Acid Arab l’interview

Acid Arab 1Loin de moi l’intention de jouer les vieux cons ou de brandir l’étendard fripé du seul contre tous mais j’ai la naïveté de croire qu’il existe encore des gens qui aspirent à autre chose qu’à être les spectateurs béats des panégyriques de principes. Encore une fois, le projet est beau et le syncrétisme désirable. Les tensions politiques nationales et internationales renforcent le sentiment de bienveillance à l’égard d’Acid Arab et voir danser plusieurs générations avec ferveur sur ces rythmes qu’a priori tout sépare donne à nouveau des envies de futur. Évidemment qu’on veut y croire ! Tout le monde est d’accord. Mais une fois que l’émotion de départ aura finit de faire frissonner la bobosphère, que restera-t-il dans nos oreilles ? (lire la suite de la chronique publiée le 21 novembre 2013)

Il n’est jamais plaisant de voir ses projets bousculés par la critique. Quand bien même celle-ci est essentielle à la vie des productions, la susceptibilité est notre lot commun et le ressentiment à l’égard de ceux qui l’ont froissée, inévitable. Pourtant, quand certains s’offusquent, se braquent et s’empressent de déclarer des guerres, le duo Acid Arab, lui, n’a que faire de ruminer sa rancune et préfère saisir l’opportunité pour défendre son projet et engager la discussion en réaction à notre chronique (lire). De l’état de la presse musicale française aux selfies d’Omar Souleyman – avec qui ils partageront la scène samedi à la Machine du Moulin Rouge (concours) -, en passant par les jams au darbouka, rencontre avec Hervé Carvalho et Guido Minisky, deux DJ producteurs qui mènent l’un des projets acid les plus originaux du moment.

Audio

Entretien avec Hervé Carvalho et Guido Minisky

Acid-Arab arnaud bianquis.web
Hervé : Ton article est tombé à un moment où on en recevait beaucoup d’autres qui m’avaient déplu. Dans la forme. Pas du tout dans ce qui était dit. La façon dont c’était fait. Du coup, à ce moment-là, je me suis dit, je préfère largement cet article qui critique mais qui est bien écrit plutôt que ces autres trucs.

Guido : C’est pas tant bien écrit mais bien argumenté surtout. On a l’impression que t’as écouté le disque. C’est pas le cas de tout le monde.

H : Ça m’a pas vexé. À ce moment-là, j’étais tellement vénère sur pleins de trucs. L’histoire de la vidéo de Next et tout. On était dégoûté par la presse qu’on a eue, on a dit oui oui oui parce qu’on ne savait pas. Notre attaché de presse nous avait décroché plein d’interviews et d’un coup, tout est revenu et on n’était pas contents du tout. On arrêtait pas de se dire : pourquoi on a fait ce truc-là… pourquoi on a fait ce truc-là ?

G : C’est pas tant ce truc-là ou ce truc-là, c’est l’accumulation.

H : Et puis surtout, c’était des médias…

G : Oui, Télérama, Libé

H : Télérama, Libé… que des gros médias. The Drone c’est des bons potes, je leur avais promis, enfin pas promis mais je leur avais dit qu’on publierait le clip sur leur site. Finalement, c’est pas nous qui avons décidé et ça s’est fait avec Next. J’avais pas envie de snober et ça me saoulait toutes ces parutions dans ces gros médias qui finalement ont fait de la merde. Du coup, à lire ta chronique, j’étais content, je préférais avoir un truc négatif d’un blog qu’un truc positif de ces médias… Je me rappelle avoir dit cette phrase.

L’idée c’était pas d’être négatif, c’était d’être critique. J’avais vraiment aimé le premier EP et les podcasts et je pense que mes attentes étaient assez élevées par rapport à la compilation. Et c’est vrai que d’un point du vue musical, je suis resté un peu sur ma faim par rapport à ce qui s’était fait avant.

H : En fait, on n’a pas du tout la même direction artistique sur les EP et sur l’album. C’est voulu. Les EP, c’est fait pour un public vraiment club, avec vraiment les morceaux pour les DJ. Ça sort en vinyle. L’album ne sort pas en vinyle. C’est pas tant le fait de faire l’album, c’est aussi la façon de travailler. Les morceaux des premiers EP ont été produits vraiment très tôt. Avec l’album, on s’est retrouvé à faire des morceaux beaucoup plus mélo. Des trucs un peu plus album quoi.

G : Boys in the Oud et Hanna Houassim, c’est fait le même jour au même moment avec les mêmes gens… Sur l’album y a très peu de morceaux dancefloor. Ça s’est fait un peu malgré nous.

C’est pas tellement ça. Je suis pas venu en disant : on peut pas danser donc c’est pas bien. En fait, moi, mon coup de gueule, ce qui m’a énervé, c’est de voir la manière dont la presse en général, les blogs, se positionnaient par rapport à la compile. J’avais l’impression que tout le monde parlait du projet mais que personne ne parlait de la musique. 

G: Ah mais on est on ne peut plus d’accord avec toi.

C’est un mélange d’acid et de musique orientale, de manière très vague comme ça. On dit que c’est bien mais ça relève un peu de la pétition de principe.

H : C’est ce qui me saoulait. On parle d’une image, on veut raconter une histoire, ils se sont rencontrés ici, blablabla… j’en pouvais plus de ça et en lisant ta chronique je me suis dit enfin des gens qui parlent de la musique et pas de « ah Djerba c’était cool »…

Comment avez-vous choisi les artistes qui ont collaboré à la compilation ?

H : Quand on a commencé le projet, quand on a eu le feu vert, quand Versatile nous a dit « ok, faites le chez nous », on s’est dit voilà, on a une opportunité de ouf. On appelle qui ? Les mecs avec qui on a le plus d’affinités musicales bien sûr. Mais dans ceux là, c’est ceux que je connaissais et c’est vrai que j’ai mis trois fois plus de temps à envoyer un mail à Legowelt pour lui dire voilà Mr Wolfer… euh Hi Danny… ça s’est fait comme ça. Pilooski on le connaît depuis un petit moment, Jaumet aussi. Et puis, on savait que ça l’intéressait. Pilooski, il est à fond dans la musique balinaise. D’ailleurs, le morceaux de Pilooski c’est un truc qu’il a fait y a un petit moment, c’est pas un truc qu’il a fait l’année dernière.

En fait, quand j’ai vu tous ces discours sur le projet, je me suis dit mais on parle de quoi là ? On parle pas de musique. Finalement, l’idée c’était de bousculer un peu un projet que je trouve intéressant pour se concentrer sur la seule chose qui compte : ce qu’il y a dedans. A ce moment là, entre les musiques du ghetto, le festival de Djerba et tout, j’avais l’impression d’avoir lu dix fois la même chose.

G : Mais là par contre, on parle d’un problème qui nous dépasse complètement.

Mais c’est pour ça. Je ne sais pas si ça s’est ressenti dans l’article mais mon objectif c’était pas tant de viser le projet Acid Arab que les discours qu’il y avait dessus.

G : Les susceptibilités des gens qui font de la musique sont délirantes. J’ai bossé dans la presse avant et je me suis fâché avec des amis et tout pour un mot. Parce que quand c’est publié…

H : Ouais on l’a bien compris. J’en pouvais plus de lire ça, Djerba, toutes les comparaisons tropicalisantes. A chaque fois tu y as droit dans le titre. Et les muezzin de machin…

G : Nous aussi on faisait ça au début. On a posé avec une flûte. Et puis petit à petit on s’est dit on s’en branlait. C’est pas ça notre propos, on en a pas besoin pour faire passer d’autres trucs.

C’est pas pareil de faire la fête, d’incorporer ces éléments et de limiter le projet à ça…

G : Là où je voulais en venir, c’est que je comprends celui qui débarque sur le truc. Quelqu’un qui écrit quelque chose pour la première fois peut avoir envie d’utiliser ces références faciles comme nous on a pu le faire.

: Non mais France Inter tu te rappelles ? C’était le climax…

G : Pour moi le climax c’est les Inrocks (lire). C’est cool qu’on ait cette discussion, on peut parler des médias car on le fait jamais. On nous demande jamais nos avis sur rien. Il y a pas longtemps j’ai écrit un truc sur facebook a propos des Inrocks. Un statut comme ça, pour me plaindre. Je trouvais regrettable qu’un journal qui a été très longtemps incroyable ait pu changer sa ligne éditoriale à ce point. En même temps, on ne peut pas être un trimestriel et un hebdomadaire et travailler de la même façon, ça c’est une évidence. Et puis, aujourd’hui, ils veulent être un multiculturel politisé et forcément certaines rubriques en pâtissent. Il y a la pub qui joue. Les éditions et le cinéma achètent plus de pub que de musique. On le retrouve un peu partout mais les Inrocks, bon, c’est pas pareil, c’est les Inrocks quoi. Il y a eu des plumes incroyables dedans. Il y a énormément de numéros, de chroniques et d’articles dans les Inrocks entre mon adolescence et aujourd’hui qui ont changé ma vie, qui m’ont fait acheter des disques qui ont changé ma vie… Quand on a su trois semaines avant, que notre album allait être chroniqué par David Commeillas, j’étais content. Un mec qui vient de Vibrations, une bonne plume. Je l’avais côtoyé quand j’étais dans la presse en plus donc je me disais cool, il va nous faire un truc sympa. Au final, le truc est sympa mais il l’a pas écouté. Enfin je m’avance un peu mais s’il ne l’avait pas écouté il aurait pu écrire exactement le même papier. Il y a rien dans cet article. Le truc dit que c’est super et je devrais pas me plaindre et d’ailleurs je ne me plains pas du traitement qui nous a été réservé, je trouve juste que la presse en général va mal. C’est aussi vrai sur le net. Si tous les articles que tu as lu t’ont donné la nausée, la danse du ventre, youyou, machins, c’est parce qu’il y a de moins en moins de journalistes qui se distinguent, qui essayent de se distinguer. C’est ça qui est dommage surtout. Il y a une multiplication des médias via le net qui donne plus de place à des gens qui n’ont pas vraiment de talent.

Capture d’écran 2014-01-17 à 00.47.28

Je ne sais pas comment vous l’avez ressenti en tant qu’interviewés mais j’avais l’impression que : parce que ça s’appelle Acid Arab, on n’avait presque pas le droit de dire « non j’aime pas ».

G : Moi j’ai fait très souvent des vannes avec mes copains sur ça, si t’aime pas Acid Arab c’est que t’es raciste. Pour moi c’est une blague. T’as senti toi que les gens se forçaient à trouver ça cool ?

H : Non, en tout cas j’ai senti que bien sûr ce nom, il est fort, il nous a aidés. Il y a des gens qui se sont intéressés à nous au départ parce qu’ils ont entendu ce nom. Ça intrigue un peu. On s’appelle pas, j’en sais rien…

G : Unsuk ?

H : Unsuk

G : C’était notre nom avant, on a bien fait de changer.

H : Non mais après je pense qu’il y a des gens qui n’aiment pas.

G : S’il n’y en a pas aujourd’hui, y en aura demain de toutes façons.

H : De toutes façons, on ne dit plus qu’on n’aime pas. On dit qu’on ne le fait pas quand on n’aime pas et y a plein de médias qui n’ont pas voulu le faire.

G : Certains le disent.

H : Sur Vice à la limite mais ils disent un peu de la merde dans les critiques musicales

Le problème c’est qu’on ne dit plus c’est de la merde pour dire c’est de la merde. C’est presque une occasion pour un journaliste de se mettre en valeur.

H : Oui non mais voilà, je te parle des critiques argumentées. On le fait plus vraiment. En plus Acid Arab… Ils peuvent écrire trois pages sans avoir écouté l’album et finalement…

G : … ça nous dessert. On a peut-être beaucoup de presse mais c’est du vent.

H : Je me retrouvais pas, c’était nul, les interviews étaient pourries. On se retrouvait à faire un espèce de Vis ma vie d’Acid Arab avec l’autre de Next qui nous suit avec la caméra. C’était horrible.

G : En vrai on parle souvent de musique dans les interwiews mais c’est généralement coupé au montage. Il y a des passages obligés. Il faut la genèse du projet, comment on s’est rencontré… Toujours rappeler Chez Moune, comme si les gens en avait quelque chose à battre qu’on ait mis des disques Chez Moune avant de faire de la musique.

H : Et après il y a ce truc plus précis, le « et pourquoi ?« . Pourquoi on fait de la musique orientale ? Mes potes arabes, de Tunisie, du Maroc, ils ne me demandent pas pourquoi je le fais. Ils ne me disent pas « oh putain tu fais de la bonne musique d’Arabe pour un blanc« , mais « ah putain c’est cool« . Quand les dj’s français se sont mis à faire du dubstep, on leur a pas demandé « Pourquoi ? T’es pas anglais pourquoi tu fais du dubstep » ? Il y a toujours ce rapport qui me saoule dans la presse. Comme si c’était pas normal qu’on s’intéresse à ça ou comme si on n’était pas sérieux, qu’on était là pour déconner. On s’intéresse à cette musique comme si on s’intéressait à la techno de Détroit. Il n’y a pas de pourquoi à part le fait que cela me plaise. Après moi j’ai des délires perso, j’ai des amis, j’apprends cette langue mais j’ai pas spécialement envie de parler de ça en interview. Je préfère parler de comment on le fait, de quelles façons on le fait mais pas pourquoi on le fait. On attend de nous qu’on se mette en BHL de la techno, pas du tout. Ils pensent qu’on va leur raconter une histoire incroyable, un disque trouvé dans une cave secrète… Mais non, on le fait parce que ça nous plaît.

G : Je suis pas tout à fait d’accord avec cette comparaison avec le dubstep. Ça semble plus normal de se mettre à faire du dubstep que de se mettre à la musique rebeu, notamment quand tu fais de la musique électronique.

H : C’est bon, on parle plus de ça. Avec le reggae, c’est fini ça, il y a des français qui font du reggae sans qu’on leur demande pourquoi. On demande pas à Camille Bazbaz pourquoi il fait du reggae.

G : Non mais on l’a demandé à Gainsbourg en 77. Et il répondait : parce que l’argent est là. Une très bonne réponse.

Comment, dans les pays qui vous influencent, ceux dans lesquels vous avez eu l’occasion de jouer, et comment à l’étranger en général, le projet est-il perçu ?

H : Ah ba justement, là on a fait notre première expérience vraiment intense en Egypte. On avait vraiment un public égyptien. Avec juste quelques amis de l’Institut Français mais sinon c’était vraiment un public d’égyptiens. La plupart invités. Le label de Mahmoud a donné plein d’invitations. Il y a eu plein de jeunes qui ne pouvaient pas payer qui sont venus. Ceux qui font vraiment le dancefloor. C’étaient tous des mecs invités par Mahmoud. C’était incroyable. J’avoue que pour le premier disque, il y avait peut-être des mecs qui se demandaient ce que faisaient ces deux blancs becs. Je te dis ça, mais en deux disques c’était fini. A la fin, c’était même l’orgie. Il y en a certains justement qui ne comprenaient pas mais qui étaient agréablement surpris.

G : Après pendant que le troisième dj jouait, je suis allé dans la salle et j’ai pas arrêté de me faire arrêter par des gens qui me disaient « c’est incroyable cette musique on n’a jamais entendu ça ». Ce qui était ultra cool.

H : Voilà c’était la première fois qu’on jouait avec un public égyptien.

G : Et sinon dans l’après-midi de ce même jour, ou la veille, on a pu rencontrer ce fameux Mahmoud. C’est un label là-bas qui enregistre tous les artistes electro chaâbi du Caire et autres. Et visiblement il était intéressé par ce qu’on faisait mais il n’avait pas l’air de connaître vraiment bien. On lui a fait écouter un morceau qui s’appelle Avesta qu’on a enregistré. Comme l’endroit où on se trouve d’ailleurs, c’est pas un hasard. Et je sais pas si tu l’as ressenti de la même façon mais il était étonné.

H : Oui

G : A un moment il a fait oh oh oh.

H : Il a accroché.

G : C’est un remix de Judah Warsky, ça sortira sur Pan European dans un mois. C’est un vrai morceau, enfin c’est la volonté de faire un truc vraiment dabkeh mais avec un twist. Vous verrez.

J’ai l’impression que les normes d’enregistrement sont assez différentes, que les questions se posent pas du tout de la même façon. Comment est-ce que vous…

G : cherchez des disques ?

Oui. Il doit y avoir une quantité incroyable d’enregistrements ? Est-ce qu’ils fonctionnent par label ? Je pense à Omar Souleyman qui se fait enregistrer dans les mariages.

G : Avant la compile sur Sublimes Frequencies, il n’y avait jamais eu un enregistrement de Souleyman autre que celui des mecs qui l’enregistrent dans les mariages.

H : Il n’y a pas de droit d’auteurs dans tous les pays d’Orient d’ailleurs. Peut-être en Egypte avec le cinéma ?

G : C’est marrant, j’en ai parlé hier. J’ai eu une longue discussion avec un vieux journaliste world. Et lui dit qu’au Liban, en Egypte et dans un troisième pays que j’ai oublié, il y a des droits d’édition. En Afrique du Nord, en Inde et dans une majeure partie de l’extrême Orient ces droits n’existent pas. La musique appartient à tout le monde et la musique n’appartient à personne. Seul le disque appartient à quelqu’un.

Justement dans l’interview de Libé, vous parlez de Berberian Wedding et de la rythmique. De la structure rythmique berbère. Comment vous vous appropriez ça ? Est-ce que ça passe plutôt par l’écoute des titres ou plutôt par des rapports directs avec les musiciens ?

H : Ah non non non, tu veux que je te dise comment ça s’est passé. En fait, j’ai été à un mariage là-bas où la famille jouait ce rythme. Toute l’après- midi et la soirée. C’est une famille hyper pauvre d’un petit village marocain. Il n’y avait pas de sono et c’était eux qui faisaient la musique avec certaines percussions traditionnelles qu’ils avaient ramenées mais aussi avec des bassines, des fourchettes, des assiettes. Après pour la base ils utilisaient un espèce de tambourin assez grand. C’est les filles qui jouaient principalement. Les invités étaient avec les filles. Les mecs n’étaient pas là et ça jouait, ça jouait, et toujours la même rythmique. Ils improvisaient des paroles sur ce qui se passait dans la soirée. « A Guido il a été prendre du thé, A Guido il a été prendre du thé, A Guido il a été prendre du thé » et ils accompagnent ça toute la soirée en musique. Toujours le même beat. J’essayais de me le mettre dans la tête et à un moment dans la soirée, j’ai pris à part une fille avec qui je suis devenu pote. Je lui ai dit, vas-y apprends-moi. Après je l’ai enregistré dans ma tête et puis j’ai essayé de le refaire sur le 707. C’est aussi simple que ça. On est avec la personne, elle joue ce truc, on le trouve hallucinant, on l’apprend et puis on le refait. Après c’est pas non plus comme si j’avais trouvé une formule magique. C’est un rythme berbère en 6/8. Tu le retrouves aussi dans la musique jordanienne. C’est un rythme qui revient souvent dans la musique orientale.

G : En Inde

H : En Inde aussi. Voilà c’est rythme de musique africaine aussi. Tous les batteurs connaissent les rythmes en 6/8.

Et l’électro chaâbi avec justement ces claviers incroyables. Il y a le clavier d’Omar Souleyman mais il y en a un autre, un plus jeune, Islam Chipsy.

H : Ouais, il est hallucinant lui.

G : On est passé à deux doigts de le voir au Caire.

Tu m’avais dit qu’il devait venir en France.

G : Ah c’était il y a longtemps alors. Ouais c’était prévu et en fait on devait jouer avec lui aux Transmusicales de Rennes. Ça ne s’est pas fait parce qu’il n’a pas pu obtenir de visa.

H : Et il n’en obtiendra pas d’ailleurs. Il est un peu dans la merde.

A cause du service militaire ?

G : Ouais. Il a déserté.

H : Du coup il n’a pas de passeport.

G : Il vient d’enregistrer un album pour la première fois. Ça va sortir bientôt.

H : Mahmoud le gars qu’on a rencontré au Caire, c’est un peu le man de la musique moderne… De la musique de la rue, hip hop, electro chaâbi et même techno. Il fait des workshops avec des Allemands qu’on connait là-bas. Là, il part avec des artistes chez Steve Goodman, Kode 9, le mec de Hyperdub. Ils partent quinze jours avec des artistes enregistrer. Des artistes electro chaâbi. Et des rappeurs aussi. Ils font un projet en collaboration avec Hyperdub. Il connait tout le monde, tous les musiciens. Et il bosse beaucoup avec Islam Chipsy aussi. Il a organisé un festival là-bas et il a filmé un live : c’est la première fois que je voyais une vidéo de bonne qualité de lui. D’habitude, ce qu’on voit de lui est filmé au téléphone.

G : Ouais y a un vrai son aussi.

G : On va avoir l’album prochainement. C’est très excitant. Et on a raté cette opportunité de le rencontrer à Rennes, de le rencontrer au Caire. Là je pense que c’est mort maintenant. Sauf si on retourne au Caire.

Ça fait sens avec la musique que vous faites, l’electro chaâbi, une musique qui rencontre aujourd’hui un succès mondialisé…

G : C’est quoi le succès aujourd’hui ?

Comme Omar Souleyman…

G : Ah mais non c’est pas la même chose. Omar Souleyman c’est du dabkeh. Il chante.

: C’est pas de l’électro chaâbi.

G : C’est de la musique syrienne.

H : Ça n’a rien à voir. L’électro chaâbi d’ailleurs c’est très très cairote en fait. C’est la musique du Caire.

G : C’est même pas la musique d’Egypte.

H : C’est un peu comme quand le grime est arrivé à Londres. C’était vraiment la musique des quartiers. Il y avait plusieurs quartiers avec plusieurs producteurs. C’est vraiment comme ça que ça se passe là-bas. Avec l’argent qu’il gagne grâce à ses shows, Islam Chipsy, c’est un peu le mec qui tient le tiéquar. Il file de l’argent à la famille, au quartier. J’ai encore vu ça il y a pas très longtemps mais c’est pas du tout la musique syrienne.

acid arab 3

Dans So Foot (lire), tu disais qu’avec le projet Acid Arab vous aviez réussi à toucher plus de monde, entre autres des médias plus mainstream.

H : C’est tout nouveau pour moi d’aller à France Inter. Avec mon live d’Acid House, je ne pensai pas que j’irai à France Inter. Et puis même, je peux filer certains morceaux, ou même le disque à ma famille. Tu vois ce que je veux dire ? Je parle de cette ouverture.

Qu’est-ce qui explique ça dans le projet, dans la musique même ?

H : Ça parle à des gens qui aiment la world music. Ça parle à des gens qui aiment la musique orientale aussi. A ceux qui aiment la techno.

G : Au-delà de ça il y a surtout, je crois, la démarche de faire se rencontrer deux mondes – pour dire, exprès, un truc un peu simplet. Ça parle à tout le monde. Que t’aimes ou pas la musique orientale, que t’aimes ou pas la techno, la démarche de vouloir faire se rencontrer les deux, tu peux la comprendre. Tout le monde est à même de comprendre ça, même quelqu’un qui comprend pas la techno pour elle-même. Il comprend pas l’intérêt de faire boum boum boum et de prendre de la drogue, enfin les clichés à la con… Mais ce même mec là, il se dit « ah ouais mais là c’est pas pareil, là c’est fusion » et ce truc de fusion, tout le monde le comprend. C’est une démarche qui est compréhensible par tout le monde, les parents, les plus jeunes. Et rien que ça, c’est faire un premier pas vers « ok, j’aime bien ».

L’acid c’est quand même une musique qui a mauvaise presse auprès du grand public. Surtout l’acid en fait.

G : Plus vraiment.

H : Il y a des films, des smileys partout. Même dans la mode maintenant. C’est un peu comme le punk quoi.

C’est quand même assimilé à l’ecstasy.

G : Ah tu voulais parler de ça.

Auprès du grand public, tu vois ce que je veux dire ? A la limite la techno, la house, avec les David Guetta, les gens ont commencé à changer de points de vue. C’est accepté. Mais l’acid house ça reste encore pour les drogués…

G : C’est difficile de savoir ce que pensent les gens de l’acid house aujourd’hui, c’est tellement vieux. Je pense que pour beaucoup de gens c’est une bouffonnerie d’anglais avec des ecsta beaucoup trop forts, dans un état lamentable. Il y a encore des gens pour qui c’est une musique de nazis. Parce que c’est ce qu’on disait à l’époque. Effectivement y avait à l’époque dans les soirées des mecs déguisés en nazis… Mais aujourd’hui, tu vois Soul Jazz qui sort des compiles acid house, avec des morceaux remasterisés de façon luxuriante, avec des pochettes trop belles, dans des éditions incroyables. C’est comme si cette musique était entrée dans les mœurs. Enfin Soul Jazz ça reste quand même un label anglais.

Je reviens sur le côté politique d’Acid Arab. Si j’ai bien compris, ce que vous faites c’est essentiellement pour la musique et finalement la politique c’est quelque chose qui arrive indépendamment. Comment vous gérez ça ? Vous vous retrouvez malgré vous avec une pression sur le dos. Comment ça influence votre musique ?

H : Bizarrement, on ne nous a pas vraiment fait chier avec ça parce qu’on est assez clair là-dessus.

G : En tout cas, on n’est pas dupe. On sait très bien qu’il y a une dimension politique à faire quelque chose qui porte le nom Arab, alors qu’on n’est même pas arabes. A vouloir faire un pont entre l’orient et l’occident. En même temps, ça paraît dingue de dire ça. J’ai l’impression que c’est fini les frontières, c’est bon, c’est le passé. Pour moi c’est acquis. Ces questions ne devraient plus se poser. Et il y a plein de choses en ce moment qui montrent que je me trompe…

On est quand même témoin d’un racisme de plus en plus décomplexé. Il n’y a qu’à voir les propos que se permettent certains hommes politiques dans les médias. Je pense qu’un projet comme Acid Arab peut contribuer à lutter contre ces dérives.

H : Oui oui bien sûr, mais ça c’est le côté facile du truc. Le truc plus risqué dans lequel je ne voulais surtout pas tomber c’est plutôt l’inverse en fait.

G : C’est prendre parti.

: C’est prendre parti et être là, en porte drapeau, un néo-colon en fait. A essayer de prendre la défense des arabes comme si les arabes ne pouvaient pas se défendre eux-mêmes. C’est plutôt ce discours là que j’ai eu. Moi je ne me suis pas vraiment pris la tête dans l’autre sens parce que ça me semble évident. Par contre, je suis tombé sur un mec, un rappeur communiste algérien ultra engagé qui vit à Paris. Je l’ai rencontré en soirée, je distribuais un flyer. Il voit Acid Arab. Il voit un mec avec un keffieh et des lunettes de soleil, direct il me tombe dessus et me dit : « mais mec, t’es qui toi ? Tu crois que c’est ça les Arabes ? Ça c’est pas les arabes, c’est le pétrole, c’est l’argent ». Il était hyper intéressant et du coup on a commencé à discuter et il s’est tout de suite calmé quand je lui ai expliqué notre projet. Enfin voilà, ce qui craint c’est ces mecs qui se prétendent porteurs de la bonne parole comme ces journalistes de France Inter, horribles, qui sont dans une radio de gauche et qui sont, en fait, dans leur tour d’ivoire.

G : C’est pas une radio de gauche.

H : Non mais c’est des journalistes culturels, qui se placent plutôt à gauche.

G : On en sait rien.

H : Ils font des discours hyper exotiques et ils ne comprennent pas qu’un mec dans un pays en guerre, il n’a pas envie de parler de ce qui se passe.

G : Il s’agit de l’émission à laquelle on a participé avec Omar Souleyman.

H : Il nous donnait une leçon sur la culture arabe. Ils n’ont aucun respect pour le mec qui est devant, qui veut pas répondre et il l’attaque. Pour moi c’est ça qu’est dangereux, c’est de se prendre pour un colon.

G : Là on est en désaccord… c’est pas parce que la manageuse d’Omar Souleyman a dit qu’il ne fallait pas parler de Bachar el-Assad à Omar que de le faire c’est mal…

H : Il n’y avait pas que ça, il y avait sa condescendance.

G : Le vrai problème c’est ça. Après, ils l’ont interrogé sur le seul sujet a propos duquel on leur a dit de ne pas le faire. Je trouve ça normal que les journalistes veuillent le faire quand même… Tout le monde a envie de savoir quelle est l’histoire entre Souleyman et le régime en Syrie.

H : Oui mais c’est la guerre là.

G : Oui. C’est à eux aussi de comprendre qu’Omar Souleyman ne peut pas s’exprimer. S’il ouvre sa gueule dans un sens ou dans l’autre, il met sa vie et celle des gens qu’il connait en danger.

vercd027_acidarab_cover

Comment vous faites pour éviter le collage, l’exotisme, et comment vous arrivez à créer quelque chose qui soit véritablement entre l’acid et la musique orientale ?

H : On n’a pas envie de mettre un pied et on ne sample pas. On en écoute beaucoup. On essaie de ne pas tomber dans la facilité du pied, de trouver des grooves assez particuliers. De partir sur des bases rythmiques moins évidentes, comme le 6/8 de Berberian Wedding, et essayer d’en faire un espèce de truc dansable et technoïde. C’est essayer de ne pas tomber dans la facilité. Après par rapport à tout ce qui est synthé, on écoute beaucoup de musique et on utilise les gammes arabes. On essaye de faire sonner la chose avec Pierrot Casanova. En fait, tous les deux on défend le projet en tant que dj’s mais on bosse aussi avec une troisième personne qui a un studio assez incroyable où on a accès à un matos…

G : …délirant.

H : C’est délirant. Dans ma vie je ne pourrai jamais avoir autant de matos. Il a des trucs ultra rares et surtout il a une capacité dingue à les faire sonner. C’est un mec qui a fait de la recherche musicale, de la synthèse…

G : C’est lui qui est responsable du son.

H : Nous on a des sons dans la tête et lui il arrive à faire sonner un Kobol, c’est un synthé français des années 70, comme un shennaï égyptien. A ce moment là de la production, on n’est plus dans la direction artistique et lui sur tout ce qui est synthèse. Il est rarement en interview avec nous malheureusement. C’est un mec qui bosse pour la télé maintenant. C’est un pote aussi. On s’est toujours dit qu’il fallait faire de la musique ensemble et puis il y a eu Acid Arab. Il s’y est mis à fond et il fait partie intégrante du projet. Toutes nos productions passent par lui. Parfois on arrive avec une maquette. Parfois on enregistre des trucs avec d’autres personnes, mais à la fin ça termine chez lui. On a une chance inouïe de l’avoir. Je ne suis pas analogique contre digital, tout ça je m’en branle, mais je le vois tous les jours avec lui : un plugin ne pourra jamais sonner comme un ARP 2600 séquencé avec un Roland MC4. C’est de la physique, c’est des horloges. Les séquenceurs sont des machines qui vivent. On utilise aussi beaucoup l’informatique mais surtout pour du traitement. La base, toutes les lignes de synthé, les basses et les beats, c’est du hardware. Ensuite seulement, on traite dans Cubase.

Ça vous arrive de travailler avec des instruments ?

: Des instruments orientaux ? Non pas vraiment. On s’amuse à jouer du synthé. Genre sur Love Suicide, le lead de synthé c’est un truc rebeu. C’est moi qui le joue mais c’est avec l’écoute. Tu joues de la percussion sur la gamme et t’arrives à faire sonner. C’est de la recherche aussi. On s’amuse, on essaie.

G : Mais sinon pour te répondre concrètement, on ne touche pas aux instruments orientaux – parce qu’on ne sait pas le faire. En revanche, on a organisé deux sessions d’enregistrement chez Versatile. A chaque fois avec des invités et ça a donné naissance à Boys in the Oud – où il y a un joueur de oud et même si on l’entend très peu finalement sur le morceau – mais également au morceau de Hanaa Ouassim sur l’album qui vient d’une jam avec cette jeune chanteuse d’origine marocaine qui chante et qui joue.

Celle qui était avec Léonie Pernet lors de la release party ?

G : Exactement, qui jouait du darbouka. Et puis il y aussi le morceau signé Habibeats sur l’EP 2. Pareil, c’est venu d’une jam chez Versatile avec un percussionniste – c’est lui qui récite le poème qu’on entend au début du morceau. C’est ce même percussionniste qui joue sur Samira à la fin de l’album. La plupart des percussions avait déjà été jouées de façon digitale mais lui l’a refait avec une vraie darbouka et… la différence est incroyable.

Il y a un nom qui revient tout le temps dans les interwiews, c’est celui de DJ Gilb’R. Quel est son rôle exactement au sein du projet ?

: Et ba c’est le patron (rires)

G : C’est papa quoi.

H : Bon finalement on va devoir revenir sur ce fameux voyage à Djerba dont on a marre de parler. Mais vu comment la question est posée, on peut revenir dessus. Gilb’R était avec nous en là-bas. C’est un juif tunisien qui connaît un petit peu Djerba. Ses parents sont de Tunis mais tout le monde connait Djerba parce que c’est là où il y a le plus grand quartier juif de Tunisie. C’est le dernier bastion juif du nord de l’Afrique. Là bas t’as des places où il y a une mosquée, une synagogue et une église. Bref, il était dans un espèce de voyage mystique. Il nous a emmenés visiter le quartier juif que je connaissais très peu. On a passé une semaine géniale et on a joué ensemble. Pendant le voyage il nous a dit qu’il avait un morceau qu’il avait fait où il chantait en arabe. Pour le fun. On l’a trouvé génial. On lui a demandé de nous le filer parce qu’on avait en tête de faire une compile. Il a dit « ok je vous le file mais vous faites la compile chez Versatile » [DJ Gilb’R est le boss de Versatile, ndlr]. Depuis le début, il est partie prenante. Il a enregistré et produit les trois morceaux issus de jam qu’on a cités avant. Il a bossé aussi sur le morceau de Mattia qui clôt l’album et il en a fait un autre sous un nom d’emprunt.

H : Danny Mahboune. Voilà, je sais pas si ça répond à ta question. Sinon il m’a payé une brick à l’oeuf à midi (rires). Elle était trop bonne. Putain ça faisait longtemps que j’en avais pas mangé.

G : Le roi de la brick ! C’est le roi de la brick Gilb’R. A la fin du morceau il dit « donne-moi des bricks« .

H : Au début, quand on parlait compilation, on pensait faire un truc Beatport, peu produit.  Alors quand on nous a dit Versatile…

G : … C’était une bonne journée

H : Et puis ça avait du sens. Ils sont à fond derrière le projet, il y a une vraie discussion. C’est un label de passionnés. Je ne pensais pas avoir autant carte blanche après avoir signé.

En même temps, ça marche. La couverture médiatique est incroyable…

H : Ouais c’est vrai c’est dingue. A part toi (rires). Ça te fait chier hein ? On nous aime bien… (rires).

G : Tout le monde comprend cette envie de rapprocher. La fusion c’est quelque chose qui plaît à tout le monde. C’est angélique.

H : On ne fait pas de la fusion, dis pas ça…

G : On n’en fait pas mais c’est perçu comme ça. C’est ça le truc. C’est pour ça que tout est positif, c’est l’image qu’on renvoie.

H : Non mais t’inquiète on va se prendre un retour de bâton vénère… ça va saouler tout le monde.

G : On y est prêt depuis un petit moment déjà. D’ailleurs ça commence déjà. C’est très léger pour le moment, c’est une pique par ci, une pique par là. C’est toujours comme ça. Et encore, on n’est pas en Angleterre. Ça serait encore pire. En Angleterre on serait déjà mort. Et le pire, c’est que c’est sans doute ceux qui nous défendent le plus maintenant qui nous défonceront le plus après.

Encore une fois, il faudrait peut-être qu’ils commencent par écouter l’album. Ecouter vraiment. Essayer d’aller creuser quoi.

H : C’est qu’il y a plus de critique de fond dans la musique finalement à part dans la blogosphère.

G : dans la webzinosphère.

H : Y’a plus que dans les webzines que tu vois ça. Quelqu’un qui prend le temps de faire un focus… même Trax. Tu lis ces double-page…

G : Ils nous ont notés album du mois dans Trax. C’était pas du niveau des Inrocks mais c’était un peu la même chose : c’est une chronique positive qui ne t’apprend rien de concret sur le disque. Ça ne te donnait pas spécialement envie d’en savoir plus. On dirait que chacun écrit sur ce projet, en se disant, bon ils savent déjà, donc autant pas se prendre la tête. Finalement peu de gens ont vraiment écouté l’album. Le projet reste un peu confus : on ne fait pas de live mais on fait des dj set. Sur les disques, y a plein de morceaux qui ne sont pas de nous. C’est un peu bordélique et ça nécessiterait que ce soit explicité. Ce qui n’est jamais le cas…

C’est peut-être l’occasion…

G : En vrai les gens qui s’y intéressent vraiment – et je parle pas des médias, je parle des gens « normaux » – ils ne comprennent peut-être pas le projet, mais au moins, ils vont faire l’effort de se demander de quoi il s’agit. Au contraire, ceux qui devraient être les passeurs d’informations ont souvent la flemme de faire ce boulot. J’ai l’impression aussi qu’il y a une grosse frilosité de la part de tout le monde d’écrire un article qui pourrait être perçu comme hashtag old ou à côté de la plaque. Dès que tu t’exprimes sur le net, tu peux potentiellement te faire juger par un million de personnes. La liberté de parole est insensée sur le net, dans les médias, sur les réseaux sociaux. On est en train d’arriver à un point où on flippe un peu de s’exprimer parce que quelque chose de terrible peut arriver en retour. Le revers, c’est la parole décomplexée et le déferlement de haine qu’on voit tous les jours sur le net.

H : En tant que lecteur et ex-lecteur de presse et du net, parce qu’on peut pas s’en passer, je suis souvent intrigué. Pourquoi avoir plus envie de faire un webzine que d’essayer de faire un journal traditionnel ?

C’est surtout dû à des questions financières. Travailler pour Hartzine reste du bénévolat. Ça prend du temps d’écrire un papier. A partir du moment où tu le fais gratuitement, t’as envie de le faire bien. Tandis qu’un mec qui est payé, qui est dans l’urgence, il ne choisit pas toujours ses sujets. C’est son boulot, il est pas du tout dans le même état d’esprit. Quel intérêt pour un mec bénévole d’aller faire un mauvais papier ou un papier à la va vite. Si t’as envie d’écrire un truc, tu lis tout ce qui s’est fait dessus, tu te renseignes. Tu essaies de le faire bien. Après ça marche, ça marche pas, tant pis mais au moins tu as fait l’effort. Il ne faut pas oublier non plus qu’on est aussi une situation confortable. C’est pas notre gagne pain.

G : C’est exactement ce qui s’est passé avec les Inrocks. Ça résume peut-être le problème, enfin si toutefois c’en est un, le problème des Inrocks.

H : Il faut arrêter de payer les journalistes alors c’est ça ?

G : Comment faire pour trouver cet équilibre entre la rémunération des gens qui écrivent et maintenir un niveau d’exigence de la part de ces mêmes personnes. C’est pas évident. Pour moi c’est évident que le mec des Inrocks qui a reçu notre chronique, il a reçu un mail de son rédac chef lui dit, ça c’est world c’est pour toi, et ça l’a saoulé. Enfin, ça l’a soûlé ou pas mais il l’a fait vite fait quoi. Il a été payé pour faire une chronique qui a moins de sel que la tienne alors que toi tu l’a faite gratos.

C’est aussi une histoire d’urgence. Il faut tout le temps être le premier, parler tout le temps, il faut publier, il faut qu’il y ait du débit. Peut-être qu’ils sont pris dans des logiques professionnelles et effectivement avec internet, tu parlais de la libération de la parole, ça va très vite et malheureusement quand tu vas trop vite, tu peux plus faire des choses de qualité. Il y a un moment où il faut accepter de mettre un peu de lenteur…

G : C’est dingue. Il y a vraiment tout un truc qui ne va pas quoi. Même dans ce dont je me plains, il y a quelque chose que ne colle pas. Je ne peux pas reprocher à la presse de donner quelque chose de médiocre à lire alors qu’il y a de la qualité ailleurs là où y a pas d’argent. Tout est fucked up en fait.

H : Moi ça ne me gêne pas trop. Je lis plus cette presse là. Je me renseigne sur le net. Après, ça ne me fait pas chier d’acheter dix balles Audimat – même si j’ai moins aimé ce numéro d’ailleurs – ou de lire des essais sur la musique dans une optique de journalisme littéraire.

acidarab

Je ne sais pas si vous pouvez lâcher des noms, mais vous pouvez peut-être nous parler un peu de vos projets futurs ?

H : Il y a des sorties qui arrivent bientôt. Le remix de Judah Warsky.

: Dans un mois je crois…

H : Le troisième EP aussi. On est déjà en train de discuter pour un éventuel Collection 2.

G : Et puis on a aussi très envie de faire une compile de vieux morceaux. Il y a un projet de EP 100% Acid Arab également.

H : Voilà. Et un live. On a une année chargée en 2014…

G : Et puis on a plein de dates. Vraiment plein, c’est incroyable.

Dont une nouvelle avec Omar Souleyman à la Machine…

H : On fait le warm up à la Machine

G : Troisième date avec Souleyman c’est dingue ça.

Ça reste toujours un bon moment ?

H : Ouais franchement c’est trop cool.

G : Tu sais, avec lui, on peut pas vraiment parler… Il ne parle pas anglais.

H : Il est là… et puis il est plus là.

G : Il se passe toujours un truc spécial. Le top c’était ce moment incroyable dans le backstage de la Gaité Lyrique où on préparait la sélection musicale qui allait être diffusée au bar et à l’entrée. On était sur Itunes à choisir, et Souleyman, de façon assez étonnante décide qu’il ne veut pas être dans sa loge, mais être avec nous dans la nôtre. Alors qu’il a une loge de luxe… On a essayé d’échanger, on lui a fait goûter du tabac français, il nous a fait goûter du tabac reubeu. On a fait notre truc et il s’est mis à réagir aux morceaux qu’on passait. Il chantait… Il disait le nom et il chantait un peu. Aussi, au Portugal, il nous a filmé, on ne sait toujours pas trop pourquoi.

H : C’est génial, t’es là, t’es à table, il ne parle pas. Il y avait le staff de la soirée. Il y avait Four Tet, Floating Point. Il y avait sa manageuse qui est un peu notre lien avec Souleyman. Elle est toujours là et elle s’occupe de tout. Il ne dit rien du repas et puis d’un coup, il filme tout le monde avec le flash. Tu es en train de manger et d’un coup tu as Omar Souleyman qui te filme. Il fait des selfies, tout le temps, je te jure.

Et il les poste après ?

H : Sûrement, il les envoie à sa famille.

G : Non mais même pas : il est en direct. Il les appelle, il est en facetime.

H : Il montre des photos de son gamin… ça m’a fait trop rire ça.

G : C’est assez incroyable. Et après, il se remet à manger.

H : Et il ne dit plus rien.

G : Voir même, il met ses écouteurs.

Comment il a réagi quand les gens sont montés sur scène pendant son concert à la Gaité Lyrique ?

G : Ah il était ravi.

H : Ouais.

G : Il a kiffé, ça se voyait. D’ailleurs, il a aidé des meufs à monter. Il aime bien qu’il se passe des trucs.