winter Drones
BADTIMEEXPRESS
PPALMM
Eachothers