Battant – As I Ride With No Horse

Que c’est triste de chroniquer un album posthume. J’avais attaqué la nouvelle galette de Battant avec enthousiasme, et je m’apprêtais à rendre ma copie quand la nouvelle est tombée. Mais que faire ? Il faut continuer – même si leur musique sonne peut-être différemment maintenant, la seule chose qu’on peut faire, c’est l’écouter.
Ça commence comme un appel au crime, la guitare rythme une montée, elle chevauche sans cheval la vallée fantomatique. L’entrée en matière du deuxième album de Battant étonne ; on retrouve bien le chant nerveux de Chloé Raunet mais ralenti. Plus posé, plus réfléchi.
No Head, premier opus du duo, m’avait chatouillé la voûte plantaire, excité l’ado encore présente dans le corps de la trentenaire. La déclaration d’intention était claire. Fougue, rythme endiablé, tendinite de tous les muscles en mouvement. Tout ce que la jeunesse peut offrir de meilleur pour se mettre à l’envers à l’envi.
Même si on attend souvent d’un deuxième album qu’il nous surprenne, qu’il soit un pied de nez intelligent aux chroniqueurs dans les starting blocks pour détruire tout ce qui a été construit, perso, je n’aurais pas craché sur une deuxième salve de titres à cran. J’étais prête à en découdre. Je tenais déjà ma chronique faussement salope : « Ça sent le réchauffé, mais tout le monde sait que le pot-au-feu est meilleur le lendemain« .

Et bien j’ai du ranger mes casseroles. Car même si l’on retrouve une vision de têtes coupées très chère au duo londonien, avec une sombre chevauchée spectrale, Battant bat en brèche toute redite, et nous emmène sur un nouveau terrain. Terrain d’essai avec quelques expérimentation blues très old school – The Farmer’s Ode To Wife semble déterrée d’un talus campagnard, As I Ride No Horse une déclaration d’amour à Johnny Cash.
Le terrain d’expérimentation stylistique a malgré tout ses limites, la tentative de piano/voix (Scarlet) se ramasse un peu, le chant de Chloé ne tenant pas toutes ses promesses sur ce genre d’exercice à la Tori Amos enfiévrée. Pourtant, il est un lieu ou Battant ne déçoit pas. On retrouve la pelote de nerfs sur les titres Being One et Shutter. Et contre toute attente, le titre le plus abouti est l’instrumental Hubble, traînant une mélancolie, un mal-être tout en désuétude. D’une simplicité touchante et réussie, laissant la voix de Chloé en suspens.
D’abord déçue par l’écoute, j’ai laissé As I Ride With No Horse reposer dans un coin. Il fallait combattre le besoin primaire de retrouver ses marques, le réécouter l’esprit vide pour se laisser remplir sans a priori. Il y a toujours eu une catégorie de disques difficiles à approcher, qui ne se laissent pas aimer vite fait, vers lesquels il faut revenir plusieurs fois pour apprendre à les connaître et à les apprécier. Le deuxième (et espérons pas le dernier) album de Battant en fait partie, ses quelques faiblesses ne le rendent que plus aimable, les deux protagonistes ayant réussi à se laisser regarder comme des êtres humains fragiles et sensibles, et non plus comme deux jeunes ambitieux indestructibles. Rien que pour ça, il mérite qu’on s’attarde sur ses onze titres.

Tracklist

Battant – As I Ride With No Horse (Kill The DJ , octobre 2011)

1. As I Ride With No Horse
2. Shutter
3. Doll And Chain
4. Modern Days
5. Clearcut
6. Scarlet
7. Farmer’s Ode To Wife
8. Hubble
9. Being One
10. Pester
11. Fossil Fuel