Bande Originale (12 juillet – 10 août 2014)

BO1Après Filmer la Musique, et leur longue fête d’anniversaire l’an passée, revoici les MU en pilote d’un exceptionnel projet, Bande Originale, un festival nomade, ambitieux et expérimental s’étendant du 12 juillet au 10 août 2014 et se concevant telle une exploration artistique du canal de l’Ourcq. Entre Navettes Sonores, Parcours Sonores, application mobile pour découvrir in-situ les créations d’une vingtaine d’artistes invités et une programmation live, à bord des Croisières ou sur la scène des Plages MU (le 6B de Saint-Denis, le Centre National de la Danse de Pantin, le Pavillon des Canaux et le Trabendo à Paris et Parc Forestier de la Poudrière à Aulnay-sous-Bois), il fallait bien quelques éclaircissements de la part d’Olivier Le Gal, producteur et coordinateur de l’événement, et d’Eric Daviron, responsable musique, pour présenter un vaste ensemble dont l’essentiel est répertorié ici et qui verra se croiser artistes pluridisciplinaires et collectifs – dont l’Atelier Méditerranée (lire), ∏-node, Vincent Epplay, Somaticae ou Sir Alice – et musiciens de tous horizons parmi lesquels Ricky Hollywood (lire), nos bons amis Femminielli Noir (lire), le sur-actif Inferno Toledano, l’inflammable Low Jack, l’artillerie Antilles, l’internationale de synthèse Tristesse Contemporaine ou encore l’incandescent Mondkopf. En plus de quelques bouées de sauvetage, on ne sait jamais.

Entretien avec Olivier Le Gal et Eric Daviron

Bande Originale se présente comme création polyphonique, en plus d’une exploration artistique du canal de l’Ourq. Quelle est la genèse de ce projet, quel en est l’objectif, quels sont les publics visés ?

Eric Daviron : MU est un collectif d’artistes qui développe entre autre une pratique expérimentale autour de la diffusion du son dans l’espace public. Au sein du collectif, je m’occupe plus particulièrement de la programmation musique du Garage MU, où se déroulent régulièrement des concerts depuis deux ans. Bande Originale réunit ces deux activités puisque qu’on y retrouve à la fois la composante expérimentale type art sonore et une programmation musicale proche de l’esprit du Garage MU, et plus anciennement du Festival Filmer la Musique que nous avons organisé pendant cinq ans.

Olivier Le Gal : Pour reprendre la métaphore du son et du fleuve, Bande Originale s’inscrit aussi comme un écho du projet European Sound Delta qui s’est déroulé en 2008, sur le Danube et sur le Rhin. Nous avons réactivé cette idée d’un projet mobile avec plusieurs artistes associant création sonore et dimension live. Quant au nom, Bande Originale, c’est bien sûr une référence au cinéma, à la musique composée spécialement pour un film. Ici il s’agit de composer du son en regard des espaces urbain ou – pour reprendre l’analogie du cinéma – un lent travelling de Stalingrad à Bobigny. C’est aussi un projet collectif qui rassemble plus de 30 artistes – une bande originale !

Est-ce une façon de désenclaver artistiquement un département si proche géographiquement mais si éloigné de dans le domaine de la création de Paris ?

Olivier Le Gal : Nous n’avons pas cette prétention et dire que le 93 est éloigné dans le domaine de la création est un peu caricatural . Canal 93 par exemple fait un super boulot à Bobigny à la croisée de plein de genres musicaux. Pour parler du projet, c’est vrai que les canaux à Paris – construits au XIXe siècle – sont un lien physique, une continuité – entre Paris et sa banlieue même s’ils sont un peu tombés en désuétude à mesure que Paris s’est désindustrialisée. Dans les années 70, on a voulu en faire une autoroute pour relier le centre de Paris ! C’est devenu un super espace à investir (il suffit de voir le street art) même si la pression immobilière s’accentue et que tout est en train de changer. C’est encore un territoire d’expériences car comme beaucoup d’artistes on se sent souvent un peu à l’étroit dans l’intra-muros . C’est aussi un peu un changement de mentalité que souligne Bande Originale.

Eric Daviron : Les Parisiens étouffent dans Paris, sa vie trop chère, ses loyers exorbitants, sa promiscuité et toutes ses contraintes, quand on veut faire la fête ou simplement écouter du son. Depuis environ deux ans , surtout dans la scène électro, beaucoup de choses se passent de manière éphémère en banlieue. Cela a relancé Paris, déclarée à un moment ville culturellement morte, sur la carte des capitales qui bougent. On se souvient de cette exode des Parisiens vers Berlin… Le public dans l’esprit qui animait les premières rave est prêt à se bouger, pour découvrir des spots, et avoir plus d’espace. Paris pousse les murs, comme toutes les grandes villes , on parle déjà de Pantin comme du nouveau Brooklyn… Pour revenir au projet : Bande Originale est un festival mobile sur la durée de l’été. Il y avait dès le début l’idée de s’affranchir des lieux institutionnels parisiens où ont lieu ces festivals à l’ancienne. Le voyage, le mouvement, l’esprit de découverte, et bien sûr le côté festif à la sauce MU sont les composantes de cette bande originale…

Parlons des « navettes » et des « parcours » sonores, à la frontière en spatialisation et création artistique : comment sont-ils conçus et par qui ?

Olivier Le Gal : On a invité une douzaine d’artistes et collectifs en résidence au printemps 2014à imaginer leur bande-son pour un fragment du canal. Ils ont enregistrés des sons dans différents contextes ou composé chez eux ou en studio. Ensuite, on les a réunis au Garage MU pour leur présenter notre logiciel de composition du son dans l’espace, ce qui leur a permis de « coucher » leurs sons et de mixer leur musique sur le territoire du canal. Là, c’est Philip Griffiths (aka WPMG), pilier de MU et expert en la matière, qui a joué le rôle du chef d’orchestre. Cette création collective sera accessible in-situ sur une application smartphone (www.soundways.eu) et pendant l’été au fil de multiples parcours et croisières sonores qui seront aussi ponctués de live.

Durant ce mois de juillet, entre parcours et concerts, peut-on parler d’itération artistique entre la création et la réaction du public ?

Olivier Le Gal : Il s’agit de faire se rencontrer la création, les artistes et le public pour fabriquer quelque chose ensemble oui. La dimension live est essentielle dans nos projets. La création sonore c’est un point de départ – comme le territoire – c’est à la fois un contexte et un prétexte. Ça offre l’avantage d’une continuité et d’une incertaine cohérence. Car l’essentiel est pour nous à venir – dans les rencontres qui vont se dérouler cet été entre Aulnay-sous-Bois et Saint-Denis en passant par Bobigny, Pantin et Paris. Ce qui est beau, c’est de voir comment le projet va se transformer. Puisque le public peut aussi participer et déposer ses sons sur l’appli, c’est une boucle, oui.

Pour la plage MU… On reconnaît les marottes du Collectif MU. Peux-tu la présenter globalement ? Entre Mondkopf et Antilles, quelle est la trame ?

Eric Daviron : En fait, entre ces artistes, la vraie trame c’est leur passion du son et leur indépendance créative. Dans un style différent, ils ont en eux l’esprit de l’underground, l’ouverture d’esprit et le mépris des conventions. Nous avons organisé en novembre 2013 une carte blanche au label In Paradisum et à son boss Guillaume Heuguet au Garage MU, avec Somaticae, Low Jack et un Américain, Container. Il s’est passé un truc magique ce soir-là : Low Jack a fait un DJ-set très inspiré, l’un des meilleurs de sa vie selon lui. A un moment, il a mixé un disque de Sister Iodine (groupe drone noise, side project d’Antilles) avec un truc d’électro, c’était fou, du jamais vu, tout à fait dans l’esprit de labo du Garage MU. Pour continuer le parallèle, ces musiciens ont une grosse culture musicale, et l’esprit de recherche, d’innovation des véritables artistes. Tu leur parles d’art sonore ça les branche, Amédée (Somaticae) s’est investit corps et âme dans le projet.

Hier soir au vernissage de l’expo Sur les rails au Point Ephémère (co-produite par MU) organisé par Atelier Méditerranée (artistes résidents de Bande Originale), je discutais avec mon ami Squat de Machi (Plage MU le 12 juillet à Aulnay avec Ricky Hollywood et WPMG), qui est un fan de Christian Zanesi (qu’on invite, et qui m’a avoué mettre du Zanesi dans tous ses DJ-sets)… Pour la fête finale qui aura lieu au 6B le 9 août, il y aura dès l’après-midi en plein air des DJ et des groupes dont Doctor Drone, Antilles et Bader Motor du label berlinois de Nicolas Moulin (Grautag)… Pour les musiciens électro qui joueront toute la nuit dans le 6B, Afrikan Sciences, Svengalhisghost, Mondkopf et Low Jack, ils ont la consigne d’oublier les diktats du dancefloor, de montrer leur côté sombre et expérimental, cette fête toute la nuit s’annonce comme une sorte d’anti-clubbing, bruitiste et transcendantal, un des grands moments de l’été 2014.

Toutes les infos sur le site BANDE ORIGINALE.

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