Dans la nuit noire de la récupération à tout va par l’industrie musicale, certaines figures ont toujours porté haut la rectitude des notions d’indépendance et intransigeance. Des voix rares mais encore audibles et qui, dans un relatif anonymat, s’évertuent à une besogne servant toujours la vision d’une musique qu’ils défendent. Parmi eux, on pense évidemment à Ian MacKaye, membre émérite de Minor Threat puis de Fugazi et fondateur de Dischord Records, label intiment lié à la scène punk-hardcore de Washington, refusant tout diktat d’un quelconque distributeur et organisé selon une éthique égalitariste. On ne peut également que se référer à l’indéboulonnable Steve Albini à qui, outre les cinq albums de son groupe Shellac avec Todd Trainer à la batterie et Bob Weston à la basse, l’on doit la production pêle-mêle de groupes comme Nirvana, The Jesus Lizard, Pixies, Slint, Tad, The Breeders, Jon Spencer Blues Explosion, Helmet,  Don Caballero, Gastr del Sol, Tortoise, Palace Music, Oxbow, et même Fugazi ou les français de Sloy ou des Thugs. Un mec capable de faire défiler la même année dans son studio Electrical Audio à Chicago Will Oldham, Neurosis ou Godspeed You! Black Emperor en connaît forcément un bout sur le rigorisme et la vertu, lui qui écrivait dans une fameuse lettre adressée à Kurt Cobain lors de l’enregistrement d’In Utero qu’il refusait tout royalties, voulant être payé « tel un plombier : je fais mon travail, vous me payez ce qu’il vaut. » Ian MacKaye et Steve Albini donc, chacun sur le retour en 2014, l’un avec l’excitante réédition de démos de Fugazi, First Demo (lire), l’autre avec l’album Dude Incredible (lire) dont l’austérité n’a pas cillé avec l’âge, et dont la parole compte. Si le premier ne confine celle-ci que par le bais de documentaires traitant exclusivement de Washington DC – on pense évidemment à Salad Days : The Birth of Punk In The Nation’s Capital (lire) – le second s’offre parfois quelques sorties bien senties, dont celle à la conférence Face The Music de Melbourne en novembre dernier. Une intervention derechef retranscrite par The Gardian et presque instantanément traduite par les collègues de Mowno (lire). Ce qui en dit long sur l’importance suggestive de l’auteur en 1993 de l’essai The Problem With Music dans un milieu ayant connu une révolution cardinale, la généralisation d’internet et de ses conséquences pratiques en terme de production, de relais ou de distribution, en plus de toutes les potentialités nouvelles offertes par ce medium. Et le mec est sûr de lui, posant son CV en introduction : « Je vais d’abord revenir sur quelques points me concernant. J’ai 52 ans, j’ai constamment fait partie de groupes, j’ai toujours été actif – d’une manière ou d’une autre – dans le domaine de la musique depuis 1978. A ce jour, je joue toujours, je travaille en tant qu’ingénieur du son, et je possède mon propre studio d’enregistrement à Chicago. Par le passé, j’ai écrit pour un fanzine, j’ai été programmateur radio, organisateur de concerts, et j’ai aussi monté un petit label. Je n’ai pas toujours été convaincant dans tout ce que j’ai entrepris, mais ces choses, je les ai faites, donc elles font partie de mon CV. Je travaille la musique tous les jours, avec des musiciens, depuis plus de trente ans. J’ai enregistré près de 2000 disques pour des groupes indépendants comme pour des rock stars, pour des petits labels comme pour des gros. J’en ai enregistré un il y a deux jours, et je me pencherai sur un nouveau lundi à ma descente d’avion. Donc, en sachant comme elle était et ce qu’elle est devenue, je pense que ça me place dans une bonne position pour évaluer l’état de santé de la musique. » Plutôt que de retenir son souffle plus longtemps quant à la teneur des propos, et avoir cette désagréable impression d’être passé à côté de quelque chose, l’idée a germé d’une lecture critique de ce texte par cinq représentants de micro-labels hexagonaux que sont Hands in The Dark, Svn Sns Records, Atelier Ciseaux, Fin de Siècle et Stellar Kinematics. Morceaux choisis, sachant que l’intervention de Steve Albini est à mater dans son canap en intégralité ci-après.

Albini 2

Son point de vue, sans apporter vraiment quelque chose de nouveau, semble tenir la route : sans internet, Hands in The Dark n’existerait pas. Parvenir à vendre des disques à l’autre bout du monde, réussir à rentrer en contact en quelques clics avec de gros médias, des shops un peu partout sont autant de choses qu’il nous serait quasi impossible de faire sans notre chère connexion freebox. Mais l’explosion du net / streaming / téléchargement a aussi des côtés moins jouissifs. Alors oui, soundcloud / youtube / bandcamp & co facilitent les démarches pour les groupes ou labels mais ils sont aussi devenus d’immenses déversoirs à merde. J’imagine qu’en tant que S. Albini, c’est aussi plus simple pour lui d’être sur une approche positive du marché. Et quand Albini dit que « la musique oubliée s’est vue offrir une seconde vie« , certes il a raison mais il passe sous silence l’effet néfaste de ce phénomène puisque pas mal de gens sont désormais à l’affût de rééditions ou d’archives déterrées via les labels/blogs, oubliant parallèlement des trucs tout aussi excitants chez les jeunes artistes. (Morgan, Hands in The Dark).

Même si l’on parle d’indépendant, c’est un monde qui n’est pas le nôtre : les conditions sont beaucoup plus difficiles pour des labels ou groupes qui veulent en vivre et qui sont là depuis moins longtemps. Mais j’ai surtout l’impression que tout le monde se renvoie la faute. Les majors disent que c’est la faute du net, ce qui est vrai, les consommateurs que les disques restent trop chers, ce qui est aussi vrai, les mecs comme Albini que c’est mieux maintenant, facile pour un mec de sa stature, et les labels comme Atelier Ciseaux qui refusent cette idée du mp3 payant bien qu’on ne peut plus réduire les acheteurs de mp3 à des consommateurs shuffle. Ce qui me gène, c’est que pour certains, sortir du vinyle ou de la K7 est une affirmation d’indépendance… ce qui est faux, totalement. Cœur de Pirate fait du vinyle, Captured Tracks sort des coffrets cassettes limités a cent copies à des prix pas possible. Je suis sure qu’en creusant, certaines majors ont dû en sortir également. On utilise des formats pour brandir un étendard en fin de compte vierge. Après c’est clair que sans internet, Atelier Ciseaux ne serait pas le même, voir ne serait peut-être pas. On ne sortirait peut-être pas de disques avec des Américains, on ne vendrait pas à Taiwan, les groupes n’auraient pas la possibilité, comme Albini le dit, de pouvoir enregistrer à moindre coût. Ça a démocratisé tout ceci et c’est vraiment une bonne chose. Mais quelque part, on a aussi perdu de vue que la sortie d’un disque implique des gens, de l’argent, du temps, de l’énergie, de la passion… J’ai le sentiment que la nouvelle génération qui connait principalement le mp3 n’a pas conscience de tout ça. Que la musique ne sort pas par magie d’internet. Que soundcloud ou youtube ne sont que des intermédiaires. Que sans tous ces passionnés, toutes ces plateformes seraient vides. Je trouve assez scandaleux que certains blogs ne parlent jamais des labels ou ne filent aucun lien pour acheter le disque ou juste des informations. On minimise toute cette énergie et il n’est pas ici question d’ego, comme si c’était dérisoire. (Rémi, Atelier Ciseaux)

Le soldat Albini enfonce pas mal de portes ouvertes. En fait, c’est absolument normal qu’un type dans sa situation tienne ce discours, il n’y a rien de génial, ni rien de scandaleux dans ses propos. C’est un constat. Il capitalise sur son passé et c’est pour les gens comme lui que l’industrie du disque redevient un petit eldorado avec toute la folie des rééditions. C’est vrai qu’on peut constater une espèce de tendance qui voudrait que ce qui est plus ancien ait plus de valeur que le contemporain. Presque un délire muséal ou de conservation. Célébrons plutôt les gloires passées, pas grave pour nos contemporains, de toutes façons on aura le temps de les redécouvrir dans dix, quinze, vingt ans. (Alex, Svn Sns Records).

Internet a rééquilibré le rapport labels / artistes. Par son accessibilité et la facilité de diffusion, pour un peu qu’on s’approprie quelques techniques de web-marketeux, on peut très bien créer ses différents profils de diffusion et vente. L’activité de label ne tourne plus autour de ce rôle de valorisation mercatique. Aujourd’hui, un label doit apporter un savoir-faire, une approche, un positionnement. Idem pour la diffusion: la qualité d’un label va au-delà de la seule dimension de son réseau, aujourd’hui tout le monde peut se créer un réseau. Le label doit créer la valeur ajoutée, s’attribuer des fonctions vraiment utiles et si l’argent aide forcément, c’est d’abord les compétences qui sont à la base de la relation de confiance avec les artistes et les diffuseurs. Le positionnement sur la musique de niche est par ailleurs un vrai choix. Ce n’est pas une sorte de limitation de facto, imposée par le consumérisme ou la démocratisation des réseaux. Internet, c’est aussi des millions d’artistes à la noix qui sortent de la soupe diffusée sur YouTube en attente d’intégrer un télé-crochet et de signer chez Universal. Leur proposer de rejoindre un petit label ne me semble pas très compliqué. En revanche, la niche, ou du moins ce que je verrais plutôt comme une spécialisation volontaire, relève plutôt de la véritable indépendance : tu choisis ton fond de commerce, en général ça correspond à tes goûts, et de ce point de vue ça n’a rien d’un pis-aller, c’est au contraire la motivation qui permet la création puis le développement d’un label indépendant comme Stellar Kinematics. Et aujourd’hui, la motivation compte autant voire plus que le fric dans la vie d’un micro label. La spécialisation ou la niche, c’est d’abord faire ce que tu aimes même si tu sais que tu vas en chier.

Par ailleurs, j’aime son expression, blasé par les concerts, qui renvoie à cette capacité qu’on a aujourd’hui de TOUT voir, ne rien rater. Tout est accessible, la rareté n’existe que par l’autodiscipline et beaucoup se perdent dans le FOMO. Mais où et quand et comment s’arrêter ? Les labels n’ont jamais eu autant de visibilité, des soirées portent leurs noms, c’est un véritable réseau d’influence qui tend parfois à lasser, à décourager de chercher par soi-même. Le label est aussi évidemment là pour ça : démarquer les influences, pourquoi pas les bouleverser dans le meilleur des cas. Mais ça ne doit pas être servi comme une becquée virale à faire mousser les tourneurs, ça ne doit empêcher personne de chercher ses propres influences. C’est l’émulsion produite par cette accessibilité qui importe vraiment, ni la quantité, ni la tendance. Ce qui me permet de passer au point suivant : celui du prix des concerts. Je n’ai pas vraiment connu les concerts des années 70 et 80, mais j’ai le souvenir de tarifs élevés sur les grosses affiches et d’un manque de connaissance des lieux de concerts dits « découverte », qui ont quand même eu leur lot de stars en devenir. En 89, Nirvana jouait à Issy-les-Moulineaux, et les exemples ne manquent pas de salles, de bars et de MJC qui pratiquent des tarifs attractifs. La scène indé a de plus en plus de lieux pas chers où s’affirmer, et la viralité est justement le nerf de la guerre dans ces cas là. Les labels y ont leur rôle à jouer. Quant à l’analyse sémantique à laquelle il procède à la fin de son intervention, elle est aussi vide de sens que la phrase qu’il tente d’analyser maladroitement en y insérant la seule vision de son point de vue de quinqua qui a vécu l’histoire du punk. Il tire la sonnette d’une alarme qui résonne déjà depuis des années. L’évolution de l’industrie musicale est aussi sauvage qu’elle est fluide et ne se résume pas à un rapport direct artiste / fan. Au contraire, cette fluidité donne la capacité à des acteurs nouveaux de se créer, à leur niveau de compétences et/ou de médiation, et les labels font partie de ces acteurs, comme le sont les développeurs des plateformes de diffusion, les graphistes des covers et affiches, les bookers, les fanzines et blogs, etc. La musique est une création de l’esprit, et à ce titre attire comme un aimant d’autres esprits créatifs et motivés, démocratisant des supports, des ressources et surtout des courants musicaux qui se traduisent de plus en plus souvent en sous-genres complexes et riches. Encore une fois, je pense que c’est l’émulsion qui caractérise l’approche de la musique indépendante aujourd’hui et il n’est pas plus légitime de vouloir réformer la façon dont se crée, propage et vend la musique actuellement que de vouloir donner des leçons aux réformateurs (Thibault, Stellar Kinematics).

D’abord, je veux juste m’aligner sur Rémi, entre autres, qui précisait que les propos viennent d’un acteur très visible de l’indé aux US, qui, quoi qu’on en dise, vit lui aussi sur l’héritage d’un circuit musical de distribution / promotion propre aux 80’s / 90’s. Et même si des labels comme Touch & Go ou autres sont des exemples majeurs de réussite indépendante pour nous, vingt ans plus tard, il n’en reste pas moins qu’Albini a cette posture issue de ce qu’il a connu, de cette époque dorée, comme on peut le lire ici et là où tout était plus difficile et plus cher mais où il existait une véritable économie, un véritable modèle, pour guider le travail et tenter d’avancer tout en gardant ses principes. Ça n’est plus le cas aujourd’hui, ou de manière beaucoup moins claire et visible. Je n’irai pas jusqu’à reparler de certains détails du propos de Steve Albini comme le prix du disque et des concerts, le fait que l’industrie de la musique soit à l’époque une industrie du disque, etc., pour ne pas rentrer dans une explication de texte chiante. Mais je voudrais m’attacher à un point précis. Pour moi Albini vient d’une génération qui pense qu’Internet a tout bouleversé. Et c’est ça le malentendu. En pratique, oui évidemment, avec une dématérialisation de la musique qui l’a rendue plus accessible, échangeable, trouvable, achetable, etc pour le consommateur, qui l’a rendue moins « chère » à créer pour le musicien ou à fabriquer. Mais le modèle économique, lui, n’a pas changé, c’est faux, archi-faux, et une illusion grossière que de dire ça. Il n’est qu’un clone de ce qui existait avant, déporté ailleurs, avec d’autres acteurs que les traditionnels labels / maisons de disques de l’ère post-50’s, en gros. Les moyens techniques ont changé comme je le disais mais les rapports économiques n’ont pas évolué, et ça c’est la réalité sur le terrain pour les petits acteurs comme Fin de Siècle. Du coup, il existe aujourd’hui une vraie démarcation nette entre les « gros indés » avec groupes qui tournent, qui vendent, même de manière modérée, mais qui existent tant en terme de promo que par la relative possibilité qu’ils ont d’aller à la rencontre de « leurs fans », les gentils fans encensés par Albini. D’ailleurs, certains de ces groupes sont encore la queue de la comète de cette période pré-Internet dont Albini fait parti, soyons clairs. Et les très petites structures quasi invisibles qui se débattent pour ne serait-ce qu’exister, créer un micro-modèle avec trois bouts de ficelle, un modèle qui se voudrait même pas rentable mais juste durable.

Le web a créé des milliers d’activistes qui n’existaient pas avant peut-être, mais ce sont, nous sommes, des activistes du « pas grand-chose » pour qui le projet musical ne dépassera pas le fait de se faire plaisir, soutenir une démarche que l’on apprécie et tenter de l’apporter à quelques dizaines ou centaines de personnes en plus. Albini déplace le débat sur le terrain de ce qui est « faisable » aujourd’hui et qui ne l’était pas hier (enregistrer, diffuser sur le web, parler avec ses fans…) mais c’est occulter le fait que la « philosophie » du milieu reste la même : tout tournera toujours autour des moyens que tu peux ou ne peux pas mettre à tous les niveaux de ton travail de micro micro label (enregistrement, fab, promo, partenariat, édition et j’en passe). Rien n’a donc changé. Et ça n’est même pas une bonne ou une mauvaise nouvelle, ça n’est juste pas une nouvelle en soi. Rien n’a changé. Je fais partie de ceux qui ont vu des portes s’ouvrir depuis quinze ans, en grandissant, grâce à l’explosion du web et des richesses qu’il a proposé. C’est vrai que c’est devenu la caverne d’Ali Baba et ça nous a permis de nous faire cette culture musicale précieuse. Mais la véritable réflexion est que les gens comme moi se seraient peut-être tout de même lancés quoiqu’il arrive, car c’est là que se situe le cœur de notre passion. Le web n’a été que facilitateur de ça mais n’est pas à l’origine d’une envie d’exister dans cet univers musical, même de manière microscopique. Du coup, le débat sur les format, les moyens techniques accessibles aujourd’hui ne compte plus, pour moi. Le modèle n’a pas changé en soi, il y a toujours une « caste », peu importe son nom, qui en remplace une autre et c’est l’histoire de tous les changements économiques depuis l’invention de nos sociétés modernes.

A mes yeux, le sujet important dans ce que soulève Albini est le suivant : l’illusion du contrôle absolu que peut conférer le web. C’est une putain d’illusion plus vicieuse et pernicieuse que jamais. C’est l’utopie de la gestion à 360° par le musicien lui-même, qui n’est rien d’autre qu’une nouvelle émanation de toutes les gentilles utopies post-adolescentes du XXème siècle. Ça n’existe pas, ça n’existera jamais. La réalité est que même si tout est mille fois plus accessibles théoriquement, tout cela se heurtera toujours à la capacité d’investissement budgétaire : que ce soit pour la fabrication (avoir les bons contacts, le savoir-faire, le budget pour,…), la promotion (le temps nécessaire ou l’appui d’une tiers personne à rémunérer pour essayer d’émerger de la masse, se faire un nom, ne serait-ce qu’exister), les partenariats pour dégager visibilité et/ou un peu de revenus complémentaires, la gestion des droits voisins / édition avec tout ce que ça pré-suppose de connaissance juridique, de connaissance du business, de réseau… Bref, rien n’a changé. Tout est virtuellement accessible mais concrètement aussi complexe qu’auparavant. D’autant que l’on est aujourd’hui dans un secteur dont on dit que l’économie se rétracte depuis quinze ans au moins, je ne vois pas comment dans ce contexte il n’y aurait pas davantage de « tensions » pour exister et émerger.

Le seul changement évident à mes yeux est la potentialité d’y parvenir, peut-être cent fois plus forte qu’il y a trente ans, à l’époque d’un modèle ultra-verrouillé, ouvertement fermé et contrôlé clairement par une oligarchie de structures. Mais aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé à ce niveau là ? Remplacez certains mots ou noms du texte d’Albini par des mots récents et le texte sera aussi pertinent : la promo chez le disquaire en PLV est faite aujourd’hui sur Pitchfork avec un encart ou un publi-rédac, chez Youtube avec une vidéo en pré-roll ou un lien sponso ou que sais-je. C’est l’illusion conférée par cette potentialité, qui a véritablement progressé. Et c’est mille fois plus pernicieux à mes yeux. Tout ça entretenue par la moindre hype dont on pense qu’elle sort de nulle part sans se douter parfois des moyens déployés derrière pour y parvenir. Les acteurs ont changé, hier c’était les labels, aujourd’hui, qui ? Les boites d’édition ? Les plateformes de streaming ? Les ayant droits divers et variés ? Albini est dans le rêve hérité de ses années de « militantisme » post-hardcore / punk etc, d’une société plus horizontale que le web aurait permis de créer. Virtuellement oui, tout est accessible pour celui qui ne fait que ça, ne dort plus et s’investit à deux mille pour cent. Pour les êtres humains normaux, ça n’est pas le cas. Concrètement, c’est donc faux : émerger dans le milieu musical reste toujours une putain de montagne infinie à gravir, comme avant. On a juste contribué à nous faire croire depuis quinze ans que tout était réglé, que tout allait mieux et que le monde serait sauvé. En vérité, rien n’a changé. Et nous continuons à faire nos trucs dans nos coins, pour nous faire plaisir. Mais ne venons pas nous dire qu’aujourd’hui tout est accessible et rendu faisable. Et ce même si, comme le dit Captain Obvious, le monde est mieux ainsi, avec un système plus ouvert. (Dom, Fin de Siècle).

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