Angel-Ho – Ascension

Non Records et Halcyon Veil pour la sortie, Arca au mastering, déjà plutôt bon signe. Ascension est la première sortie du label de Rabit, producteur texan assez génial dont on attend le LP avec une grande impatience ainsi que la première sortie du collectif Non Records, basé entre Londres, Richemond, et Cape Town. À la commande Angel-Ho un sud-africain de Cape Town d’une vingtaine d’année qui a fondé le collectif Non avec Nkisi et Chino Amobi. Le tout via soundcloud entre les États-Unis, l’Angleterre et l’Afrique du Sud.

Un EP de 5 titres, ponctués par des « cunt », des bruits de vitres brisées, des samples de master at works, des rires super sinistres, un chien qui aboie, des ambiances type field recordings, des instruments difficiles à identifier, quelques glitch sur-joués, et des samples hyper-bouclés. Ascension fonctionne par sur-impression et collage de différentes couches sonores, il y a quelque chose de l’ordre d’une désorientation de l’écoute dans ce processus. Les samples acquièrent des matières sonores extrêmement étranges dans certains morceaux. Inside the flux of Mind, qui ouvre l’EP, joue particulièrement sur le sample d’un aboiement de chien, réduit, puis augmenté dans sa durée, ce sample est l’élément qui prend en charge l’ensemble de la tension du morceau. Il devient tout à la fois plus abstrait et « mélodique » quand la boucle est accélérée, et très concret quand elle est simplement répétée.

L’EP est aussi clairement politique voire manifeste. À la fois queer et traitant des questions post-coloniales. Des titres y font d’ailleurs clairement référence, Removals ou Revolter par exemple. L’EP avait d’ailleurs été dans un premier performé par Angel-Ho en février. Angel Ho avait aussi participé au mouvement de protestation contre la présence d’une statue d’un colon blanc sur le campus de son université en avril dernier, elle a finalement été déboulonnée. D’ailleurs il est le seul noir de sa promo aux beaux-arts de Cape Town, preuve s’il en est pour lui que la société sud-africaine est encore particulièrement ségréguée tant dans l’éducation, que dans l’espace même du pays.

L’EP désoriente clairement l’écoute, et l’auditeur, elle ne joue ni sur des canons rythmiques, ni sur des sonorités dancefloor, pourtant elle reste extrêmement « club » et « vogue ». Bref, ce type est brillant, son EP est vraiment tout à fait incroyable, radical dans l’approche, radical dans le propos, radical dans le traitement du son, et putain qu’est-ce que c’est bien !

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