ARLT – La Langue

arltlalangueC’est vrai qu’on parle de ARLT comme d’une musique un peu secrète, qu’on essaie de faire partager aux autres un peu gêné, parce qu’on ne sait pas véritablement expliquer comment on s’est fait happer par La Langue. Déjà, il nous aura fallu la faire tourner plus de sept fois pour enfin l’avoir bien en bouche, Car elle ne révèle ses secrets qu’avec parcimonie avant de nous clouer au sol. La dernière fois je vous parlais de The Age of Adz de Sufjan Stevens, du génie qu’il déploie pour faire de sa musique une onde de choc qui affole l’échelle de Richter de la symphonie ; ARLT se situe dans l’autre hémisphère où le temps n’existe pas, la nuit éternelle et les choses invisibles, seule règne la mémoire des émotions. La vie est faite de rencontres comme des accidents, leurs chansons ont l’air un peu cabossées, c’est ce qui leur donne ce charme et cette qualité, un bel accident. Elles parlent d’amour (qui est parti) avec rage, humour et surtout beaucoup de douceur. Rarement plus de trois phrases par chansons, qui se répètent pour obtenir une vérité nue. Dépouillée à ce point, La Langue se conjugue ici au passé, dans l’imparfait réside cette douce mélancolie. J’ai entendu La Langue et pioché ses mots, ses sensations, discuté avec ses fantômes, je suis revenu avec ce texte comme on rentre du marché, le panier rempli de bonnes saveurs de saison pour cuisiner un met délicieux.

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La rouille sur ma bouche c’est la trace du temps qui détruit tout, cette cigarette qui s’éteint me brûle les lèvres, j’ai couru toute la nuit dans les rues jusqu’à m’écrouler comme une pierre terminant sa course folle au fond d’une rivière. J’ai sorti la tête de l’eau brusquement au moment où nous avons ri, et la honte se mit à me ronger les os, bientôt il ne me restait plus que les dents pour mordre à quelque chose et me relever. Je marchai vers la butte, là-haut tu m’attendais, j’allais revoir la mer, caresser ta peau, sentir cette brise passer emportant ton parfum, tu seras avec moi comme avant pour toujours. Nous resterons là-haut jusqu’au dernier jour. Notre amour, c’est cet arbre où on s’est endormi. En bas c’est la guerre, j’ai abandonné ma maison, mon champs, mon pain, allons nous reposer dans l’arbre, on n’entend pas les canons.

Vidéo

Tracklist

Arlt – La Langue (Almost Musique, 2010)

1. La Rouille
2. Après quoi nous avons ri
3. La Honte
4. Château d’eau
5. Les Dents
6. Une Joie
7. Revoir la mer
8. De haut en bas
9. Je voudrais être mariée
10. Lettre morte
11. Que se passe-t-il ?