Depuis 2010 et la sortie de leur premier album, Alpine Decline, le duo guitare/batterie originaire de Los Angeles et expatrié a Pékin, n’a cessé de nous régaler à chaque sortie de disque entre pysché et shoegaze où leurs explorations soniques où ce mêlent distorsions noises et sens mélodique aiguisé. Alors qu’au printemps dernier sortait leur album Life’s a Gasp, produit par Yang Haisong (P.K.14), sorte de lettre d’amour/haine dédiée à leur ville d’adoption on a décidé de soumettre le duo hyperactif à notre interview Out of the Blue, ils nous font cadeau d’un titre inédit, teaser de leur prochain album à venir…

D’où venez-vous ?

Where do you come from?

Pauline : On s’est rencontrés à Los Angeles, où j’ai grandi. Jonathan, lui, vient de l’Ohio.
Pauline: We met in Los Angeles, where I grew up. Jonathan is from Ohio.

Où allez-vous ?

Where are you headed?

Jonathan : Vers le futur.

Pauline : À grande vitesse, a priori.

Jonathan : Quand est-ce que ce sera publié ? On y sera déjà à ce moment là, probablement…

Jonathan:  Into the future. Pauline:  Quickly, it seems. Jonathan: When will this be published?  We might already be there…

Pourquoi la musique ?

Why music?

Jonathan : Pauline et moi jouons de la musique depuis aussi longtemps qu’on puisse s’en souvenir. Lorsque l’on a créé Alpine Decline, on jouait déjà tous les deux dans des groupes depuis très longtemps. Mais Alpine a changé un peu notre objectif, la musique est devenue pour nous une véritable quête déterministe.

Jonathan: Pauline and I were both playing music from before our earliest memories. But when we started Alpine Decline and we’d been playing in bands for a long, long time, and the objective changed. We started to use music as a more deterministic pursuit in our lives. 

Et si vous n’aviez pas fait de musique ?

And if music wasn’t your thing?

Pauline : C’est évidemment très clair pour nous aujourd’hui, si nous avons eu d’autres options à un moment de nos vies, nous nous en sommes vraiment éloignées il y a très longtemps.

Pauline: It’s clear at this point in our lives, if there ever were other options, they branched off from our path long ago.

Une épiphanie personnelle ?

An epiphany of yours?

Pauline : Toutes nos épiphanies sont très bien décrites dans nos albums.

Jonathan : Nous recommandons au lecteur de se fier uniquement aux paroles de morceaux tirées de sources officielles, ou d’écouter avec une grande attention, l’oreille collée aux enceintes, pour comprendre ces épiphanies. Une correspondance directe est aussi la bienvenue.

Pauline: All our epiphanies are well documented in our albums.  

Jonathan: The reader is kindly advised to only trust lyrics from official sources, or listen very, very closely with your ear pressed against the speakers to make out the epiphanies. Direct correspondence is also welcome. 

Une révélation artistique ?

Your artistic breakthrough?

Pauline : Créer Alpine Decline a vraiment réaligné notre perspective de vie et ce que nous faisions en tant que musiciens, ce que nous cherchions à accomplir avec.

Jonathan : Personnellement, je l’ai ressenti comme les différentes étapes d’un lancement d’une fusée, on s’est extrait de la scène dont on était issu, on a largué les réacteurs et on a plongé dans l’espace.

Pauline : Est-ce que Pékin c’est l’espace, dans ton analogie ?

Jonathan : Une métaphore imparfaite.

Pauline : Mhmm.

Pauline: Creating Alpine Decline really realigned our perspective on what we were doing as musicians, and how we were trying to go about doing it.  

Jonathan: Yes, personally it felt like the stages of a rocket launch, where we first blew up the scene we’d been in, then dropped the boosters and punched into space.

Pauline: Is Beijing “space” in this analogy?

Jonathan: It’s an imperfect metaphor.

Pauline: Mhmm.

Le revers de la médaille ?

Any downside?

Pauline : Il y en a tellement. Tu connais beaucoup d’artistes qui ont des vies confortables et stables ?

Jonathan : Il y a quelques instants de plaisir mais ils sont profonds. Ils n’effacent pas les moments difficiles, mais si on prend du recul, considérer la musique comme un style de vie à part entière est un process qui – si tu le suis jusqu’à ta mort – te transformera en une personne particulière, avec des connaissances bien spécifiques, j’ai toujours été attiré par ça.

Pauline : Mais ça ne fonctionne que si tu suis ça jusqu’à ta mort. Ça ne marche pas si tu arrêtes avant.
Pauline: There are so many. Do you know many artists living comfortable, stable lives?

Jonathan: The pleasures are few but profound. It’s not that they outweigh the downsides, but the big picture is that music-as-a-way-of-life is a process that — if you stick with it until you die — will shape you into a particular kind of person, with a particular set of insights, and I’ve always been attracted to that.

Pauline: But you have to stick with it until you die.  It doesn’t work if you quit before then.
Y a t-il une vie après la mort artistique ?

Is there life after artistic death?

Jonathan : La vie est courte, la mort est longue et le succès est très très loin.

Jonathan: Life is short and death is long, and success is very far away.

Un rituel de scène ?

Your pre-stage ritual?

Jonathan : C’est obscène et vicieux.

Pauline : Ca n’est pas pour les âmes sensibles.

Jonathan : Ou pour ceux qui ont l’estomac fragile.

Pauline : C’est bien plus intéressant que ce qu’il se passe sur scène.

Jonathan : On ne nous autoriserait pas à le faire sur scène.

Jonathan: It’s obscene and vicious.

Pauline: Not for the faint of heart.

Jonathan: Not for the weak of stomach.

Pauline: Far more interesting than what goes on onstage.

Jonathan: They would never allow that onstage.

Avec qui aimeriez-vous travailler (musique et hors musique) ?

Who would you work with (musically or not)?

Pauline : On préfère plutôt travailler à l’envers – au lieu de choisir quelqu’un avec qui nous voudrions travailler en espérant que l’on parvienne à s’entendre humainement, nous essayons de convaincre ceux dont nous sommes proches de travailler avec nous. Même s’ils ne sont pas les plus grands experts dans leur domaine.

Pauline: We sort of work backwards – instead of choosing someone we want to work with and hoping we connect personally, we just try to convince the people that we connect with personally to work with us. Even if they aren’t the most expert in whatever we’re doing together.

Quel serait le climax de votre carrière artistique ?

What would be the climax of your career?

Jonathan : Il est sûrement préférable de nous voir comme des moines. Les moines n’ont pas de carrière en méditation ou en chant. Leur pratique n’a pas vraiment de climax.

Pauline : Sauf s’ils atteignent l’illumination…

Jonathan : Tu aimes bien descendre mes métaphores aujourd’hui.

Pauline : Qu’est-ce que tu veux dire par « les moines n’ont pas de climax » ?

Jonathan : Je crois que pour nous il s’agit plutôt de continuer à travailler encore et encore jusqu’à ce qu’émerge une sorte de grande révélation finale. Aucun album ne touche du doigt parfaitement cette véritable révélation mais peut-être qu’à la fin, cette révélation essentielle émergera de ce que nous avons créé collectivement.

Jonathan: Maybe it’s better to think of us more like monks.  Monks do not have a career of meditating and chanting.  Their practice doesn’t have a climax.

Pauline: Well, if they achieve enlightenment…

Jonathan: You are really coming down hard my analogies today. Pauline: Well, what are you saying?  “Monks don’t climax?”

Jonathan: I think it’s more about making a body of work that kind of circles around some big revelation.  No one single album quite pins it precisely or perfectly, but maybe by the end, the picture will emerge from looking at it all collectively.  

Retour à l’enfance, quel conseil te donnes–tu ? Back to your childhood – what piece of advice would you give your young self?

Pauline : Il n’y a rien que je pourrais me dire à moi-même que j’aurais écouté étant jeune.

Pauline: There’s nothing I could have said to myself that I would have listened to.

Comment vous voyez-vous dans trente ans ?

How do you see yourself thirty years from now?

Jonathan : Des vieux fous rigolant des voix que nous entendons dans nos têtes, en se souvenant très mal de notre passé.

Jonathan: Old fools laughing to ourselves at the voices in our head and misremembering our past.  

Comment voyez-vous évoluer ta musique ?

How do you see your music evolve?

Jonathan : Je n’ai pas de véritable réponse à cette question. C’est un sujet tellement compliqué, très bordélique, que je préfère généralement l’éviter pour ne pas avoir à me perdre dans mes pensées.

Jonathan: That’s not really something I could give a clean answer to… it’s such a big, messy topic that in general I prefer to just avoid tangling up my thoughts with it.


Un plaisir coupable ou un trésor caché (musique ou hors musique) ?

Your guilty pleasure or hidden treasure (musically or not)?

Jonathan : J’aime beaucoup boire et fumer dans des chambres d’hôtel délabrées de villes du tiers-monde.

Pauline : J’adore les Nutter Butters.

Jonathan: I’m particularly partial to drinking and smoking in run-down hotel rooms in third tier cities.  

Pauline: I like Nutter Butters.  

Écoute exclusive

Dawn Education by Helicopter est un morceau tiré des sessions réalisées l’hiver dernier à Taipei, qui se sont transformées en ce qui sera notre prochain album Action Moves Away from the Center. Contrairement à nos autres albums, on a choisi de n’utiliser ni batterie ni guitares sur celui-ci, il a été produit entièrement à partir de synthés modulaires. Le disque devrait sortir fin 2017. Pour ceux qui préfèrent les guitares et la batterie, nous enregistrons à Pékin la suite de Life’s A Gasp, ça s’annonce vraiment bien.

Dawn Evacuation by Helicopter is a track culled from the sessions last winter in Taipei that resulted in our forthcoming album Action Moves Away from the Center.  Unlike our other albums, Action Moves Away from the Center has no drums or guitars — it was produced entirely on our modular synths.  Look out for this record later in 2017.  If you prefer guitar and drums in your music, we are currently in Beijing recording the follow up to Life’s a Gasp, and it’s turning out to be a real doozy.

 

Video

Photo en pj. © Nicholas Marshall