Bear In Heaven – I Love You, It’s Cool

C’est cyclique. Comme une réponse à notre engouement pour une certaine musique chargée de vagues (à l’âme) pouvant se muer en rivières lacrymales, régulièrement, atterrit sur notre platine un opus qui vient bouleverser cet ordre établi, nous remettre les pieds sur la terre ferme. Delphic ou encore Summer Camp, pour ne citer qu’eux, ont récemment rempli à merveille ce rôle, jouant la carte de l’électro-pop vintage alliée à une orchestration plus classique le tout dans le respect de leurs illustres aînés, sans oublier d’y intégrer une pointe d’éléments novateurs pour le plus grand bonheur de nos oreilles, nos pieds et nos zygomatiques.

Dans ce contexte, le lauréat du moment s’appelle sans discussion possible Bear In Heaven. En effet, le trio de Brooklyn signe avec I Love You, It’s Cool, sorti chez Dead Oceans début avril, l’album jouissif et faussement foutraque  qui pourrait faire pâlir de jalousie Anthony Gonzalez pourtant père comblé d’un M83 porté aux nues depuis le succès d’Hurry Up, We’re Dreaming. Car comme l’indique son titre si évocateur, le troisième essai de la bande à Jon Philpot multiplie les couleurs sur la palette des sentiments, les mélange savamment afin d’offrir à ces compositions au sein desquelles il fait bon s’abandonner densité et richesse. Variations sur un même « t’aime », oui, de l’hypnotique Idle Heart et son implacable ligne de basse en passant par le spleenétique Sweetness And Sickness étalant son atmosphère oppressante et addictive sur plus de six minutes, de Space Remains jouant l’alliance des rythmes binaires et des gimmicks aériens au progressif Sinful Nature tout en tension avec ses cymbales omniprésentes. Deux implacables hits survolent cet ensemble pourtant déjà de haute tenue, le tubesque The Reflection Of You  taillé pour le dancefloor et l’addictif et enivrant  Kiss Me Crazy, véritable machine à taper du pied jusqu’à la fracture du troisième métatarsien.

L’Amour toujours, sous toutes ses formes, certes, mais ce qui ne sous-entend cependant pas une absence d’homogénéité dans cette œuvre. L’agencement des morceaux est réfléchi avec intelligence afin d’offrir à l’auditeur (à qui on recommandera de monter le volume juste ce qu’il faut pour déranger un tant soit peu le voisin du dessous et surtout apprécier pleinement et intégralement la richesse  des compositions proposées) non pas un album-concept mais bien un ensemble divers et varié doté d’une cohérence tout à fait remarquable.

Un tantinet plus aseptisé que son prédécesseur, Beast Rest Forth Mouth, I Love You It’s Cool joue assurément la carte du (res)sentiment pour ne jamais laisser place à l’indifférence. L’effet est plus direct, le chant de Jon Philpot plus affirmé et mélodique. On peut aisément concevoir que la scène offrira une nouvelle dimension à ces compositions faussement destructurées, aussi exubérantes qu’euphorisantes toutes empreintes d’esprit eighties qu’elles sont. Rançon du succès, certains titres sont si évidents et immédiats qu’ils ont pour effet de demander une attention plus que redoublée afin d’apprécier les autres pièces du puzzle. Mais voyez vous, c’est bien connu, quand on aime…

Audio

Tracklist

Bear In Heaven – I Love You, It’s Cool (Dead Oceans, 2012)

1. Idle Heart
2. The Reflection Of You
3. Noon Moon
4. Sinful Nature
5. Cool Light
6. Kiss Me Crazy
7. World Of Freakout
8. Warm Water
9. Space Remains
10. Sweetness & Sickness