Angel Ho revient avec 4 titres chez NON. Après son très remarqué premier EP Ascension (lire) signé chez Halcyon Veil, le label de Rabit, on était ravis à l’idée d’écouter les nouvelles productions de ce garçon de Cape Town.

Après Ascension, Emancipation donc. Pas de couplet sur les énoncés performatifs, néanmoins cette fois il est question pour Angel Ho de s’adresser aux communistes « black queer trans », d’obtenir réparation d’une spoliation, et de se ré-approprier un héritage, un ensemble de sons, de pistes, de samples, de travaux sonores, de faire peut-être collection pour produire une manière sonore de s’émanciper, une manière sonore de réagir, une manière sonore de s’engager.

L’EP – et c’est intéressant – est quasi entièrement collaboratif, on y retrouve un morceau produit à quatre mains, deux remixes et un seul morceau produit en solo. Dans les collaborateurs, on retrouve notamment Desire Marea, moitié de Faka. « L’avenir, c’est de collaborer – il s’agit de comprendre les gens et d’apprendre plus sur vous à travers eux » déclarait Angel Ho dans une interview accordée à The Fader.

Apprendre plus et apparemment également produire plus. Produire du sens plus fort en tout cas.
 Angel Ho procède par collage et boucle, qu’il s’agisse de telle ou telle chanson pop ou R’n’B, qu’il s’agisse de tel ou tel sample de vogue, d’un accord de piano, d’un bruit de moto ou d’une voix bizarre. Coller, c’est assembler et agencer, c’est avec cette matière qu’Angel Ho produit sa musique. Il collectionne, pioche, boucle, colle, surimprime, agence. Il réutilise une matière, un héritage pour en créer un autre, un donné bafoué, spolié, pour en faire autre chose, une autre sonorité, une autre manière de produire du sonore. Collecter, boucler, agencer pour s’émanciper, pour s’extraire.

Emancipation, c’est un programme. À l’heure où, en France, on lutte encore à côté contre une réforme de la loi du travail au lieu de lutter contre le travail lui-même, Angel Ho, lui, dessine un engagement qui a pour programme de s’émanciper. De s’extraire d’une histoire et d’un ensemble de structures, de forces oppressives qui traversent nos vies quotidiennes. Si Ascension était déjà un manifeste, Emancipation est un manifeste programmatique. Il s’agit à travers une matière de s’extraire, de trouver une autre voie, de faire acte de sens avec le réel et en travaillant ce réel. En travaillant les oppressions, les usages du pouvoir, les quadrillages de l’histoire, en travaillant en somme les situations dans l’ensemble de ce qu’elles peuvent être. S’émanciper, c’est aussi se libérer pour faire autrement. Faire autrement, c’est ce qu’a entrepris cette scène depuis déjà un bon moment…

Emancipation est encore une fois une production brillante, mais on va peut-être arrêter de le dire à chaque nouvelle sortie de NON. C’est une production encore une fois politique, manifeste, et une production qui fait sens, qui émancipe même dans sa création. Produire à plusieurs plutôt que seul, s’émanciper du concept moderne et ethnocentré d’individu pour aller ailleurs, pour faire autre chose et autrement. S’émanciper urgemment, il est temps, et Angel Ho tente, lui, de rendre cela possible par le son, collectivement et par le son. Ça fait sens, et on n’arrêtera pas de s’en émerveiller de si tôt !

Audio

Tracklisting

Angel Ho – Emancipation (NON, 10 mars 2016)

01. To The Cunt (Angel-Ho X Desire Marea)
02. CLOCCCC
03. I Dont Want Your Man (Keyshia Cole Remix)
04. Bury Me (Banished Remix X Desire Marea)