GHE20GOTH1K, Kunq, Janus, N.A.A.F.I, NON, Bala Club… Voilà quelques collectifs dont on parle beaucoup. Ils font le tour du monde en organisant des soirées, réinventant des scènes, des manières de faire la fête, déplaçant les corps et les oreilles quadrillés par le pouvoir, ailleurs, et avec une certaine permanence. Événement dans cette scène club bizarre et monstrueuse, le Bala Club, crew londonien qui regroupe des gens aussi intéressants qu’Endgame, Uli K, Kamixlo, Rules, Yayoyanoh ou encore Killavesi, sort sa première compilation. Après deux grosses années d’existence, de diverses soirées variées, de jam sessions vraiment super bizarres et de tournées, c’est un peu le moment de faire un point sur Bala Club.

Bala Club mélange encore une fois les genres, loin des clubs techno hétéros-blancs, il court-circuite une certaine idée de la musique un peu linéaire. Il y a un certain kitsch, une certaine vulgarité, une certaine façon d’envisager la danse qui se fait jour chez eux. Mélange de reggaeton, de dancehall, de dubstep, de UK, de bass, de footwork, de R’n’B, de jungle, de nightcore, de techno, de vogue, ils participent à l’écriture d’une musique électronique large et décomplexée d’elle-même. Il n’est plus question chez eux de référer à Terry Riley ou à Steve Reich, ni même à la techno de Detroit ou de Chicago, mais de travailler sans hiérarchie sur une pop music au sens le plus large du terme, et de remettre au goût du jour, de revitaliser certains sous-genres abhorrés. Ça chante en espagnol ou en anglais, ça fait des sessions débiles sur Just Jam ou des shows rigolos sur NTS, et ça participe surtout à l’implosion des dancefloors morts de reproduction de la domination masculine des clubs européens. Plutôt une cave, une rave que le Berghain, même si l’un et l’autre ne sont pas incompatibles.

Seize titres dans cette première compilation, et quasiment autant de manières d’approcher la musique, et son brassage permanent. C’est un peu comme si chaque titre déplaçait d’une certaine façon les esthétiques dominantes de la scène club. On ne s’attardera pas sur chacun des 16 titres, mais on peut signaler quand même les trois bombes de Kamixlo (définitivement vraiment un chouette type) : Esta Noche, Contigo et Ideksmfh. Ideksmfh qui reprend d’ailleurs quelques codes un peu « métal », ce qui n’est pas sans rappeler la furieuse Kablam qu’on aime aussi beaucoup beaucoup… Il y aussi ce titre néo-R’n’B bizarre de Rules, Take Me Hate Me ou encore Di4u d’Endgame (qui sort aussi un très bon EP sur Hyperdub), et signalons pour finir le titre hip-hop étrange de Yayoyanoh, 4me.

La première compilation du Bala Club est une bien belle photographie de cette scène sans cesse inventive depuis maintenant quelques années. Bien loin des postures transgressives de certaines soirées ou scènes, voilà qui promet encore de beaux jours à cette musique monstrueuse qui, de sortie en sortie, semble vraiment explorer un présent plus désidentifié, plus multiple, moins binaire et surtout moins gris.

Alignement des astres vers une insurrection queer dans la musique, peut-être…

Audio

Bala Club – Bala Comp Vol.1

Tracklist

Bala Club – Bala Comp Vol.1

01. Kamixlo – Esta Noche
02. Rules – Take Me Hate Me
03. Uli K & Malibu – Mi Luz
04. Uli K & Rules – Mi Corazon (prod Mechatok)
05. Yayoyanoh – 4 ME
06. Endgame & Rules – DI4U
07. Lunarios – Red Lagrimas
08. Killavesi & Adamn Killa – Ballin Like Messi (prod H!tkidd)
09. Yung Lean & Uli K – Schemin (prod Mechatok)
10. Kamixlo – Contigo
11. SKY H1 – All I Ever
12. Bladee & Thaiboy Digital – Made Of Glass (prod Palmistry)
13. Uli K & Killavesi – Don’t Look At Me (prod Mechatok)
14. Organ Tapes – Besitos (prod Uli K & Malibu)
15. Kamixlo – Idesksmfh
16. Endgame – Tears On road